lundi 23 avril 2018

Friday the 13th: Bloodbath (2006)


Friday the 13th: Bloodbath
(2006)


Il me semble inutile de revenir sur la longue introduction autour d'Avatar Press et sa gestion des licences Horreur de la New Line Cinema. Tout a déjà été dit ici et il est plus simple d'entrer cette fois dans le vif du sujet plutôt que de recopier ces longs paragraphes à chaque nouvelle chronique. J'invite donc le lecteur à naviguer d'un article à l'autre en fonction de ce qui l'intéresse. Pas la peine non plus de revenir sur l'équipe en charge de cette mini-série puisque le duo est le même dans l'épisode précédent. Leur histoire est d'ailleurs plus une suite qu'un nouvel arc, et la lecture du Special est fortement recommandée pour avoir une meilleure appréciation de l'intrigue générale qui nous est raconté dans les pages de Friday the 13th: Bloodbath...
Publiée entre fin 2005 et début 2006, la BD marque un passage à l'étape supérieur en terme de narration, avec l'idée de rendre le récit un peu plus complexe que le bain de sang annoncé. Si celui-ci n'a rien d'original, mélangeant simplement les introductions de Jason Goes to Hell et Jason X en une même idée, introduire le sujet progressivement au fil d'une trame plus classique permet de briser un peu le train-train habituel de la saga et surprendre les lecteurs qui s'attendaient à du Vendredi 13 classique.


On peut n'y voir qu'un énième gimmick, concept sur lequel la franchise se repose beaucoup afin de trouver un semblant d'originalité: le copycat de Part 5, l'argument surnaturel et autoparodique de Part 6, l'héroïne aux pouvoirs psychiques de Part 7, l'escapade à New York dans Part 8, la version démoniaque de Hidden dans Goes to Hell, la virée dans l'espace de Jason X et naturellement le crossover avec Freddy... Autant d'éléments qui permettent de petites variations autour du même thème. Et ici le auteurs utilisent leur rebondissement afin de détourner les codes propres à la série, un peu à la manière de La Cabane dans les Bois d'une certaine façon.
Ainsi, après une introduction faisant directement suite au Special et montrant Jason mettre en charpie un couple de braconniers, pendant les corps dans les arbres comme des trophées de chasse, nous voilà de retour à Crystal Lake six mois plus tard pour l'ouverture d'un tout nouveau camp de vacance, Camp Tomorrow. Dix jeunes sont engagés afin de préparer l'endroit avant son ouverture – un job d'été bien payé et commençant sous les meilleurs auspices puisqu'ils ont droit à une soirée de rêve: jacuzzi, alcool à volonté, un manager qui les poussent à prendre du bon temps...


Les couples se forment presque naturellement, tout le monde y trouvant chaussure à son pied. Y compris l'unique lesbienne du groupe, qui se dégotte une bisexuelle sensible à ses charmes. Tout semble un peu trop parfait et bien vite les fêtards relèvent quelques bizarreries comme le fait qu'ils soient tous des orphelins, ou que leur chef de projet, un pur redneck, s'éclipse pour "aller lire" mais rôde en fait dans les parages avec un complice afin de les espionner... Cela ne les empêche pourtant pas d'en profiter et tous (tous !) vont s'envoyer en l'air, inconscient que Jason observe. Celui-ci passe vite à l'attaque, tuant d'abord les couples isolés tandis que le mystérieux organisateur de Camp Tomorrow entreprend de le traquer avec l'attitude d'un professionnel froid et détaché.
C'est Violet, punkette rebelle et forte tête, qui sent venir le coup fourré et décide de partir à la recherche des disparus alors que personne ne l'écoute. Mais lorsque la présence du tueur ne fait plus de doute, les survivants découvrent qu'ils doivent non seulement fuir Jason, mais aussi leur employeur qui les utilises en fait comme des appâts !


