mercredi 21 février 2018

Le Démon et l'Ourson – Look Who's Talking Too (1990)

Lost (and found) in the 5th Dimension
Épisode 16

LE DEMON ET L'OURSON
Look Who's Talking Too (1990)



Il y a des films auxquels il semble impossible d'échapper à certains moments, et puis avec les années ils disparaissent de toutes les mémoires comme s'ils n'avaient jamais existé. Par exemple, vous souvenez-vous du film Allô Maman, Ici Bébé, avec John Travolta ? Moi non plus, si ce n'est pour quelques images. Je me rappel d'une intro où les spermatozoïdes commentent leur course à l'ovule et du principe qui était d'entendre le bébé parler comme un adulte, commentant la vie de couple de sa mère et de son nouveau petit ami et des situations entre adultes et tout petits. C'était très simple et très bête, totalement le fruit de son époque, mais cela parait aussi être un concept original tant à l'époque que maintenant, puisque je ne crois pas que l'idée ait été réutilisée récemment.
J'ai encore moins de souvenir du second opus si ce n'est une scène "traumatisante" où le bébé du premier film se dispute avec sa petite sœur et arrache la tête de son pingouin en peluche. J'avais trouvé ça très méchant de sa part et les pleurs de la petite m'avaient un peu bousculés – à ma décharge, je devais avoir moi-même en-dessous de 10 ans. Enfin, il y a un troisième volet dont je ne me rappel rien si ce n'est que ce sont des animaux de compagnie qui y sont doté de paroles, les enfants étant désormais devenus trop grand.



Une chose que je ne me souvenais absolument pas cependant, c'est la présence de petits monstres de film d'horreur au tout début du deuxième film. Des créatures pourtant vraiment marquantes et qui sont sans doute les ancêtres de quelques bestioles de la Full Moon ! Et si tout le monde s'accorde à dire que Allô Maman, C'est Encore Moi est l'une des pires choses qui existent sur cette planète (l'ayant revu, c'est effectivement très mauvais en plus de simplement copier les grandes lignes de son prédécesseur), tout le monde dit aussi que cette scène est la chose la plus terrifiante jamais mise dans un film familial...
Difficile à croire, d'autant que le passage en question ne dure pas plus d'une minute, et pourtant force est de reconnaitre que les bambins et leurs mamans peuvent s'en retrouver très surpris s'ils ne sont pas prévenus. Et donc, après un générique pillant celui du premier opus, la séquelle commence par une scène montrant un cauchemar du petit Mikey, le bébé du premier film qui a un peu grandit. On le retrouve dans sa chambre, la nuit, ne parvenant pas à s'endormir car ayant peur du noir et de ce qui peut s'y trouver. Ainsi essaye t-il de faire le point entre ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, dans une logique d'enfant plutôt comique: il n'y a pas de sorcière mais le Père Noël existe, les dinosaures ne sont pas réel et les monstres n'existent plus de nos jours mais peut-être confondit-il les deux...



Alors qu'il jette un œil autour de lui, il repère quelque chose parmi ses jouets. La porte d'une grange en plastique s'ouvre et, dans le noir, on peut apercevoir une minuscule paire d'yeux brillants. Aussitôt un monstre en émerge, un homoncule qui évoque carrément Satan, ou en tout cas l'image traditionnelle du diablotin rouge et cornu ! Et très honnêtement, si ce n'est pour la musique et la voix de Bruce Willis qui ne prend évidemment pas les choses aux sérieux et exagère à mort, l'apparition aurait effectivement de quoi déstabiliser. Ce "Satan miniature" est doté d'une peau rouge écailleuse, d'une petite barbe, de cornes minuscules et même d'ongles noirs et pointus. Naturellement, il laisse éclater un rire démoniaque de train fantôme.
L'instant d'après, il apparait près d'un adorable ourson en peluche vêtu d'un gros nœud papillon, et le corrompt en le touchant: l'animal devient alors un monstre doté de griffes qui s'allongent à n'en plus finir, ouvre la gueule pour révéler une mâchoire garnie de crocs et surtout baisse mécaniquement la tête durant la transformation, avec une lenteur surréaliste qui confère un aspect onirique assez perturbant à l'ensemble. Sans dire que l'on sombre dans le domaine de l'épouvante, il faut avouer que le moment est assez fort et peut marquer les plus impressionnables.



