mardi 29 septembre 2015

Mental Hurlant – No Country For Old Men

Sans préparations, sans recherches, sans analyses et sans talent, les chroniques du Mental Hurlant ne sont que les réactions retranscrites sur le vif d'un esprit-spectateur, perdu dans ses souvenirs, ses plaisirs et ses déceptions selon le temps et l'humeur. Voici une retranscription de ce qui se déroule dans ce cerveau à l'évocation du sujet suivant... 

MENTAL HURLANT
No Country For Old Men

"Comment ?! Un véritable film chroniqué dans L'Imaginarium ?!" vous entends-je déjà dire. Oui c'est un choc pour moi aussi, mais c'est les aléas de la rubrique Mental Hurlant, qui m'oblige à parler de tout ce que j'ai vu, peu importe le style. Il y a quelques temps vous avez bien eu droit à une ignoble comédie pour Teenagers, alors pourquoi pas un film des frères Coen ? Sans compter que malgré sa nomination pour la Palme d'Or, No Country For Old Men se rapproche beaucoup plus du style de cinéma dont on parle ici que celui que regarde la bourgeoise, bien au chaud dans son salon.
Car oui, leur Thriller, leur Crime Drama ou peut-être importe dans quel genre s'inscrit ce film, est violent, sanglant, rêche. Il évoque ces westerns spaghetti et ces films policiers brutaux que nous pondaient les italiens durant les Seventies. Il n'y a rien de clinquant, de drôle ou de contemplatif dans No Country For Old Men. Absolument rien que ne permet de considérer cette production comme Hollywoodienne. Reste peut-être l'image, trop belle, qui trahit un budget confortable, et le rythme lent qui plait temps aux cinéphiles respectables. Du reste, voilà une œuvre que l'on peut sans problème ranger du côté de Red Hill, de A History of Violence ou de Fargo justement, l'un des titres les plus célèbres des réalisateurs.
Et donc, No Country For Old Men justifie parfaitement sa présence ici-même.



Plus qu'inspiré du roman homonyme, écrit par Cormac McCarthy (également auteur de The Road, qui sera aussi adapté au cinéma avec Viggo Mortensen), le film en est une retranscription hautement fidèle. Et bien qu'il ait fallu tailler dans le lard afin d'obtenir une durée respectable, on peut dire que cette version long métrage offre plus une mise en images du livre qu'une réadaptation complète.
Une idée louable mais casse-gueule, car la littérature et le cinéma sont deux formats radicalement différent qui n'offrent pas la même expérience. En suivant trop à la lettre un roman ou une nouvelle, on prend le risque d'avoir une perte de tempo et d'assoupir son spectateur. Roger Corman disait, dans son infinie sagesse, que dans un film il fallait qu'il y ait une scène d'action ou une scène de sexe toutes les quinze minutes. Bien sûr c'est exagéré, mais le conseil était qu'un public peut vite se désintéresser d'une histoire si celle-ci fait du sur-place trop longtemps, ou l’assomme à force de dialogues insipides. Et à vrai dire No Country For Old Men en est à la limite, se montrant indolent, silencieux, avec ses personnages principaux assez peu loquace. C'est indéniable et voilà qui peut, chez certain, provoquer le rejet. Cela dit, c'est un fait plutôt récurrent chez les
Frères Coen et quiconque connait un peu leur cinéma devrait se sentir en terrain connu.
Et comme dans Fargo, c'est cette "lenteur", cette impression de calme, qui vient rendre bien plus dynamique la violence. Des fusillades et des exécutions sommaires ici, lesquelles se montrent particulièrement efficaces en leur genre. Alors que la caméra balaye constamment le paysage texan, où il ne se passe rien, et que la voix off de Tommy Lee Jones semble se calquer sur celle de The Big Lebowski (en plus sérieuse), Javier Bardem déboule sans prévenir avec un fusil et provoque un carnage bruyant et salissant.


L'histoire, elle est simpliste et semble être juste un prétexte pour montrer toute cette brutalité. A vrai dire cela pourrait même être le sujet principal du film, puisque la narration d'ouverture évoque le fait qu'autrefois un shérif n'avait pas nécessairement besoin de porter une arme pour faire son travail. Et la conclusion montre celui du récit démissionner après des années de bons et loyaux service, se sentant dépassé par les horreurs du monde d'aujourd'hui...
L'intrigue montre comment Llewelyn, un White Trash sans histoire, pauvre bonhomme vivant dans une caravane avec sa femme et n'ayant sans doute aucun projet d'avenir, tombe par hasard sur un magot durant une partie de chasse. Isolé dans la campagne, il découvre les vestiges d'une transaction qui s'est mal passée: corps, armes, drogues et deux millions de dollars en liquide qu'il va ramener chez lui. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais la nuit venu le voleur est prit de remord, pensant à l'unique survivant, agonisant, qu'il a abandonné dans une voiture alors qu'il demandait de l'eau. Il retourne sur place par compassion, mais se fait alors prendre en chasse par d'autres criminels en lien avec l'affaire...
Blessé et se retrouvant avec quelques mafieux aux fesses, Llewelyn envoie sa femme chez sa mère afin de l'épargner, et prend la fuite afin de couvrir ses arrières pendant quelques temps. Bien lui en prend car l'un des responsables du trafic engage un tueur à gage pour faire le ménage et rapporter l'argent. Manque de chance pour tout le monde, celui-ci est un véritable psychopathe qui abat toute personne croisant son chemin, laissant une montage de cadavres derrière lui. Le shérif du Comté mène l'enquête tandis qu'un autre "spécialiste" est dépêché sur place par les dealers, afin de corriger les erreurs du premier.


Et c'est a peu près tout ce qu'il y a dans ce film. Une longue traque qui met essentiellement en scène Llewelyn et son poursuivant. Les autres protagonistes qui gravitent autour sont là pour leur donner corps, façonner un univers crédible, mais le scénario ne va jamais plus loin que la confrontation entre ces deux hommes. Tommy Lee Jones cours mollement après eux, en une version géronte du Fugitif, et le génial Woody Harrelson (l'autre traqueur) n'est là que pour quelques instants seulement, guest-star de luxe qui ne sert pas à grand chose. Plus intéressante est la femme de Llewelyn, qui se ronge les sangs a propos de son mari et qui va devoir malheureusement payer les pots cassés tôt ou tard, mais là encore son personnage n'apparait qu'une fois de temps en temps et n'a pas une grande incidence sur le récit.
Ce qui importe, c'est l'incroyable jeu de cache-cache qui s'organise entre Josh Brolin et Javier Bardem, jusqu'à l'ultime rencontre, du moins le crois t-on. Le film est assez habile pour éviter l'aspect héros/vilain avec une classique bagarre entre les deux, et à la place c'est un challenge presque psychologique qui s'enclenche entre les deux, sans même qu'ils n'aient besoin de se voir ou de se parler. Car Llewelyn n'est pas juste monsieur tout le monde, comme l'histoire le laisse à penser. C'est un vétéran de la guerre du Vietnam, un homme qui supporte et aime la solitude, et qui dispose de beaucoup de ressources. Sa fuite il la planifie, et malgré ses erreurs, il parvient aisément à effacer ses traces et semer le trouble chez son adversaire pourtant expert.
Ce dernier est quant à lui un monstre incontrôlable, un chien fou qui ne lâche jamais sa proie et qui, tel le Terminator, n'a de cesse de revenir à la charge malgré tout ce qui peut lui barrer la route. Il ne s'embarrasse pas de moral, de craintes ou de remords, assassinant à tour de bras pour une voiture ou un renseignement. Le film tourne même la chose à la blague, finissant par ne même plus montrer les meurtres et couper après une réplique anodine, comme le T-1000 lorsqu'il lâche "Elle est chouette cette moto" au pauvre flic qui s'inquiétait de son sort. En dehors de son flair et de sa soif de sang, il est doté de quelques gadgets très utiles comme ce pistolet d'abattage, actionné par une bombonne d'air comprimé qu'il trimballe partout avec lui et qui lui sert à défoncer les portes autant que les crânes. Et lorsque c'est l'heure de faire parler la poudre, les Frères Coen lui offre un fusil à pompe doté d'un énorme silencieux, accessoire inexistant en réalité mais visuellement plaisant et doté d'un effet sonore très effectif.


La lutte entre les deux passe par différents stades. La traque, où l'un prend ses distances, change de repaires, surveille par-dessus son épaule et trouve une cachette pour ses affaires, tandis que le second est muni d'un petit radar qui le met sur le bon chemin. Vient la chasse aux indices, les pièges et les moments de tension équivalent à un film d'espionnage, et puis c'est l'affrontement. Du moins jusqu'à un match nul qui oblige les deux partis à remettre ça à plus tard. Entre temps les évènements ne servent qu'à faire monter la pression, éventuellement faire croire que le film va passer à autre chose que la chasse à l'homme: le shérif cherche à comprendre ce qui se passe et ce qu'est devenu Llewely, tandis que celui-ci se voit contraint de filer en douce au Mexique. Un criminel lui offre une protection en échange de l'argent et son adversaire menace sa femme s'il ne se rend pas.
Tout ceci débouche ne débouche sur rien, ce qui peut s'avérer décevant au regard des possibilités mais le but du film semble véritablement d'accumuler les bains de sang et d'en dégoûter ce pauvre Tommy Lee Jones, totalement dépassé par ce qui arrive. La "morale" c'est que, lorsque l'on tombe dans cet univers, il y a peu d'échappatoire. Et même si Josh Brolin semble être un brave gars capable de sauver sa vie comme son argent, les ennuis qui lui retombent sur la gueule deviennent si contraignant qu'on ne comprend même plus qu'il puisse continuer à s'accrocher.  "There are no clean getaways" dit la tagline sur l'affiche, et effectivement.