Il se trouve qu'un mystérieux conglomérat international, l'Organisation, cherche à étudier le zombie de Crystal Lake pour découvrir le secret de son immortalité, l'idée étant bien sûr de revendre les résultats pour des applications médicales ou militaires afin d'enrichir. Leur méthode consiste alors a recréer un environnement familier pour leur cobaye, avec un faux décor et un casting de victimes parfaites qui ne manqueront pas de "s'amuser" afin de l'attirer. Tout est mis en place afin que le scénario typique de Vendredi 13 puisse avoir lieu, parties de jambes en l'air comprises.
Les mercenaires cachés n'ont plus qu'à suivre le déplacement du mort-vivant puis le neutraliser. Nous avons là basiquement le plan du FBI au début de Jason Goes to Hell, avec juste un peu plus de soldats et quelques acteurs non consentant. Et parce que le tueur est invulnérable, le plan est de le cryogéniser en utilisant des lances à azote liquide. Ce qui était une des stratégies entreprises au début de Jason X, avant que David Cronenberg ne vienne tout faire foirer. L'Organisation serait arrivée à ses fins sans le moindre problème si elle n'avait pas sous-estimée l'héroïne, pleines de ressources et accessoirement grande fan de Neil Gaiman.


Capturée mais furieuse, celle-ci n'hésite pas à se jeter sur ce traitre d'organisateur pour lui arracher un morceau d'oreille ! Dotée de ce qu'elle décrit comme un "sens d'Araignée", elle est capable de pressentir le danger et se montre bien plus prudente et pro-active que les personnages habituellement croisés dans la franchise. Ainsi n'hésite t-elle pas à tirer sur l'hélicoptère de transport contenant un Jason congelé afin qu'il se crash, l'incendie réanimant alors le monstre...
Elle est au centre des meilleurs scènes du comic book, et particulièrement dans le final qui la montre conduire un énorme camion citerne rempli de nitrogène tandis que Jason, perché sur le toit, essai de la tuer – ceci alors que le véhicule s'engage sur un champ de mines et que si le véhicule explose, tout sera congelé sur cent mètres à la ronde ! Bad-ass, elle n'hésitera pas à faire péter tout ça afin de se débarrasser tant du tueur au masque de hockey que des soldats qui lui tirent dessus, devant alors courir pour échapper à la déflagration glaciale. Disons-le franchement, Violet sert globalement de substitut à Cassie Hack de Hack/Slash, la parfaite Final Girl. Elle adopte le même physique, le même look et la même attitude, et fait pour un adversaire coriace que l'on soutien immédiatement.


Son compagnon de route Rich, bien que globalement laissé sur la touche suite à une blessure par balle, n'est pas en reste et amuse pas mal la galerie via des répliques décalées. Lorsqu'il voit Jason encaisser de multiples rafales, il se demande où est Schwarzy quand on a besoin de lui. Les mercenaires à la solde de l'Organisation, il les décrit comme de "bloodthirsty, second amendment cocksuckers", et du mort-vivant cristallisé par l'azote, il déclare "He looks like a serial killing popsicle". Aussi, il n'hésite pas à poignarder celui-ci dans les couilles pour protéger sa petite copine et semble considérer Sandman comme l'un des meilleurs comics du monde, ce qui est sans doute vrai.
Et Jason alors ? Il y est splendide, l'air parfaitement décomposé derrière son masque et exagérément puissant. A un couple qui fait l'amour sous son nez, il transperce leur deux corps d'un seul coup de pied ! Un autre, il les coupe en deux en même temps d'un unique coup de machette. Lorsqu'un mercenaire est distrait par deux jeunes femmes sexy  s'embrassant, il arrive discrètement derrière lui, place sa machette entre ses jambes et remonte la lame afin de le trancher entièrement dans le sens de la longueur...


Son invincibilité est pleinement démontrée par les nombreux coups de mitrailleuses et de fusils à pompe qu'il encaisse, et sa force démentielle est l'objet d'une séquence mémorable lorsque, réveillé de sa prison de glace, il s'empare de la pale de l'hélicoptère écrasé afin de l'utiliser comme machette géante ! Notons également quelques passages en vue subjective avec les contours des trous du masque apparent, la présence de chasseurs qui le trouvent si moche qu'ils pensent avoir affaire à un extraterrestre, et un bref moment où le zombie à l'air tuer afin de venger la mort d'un cerf, comme s'il était une sorte de gardien de Crystal Lake contre la connerie humaine.
Enfin, il faut souligner a quel point la première partie de la BD évoque désormais beaucoup le récent jeu vidéo Friday the 13th: on y retrouve les adolescents éparpillés aux quatre coins du campement, certains devant fuir Jason en trouvant des cachettes ou repousser ses attaques en utilisant de petits couteaux. Ils leur faut même gérer un véhicule qui refuse de démarrer (ici trafiqué) tandis qu'un couple découvre par hasard la cabane du tueur, celle du deuxième film. A ce niveau là, c'est pratiquement une adaptation.


