mardi 20 février 2018

B-Movie Posters, Volume 1 (2017)


Damien Granger
B-Movie Posters, Volume 1
(2017)


Il me semble inutile de revenir sur les origines de cet ouvrage, pour la simple et bonne raison que la plupart des lecteurs les ont vécues à travers les réseau sociaux en ayant son auteur, Damien Granger, dans leur contact. Qui plus est la naissance de B-Movie Posters est retracée dans l'introduction du livre, aussi cela ne sert à rien de synthétiser un texte qui fait déjà très bien le boulot.
Mais pour la forme rappelons que le projet a connu différentes étapes avant d'obtenir sa version définitive. En soit on peut dire que la page Facebook du journaliste en est un prototype, puisqu'il y balançait déjà d’extraordinaires flyers et pré-affiches, accompagnés de quelques informations et anecdotes. Vint ensuite la première mouture sous forme de fichiers PDF, la plupart gratuit mais dont quelques uns furent payant, pour une somme dérisoire. Enfin le projet fut d'abord proposé sur une plateforme de financement, échouant par manque de soutien.
Cela permis à l'écrivain de revoir son idée, de la perfectionner pour la proposer à nouveau via un autre site et atteindre son objectif. Et il me faut avouer qu'entre cette dernière étape et les PDF, je me suis un temps interrogé sur l'utilité d'un tel projet.


Pas de critiques directes envers M. Granger, seulement étant donné l'illustre passée du bonhomme (redac chef de Mad Movies durant une de ses meilleurs périodes), cela me paraissait presque en-dessous de lui. Trop limité, trop simple. Il faut dire que la série B, la vraie, est malheureusement très peu représenté dans notre pays et même les Bisseux et la presse spécialisée préfèrent généralement se rabattre sur une version plus soignée, artistique, intello ou friqué du genre. Plus "cinéma" et plus réussit en gros, et aucun reproche à cela car tout le monde n'a pas nécessairement envie d’encenser des trucs comme Violent Shit II ou Puppet Master 5 à longueur de temps. Et donc, alors que Damien Granger est l'homme de la situation pour créer l'ouvrage de référence en la matière, ou du moins être l'un des pionniers aux côtés de David Didelot et quelques autres courageux publiés via les labels Artus et Rouge Profond (Alain Petit, Sébastien Gayraud, etc.), son concept m'apparaissait comme trop minimaliste pour être véritablement utile.
C'est ainsi que je voyais les choses, en tout cas jusqu'à ce que je commence à lire d'autres livres profitant d'une mode Nanar sans en avoir le véritable amour, ni y connaitre quoique ce soit. Jusqu'à ce que je réalise le retard de la France pour les "livres de genre" par rapport à ce qui sort ailleurs et notamment aux États-Unis. Et jusqu'à ce que j'admette que, quand même, cette imagerie de la série B à l'ancienne déchire vraiment et qu'obtenir un artbook sur le sujet ne ferait de mal à personne.


Enfin, il faut aussi dire que si je suis le genre de personne à vouloir une étude approfondie sur des trucs comme They Call Me Macho Woman ou Drainiac !, voyons la vérité en face: ce n'est le cas de personne d'autre. Même pour ceux qui aiment le cinoche Z, obscur, mal foutu ou de seconde catégorie, très peu lisent sur le sujet ou cherchent à obtenir des informations poussées. C'est de toute façon pour ça qu'existent les magazines, les fanzines et les blogs, non ? Du coup, le côté "catalogue" clair et concis s'avère être plutôt positif: selon la curiosité et les connaissances du lecteur, cela évite de perdre son temps avec des films que l'on aurait déjà vu ou étudié, pour au contraire s'intéresser aux autres et avoir l'avis d'un expert sur le sujet.
Et ainsi, avec ces 200 (petites) pages B-Movie Posters, Vol. 1 apparait comme un ouvrage parfait. Car malgré son titre, il ne s'agit pas que d'une compilation des plus beaux flyers qu'a pu collectionner Damien Granger au cours de sa carrière (même s'il s'agit du "gros" du livre), mais aussi d'un panorama complet du genre qui couvre différentes périodes, des années 80 à nos jours, différents genres (horreur, SF, action, érotique) et différents styles de mise en scène. Du gros Z pataud tourné au caméscope au Mockbuster de la Asylum, du bon vieux B Eighties de vidéo club aux trucs invisibles et difficile à dénicher, des États-Unis à la France en passant par l'Italie et les Philippines, pratiquement rien n'est mis de côté.