Si ce n'était pour la mise en scène typiquement décalée des Coen, pleine de personnages loufoques (Harrelson, qui compte les étages perdus des buildings), d'humour inattendu (Brolin, évanouie en pleine rue, se faisant réveiller par une bande de Mariachis poussant la chansonnette, la grand-mère cancéreuse mais casse-couille) et de séquences justes étrangement calme et sans intérêt (quasiment tout ce qui touche à Tommy Lee Jones), No Country For Old Men serait le parfait hommage aux polars hardboiled des années 70. Sans concessions, très pessimiste. J'imagine aisément ce à quoi aurait ressemblé le film à cette époque, avec par exemple Charles Bronson à la place de Brolin et Henry Silva au lieu de Bardem. Rien que de la tension et de la violence sèche, à des années-lumières du politiquement correct de rigueur chez les films à récompenses.
Même le final, abrupt, privant du climax tant attendu, abonde dans ce sens, renonçant à créer une structure "classique" de film policier et se rapprochant d'une conclusion amer à la French Connection. Ça peut être décevant, et c'est typique des Frères Coen, mais thématiquement c'est beaucoup mieux qu'un dernier combat manichéen à l'issue prévisible et convenable. Difficile de croire que les frangins se sont lancés dans une nunucherie comme Burn After Reading après ça.
Quoiqu'il en soit, ne vous laissez pas berner par ses prix et ses multiples Academy Awards.  Âpre, tendu, graphique et ouvertement rétro, No Country For Old Men est définitivement un film d'Exploitation. Peut-être pas techniquement, car il n'y a rien "d'exploité" et même la violence est un choix volontaire des réalisateurs pour coller au sujet, mais en tout cas spirituellement. Du grand cinéma certes, d'ailleurs tout le monde le dit, mais aussi du vrai cinéma, loin des clichés et des paillettes, et n'ayant pas peur de marquer.

 

lundi 28 septembre 2015

Mental Hurlant – Fortress (1986)

Sans préparations, sans recherches, sans analyses et sans talent, les chroniques du Mental Hurlant ne sont que les réactions retranscrites sur le vif d'un esprit-spectateur, perdu dans ses souvenirs, ses plaisirs et ses déceptions selon le temps et l'humeur. Voici une retranscription de ce qui se déroule dans ce cerveau à l'évocation du sujet suivant... 

MENTAL HURLANT
Fortress
(1986)

Attention de ne pas confondre ce Fortress avec celui de Stuart Gordon, film de science-fiction avec Christophe Lambert. Il s'agit ici d'un Survival où l'on retrouve, méconnaissable, Vernon Wells, le célèbre punk de Mad Max 2 et inoubliable Bennett dans Commando.
Dans le domaine de l'Ozploitation, voilà un petit film qui n'est jamais évoqué et qui pourtant mérite d'être vu. En fait de long métrage, il s'agit d'un téléfilm signé HBO, ce qui passe totalement inaperçu tant la réalisation et la qualité visuelle se montrent de qualité, puissante même. A vrai dire l'un de seuls indices qui permet de s'en rendre compte, c'est à quel point l'affiche du film est introuvable ! La vrai n'est qu'une photo de production, et il faudra attendre la VHS internationale pour découvrir une superbe illustration très "Exploitation", du genre qui faisait rêver à l'époque des vidéo-clubs.

Adapté d'un roman homonyme, l'intrigue semble s'inspirer d'un fait divers véritable où une classe de jeunes enfants fut prise en otage par un criminel armé. Mais à vrai dire les faits ont ici tellement été détournés, refaçonnés, cette anecdote ne vaut même pas la peine d'être mentionnée car elle donnerait une fausse image de ce Fortress. En aucun cas nous n'avons affaire ici à un drame réaliste et, au contraire, il s'agit d'une œuvre de fiction plutôt improbable dans son genre: entre le film d'horreur sérieux et... Le grande aventure à la Disney !
Incroyable mais vrai, bien qu'il s'agisse clairement d'une œuvre sombre, notamment dans sa conclusion surprenante et osée, L’École de Tous les Dangers (titre français) donne parfois plus l'impression de suivre les tribulations d'un groupe d'enfants à la manière d'une production familiale: les antagonistes sont des caricatures forcément méchantes et ineptes, et les bambins s'unissent avec naïveté face à l'adversité, comme si tout n'était que gaudriole
. Plus d'une fois l'ambiance tend vers Le Dernier Vol de l'Arche de Noé ou Les Naufragés de l'Île aux Pirates plutôt que Délivrance ou Sans Retour.


L'histoire montre comment une petite classe de campagne, littéralement située dans le trou du cul de l'Australie, dans le bush, est subitement agressée par une bande de criminels. Aucune raison n'est donnée et on suppose un enlèvement pour demande de rançon, le film préférant suivre le point de vue des enfants, l'angoisse de la situation, plutôt que de verser dans le récit policier. Pris en otage, embarqués dans un fourgon, ils sont réunis au cœur de la forêt et abandonnés dans une grotte dont les kidnappeurs bloquent la sortie. Comprenant qu'ils ne peuvent compter sur sur eux-mêmes, les mômes, sous le commandement de leur maitresse, tentent de s'évader...
Voilà à quoi se résume le sujet, avec même une certaine répétition dans les évènements: par trois fois les écoliers s'échappent du repaire des bandits avant de se faire rattraper, jusqu'au dernier acte où ils parviennent à se retrancher dans une nouvelle grotte plus importante. La "forteresse" du titre, d'où ils décident cette fois de riposter, la classe devenant alors une véritable tribu ou chacun trouve sa fonction, même les plus jeunes.
Un sujet pareil, ça évoque forcément cette idée de retour vers un comportement primaire, sauvage, où les traqués finissent par devenir des chasseurs et se rebiffent brutalement contre leurs agresseurs. Et c'est le cas ! Le dernier acte du film le confirme ouvertement, et le récit passant son temps à jouer sur les situations stressantes qui, inévitablement, vont mener à cette régression typique du Survival.
La véritable surprise repose sur la façon dont tout cela est traité. Il y a une réelle volonté de rapprocher Fortress de La Colline à des Yeux et de plonger dans l'Horreur. Tout y est: une musique synthé atmosphérique, des morts sanglantes montrées ouvertement (un otage se prend une cartouche de fusil dans le ventre, un brigand rebelle se fait décapiter et un autre tombe dans une fosse garnie de piques) et la conclusion est particulièrement sombre, nous laissant perplexe quant au devenir des bambins. Techniquement parlant, ce téléfilm est un véritable Survival qui repose sur une ambiance étouffante et une mise en scène très premier degré.


En revanche, le concept est totalement parasité par la façon dont la petite troupe est décrite. Après une présentation franchement réaliste des enfants, entre leurs réactions face à la menace et leurs interactions, et la mise en avant de la maîtresse comme héroïne incontestée, devant à la fois gérer sa propre peur, celle des enfants et trouver une échappatoire pour tous, Fortress change la donne dès lors qu'ils se retrouvent enfermés dans la grotte. Subitement l'ambiance est beaucoup plus détendue, tourne à l'humour bon enfant lorsque chacun invente une solution improbable à leur problème, et la musique jusqu'ici très réussie part elle aussi également dans un certain lyrisme des plus relaxants. Ceux qui étaient des otages apeurés, craignant la mort, deviennent subitement des héritiers de La Guerre des Boutons. Chacun se trouve une tâche particulière et leur périple prend des allures d'aventure. Un peu effrayante peut-être, mais un "danger" parfaitement inoffensif, comme dans la grande tradition du film familial. 
Ce changement et si subite, si inattendu, qu'il laisse songeur. Se serait-on trompé de film ? Est-ce que, malgré le début parfaitement sérieux, le téléfilm serait une œuvre du genre opposé auquel on pensait avoir affaire ? Perdu ! Fortress change là encore son fusil d'épaule et retombe dans le climat lourd et limite malsain. La classe tente de se réfugier dans une ferme mais se retrouve entre les mains de leurs poursuivants, et les choses vont de plus en plus mal: les kidnappeurs commencent à fantasmer sur la maîtresse et la plus âgée des gamines, un couple de vieillards est exécuté avec la violence d'un film de Steven Seagal (genre Justice Sauvage) et le film n'hésite pas à verser dans l'horreur pure et dure comme lorsque l'héroïne, s’enfuyant à travers champ, tombe subitement sur l'un de ses poursuivants... Celui-ci, en fait mort, s'écroule lentement au sol sans avertissement, tandis que sa tête coupée demeure accroché à la barrière contre laquelle il était adossé ! 