Friday the 13th: Bloodbath est une petite réussite qui parvient à garder l'esprit de la franchise tout en la modernisant un peu. L'introduction de l'Organisation est parfaite pour créer une Némésis différente à Jason Voorhees et placer celui-ci dans un rôle d'anti-héros, sans pour autant diminuer ses propres méfaits: lorsque l'on voit de sales types faire disparaitre les cadavres de leurs victimes innocentes dans des incinérateurs miniatures, afin de couvrir leurs traces, on ne peut qu'espérer que Jason leur fera la peau. Tout monstre qu'il soit, il ne possède pas cette malfaisante intelligente typiquement humaine et on se retrouve dans la même thématique que la franchise Alien, avec d'un côté les Xénomorphes cauchemardesques et de l'autre la puissante Compagnie, au moins tout aussi monstrueuse. Violet aurait fait la Ripley parfaite pour la suite des évènements.
Hélas le volume suivant, Fearbook, ne sera pas écrit par Brian Pullido et viendra gâcher tout cela en achevant plusieurs personnages-clés et en clôturant l'arc de manière expéditive. Peut-être un choix de la part d'Avatar Press en réalisant qu'elle ne garderait pas les droits de la licence plus longtemps. Un scénario préférable à celle de l'incompétence des successeurs sur le titre, dont le one-shot aurait plombé les ventes et obligé New Line Cinema a renégocier son contrat avec l'éditeur...



GALERIE

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mercredi 18 avril 2018

Pin-Up – Carol Maibaum (Ghost in the Machine, 1993)

Lost (and found) in the 5th Dimension
Épisode 18

Pin-Up
CAROL MAIBAUM
Shevonne Durkin – Ghost in the Machine (1993)


S'il ne fallait évoquer qu'un membre du casting de Ghost in the Machine, il est évident qu'il devrait s'agir de Bryan Cranston, star internationale depuis Breaking Bad et à l'époque un parfait inconnu ressemblant un petit peu à Patrick Schwayze. Il y joue le héros, un hacker défendeur de la veuve et de l'orphelin au sens propre, puisque sauvant une petite famille des griffes d'un tueur en série digitalisé et pouvant contrôler les appareils électriques à volonté (car la notion de online / offline était un peu aléatoire chez le public, en ce temps là) ou prendre la forme d'un hologramme vindicatif.
Seulement je ne suis pas comme tout le monde, et non seulement je n'ai encore jamais vu Breaking Bad, mais je préfère m'intéresser à la jolie blonde servant de chair à canon pour l'antagoniste virtuel. Et en grande partie puisque celle-ci est jouée par Shevonne Durkin, héroïne de Leprechaun 2, dont je viens d'écrire la chronique ! En 1993, soit à l'époque du premier volet de la série, on la retrouve dans cette sympathique série B pour un premier vrai rôle, bien que très court. Une seule véritable scène, deux si l'on veut être généreux, pour un personnage de Bimbo pas spécialement intéressant mais néanmoins remarquable par son allure.


