mardi 20 février 2018

B-Movie Posters, Volume 1 (2017)


Damien Granger
B-Movie Posters, Volume 1
(2017)


Il me semble inutile de revenir sur les origines de cet ouvrage, pour la simple et bonne raison que la plupart des lecteurs les ont vécues à travers les réseau sociaux en ayant son auteur, Damien Granger, dans leur contact. Qui plus est la naissance de B-Movie Posters est retracée dans l'introduction du livre, aussi cela ne sert à rien de synthétiser un texte qui fait déjà très bien le boulot.
Mais pour la forme rappelons que le projet a connu différentes étapes avant d'obtenir sa version définitive. En soit on peut dire que la page Facebook du journaliste en est un prototype, puisqu'il y balançait déjà d’extraordinaires flyers et pré-affiches, accompagnés de quelques informations et anecdotes. Vint ensuite la première mouture sous forme de fichiers PDF, la plupart gratuit mais dont quelques uns furent payant, pour une somme dérisoire. Enfin le projet fut d'abord proposé sur une plateforme de financement, échouant par manque de soutien.
Cela permis à l'écrivain de revoir son idée, de la perfectionner pour la proposer à nouveau via un autre site et atteindre son objectif. Et il me faut avouer qu'entre cette dernière étape et les PDF, je me suis un temps interrogé sur l'utilité d'un tel projet.


Pas de critiques directes envers M. Granger, seulement étant donné l'illustre passée du bonhomme (redac chef de Mad Movies durant une de ses meilleurs périodes), cela me paraissait presque en-dessous de lui. Trop limité, trop simple. Il faut dire que la série B, la vraie, est malheureusement très peu représenté dans notre pays et même les Bisseux et la presse spécialisée préfèrent généralement se rabattre sur une version plus soignée, artistique, intello ou friqué du genre. Plus "cinéma" et plus réussit en gros, et aucun reproche à cela car tout le monde n'a pas nécessairement envie d’encenser des trucs comme Violent Shit II ou Puppet Master 5 à longueur de temps. Et donc, alors que Damien Granger est l'homme de la situation pour créer l'ouvrage de référence en la matière, ou du moins être l'un des pionniers aux côtés de David Didelot et quelques autres courageux publiés via les labels Artus et Rouge Profond (Alain Petit, Sébastien Gayraud, etc.), son concept m'apparaissait comme trop minimaliste pour être véritablement utile.
C'est ainsi que je voyais les choses, en tout cas jusqu'à ce que je commence à lire d'autres livres profitant d'une mode Nanar sans en avoir le véritable amour, ni y connaitre quoique ce soit. Jusqu'à ce que je réalise le retard de la France pour les "livres de genre" par rapport à ce qui sort ailleurs et notamment aux États-Unis. Et jusqu'à ce que j'admette que, quand même, cette imagerie de la série B à l'ancienne déchire vraiment et qu'obtenir un artbook sur le sujet ne ferait de mal à personne.


Enfin, il faut aussi dire que si je suis le genre de personne à vouloir une étude approfondie sur des trucs comme They Call Me Macho Woman ou Drainiac !, voyons la vérité en face: ce n'est le cas de personne d'autre. Même pour ceux qui aiment le cinoche Z, obscur, mal foutu ou de seconde catégorie, très peu lisent sur le sujet ou cherchent à obtenir des informations poussées. C'est de toute façon pour ça qu'existent les magazines, les fanzines et les blogs, non ? Du coup, le côté "catalogue" clair et concis s'avère être plutôt positif: selon la curiosité et les connaissances du lecteur, cela évite de perdre son temps avec des films que l'on aurait déjà vu ou étudié, pour au contraire s'intéresser aux autres et avoir l'avis d'un expert sur le sujet.
Et ainsi, avec ces 200 (petites) pages B-Movie Posters, Vol. 1 apparait comme un ouvrage parfait. Car malgré son titre, il ne s'agit pas que d'une compilation des plus beaux flyers qu'a pu collectionner Damien Granger au cours de sa carrière (même s'il s'agit du "gros" du livre), mais aussi d'un panorama complet du genre qui couvre différentes périodes, des années 80 à nos jours, différents genres (horreur, SF, action, érotique) et différents styles de mise en scène. Du gros Z pataud tourné au caméscope au Mockbuster de la Asylum, du bon vieux B Eighties de vidéo club aux trucs invisibles et difficile à dénicher, des États-Unis à la France en passant par l'Italie et les Philippines, pratiquement rien n'est mis de côté.


On y retrouve avec plaisirs les artisans et les boites les plus célèbres: la Full Moon, PM Entertainement, la Troma, les films de ninjas et autres 2 en 1 de Godfrey Ho et Joseph Lai, David DeCoteau, Nobert Moutier, Roger Corman, Albert Pyun, Bruno Mattei, Fred Olen Ray ou encore Jim Wynorski. Même chose pour les acteurs, où l'on croise aussi bien David Carradine, Sybil Danning et Cameron Mitchell que Ice-T, via leurs filmographies surréalistes. En tout, ce sont 81 "chroniques" qui forment le principal de ce B-Movie Posters, et autant d'images qui explosent à la gueule. Qu'elles soient peintes à la main ou réalisées sur photoshop, elles sont toutes colorées et représentent aussi bien des monstres que des armes géantes, des nanas en bikini ou des séquences gores.
Pour la plupart, elles semblent être reproduite en taille réelle d'après les flyers d'où elles ont été scannées, mais il faut hélas mentionner quelques spécimens aux proportions réduites. Cela ne serait pas un problème si le livre était d'une dimension standard type A4, seulement voilà, le format sélectionné correspond à peu près à celui des affichettes. Du 21.5 x 16.5 – à peine plus large que la taille enveloppe C5 , qui du coup transforme les plus petits posters en véritables timbres-poste difficiles à détailler. Ce n'est pas un grand défaut et cela ne touche qu'une minorité d'images, mais il faut être prévenu.