Soit le réalisateur ne sait pas sur quel pied danser, soit il fait exprès de nous tromper pour mieux nous prendre à revers. Toujours est-il que cela rend son film extrêmement perturbant. Car il recommence, l'animal, protégeant ses personnages dans les dédales d'une nouvelle grotte qui devient un repaire façon Peter Pan contre les pirates. Décidant de se défendre, le groupe se presse pour créer des armes de fortune, des petits pièges, et se peignent le visage de suie pour former un clan d'allure primitive. Le tout sous une musique guillerette qui laisse à penser que la suite des évènements va tomber du côté de Maman j'ai Raté l'Avion, en plus campagnard.
Peine perdue, l'affrontement est brutal. Un homme caché dans la forêt hurle des obscénités à ses proies, menaçant une gamine de viol avant de la poursuivre lorsqu'elle craque psychologiquement et s'enfuie. Une lutte éclate entre un antagoniste et l'héroïne, avant que les enfants ne viennent à son aide en écrasant l'ennemi avec un éboulement, projetant son corps dans une fosse où il fini empalé. Enfin l'ultime attaque, celle contre le leader des criminels, évoque une chasse humaine façon Comte Zaroff, le perdant se voyant mis à mort d'une façon particulièrement sauvage. Si les enfants s'en sortent (évidemment), on ne peut que se dire que le trauma psychologique est irréparable.
Et comme pour nous assener une bonne claque, alors que l'on fini par imaginer la conclusion très "happy end" avec des enfants ravis d'être rentré chez eux comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes, Fortress va plutôt se la jouer Beware ! Children at Play lorsque débarquent en plein cours deux inspecteurs de police. Ceux-ci tentent d'entretenir une conversation avec la maîtresse à propos de l'incident et de sa déclaration, expliquant que certaines choses ne collent pas, mais la femme refuse de parler sans la présence des gamins. La tension est palpable et le film ose l'impensable: la petite tribu est bien restée à l'état primaire malgré les apparences. La salle de classe, bardée d'armes tribales et de morceaux d'animaux, fait penser à l'antre d'un groupe de chasseurs. Les enfants entourent leur maitresse d'un air protecteur et le dernier plan du film dévoile, parmi les crânes et les bocaux de formoles, un cœur humain, conservé comme trophée par nos "héros".


L'effet est saisissant et conclu l'histoire sur une très bonne note, quand bien même on passe son temps à se demander pourquoi le réalisateur a opté pour une mise en scène partiellement "tout public", voir humoristique ? Ce n'est pas comme si le bonhomme, futur réalisateur de Dark Age (film de crocodile plutôt mystique que clone des Dents de la Mer), était ignare. Son film, il le soigne, lui confère une atmosphère unique en utilisant à bon escient les paysages sauvages Australiens magnifiques, un score synthétique très effectif et une caméra bien placée, qui livre ici des cadrages très intéressant. Peut-être ne savait-il pas comment souligner la naïveté des jeunes enfants autrement que par l'excès, peut-être voulait-il insister sur l'innocence des personnages et garder leur point de vue du début à la fin, entre la terreur et l'amusement selon les moments. Ou peut-être pensait-il tout simplement que cela protégerait la révélation finale, qui surprend beaucoup en effet...
Dans tous les cas il faut vraiment mentionner son travail car, sans lui, Fortress aurait sûrement ressemblé à ce qu'il est censé être: un téléfilm. En l'état l’œuvre tient sans problème la comparaison avec de plus gros budget et offre des séquences vraiment impressionnantes, comme la longue évasion par voie sous-marine, la maîtresse découvrant une source dans la grotte où elle est enfermée. Devant plonger sous l'eau pour accéder à la sortie, elle fini par perdre ses repaires et à tôt fait de manquer d'air, ne pouvant même pas remonter à la surface puisque se trouvant dans un tunnel inondé.
On note un important travail d'éclairage et une volonté de rendre les kidnappeurs réellement terrifiant malgré leurs masques de carnaval. Ceux-ci sont d'ailleurs mémorable, notamment ceux du canard et du Père Noël.


Le seul véritable point faible de ce Survival réside dans le jeu d'acteur, franchement passable. Les bambins ne sont pas exaspérant en soit mais peuvent parfois porter sur les nerfs. Non pas à force de geindre mais parce que au contraire certains semblent incapables d'émettre la moindre émotion de peur ou d'inquiétude face à ce qui leur arrive, diminuant un peu l'impact de certaines scènes. Leur maitresse, Rachel Ward (qui est apparemment un peu connue en-dehors du cercle de l'Ozploitation), sonne plutôt juste sans pour autant convaincre pleinement. Rien de dérangeant, mais elle ne dégage jamais l'intensité nécessaire pour le rôle et c'est dommage. A la place, la caméra s'attarde longuement sur son corps dénudé durant sa nage souterraine, et certains diront que ça remplace tous les talents du monde.
Enfin les criminels sont pour ainsi dire parfait mais le script commet l'erreur de les montrer trop désorganisé. Passe encore qu'on ne connaisse pas leur motivation, ce qui rend même le film plus étrange, mais leur opération est tellement bâclée qu'on est en droit de se demander comment ils pensaient pouvoir échapper aux forces de l'ordre. La mutinerie qui a lieu, hors-champ, après l'exécution de quelques otages fait manquante car rien ne laissait supposer une telle réaction. Et la mort de Vernon Wells (méconnaissable de tous le film, mais celui qui porte le meilleur masque: le canard !) en pâtit, car on ne comprend pas immédiatement pourquoi on le retrouve décapité. Belle effet de trouille cependant.
Du reste je ne peux citer que quelques lenteurs, les otages passant beaucoup de temps à parler, se balader, et essayant trop souvent de s'enfuir sans y arriver. Si le montage avait un peu resserré tout ça, le film aurait gagné en rythme et en efficacité. Rien de bien méchant ceci dit.

Véritable surprise donc, que ce Fortress. Bancal certes mais très bien mis en forme, assurément Australien et s'inscrivant parfaitement dans la légende de l'Ozploitation d'autrefois. Si le genre vous tente, voilà un avatar moins connu mais qui vaut bien le coup d’œil !



 

dimanche 27 septembre 2015

Mental Hurlant – Scream: The TV Series

Sans préparations, sans recherches, sans analyses et sans talent, les chroniques du Mental Hurlant ne sont que les réactions retranscrites sur le vif d'un esprit-spectateur, perdu dans ses souvenirs, ses plaisirs et ses déceptions selon le temps et l'humeur. Voici une retranscription de ce qui se déroule dans ce cerveau à l'évocation du sujet suivant... 

MENTAL HURLANT
Scream: The TV Series


Ce n'est un secret pour personne que je n'aime pas les Neo Slashers et toute cette période "creuse" du cinéma d'Horreur, qui a vu le jour entre la fin des années 90 et le tout débuts des années 2000. Lorsque, il y a quelques temps, j'ai chroniqué la série des Souviens-Toi... l’Été Dernier, je racontais avoir quand même voulu revisiter le genre afin de voir si mes sentiments étaient toujours les mêmes. Je disais également que, après m'être refait la saga de Ghostface, je ne la haïssais plus autant qu'avant et que je la trouvais simplement mauvaise et prétentieuse mais malgré tout regardable car un minimum soignée (merci surtout Wes Craven). Très étrangement cette impression ne demeure pas en moi car, à chaque fois que la série est évoqué, j'en reviens toujours à mes premières impressions...
Quoiqu'il en soit, Scream et ses suites restent généralement perçues comme le haut du panier de cette triste époque et chaque nouvel opus engendre son lot de discussion à propos de séquelles supplémentaires. Scream 4, le plus récent, devait justement ramener la saga sur le devant de la scène et engendrer au moins un Scream 5, à défaut de fabriquer une nouvelle trilogie. Mais ce nouveau film ayant été une sacré déception pour le public, le projet tomba à l'eau. Tout n'était pas perdu pour autant car l'idée d'une série télé aura tout de même germée et donnée naissance à ce Scream: The TV Series. Non pas une continuation de l'histoire, comme chacun le supposait, mais tout simplement un reboot, un hors-série ne partageant avec son pendant cinéma qu'un titre et un masque.


Inutile de dire que l'intérêt de beaucoup de personnes disparu avec cette révélation. Ce fut pire lorsque les producteurs expliquèrent avoir voulu prendre leur distance avec le modèle et tout changer de A à Z, en commençant par l'apparence de Ghostface lui-même. Pourquoi baptiser la série Scream, dans ce cas là ? Pour l'argent bien sûr, la série bénéficiant évidemment d'une plus grosse attention sous ce nom que si elle s'était intitulée autrement. En tout cas les fans durent faire une croix sur le célèbre costume qui avait beaucoup aidé le film à faire sa renommer. A la place, on nous avait promis un tueur au look plus réaliste, plus terrifiant, bien loin de l'allure "farce et attrapes" de l'original. Beaucoup ragèrent, mais pour ma part j'applaudis encore. Il n'y a (quasiment) rien de pire que le Ghostface de Scream, avec son masque inspiré du tableau Le Cri de Edvard Munch, tout en plastique cheap et ne laissant aucune visibilité à son porteur (le tueur se pète la gueule constamment, comme si on était dans une parodie).
Pourtant la chose n'est pas plus réaliste, plus effrayante ou quoique ce soit. C'est globalement la même chose mais avec un design plus atténué, bien que l'on y retrouve encore l'inspiration du Cri. C'est sûrement une question de goût et, bien que je sois d'accord pour dire qu'il s'agit d'un masque plutôt laid et qui ne restera pas dans les mémoires, au moins il a de ça qu'il est fonctionnelle, pratique pour quelqu'un censé assassiner des gens et devant bouger constamment. Enfin, son origine est directement liée à l'intrigue, ce qui est un petit plus pour la mythologie.


