lundi 7 avril 2014

[FRAGMENTS] L'Encyclopédie des Monstres – Bruce

L’ENCYCLOPÉDIE DES MONSTRES

BRUCE THE SHARK


Mais par quel sujet vais-je donc commencer cette rubrique, me demandais-je il y a encore cinq minutes. Allons au plus simple et choisissons quelque chose de marquant, quelque chose de simple. Quelque chose qui me poursuit depuis l'enfance et sur quoi je pourrais en écrire des pages.
Tout a déjà était dit sur Les Dents de la Mer, tant d'un point de vue technique qu'artistique, et il m'apparaît plus qu'inutile d'en rajouter. Du coup le billet nostalgique me semble bien plus approprié pour parler de son incroyable monstre, le Carcharodon Carcharias ou Grand Requin Blanc.
C'est entre 1990 et 1991 que je vois le film pour la première fois. J'ai moins de dix ans et évidemment, c'est le choc. Les images ne me quitterons jamais et je me souviens encore avoir dessiné la mort de Quint quelques jours plus tard, le représentant gisant dans son bateau tandis que le squale avale ses deux jambes, sa tête surgissant à la poupe de l'Orca.
Je me rappel aussi avoir raconté la scène de la jambe coupée à mes camarades de classe, sur notre chemin vers l'établissement scolaire dès la reprise des cours. Me revient également les hantises qui peuplaient mes nuits, où mon lit n'était qu'un radeau à la dérive en plein océan tandis qu'un requin caché sous l'eau noire attendait qu'un de mes membres ne dépasse des draps pour me happer.


Ce film, je l'ai gardé avec moi pendant des années, notamment durant les vacances à la plage ou à la piscine où je visualisais toujours la forme colossal du grand blanc lorsque je passais la tête sous l'eau. Les suites, je les aient bien sûr ratées au tout début, mon père ayant choisi de ne pas me laisser les voir. Je dû questionner ma grand-mère pour savoir ce qui se passait dans Les Dents de la Mer, 2ème Partie. Et je ne devais avoir que huit ans !
A ma grande surprise personne n'a jamais partagé cet enthousiasme, les commentaires sur le film ne se résumant qu'à une seule chose: le requin fait faux. Un sentiment que je comprends mais que je n'ai jamais vraiment partagé et que j'impute en grande partie à Retour vers le Futur 2 et à la célèbre réplique de Marty McFly devant cet hologramme caricatural. Naturellement à l'époque, Spielberg réglait ses comptes, mais ça nous n'en savions rien ! Nous étions tous des enfants ou des ignorants des potins d'Hollywood.
Les Dents de la Mer faisait office de gros nanar, dont la popularité ne devait qu'au nom même de Spielberg et à sa célèbre musique. Perplexe, j'ai longtemps guetté une rediffusion pour me refaire mon idée, ce qui n'arriva que plusieurs années plus tard. La découverte des séquelles, effectivement toutes inférieures, resta un moment important de ma jeunesse bien qu'elles ne firent que m'obliger à accepter les critiques de mon entourage. Oui, le requin fait faux. Et ses aventures ne sont pas si prenantes, en plus...
Mais Les Dents de la Mer, encore une fois, me semblait tenir la route. Mieux, en grandissant je fus à-même de comprendre toutes ces subtilités qui vous échappent lorsque vous êtes jeune: les personnages et leurs dilemmes, la mise en scène, le rythme, la formidable musique de John Williams (il y a tellement plus que ce simple thème que tout le monde connait). Il y a une raison pour laquelle le film a tellement fonctionné, pour laquelle il reste encore indétrônable dans son genre. Les Dents de la Mer est une grande œuvre et elle a marquée à jamais l'Histoire du Cinéma.


Attardons-nous maintenant sur sa vedette, le squale. Non pas que Roy Scheider, Robert Shaw et Richard Dreyfuss soient moins importants qu'une bestiole en caoutchouc, mais c'est le monstre qui nous intéresse ici. Verdict ? Et bien pour avoir récemment revu le film via son excellent Blu-ray, la bête tient encore très bien la route ! Non, le requin ne fait pas "faux" contrairement  à ce que beaucoup pense – si ce n'est l'animation fortement limitée de ses mâchoires (ce qui, effectivement, peu sembler problématique pour un film titré "Jaws").
Son apparence massive en fait toujours l'un des plus beaux monstres marins jamais vu à l'écran et aucune copie n'a jamais tenue la comparaison jusqu'à présent. Une réussite que l'on doit au designer Joe Alves (qui se retrouva derrière la caméra pour les besoins de Jaws 3-D) et aux différents modèles mécaniques construits en taille réelle pour l'occasion. Des mastodontes devant simuler une belle bête de 28 pieds de long (un bon 8,5m rabaissé à seulement 7m dans la VF) pour trois tonnes bien pesées. Mais, et ce n'est un secret pour personne, ces foutues choses ne fonctionnaient jamais, obligeant le réalisateur a opter pour une mise en scène privilégiant avant tout le suspense en camouflant le monstre de diverses manières. Vous pensiez que la scène du ponton et l'idée des tonneaux flottants étaient prévues tels quels ?
Quand ce n'était pas le sel de mer qui rongeait la peau synthétique des requins, ou les problèmes d'électricité rendant les robots inopérables, il arrivait même que les répliques se mettent à flotter comme des ballons lorsque la mousse néoprène qui les composaient se gorgeait d'eau ! De quoi décourager jusqu'à Spielberg qui se demanda un temps s'il n'avait pas était un peu trop ambitieux avec ce projet, tandis que son équipe finit par rebaptiser le titre du film par Flaws, comme pour bien enfoncer le clou.
A partir de là, le spectaculaire dernier acte du film apparaît comme un véritable miracle tant l'animal y apparaît dans toute sa splendeur, sans qu'aucun défaut technique ne vienne parasiter le déroulement du film. On pourrait même croire que le choix de ne pas révéler le squale auparavant était délibéré, afin de surprendre le spectateur sur l'aspect impressionnant du monstre !