Il n'y a de toute façon pas trop à se plaindre vu ce que l'on nous offre. Citons par exemple la superbe affiche signée Royo, utilisée pour les besoins du minable Battle Queen 2020, ou le poster magnifique qui sert de couverture au livre et qui aurait parfaitement eu sa place dans les EC Comics (Freakshow, un film à sketch effectivement pas terrible, comme l'explique l'écrivain je lui avait amplement préféré Terrorgram que j'avais vu au même moment). A leurs côtés, citons quelques classiques de grandes renommées (Creepozoids, White Fire, Hard Ticket to Hawai), des vrais morceaux de cinéma (le Metamorphosis de George Eastman), et quelques titres devenus célèbres à force d'apparitions dans les vidéo-clubs ou les Cash Converter (Cyber Tracker, Xtro II). De nombreuses perles méconnues mais bénéficiant d'un regain de popularité via Internet (Mystic in Bali, R.O.T.O.R.) et d'autres qui figurent dans le catalogue d'éditeurs bien connus des Bisseux français (Evil Clutch et Psychos in Love chez Uncut Movies).
Bref il y en a pour tous les goûts puisque s'y croisent aussi bien de la bonne vieille Fantasy surfant sur le succès de Conan le Barbare (la sexy Barbarian Queen, Iron Warrior, un faux-vrai Ator 3), du film de monstres géants moderne (Mega Python vs. Gatoroid), du Fred Olen ray d'alors (Phantom Empire) et du Wynorski de maintenant (Cry of the Winged Serpent, que je viens justement de chroniquer pour le futur Black Lagoon Fanzine #2). Ainsi que Surf Nazis Must Die et Black Roses, deux de mes B préférés de tous les temps.


Tout ceci est superbement mis en valeur par la maquette de Matthieu Nédey, autre personne de référence tenant le fanzine Cathodic Overdose, qui claque aussi beaucoup visuellement, et qui aime les gimmicks de catch barrées et le Metal bien violent. Quelqu'un de bien, en gros. L'expression anglophone "eye candy" (bonbon pour les yeux) me semble tout à fait appropriée pour décrire le contenu de ce livre, et quand je parlais d'artbook un peu plus haut, ce n'était pas des paroles en l'air.
Mais si une image vaut milles mots, il faut quand même compter sur des textes descriptifs à propos de chacun de ces films. Pas des critiques, ni même des résumés, plutôt de petits paragraphes à caractère informatifs qui cherchent surtout à attirer l'attention sur l'œuvre,  à intriguer ou intéresser. Cela peut être une anecdote à propos du tournage, de la vie de son auteur, ou des éléments valant le coup d'œil pour celui qui voudrait visionner tel ou tel film.
Honnête, l'auteur ne cherche pas à glamouriser la série B, ni à nous faire croire que tous ses représentant sont bons et divertissants. Ses commentaires critiquent aussi bien qu'ils applaudissent et le novice pourra s'y référer afin de se faire une liste. Même l'amateur éclairé y trouvera son compte puisque beaucoup des titres présentés sont méconnus, difficilement trouvables ou ont simplement disparus dans les limbes de la vidéo en attendant une réédition sur un support ou un autre.


Si je peux moi-même me vanter d'en connaitre une grosse partie, il y en a une multitude que je n'ai jamais vu. A ce titre il faut féliciter l'auteur pour évoquer quelques raretés comme Death to the Pee Wee Squad (une pépite que l'on doit à Neal Adams, un grand nom de l'industrie comics dont les dessins sont magnifiques et atmosphériques, mais qui se trouve aussi être un fou capable de pondre des histoires incompréhensibles – lire Batman: Odyssey pour s'en convaincre) et ce Housesitter: The Night They Saved Siegfried's Brain, qui pourrait ne jamais avoir vraiment vu le jour et que le journaliste lui-même n'a découvert que sous une forme très particulière. Bonne idée de faire le point sur la fameuse collection Génération Mutants et ainsi de différencier la sélection de base des fameux rajouts dont bénéficia la sortie française. Les précisions sur le fait que le coupable de Dr. Hackenstein est devenu scénariste pour la série Totally Spies explique aussi beaucoup de chose sur l'abondance de fétiches au sein de ce dessin animé ! A cela se rajoute la rubrique "Art of...", qui se focalise exclusivement sur un réalisateur (Tim Kincaid), un film (Shocking "Terminator 2" Dark), un genre (la Sharksploitation) ou une compagnie (AIP) en particulier.


Il serait totalement injuste et stupide d'émettre la moindre critique envers ce livre, tant la connaissance pointue de Damien Granger sur le sujet vous mettra la honte, quel que soit votre "niveau" de Bissophilie. Et c'est justement pourquoi je vais m'empresser de le corriger sur l'unique petit truc qu'il a de faux, lorsqu'il compare le robot géant de Mega Shark vs. Kolossus à celui du Géant de Fer alors qu'il s'agit clairement d'une repompe du manga et anime Attack on Titan – au Japon le film fut justement retitré Mega Shark vs. Great Titan comme pour marquer le coup ! M'enfin, Damien !
Mais je déconne bien sûr, et il n'y a donc rien à redire sur le travail abattu. En fait j'ai même tendance à dire que c'est l'inverse: le savoir du journaliste est tel qu'il suscite quelques frustrations tant il passe parfois trop vite sur certaines choses. Comme lorsqu'il élude le fait que les deux histoires qui composent l'anthologie The Willies ont littéralement été volées à d'autres travaux (dont une nouvelle de Stephen King) ou quand il expédie Skeleton Man au détour d'une petite phrase sur Génération Mutants, alors qu'il y a beaucoup à dire sur ce film à l'origine inachevé, et dont le réalisateur aurait foutu le camp devant la tournure qu'auraient prit les choses, puis colmaté à l'arrache pour sa sortie.


