vendredi 15 mai 2009

[NOTES DE TEXTE] Gypsy Witch – Unies

Notes de Texte


Voilà une histoire qui m'a prit bien plus longtemps à écrire que je ne le pensais. Comme prévu, c'est relativement court et je vais droit au but, seulement je croyais pouvoir réaliser ça en deux ou trois jours grand maximum. Finalement, avec quelques jours de "congé", il m'a tout de même fallu plus de deux semaines...

Quoiqu'il en soit, voilà une nouvelle très courte et a priori sans aucun véritable intérêt, mais qui se révèle être très important pour les DEUX protagonistes. Celui d'Alice, notre héroïne, mais aussi celui de mon ancien personnage, Natasha d'Ambre (basée sur la saga de Roger Zelazny). Dans les deux cas, il s'agissait de trouver un moyen simple mais indubitable de faire ressortir l'amour que les deux éprouvent l'une pour l'autre, sans que cela ne puisse jamais être remis en cause. C'est ainsi que j'ai utilisé la phobie de Natasha. Non pas pour la "vaincre" (à ce titre, rien n'est réglé), mais juste pour donner un prétexte servant à faire ressortir pleinement les émotions, si possible inconscientes ou incontrôlées.

Ainsi ce qui commence par une baignade classique entre deux jeunes femmes belles et complices se termine par une déclaration d'amour réciproque, certes déjà vu auparavant dans l'histoire, mais ici clairement affirmée et affichée, ne laissant plus de place aux doutes. Natasha, orpheline depuis toujours, retrouve en Alice quelque chose que chaque enfant voit en leur mère: une personne qui sera toujours présente pour elle et capable de la protéger, quoiqu'il arrive. Quelqu'un qu'elle ne voudra jamais décevoir et qui aura toujours de la tendresse envers elle. En fait, Natasha se trouve ici en position inverse de ce qui lui arrive fréquemment. Femme indépendante, elle s'est souvent retrouvée dans des situations l'obligeant à extérioriser son instinct maternel pour protéger des enfants. Ici, c'est elle qui est sans défense et qui se fait gentiment aider. Elle n'a pas l'habitude mais, ayant toujours voulu vivre ces moments, se laisse totalement faire.

Natasha avait déjà acceptée Alice comme sa mère, comprenant parfaitement les raisons qui l'on empêchée de vivre une vie ordinaire ensemble (il lui est arrivé le même genre de chose avec sa propre fille !). La seule chose qui la gênait encore, outre d'avoir à s’accoutumer au fait d'avoir un parent, c'était d'être pratiquement du même âge qu'elle et de l'avoir connu un long moment en temps qu'amie. Ainsi, imaginez votre meilleur(e) ami(e) avec qui vous entretenez une bonne relation vous déclarer qu'il est en fait votre mère / père !

Alice, de son côté, souhaite libérer sa fille de sa phobie tout en se confortant dans l'idée qu'elle peut réellement jouer son rôle de mère. Tout comme Natasha en son temps, elle doute énormément de ses capacités envers son enfant et désire plus que tout lui prouver son amour et sa présence. Le fait que jusqu'ici Natasha n'arrive pas à l'appeler "maman" n'aide pas et, forcément, la fait culpabiliser. Tout le principe de l'histoire résidait dans la prononciation de ce mot. Je souhaitais offrir tant à Natasha qu'à Alice ce cadeau à travers lui. Mais pour ça, il me fallait trouver l'occasion de le sortir franchement, qu'il vienne du fond du cœur et sans hésitation. Le requin a bien aidé...

L'histoire se termine donc là dessus, Alice et Natasha se serrant l'un contre l'une sans le moindre obstacle psychologique. Les deux jeunes femmes vont pouvoir pleinement apprécier le fait de se tenir dans les bras malgré leur âge semblable, et cette notion se retrouve plusieurs fois dans le texte. Parfois gênée, parfois amusée, elles ne peuvent s'empêcher de réagir par rapport à leur corps. Le fait d'être en bikini renforce cela puisque les présentant très ouvertement l'une à l'autre. Presque érotique, cet élément était important puisque mettant l'accent sur le dernier rempart entre Alice et Natasha.

Enfin on pourra noter juste au passage les gros clins d’œils aux Dents de la Mer, à travers la peur de Natasha. Ce n'est pas un hasard puisque, à l'origine de ce trait de caractère du personnage, réside la véritable peur d'un certain auteur pour l'eau – ou plutôt ce qui se trouve dans l'eau, à mettre sur le compte de la vision du fameux film il y a bien longtemps !

Le titre, Unies, est la dernière chose que j'ai trouvé pour ce texte. J'avais mon but, mon contexte et ensuite j'ai eu l'écriture. Mais comment appeler une histoire pareil ? Je ne peux même pas dire que j'avais l'embarras du choix puisque c'est très loin d'être le cas. Je ne savais vraiment pas jusqu'à ce que l'idée d'une "union" m'apparaisse en relisant le tout. De là est venu le titre, mais je ne sais pas si c'est tellement approprié finalement...

En vrac sinon, le fait de ne pas tellement évoquer Natasha comme "Ambrienne" et Alice comme sorcière m'aura donner un mal fout à désigner les personnages dans l'histoire. Je répète leurs noms trop souvent et les autres dénominations (baigneuses, nageuses, fille aux yeux verts, etc.) me paraissent franchement brouillon et ne me plaise pas trop. Mais en même temps je tenais à faire du texte un one-shot qui resterait très mystérieux à propos du passé des protagonistes.

Le navire final est un bateau fantôme dans le sens où il est totalement vide, et non hanté. Cela peut éventuellement prêter à confusion après le monstre marin, l'altération de la réalité et la belle sorcière, mais je voulais clore l'histoire sur un vieux galion, je ne sais pas trop pourquoi. Parce que c'est cool, peut-être...

Bref voilà une histoire courte mais que je tenais à faire pour sceller définitivement les liens qui unissent Alice à Natasha, et de façon correcte mais sans prétentions. C'était important, dirais-je. Pour moi en tout cas...