Pour autant, Scream: The TV Series semble bien mal partie et peu se disent intéressés. Dans une tentative maladroite de réconcilier les fans de la première heure avec le nouveau matériau, la production demande à Wes Craven d'intervenir et celui-ci va expliquer que ce nouveau Scream n'est pas un reboot, qu'il n'efface pas ses films. Il déclare alors que les villes fictives de la version cinéma et de la version télé coexistent dans un même univers et cela laisse sous-entendre que les intrigues pourraient avoir une certaine relation entre elles, ou que les personnages seraient amener à ses croiser. Du flanc bien sûr, il n'en est rien. C'est ce qu'on appel de la langue de bois. Scream TV apparaît clairement comme un remake du tout premier film, des séquences et des personnages entiers étant ici recyclés et détournés afin de créer l'effet de surprise. On y retrouve le costume, le binôme de tueurs (censé être une surprise mais grillé d'entré de jeu, parce que Scream), l'utilisation récurrente du téléphone, plusieurs répliques et les stéréotypes (le fan de films d'horreur, qui devient ici un soit-disant Geek fans de tueurs en série, ou de série télé, ou d'ordinateur, on ne sait pas trop – dans le doute il est un peu tout à la fois sans jamais afficher ses goûts, afin que le public évite de faire la comparaison avec le héros de Big Bang Theory), etc.
Pas d'univers partagé donc, mais pourtant cette nouvelle mouture partage bien quelque chose avec les précédents films. Le scénariste Kevin Williamson, cet égocentrique voleur d'idées, qui se répète de films en films. Oui je crois que j'ai déjà expliqué que je détestais Kevin Williamson, ne soyez pas surpris. Comme par hasard, celui-ci ne s'est pas assagit depuis sa courte période de gloire. Toujours aussi humble, Williamson accouche d'un épisode pilote catastrophique avant, heureusement, de céder la place à d'autres plumes un poil plus subtiles que lui.


On retrouve dans ce premier épisode à peu près tout ce que l'on est en droit d'attendre du bonhomme: des références datées à la pop-culture, et ça de la part de tout le monde, de la romance inintéressante et sans aucune alchimie, des scènes supposées horrifiques qui n'effraieront que les gamines de 12 ans, du Jump Scare, des personnages antipathiques que l'on désire voir mourir au plus vite et une glorification de l'adolescent riche, beau, intelligent et qui n'a généralement pas de parents (mais il doit quand même faire ses devoirs, attention).
Bref Williamson est resté coincé dans les années 90 (genre 97-99, la seule période où il a eu la moindre importance) et ça se sent. Exemple parmi tant d'autre de son décalage avec la réalité: le premier épisode tourne autour de la honte que vivent un couple de lesbiennes, ayant été filmées entrain de s'embrasser à l'abri des regards. La vidéo est mise en ligne et tout le campus semble l'avoir vu, riant aux éclats et se moquant de ces homosexuelles parce qu'elles sont... Homosexuelles. Ou parce qu'elles s'embrassent. Je ne sais pas, en tout cas c'est censé être drôle et les deux adolescentes deviennent la cible de railleries constantes. Au même moment, dans le vrai monde, les États-Unis d'Amérique valident le mariage homosexuel à la grande majorité.
Pour en rajouter une couche, ce lesbian-shaming est orchestré par l'ensemble des "héros" de la série. Ceux pour qui nous sommes censés craindre que de mauvaises choses arrivent, que l'on ne veut pas voir mourir. Même l'héroïne, du genre grosse cruche ultra naïve, est dans le coup. Mais lorsqu'elle voit l'effet dévastateur que cela à sur une des victimes, en fait son ex-meilleure amie, elle s'en excuse immédiatement: c'est aussitôt accepté et on en parle plus. BFF.
Si vous voulez voir un remake de Dawson en même temps que votre remake de Scream, vous allez être servis. 


Par la suite la série devient plus acceptable, plus regardable, quand bien même elle ne vole pas haut. Les personnages sont tous détestables, des petits trous du cul prétentieux, insultants, ne montrant aucune émotion humaine plus de deux secondes (la peur pour leur vie ou, rarement, pour un proche) et dont au final on ne sait pas grand chose. L'idée était d'insister sur le fait que chacun possède un secret, et donc devient un suspect potentiel, mais ils n'ont du coup aucune véritables identités et on ne peut avoir aucune connexion avec eux. La plupart de leurs cachoteries n'ont rien de remarquables pour valoir ces cachoteries et du coup, en-dehors de leur visage et de leurs noms, on ne retient jamais rien de leurs situations.
Les exceptions ? La mère de l'héroïne, qui a décidément une vie de merde (et qui ressemble à Sheri Moon Zombie, ça aide). Deux victimes tellement secondaires qu'on se souvient à peine d'elles sur le long terme (respectivement, une des deux lesbiennes et la jolie petite amie du Geek de service). Peut-être le personnage équivalent à Sidney, jeune femme forcément blanche comme neige mais tellement cruche, tellement naïve, tellement dans les nuages, qu'elle en devient agaçante. Particulièrement lorsque le tueur lui donne l'occasion de sauver une de ses deux proies en choisissant, et qu'elle sélectionne la pire, la chieuse, la pétasse de service, avant de s'excuser auprès du petit ami de la défunte comme si elle n'y ait pour rien et qu'elle ne savait pas ce qui allait se passer. Il y a des claques qui se perdent. Et puis il y a cette enquêtrice, nouvelle version de Gale, qui débarque en ville pour suivre toute l'affaire pour en parler sur son Blog. Pas vraiment une journaliste mais quelque chose de plus jeune et moderne, pour faire dans le coup. Et là où le personnage de Courtney Cox était une aimable salope, ne se souciant visiblement que de sa carrière mais affichant quand même une façade humaine, celui-ci parait... Trop gentil pour être honnête. Poli, serviable, respectueux. Autant dire que le changement ne joue pas en faveur de ce protagoniste qui attire bien vite les soupçons (ceux du spectateur uniquement, dans l'histoire personne ne semble lui prêter la moindre attention à ce niveau là).
Sans entrer dans les détails, disons que les responsables de toute l'affaire sont aisément identifiable. Il y a bien un ou deux suspects qui pourraient convenir, jusqu'à ce qu'on réalise que le scénario exagère volontairement leur comportement pour les étiquetés comme "méchants". Une fois le stratagème décodé, et après deux ou trois meurtres où apparaissent clairement les intouchables et des autres, cela devient un jeu d'enfants de deviner l'identité des assassins.


Ça ne serait techniquement pas un problème pour un Slasher si l'intrigue ne tournait pas uniquement autour de cette découverte. Scream TV est plus un Thriller qu'autre chose tant son bodycount est léger. Sur dix épisodes, seulement une poignée de victimes, et à un rythme si faible que l'on en vient à totalement oublier la menace qui pèse sur les héros. Au tout début pourtant, le concept semblait être d'au moins un meurtre par épisode, avec une sorte de progression dans l'importance des victimes (figurants / tertiaires / secondaires / principaux), mais tout ceci est vite abandonné et il faut bien en attendre une pause de deux ou trois diffusions pour que Ghostface se remette enfin au travail.
Tout le reste montre l'héroïne enquêter et faire face à des provocations téléphoniques pourtant pas bien méchante. Des fois cela frise même le ridicule, comme lorsque la jeune femme voit une sextape de sa première fois être diffusée à tout le monde, en sorte de vengeance pour la vidéo des lesbiennes. Cela arrive tellement tardivement après les faits qu'on ne comprend plus bien le rapport, et on sait à ce stade que le mobile du tueur n'est pas une vengeance par rapport à cet évènement. C'est juste une sorte de dilemme à la Dawson, une "leçon de vie" sans conséquence et qui n'excède pas la durée d'un épisode...
Et malheureusement il n'y a absolument rien de plus dans cette nouvelle version de Scream. Beaucoup de discussions souvent inutiles à l'intrigue, ou soit-disant pour développer les personnages qui ne changent jamais malgré ça. Les scénaristes finissent par se répéter même dans les séquences flippantes (les héros visitent deux bâtiments abandonnés censés cacher des indices qu'ils ne trouveront jamais) et dans les flashbacks qui sont au cœur du mystère. Ceux-ci progressent si lentement, ne rajoutent rien à ce que l'on sait déjà, qu'ils semblent juste apparaître pour faire gagner du temps à un épisode ou rajouter un meurtre gratuit.