Mais peu importe. Avec plus de 15.000 flyers dans sa collection, l'auteur a de quoi continuer son exploration du genre et approfondir encore plus dans les prochaines publications. Un Volume 2 est d'ailleurs déjà annoncée, pour une sortie en cette fin d'année ! Espérons du Frank Stallone, du Robert Z'Dar et du Rowdy Roddy Piper pour l'occasion. En attendant vous pouvez toujours rejoindre la page de B-Movie Poster sur Facebook, à partir de laquelle vous pouvez acheter ce premier tome. Apparemment il y a même possibilité de se le faire dédicacer mais il faudra surement le préciser, sinon vous vous sentirez très con (comme moi).
Concluons en mentionnant la section "remerciements" à la fin du livre, où l'on peut retrouver trois tonnes de noms familiers parmi lesquels ceux de mes collègues de blogs et de fanzines: ce sont bien sûr David Didelot (Vidéotopsie) et Didier Lefèvre (Médusa Fanzine), mes patrons Rigs Mordo (Toxic Crypt) et Jérôme Ballay (Ze Curious Goods), mais aussi Laurent Faiella (Le Fanzinophile) et Chris Labarre (Le Steadyblog et le zine qui va avec).

Ouais bon... j'ai encore raté ma vie quoi...

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lundi 19 février 2018

Frank Castle: The Punisher #71-74 – Welcome to the Bayou (2009)


Frank Castle: The Punisher #71-74
Welcome to the Bayou
(2009)


Lorsque Garth Ennis présente la version définitive du Punisher en 2004, la revue s'intitule simplement The Punisher et se trouve encore liée à l'univers officiel Marvel (dit 616). Bien vite il apparait que ce nouveau Frank Castle ne peut plus vraiment co-exister avec les super-héros, et le personnage est déporté vers un label secondaire du nom de MAX. Une sorte d'équivalent de Vertigo chez DC Comics, qui permet aux auteurs de pondre des histoires plus sombres que d'ordinaire ou portant sur des thèmes plus sensibles. Et graphiquement plus osées puisque s'adressant à un public "mature". Cette version remaniée se présente comme un véritable monstre s'attaquant à des criminels résolument humains. Point d'extraterrestres, de cyborgs ou de mutants, mais tout un tas de mercenaires, d'esclavagistes, de fascistes et surtout de psychopathes complètement pétés du bulbe commettant les pires atrocités possibles.
Le surnom de "Punisher Max", donné à la série par les lecteurs, est pour ainsi dire parfait pour décrire ces nouvelles aventures du vigilante qui n'ont jamais parues aussi extrêmes, même durant les années 90. A tel point qu'après avoir changé de nom une première fois, passant de The Punisher à Frank Castle: The Punisher, la publication sera définitivement renommée Punisher MAX fin 2009.


Soit presque immédiatement après ce Welcome to the Bayou, qui troque le cadre urbain habituel pour les marais de la Louisiane. Je recommande d'ailleurs la bande originale de Sans Retour pour coller à l'atmosphère de cette histoire, qui n'est globalement rien d'autre que le Punisher vs. Massacre à la Tronçonneuse ! Le scénariste, Victor Gischler (Deadpool Corps, Punisher MAX: Little Black Book), livre basiquement un bon vieux film de Hicksploitation où une bande d'adolescents cons comme leurs pieds sont décimés par une famille de maniaques cannibales, mais en y rajoutant l'homme au T-shirt à tête de mort. Cela rend le présent comic-book immédiatement supérieur les 3/4 des Survivals et slashers modernes où la règle d'or semble désormais être de faire survivre les ordures sadiques plutôt que les victimes terrorisées.
Et cette fois ce n'est pas parce que la menace à la force du nombre, ou de la brutalité, qu'ils s'en sortiront sans mal face à quelqu'un de la trempe du Punisher – lequel est d'ailleurs taillé comme un culturiste, ce qui lui donne des airs de Jason Voorhees. Le résultat est un bain de sang très satisfaisant où des idiots insupportables sorti d'un film d'Eli Roth se font massacrer par des rednecks difformes et pervers, tandis que ces derniers tombent comme des mouches lorsque leur chemin croise celui de l'anti-héros.


Le point de départ évoque presque une blague, par sa simplicité. Ainsi nous sommes en pleine période de Spring Break. Avec un petit truand enfermé dans son coffre, Castle fait le trajet de Houston à la Nouvelle Orléans afin de l'échanger contre des informations importantes et préfère s'engager sur les petites routes pour éviter les problèmes. Dans un coin paumé des marais de la Louisiane, il est rattrapé par une voiture roulant à tombeau ouvert: des jeunes, en route pour une fête. Tous font un arrêt à une petite station service perdue au milieu de nulle part, et Frank est le premier à repartir. Non sans se faire la remarque que l'endroit est louche et que le tenancier semble clairement perturbé.
Parce qu'il respecte la limite de vitesse, il réalise bien vite que le groupe d'étudiants aurait dû le rattraper depuis un moment. Prit d'un doute, il s'arrête, attend, puis décide de rebrousser le chemin pour savoir ce qui leur est arrivé. Évidemment le relais est désormais désert, et son exploration le mène vers une petite maison isolée où l'accueille une bimbo ouvertement sexualisée. Une tarée qui le drague et l'éloigne l'air de rien de la zone, ce qui ne fait que lui mettre la puce à l'oreille. Le Punisher décide donc de prendre les armes et explorer les parages histoire de comprendre ce qui s'est passé entre les ploucs du Bayou et les  vacanciers qui ont disparu...