jeudi 14 mai 2009

Gypsy Witch – Unies

UNIES


     La jeune femme faisait la planche, déployant ses cheveux immensément longs tout autour d’elle. Ils ondulaient au rythme des remous de l’eau, s’étalant sans cesse un peu plus comme des parasites envahisseurs. Les yeux clos, Alice se concentrait sur son équilibre, sur la sensation contradictoire de l’eau fraîche dans son dos et de la chaleur d’été face à elle, avec l’impression grisante de flotter dans les airs.
    L’illusion fut brisée lorsqu’une voix peu assurée troubla le silence ambiant. C’était celle d’une personne mal à l’aise et réticente.
– Je vais pas pouvoir le faire…
Celle qui avait prononcée ces paroles était de la même tranche d’âge qu’Alice. Une magnifique jeune femme dont les formes splendides étaient misent en valeur par le bikini noir qu’elle portait, aux yeux verts aussi brillant qu’une émeraude en pleine lumière. Elle se tenait à trois mètres du rivage et semblait regarder l’eau du lac avec appréhension, apparemment incapable de s’en rapprocher d’avantage.
    La baigneuse ouvrit les yeux et se redressa à cet instant pour l’observer. L’eau lui arrivait jusqu’à la taille et sa chevelure se plaqua contre son dos, la faisant légèrement frissonner. Avec un sourire rassurant, elle lui tendit la main.
– Tu peux. Viens.
L’autre secoua doucement la tête, comme une toute petite fille. Alice réitéra sa demande.
– N’ai pas peur, donne moi la main.
– Non, murmura l’autre. Je peux pas…
Elle recula d’un pas, comme pour le souligner. Elle n’aurait jamais dû accepter cette invitation, affronter sa peur était une chose aussi stupide que vaine ! Pourquoi donc avait-elle cédée ? Parce qu’elle était sa mère ? Comme si ça avait pu changer quelque chose ! Jamais elle ne pourrait mettre un pied dans l’eau, et personne n’y pourrait jamais rien. Et ça lui allait très bien comme ça !
    Pourtant la beauté à la chevelure interminable s’approcha du bord avec un sourire doux et lui présenta ses mains.
– Natasha, fit-elle doucement pour la ramener à la réalité. Je te fais la promesse que tu n’as rien à craindre tant que je serais là. Prend mes mains.
La voix, résolument maternelle, la fit redescendre sur terre. Quand bien même elle avait acceptée Alice pour ce qu’elle était, elle la voyait encore bien souvent comme une simple jeune femme de son âge. Pourtant, à ce moment précis, il y avait eu quelque chose. Quelque chose d’agréable… Tremblante et pas plus convaincue, elle accepta cependant de s’avancer. Se maudissant un peu plus à chaque pas, elle posa son regard sur le visage d’Alice et accrocha son sourire tendre pour ne plus penser à l’eau. Ni à ce qui l’attendait dedans.
    Elle cessa de respirer lorsque ses mains se serrèrent avec angoisse à celles de sa mère. Celle-ci, patiente, la laissait faire en lui accordant le temps qu’il fallait. Elle ne la brusquait pas, ne l’encourageait pas non plus. Et enfin elle attira doucement sa fille vers elle, sans forcer. Malgré la peur palpable qui émanait d’elle, celle-ci se laissa guider et entra dans l’eau sans qu’Alice n’ait à tirer. Cette dernière attira son corps contre le sien et la garda contre elle. Natasha ne bougeait plus, totalement paralysée et tous les sens en alerte.
    A leur manière, les deux femmes étaient totalement absorbée par l’instant présent. L’une surveillait les alentours avec une extrême attention, son cœur bondissant dans sa poitrine au moindre clapotis, l’autre n’avait d’yeux que pour celle qui était en face d’elle. Alice savait qu’elle devait rassurer Natasha, mais pour quelques secondes, elle voulait simplement apprécier ce qu’elle n’avait jamais pu avoir auparavant. Sa propre fille dans ses bras, l’une contre l’autre. La voir d’aussi proche, ressentir son corps chaud contre le sien, peau contre peau, c’était une sensation très troublante. Son visage n’était qu’à quelques centimètres de celui de sa protégée et si cette dernière ne la regardait pas, elle ne pouvait pas la quitter des yeux. Elle les ferma pourtant un bref instant, pour maximiser la sensation de leur proximité. Puis avec douceur, elle prit de nouveau la parole.
–  C’est un lac Natasha, il n’y a aucun danger ici.
Comme pour le lui prouver, elle referma ses mains sur les bras tremblant de cette dernière et commença à reculer pour l’entraîner un peu plus loin. Elle n’allait pas trop vite, préférant éviter de la brusquer, mais elle agissait avec fermeté.
    L’eau qu’elles avaient jusqu’aux genoux monta alors d’un niveau, leur arrivant à mi-cuisses. Le cœur bondissant, la fille aux yeux verts retint un glapissement en réalisant qu’elle ne pourrait que s’enfoncer toujours un peu plus et fit ce qui était pour elle un effort surhumain pour tâcher de ne pas y penser. Elle déplaça son regard de la surface brillante du lac pour accrocher le corps d’Alice. Des gouttes d’eau nacrées perlaient sur sa peau, glissant sur son beau ventre de danseuse pour descendre jusqu’à son petit nombril d’où elles restaient prisonnières. Très érotique. Ébahit d’avoir cette pensée, à un instant pareil et avec Alice tout particulièrement, elle se surprit d’autant plus à en sourire. La voir onduler des hanches tandis qu’elle progressait à reculons avait quelque chose de particulièrement sexy. Elle s’était toujours dit que les sorcières étaient envoûtantes, et celle-ci venait effectivement de le lui prouver ! N’était-elle pas un peu plus détendu, « comme par magie » ?

    Alice, qui avait probablement perçue ce changement d’état, engagea la conversation. De quoi l’aider à dissiper le malaise un peu plus.
–  Tout va bien ?
–  J’ai peur, admit l’autre avant de poursuivre d’un ton plus léger. J’essaie de t’imaginer danser, ça aide…
L’atmosphère se calma de plus en plus. La sorcière mima quelques mouvements chorégraphiques avant de faire un clin d’œil à sa fille.
–  C’est une bonne idée, ça t’aiderait peut-être à apprivoiser plus facilement ce milieu…
Natasha secoua la tête, redevenant hésitante.
–  Non je… J’aurai l’air ridicule.
Alice lâcha ses bras et vint prendre place à ses côtés, l’engageant à poursuivre d’une main au creux des reins. L’eau leur arrivait désormais à la taille et sa fraîcheur leur donnaient la chair de poule.
–  Ma chérie, tu devrais avoir un peu plus confiance en toi…
–  C’est pas la confiance, répliqua Natasha en scrutant les remous du lac avec angoisse, c’est la peur. J’arrive pas à la contrôler…
–  Je me souviens que tu te débrouillais très bien à la piscine…
–  La piscine c’est différent, la coupa t-elle. C’est petit et on voit tout à travers, et il y a trop de monde dedans… Et cette fois là surtout parce que j’avais l’esprit brouillé par ce machin ! J’étais dans une période où j’avais autre chose en tête tu sais…
Alice ne répliqua pas mais comprenait parfaitement. C’était l’époque où Natasha tentait de venger la mort de sa fille, où elle survivait plus qu’elle ne vivait. Les choses étaient très différentes…
    Elles avaient l’eau jusqu’à la poitrine maintenant, et c’est là qu’elle la fit s’arrêter. Elles n’avaient plus froid mais Natasha tremblait plus que jamais, apeurée. Elle était à deux doigts de la crise de nerf et il lui fallait absolument garder son esprit occupé sous peine de le voir défaillir. Sa mère lui caressa tendrement la joue pour, une nouvelle fois, la rappeler à l’ordre. Lorsqu’elle croisa son regard, elle lui sourit tendrement et lui serra la main.
–  On va nager un peu. Tu restes à côté de moi, d’accord ?
–  D’accord, répondit-elle d’une voix blanche.
–  On fait simple, juste de la brasse.
Cela lui permettait de pouvoir garder constamment un œil sur elle sans avoir à se concentrer sur l’effort physique. De plus elle doutait fortement que Natasha puisse se lancer dans une grande action sportive vu son état…
    C’est presque sans hésitation que cette dernière s’élança aux côtés de sa mère cependant, préférant s’avancer plus loin dans le lac avec elle que de rester seule dans l’eau, même là où elle avait pied. Les premiers mètres furent les plus simples à faire, les deux femmes se réchauffant rapidement en progressant. Natasha se surprenait elle-même et Alice se sentait fière, sans vraiment savoir pourquoi. Peut-être d’être la première personne au monde à avoir réussie à la faire rentrer dans l’eau et y rester ? En tout cas, la vision de sa fille parvenant à garder contenance ainsi la rendait heureuse.