Alors bien sûr cela ne va pas bien loin, mais il faut admettre que la qualité d'animation et le soucis du détail transforment ce qui n'aurait dû être qu'une séquence cartoonesque en quelque chose de bien plus remarquable. Ce n'est pas surprenant lorsque l'on se renseigne sur les responsables des effets spéciaux, puisqu'il s'agit des employés de la boite à Chris Walas, le type derrière la magie de La Mouche et de Gremlins. Celui-ci n'a pas participé lui-même au projet, sans doute trop occupé entre le tournage de La Mouche 2 et son boulot pour Le Festin Nu, mais il est intéressant de voir qui il a choisi comme superviseur sur ce travail. Un certain James Isaac, qui est dans son équipe depuis quelques temps déjà (on le retrouve sur Gremlins, Enemy Mine et House II) et qui s'est initié à la réalisation l'année précédente avec House III !
On peut dire que le futur réalisateur de Jason X n'a pas prit ce job à la légère et a sans doute veillé à ce que le résultat ne face pas honte à l'image de marque de sa compagnie. Car non seulement la séquence aura impressionnée un grand nombre de spectateur (notons qu'il s'agit littéralement de la première scène du film, donc quiconque n'y prête pas attention pourra se faire de mauvaises idées sur ce qu'il regarde), mais son démon et son petit ours brun ont même fait des petits chez la Full Moon...



Un an plus tard, Subspecies débarque dans les vidéo-clubs et l'on y retrouve les mêmes petits homoncules rouges à tête de démon. Sans surprise, l'idée générale du film provient de Charles Band et il y a fort à parier qu'il fut fortement inspiré par le cauchemar du jeune Mickey. Encore un an après sort Demonic Toys, où de petits jouets innocents deviennent meurtriers car possédés par les forces maléfiques d'une créature infernale. Parmi eux, un ours en peluche doté de griffes et de crocs, très similaire à celui que nous venons d'évoquer. Là encore le concept du film fut lancé par Band et c'est sans doute à sa demande que le Teddy Bear figure dans l'intrigue. Et tant qu'à l'accuser de piller les idées des autres, ce n'est pas un hasard non plus si l'animal devient géant à la fin du film, puisque cela arrivait déjà dans Dolls (réalisé en 1987 pour sa boite précédente, Empire) à travers – encore une cfois ! – le cauchemar d'un enfant. Quel filou ce Charlie !
Croyez-le ou non mais le démon et sa peluche ne sont pas les seuls monstres que l'on peut trouver dans Allô Maman, C'est Encore Moi, car il y a aussi ce Mr. Toilet Man à qui Mel Brooks prête sa voix ! Et d'ailleurs maintenant que j'y pense, je crois me souvenir que le premier film avait même une scène avec une tête qui explose, façon Scanners.

Il va peut-être falloir que je me remette à cette série tout compte fait...



mardi 20 février 2018

B-Movie Posters, Volume 1 (2017)


Damien Granger
B-Movie Posters, Volume 1
(2017)


Il me semble inutile de revenir sur les origines de cet ouvrage, pour la simple et bonne raison que la plupart des lecteurs les ont vécues à travers les réseau sociaux en ayant son auteur, Damien Granger, dans leur contact. Qui plus est la naissance de B-Movie Posters est retracée dans l'introduction du livre, aussi cela ne sert à rien de synthétiser un texte qui fait déjà très bien le boulot.
Mais pour la forme rappelons que le projet a connu différentes étapes avant d'obtenir sa version définitive. En soit on peut dire que la page Facebook du journaliste en est un prototype, puisqu'il y balançait déjà d’extraordinaires flyers et pré-affiches, accompagnés de quelques informations et anecdotes. Vint ensuite la première mouture sous forme de fichiers PDF, la plupart gratuit mais dont quelques uns furent payant, pour une somme dérisoire. Enfin le projet fut d'abord proposé sur une plateforme de financement, échouant par manque de soutien.
Cela permis à l'écrivain de revoir son idée, de la perfectionner pour la proposer à nouveau via un autre site et atteindre son objectif. Et il me faut avouer qu'entre cette dernière étape et les PDF, je me suis un temps interrogé sur l'utilité d'un tel projet.