Et c'est dommage car l'histoire "passée" est bien plus intéressante que l'actuelle, quand bien même elle semble carrément hors-propos pour un Scream. Ainsi la ville à déjà connue une tragédie avec la mort de plusieurs jeunes, apparemment assassinés par un adolescent défiguré. Un "monstre" craint par tout le monde mais qui serait toutefois innocent. Amoureux de la mère de l'héroïne, il communiquait avec elle et la jeune femme n'a jamais cru à sa culpabilité, allant jusqu'à essayer de l'aider. Au final elle fut trahie par sa famille et la police, lesquels l'ont suivi pour tendre un piège au suspect avant de l'abattre par accident. En une repompe de Vendredi 13, le corps est tombé dans un lac et n'a jamais été retrouvé...
La série revient souvent sur les faits car, outre la possibilité que le tueur serait toujours le même qu'à l'époque, il y a aussi que la mère de l'héroïne soit tombée enceinte de son ami et se soit séparé de l'enfant. Celui-ci serait-il de retour pour venger son père ?
Voilà une histoire qui aurait beaucoup plus intéressante à suivre pour une première saison, avec une histoire d'amour pas conventionnelle mais touchante, un tueur mystérieux s'en prenant à une bande de connards s'étant moqué d'un pauvre Freak sans défense, et les relations tendues entre la jeune femme et sa famille. ces éléments auraient parfaitement fonctionné pour un Slasher, en plus de rendre hommage à la saga dans la timeline (les évènements se déroulent dans les années 90). L'intrigue actuelle de Scream: The TV Series aurait pu faire une saison 2 surprenante, avec un bond temporel inattendu mais fonctionnant sur le principe même du Slasher (le crime antérieur, souvent en pré-générique, et le retour sur place, avec le reste du film) mais restructuré pour les besoins du format télé.
Hélas non. Il faut se contenter de quelques allusions à toute cette affaire, parfois même trop descriptif au regard de ce qu'on en retient au final (un soit-disant tueur à eu un enfant avec une adolescente et celle-ci l'a abandonné, élevant son second rejeton comme si elle était fille unique).


Privé de sa marque de fabrique, privé d'une histoire intéressante, privé de personnages sympathiques et n'ayant que peu de meurtres à son actif, que reste t-il à ce Scream TV ? Pas même un soupçon de gore, bien que certaines scènes se montrent assez sanglante au regard des premiers films: une décapitation, un éventrement, une branche enfoncée dans un œil. C'est minimaliste au regard de ce qui sort à notre époque mais un peu plus osé que ce qu'on avait au cinéma autrefois. Techniquement, on reste malgré tout dans le même moule que les Neo Slashers d'époque, les crimes arrivant trop peu souvent pour véritablement marquer.
Du moins jusqu'à ce que l'un des scénaristes se décide de partir dans l'autre sens et de livrer une mise à mort tellement inattendue, exagérée, caricaturale même, qu'on se demande s'il ne s'est pas trompé de script. A la manière d'un Détour Mortel, un des personnages se retrouve coupé en deux à la verticale par une improbable machine géante, doté d'une tronçonneuse pour tronc d'arbres ! Et comme dans les Saw, la chose est déclenchée lorsque sa petite amie se précipite pour le sauver, activant le piège en mettant les pieds dans un câble.
Naturellement on ne voit rien, la chaine productrice ayant sûrement ses exigences en matière de contenu graphique, mais l'énormité de la scène marque bien plus que les coups de couteau tout sage auxquels nous a habitué Ghostface. Qui plus est, la "brutalité" du crime permet d'introduire l'idée de stress post-traumatique, sorte d'équivalent de la paranoïa dont pouvait faire preuve Sidney dans les séquelles de Scream. Ici l'héroïne, choquée par ce qu'elle vient de voir, apparait totalement déphasée et va avoir des visions du cadavre revenant la hanter, tel un fantôme. Le garçon apparait avec un visage fendu en deux comme le T-1000 après un coup de pétoire, et tient son propre cœur dans sa main, le broyant pour signifier la perte de leur amour. Une manière de la rendre responsable de ce qui s'est passé.
Toutefois, comme il s'agit de Scream TV, cela ne dure que le temps d'un épisode. Une déception. Imaginez un Slasher où les jeux de Ghostface se confondraient avec des hallucinations et où la Final Girl serait incapable de discerner le vrai du faux !


Il reste quand même un dernier point sur lequel la série va beaucoup jouer pour plaire à son audience. C'est le fait que le projet ait été développé pour la chaine MTV, l'incarnation de la génération ado-couillon fonctionnant à l’instantané, à Twitter et à la vente dématérialisée. Si vous regardez la série durant sa diffusion télé, vous remarquerez qu'à la moindre musique, un pop-up apparait, venant préciser le titre du morceau et le nom de l'artiste, suivi d'un lien pour l'acheter en ligne ! Un véritable stratagème commercial, chaque épisode possédant quatre à cinq publicités chacun. Artistiquement c'est lamentable, puisque les chansons choisies sont des merdes à la mode que tout le monde aura oublié dans six mois. Des titres semblables, impossible à reconnaitre et servant simplement à accompagner en fond de conversation, tel des musiques d'ascenseur. Mais pour l'audimat MTV, le portable greffé à la main, c'est probablement une aubaine, et une sorte de mini-jeu interactif qui leur permet de ne pas s'endormir devant leur écran.
Et puisque nous en sommes à parler MTV, évidemment que le casting est un point important de la série. Attention, je ne parle pas en tant que talent d'acting mais d'apparence. Outre le fait que certains personnages ont évidemment été conçus afin de rappeler des tendances populaires (le Geek, physiquement équivalent à l'un des héros de Glee), d'autres ont été soignés pour plaire aux mâles, les belles plantes apparaissant assez souvent en lingerie ou bikini. L'actrice Bella Thorne, qui est apparemment plutôt connue, à d'ailleursfait le buzz en remplaçante de Drew Barrymore, et montre ses formes parfaite en maillot de bain durant toute l'intro. Purement gratuit. Même chose pour Carlson Young, la bimbo de service, qui passe son temps à essayer de s'envoyer en l'air avant que Ghostface ne vienne freiner ses ardeurs...


Et avec tout ça je crois que j'ai fait le tour de la série. Bien sûr il reste un grand nombre de détails à mentionner, comme le fait que la mère de l'héroïne est médecin-légiste et que sa fille peut lui rendre visite sans problème alors qu'elle travaille à la morgue avec un ou deux cadavres à sa charge, ou la présence de personnages totalement inutiles à l'affaire, comme cette femme-flic froide et désagréable, n'hésitant pas à interroger des jeunes en deuil en pleine cérémonie de recueillement, et qui disparait de l'intrigue sans explication, mais à quoi bon ?
Le plus important est dit. Scream: The TV Series est, à l'image de Scream et ses suites, un faux Slasher réservé avant tout aux jeunes qui n'ont aucune culture. Du film d'horreur pour ceux qui n'aiment pas les films d'horreur. Tout y est plat, déjà vu et emballé avec une superficialité évidente. C'est ennuyeux à mourir et parfaitement dispensable tant il y a mieux ailleurs. Par exemple la série Scream Queens, qui vient tout juste de commencer mais qui défonce Scream haut la main en seulement deux épisodes. Une parodie oui, mais pas condescendante envers le genre et qui lui rend beaucoup plus hommage que Kevin Williamson ne l'a jamais fait. Faite vous une faveur, évitez cette nouvelle itération de la franchise et essayez plutôt sa "rivale". C'est un peu tôt pour s'en faire une véritable idée, mais vous aurez beaucoup plus de fun en un seul pilote qu'en une saison entière de ce reboot creux et vain.


mardi 22 septembre 2015

Mental Hurlant – Endless Bummer / Surf Party

Sans préparations, sans recherches, sans analyses et sans talent, les chroniques du Mental Hurlant ne sont que les réactions retranscrites sur le vif d'un esprit-spectateur, perdu dans ses souvenirs, ses plaisirs et ses déceptions selon le temps et l'humeur. Voici une retranscription de ce qui se déroule dans ce cerveau à l'évocation du sujet suivant... 

MENTAL HURLANT
National Lampoon Presents
Endless Bummer / Surf Party

"Et si je regardais de la merde pour changer ?"
C'est à peu près ce que je me suis dis en choisissant de voir cette production National Lampoon. Personne n'est dupe quant à la qualité du label de nos jours: celui-ci représentait autrefois une valeur sûre de la comédie, avec des titres comme Animal House, la parodie de Slasher Class Reunion avec Gerrit Grahams et la série des Vacation, avec Chevy Chase –  ou même des trucs  grossiers comme Alarme Fatale, qui était encore drôle. Mais depuis l'avènement American Pie, la marque n'a de cesse de se vautrer dans le ridicule en produisant à la chaine des DTV trash et vulgaires "pour jeunes". Des films censés être amusant mais se contentant d'aligner les stéréotypes offensant, les situations pathétiques qui n'amuseront que la génération MTV / télé-poubelle d'aujourd'hui, et la nudité gratuite pour attirer le regard.
La Teensploitation n'est pas un genre nouveau et de tels films existent depuis la nuit des temps, avec même quelques titres connus comme les Meatballs, les Porky's ou les Revenge of the Nerds. Hé, même la Troma s'y était mis avec des trucs plus obscures comme The First Turn-On ! ou Squeeze Play. Et si vous voulez vraiment jouer le jeu, il suffit de revenir dans les années 50/60, à l'époque des drive-in, où ce genre de productions faite à la va-vite pullulaient sur les écrans, tel cet autre Surf Party datant de 50 ans plus tôt. C'est un style obligatoirement bête et reprenant constamment les mêmes clichés puisque tous les jeunes sont un peu les mêmes, de génération en génération. Ils se marrent de conneries, aiment les filles nues et préfèrent se voir représenter sous un beau jour, de préférence déconneurs, fêtards, rebelles et tombeurs.