    Malgré cette impression de réussite, de battre sa propre peur, Natasha ne parvenait pas à prendre parfaitement ses aises en milieu aquatique et l’impression d’avancer pour rien se faisait de plus en plus inquiétante. Le lac était vaste et même si elles nageaient sans s’arrêter, il y avait encore un long chemin à faire avant d’atteindre l’autre côté de la rive. Et plus elles s’éloignerait vers le large, plus elles atteignaient des profondeurs insondables, sous l’eau. Et dans de telles conditions…
    La jeune femme se mit à perdre le rythme, n’arrivant plus à se concentrer sur ses gestes. Tout ce qu’elle avait en tête, c’était l’idée que quelque chose de gros – de très gros, pouvait émerger de l’eau à tout moment pour la happer. Quelque chose comme un grand requin blanc dont les mâchoires se refermeraient sans mal sur ses petites jambes. Cette hantise ne la quittait plus et elle pouvait presque sentir la sensation d’une peau lisse de poisson tout près de ses pieds, comme si le museau conique du monstre marin la touchait.
    La certitude de ne pas être en sécurité vint perturber sa chorégraphie. Elle devenait pataude et ratait sa nage au point de s’enfoncer un peu plus dans l’eau à chaque fois. Un léger écart se creusa entre elle et Alice qui ralentit la cadence.
–  Tu te débrouilles très bien, fit-elle pour l’encourager.
L’autre ne répondait pas, essayant surtout de garder la tête hors de l’eau et de retrouver son équilibre. Sa mère s’arrêta alors et lui fit face, se contentant de petits mouvements pour stagner sur place.
–  Ne vas pas trop vite, conseilla t-elle d’une voix cependant inquiète. Prend ton temps, Natasha…
–  J-je… Je peux pas…, bégaya cette dernière qui commençait à couler.
–  D’accord.
Alice savait qu’il ne fallait pas trop « couver » pour permettre d’apprendre aux débutants, sous peine de ne jamais les voir y arriver, mais il y avait des limites. Immédiatement elle s’élança vers sa fille et l’attrapa par les bras, continuant de battre des pieds pour flotter sur place. Natasha l’imita, la serrant fortement.
–  Tu en as fais beaucoup, c’était très bien pour une première fois.
Le regard qu’elle croisa fut celui d’une jeune femme terriblement gênée, honteuse presque. Alice lui caressa doucement la joue en souriant.
–  C’est pas grave ma chérie. On va rentrer maintenant, d’accord ?
Les doigts de Natasha se crispèrent un peu plus, montrant qu’elle avait atteint sa limite.
–  On va simplement faire le chemin à l’envers…
Elle secoua la tête, claquant des dents de froid et par nervosité. Alice fit montre de patience et approcha un peu plus son visage vers le sien pour lui témoigner de sa présence.
–  Mais si tu peux le faire, et je suis avec toi…
Natasha secoua la tête un peu plus, émettant un petit gémissement. Ou un bref sanglot ?
– Écoute moi, tu as fais des progrès incroyable en venant jusqu’ici, mais si on se contente de se téléporter ailleurs comme par magie ça ne résoudra rien et tu te braqueras sans cesse un peu plus ! Mais si on rentre ensemble jusqu’à la plage tu sauras que tu as réussis ! C’est de cette façon qu’on avance !
La jeune femme se contenta de fermer les yeux, tétanisée. Alice la regarda un moment sans rien dire, prise de pitié et de remord.
–  Le plus dur a été fait ma chérie.
Comme un pantin privé de volonté, Natasha se contenta d’acquiescer. Peu lui importait désormais, elle était au-delà de tout ça. La seule chose qu'elle voulait, c’était de quitter l’eau. Alice se mordit la lèvre, se donnant l’impression d’être cruelle. Une petite voix hurlait dans son crâne, lui rappelant que la belle adolescente en face d’elle était sa fille !
–  On essaye juste, fit-elle en essayant vaguement de résister. D’accord ?
Son enfant acquiesça vaguement une nouvelle fois. Alice, mal à l’aise dans l’idée d’être tortionnaire, abdiqua. Elle agrippa Natasha un peu plus fort, cherchant une façon de s’excuser avant de simplement se concentrer sur sa force magique en murmurant.
–  C’est bon, on s’en va…
Alice était légèrement déçue. Non pas de Natasha, mais d’avoir échouée dans son idée de venir seule et rapidement à bout de la phobie de sa fille. Elle aurait aimé faire ça naturellement et aussi vite que possible, comme d’un coup de baguette magique. Comme si elle avait été la maman parfaite. Cela lui aurait donné l’impression d’avoir enfin pu offrir quelque chose à Natasha…
    Les derniers mots d’Alice firent vibrer quelque chose en sa fille cependant. Le ton de sa voix peut-être. Elle ouvrit doucement ses grands yeux verts pour la regarder, la peur au ventre. Non pas celle d’être dévorée par un requin géant, mais d’avoir froissée sa mère… Sa relation avec Alice était tendue, elle ne pouvait pas le nier malgré des moments magnifiques passés ensembles. Chacune essayait de se rapprocher le plus possible de l’autre, mais elle devait admettre qu’il y avait une certaine fragilité dans leurs rapports et la moindre maladresse – et qu’est-ce qu’elles étaient maladroites ! – leur donnait l’impression d’une faute grave. C’est donc ainsi que Natasha, en pensant avoir fâchée Alice, fut prise d’une peur panique d’avoir définitivement brisé quelque chose entres elles. C’était stupide et elle le savait, mais c’était irrationnel et donc incontrôlable.
    Au moment même où elle ressentie les effets du transport, s’élevant progressivement hors de l’eau par lévitation, Natasha s’en voulu d’avoir réagit ainsi. Elle aurait dû se montrer forte et essayer, ne serait-ce que pour prouver à Alice qu’elle n’était pas…Ingrate ? Irrespectueuse ? Que pouvait-elle bien penser d’elle ?! Elle ne savait pas, mais elle se mit à imaginer le pire.
    Elle leva la voix tout en lâchant les bras de sa mère pour lui poser les mains sur les joues et lui faire ouvrir les yeux.
–  Non attend !
    Surprise, Alice sursauta et son sort se brisa. Elles ne s’étaient élevée que d’un bon mètre en l’air mais la chute fut suffisante peur les faire glisser dans les profondeurs du lac…