Le film tourne autour du surnommé Address Book Killer, un tueur en série ayant pour habitude de voler l'agenda de sa proie, décimant progressivement son entourage en se basant sur les adresses et numéros qu'elle y avait inscrit. A la manière des nombreux avatars électroniques de Freddy Krueger (Shocker, House III, Prison), il fini par mourir mais revient sous une forme voltaïque: c'est ici son âme qui est accidentellement digitalisée dans un système informatique, suite à une grave surcharge de courant. Désormais virtuel, il se cache sur Internet et peut manipuler toutes les connexions électriques qu'il désire, utilisant divers appareils pour tuer.
Il opère désormais à travers les pages scannées d'un répertoire appartenant à une mère de famille. Une veuve ayant bien du mal à gérer sa situation de travail et un fils rebelle qui se prend pour John Connor dans Terminator 2 sans en avoir la classe ni le talent. Parmi ses contacts, une certaine Carol Maibaum, babysitteuse occasionnelle et objet de fantasme du jeune héros, qui éprouve ses premiers émois sexuels en la regardant. Et on le comprend puisque la demoiselle semble constamment jouer de son sex appeal, qu'elle en soit consciente ou non !


Et la réalisatrice, Rachel Talalay, d'en jouer un maximum, caractérisant avant tout le personnage par ce comportement de séductrice à défaut d'autre chose. Carol se promène pieds nus avec bracelet de cheville et verni à ongles (Quentin Tarantino approuverait certainement) et porte une tenue certes un très ringarde et typée 80s, mais suffisamment déshabillée pour être notable, dévoilant un bout de ventre et exhibant de fines longues jambes. Un aperçu de sa chambre révèle des soutien gorges en pagailles dans toute la pièce, et naturellement la jeune femme passe plus de temps au téléphone à flirter avec son petit ami qu'à surveiller les garnements dont elle a la charge. Ce qui n'est justement pas sans poser problème puisqu'un bébé échappe alors à sa vigilance, se frayant un chemin jusqu'à la cuisine avant d'essayer de grimper sur un meuble où un couteau électrique, un fer à repasser et une casserole menacent de lui tomber dessus !
Si la catastrophe est forcément évitée il y a de quoi la traiter d'irresponsable, même indépendamment du tueur qui profite de la situation (il allume le four et une plaque chauffante pour faire monter le suspense). A sa décharge, on peut autant accuser la mère d'avoir groupé ces objets dangereux au même endroit, à porté d'enfant...


Toute cette scène ne sert qu'a placer le héros dans une fâcheuse posture puisqu'il se retrouve accusé d'avoir branché les appareils électriques – un thème récurrent dans le film. Et celui-ci s'en retrouve fort désolé puisqu'il espère désespérément brancher la jeune femme pour sortir avec. Par deux fois il joue le numéro du mec "cool" pour la draguer, avec toute la sobriété d'un Vanilla Ice. Bref, c'est un loser et Carol ne prend même pas la peine de le rembarrer, le traitant évidemment comme un gamin. Il est même permis de penser qu'elle n'a même pas conscience de la situation, ce qui rend ces embarrassantes interactions encore plus drôle.
Roublard, le môme trouvera quand même un moyen de parvenir à ses fins, lorsque lui et un copain proposent de la payer afin de la reluquer: 37,28$ pour qu'elle déboutonne son chemisier, et si elle peut retirer son soutien-gorge, peut-être iront-il hacker le système de la préfecture pour rétablir son permis de conduire, qui lui a été retiré ! Maline, l'adolescente prend l'argent et semble marcher dans la combine pour finalement se contenter de flasher un décolleté bien inoffensif. Une séquence qui évoque beaucoup un passage similaire dans Leprechaun 2 où l'actrice a finalement recours à un body double.


Et justement cela est encore le cas ici, le soutien-gorge entraperçu étant trop "plein" par rapport à son corps. Nous n'auront de toute façon pas le loisir d'en voir plus puisque c'est déjà le moment de lui dire adieu. Une mise à mort bien trop sage par rapport à ce que l'on a pu voir auparavant dans le film (comme ce pauvre gars fondant sous l'effet d'un micro-onde défectueux) et qui ne fait intervenir aucun effet sanglant. L'assassin se contente de prendre le contrôle du lave-vaisselle et faire exploser sa porte, libérant des trombes d'eau qui vont atteindre un branchement électrique se trouvant au sol et provoquer une électrocution cartoonesque à base de gros éclairs bleus.
La scène est plus a prendre comme un gag, avec les inscriptions apparaissant sur l'affichage digital de l'appareil électro-ménager ("Wash" / "Explode" / "Die") et ce graphique en forme de cœur, se dessinant sur l'écran d'ordinateur qui affiche les coordonnées de la jeune femme, le tueur la "rayant" de sa liste comme s'il venait de s'envoyer en l'air avec elle. Et compte tenu de son nouvel état d'existence, c'est peut-être justement le cas ! Gardez donc cela en tête la prochaine fois que vous verrez le film.