Hélas ce qui se fait de nos jours est d'un tout autre niveau. Les teenagers d'avant n'étaient pas antipathiques. Il n'étaient pas détestables, avaient encore une morale, une culture naissante, des problèmes et des passions. Même aux débuts de MTV l'adolescent restait globalement sympa, provoc' mais doté d'un bon fond. Des navets comme Ski School, pourtant insupportables et donnant des envies de meurtres, n'étaient pas aussi lamentables que ce qui sort dans les bacs aujourd'hui. Entre temps la télé réalité à fait son travail, le phénomène jeune est fracturé et la représentation générale fait peur à voir: imbus d'eux-mêmes, incultes, agressifs, buvant et fumant à l'excès et surtout rêvant de passer à la télévision afin de devenir célèbres, mais sans en glander une pour autant. On pouvait se moquer des ados dans les années 80, avec leurs bières et leurs joints, mais eux au moins ne faisaient de mal à personne et ne pétaient pas plus haut que leur cul.
Et ainsi National Lampoon est devenu le porte-étendard de cette génération télé-réalité, en reprenant à leurs comptes toutes les tares et en les amplifiants avant de façonner un style d'humour et de références au ras des pâquerettes mais totalement au niveau de leur audience. Quiconque s'est infligé Dirty Movie et a survécu acquiescera en silence, la larme à l’œil. Elle est loin l'époque du Brat Pack et de Breakfast Club.
Preuve parmi tant d'autres, ce Endless Bummer, sorti en 2009 puis réédité en tant que Surf Party en 2014. Aucun changement entre les deux versions, juste une affiche et un titre différent. Ça en dit long sur les pratiques de National Lampoon et les clowns qui la dirige...


En profondeur, en grattant beaucoup, on peut apercevoir un squelette d'histoire qui évoque les thèmes habituels de la Teensploitation. L'intrigue tourne autour d'une bande de potes qui, suite à un problème, est obligée de partir en aventure, au terme de laquelle tous en ressortirons changés. D'abord immatures et refusant l'idée de grandir, ils vont accepter le fait qu'ils faut un jour prendre ses responsabilités, et qu'une vie autre que faire la fête n'a rien d'ennuyeuse et peu même se révéler être agréable. C'est un classique que l'on a vu de nombreuses fois, un peu comme le thème de l'Underdog pour les films sportifs.
Mais pour trouver ça il faut retourner le film dans tous les sens, prêter attention aux moindres dialogues afin de trouver ceux, très courts, errant ici et là, qui évoquent le sujet. Autrement Endless Bummer n'apparaît que comme une succession de séquences stupides et sans intérêt qui n'ont rien à voir avec l'histoire censée être racontée. Un film con, ennuyeux, et dont on ne comprend pas l'humour. Et cela n'a rien à voir avec l'âge. C'est plus une question de structure qui n'a aucun sens, et de mauvaises décisions de la part des responsables du film.
Ainsi le récit tourne autour de J.D., un surfeur bête comme ses pieds qui passe son temps à boire des bières, faire du surf et trainer avec tous les stoners de son bled. Ce qui ici est perçu comme le summum de la cool attitude. Un jour il va chercher la nouvelle planche que lui a confectionné son idole, un ancien champion à la retraite qui s'occupe de sa vie de famille, et va la tester. Malheureusement une mauvaise vague le fait chuter, et impossible alors de retrouver l'objet: quelqu'un semble l'avoir volé...

Joan Jett. Vraiment.

Il n'a pas tort car elle a été récupérée par un des "Sudistes", c'est-à-dire un touriste de passage provenant d'un peu plus bas dans la région (nous sommes ici à Ventura, tout au nord de la Californie). J.D. décide donc de réunir ses amis et de partir en chasse pour retrouver le responsable. Cela emmène le groupe au-delà de la ville, qu'ils n'avaient jamais quitté jusqu'à présent, et ils vont se retrouver totalement hors de leur élément. L'équipe va devoir réfléchir et faire des choix inattendus pour parvenir à leurs fins et rentrer chez eux...
Tout est prévisible, suivant une formule maintes fois réutilisées: le groupe se trouve plongé dans les emmerdes, va devoir compter sur chacun pour trouver des solutions et, au final, non seulement l'amitié en ressort grandit mais les évènements auront permis à tous d'avoir une belle leçon de vie. Ils reconnaitront leurs faiblesses et leurs points forts, et se diront en conséquence qu'il n'y a pas de mal à changer un peu, grandir et s'affirmer en tant que future adulte.
Sauf que non. Ici les héros n'ont pas besoin d'enquêter pour connaitre le responsable puisque par l'aide de deux personnes, ils découvrent nom et adresse. Sur place leur proie n'est pas là, mais son père accepte d'écouter leur histoire et de leur resituer l'objet en comprenant la situation. Boum. La quête est terminé, l'objet est récupéré. Il n'y a rien de plus. Pas d'embûches, pas de recherches, pas de péripéties. On s'imaginait avoir droit à une version "bière et nichons" de Pee-Wee's Big Adventure, ou Adventures in Babysitting, mais pas du tout.
Le reste du film joue sur l'idée de se venger du coupable, avec la promesse au paternel de ne pas aller trop loin, et même cela ne débouche sur rien ! Une fois la planche obtenue, le groupe parvient à retracer le voleur jusqu'à son lieu de travail (car, heureux hasard, l'une des petites nanas de la troupe est son ex-copine et se souvient du moindre détail le concernant), d'où ils le provoquent.


Le jeune homme se barricade et, déçus, les héros repartent. Directement chez lui, pour l'y attendre. Et c'est tout. Entre temps chacun se parle un peu, de tout et de rien, puis arrive la confrontation qui est immédiatement désamorcée car prise en charge par le père: ainsi, pour punir son fils, il autorise J.D. à le frapper trois fois ! La seule problématique intervient lorsque l'un de ses amis, une petite teigne toujours énervée, lui vole sa revanche. Ivre mort, il rate, et s'établit une étrange règle qui n'a aucun sens, le père et le fiston décrétant que celui qui a donné le premier punch doit donner les deux autres. Tant pis s'il ne s'agit pas de la victime et tant pis si l'agresseur est soûl et n'a pas conscience de ses actes.
Voilà pour les trente secondes de suspense. Tout se résume à savoir si, à travers son pote défoncé et antipathique, J.D. pourra prendre sa revanche et casser la gueule à l'adolescent qui lui a volé sa planche dans un moment de perdition. Car on apprend bien vite que celui-ci a agit sur un coup de tête, s'étant fait briser le cœur par l'une des héroïnes qui l'aurait quitté pour un surfeur (ce qui, en réalité, ne semble pas du tout être le cas). On applaudit bien fort nos héros, mesdames et messieurs, ainsi que la morale du film. La violence peut résoudre tous les problèmes, même quand il n'y a pas de problème !
Reste une sorte "rajout" pour remplir le film, montrant le groupe se séparer en deux durant cet acte. Tandis que certains attendent le voleur devant chez lui, les autres font un tour en voiture pour je ne sais quelle raison... Ils tombent en panne d'essence et vont avoir quelques ennuis.


A peine en fait. Là encore le conflit est résolu en trente secondes. Parce qu'il est totalement stoned, le conducteur est contraint d'emprunter un bidon d'essence et va faire sa demande auprès de deux loubards en camionnettes quelques kilomètres plus loin, lesquels sont évidemment intéressés par ses amies. Et pourtant, alors qu'on imagine directement les soucis arriver sur place, voilà que les voyous acceptent non seulement d'escorter l'équipe jusqu'à leur véhicule, mais en plus de leur faire don de l'essence ! Alors que le garçon va faire le plein, les filles sont agressées dans une séquence presque trop réaliste pour convenir au film. Immédiatement leur ami intervient, et bien qu'il était incapable de parler correctement l'instant d'avant, le voilà apte à se battre contre des gars plus grands que lui...
Dans un cas comme dans l'autre, il n'y a aucune prise de conscience pour les personnages de Endless Bummer. Tout se passe comme sur des roulettes, rien ne vient jamais les mettre dans une situation compliquée et ils s'en sortent avec à peine quelques sueurs froides. Et pourtant le scénario va les faire s'interroger constamment, leur donner des répliques parlant de malchance, de désillusion. Le titre du film est utilisé par J.D. pour décrire toute son aventure: une "déception continue". Sincèrement je cherche encore en quoi.
Le seul passage qui abonde dans ce sens se déroule un peu moins de dix minutes avant la conclusion, lorsque l'ami alcoolisé de J.D. se sent de retourner coller une rouste au Sudiste. Déchainé, il est même prêt à attaquer son père, pour ne pas avoir à obéir à un quelconque règlement stupide. C'est là que le surfeur s'agace, remettant son ami à sa place et lui faisant comprendre qu'il n'est qu'un idiot qui boit et parle trop. Puis la fâcherie est oubliée trois minutes plus tard...