On y retrouve avec plaisirs les artisans et les boites les plus célèbres: la Full Moon, PM Entertainement, la Troma, les films de ninjas et autres 2 en 1 de Godfrey Ho et Joseph Lai, David DeCoteau, Nobert Moutier, Roger Corman, Albert Pyun, Bruno Mattei, Fred Olen Ray ou encore Jim Wynorski. Même chose pour les acteurs, où l'on croise aussi bien David Carradine, Sybil Danning et Cameron Mitchell que Ice-T, via leurs filmographies surréalistes. En tout, ce sont 81 "chroniques" qui forment le principal de ce B-Movie Posters, et autant d'images qui explosent à la gueule. Qu'elles soient peintes à la main ou réalisées sur photoshop, elles sont toutes colorées et représentent aussi bien des monstres que des armes géantes, des nanas en bikini ou des séquences gores.
Pour la plupart, elles semblent être reproduite en taille réelle d'après les flyers d'où elles ont été scannées, mais il faut hélas mentionner quelques spécimens aux proportions réduites. Cela ne serait pas un problème si le livre était d'une dimension standard type A4, seulement voilà, le format sélectionné correspond à peu près à celui des affichettes. Du 21.5 x 16.5 – à peine plus large que la taille enveloppe C5 , qui du coup transforme les plus petits posters en véritables timbres-poste difficiles à détailler. Ce n'est pas un grand défaut et cela ne touche qu'une minorité d'images, mais il faut être prévenu.


Il n'y a de toute façon pas trop à se plaindre vu ce que l'on nous offre. Citons par exemple la superbe affiche signée Royo, utilisée pour les besoins du minable Battle Queen 2020, ou le poster magnifique qui sert de couverture au livre et qui aurait parfaitement eu sa place dans les EC Comics (Freakshow, un film à sketch effectivement pas terrible, comme l'explique l'écrivain je lui avait amplement préféré Terrorgram que j'avais vu au même moment). A leurs côtés, citons quelques classiques de grandes renommées (Creepozoids, White Fire, Hard Ticket to Hawai), des vrais morceaux de cinéma (le Metamorphosis de George Eastman), et quelques titres devenus célèbres à force d'apparitions dans les vidéo-clubs ou les Cash Converter (Cyber Tracker, Xtro II). De nombreuses perles méconnues mais bénéficiant d'un regain de popularité via Internet (Mystic in Bali, R.O.T.O.R.) et d'autres qui figurent dans le catalogue d'éditeurs bien connus des Bisseux français (Evil Clutch et Psychos in Love chez Uncut Movies).
Bref il y en a pour tous les goûts puisque s'y croisent aussi bien de la bonne vieille Fantasy surfant sur le succès de Conan le Barbare (la sexy Barbarian Queen, Iron Warrior, un faux-vrai Ator 3), du film de monstres géants moderne (Mega Python vs. Gatoroid), du Fred Olen ray d'alors (Phantom Empire) et du Wynorski de maintenant (Cry of the Winged Serpent, que je viens justement de chroniquer pour le futur Black Lagoon Fanzine #2). Ainsi que Surf Nazis Must Die et Black Roses, deux de mes B préférés de tous les temps.