    Leurs deux corps crevèrent la surface plate de l’eau en un bruit sourd. L’instant d’après, elles coulaient doucement dans un univers silencieux, sombre et oppressant… Alice pouvait voir sa fille la fixer du regard, essayant de demeurer aussi impassible que possible. Comme pour lui prouver qu’elle n’avait pas peur ?
    Elles continuaient de glisser dans les eaux de plus en plus froides du lac, et bientôt tout ce qu’Alice pouvait voir fut une paire d’yeux vert dans les ténèbres. Les poumons en feu, elle se contorsionna comme un poisson afin d’obtenir une position préférable pour la nage sous-marine et parcourue en quelques brasses la distance qui la séparait de Natasha. Quelques secondes plus tard elles remontaient, difficilement, ralenties par une brutale chute de température. L’eau n’était plus simplement froide, elle était complètement glacée ! Et pour ne pas faciliter leur tâche, la luminosité s’était considérablement réduite et aucune des deux femmes n’arrivaient à visualiser la distance qui les séparaient de la surface…
    Elles émergèrent en même temps, remplissant leurs poumons d’un air si frais qu’il en devenait douloureux. Frigorifiées et à bout de souffle, elles se serrèrent l’une contre l’autre dans le réflexe de partager leur chaleur. Et de se protéger d’un éventuel danger. Le ciel bleu et ensoleillé qui, quelques minutes auparavant, caressait leurs peaux d’une douce chaleur d’été, avait cédé la place à un voile nocturne sans étoiles. Seule la pleine lune fournissait un éclairage suffisant pour leur permettre de distinguer la brume opaque qui s’était déposée sur la surface de l’eau noire.
    Les deux nageuses grelottaient sur place, la chair de poule se formant sur leurs corps. Elles ne pourraient pas supporter ce climat plus longtemps et éprouvaient déjà d’énormes difficultés à nager sur place et mouvoir leurs membres.
–  C’est de l’eau salé, fit Natasha en claquant des dents.
Alice la regarda un bref instant, retenant de lui poser une question qui lui brûlait les lèvres. A la place, elle répondit par rhétorique, chacune sachant déjà de quoi il en retournait.
– On est dans l’océan, tu as dû utiliser la Marelle sans le vouloir pendant qu’on était sous l’eau…
En milieu marin, le pouvoir divin de Natasha était une véritable malédiction. Investie de la capacité de créer des mondes et d’altérer la réalité, elle pouvait modifier l’eau dans laquelle elle se tenait sous l’influence de sa peur, transformant ce qui n’est qu’une phobie en un danger bien réel. Et c’était la raison précise pour laquelle les deux femmes regardaient sans cesse tout autour d’elles, s’attendant à tout moment à voir émerger le gigantesque monstre marin…
    C’est la raison qui poussa Alice à changer la « conversation », espérant apaiser l’esprit de sa fille et tuer dans l’œuf toutes situations dangereuses.
–  Qu’est-ce qui t’as prit ?
Elle soutint son regard pour capter son attention et l’obliger à se focaliser sur elle. Pas de réponse. Alice se rapprocha d’avantage, leurs nez se touchaient presque.
–  Pourquoi tu as changés d’avis ?
–  … Je voulais pas qu’on parte comme ça… Je voulais pas que tu m’en veuilles…
Petit silence gêné, regard fuyant, puis de nouveaux mots hachés par ses tremblements.
–  … Je pensais que tu serais contente de moi…
Sa voix était minuscule et Alice aurait voulu l’entourer de ses bras si elle ne les utilisaient pas déjà pour quelque chose de vital. Un sourire immense illumina ses traits et la joie qu’elle ressentie lui fit un instant oublier l’eau frigorifiée dans laquelle elle baignait.
–  Mon cœur…, commença t-elle sans trop savoir comment exprimer son émotion.
    Un clapotis plus sonore que les autres l’interrompit, suivit d’un second un peu plus lointain. Les yeux de Natasha s’agrandirent de terreur et elle enfonça ses doigts dans les bras de sa mère. Inconsciente de sa force, elle enfonça ses ongles dans la peau. Alice réprima un gémissement de douleur et se concentra sur son jeu de jambes pour ne pas boire la tasse.
–  Natasha reprend toi…
Quelques glapissements inintelligibles lui répondirent, la jeune femme suivant du regard une entité invisible qu’elle s’attendait à voir clairement à tout instant. Son cœur bondissait bruyamment dans sa poitrine et elle avait envie de se tasser sur elle-même pour devenir aussi petite qu’une molécule d’eau, insignifiante et invisible. Ses jambes lui semblaient trop grandes, trop exposées, et si elle ne les sentaient plus en raison du froid quelques instant auparavant, elles étaient maintenant un terrifiant signe de vulnérabilité…
    La peur de Natasha était contagieuse et chaque vaguelettes donnaient des sueurs froides à Alice, qui imaginait très bien la tête triangulaire du squale bondir d’un coup pour la dévorer. Elle se sentait sur le point de céder à la panique elle aussi et devait réagir immédiatement. Oubliant la douleur dans ses bras, elle attrapa son enfant par les épaules et la secoua autant que possible.
–  Calme toi ! Calme toi ! On doit partir d’ici.
Natasha hocha la tête docilement, comme une petite fille. C’était à s’en briser le cœur mais très utile sur le moment !
–  On va bouger, okay ? Ça va nous réchauffer et tu utilisera ton pouvoir.
Hochement de tête, encore. Alice soupira, ayant craint un bref instant que Natasha serait bloquée par sa peur et incapable de bouger. Elle se plaça à ses côtés, la forçant à lâcher prise en se dégageant doucement mais fermement, puis lui caressa le dos avant de la pousser pour lui donner l’impulsion de nager.
    Elles n’avancèrent que de quelques mètres, incapable de bouger correctement leurs bras et leurs jambes. Le froid devenait un ennemi plus tangible que les fantasmes de Natasha. Soufflant comme des bêtes de sommes, les deux jeunes femmes se firent violence pour progresser. La brume persistait et le ciel ne s’éclaircissait pas.
–  Natasha ?, demanda Alice avec inquiétude.
–  Je.. Je peux pas, je…
Elle gémissait, de peur, de froid et de désespoir. Elle faisait plus du sur-place qu’autre chose et ses nerfs menaçaient de lâcher.
–  … Trop froid… Je peux pas me concentrer…
Sa dernière phrase se termina en un véritable numéro de claquettes effectué avec sa dentition. Ses bras bougeaient à peine et elle ne parvenait à garder la tête hors de l’eau que par peur de sombrer, là où l’attendait probablement une mâchoire gigantesque…
    Alice s’approcha d’elle et la saisie par la taille pour la coller contre elle. La jeune femme ne lutta pas et se laissa porter, sanglotant. Un bruit d’éclaboussure les firent sursauter et Natasha poussa un petit cri. Il sembla vaguement à Alice qu’une ombre se trouvait de l’autre côté du rideau brumeux, mais ça pouvait être une illusion d’optique. Un mauvais jeu d’ombre ou un aileron ? Contre elle, Natasha retenait ses pleurs avec difficulté.
–  On va partir mon cœur, chuchota sa mère. On va partir…
Déjà émanait d’elle un puissant flux magique qui se répandait dans tous son corps, la revigorant et la réchauffant. La chose tremblante qu’elle tenait dans ses bras fermait les yeux et se crispait, inconsciente du phénomène et angoissant dans l’attente.
    Puis il y eu comme un mouvement de courant sous l’eau. Suivi d’un frôlement contre son pied. Quelque chose de lisse. La jeune femme hurla et serra sa mère de toutes ses forces, visualisant déjà la position du grand requin blanc juste sous elle. Exactement comme sur l’affiche d’un certain film…
    Alice sursauta sans briser sa concentration cette fois-ci. Elle tint bon même quand sa fille lui broya les côtes, se cramponnant à elle comme à une bouée de secours. Natasha invoqua son nom comme si elle était Dieu.
–  Alicealicealicealice !
Elle la supplia, pleura, se lâchant complètement. Et malgré l’émotion qui traversa l’esprit d’Alice à la vitesse d’un courant électrique, celle-ci ne cessa pas son travail. Elle y était presque.
    Jamais Natasha n’avait eu à ce point l’impression que sa vie dépendait d’une seule personne. Encore moins de cette personne. Là, contre elle, c’était comme d’être un enfant en bas âge. Sous l’eau, un nouveau remous se fit ressentir. Plus vif que le précédent, se répercutant comme une onde jusqu’aux jambes nues des deux nageuses. Elle pouvait presque sentir les dents contre sa peau, et implora.
–  S’il te plaît ! Alice !! S’IL TE PLAÎT !
Sous elle, dans les profondeurs de l’océan, un courant aspirant sembla vouloir l’emporter tout au fond. Là où il y avait les dents, et la bouche énorme. Au cours de sa vie, la jeune femme avait frôlé la mort bien des fois et fais l’expérience de la douleur dans la plus extrême de ses représentations. Pourtant, jamais elle n’avait eu l’impression d’être sur le point de disparaître comme cela, avec ce sentiment d’alerte qui annihilait toutes ses facultés mentales. Pour elle désormais, le monde se résumait à deux choses: la Mort, imminente, derrière elle, et une personne capable de la protéger de tous les dangers, face à elle. Quelqu’un qui, quoiqu’il arrive et où qu’elle soit, pourrait intervenir et la sauver, lui ôter toutes ses peurs et remplacer ses craintes par un amour puissant. Pour un enfant, il n’y a pas plusieurs façons de nommer cet être: c’est…
–  MAMAN !, hurla t-elle.
Alice reçu cet appel aussi fort qu’un coup de poing en plein visage. Ce seul mot contenait à lui seul toutes les émotions humaines: la peur, l’amour, l’envie, la tristesse… Ce mot qui venait d’être prononcé venait du fond du cœur, avec une pureté et une sincérité des plus impressionnantes. Et qui plus est, ce mot, Natasha n’avait encore jamais pu le prononcer…
    Une constatation simple se forma dans un coin de l’esprit d’Alice. Ce vœu, qu’elle avait formulé il y avait quelques temps déjà, venait enfin de se réaliser. Pour la première fois, sa fille l’appelait ainsi, « maman », et la reconnaissait comme telle du plus profond de son âme. Pour la première fois, son enfant avait besoin d’elle et elle était là pour l’aider. Pour jouer son rôle.
    En prenant conscience de ceci, Alice fut la plus heureuse des femmes. Son visage pourtant n’affichait que surprise, et elle en était tellement déstabilisé que si son sort n’avait pas été terminé, il aurait échoué une nouvelle fois…
    Les yeux grand ouvert, bouche bée, elle observa la jeune femme blottis contre sa poitrine, et ne trouva aucun mot. Celle-ci n’en attendait rien et se contentait de ne pas bouger, de garder les yeux fermer très fort et d’attendre que l’être invoqué agisse. Son cœur semblait sur le point d’exploser et les larmes coulaient abondamment, mais la chose pleine de chaleur qu’elle étreignait semblait être là pour la calmer et la rassurer. Une sorte de présence pleine de bonnes intentions, apaisante, l’enveloppant comme dans un cocon. Ça avait une odeur douce et agréable. Une odeur de maman. Natasha s’y sentait bien et, petit à petit, en sécurité. La notion de monstre, de Mort et de froid quittait peu à peu son esprit, celui-ci se retrouvant charmé par le confort de cet enlacement. Elle avait l’impression de s’endormir doucement, sous sa couette, contre sa maman… C’était une image qui l’avait accompagnée de nombreuse nuit dans son enfance, une sensation qu’elle avait toujours fantasmé et gardé au fond d’elle-même pour les mauvaises nuits. Depuis peu, elle avait commencé a y goûter pour de vrai. Mais pour la première fois, elle le ressentait pleinement.
    Tout irait bien.
    Parce que maman était là.