En gros l'intrigue part juste du principe que le personnage se tient "au bon endroit, au bon moment" et ne cherche pas à faire plus compliqué que cela. Honnêtement le carnage aurait pu être très court, une bande de dégénérés vivant dans le trou du cul du monde n'étant évidemment pas de taille contre le soldat expérimenté, et c'est là que le scénariste limite autant que possible le personnage. D'une part celui-ci n'avait pas prévu la situation et ne possède rien d'autre qu'un petit pistolet sur sa personne. Ensuite il n'a pas le temps de planifier quoique ce soit, car son prisonnier menace de se réveiller et il ne dispose que de très peu de temps pour l'amener à bon port. Enfin, ses adversaires sont nombreux. très nombreux. Et possèdent quelques gros bras dans leurs rangs.
La famille Geauteaux ne se limite pas à un groupuscule de quelques membres, comme c'est le cas au cinéma, et cumule nombre de frères, neveux et cousins, qui servent de chair à canon pour notre plus grand plaisir. Beaucoup croulent sous les balles et les coups du Punisher, mais ça ne les empêchent pas de former une masse dangereuse qui le neutralisera.


Il faut aussi compter sur quelques piliers comme Big Daddy, le patriarche, plus intelligent que la moyenne. Sa fille, une sadique totalement folle, et surtout son fils Earl, un véritable géant si costaud qu'il met le vigilante au tapis sans effort et s'éclate même à faire du catch avec des alligators ! Mentionnons également Roy, un gringalet obsédé sexuel, General Lee, un reptile de compagnie gigantesque et probablement inspiré de la bête du Crocodile de la Mort (de Tobe Hopper, réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse bien sûr). Enfin, et pour rejoindre le côté vraiment Bis de la Hicksploitation et des slashers campagnards, il y a Junior. Un colosse encore plus impressionnant que Earl, vivant à l'écart et cachant sa difformité à l'aide d'un sac à patate sur la tête.
Une belle brochette de tarées qui auront le temps de s'amuser un peu avant que le vent tourne, quand Frank Castle leur échappe. Ils profitent en effet de leurs nouvelles proies pour organiser un gigantesque barbecue, où viols et exécutions sont au programme. Un jeune homme est suspendu par les pieds au-dessus de l'eau, jusqu'à ce que le General le coupe en deux d'un coup de mâchoire. Un autre est littéralement empalé sur un tourne-broche, grillé au feu doux et consommé par la famille ! Les deux adolescentes sont gardées dans des cages, en sous-vêtements, pour être violées, et l'une d'elle est d'ailleurs emportée pour ne jamais être revue...


Contre toute attente, c'est l'otage de Castle qui lui sauvera la mise, le libérant après avoir été témoin de ces horreurs. Le gangster, bien qu'habitué à la violence, n'arrive pas à encaisser et va faire équipe avec son kidnappeur pour se débarrasser des cannibales. Le duo se fait prendre en chasse à travers le marécage, mais c'est comme un retour au Vietnam pour le Punisher qui devient alors un MacGyver du meurtre. Il plante des hachoirs dans des crânes, transperces des corps avec des tiges en métal, brises des cous, égorges, etc... Un vrai festival, d'autant plus jouissif que d'ordinaire ce sont les autres qui infligent ce genre de choses à leurs victimes. Peu habitué à se faire résister, ils paraissent subitement aussi vulnérable que les routards qu'ils assassinent à tour de bras.
En fait cette facilité déconcertante avec laquelle l'anti-héros se débarrasse d'eux est presque un problème, tant le scénariste efface les menaces qu'il met en place au cours de son histoire, rendant beaucoup de confrontations assez décevantes. Pourquoi introduire le General comme un alligator plus gros que la normal pour finalement le tuer si vite par un Earl qui s'ennuie ? Sans doute pour rendre celui-ci plus impressionnant avec sa force quasi surhumaine. Mais quel intérêt s'il est lui-même expédié comme un simple figurant aussitôt Castle libre ?


Peut-être pour présenter Junior comme le véritable Russe / Barracuda de service, un monstre de film d'horreur qui semble effectivement invulnérable. Pourtant c'est moins sa puissance qui le rend remarquable que son côté "grand enfant", comme lorsqu'il pénètre dans sa cabane incendiée pour sauver son petit lapin en peluche. Bref, c'est comme s'il manquait un numéro, quelques plages supplémentaires, pour donner un peu plus d'ampleurs aux duels entre le Punisher et les soit-disant gros bras des Geautreaux, qui apparaissent finalement très secondaires.
D'un autre côté il faut admettre qu'il est amusant de voir ce clan de psychopathes être terrassé si facilement, ne serait-ce que pour prendre le contre-pied de ce qui se fait dans les films actuellement. De plus le scénariste nous gratifie de quelques bons moments en-dehors du massacre général, comme l'idée que Junior garde sa peluche dans la poche ventrale de sa salopette, le fait que Castle lui-même ne peut pas totalement haïr ce géant malheureux, plus pathétique qu'autre chose, mais tout en le craignant puisqu'il est capable de se mouvoir même après avoir été fatalement blessé. Il y a le sort de ce gangster épuisé, qui a connu des actes terriblement violent du fait d'avoir vécu dans le ghetto mais qui se retrouve ici complètement dépassé, et aussi ce regard silencieux que le Punisher donne à l'ultime survivante qu'il sauve à la fin de l'histoire – sans dire que celle-ci devient aussi folle qu'une Sally Hardesty, elle lâche une ligne de dialogue qui interroge sur sa santé mentale.


Délivrance est forcément cité (deux fois !) par un protagoniste, et si le look de Junior n'est pas sans évoquer celui de Jason dans le deuxième Vendredi 13, cela pourrait aussi bien être une référence au Chainsaw Man de Resident Evil 4 (lui-même un amalgame de Jason pré-masque de hockey et de Leatherface), ce qui me semble être confirmé par le siège de la cabane où s'est retranché Castle par les Geaudreaux, assez similaire à une scène mémorable au tout début du jeu de Capcom...
Pour anecdote, alors que le personnage de Roy est tué relativement tôt dans le comic-book, on peut retrouver plusieurs "clones" de celui-ci à travers toute l'histoire. Difficile de dire s'il s'agit d'une erreur du dessinateur ou d'un choix volontaire (frère jumeau ou ressemblance familiale lié à l'inceste), mais c'est assez perturbant lorsque l'on s'en rend compte. Aucun reproche à l'artiste, Goran Parlov, dessinateur récurrent sur la série qui sait sûrement très bien ce qu'il fait, et puisque l'on retrouve le nom de ce tocard d'Alex Alonso dans l'équipe rédactionnel je préfère lui imputer la responsabilité de tous les (petits) problèmes que l'on peut avoir avec cette BD. Ça lui fera les pieds.