Tout ça pue le scénario pondu en vitesse, certainement par des types n'en ayant rien à faire et devant simplement remplir un certain cahier des charges. Au-delà de deux ou trois dialogues, c'est comme si aucun des responsables n'avait la moindre compréhension de ce type d'histoire. Très certainement que, comme J.D., ils devaient s'envoyer quelques bouteilles et fantasmer les actrices qui se dénuderaient durant le tournage. Pour autant Endless Bummer n'est pas la production la plus trash de National Lampoon. On compte quelques gags à base de pets, des numéros de "danses" censés faire rire, où les personnages se coincent des pistolets à essence entre les jambes en mimant des mouvements de va et vient, et quelques poitrines siliconées sont dévoilées, mais uniquement par des MILF vulgaires et un peu trop âgées pour susciter le moindre engouement.
A ce titre je cherche encore à comprendre l'affolement de nos héros lorsqu'ils croisent la apparemment célèbre "femme au bikini rouge", un quarantenaire qui agite tristement son fessier et exhibe ses seins, tandis que leurs petites amies se trouvent juste à côté d'eux, elles-mêmes en maillots de bain et nettement plus mignonnes...
Bref, sur la forme ça aurait pu être pire, mais dans le fond cela reste quand même bien triste. Il n'en ressort qu'une seule chose, et contre toute attente: la prestation de Matthew Lillard. Celui qui fut autrefois une des icônes de la génération ados MTV apparaît sous un jour complètement différent. Il a bien vieilli et incarne ici un père de famille apparemment dépassé par la jeunesse. Le seul bon échange du film reste celui qu'il entretient avec le père du voleur, ce dernier se culpabilisant quant à l'acte de son fils en arguant qu'il était un père trop absent. Du reste, l'homme n'a aucune passion pour le projet et ne s'investit absolument jamais. Avare en paroles et visiblement très fatigué, Lillard nous donne ici son 0% en matière d'acting, et on ne peut que le comprendre. Un vrai zombie !  Lorsque, devant une des danses "drôles" de nos héros, il déclare que c'est la chose la plus stupide qu'il ait jamais vu, on se dit que ce Surf Party est quand même vachement lamentable.


Sinon il y a toujours Vanessa Angel en guest, qui joue une couguar pendant deux minutes, ou la rockeuse Joan Jet en folle du village, qui récupère des trucs sur la plage pour faire des œuvres d'art bizarres. J'ignore ce que la chanteuse de I Love Rock'n'Roll vient foutre dans cette galère, mais en une seule scène, elle possède bien plus d’intensité que l'ensemble du casting réunis. Pour ma part, et afin de ne pas rester traumatiser, je me contenterai de la vision de l'actrice Allison Scagliotti en bikini noir. Avec son physique à la Danielle Harris, l'héroïne de Warehouse 13 a bien plus accaparée mon attention que tout ce qui se trouve dans le film. Comme on dit, if you can't beat them, join them.
Concluons ce tour d'horizon par quelques éléments que je n'arrive pas à caser dans la chronique mais qui valent quand même la peine d'être relevés:
L'acteur incarnant J.D. est un sosie de William Katt, et ça c'est plutôt perturbant.
• Pour une raison qui me dépasse, sa mère possède un fort accent teuton. Pourquoi ?
• Pourquoi la voix-off qui narre l'intro et la conclusion, censée être celle de J.D. plus vieux, est faite par un autre acteur, lequel possède lui aussi un étrange accent ?
• Pourquoi celle-ci, en résumant le destin des personnages à la fin du film, semble t-elle dire qu'un des héros à fini par "disparaitre", comme s'il était mort ?
• Si National Lampoon a décidé de retitrer Endless Bummer en Surf Party et à refait le générique de début, pourquoi ne pas modifier aussi le générique de fin, qui affiche toujours l'ancien titre et l'ancienne date ?

Enfin, peu importe. Quand je pense que j'ai encore Dorm Daze 1 et 2 dans ma pile de films à visionner, ça me rend malade. Finalement un Slasher ennuyeux, ce n'est pas si mal: au moins les protagonistes finissent par mourir à un moment ou un autre...

  

  

lundi 21 septembre 2015

dimanche 20 septembre 2015

Mental Hurlant – Christina's House

Sans préparations, sans recherches, sans analyses et sans talent, les chroniques du Mental Hurlant ne sont que les réactions retranscrites sur le vif d'un esprit-spectateur, perdu dans ses souvenirs, ses plaisirs et ses déceptions selon le temps et l'humeur. Voici une retranscription de ce qui se déroule dans ce cerveau à l'évocation du sujet suivant... 

MENTAL HURLANT
Christina's House

Christina's House est un cas un peu spécial. Datant de 1999 ou de 2000 selon les sources (certainement que l'un représente la date de tournage, l'autre la sortie officielle), le film semble s'inscrire dans la lignée de ses DTV moisis qui vu le jour grâce au succès de Scream et de toute la vague de Neo-Slasher d'alors. Et tandis que des merdes comme les Souviens-toi l’Été Dernier, les Urban Legend et Mortelle Saint-Valentin venaient polluer nos écrans, les supermarchés et vidéo-clubs étaient inondés de Clown de l'Horreur, de Lovers Road, Je t'ai Trop Attendue et autre The Pool.
Des films mauvais, sans gore, sans tensions, sans folie, sans innovation, exactement à l'image de leurs modèles, mais malheureusement pour eux sans le budget non plus. Cette époque était un véritable fléau et il fallait vraiment fouiller pour trouver la perle rare ou le produit novateur, à l'instar de Ginger Snaps, Terror Tract ou Jeepers Creepers, qui changeaient un peu. A priori le présent film s'inscrit dans cette catégorie et la presse spécialisée de l'époque le décrivait comme l'un des pires rejetons de cette période. Seulement voilà, Christina's House n'est pas un Slasher (ni un film de maison hantée comme l'affiche le laisse à penser). Il y a tromperie sur la marchandise puisqu'il s'agit d'un banal Thriller. Un film qui à plus sa place aux côtés de La Prison de Verre, par exemple, et autres films à suspense du même genre.
Alors évidemment l'erreur est compréhensible: le film a clairement été vendu comme faisant partie du genre Horreur et annonçait en grandes pompes qu'il était écrit "par les scénaristes de Poltergeist". Seulement ce n'est pas si évident que ça. Déjà il n'y a qu'un seul scénariste crédité au générique, Stuart Allison, dont Christina's House est le seul méfait. Bien sûr il s'agit peut-être d'un pseudonyme derrière lequel se cacherait le réalisateur ou l'un des producteurs, et effectivement en fouillant bien on peut découvrir que deux des exécutifs sont Michael Grais et Mark Victor, les types qui ont écrit Poltergeist avec Steven Spielberg. Seulement voilà, "producteur exécutif", à Hollywood, ça veut un peu tout dire. C'est un titre honorifique qui revient à une personne ayant aidé à la mise en place du projet d'une façon ou d'une autre (en présentant un contact, donnant un conseil important, etc). En aucun cas cela ne signifie que Grais et Victor ont écrit le scénario, ni qu'ils ont mis leurs billes dans le produit.



Évidemment c'est quand même pratique, cela permet d'avoir un argument pour vendre la chose sur les marchés du film et de profiter d'une mode à succès, faisant gagner un plus de dollars que si elle avait été présentée pour ce qu'elle est réellement. Cela explique certainement l'agacement des spectateurs qui n'obtiennent pas du tout ce qu'ils sont venus chercher. Et pour être franc, le résultat est loin d'être bon de toute manière.
L'intrigue tourne autour de Christina, une adolescente super sexy qui a justement quelques problèmes avec son père à ce propos. Il se trouve que sa mère est internée en psychiatrie depuis quelques temps, ce qui l'oblige à vivre dans une nouvelle maison avec son petit frère et leur paternel. Et celui-ci est du genre ultra possessif, la surveillant sans cesse, refusant l'idée qu'elle puisse avec un petit ami et n'hésitant jamais à la reluquer ou la tripoter l'air de rien. Elle est contrainte de vivre sa romance en cachette mais le garçon n'arrange rien, étant lui-même violent et peu sympathique. Le fait qu'il cherche à s'envoyer en l'air avec elle n'aide pas non plus.
Et alors qu'elle ne trouve un peu de paix qu'auprès de sa meilleure amie ou du gentil bricoleur qui vient les aider à entretenir leur vieille bicoque, un gars solitaire mais polis et plutôt beau gosse, des évènements de plus en plus étranges vont venir la perturber d'avantage: son père se montre de plus en plus entreprenant, son petit ami de moins en moins patient, des bruits étranges se font entendre en pleine nuit, et plus tard le corps de sa rivale est retrouvé en morceaux dans son jardin. Une autre adolescente est portée disparue et le flic chargé de l'enquête se montre très soupçonneux à son égard. Enfin, des objets qui lui appartiennent changent de place ou disparaissent mystérieusement...