    Natasha s’endormit, alors même que son corps quittait l’océan gelé, et le monstre qui y rôdait. Alice ne fit rien pour la déranger, se contentant de la garder contre elle. L’observant sans cesse, scrutant son visage détendu, ses larmes…
– … Je t’aime, murmura t-elle…

    C’est le cri des mouettes qui la réveilla. Doucement, Natasha ouvrit les yeux et quitta les bras de Morphée pour se retrouver dans celui d’une jeune femme. Le ciel fut la première chose qui lui apparut, bleu et dégagé. Les oiseaux y volaient. Elle se tenait allongée dans les bras d’Alice, celle-ci assise contre quelque chose. Il lui fallu un petit temps pour analyser et comprendre. Elles se trouvaient sur un vieux bateau, un vieux galion, tout à l’avant. Sa mère était assise sur le sol, contre quelques vieux tonneau, veillant sur elle.
    Le navire devait être immense et très haut, le bruit de l’eau n’était même pas perceptible. Elle ne se redressa pas, trop fatiguée, physiquement et émotionnellement, et se contenta de regarder sa mère d’un air interrogateur. Celle-ci la regarda gentiment.
– C’est un bateau fantôme, dit-elle de sa belle voix. Il est échoué. Nous sommes sur une plage…
Natasha ne répondit pas, continuant de la fixer. Elle observait ce visage délicat dont elle avait hérité quelques traits, ces si beaux yeux dont elle possédait elle aussi l’éclat magnifique. Ces beaux cheveux noirs. Puis ça la frappa. Elle le savait déjà, mais ça la frappa quand même. C’était sa mère. Sa maman. Celle qui l’avait mise au monde. Celle qu’elle avait toujours attendue. Et la jeune femme, encore une fois, régressa à l’âge de fillette, envahie par une vague d’amour et de reconnaissance incontrôlée.
    Elle réalisa qu’elle ne voyait plus Alice comme une jeune femme de son âge avant tout. Parce que ça l’aurait probablement gênée de se tenir là, dans ses bras, à moitié nue, sinon. Mais là, c’était normal. Elle n’avait plus cet espèce de réticence, ce sentiment qui s’interposait entre elle. Là, elle était sereine.
    Malgré tout, un second sentiment rappela l’adulte en elle. Hormis une fois, peut-être deux, elles ne s’étaient jamais tenue comme ça. Surtout là, en bikini, peau contre peau, les caresses s’en retrouvant décuplée. Une sensation très agréable. Mais sous un autre angle, cela faisait assez… Osé…
    Confuse, honteuse même, Natasha rougit puis détourna les yeux. Alice ne dit rien et attendit. Une minute se passa sans que rien n’arrive, puis ses doigts vinrent inconsciemment jouer avec les cheveux de sa protégée. Ils n’étaient pas hésitant, au contraire, reproduisant de vieux gestes liés à des souvenirs lointain. Comme lorsqu’elle coiffait sa sœur jumelle, ou qu’elle réconfortait la petite Moe qu’elle avait adoptée. Des mouvements pleins de tendresses et d’amour qui revenaient d’eux-mêmes.
    C'est le même genre de souvenirs qui assaillirent Natasha, laquelle repensa à sa propre enfant, Cynthia. De leur première rencontre, alors qu’elles ignoraient le liens qui les unissaient. Cette nuit là, elle avait eu les mêmes gestes. La même tendresse. La même sensation de bien-être qu’à présent, alors que le soleil réchauffait son corps et que des frissons de plaisir parcouraient son échine.
    Quelques mots lui brûlèrent les lèvres. Des mots que, jusqu’ici, elle n’avait jamais vraiment pu prononcer. Elles s’étaient toujours dit « ça viendra », qu’il fallait attendre le bon moment. Peut-être celui-ci était-il arrivé ? Une légère peur la prit lorsqu’elle se décida à faire sa déclaration.
– Maman ?, fit-elle d’une voix vibrante d’émotion.
Alice se tendit.
– Oui ?
– Je t’aime.
La tension se transforma en bonheur et elles se serrèrent d’avantage.
– Je t’aime. Ma fille.

Gypsy Witch – Première Sortie en Ville (Vampire's Kingdom)

Première Sortie en Ville
[Sujet RP Libre]



De tous temps, Alice ne s'était jamais sentie "à sa place". Métis, elle avait toujours eu une place à part chez les Roms, la "fille de l'anglais", la "jumelle sans sœur". En Angleterre, elle était mise à part, car issue d'un peuple pauvre et apportant la peur dans le cœur de la bonne société. Était-elle voleuse et menteuse, comme les autres de sa race ? Ou bien peut-être une prostituée immigrée, liée à la mafia ? Il fallait s'en méfier... Puis vinrent les vampires. Là, elle n'était qu'une humaine, une proie. Intéressante, peut-être désirable pour diverses raisons, mais sans valeur et inférieure. Et lorsque pourtant le Baiser lui fut offert, rien ne changea. Vampire, elle était jeune, débutante et inexpérimentée. Un "chiot" parmi pleins d'autres, et dont les anciens se seraient probablement bien passé...

Ouais. Elle n'avait su trouver un endroit bien à elle, sans jugement ni classement. En arrivant à Vampire's Kingdom nom Ô combien prétentieux et auquel elle s'imaginait être attaché un monde tout aussi égocentrique et égoïste, Alice n'aurait jamais imaginée un seul instant y trouver cette fameuse "Terre Promise". Il fallait pourtant se rendre à l'évidence: ici, elle était noyée dans la masse. Invisible mais intouchable. C'était ce qu'elle avait toujours voulu. Entrer dans un endroit sans se faire rejeter ou regarder... Et pourtant, peut-être par manque d'habitude, la vampire se trouvait des plus mal à l'aise en ces lieux. Ici, dans ce bar, assise seule au comptoir avec sa petite boisson devant elle, Alice éprouvait ce qui devait être le Spleen du vampire. Cet état de déprime lié à la nostalgie et propre à tous les suceurs de sang. Quelle ironie... Elle qui était pourtant de nature enjouée, là voilà qui devenait rabat-joie en pleine boîte de nuit !

Dommage, elle s'était préparée à profiter d'une si belle soirée pourtant. Son installation était enfin terminée, l'appartement dans le plus parfait état, et elle avait voulu marquer le coup pour sa première nuit libre dans cette ville. Elle s'était vêtue en conséquence, disposant de gants de velours la couvrant jusqu'à mi-bras et laissant nue ses épaules blanches. Le noir ravivait le teint pâle de sa peau et était devenu une couleur de choix dans sa garde-robe. Sa jupe, fendue haut sur les côtés des cuisses, laissait ainsi entrevoir de belles et longues jambes, ses pieds se retrouvant emprisonné dans les multiples lanières croisées de petites sandalettes. Sa poitrine, elle, était couverte par un haut minuscule directement emprunté à une robe de danse orientale, ne couvrant que ses seins et laissant visible son petit ventre et son buste, quelques piécettes d'argent venant donner au vêtement une allure improbable de ciel étoilé... Sur ses genoux, un très long manteau de cuir, semblable à ceux de la culture Goth. Il était très confortable mais une fois à l'intérieur, Alice n'avait pas cherché à camoufler son corps. Dans l'idée, elle était venue s'amuser et attirer quelqu'un. Pourquoi pas un homme, pourquoi pas une femme...

Mais maintenant, après être rentrée et avoir passé sa commande avec une facilité déconcertante, elle n'avait plus la tête à la fête. Elle avait été servie sans la moindre remarque, ce qui ne lui avait pratiquement jamais été arrivé. Troublée, elle n'arrivait pas à se dire que enfin, c'était bon. Qu'elle ne serait plus jamais une étrangère ni une indésirable et qu'elle avait trouvé sa place... Broyer du noir n'était probablement pas la solution adaptée, et en temps normal elle aurait plus qu'apprécier cette découverte, mais son esprit semblait trop soucieux. Une expérience intéressante cependant, car encore jamais elle n'avait ressentie cette fameuse déprime dont pouvait être victime ceux de sa race, ayant toujours imaginait qu'il s'agissait d'un état d'esprit dont souffrait uniquement les vieux immortels incapable de renouveler leurs centres d'intérêt, ou trop coincés pour s'adapter à leurs époque et savoir s'éclater un minimum.

Le Bloody Velvet avait en effet tout ce qu'il fallait pour passer du bon temps. De la boisson à profusion, de la musique intéressante
– même si les goûts et les couleurs ne se discutent pas – et surtout une faune locale très intéressante. De nombreux corps, masculin et féminin, humains comme vampire, à regarder et, pourquoi pas, à toucher. De nombreux hommes très séduisants n'attendaient que la compagnie d'une femme et il ne fallait pas attendre bien longtemps pour se trouver un partenaire. Possédant des goûts moins conventionnels, Alice avait cependant les yeux plutôt rivés sur les courbes féminines gracieuses des environs, et là encore il n'y avait pas de quoi être déçue. Nombreuses étaient celles qui pouvait attiser son désir et en d'autres occasions, son principal dilemme aurait été de faire un choix. Il y avait tellement de quoi choisir, c'était à s'en tourner la tête. Pourtant elle resta là, plantée sur son tabouret comme si un quelconque sort magique l'y retenait prisonnière, la main sur son verre qu'elle ne portait que rarement à ces lèvres. Même l'idée de danser, une occasion qu'elle ne manquait jamais, ne la tirait pas hors de sa torpeur. C'était, au fond, peut-être ce qui la choquait le plus...