Il est dommage que Shevonne Durkin n'a pas eu une carrière plus longue, car si elle n'est pas véritablement une Scream Queen, c'est ce genre de participation qui l'aurait fait un peu sortir du lot. Non pas que le reste de sa filmographie soit inintéressant, et on peut notamment la retrouver dans d'autres B comme l'hallucinant Tammy & The T-Rex (un film Rated-R volontairement censuré par ses producteurs pour le transformer en comédie tout public !) et Magic Kid II, un sous Karate Kid avec Ted Jan Roberts. Il ne s'y trouve hélas rien qui puisse la mette en valeur et sa carrière se terminera à travers des rôles très secondaires, la jeune femme s'éclipsant ensuite de l'industrie du cinéma en toute discrétion. Notons tout de même le titre du dernier film où elle apparut: Spermicide. Avouez que sur un CV, ça rend pas mal !



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dimanche 15 avril 2018

Leprechaun 2 (1994)


Leprechaun 2
(1994)

"Cry as you may, cry as you might.
It's going to be one hell of a wedding night."


On a souvent tendance à dire que les suites sont inférieures aux originaux, que les n°2 ne pourront jamais égaliser ou surpasser leurs prédécesseurs. Cette andouille de Kevin Williamson en a même fait un running gag dans son très nul Scream 2, se trouvant incapable de citer le moindre exemple. Ce n'est pourtant pas ça qui manque dans l'univers des films d'horreur et de la série B, et plusieurs titres viennent immédiatement en tête: Critters 2, Evil Dead 2, Maniac Cop 2, Puppet Master 2... et donc Leprechaun 2, qui débarque tout juste un an après le premier opus.
Une sortie qui semble précipité, mais avec deux fois le budget de son prédécesseur et la prévision d'une distribution en salle, cette suite surpasse le Leprechaun de Mark Jones en tous points sur plan technique en plus de raconter une histoire beaucoup plus travaillée. D'ailleurs, du volet précédent, seul le farfadet et son interprète furent retenu, le reste passant à la trappe. Nouveau acteurs, nouveaux personnages et surtout nouveaux réalisateur et scénaristes, lesquels repensent totalement l'univers du lutin irlandais afin de créer de nouveaux concepts, de nouvelles règles.


Mais si la mythologie change et que ce nouveau Leprechaun s'avère bien plus meurtrier que l'ancien, les nouveaux responsables ne perdent pas de vu que c'est l'humour qui doit régner avant tout, la "menace" étant impossible à prendre au sérieux. Ce second volet s'évertue ainsi à respecter son aîné et à améliorer tout ce qui faisait défaut chez celui-ci, réussissant le tour de force de faire mieux dans chaque cas. A commencer par l'intrigue, que l'on doit au duo Turi Meyer et Al Septien (qui écriront aussi le sympathique Sleepstalker et l'horrible Candyman 3) et qui présente un nouveau lutin plus âgé, adepte de la télékinésie et de l'illusion, et qui ne recherche pas que de l'or.
Et donc l'histoire débute au Moyen Âge dans la ville de Killarney, en Irlande. Durant la St Patrick, celui qui se nomme le "Génie" fête ses milles ans. A son esclave William O'Day, un voleur ayant tenté de s'emparer de son butin et désormais forcé de le servir, il explique qu'il est désormais en droit de réclamer une épouse – une femme choisie par ses soins et qui sera sienne grâce à un sortilège. Si l'homme est d'abord heureux d'apprendre qu'il sera libre aussitôt le farfadet marié, il découvre avec horreur que la malheureuse élue est sa propre fille et se sacrifie pour la sauver.