Pas de critiques directes envers M. Granger, seulement étant donné l'illustre passée du bonhomme (redac chef de Mad Movies durant une de ses meilleurs périodes), cela me paraissait presque en-dessous de lui. Trop limité, trop simple. Il faut dire que la série B, la vraie, est malheureusement très peu représenté dans notre pays et même les Bisseux et la presse spécialisée préfèrent généralement se rabattre sur une version plus soignée, artistique, intello ou friqué du genre. Plus "cinéma" et plus réussit en gros, et aucun reproche à cela car tout le monde n'a pas nécessairement envie d’encenser des trucs comme Violent Shit II ou Puppet Master 5 à longueur de temps. Et donc, alors que Damien Granger est l'homme de la situation pour créer l'ouvrage de référence en la matière, ou du moins être l'un des pionniers aux côtés de David Didelot et quelques autres courageux publiés via les labels Artus et Rouge Profond (Alain Petit, Sébastien Gayraud, etc.), son concept m'apparaissait comme trop minimaliste pour être véritablement utile.
C'est ainsi que je voyais les choses, en tout cas jusqu'à ce que je commence à lire d'autres livres profitant d'une mode Nanar sans en avoir le véritable amour, ni y connaitre quoique ce soit. Jusqu'à ce que je réalise le retard de la France pour les "livres de genre" par rapport à ce qui sort ailleurs et notamment aux États-Unis. Et jusqu'à ce que j'admette que, quand même, cette imagerie de la série B à l'ancienne déchire vraiment et qu'obtenir un artbook sur le sujet ne ferait de mal à personne.


Enfin, il faut aussi dire que si je suis le genre de personne à vouloir une étude approfondie sur des trucs comme They Call Me Macho Woman ou Drainiac !, voyons la vérité en face: ce n'est le cas de personne d'autre. Même pour ceux qui aiment le cinoche Z, obscur, mal foutu ou de seconde catégorie, très peu lisent sur le sujet ou cherchent à obtenir des informations poussées. C'est de toute façon pour ça qu'existent les magazines, les fanzines et les blogs, non ? Du coup, le côté "catalogue" clair et concis s'avère être plutôt positif: selon la curiosité et les connaissances du lecteur, cela évite de perdre son temps avec des films que l'on aurait déjà vu ou étudié, pour au contraire s'intéresser aux autres et avoir l'avis d'un expert sur le sujet.
Et ainsi, avec ces 200 (petites) pages B-Movie Posters, Vol. 1 apparait comme un ouvrage parfait. Car malgré son titre, il ne s'agit pas que d'une compilation des plus beaux flyers qu'a pu collectionner Damien Granger au cours de sa carrière (même s'il s'agit du "gros" du livre), mais aussi d'un panorama complet du genre qui couvre différentes périodes, des années 80 à nos jours, différents genres (horreur, SF, action, érotique) et différents styles de mise en scène. Du gros Z pataud tourné au caméscope au Mockbuster de la Asylum, du bon vieux B Eighties de vidéo club aux trucs invisibles et difficile à dénicher, des États-Unis à la France en passant par l'Italie et les Philippines, pratiquement rien n'est mis de côté.


On y retrouve avec plaisirs les artisans et les boites les plus célèbres: la Full Moon, PM Entertainement, la Troma, les films de ninjas et autres 2 en 1 de Godfrey Ho et Joseph Lai, David DeCoteau, Nobert Moutier, Roger Corman, Albert Pyun, Bruno Mattei, Fred Olen Ray ou encore Jim Wynorski. Même chose pour les acteurs, où l'on croise aussi bien David Carradine, Sybil Danning et Cameron Mitchell que Ice-T, via leurs filmographies surréalistes. En tout, ce sont 81 "chroniques" qui forment le principal de ce B-Movie Posters, et autant d'images qui explosent à la gueule. Qu'elles soient peintes à la main ou réalisées sur photoshop, elles sont toutes colorées et représentent aussi bien des monstres que des armes géantes, des nanas en bikini ou des séquences gores.
Pour la plupart, elles semblent être reproduite en taille réelle d'après les flyers d'où elles ont été scannées, mais il faut hélas mentionner quelques spécimens aux proportions réduites. Cela ne serait pas un problème si le livre était d'une dimension standard type A4, seulement voilà, le format sélectionné correspond à peu près à celui des affichettes. Du 21.5 x 16.5 – à peine plus large que la taille enveloppe C5 , qui du coup transforme les plus petits posters en véritables timbres-poste difficiles à détailler. Ce n'est pas un grand défaut et cela ne touche qu'une minorité d'images, mais il faut être prévenu.