Tout ceci est superbement mis en valeur par la maquette de Matthieu Nédey, autre personne de référence tenant le fanzine Cathodic Overdose, qui claque aussi beaucoup visuellement, et qui aime les gimmicks de catch barrées et le Metal bien violent. Quelqu'un de bien, en gros. L'expression anglophone "eye candy" (bonbon pour les yeux) me semble tout à fait appropriée pour décrire le contenu de ce livre, et quand je parlais d'artbook un peu plus haut, ce n'était pas des paroles en l'air.
Mais si une image vaut milles mots, il faut quand même compter sur des textes descriptifs à propos de chacun de ces films. Pas des critiques, ni même des résumés, plutôt de petits paragraphes à caractère informatifs qui cherchent surtout à attirer l'attention sur l'œuvre,  à intriguer ou intéresser. Cela peut être une anecdote à propos du tournage, de la vie de son auteur, ou des éléments valant le coup d'œil pour celui qui voudrait visionner tel ou tel film.
Honnête, l'auteur ne cherche pas à glamouriser la série B, ni à nous faire croire que tous ses représentant sont bons et divertissants. Ses commentaires critiquent aussi bien qu'ils applaudissent et le novice pourra s'y référer afin de se faire une liste. Même l'amateur éclairé y trouvera son compte puisque beaucoup des titres présentés sont méconnus, difficilement trouvables ou ont simplement disparus dans les limbes de la vidéo en attendant une réédition sur un support ou un autre.


Si je peux moi-même me vanter d'en connaitre une grosse partie, il y en a une multitude que je n'ai jamais vu. A ce titre il faut féliciter l'auteur pour évoquer quelques raretés comme Death to the Pee Wee Squad (une pépite que l'on doit à Neal Adams, un grand nom de l'industrie comics dont les dessins sont magnifiques et atmosphériques, mais qui se trouve aussi être un fou capable de pondre des histoires incompréhensibles – lire Batman: Odyssey pour s'en convaincre) et ce Housesitter: The Night They Saved Siegfried's Brain, qui pourrait ne jamais avoir vraiment vu le jour et que le journaliste lui-même n'a découvert que sous une forme très particulière. Bonne idée de faire le point sur la fameuse collection Génération Mutants et ainsi de différencier la sélection de base des fameux rajouts dont bénéficia la sortie française. Les précisions sur le fait que le coupable de Dr. Hackenstein est devenu scénariste pour la série Totally Spies explique aussi beaucoup de chose sur l'abondance de fétiches au sein de ce dessin animé ! A cela se rajoute la rubrique "Art of...", qui se focalise exclusivement sur un réalisateur (Tim Kincaid), un film (Shocking "Terminator 2" Dark), un genre (la Sharksploitation) ou une compagnie (AIP) en particulier.


Il serait totalement injuste et stupide d'émettre la moindre critique envers ce livre, tant la connaissance pointue de Damien Granger sur le sujet vous mettra la honte, quel que soit votre "niveau" de Bissophilie. Et c'est justement pourquoi je vais m'empresser de le corriger sur l'unique petit truc qu'il a de faux, lorsqu'il compare le robot géant de Mega Shark vs. Kolossus à celui du Géant de Fer alors qu'il s'agit clairement d'une repompe du manga et anime Attack on Titan – au Japon le film fut justement retitré Mega Shark vs. Great Titan comme pour marquer le coup ! M'enfin, Damien !
Mais je déconne bien sûr, et il n'y a donc rien à redire sur le travail abattu. En fait j'ai même tendance à dire que c'est l'inverse: le savoir du journaliste est tel qu'il suscite quelques frustrations tant il passe parfois trop vite sur certaines choses. Comme lorsqu'il élude le fait que les deux histoires qui composent l'anthologie The Willies ont littéralement été volées à d'autres travaux (dont une nouvelle de Stephen King) ou quand il expédie Skeleton Man au détour d'une petite phrase sur Génération Mutants, alors qu'il y a beaucoup à dire sur ce film à l'origine inachevé, et dont le réalisateur aurait foutu le camp devant la tournure qu'auraient prit les choses, puis colmaté à l'arrache pour sa sortie.