La vampire poussa un profond soupire, qu'elle identifia en décalage comme une preuve d'ennui, ou d'insatisfaction. Elle ne voyait pourtant pas ce qu'il lui fallait de plus et cela l'agaça profondément. En colère contre elle-même, elle s'estima ingrate envers le "destin" ou le "hasard" ou peu importe ce qui lui avait valu le fait d'atterrir ici. Plus que tout autre, c'était elle qui aurait dû apprécier Vampire's Kingdom à sa juste valeur et pourtant... Avec un nouveau soupire, elle se joua l'avocat du Diable, supposant qu'elle était simplement en manque de repères...

"Ouais", murmura t-elle. "Ça c'est clair..."


jeudi 7 mai 2009

[NOTES DE TEXTE] Gypsy Witch – Plume d'Encens

Notes de Texte


Voilà une histoire de chatouilles, parce qu'il en fallait bien une un jour ou l'autre, n'est-ce pas ?
Elle introduit donc la plus grande peur / faiblesse du personnage d'Alice, ici par le biais de Cheshire, un démon du rire. On ne va pas nécessairement reparler de ce personnage puisque nous l'avons déjà fait, mais il s'agit bien, à notre façon, d'un hommage à Alice aux Pays des Merveilles...

L'histoire ne raconte finalement pas grand chose et n'est qu'un prétexte pour torturer Alice de façon "magique". L'idée était surtout de montrer comment la sensibilité de la jeune femme peut être une véritable malédiction pour elle, en transformant la scène apparemment "innocente" en une véritable torture. L'atmosphère érotique n'était pas prévue au début, moins l'aspect déshabillé d'Alice pour les chatouilles, mais cela permettait une conclusion à la séance de Cheshire tout en avançant d'un pas dans l'ambiance. Les fétichistes des chatouilles ne voient généralement dans cet acte aucun aspect sexuel en soit, mais il faut avouer que, bien utilisées et au moment voulu, celles-ci peuvent être très stimulantes ! Tout est une question de dosage et de savoir-faire dirons-nous, et de la part d'un démon il paraissait normal que celui-ci en vienne à ce point !

Et pour parler chatouilles, le personnage est surtout agressé au niveau supérieur de son corps. N'étant pas spécialement fétichiste des pieds je ne me voyais pas trop d'écrire une exposition relativement longue pour une action sur une zone que je n'arriverai pas nécessairement à bien décrire. En revanche dès qu'il s'agit de toucher à son petit ventre (et son si sensible petit nombril !), c'était déjà bien plus simple. Le torse permettait une plus grande variété de zones à torturer et semblait plus logique pour donner un côté "sexué" à la scène.

Si cette Plume d'Encens est avant tout une histoire prétexte, à caractère érotique, elle possède cependant un minimum de construction sur son sujet. Pas d'histoire à proprement parler, mais j'aime bien sa conclusion, son placement dans la vie d'Alice (une période pas top pour la miss,) et la richesse de l'objet magique (la boîte aux plumes) possède quelque chose d'original et de joli qui s'accorde bien avec le côté "antiquaire mystique" du personnage.

Bref si c'est loin d'être du grand art (la toute première partie jusqu'à la découverte de la boîte me semble très mal écrite, notamment dans l'utilisation du temps), je trouve ça pas si mal comme scénario prétexte...


mercredi 6 mai 2009

Gypsy Witch – Plume d'Encens

PLUME D'ENCENS

Alice passe sa première année à l’Université Miskatonic d’Arkham, aux USA. En tout début d’année, elle n’y connaît personne et doit se familiariser avec la langue anglaise et la civilisation. Elle réside seule dans un appartement d’étudiant sur le campus…


    C’était la fin de l’été et avec elle, la fin des illusions. Jeune étudiante fraîchement débarquée, Alice avait encore du mal à se faire à l’idée d’être séparée de sa famille. Jusqu’ici elle s’était contentée d’écouter les conseils de son père et de se dire qu’il suffisait d’attendre les vacances, mais en ce jour de rentrée elle réalisait maintenant à quel point elle était seule. Et que ce serait difficile à supporter.
    Le constat s’était lourdement imposé a elle au réveil, et quant bien même la réunion de la rentrée avait pu lui permettre de s’en évader, le retour à sa chambre la renvoyait à sa condition. Son père était absent, comme toujours, sa mère, sa grand-mère et ses amis se trouvaient à des centaines de kilomètres de là dans un autre pays, et elle n’avait personne pour la familiariser avec son nouvel environnement. Pas évident de créer des liens avec d’autres dès la première matinée de cours, et encore moins lorsque les trois-quarts de ses camarades n’étaient que des pétasses superficielles et populaires, des fils à papa prétentieux ou des armoires à glace ne pensant qu’au football, à la bière et à mater. Une chose était sûre, c’est qu’elle ne devrait jamais mentionner ses origines sous peine d’être perçue comme une pestiférée…
    Las, déprimée et complètement dépassée par toute la paperasserie à gérer en ce début d’année, la jeune femme n’aspirait qu’à se détendre et oublier. Une idée qui lui plaisait bien mais qui lui paraissait impossible ne serait-ce qu’en raison de l’emménagement et rangement a faire dans sa chambre. A peine était-elle rentrée que la vue des cratons à déballer la rendit malade. Elle ne s’en sentait ni la force, ni le courage… A contrecœur pourtant, et en traînant les pieds, elle se laissa à bouger quelques petits paquets.

    Déballant sans motivation divers objets, c’est avec surprise qu’elle aperçue une petite boîte qu’elle ne connaissait pas, glissée entre deux bibelots et avec une étiquette portant son nom. Un cadeau ?
    Délaissant son travail, Alice récupéra délicatement le petit coffret d’acajou. De la taille d’une boîte à chaussures, son bois (rouge) était finement décoré de gravures diverses représentant, dans un art primitif, d’antiques divinités: le Serpent à Plumes, le Phœnix, l’oiseau Roc… Un véritable travail d’orfèvre qui lui donna le sourire. La fatigue et la morosité étaient déjà loin derrière elle et c’était de véritables frissons d’excitation qui faisaient bondir son cœur à présent !
    L’étiquette était écrite d’une main inconnue, sans aucune signature. Cet anonymat ne faisait que renforcer le plaisir de cette découverte et Alice ouvrit la boîte en grand, impatiente. Celle-ci contenait un petit message griffonné à la main sur une feuille de papyrus, ainsi qu’un objet totalement enveloppé dans un carré de soie bordeaux. Une bouffée d’odeur exotique et fruitée s’en dégagea, donnant une légère ivresse à l’adolescente qui fut comme prise de palpitations. Quelle odeur magique ! C’était comme respirer une myriade d’arômes de fruits et de fleurs et d’être prit d’un agréable vertige de plénitude plutôt que d’un éventuel écœurement. Sur un petit nuage, la jeune femme récupéra le parchemin pour en lire le message. « Je suis avec toi. » Puis au verso: « Ne pleure pas. Ris. » Quelle touchante attention. Était-ce son père ? Ou sa mère ? Sa grand-mère peut-être ? Alice était incapable de deviner, mais elle était ravie et se sentait flotter, comme débarrassée de tout son stress. Presque droguée.
    Avec toute la douceur du monde, elle entreprit de défaire l’emballage de tissu pour libérer le présent. Elle sentait la fragilité de la chose à travers le foulard et retint son souffle durant l’opération. Ce qu’elle mit à jour lui sembla d’abord être une multitude de plumes colorées, longues et belles, mais un examen plus approfondit lui apprit qu’il s’agissait en fait de bâtonnets d’encens ! Ce qui expliquait cette agréable odeur dont été imprégné le coffret. Voilà qui n’était pas commun. Jamais elle n’avait vu d’encens avec une forme aussi élaborée, si précise. L’idée même de les allumer la révolta tant qu’ils étaient beaux. Mais à la vu du stock dont elle disposait, elle pouvait bien se permettre quelques exceptions…
    Prenant note de découvrir l’identité de l’expéditeur pour le remercier, l’étudiante rangea précieusement la boîte, récupérant au passage une magnifique plume cramoisie au parfum de framboise, puis se mit en quête d’allumettes et d’un petit support. Nul doute qu’une bonne petite bouffée d’encens lui permettrait de se détendre parfaitement.