Il n'y a de toute façon pas trop à se plaindre vu ce que l'on nous offre. Citons par exemple la superbe affiche signée Royo, utilisée pour les besoins du minable Battle Queen 2020, ou le poster magnifique qui sert de couverture au livre et qui aurait parfaitement eu sa place dans les EC Comics (Freakshow, un film à sketch effectivement pas terrible, comme l'explique l'écrivain je lui avait amplement préféré Terrorgram que j'avais vu au même moment). A leurs côtés, citons quelques classiques de grandes renommées (Creepozoids, White Fire, Hard Ticket to Hawai), des vrais morceaux de cinéma (le Metamorphosis de George Eastman), et quelques titres devenus célèbres à force d'apparitions dans les vidéo-clubs ou les Cash Converter (Cyber Tracker, Xtro II). De nombreuses perles méconnues mais bénéficiant d'un regain de popularité via Internet (Mystic in Bali, R.O.T.O.R.) et d'autres qui figurent dans le catalogue d'éditeurs bien connus des Bisseux français (Evil Clutch et Psychos in Love chez Uncut Movies).
Bref il y en a pour tous les goûts puisque s'y croisent aussi bien de la bonne vieille Fantasy surfant sur le succès de Conan le Barbare (la sexy Barbarian Queen, Iron Warrior, un faux-vrai Ator 3), du film de monstres géants moderne (Mega Python vs. Gatoroid), du Fred Olen ray d'alors (Phantom Empire) et du Wynorski de maintenant (Cry of the Winged Serpent, que je viens justement de chroniquer pour le futur Black Lagoon Fanzine #2). Ainsi que Surf Nazis Must Die et Black Roses, deux de mes B préférés de tous les temps.


Tout ceci est superbement mis en valeur par la maquette de Matthieu Nédey, autre personne de référence tenant le fanzine Cathodic Overdose, qui claque aussi beaucoup visuellement, et qui aime les gimmicks de catch barrées et le Metal bien violent. Quelqu'un de bien, en gros. L'expression anglophone "eye candy" (bonbon pour les yeux) me semble tout à fait appropriée pour décrire le contenu de ce livre, et quand je parlais d'artbook un peu plus haut, ce n'était pas des paroles en l'air.
Mais si une image vaut milles mots, il faut quand même compter sur des textes descriptifs à propos de chacun de ces films. Pas des critiques, ni même des résumés, plutôt de petits paragraphes à caractère informatifs qui cherchent surtout à attirer l'attention sur l'œuvre,  à intriguer ou intéresser. Cela peut être une anecdote à propos du tournage, de la vie de son auteur, ou des éléments valant le coup d'œil pour celui qui voudrait visionner tel ou tel film.
Honnête, l'auteur ne cherche pas à glamouriser la série B, ni à nous faire croire que tous ses représentant sont bons et divertissants. Ses commentaires critiquent aussi bien qu'ils applaudissent et le novice pourra s'y référer afin de se faire une liste. Même l'amateur éclairé y trouvera son compte puisque beaucoup des titres présentés sont méconnus, difficilement trouvables ou ont simplement disparus dans les limbes de la vidéo en attendant une réédition sur un support ou un autre.


Si je peux moi-même me vanter d'en connaitre une grosse partie, il y en a une multitude que je n'ai jamais vu. A ce titre il faut féliciter l'auteur pour évoquer quelques raretés comme Death to the Pee Wee Squad (une pépite que l'on doit à Neal Adams, un grand nom de l'industrie comics dont les dessins sont magnifiques et atmosphériques, mais qui se trouve aussi être un fou capable de pondre des histoires incompréhensibles – lire Batman: Odyssey pour s'en convaincre) et ce Housesitter: The Night They Saved Siegfried's Brain, qui pourrait ne jamais avoir vraiment vu le jour et que le journaliste lui-même n'a découvert que sous une forme très particulière. Bonne idée de faire le point sur la fameuse collection Génération Mutants et ainsi de différencier la sélection de base des fameux rajouts dont bénéficia la sortie française. Les précisions sur le fait que le coupable de Dr. Hackenstein est devenu scénariste pour la série Totally Spies explique aussi beaucoup de chose sur l'abondance de fétiches au sein de ce dessin animé ! A cela se rajoute la rubrique "Art of...", qui se focalise exclusivement sur un réalisateur (Tim Kincaid), un film (Shocking "Terminator 2" Dark), un genre (la Sharksploitation) ou une compagnie (AIP) en particulier.