Mais peu importe. Avec plus de 15.000 flyers dans sa collection, l'auteur a de quoi continuer son exploration du genre et approfondir encore plus dans les prochaines publications. Un Volume 2 est d'ailleurs déjà annoncée, pour une sortie en cette fin d'année ! Espérons du Frank Stallone, du Robert Z'Dar et du Rowdy Roddy Piper pour l'occasion. En attendant vous pouvez toujours rejoindre la page de B-Movie Poster sur Facebook, à partir de laquelle vous pouvez acheter ce premier tome. Apparemment il y a même possibilité de se le faire dédicacer mais il faudra surement le préciser, sinon vous vous sentirez très con (comme moi).
Concluons en mentionnant la section "remerciements" à la fin du livre, où l'on peut retrouver trois tonnes de noms familiers parmi lesquels ceux de mes collègues de blogs et de fanzines: ce sont bien sûr David Didelot (Vidéotopsie) et Didier Lefèvre (Médusa Fanzine), mes patrons Rigs Mordo (Toxic Crypt) et Jérôme Ballay (Ze Curious Goods), mais aussi Laurent Faiella (Le Fanzinophile) et Chris Labarre (Le Steadyblog et le zine qui va avec).

Ouais bon... j'ai encore raté ma vie quoi...

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lundi 19 février 2018

Frank Castle: The Punisher #71-74 – Welcome to the Bayou (2009)


Frank Castle: The Punisher #71-74
Welcome to the Bayou
(2009)


Lorsque Garth Ennis présente la version définitive du Punisher en 2004, la revue s'intitule simplement The Punisher et se trouve encore liée à l'univers officiel Marvel (dit 616). Bien vite il apparait que ce nouveau Frank Castle ne peut plus vraiment co-exister avec les super-héros, et le personnage est déporté vers un label secondaire du nom de MAX. Une sorte d'équivalent de Vertigo chez DC Comics, qui permet aux auteurs de pondre des histoires plus sombres que d'ordinaire ou portant sur des thèmes plus sensibles. Et graphiquement plus osées puisque s'adressant à un public "mature". Cette version remaniée se présente comme un véritable monstre s'attaquant à des criminels résolument humains. Point d'extraterrestres, de cyborgs ou de mutants, mais tout un tas de mercenaires, d'esclavagistes, de fascistes et surtout de psychopathes complètement pétés du bulbe commettant les pires atrocités possibles.
Le surnom de "Punisher Max", donné à la série par les lecteurs, est pour ainsi dire parfait pour décrire ces nouvelles aventures du vigilante qui n'ont jamais parues aussi extrêmes, même durant les années 90. A tel point qu'après avoir changé de nom une première fois, passant de The Punisher à Frank Castle: The Punisher, la publication sera définitivement renommée Punisher MAX fin 2009.


Soit presque immédiatement après ce Welcome to the Bayou, qui troque le cadre urbain habituel pour les marais de la Louisiane. Je recommande d'ailleurs la bande originale de Sans Retour pour coller à l'atmosphère de cette histoire, qui n'est globalement rien d'autre que le Punisher vs. Massacre à la Tronçonneuse ! Le scénariste, Victor Gischler (Deadpool Corps, Punisher MAX: Little Black Book), livre basiquement un bon vieux film de Hicksploitation où une bande d'adolescents cons comme leurs pieds sont décimés par une famille de maniaques cannibales, mais en y rajoutant l'homme au T-shirt à tête de mort. Cela rend le présent comic-book immédiatement supérieur les 3/4 des Survivals et slashers modernes où la règle d'or semble désormais être de faire survivre les ordures sadiques plutôt que les victimes terrorisées.
Et cette fois ce n'est pas parce que la menace à la force du nombre, ou de la brutalité, qu'ils s'en sortiront sans mal face à quelqu'un de la trempe du Punisher – lequel est d'ailleurs taillé comme un culturiste, ce qui lui donne des airs de Jason Voorhees. Le résultat est un bain de sang très satisfaisant où des idiots insupportables sorti d'un film d'Eli Roth se font massacrer par des rednecks difformes et pervers, tandis que ces derniers tombent comme des mouches lorsque leur chemin croise celui de l'anti-héros.