Vous vous en doutez bien, ces nombreux soucis auront perturbés l'organisation du tournage et plusieurs réécritures du script furent nécessaire pour corriger le tir. Certains évènements passent à la trappe comme la mort du partenaire de Quint, lequel refusait de prendre part à la chasse au requin suite à un mauvais pressentiment (l'animal faisait un bond surprenant par-dessus sa barque, l'avalant d'une seule bouchée en plein vol !), tandis que d'autres subissent d'importantes altérations.
La mort du petit Alex Kintner, subliminale dans le film, devait montrer la bête surgir hors de l'eau pour le dévorer avant que Spielberg ne change d'avis. Quelques clichés impressionnant peuvent toutefois être retrouvés dans l'excellent ouvrage Jaws: Memories From Martha's Vineyard, ainsi qu'un bref aperçu vidéo dans le DVD qui l'accompagne. Le maître nageur, celui qui se fait croquer la jambe, devait se montrer héroïque avant son trépas, poussant le jeune fils Brody hors de porté du squale alors qu'il ne soit lui-même emporté par la bête dans un sillage sanglant.
Mais le plus célèbre de ces changements reste le destin de l'océanographe Hooper (Richard Dreyfuss), qui devait également périr sous la mâchoire du grand blanc lors de sa descente dans la cage anti-requin. Un sort que l'on trouve initialement dans le livre de Peter Benchley, avec quelques altérations. Toutefois lors des sélection des prises de vue, celles effectuées avec de véritables requins, le choix du réalisateur s'est porté sur un incroyable moment de frénésie animal, un squale attaquant la cage avec agressivité. Hélas personne ne se trouvait à l'intérieur de celle-ci en cet instant, créant un soucis de raccord. Et c'est ainsi que le personnage a finalement été épargné. Mais loin d'être une trahison au roman original, cette idée semble parfaitement logique dans l'univers de Jaws, le film.


Car les différences entre le best-seller de Benchley et le chef d'œuvre de Spielberg sont légions. Jaws est un livre sombre et dépressif, a l'opposé total du film lumineux de Spielberg. On pourrait passer de temps a montrer les différences entre les œuvres mais le principal est que dans le récit de Benchley, Amity Island est un lieu froid où personne ne s'aime et où tout le monde à quelque chose a se reprocher. Un univers où le requin, au lieu d'être une menace extraordinaire, est tout à fait à sa place et ne semble être qu'une matérialisation du péché des habitants, de leur comportement charognard.
Très amusant de revoir également le manque d'informations de l'époque sur les requins, dépeignant un portrait incroyable de ces créatures et expliquant ainsi le pourquoi de la psychose générale qui a suivie la sortie du film. On peut ainsi voir Matt Hooper fantasmer sur la taille "énorme" de la bête et supposer un bref instant qu'il pourrait s'agir d'un Mégalodon préhistorique. D'autres possibles explications quant au comportement anormale du requin seront vaguement évoquées ici: l'animal est-il particulièrement intelligent ou s'agit-il du Léviathan venu punir l'Homme sur ordre de Dieu ? Ou peut-être la sorcière Amity, a qui l'île doit son nom et morte il y a des siècles, y serait pour quelque chose ?
Mais le tour de force du livre est de faire prendre conscience de l'ampleur du désastre sur l'échelle de toute la ville, et non des quelques victimes directes. Là, c'est la population entière qui s'oppose à la fermeture des plages car Amity est une station balnéaire ne vivant que pour quelques semaines de saison touristique seulement, la présence du requin symbolisant une crise financière immense et un taux de chômage surélevé, voir même la mort de la ville elle-même. Quant au maire, il est directement concerné puisque coincé par des créanciers mafieux. Bref, un monde impitoyable ne survivant que superficiellement, le squale suffisant par sa seule présence a tout faire voler en éclat !



(...)

Article inachevé car je n'avais pas beaucoup de temps pour moi à cette époque.
J'aime quand même bien cette première partie, donc l'intégrer ici me semble bien.

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