Il serait totalement injuste et stupide d'émettre la moindre critique envers ce livre, tant la connaissance pointue de Damien Granger sur le sujet vous mettra la honte, quel que soit votre "niveau" de Bissophilie. Et c'est justement pourquoi je vais m'empresser de le corriger sur l'unique petit truc qu'il a de faux, lorsqu'il compare le robot géant de Mega Shark vs. Kolossus à celui du Géant de Fer alors qu'il s'agit clairement d'une repompe du manga et anime Attack on Titan – au Japon le film fut justement retitré Mega Shark vs. Great Titan comme pour marquer le coup ! M'enfin, Damien !
Mais je déconne bien sûr, et il n'y a donc rien à redire sur le travail abattu. En fait j'ai même tendance à dire que c'est l'inverse: le savoir du journaliste est tel qu'il suscite quelques frustrations tant il passe parfois trop vite sur certaines choses. Comme lorsqu'il élude le fait que les deux histoires qui composent l'anthologie The Willies ont littéralement été volées à d'autres travaux (dont une nouvelle de Stephen King) ou quand il expédie Skeleton Man au détour d'une petite phrase sur Génération Mutants, alors qu'il y a beaucoup à dire sur ce film à l'origine inachevé, et dont le réalisateur aurait foutu le camp devant la tournure qu'auraient prit les choses, puis colmaté à l'arrache pour sa sortie.


Mais peu importe. Avec plus de 15.000 flyers dans sa collection, l'auteur a de quoi continuer son exploration du genre et approfondir encore plus dans les prochaines publications. Un Volume 2 est d'ailleurs déjà annoncée, pour une sortie en cette fin d'année ! Espérons du Frank Stallone, du Robert Z'Dar et du Rowdy Roddy Piper pour l'occasion. En attendant vous pouvez toujours rejoindre la page de B-Movie Poster sur Facebook, à partir de laquelle vous pouvez acheter ce premier tome. Apparemment il y a même possibilité de se le faire dédicacer mais il faudra surement le préciser, sinon vous vous sentirez très con (comme moi).
Concluons en mentionnant la section "remerciements" à la fin du livre, où l'on peut retrouver trois tonnes de noms familiers parmi lesquels ceux de mes collègues de blogs et de fanzines: ce sont bien sûr David Didelot (Vidéotopsie) et Didier Lefèvre (Médusa Fanzine), mes patrons Rigs Mordo (Toxic Crypt) et Jérôme Ballay (Ze Curious Goods), mais aussi Laurent Faiella (Le Fanzinophile) et Chris Labarre (Le Steadyblog et le zine qui va avec).

Ouais bon... j'ai encore raté ma vie quoi...

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lundi 19 février 2018

Frank Castle: The Punisher #71-74 – Welcome to the Bayou (2009)


Frank Castle: The Punisher #71-74
Welcome to the Bayou
(2009)


Lorsque Garth Ennis présente la version définitive du Punisher en 2004, la revue s'intitule simplement The Punisher et se trouve encore liée à l'univers officiel Marvel (dit 616). Bien vite il apparait que ce nouveau Frank Castle ne peut plus vraiment co-exister avec les super-héros, et le personnage est déporté vers un label secondaire du nom de MAX. Une sorte d'équivalent de Vertigo chez DC Comics, qui permet aux auteurs de pondre des histoires plus sombres que d'ordinaire ou portant sur des thèmes plus sensibles. Et graphiquement plus osées puisque s'adressant à un public "mature". Cette version remaniée se présente comme un véritable monstre s'attaquant à des criminels résolument humains. Point d'extraterrestres, de cyborgs ou de mutants, mais tout un tas de mercenaires, d'esclavagistes, de fascistes et surtout de psychopathes complètement pétés du bulbe commettant les pires atrocités possibles.
Le surnom de "Punisher Max", donné à la série par les lecteurs, est pour ainsi dire parfait pour décrire ces nouvelles aventures du vigilante qui n'ont jamais parues aussi extrêmes, même durant les années 90. A tel point qu'après avoir changé de nom une première fois, passant de The Punisher à Frank Castle: The Punisher, la publication sera définitivement renommée Punisher MAX fin 2009.