Le point de départ évoque presque une blague, par sa simplicité. Ainsi nous sommes en pleine période de Spring Break. Avec un petit truand enfermé dans son coffre, Castle fait le trajet de Houston à la Nouvelle Orléans afin de l'échanger contre des informations importantes et préfère s'engager sur les petites routes pour éviter les problèmes. Dans un coin paumé des marais de la Louisiane, il est rattrapé par une voiture roulant à tombeau ouvert: des jeunes, en route pour une fête. Tous font un arrêt à une petite station service perdue au milieu de nulle part, et Frank est le premier à repartir. Non sans se faire la remarque que l'endroit est louche et que le tenancier semble clairement perturbé.
Parce qu'il respecte la limite de vitesse, il réalise bien vite que le groupe d'étudiants aurait dû le rattraper depuis un moment. Prit d'un doute, il s'arrête, attend, puis décide de rebrousser le chemin pour savoir ce qui leur est arrivé. Évidemment le relais est désormais désert, et son exploration le mène vers une petite maison isolée où l'accueille une bimbo ouvertement sexualisée. Une tarée qui le drague et l'éloigne l'air de rien de la zone, ce qui ne fait que lui mettre la puce à l'oreille. Le Punisher décide donc de prendre les armes et explorer les parages histoire de comprendre ce qui s'est passé entre les ploucs du Bayou et les  vacanciers qui ont disparu...



En gros l'intrigue part juste du principe que le personnage se tient "au bon endroit, au bon moment" et ne cherche pas à faire plus compliqué que cela. Honnêtement le carnage aurait pu être très court, une bande de dégénérés vivant dans le trou du cul du monde n'étant évidemment pas de taille contre le soldat expérimenté, et c'est là que le scénariste limite autant que possible le personnage. D'une part celui-ci n'avait pas prévu la situation et ne possède rien d'autre qu'un petit pistolet sur sa personne. Ensuite il n'a pas le temps de planifier quoique ce soit, car son prisonnier menace de se réveiller et il ne dispose que de très peu de temps pour l'amener à bon port. Enfin, ses adversaires sont nombreux. très nombreux. Et possèdent quelques gros bras dans leurs rangs.
La famille Geauteaux ne se limite pas à un groupuscule de quelques membres, comme c'est le cas au cinéma, et cumule nombre de frères, neveux et cousins, qui servent de chair à canon pour notre plus grand plaisir. Beaucoup croulent sous les balles et les coups du Punisher, mais ça ne les empêchent pas de former une masse dangereuse qui le neutralisera.


Il faut aussi compter sur quelques piliers comme Big Daddy, le patriarche, plus intelligent que la moyenne. Sa fille, une sadique totalement folle, et surtout son fils Earl, un véritable géant si costaud qu'il met le vigilante au tapis sans effort et s'éclate même à faire du catch avec des alligators ! Mentionnons également Roy, un gringalet obsédé sexuel, General Lee, un reptile de compagnie gigantesque et probablement inspiré de la bête du Crocodile de la Mort (de Tobe Hopper, réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse bien sûr). Enfin, et pour rejoindre le côté vraiment Bis de la Hicksploitation et des slashers campagnards, il y a Junior. Un colosse encore plus impressionnant que Earl, vivant à l'écart et cachant sa difformité à l'aide d'un sac à patate sur la tête.
Une belle brochette de tarées qui auront le temps de s'amuser un peu avant que le vent tourne, quand Frank Castle leur échappe. Ils profitent en effet de leurs nouvelles proies pour organiser un gigantesque barbecue, où viols et exécutions sont au programme. Un jeune homme est suspendu par les pieds au-dessus de l'eau, jusqu'à ce que le General le coupe en deux d'un coup de mâchoire. Un autre est littéralement empalé sur un tourne-broche, grillé au feu doux et consommé par la famille ! Les deux adolescentes sont gardées dans des cages, en sous-vêtements, pour être violées, et l'une d'elle est d'ailleurs emportée pour ne jamais être revue...