S'il est évident que les fans du Punisher peuvent se jeter sur Welcome to the Bayou sans la moindre hésitation, cette story-arc conviendra tout aussi bien aux fans de Hicksploitation et autres clones de Massacre à la Tronçonneuse. Et pour être franc, ces quelques pages m'ont parues bien plus divertissantes que l'intégralité de Leatherface 2017, dernier opus officiel de la saga par laquelle tout a commencé...



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mercredi 7 février 2018

Spider-Man 2099 #31 – Route 666 (1995)


Spider-Man 2099 #31
Road 666
(1995)

"– Why's this road so choppy ?!
– Because it's paved with good intentions.
"


Route 666 avait fait son petit effet chez moi, alors que je n'avais que douze ou treize ans. A la revoyure, il n'y a aucune raison pour que cet épisode ne soit remarqué pour quelques raisons que ce soit. Il ne s'agit que d'un filler, une sorte de mini-conclusion à la storyline des numéros précédents (#28 à 30, que je n'avais pas lu) et un moyen d'apporter un peu de finalité aux évènements tragiques qui en découlent, pour mieux relancer le héros dans de nouvelles aventures après ça. Mais il faut quand même dire qu'il s'agissait de ma toute première exposition à l'univers 2099 de Marvel, qui était plutôt impressionnant pour un jeune lecteur ayant découvert les comics à peine quelques années auparavant avec les classiques des années 70-80.
J'ignorais alors tout de cette révolution Extrême des années 90, et retrouver des personnages familiers dans des contextes plus brutaux, plus edgy, me paraissait bizarre. Provocant presque. Toutefois ce label particulier avait pour lui d'expliquer ce changement de ton en présentant le futur de l'univers Marvel, celui qui aurait lieu – vous l'aurez compris – d'ici l'an 2099. Un univers Cyberpunk dépressif, glauque et peu héroïque où il ne fait pas bon vivre, très proche de celui dépeint dans Gunnm. Il faut vraiment comprendre que, pour un enfant découvrant à peine ce média, il y avait quelque chose d'inquiétant, de hantant, que de savoir que le monde des gentils justiciers finirait dans un tel état après leur mort.


Car à l'époque, Marvel 2099 n'était pas encore présenté comme un monde parallèle ou une timeline divergeante, mais bien comme l'avenir direct des personnages que l'on suivait depuis toujours. Un Doctor Doom encore plus brutal que le précédent fini par régner sur les États-Unis, mon introduction à Ghost Rider le montre en morceau, se recomposant difficilement tout au fil de l'épisode, tandis que l'amusant et héroïque Spider-Man laisse place à un héritier sombre et violent. Non pas que cela soit particulièrement le cas, le personnage restant plutôt fidèle à son illustre modèle, mais Route 666 se déroule après une histoire l'ayant énormément secoué: il découvre que son véritable père est l'un de ses pires ennemis, il ne parvient pas à sauver sa tutrice Angela, qui veillait sur lui depuis son enfance (pensez Tante May, mais en plus jeune et plus bonasse) et enfin il semble avoir rompu avec sa petite amie.
Lorsque ce numéro commence, Miguel O'Hara n'est pas en costume et ne se balade pas à travers une ville façon Blade Runner, se prenant au contraire pour Bill Bixby dans la série L'Incroyable Hulk (qui m'était en mémoire alors grâce aux rediffusions me permettant de la découvrir). Il erre dans le désert, fait de l'auto-stop, et lorsqu'une jolie donzelle s'arrête, c'est pour mieux lui bruler les yeux à la bombe lacrymogène et lui voler ses affaires !


Spider-Man, en état de choc, se retrouve prostré sur le bord de la route. La présentation n'est pas glamour mais reste dans la continuité de ses dernières mésaventures. Car tout l'intérêt de Route 666 tient justement dans la connaissances de ces évènements, et sert à redonner un coup de fouet au personnage qui est dans la tourmente. Une façon de le sortir de sa culpabilité et lui rappeler qu'il a "de grandes responsabilités", comme dirait l'autre.
Heureusement pour les retardataires, le scénariste a préféré créer une petite intrigue quasiment indépendante plutôt que de taper dans de lourdes références aux précédentes publications. La mort d'Angela est évoqué en une phrase, le reste est tout simplement ignoré. Cela permet à quiconque ouvre ce #31 de ne pas avoir l'impression de lire le dernier chapitre d'une story-arc en ayant tout manqué, mais plutôt de suivre le héros durant un étrange moment de sa vie. Et étrange, le scénario l'est volontairement puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de "Spider-Man 2099 entre dans La Quatrième Dimension". L'influence des contes de Rod Serling se fait même tellement sentir que le résultat parait prévisible, convenu, et se décode bien vite. Heureusement, puisque nous sommes dans un univers Cyberpunk crade et violent, c'est aussi l'occasion de rendre hommage à Mad Max 2 !