Soit presque immédiatement après ce Welcome to the Bayou, qui troque le cadre urbain habituel pour les marais de la Louisiane. Je recommande d'ailleurs la bande originale de Sans Retour pour coller à l'atmosphère de cette histoire, qui n'est globalement rien d'autre que le Punisher vs. Massacre à la Tronçonneuse ! Le scénariste, Victor Gischler (Deadpool Corps, Punisher MAX: Little Black Book), livre basiquement un bon vieux film de Hicksploitation où une bande d'adolescents cons comme leurs pieds sont décimés par une famille de maniaques cannibales, mais en y rajoutant l'homme au T-shirt à tête de mort. Cela rend le présent comic-book immédiatement supérieur les 3/4 des Survivals et slashers modernes où la règle d'or semble désormais être de faire survivre les ordures sadiques plutôt que les victimes terrorisées.
Et cette fois ce n'est pas parce que la menace à la force du nombre, ou de la brutalité, qu'ils s'en sortiront sans mal face à quelqu'un de la trempe du Punisher – lequel est d'ailleurs taillé comme un culturiste, ce qui lui donne des airs de Jason Voorhees. Le résultat est un bain de sang très satisfaisant où des idiots insupportables sorti d'un film d'Eli Roth se font massacrer par des rednecks difformes et pervers, tandis que ces derniers tombent comme des mouches lorsque leur chemin croise celui de l'anti-héros.


Le point de départ évoque presque une blague, par sa simplicité. Ainsi nous sommes en pleine période de Spring Break. Avec un petit truand enfermé dans son coffre, Castle fait le trajet de Houston à la Nouvelle Orléans afin de l'échanger contre des informations importantes et préfère s'engager sur les petites routes pour éviter les problèmes. Dans un coin paumé des marais de la Louisiane, il est rattrapé par une voiture roulant à tombeau ouvert: des jeunes, en route pour une fête. Tous font un arrêt à une petite station service perdue au milieu de nulle part, et Frank est le premier à repartir. Non sans se faire la remarque que l'endroit est louche et que le tenancier semble clairement perturbé.
Parce qu'il respecte la limite de vitesse, il réalise bien vite que le groupe d'étudiants aurait dû le rattraper depuis un moment. Prit d'un doute, il s'arrête, attend, puis décide de rebrousser le chemin pour savoir ce qui leur est arrivé. Évidemment le relais est désormais désert, et son exploration le mène vers une petite maison isolée où l'accueille une bimbo ouvertement sexualisée. Une tarée qui le drague et l'éloigne l'air de rien de la zone, ce qui ne fait que lui mettre la puce à l'oreille. Le Punisher décide donc de prendre les armes et explorer les parages histoire de comprendre ce qui s'est passé entre les ploucs du Bayou et les  vacanciers qui ont disparu...



En gros l'intrigue part juste du principe que le personnage se tient "au bon endroit, au bon moment" et ne cherche pas à faire plus compliqué que cela. Honnêtement le carnage aurait pu être très court, une bande de dégénérés vivant dans le trou du cul du monde n'étant évidemment pas de taille contre le soldat expérimenté, et c'est là que le scénariste limite autant que possible le personnage. D'une part celui-ci n'avait pas prévu la situation et ne possède rien d'autre qu'un petit pistolet sur sa personne. Ensuite il n'a pas le temps de planifier quoique ce soit, car son prisonnier menace de se réveiller et il ne dispose que de très peu de temps pour l'amener à bon port. Enfin, ses adversaires sont nombreux. très nombreux. Et possèdent quelques gros bras dans leurs rangs.
La famille Geauteaux ne se limite pas à un groupuscule de quelques membres, comme c'est le cas au cinéma, et cumule nombre de frères, neveux et cousins, qui servent de chair à canon pour notre plus grand plaisir. Beaucoup croulent sous les balles et les coups du Punisher, mais ça ne les empêchent pas de former une masse dangereuse qui le neutralisera.