Toute la question est de savoir qui est le tueur qui s'en prend à l'entourage de Christina. Y a t-il un intru dans la maison, comme semble le prouver les bruits incessant venant du grenier ? Ou est-ce que l'un des hommes qui lui tourne autour à pété les plombs et cherche à l'avoir rien que pour lui ? Qu'en est-il de ces notes mystérieuses qu'elle retrouve de temps en temps, la priant de s'échapper "avant qu'il ne soit trop tard" ? Et si, finalement, ce n'était pas Christina qui serait un peu folle, tout comme sa mère ?
En réalité le film est beaucoup moins compliqué qu'il n'y paraît. On sent bien que le scénariste voulait jouer sur l'angle psychologique mais cela ne prend jamais. Il y a effectivement un tueur qui sévit, et des trois suspects (le père, le copain et le réparateur) on devine bien vite lequel est coupable. Le récit se perd inutilement sur près d'une heure, puisque l'on se doute que Christina et les siens sont totalement innocents dans cette affaire. De là né un certain ennui qui ne fait que s’agrandir en raison de l'aspect télévisuelle du film ou par l'absence de scènes chocs. Dans Christina's House, un meurtre se pratique généralement hors-champ,sauf pour la séquence pré-générique qui semble presque imiter Les Dents de la Mer (une jolie fille est happée dans la maison par le tueur, lequel la secoue si fort dans tous les sens qu'elle s'en brise la nuque).


Du reste il n'y a pas grand chose pour éveiller l'intérêt. Il n'y a même pas vraiment d'enquête, Christina passant le plus clair de son de temps à graviter entre chaque personnage tout en angoissant au moindre rebondissement, plutôt que se préparer une défense. Parfois on a même l'impression que les protagonistes ne se souviennent plus qu'il y a eu une victime retrouvée près de chez eux, un cas de disparition ou des bruits suspects dans la maison. A la place, ça discute garçon et virginité, un journal intime inutile à l'histoire se balade de mains en mains, le père et la fille s'engueulent à propos de tout et de n'importe quoi sauf de la relation quasi incestueuse qui s'installe entre eux, et la scène censée être la plus importante du film (Christine visite sa mère à l'asile et celle-ci tente de lui confesser quelque chose) est totalement ignorée l'instant d'après.
Résultat il n'y a que très peu de tension qui se construit. On commence un peu à se demander pourquoi le scénariste à rendu le père obsédé sexuel tant cela ne semble avoir aucun rapport avec l'intrigue à priori, et il faut vraiment attendre la conclusion et lire entre les lignes pour comprendre ce dont il en retourne. Ainsi, la mère de Christina semble avoir connaissance des tares de son maris. A sa fille, elle dit qu'elle a fait une erreur le jour où elle n'a pas surveillé son homme, ce qui indique que Christina a été violée ou qu'il y a eu attouchement dans sa jeunesse. Elle parle ensuite d'un "ami" qui vient lui rendre visite et à qui elle a demandée de veiller sur ses enfants, afin de les protéger. A partir de là les pièces s'assemblent toutes seules, mais il faut quand même ne pas s'être endormi puisque rien n'est résumé ou éclairci après coup.


On réalise donc que Madame, craignant pour ses enfants, à séduit un autre patient de l'hôpital. Un fou supposé guéris et s'apprêtant à sortir. Celui-ci se retrouve en mission pour surveiller Christina et son frère et, étant en fait encore perturbé, se met à tuer quiconque s'approche de trop près. Une jeune femme sonnant à la porte un jour où personne n'est là, la rivale qui s'apprêtait à faire du mal à l'héroïne, plus tard le petit ami devenant violent... Le coupable, ayant accès à la maison pour cause de travaux, s'est installé entre les murs, observant la vie de famille et fabriquant tout un système de cordes et d'engrenages pour avoir le contrôle de la bâtisse. Les notes qu'il laissait à l'intention de la jeune femme était une supplication pour qu'elle prenne les devants et parte loin de son père, et s'il ne devient le "méchant" de l'histoire ce n'est qu'en raison du comportement de l'héroïne qui fini par lui taper sur les nerfs !
En effet celle-ci pleurniche beaucoup, se plaint tout le temps, mais fait jamais rien afin d'améliorer les choses. Elle est constamment indécise quant à sa vie de couple, laisse son père prendre le dessus sur elle, et au final apparaît un peu exaspérante. Suffisamment pour que le tueur finisse par en avoir assez et s'en prenne à elle par la suite, s'attaquant aussi bien à sa meilleure amie qu'à son petit frère.


La conclusion montre Christina triompher, et s'affirmer ce faisant, mais au final rien n'est vraiment résolu. Son père, bien que se retrouvant à l'hôpital à la fin du film, elle ne le considère toujours pas comme un danger potentiel. Et comme pour bien le souligner, la dernière scène montre la mère sourire étrangement à un jeune patient sur le point de sortir de l'asile. Une dernière image de la maison montre le grenier s'allumer et on comprend que, dans sa folie, Madame continuera d'envoyer des psychopathes pour surveiller ses enfants au cas où son mari se montre trop entreprenant.
C'est à la fois extrêmement simple et très difficile à suivre, tant ces éléments sont survolés voir maladroitement inclus au montage (la mère, dans sa chambre, jouant avec ses mains pour simuler une mise à mort, mais les évènements montrés en parallèles touchent sa fille plutôt que son mari). Cela m'évoque un peu La Revanche de  Pinocchio, qui lui aussi évoquait la folie sans pour autant se montrer parfaitement clair sur ce qu'il voulait dire.
Il va sans dire que du coup, Christina's House aura repoussé tous ceux qui s'attendait à un récit plus conventionnelle. Il n'y a rien d'horrible, de terrifiant ou d'angoissant dans ce Thriller aux allures de téléfilm (même pour les midinettes qui sursautent au moindre Jump Scare), et la combinaison du rythme mou et des personnages sans caractère fini vite par lasser. A moins d'être un habitué des téléfilms M6 diffusés durant les après-midi pour tuer le temps, on ne peut vraiment pas s'investir dans ce film...


Restent toutefois quelques éléments qui aident un peu à tenir. Le plus connu, c'est l'improbable piège final du tueur. Une grande cage composée de poutres et de scies circulaires, en forme d'entonnoir. La chose est visuellement impressionnante et semble provenir d'un quelconque Saw. Hélas il ne s'agit pas d'un engin de mort mais d'une simple cellule, et jamais les barres garnies de roues dentées ne s'articulent pour broyer leur prisonnier. Les deux personnes qui tombent dedans survivent, se retrouvant simplement incapacités.
Une scène hallucinante vient également nous sortir de notre torpeur, tant elle est dynamique et parait là encore provenir d'un autre film ! Alors que le fou de service, à ce moment là passant encore pour un gentil garçon, va faire ses courses, il est alpagué par le petit ami jaloux qui le frappe violemment. La séquence prend par surprise, intervenant après quelques secondes où il ne se passe rien. La victime marche dans la rue, un cri attire son attention, et un poing entre subitement dans le champ pour le frapper à la mâchoire. Déséquilibrés par le geste, les deux garçons tombent à la renverse et passent à travers une gigantesque baie vitrée qui se trouvait juste à proximité. L'agresseur, pas du tout déphasé par le choc, se met alors à rouer son ennemi de coups comme s'il ne s'était rien passé ! Tout simplement génial.
Enfin, l'ultime atout de Christina's House, c'est évidemment son actrice. Jeune femme pas vraiment connue malgré les deux ou trois séries B auxquelles elle à participé, Allison Lange est une blonde plantureuse à la poitrine très développée qui défile dans les tenues les plus sexy: maillot de bains, débardeurs moulant et autre T-shirt court. Le réalisateur semble très bien savoir ce qu'il fait et John Savage, qui incarne son père, a probablement dû accepter le rôle juste pour la tripoter une fois de temps en temps !

La belle est effectivement une bonne raison de garder les yeux sur l'écran malgré toute la monotonie du récit, et peu éventuellement être une des raisons de s'envoyer ce navet. Mais que ceux qui préfère les hommes se rassurent, apparaît également un tout jeune Brendan Fehr dans le rôle de son petit ami, peu avant qu'il ne rejoigne la série Roswell (où il retrouvera d'ailleurs Lange pour quelques épisodes). Enfin, moins connu, le second couteau Jerry Wasserman (beaucoup de second rôle, de La Mouche II à Watchmen, et jusqu'à The Editor, le dernier opus de Astron-6) incarne un shérif tellement soupçonneux pour trois fois rien qu'il en devient hilarant.
Ce n'est vraiment pas grand chose, et le film est aussi mauvais qu'on le raconte, mais c'est toujours plus que pas mal de "vrais" Slashers que j'ai pu voir dernièrement !