En faite toute l'aventure n'est qu'une reprise de l'assaut du camion du Road Warrior, mais avec un véhicule évoquant le super-transport de Damnation Alley et, à la place des chiens fous d'Humungus, des motards mutants hommes-chauves-souris. Ouais. Vous comprenez sans doute pourquoi j'aime Route 666 et pourquoi j'en parle ici.
L'intrigue commence alors qu'un titanesque camion de transport s'arrête près du corps prostré de Miguel. Pour la plus grande surprise de celui-ci, le conducteur est Dash, un chauffeur qu'il avait déjà croisé lorsqu'il était enfant et avait tenté de fuguer. Une rencontre d'une seule fois et sans aucun rapport avec le milieu des cyborgs, aliens et autres super-êtres auquel Spider-Man est confronté. Difficile de croire qu'ils puissent ainsi se revoir, par pur hasard, mais le garçon grimpe sans trop se poser de question. Du moins jusqu'à ce qu'il entende des voix provenir de la cargaison du camion et que le conducteur l'incite à jeter un œil. Il découvre alors des passagers en grand nombre, comme dans un avion de ligne, et parmi les hôtesses... Angela !
Quand Dash précise que ces gens ne sont pas exactement des "personnes", et que sa destination est une ville qui se trouve "ici et nulle part", on comprend bien vite que tout ceci n'est qu'un rêve où quelques démons tentent de récupérer des âmes en route pour le Paradis.


Le sympathique routard est bien entendu l'Ange Gardien de notre héros, présent dès qu'il faut pour le remettre sur le bon chemin lorsqu'il s’égare – il l'incite même à porter son costume pour lui donner un coup de main lorsque débarque le groupe de motards infernales venu dévorer les passagers. Et de l'autre côté, ces créatures sont menées par un chef de meute bien plus gros et terrifiant que ses semblables, symbolisant le géniteur de Miguel et sa probable peur de se confronter à lui. La lutte qui s'ensuit est alors plus psychologique qu'autre chose, et l'homme-araignée se retrouve avec l'opportunité de rattraper son erreur et de sauver Angela une nouvelle fois. Et celle-ci lui pardonnera son échec en lui demandant de ne pas se sentir coupable. De cette manière le script rétablit le statu quo, la copine de Miguel allant jusqu'à le retrouver dans le désert plutôt que de l'abandonner, permettant au personnage de demeurer le même pour les aventures à venir.
Un tel script n'est ni original ni particulièrement intelligent, et se contente de refaire ce qui existe déjà ailleurs, mais il a l'avantage de pouvoir être tout autant apprécié par les suiveurs réguliers de Spider-Man 2099 que les nouveaux venus, qui seront certes un peu perdu mais capable de comprendre les enjeux et le but général d'une telle histoire. Qui plus est, ce n'est pas parce que Route 666 fait dans le drame et le sentiment à travers le cliché éculé du "tout cela n'était qu'un rêve (ou pas ?)" qu'il est ennuyeux. Bien au contraire, la bataille à la Mad Max se montre plutôt violente et très dynamique.


Spider-Man est bien plus vicieux dans le Wasteland que dans le centre-ville, et il utilise ses dons sans se retenir. Sa toile lui permet de déséquilibrer les motos qui se crashent et explosent, ou à se retenir au transport de Dash lorsqu'on le jette sur la route. Les Bats n'hésitent pas à rouler sur les cadavres de leurs frères pour rester dans la course et une pauvre victime fait même office de tremplin pour l'un de ses compagnons ! Et quand Miguel ne crèvent pas des yeux avec ses griffes, il s'amuse légitimement de la mort d'un de ses adversaires, lorsqu'ils se retrouvent sur le toit du véhicule alors qu'un pont arrive sur eux à grande vitesse. Je suis sûr qu'un psychanalyste aura également quelque chose à dire sur la scène castratrice où Miguel arrache le tentacule épineux de son "père", qui venait de s'enrouler autour de la jambe d'Angela...
Pour un court numéro, le résultat est très satisfaisant et surpasse même quelques combats plus "cartoonesques" qui existent dans la série. On peut dire exactement la même chose à propos des graphismes de Roger Robinson (Batman: No Man's Land), secondé par Jimmy Palmiotti (co-créateur de Painkiller Jane) sur l'encrage: effectif et plus réussi que dans d'autres épisodes, même si loin d'être spectaculaire. Leurs Bats en jettent quand même pas mal et leur leader tout particulièrement.


Peut-être à signaler quand même, ce léger soucis éditorial qui est l'absence d'une introduction pour Dash. Avec 30 numéros au compteur, Spider-Man 2099 présente de nombreux personnages et voir le monte-en-l'air reconnaitre le chauffeur comme quelqu'un de son passé laissa beaucoup de monde perplexe. Il n'y a pas de présentation, ni de flash-back ou de dialogues permettant de vraiment comprendre les liens qui unissent ces protagonistes. Un peu étrange vu le rôle d'Ange Gardien du transporteur. Et pour cause: il existe bien une petite histoire montrant leur première rencontre, seulement elle fut publiée... le mois suivant ! Une erreur sans doute, car la revue offre un aperçu dans l'enfance du héros depuis au moins son #18. Une manière d'approfondir l'univers, d'explorer les relations entre les uns et les autres et d’introduire divers éléments à l'avance pour les storylines.
Intitulée Hitting the Road et scénarisée par le même auteur, Peter David (qui a adapté La Tour Sombre de Stephen King en comics), elle montre comment Dash, chauffeur de taxi, récupère le gamin en fuite au cours d'une nuit. Un type sympa qui l'écoute, le comprends et fini par le convaincre de rentrer chez lui pour se confronter à ses problèmes, semant alors en lui les graines du courage et de la Justice qui en feront un héros. Si Angela était la Tante May de Miguel, alors Dash, malgré ses deux minuscules apparitions, pourrait être son Oncle Ben.

Et si Route 666 peut se lire tel quel malgré son rattachement à l'intrigue précédente, il est quand même fortement conseillé de se procurer Spider-Man 2099 #32 pour lire ce complément quand même très important. Toujours ce même vieux truc pour vous forcer à acheter toujours plus de BD !


mardi 6 février 2018

The Rift (1989)


The Rift
(1989)

"And here we have nothing but darkness... and goosebumps."