Il faut aussi compter sur quelques piliers comme Big Daddy, le patriarche, plus intelligent que la moyenne. Sa fille, une sadique totalement folle, et surtout son fils Earl, un véritable géant si costaud qu'il met le vigilante au tapis sans effort et s'éclate même à faire du catch avec des alligators ! Mentionnons également Roy, un gringalet obsédé sexuel, General Lee, un reptile de compagnie gigantesque et probablement inspiré de la bête du Crocodile de la Mort (de Tobe Hopper, réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse bien sûr). Enfin, et pour rejoindre le côté vraiment Bis de la Hicksploitation et des slashers campagnards, il y a Junior. Un colosse encore plus impressionnant que Earl, vivant à l'écart et cachant sa difformité à l'aide d'un sac à patate sur la tête.
Une belle brochette de tarées qui auront le temps de s'amuser un peu avant que le vent tourne, quand Frank Castle leur échappe. Ils profitent en effet de leurs nouvelles proies pour organiser un gigantesque barbecue, où viols et exécutions sont au programme. Un jeune homme est suspendu par les pieds au-dessus de l'eau, jusqu'à ce que le General le coupe en deux d'un coup de mâchoire. Un autre est littéralement empalé sur un tourne-broche, grillé au feu doux et consommé par la famille ! Les deux adolescentes sont gardées dans des cages, en sous-vêtements, pour être violées, et l'une d'elle est d'ailleurs emportée pour ne jamais être revue...


Contre toute attente, c'est l'otage de Castle qui lui sauvera la mise, le libérant après avoir été témoin de ces horreurs. Le gangster, bien qu'habitué à la violence, n'arrive pas à encaisser et va faire équipe avec son kidnappeur pour se débarrasser des cannibales. Le duo se fait prendre en chasse à travers le marécage, mais c'est comme un retour au Vietnam pour le Punisher qui devient alors un MacGyver du meurtre. Il plante des hachoirs dans des crânes, transperces des corps avec des tiges en métal, brises des cous, égorges, etc... Un vrai festival, d'autant plus jouissif que d'ordinaire ce sont les autres qui infligent ce genre de choses à leurs victimes. Peu habitué à se faire résister, ils paraissent subitement aussi vulnérable que les routards qu'ils assassinent à tour de bras.
En fait cette facilité déconcertante avec laquelle l'anti-héros se débarrasse d'eux est presque un problème, tant le scénariste efface les menaces qu'il met en place au cours de son histoire, rendant beaucoup de confrontations assez décevantes. Pourquoi introduire le General comme un alligator plus gros que la normal pour finalement le tuer si vite par un Earl qui s'ennuie ? Sans doute pour rendre celui-ci plus impressionnant avec sa force quasi surhumaine. Mais quel intérêt s'il est lui-même expédié comme un simple figurant aussitôt Castle libre ?


Peut-être pour présenter Junior comme le véritable Russe / Barracuda de service, un monstre de film d'horreur qui semble effectivement invulnérable. Pourtant c'est moins sa puissance qui le rend remarquable que son côté "grand enfant", comme lorsqu'il pénètre dans sa cabane incendiée pour sauver son petit lapin en peluche. Bref, c'est comme s'il manquait un numéro, quelques plages supplémentaires, pour donner un peu plus d'ampleurs aux duels entre le Punisher et les soit-disant gros bras des Geautreaux, qui apparaissent finalement très secondaires.
D'un autre côté il faut admettre qu'il est amusant de voir ce clan de psychopathes être terrassé si facilement, ne serait-ce que pour prendre le contre-pied de ce qui se fait dans les films actuellement. De plus le scénariste nous gratifie de quelques bons moments en-dehors du massacre général, comme l'idée que Junior garde sa peluche dans la poche ventrale de sa salopette, le fait que Castle lui-même ne peut pas totalement haïr ce géant malheureux, plus pathétique qu'autre chose, mais tout en le craignant puisqu'il est capable de se mouvoir même après avoir été fatalement blessé. Il y a le sort de ce gangster épuisé, qui a connu des actes terriblement violent du fait d'avoir vécu dans le ghetto mais qui se retrouve ici complètement dépassé, et aussi ce regard silencieux que le Punisher donne à l'ultime survivante qu'il sauve à la fin de l'histoire – sans dire que celle-ci devient aussi folle qu'une Sally Hardesty, elle lâche une ligne de dialogue qui interroge sur sa santé mentale.