Contre toute attente, c'est l'otage de Castle qui lui sauvera la mise, le libérant après avoir été témoin de ces horreurs. Le gangster, bien qu'habitué à la violence, n'arrive pas à encaisser et va faire équipe avec son kidnappeur pour se débarrasser des cannibales. Le duo se fait prendre en chasse à travers le marécage, mais c'est comme un retour au Vietnam pour le Punisher qui devient alors un MacGyver du meurtre. Il plante des hachoirs dans des crânes, transperces des corps avec des tiges en métal, brises des cous, égorges, etc... Un vrai festival, d'autant plus jouissif que d'ordinaire ce sont les autres qui infligent ce genre de choses à leurs victimes. Peu habitué à se faire résister, ils paraissent subitement aussi vulnérable que les routards qu'ils assassinent à tour de bras.
En fait cette facilité déconcertante avec laquelle l'anti-héros se débarrasse d'eux est presque un problème, tant le scénariste efface les menaces qu'il met en place au cours de son histoire, rendant beaucoup de confrontations assez décevantes. Pourquoi introduire le General comme un alligator plus gros que la normal pour finalement le tuer si vite par un Earl qui s'ennuie ? Sans doute pour rendre celui-ci plus impressionnant avec sa force quasi surhumaine. Mais quel intérêt s'il est lui-même expédié comme un simple figurant aussitôt Castle libre ?


Peut-être pour présenter Junior comme le véritable Russe / Barracuda de service, un monstre de film d'horreur qui semble effectivement invulnérable. Pourtant c'est moins sa puissance qui le rend remarquable que son côté "grand enfant", comme lorsqu'il pénètre dans sa cabane incendiée pour sauver son petit lapin en peluche. Bref, c'est comme s'il manquait un numéro, quelques plages supplémentaires, pour donner un peu plus d'ampleurs aux duels entre le Punisher et les soit-disant gros bras des Geautreaux, qui apparaissent finalement très secondaires.
D'un autre côté il faut admettre qu'il est amusant de voir ce clan de psychopathes être terrassé si facilement, ne serait-ce que pour prendre le contre-pied de ce qui se fait dans les films actuellement. De plus le scénariste nous gratifie de quelques bons moments en-dehors du massacre général, comme l'idée que Junior garde sa peluche dans la poche ventrale de sa salopette, le fait que Castle lui-même ne peut pas totalement haïr ce géant malheureux, plus pathétique qu'autre chose, mais tout en le craignant puisqu'il est capable de se mouvoir même après avoir été fatalement blessé. Il y a le sort de ce gangster épuisé, qui a connu des actes terriblement violent du fait d'avoir vécu dans le ghetto mais qui se retrouve ici complètement dépassé, et aussi ce regard silencieux que le Punisher donne à l'ultime survivante qu'il sauve à la fin de l'histoire – sans dire que celle-ci devient aussi folle qu'une Sally Hardesty, elle lâche une ligne de dialogue qui interroge sur sa santé mentale.


Délivrance est forcément cité (deux fois !) par un protagoniste, et si le look de Junior n'est pas sans évoquer celui de Jason dans le deuxième Vendredi 13, cela pourrait aussi bien être une référence au Chainsaw Man de Resident Evil 4 (lui-même un amalgame de Jason pré-masque de hockey et de Leatherface), ce qui me semble être confirmé par le siège de la cabane où s'est retranché Castle par les Geaudreaux, assez similaire à une scène mémorable au tout début du jeu de Capcom...
Pour anecdote, alors que le personnage de Roy est tué relativement tôt dans le comic-book, on peut retrouver plusieurs "clones" de celui-ci à travers toute l'histoire. Difficile de dire s'il s'agit d'une erreur du dessinateur ou d'un choix volontaire (frère jumeau ou ressemblance familiale lié à l'inceste), mais c'est assez perturbant lorsque l'on s'en rend compte. Aucun reproche à l'artiste, Goran Parlov, dessinateur récurrent sur la série qui sait sûrement très bien ce qu'il fait, et puisque l'on retrouve le nom de ce tocard d'Alex Alonso dans l'équipe rédactionnel je préfère lui imputer la responsabilité de tous les (petits) problèmes que l'on peut avoir avec cette BD. Ça lui fera les pieds.


S'il est évident que les fans du Punisher peuvent se jeter sur Welcome to the Bayou sans la moindre hésitation, cette story-arc conviendra tout aussi bien aux fans de Hicksploitation et autres clones de Massacre à la Tronçonneuse. Et pour être franc, ces quelques pages m'ont parues bien plus divertissantes que l'intégralité de Leatherface 2017, dernier opus officiel de la saga par laquelle tout a commencé...



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