Voilà un film dont les origines sont au moins aussi obscures que les abysses sous-marines auxquelles il fait référence. Sorti à l'international en 1989 sous le titre de The Rift, il n'est exploité qu'un an plus tard aux USA sous le celui de Endless Descent, ce qui est peut-être lié à son producteur principal, Dino De Laurentiis, qui décida de financer la chose anonymement. Pas de bol pour lui, le nom de sa fille se trouve au générique et cela facilite les recherches. Cette série B aquatique surfe sur la même vague que Deep Star Six, Lords of the Deep, The Evil Below et surtout le très cool Leviathan,  justement produit par le même homme – autant de petits poissons cherchant à profiter du succès du raz-de-marée Abyss de James Cameron.
Ici pourtant le projet n'a pas commencé sous l'eau, et un premier script pondu par Colin Wilson, scénariste de Lifeforce, établit l'intrigue dans l'espace. Ce n'est pas tant qu'une énième copie d'Alien dérange le producteur, mais il veut vraiment continuer sur la mode Coquillages et Crustacés avant qu'elle ne disparaisse. Il demande alors à David Coleman, un inconnu, de réécrire le scénario. Celui-ci s'exécute et livre une version finale qu'il doit alors traduire à la fois en Italien, pour le producteur, et en Espagnol, pour le réalisateur qui ne parle pas du tout la langue de Shakespeare. Et celui-ci n'est autre que le Juan Piquer Simón, le visionnaire derrière Supersonic Man et Le Sadique à la Tronçonneuse !


Le choix pourra paraître étrange, et même si Dino De Laurentiis est lui-même coupable de nanars de très haute volée (citons Red Sonja et le King Kong de 1976, qui furent la risée de tous), il demeure un grand ponte du milieu Hollywoodien. A des années-lumières du petit Bisseux dont les films ne sortent qu'en catimini dans les vidéos-clubs. Comment une telle association est-elle possible ? C'est tout simplement grâce à sa fille Francesca, qui s'est essayée à la production l'an précédent avec un tout petit film de limaces mutantes: le célèbre Slugs.
C'est par son intermédiaire que tout se fait et elle reprend son rôle de productrice avec The Rift, comme pour protéger son papa en cas d'échec au box office. Un titre honorifique certainement. Tout comme celui de "Mark Klein", nom qui apparait à côté de Simón sous le crédit "Story by" et qui désigne une personne qui n'existe tout simplement pas. Peut-être un pseudonyme pour De Laurentiis, ou bien Colin Wilson, allez savoir. Le générique va même jusqu'à présenter une "dialogue coach" à leurs côtés, ce que je crois n'avoir jamais vu auparavant.
Il très commun pour un film de petite ampleur d'avoir une histoire de production chaotique et difficile à retracer car pleine d'improvisations, de décisions de dernière minute et de coups du hasard, mais on associe rarement ces choses là avec un grand nom du cinéma comme De Laurentiis. D'un autre côté il s'agit aussi du gars qui a validé la construction d'un robot King Kong taille réelle pour son remake, alors ce n'est peut-être pas si étonnant...


On penserait que la non maitrise de la langue anglaise serait un handicap au sein d'un tournage américain, mais le metteur en scène est débrouillard et s'est entouré de quelques collaborateurs hispaniques pour gagner du temps: la quasi totalité des techniciens, pas mal de monde dans le management, et même quelques complices réguliers comme son directeur de la photographie. The Rift est en fait une co-production américano-espagnole et le résultat – s'il ne change pas fondamentalement des habituelles copies d'Alien ou de The Thing – peut se targuer d'avoir une touche "Européenne" qui le rend un peu plus exotique, moins routinier que ses congénères. En fait quiconque verrait des images du film hors contexte jurerait qu'il s'agit là d'un Bis italien ! Plus d'une fois les visuels renvoient à quelques classiques du genre comme Contamination ou Alien From the Deep, entre les combinaisons blanches anti-virus à la Zombi 3, les monstres qui pourraient provenir d'un Lamberto Bava et la multiplication de mauvais accents qui rappel les doublages douteux de cette époque bénie.
Même chose pour les dialogues qui sonnent très faux, très artificiels, comme pour bien rappeler que nous sommes dans un univers factice (d'où la nécessité du coach ?). Un peu comme si nous avions affaire à un jeu vidéo. Et justement cela tombe bien puisque, en essence, l'intrigue n'est rien d'autre qu'un prototype de... Resident Evil ! Remplacez le cadre terrestre par une grotte sous-marine et vous avez là pratiquement une copie carbone du tout premier volet de la saga de Capcom.


L'histoire tourne autour de la disparition mystérieuse de l'USS Siren-1, un sous-marin révolutionnaire développé par Wick Hayes pour explorer les profondeurs de l'océan jusqu'ici jamais atteinte. Hélas pour l'inventeur, son projet fut détourné par la compagnie financière à des fins militaires. Dégoûté, il démissionne, et divorce même, puisque sa femme préfère continuer à travailler avec la firme malgré cette trahison. Ironiquement, Wick n'est plus qu'une épave qui noie sa colère dans l'alcool et le tabac, jusqu'au jour où son ancien employeur fait appel à lui pour signaler la perte du sous-marin: un supposé accident dans une zone abyssale, la coupure radio empêchant de savoir exactement ce qui s'est passé.
On lui demande alors de prendre part à la mission de sauvetage à bord de Siren-2, afin de secourir les éventuels survivants, mais Wick refuse. La compagnie le manipule alors et le présente comme coupable de la situation puisque c'est lui qui a développé le sous-marin à l'origine. Contraint de participer à l'aventure, il prend place dans le deuxième submersible où l'équipage le croit effectivement en faute. Pour rajouter aux tensions, il y retrouve également son ex-femme qui est en froid avec lui et un Capitaine de la Navy ayant très peu d'égard pour lui...