Brisant le sort, il s'attire les foudres de son maitre qui le tue et maudit sa lignée, promettant d'épouser sa descendante les milles prochaines années. De nos jours, la lignée O'Day s'est diluée avec le temps et a fini par s'établir aux États-Unis, ignorant tout de la situation. C'est la jeune et jolie Bridget qui est désormais ciblée par le monstre, mais celle-ci a déjà un prétendant: Cordy, un orphelin élevé par son oncle arnaqueur et alcoolique. Impuissant face aux pouvoirs du Leprechaun, il est non seulement témoin de l'enlèvement de sa petite amie mais se retrouve aussi suspect n°1 des meurtres commis par la créature.
Devant fuir la police, le jeune homme n'a que jusqu'au levé du jour pour retrouver Bridget, sous peine de ne jamais la revoir. Heureusement le vieux Génie a perdu une pièce d'or dans la lutte: tant qu'elle est en sa possession, Cody ne craint rien de ses pouvoirs magiques. Un avantage hélas terni par le fait que son tuteur semble plus déterminé à mettre la main sur le reste du magot que l'aider à sauver sa copine...


Un récit plus ambitieux que celui pondu par Mark Jones. Plus construit, plus intéressant, plus permissif, et plus adulte aussi – tant dans les gags que la violence et l'aspect sexuel. Warwick Davis s'y donne à fond, bien plus qu'auparavant, et à vrai dire il y trouve bien plus à faire ici que simplement utiliser des accessoires. Plus sadique que jamais, il s'éclate à tuer et mutiler quiconque se dresse sur son chemin, d'autant plus qu'il est libre d'utiliser ses pouvoirs contrairement au film original. Il brûle un visage en manipulant un appareil à vapeur, arrache le doigt d'un chercheur de talent qui le prend pour un comédien afin de récupérer sa bague ("Finger lickin' good !" dit-il en goûtant au morceau amputé) et arrache la dent en or d'un pauvre clochard.
A celui qui tente de séduire sa fiancée, il créé une illusion torride de la jeune femme qui dénude sa poitrine devant lui, l'incitant à y nicher son visage... sauf qu'il s'agit en réalité des pales d'une tondeuse à gazon ! Il écrase un agent de sécurité sur un circuit de karting avec un véhicule customisé façon Death Race 2000 (une référence au premier film) et chante le "Hi Ho" des nains du Blanche Neige de Disney en regardant une victime agoniser.


Pour autant le film n'est pas ouvertement gore et beaucoup de ces sévices se déroulent hors champ ont furent sensiblement coupés au montage. L'idée est avant tout de s'amuser, et le lutin passe son temps à nous divertir même lorsqu'il ne tue pas à tours de bras: il fait fuir un molosse en faisant la grimace, recrache avec dégoût du Whisky canadien qu'il juge inférieur à celui de son pays, va soigner sa gueule de bois dans un Espresso Bar, tente maladroitement de séduire sa compagne effrayée, et bien sûr il parle toujours en rimes – des répliques bien plus élaborée que dans le premier opus et qui méritent d'être mémorisées: "Drink what you want, drink what you're able. If you're drinking with me, you'll be under the table !"
Enfin le personnage est revu et corrigé avec une nouvelle mythologie qui ignore totalement celle mise en place précédemment. Outre le fait que l'or du Leprechaun ne se limite plus à des pièces mais a tout un assortiment d'objets (son chaudron parait bien plus "magique" ou féérique en ce sens), et parvenir à en dérober un élément permet de se protéger des attaques du farfadet. Sa vulnérabilité au trèfle à quatre feuilles est remplacée par le fer forgé, et quiconque parvient à le capturer est en droit d'exiger trois vœux.