    Se mettant à l’aise, l’adolescente retira ses chaussures et chaussettes, testant un instant le confort de la moquette épaisse de ses pieds nus. Sensation délicieuse qui la conforta dans l’idée de se laisser aller. L’hiver n’était pas encore là et il faisait doux. Fermant les volets mais laissant la fenêtre ouverte, Alice ôta son débardeur pour se retrouver en soutien-gorge. Elle était chez elle après tout, et elle s’était toujours bien sentie dans son corps. Après quelques mouvements pour apprécier cette nouvelle forme de liberté, exercices d’assouplissement pour se délier le dos et chasser les mauvaises courbatures matinales, la jeune femme déposa la plume d’encens sur sa table de nuit, allumant l’embout et libérant alors un mince filet de fumée blanche qui se dissipa vite en volutes. Inhalant celle-ci, l’étudiante sourit. La douce odeur lui montait à la tête, semblant l’envelopper comme un cocon protecteur. Chancelante, elle s’allongea tranquillement sur son lit douillé et ferma les yeux pour accéder à une certaine forme de torpeur.
    Somnolente mais consciente, elle en vain à réaliser que la fumée dégageait une sorte de fraîcheur, faible mais provoquant une sensation suffisante pour lui donner quelques frissons. Elle sourit encore plus, sentant sa peau se hérisser légèrement au contact des caresses intangibles. C’était presque comme si quelqu’un soufflait doucement sur son corps, sélectionnant certaines zones plutôt que d’autres… Les plantes de ses pieds, son nombril, sur les côtés de son ventre… Les muscles de celui-ci se contractèrent même involontairement lorsque l’effet provoqué par l’encens sembla se décupler un peu plus. Alice étouffa un petit rire. Elle avait presque eut l’impression qu’on la chatouillait !…
    Levant les bras au-dessus de la tête, l’étudiante se tortilla sur sa couette pour se trouver une position encore plus appréciable. Elle se sentait dans un état second et n’avait plus envie de bouger, amorphe. Un parfum exaltant flottait dans l’air et elle frémit de plaisir plusieurs fois. Comment diable un bâton d’encens pouvait la plonger à ce point dans un tel état de béatitude ? Elle qui avait souhaité de la relaxation, c’était réussi ! Elle se serait presque endormit s’il n’y avait pas un petit quelque chose pour la garder consciente et la retenir du sommeil… Une impression étrange contre sa peau, la titillant. De très petits courants d’air semblant se glisser contre elle, altérant leur température et leur vitesse, comme s’ils possédaient de quelconques propriétés tactiles.
    Ils se faufilaient contre ses pieds, entre ses doigts, se glissaient insidieusement dans son petit nombril, tournoyant sur son ventre pour remonter maintenant sous ses bras. A ce moment précis, Alice ressentit réellement une pression sur ses aisselles et lâcha un petit piaillement de surprise, sursautant. Très sensible, la jeune femme se serait entièrement redressée en temps normal car ne pouvant pas endurer les chatouilles, mais à sa grande surprise elle demeura dans la position qu’elle avait prise un peu plus tôt. Était-elle si détendue que cela pour ne même plus réagir ?
    Intriguée, elle ouvrit les yeux et resta ébahie devant le spectacle qui s’offrait à elle. Un véritable petit nuage s’était formé juste au-dessus d’elle, s’étendant sur toute la surface de son lit. Stagnant dans l’air, comme animé d’une vie propre, il était toujours relié au bâtonnet d’encens par un mince filament. Ses volutes donnaient naissances à de multiples fils intangibles qui descendaient vers elle, se déposant sur son corps. Un simple regard suffit a lui faire comprendre que les sensations ressenties étaient à attribuer à ses tentacules de fumée, lesquelles touchaient aux parties vulnérables, car dénudées, de son corps.
    Impressionnée, et ne sachant comment considérer ce phénomène, Alice voulu se relever et étudier le nuage. Ses membres ne réagir pas, encore une fois, totalement engourdis. Perturbée et paniquant légèrement, l’adolescente tenta de venir à bout de la paralysie en se débattant. Sans succès: elle pouvait juste tordre la tête et bouger ses doigts. Puis, comme pour la distraire, un nouveau spasme la secoua. Ses muscles abdominaux venaient de subir un contact physique certain, comme des doigts traçant des sillons sur sa peau. Des chatouilles !

    L’assaut prit de l’ampleur et les caresses s’intensifièrent sur la peau lisse de son ventre. Se crispant, Alice retint son rire autant que possible en espérant naïvement que cela arrêterait ses tourments. Bandant les muscles pour se protéger, elle comprit bien vite qu’elle était sans défenses. La sensation lui brouillait l’esprit et toutes ses interrogations s’envolèrent lorsque la salve de chatouilles redoubla d’intensité. La jeune femme éclata de rire, incapable de se contrôler plus longtemps. Cette partie de son corps était la plus sensible et l’attaque subite venait tout juste d’anéantir sa volonté de résister. Il ne lui restait que la possibilité de se concentrer sur la sensation pour intimer à son corps de se calmer. Si cela n’arrêterait pas la torture, ça pouvait toujours la rendre un peu plus supportable. Serrant les dents et cherchant un rythme de respiration, elle cru même l’espace d’un instant que son esprit serait trop occupé pour se laisser aller aux chatouillements. Hélas son beau plan tomba à l’eau quand, sans prévenir, ses pieds furent victimes à leur tour des effets de l’encens. Des courants d’air soufflèrent sur le milieu de la surface intérieur, région ici la plus sensible pour Alice. Décontenancée, elle n’arriva plus à gérer les choses mentalement et perdit le peu de contenance qui lui restait. Une violente crise d’hilarité la secoua tandis qu’elle était impuissante à ignorer l’une ou l’autre partie attaquée de son corps . Rejetant la tête en arrière, elle ne put que rire et subir durant un temps qui lui paru éternel.
    Des larmes naquirent aux coins de ses yeux tandis que de petites gouttes de sueurs se formèrent sur sa peau, glissant doucement et en rajoutant à la sensation de chatouille. Le cœur battant, Alice protesta et supplia une entité invisible, responsable de son supplice. Une prière inutile qui ne fit qu’empirer les choses puisque les volutes de fumée gagnèrent ses flancs. Remontant très doucement le long des côtes, celles-ci infligèrent a leur petite victime une nouvelle dose de caresses sadiques.
    Les yeux d’Alice pleurèrent, sa voix hurla. Mais son esprit comme son corps ne faisait que rire, tous deux mit à l’épreuve sans relâche. Des courbatures et échauffements se déclenchèrent, tant l’adolescente contractait ses muscles. Sa douce peau devenait luisante mais jamais elle ne s’insensibilisait aux attaques fantômes. N’en pouvant plus, le cœur sur le point d’exploser et la tête lourde, Alice cru perdre conscience. Un moyen comme un autre de se libérer. Les chatouilles cessèrent alors, subitement, ne laissant plus qu’une jeune femme épuisée allongée sur le lit. Peinant à retrouver son souffle et gênée par les larmes qui lui piquaient les yeux, celle-ci demeurant immobile. A bout de force.

    Vêtue de son seul blue jean et d’un soutien-gorge noir, l’étudiante commençait à réaliser a quel point elle était vulnérable dans cette tenue. Tous ses points sensibles étaient exposés. Cette idée remit un peu d’ordre dans son esprit et lui donna une vigueur nouvelle. Il lui fallait absolument se lever, enfiler un vêtement. De cette façon elle serait plus a-même de se défendre qu’ainsi, à demi nue et entravée ! Mue par toute sa bonne volonté, Alice tenta de se soustraire à l’engourdissement qui la rendait prisonnière et lutta pour se libérer. Elle n’y arriva pas vraiment, et le nuage d’encens n’était visiblement pas disposé à la laisser partir ! Pour son plus grand malheur, elle vit une langue de fumée toucher l’une de ses aisselles. Le début d’une nouvelle longue séance de torture…