Jusqu'ici voilà un parfait clone d'Abyss et ce n'est sans doute pas un hasard si les 45 premières minutes du film sont un peu ennuyeuses, montrant essentiellement les personnages bavarder dans les trois pièces servant de décors au navire et quelques plans flous de celui-ci flottant dans un bassin. Toutefois les choses changent lorsque le groupe s'engage dans la fosse océanique où repose Siren-1, découvrant d'étranges algues qui ne devraient pas se trouver là. Un plongeur par en éclaireur afin de rapporter un spécimen, mais il est immédiatement broyé, ou déchiqueté, par les plantes qui s'animent alors (merci au stock-shot du tentacule de pieuvre pour simuler l'attaque).
Non seulement ça, mais tandis que l'échantillon rapporté en laboratoire commence lui-même à dégénérer, tuant les poissons de son bocal à coup de toxines mortelles et grandissant démesurément au point d'envahir toute la pièce, Siren-2 est attaquée par une étrange créature gigantesque, sorte d'amibe mutante aussi grosse que le sous-marin !
Dans ce qui doit être un hommage à 20.000 Lieues Sous les Mers, l'équipage se débarrasse du monstre par des chocs électriques. Et après quelques péripéties de navigation montrant le submersible devoir se poser sur une corniche minuscule ou naviguer dans un tunnel en éruption, The Rift abandonne enfin Abyss pour retrouver le schéma traditionnel d'Alien.


Et c'est d'ailleurs là qu'il devient pleinement divertissant, enchainant les séquences folles et rythmées les unes à la suite des autres, sans temps mort. Ainsi l'équipe détecte un appel de détresse lancé depuis un campement de fortune, établit dans une grotte sous-marine dotée d'une poche d'air. L'endroit est cependant saturé de gaz toxique et surtout de mutants venimeux et carnivores. Car il se trouve que Siren-1 n'a jamais eu l'accident et que toute la zone est un vaste laboratoire visant à créer des armes biologiques, à la manière d'Umbrella dans les Resident Evil. Comme dans les jeux, un accident de laboratoire a provoqué une contamination totale de la zone, tuant les chercheurs et laissant leurs créatures libres de pulluler et de se reproduire.
La mission de secours devient une lutte pour la survie, beaucoup succombant sous les attaques des différents monstres tels les S.T.A.R.S. dans le jeu original: de gros insectes aux yeux à facettes sortent des parois de la cave pour mordre les explorateurs, provoquant un effet similaire aux cocons de Contamination, un petit serpent de mer poursuit un radeau en poussant des cris de perroquet ; on y croise des mutants aussi variés qu'un tentacule géant à tête de sangsue, un adorable poisson sur pattes gros comme un chien et des bébés Gill-Men enfermés dans des œufs de poisson, dont l'un va éclore. L'algue se développant dans le submersible rappelle un peu Plant 42 et transforme tout ce qu'elle touche en végétation visqueuse, y compris l'équipage...


Et puis bien sûr il y a l'équivalent de la Reine d'Aliens, ici une sorte d'étoile de mer géante collée au plafond de la grotte et veillant sur l'incubateur artificiel ayant servi à créer les hybrides hommes-poissons. La chose possède une bouche-tentacules qu'elle envoie promener pour gober un des sauveteurs à la manière du Sarlaac du Retour du Jedi. De mémoire, Juan Piquer Simón voulait déjà une mère pondeuse géante pour son Slugs, donc il est possible que ce rajout soit de lui.
Bref, si The Rift est votre habituel clone de vidéo-club et il n'invente rien, mais il sait cependant se montrer très généreux en bestioles gluantes et en effet gore: des têtes explosent dans des déluges de sang, des jambes sont arrachées, et les créatures rendent l'âme dans de belles giclées rouges. Et avec ses fusillades, son bestiaire ultra varié, son boss de fin, son laboratoire ravagé et sa course contre la montre avant l'explosion finale, le film est une véritable check-list pour les joueurs de Resident Evil. Sans surprise, on retrouve même un traitre de service chargé de récupérer les données des recherches, à la manière d'Albert Wesker, et qui trouvera une mort horrible alors qu'il pensait triompher. Voilà donc un film bien plus plaisant, recommandable et représentatif de la saga que les horreurs pondues par Paul W.S. Anderson ces vingt dernières années !


Malgré le parrainage de De Laurentiis et la présence de très grands acteurs comme R. Lee Emrey, qui savait très bien dans quoi il s'engageait et ne pouvait pas être plus désintéressé, mais resta professionnel au point de livrer une performance solide, et Ray Wise dans un rôle qui lui va a merveille (sans rire, cet homme a t-il déjà joué autre chose que les ordures ?), il convient de rappeler que cette production est avant tout un film Bis. Un vrai, bien cheap, avec ses bricolages, ses nombreux défauts et ses bizarreries. Pas surprenant alors de se retrouver avec des maquettes de sous-marins qui évoquent des jouets (surtout avec ce jaune poussin), le cliché du Black grande gueule qui passe son temps à blaguer ou à geindre ("Oooooh shiiiiiiit !!" dit-il quand une anémone de mer géante l'avale) et un "Son of a bitch !" répété en boucle vaut bien le "Bastard !" de Pieces. Le film est court, 83 minutes en tout, les monstres ne sont pas toujours bien visibles et il manque peut-être un autre mutant ou une mort plus marquante pour rendre The Rift véritablement mémorable.
Pas de quoi bouder son plaisir pour autant car voilà un Bis injustement oublié, fun et nostalgique, qui en plus se regarde très rapidement. Simón lui-même n'y a sans doute pas passé un mauvais moment puisqu'il réunira le scénariste et sa coach de répliques pourries pour les besoins de son prochain opus, Cthulhu Mansion. Quant à Francesca De Laurentiis, sa carrière s'arrêtera globalement là puisqu'elle ne fera rien d'autre que gérer la série Les Nouvelles Aventures de Zorro après cela. Comme quoi, le pistonage ne paie pas toujours !

 


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