Et Leprechaun 2 de poser les bases de Wishmaster avant que celui-ci n'existe, le farfadet pouvant interpréter les souhaits à sa guise pour les retourner contre celui qui les a formuler. Un petit côté Warlock également, justement développé par Trimark Pictures. Et donc, un homme cupide qui exige des richesses gagne le chaudron d'or, lequel apparait... a l'intérieur de lui ! Son estomac se déforme et enfle, forçant la victime à dépenser bêtement ses autres vœux, libérant le Génie de Killarney qui n'a plus qu'à l'éventrer pour récupérer son bien. Sans doute l'une des meilleures idées du film, et sans surprise Leprechaun 3 se concentrera exclusivement autour de ce concept.
Et tout simplement, on sent que le réalisateur aime son monstre. Il le montre d'entrée de jeu, sans perdre de temps, et joue à fond avec les éclairages et les angles de vue pour le mettre en valeur. Il lui offre un costume un poil plus élégant que l'original bien que similaire. Cela tient dans les détails, mais donne véritablement vie à la créature: celle-ci, par son âge, utilise une canne et possède des cheveux longs et une importante calvitie. Gabe Barlatos ne retouche même pas le maquillage original, mais le budget lui permet d'être plus confortable. Le lutin se voit même gratifié d'un second costume, plus tribal et qui épouse ses racines celtiques.


Mais si la vedette est soignée, les autres personnages ne sont pas en reste et ont mieux à faire que tourner en rond autour d'une vieille bicoque. L'idée de mettre en bande d'arnaqueurs professionnels en face du maitre des illusions est ingénieuse et en découlent quelques moments mémorables. Comme lorsque Morty, l'oncle magouilleur, explique à son neveu comment repérer dans le regard d'un gogo ce moment exacte où l'on peut l'entuber (ce qui se traduira par l'utilisation d'une pièce en chocolat pour le gnome), et surtout la fabuleuse scène du concours de boisson avec le farfadet, dans un bar blindé de monde en pleine St Patrick. Il utilise à son avantage une bouteille "spéciale" sans alcool, afin de gagner: rarement un personnage n'aura su tenir tête au Leprechaun avant autant de classe dans toute la série !
Et la séquence se montre assez hallucinante en soit, entre l'aspect festif du conflit (des nains déguisés venu faire une pause chantent le "One of Us" de Freaks en pensant que l'antagoniste fait parti de leur bande !) et le résultat hilarant du lutin bourré qui n'arrive plus à rimer, faisant léviter les objets en zigzaguant.


C'est Bridget qui est un peu délaissée, elle qui est pourtant au cœur de l'intrigue. Une fois capturée, enfermée dans l'antre souterraine du Génie irlandais (un labyrinthe de galeries où l'on peut retrouver, toujours vivant, le squelette de William O'Day), elle n'a plus grand chose à faire en attendant qu'on vienne la délivrer. Son rôle se résume à jouer la Scream Queen apeurée, mais il y a heureusement quelques éléments qui vaillent le coup d'œil comme sa transformation inattendue en femme fatale, séduisant le lutin afin de mieux se la jouer Basic Instinct, et n'hésitant pas à prendre ses salles pattes pour les poser sur sa cuisse nue. Il y a aussi ce collier d'esclave en or doté d'un cadenas en forme de cœur, et l'hallucinant passage où le Leprechaun "embrasse" la jeune femme, lui léchant le visage de sa langue monstrueuse et laissant une trace de salive bien épaisse façon Bukkake.
Le plus intéressant reste ce que le monstre compte faire de la jeune femme. Son rôle n'est pas tant d'être son épouse que la mère de ses rejetons, et il indique clairement vouloir modifier son corps: son ventre, afin que l'utérus puisse abriter tout une portée, et son visage, car les petits lutins n'acceptent apparemment pas d'être allaité si la maman ne leur ressemblent pas. Des changements qu'il compte effectuer non pas avec sa magie, mais avec ses griffes !


Des petites choses comme ça, il y en a à la pelle pour quiconque prend le temps de bien regarder Leprechaun 2. Cody, qui sursaute en croisant la statue décorative d'un Leprechaun dans un bar, cette scène de suspense dans les toilettes qui le montre être surpris par le farfadet – en fait un nain en costume venu se soulager. Il y a le Darkside Tour, une balade en corbillard autour de la face sombre d'Hollywood, où se seraient déroulés crimes et évènements tragiques. Les clins d'œil cachés au premier film comme ce logo anti-trèfle à quatre feuilles peint sur le kart du gnome ou lorsqu'il nettoie brièvement les chaussures de son esclave.
Mentionnant aussi le splendide générique d'ouverture, montrant les siècles défiler à travers un parchemin qui retrace l'évolution de la famille O'Day, de la fermière Irlandaise à la citoyenne Américaine, incluant même l'immigration vers les États-Unis pour raccorder le changement de pays entre l'introduction et le reste du film. Quant à la façon dont le Leprechaun se retrouve à Los Angeles, elle est invraisemblable et implique une ancienne demeure de Harry Houdini, désormais en ruine, où fut planté un arbre offert par les habitants de Killarney en son honneur.