    Devenant presque hystérique lorsqu’elle fut chatouillée sous les bras, l’adolescente perdit immédiatement toute combativité, réduite a l’état d’esclave hurlante et privée de pensées. Tantôt rapides, tantôt lents, les tentacules gazeux se faisaient irrégulier dans leur rythme afin d’éviter toute tentative d’anticipation, d’accoutumance et de résistance. Alice n’était qu’un jouet dont ils disposaient comme d’ils le voulaient et le but était visiblement de la rendre folle.
    Sans pouvoir cesser de rire, la pauvre suppliciée en vint a souhaiter la mort. Sa conscience se perdait progressivement dans un grand brouillard et un faible espoir naquit de cette perte de cohérence mentale. Peut-être allait-elle s’évanouir ? Suffocante, des points noirs envahissants son champ de vision, Alice se sentie presque heureuse d’être ainsi libérée de cette horrible situation. Elle ferma ses yeux embués de larmes pour se laisser aller, mais le mystérieux pouvoir lui refusa sa grâce. Comme doté d’une conscience, l’encens changea de tactique pour mieux éterniser son agonie: il cessa ses agressions et souffla une bouffée de fumée au visage de la jeune femme. Prise d’une légère toux, celle-ci se réveilla et par réflexe fit douloureusement travailler ses poumons. Pouvant de nouveau respirer, la pauvre redevint suffisamment maîtresse d’elle-même pour ne pas perdre conscience. Exténuée, elle céda à la panique et se débattit violemment durant sa crise. Elle n’en pouvait plus.
    De nouvelles caresses, très douces, se firent ressentir sur son ventre. De petits chatouillements très légers mais agaçants, tout juste à la limite du supportable. Ceux-ci se propagèrent sur tout le reste de son corps, sur les côtés, ses aisselles, sous ses pieds… Alice serra les dents et gémit, incapable d’endurer les attaques plus longtemps, physiquement comme émotionnellement.
    Ses muscles la faisait souffrir, sa gorge la brûlait et ses yeux piquaient. D’une voix faible, elle supplia que tout s’arrête. Un rire amusé lui répondit, suivit d’un bref accentuation des chatouilles sous ses pieds. L’adolescente poussa un glapissement et ouvrit les yeux, découvrant alors avec stupeur que le nuage d’encens prenait forme devant elle. Une grande bouche, un sourire. Puis peu après une paire d’yeux. Alice blêmit en reconnaissant l’apparition. Cheshire, le démon du rire, une créature qu’elle avait invoquée il y a des années et qui s’était lié à elle contre son gré, la rendant extrêmement chatouilleuse et la persécutant autant qu’il le pouvait ! Le démon était tombé amoureux de son rire et s’en nourrissait. Alice portait sa marque: une sensibilité extrêmes de la peau pour les caresses. Il n’était donc pas difficile de lui arracher un gloussement et cela était devenu une véritable malédiction pour la jeune femme.
    Furieuse de se faire une nouvelle fois harceler, elle l’insulta avant de lui intimer l’ordre de la laisser tranquille. Peu enclin à obéir a la demoiselle, Cheshire s’appliqua à l’offusquer encore plus, amusé par ses réactions. Sa bouche intangible glissa jusqu’au petit ventre de sa proie et son souffle libéra un mince filet de fumée qui se logea dans le creux de son nombril. L’humaine se tendit, oubliant ses crampes, puis se confondit en excuse. Car le démon l’attaquait à son point sensible et tous les deux savaient ce qui allait se passer ensuite. Aussi détestable qu’étaient les chatouilles, elles n’en demeuraient pas moins stimulantes pour le corps et sur certaines zones érogènes, l’effet pouvait prendre des proportions plutôt extrême. Se mordant sauvagement la lèvre inférieur, Alice tenta un très bref instant de supporter la sensation qu’on lui infligeait. Des petits rires remontaient du fond de sa gorge tandis que des frissons parcoururent son ventre. Des frissons de plaisir décuplés par la frustration de son immobilité et de sa vulnérabilité aux caresses. Bientôt elle perdit le contrôle et poussa une série de gémissements, entrecoupés de crises d’hilarité. Si les chatouilles avaient été une torture simple et énervante, cela devenait quelque chose de plus ambiguë désormais. Sa peau la brûlait et elle ressentait un désir physique de plus en plus grandissant à chacune des touches fantomatiques sur elle.
    Alice tenta de refouler ce sentiment, bien aidée par le contact insupportable de l’encens, mais Cheshire poursuivit son travail. Elle sentie une incroyable vague de plaisir naître depuis son petit nombril pour déferler en elle. Elle tressailli, prise de picotements dans le bas ventre, puis se sentie submergée. Elle explosa quand la sensation se transforma en jouissance incontrôlée, toujours prisonnière du sadisme de la torture par les chatouilles. La jeune femme poussa un long gémissement mêlé a un rire hystérique. Toutes pensées cohérentes quitta son esprit tandis qu’elle fut sous l’emprise de l’orgasme et du démon. Son corps s’arqua durement avant de se détendre, épuisé.

    L’adolescente respirait bruyamment, le cœur douloureux. Sa tête était comme prise dans un étau tandis qu’elle dégrisait progressivement. Que son corps lui faisait mal… Elle avait l’impression d’avoir été écartelée…
    Après quelques secondes pour pleinement revenir a elle, l’étudiante jeta un regard noir à son démon. Rouge de honte, même si ce n’était pas la première fois qu’elle se lâchait ainsi une fois chatouillée, elle lui en voulait d’avoir profité d’elle jusqu’à ce point et détestait se sentir si impuissante lorsque cela arrivait. Elle avait beau haïr d’être chatouillée, il pouvait très simplement l’en faire jouir. Elle n’était qu’un jouet entre ses mains et ce salopard en était fier !
    Cheshire, en effet, la fixait de ses yeux brumeux et de son sourire, satisfait. Aucun d’entre eux ne parla. En sueur et considérablement fatiguée, Alice ne trouva même pas le courage de l’insulter. Elle se sentait si faible…

    Peinant à reprendre une respiration normal, elle s’accorda quelques secondes et ferma les yeux. Se détendre n’était plus un problème: elle pouvait bien s’endormir sur l’instant désormais !
    Un spasme musculaire au ventre la fit grimacer. Des doigts semblaient passer doucement sur ses côtes, zigzagant avant de tracer une série d’arabesques compliquées sous ses bras. Alice protesta, sursauta et lâcha un petit cri. Pas encore ?!
    Le sourire du démon s’agrandit, ses yeux disparurent. Un vague courant d’air fit virevolter quelques volutes de fumée plus loin, au-delà du lit. Les suivant du regard, Alice croisa la lueur de l’incandescente braise qui consumait la plume d’encens et, en un éclaire, elle compris. Cette torture, son supplice, durerait aussi longtemps que subsisterait la plume: elle avait elle-même invoquée Cheshire et devait en subir les conséquences. Son regard se glaça d’effroi alors qu’elle réalisa que l’objet n’était entamé qu’à son premier tiers…
    Affolée, elle senti naître un nouveau rire au fond de sa gorge, au moment même où son tortionnaire s’occupa de ses petits pieds nus. La jeune femme céda, hystérique. Durant les longues minutes qui suivirent, sa conscience s’évapora progressivement…

    A son réveil, Alice poussa un grognement de douleur et se redressa avec peine. Elle était en nage et ses muscles la faisait souffrir. Encore hagard, elle demeura un moment immobile a fixer le petit tas de cendre qui se trouvait près d’elle. Dans celui-ci avait été tracé un symbole à son intention. Un petit cœur. Alice pesta et frappa dans l’amas poussiéreux qui s’éparpilla en un nuage moqueur. Ce petit démon la provoquait une fois de plus ! Furieuse et honteuse, l’adolescente récupéra bien vite son débardeur qu’elle plaqua contre son corps. Un geste inutile qui ne la fit que se sentir encore plus ridicule.
    Enfilant le vêtement, elle grimaça et conclue qu’un bon bain chaud serait la le bienvenu pour chasser ses courbatures et sa sueur. Mais la simple idée de se déshabiller raviva en elle le souvenir des chatouilles sur sa peau nue et elle frissonna.
    Méfiante, elle regarda craintivement tout autour d’elle, s’attendant à tout instant à voir réapparaître ce sourire détestable. Tout ce qu’elle aperçue fut sa chambre, vide et, étonnement, parfaitement rangée. Les cartons avaient disparus et chaque objets avaient trouvés une place adéquate dans l’appartement. Surprise, elle explora les lieux et découvrit qu’elle n’avait plus à se donner la peine de déballer et ranger ses affaires ! Tout était exactement comme elle l’avait voulu. De la magie ?
    Prise d’un doute, l’étudiante s’approcha de la belle boîte à plumes qui lui avait été offerte. Un présent qui, à son avis, avait plus été pour Cheshire que pour elle ! Mais… Toute chose à un prix. Un bien pour un rendu. Au moins, le démon savait respecter ce code… Alice récupéra la boîte qu’elle rangea bien à l’abri dans un recoin de sa chambre. Elle l’avait scellé avec une épaisse cordelette de tissu rouge, pour que jamais une telle chose ne se reproduise. Cheshire ne la posséderait plus de cette façon, elle se le promis.

    Quelques minutes plus tard, la jeune femme se détendait dans l’eau chaude. Seule avec sa rancœur, elle passa en revu des centaines de moyens de faire payer au démon l’affront dont il l’avait rendu victime. Des pensées plaisantes qui, elle ne s’en rendit pas compte, avaient chassées ses angoisses et sa solitude.
    Et dans un coin traînait un petit bout de papier qu’Alice avait oublié. « Je suis avec toi », disait-il.

« Ne pleure pas. Ris. »


FIN