Un gag qui sera perdu pour beaucoup mais pas pour moi: si le Haunted Houdini Tour existe bel et bien à Hollywood, c'est une arnaque – raccord avec le Darkside Tour du film, et le magicien (né à Blois, ma ville natale) s'est en fait installé dans le bled de Saint-Gervais-la-Forêt pour finir ses jours. L'endroit exacte où j'habitais ! Étant donné que j'ai grandi en regardant Leprechaun 2, je peux vous garantir que je me suis plus d'une fois baladé dans le voisinage en imaginant qu'une des nombreuses plantes du coin pourrait abriter le fameux farfadet...
Mais si l'action s'était déroulée là-bas, le film n'aurait pas été visuellement très différent du premier opus (moins les montagnes). Choisir l'exact opposé, un cadre strictement urbain et ultra habité, permet non seulement de différencier les deux films mais aussi de donner une identité visuelle propre à cette séquelle. On sent le budget, les protagonistes bougent constamment d'un lieux à l'autre et la réalisation se calque sur ce dynamisme, proposant des cadrages inventifs même si discrets. Le metteur en scène, Rodman Flender, l'avait déjà fait dans son Unborn (un clone du Monstre est Vivant), film plutôt mou mais sauvé par des moments de créativités bienvenus. Sans surprise, on le retrouvera plus tard sur le très fun La Main Qui Tue, totalement dans le même esprit.


Autre responsable du caractère du film, le compositeur Jonathan Elias, qui reprend le style déjà bien agréable de son prédécesseur mais en le maximisant. L'homme derrière les musiques de Parents, Blue Jean Cop et du premier Children of the Corn livre un score notable, à la fois drôle et décalé, en raccord avec la menace ridicule que représente le Leprechaun, mais teinté juste ce qu'il faut d'une atmosphère plus horrifique, avec des résonances Irlandaises.
L'acteur Sandy Baron vole le show dans le rôle du vieil oncle qui embobine tout le monde à longueur de temps, égalant au moins Warwick Davis dans l'art de se mettre en scène. Mentionnons aussi quelques apparitions comme le génial Clint Howard, ainsi le nain Black Tony Cox et la propre femme de Davis, tous deux déjà à ses côtés dans Willow.
Enfin, la belle Bridget est incarnée par Shevonne Durkin, vu dans d'autres B comme Ghost in the Machine, Tammy & the T-Rex et Magic Kid II, un sous Karate Kid avec Ted Jan Roberts. Une actrice qui n'a certes pas le talent d'une Jennifer Aniston (elle apparait parfois un peu "coincée", peut-être à cause de son rôle de quasi potiche), mais qui se montre bien plus séduisante.


Hélas, trois fois hélas, tandis qu'une scène exige qu'elle dévoile sa poitrine – que l'on imagine très jolie, l'actrice a un recours à une doublure que le cinéaste a inclus au montage de manière très artificielle, comme pour bien nous prévenir. Même le modèle choisi ne semble pas convenir, ses seins paraissant beaucoup trop gros par rapport à ceux que laisse entrevoir l'héroïne ! Dommage.
Dans tous les cas, Leprechaun 2 demeure un film extrêmement appréciable et une suite totalement réussie. Viendra inévitablement un Leprechaun 3, toujours sans Mark Jones qui, s'il co-produit cette séquelle-ci, partira ailleurs pour retenter sa chance. D'abord avec le très nul Rumpelstiltskin, puis ensuite avec l'oubliable Triloquist. La saga du lutin irlandais, quant à elle, ne fait que commencer...

PS. Je m'en voudrais de vous priver de ce magnifique titre alternatif, de provenance nébuleuse: One Wedding and Lots of Funerals, parodie évidente d'un certain film de Hugh Grant. Merveilleux.



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