Délivrance est forcément cité (deux fois !) par un protagoniste, et si le look de Junior n'est pas sans évoquer celui de Jason dans le deuxième Vendredi 13, cela pourrait aussi bien être une référence au Chainsaw Man de Resident Evil 4 (lui-même un amalgame de Jason pré-masque de hockey et de Leatherface), ce qui me semble être confirmé par le siège de la cabane où s'est retranché Castle par les Geaudreaux, assez similaire à une scène mémorable au tout début du jeu de Capcom...
Pour anecdote, alors que le personnage de Roy est tué relativement tôt dans le comic-book, on peut retrouver plusieurs "clones" de celui-ci à travers toute l'histoire. Difficile de dire s'il s'agit d'une erreur du dessinateur ou d'un choix volontaire (frère jumeau ou ressemblance familiale lié à l'inceste), mais c'est assez perturbant lorsque l'on s'en rend compte. Aucun reproche à l'artiste, Goran Parlov, dessinateur récurrent sur la série qui sait sûrement très bien ce qu'il fait, et puisque l'on retrouve le nom de ce tocard d'Alex Alonso dans l'équipe rédactionnel je préfère lui imputer la responsabilité de tous les (petits) problèmes que l'on peut avoir avec cette BD. Ça lui fera les pieds.


S'il est évident que les fans du Punisher peuvent se jeter sur Welcome to the Bayou sans la moindre hésitation, cette story-arc conviendra tout aussi bien aux fans de Hicksploitation et autres clones de Massacre à la Tronçonneuse. Et pour être franc, ces quelques pages m'ont parues bien plus divertissantes que l'intégralité de Leatherface 2017, dernier opus officiel de la saga par laquelle tout a commencé...



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jeudi 15 février 2018

The Beach Ball Alien – Dark Star (1974)

Lost (and found) in the 5th Dimension
Épisode 15

THE BEACH BALL ALIEN
Dark Star (1974)


Il n'en a pas l'air avec sa tronche de ballon de plage (non réellement, c'est un ballon de plage – à peine maquillé), mais ce petit monstre est basiquement l'ancêtre du célèbre Xénomorphe de Ridley Scott. Alors attention, il n'est pas tellement brouillon de la créature elle-même, telle qu'elle fut désignée par H.R. Giger, mais plutôt un prototype de Alien – le film, le concept de l'extraterrestre ramené à bord d'un vaisseau spatial et qui cause bien des problèmes. Tout le monde connait la petite histoire: Dark Star fut le film d'étudiants de John Carpenter et Dan O'Bannon, et lorsque le duo se sépara pour divergences artistiques et poursuite de carrière, le second en recycla une petite partie pour la développer plus conséquemment et en faire un long-métrage à part.
Et s'il y a quelque chose d'amusant dans le fait qu'il y ait une connexion véritable en ce film sans budget et l'une des plus célèbres franchises d'Hollywood, il est encore plus drôle de trouver un lien entre ce morceau de plastique gonflé à la pompe à vélo et le fantastique dragon de l'espace que nous connaissons tous. Ses origines n'ont évidemment pas d'importances (tout comme dans le premier Alien), mais quelques dialogues révèlent la raison de sa présence sur le vaisseau spatial des protagonistes.


L'intrigue retrace l'odyssée du Dark Star, une navette spécialement construite pour l'exploration des recoins sombres de la galaxie. La mission de l'équipage est de voyager de secteurs en secteurs à la recherche de zones habitables pour de futur colonies, avec pour ordre de détruire toutes planètes "instables" pouvant causer des risques. Leur objectif secondaire est de s'intéresser à celles susceptibles d'abriter d'autres formes de vie, et ainsi, dans la région spatiale des Nuages de Magellan, le Commandant Powell détecta un astre correspondant à cette directive. Leur découverte fut un être étrange ayant la forme d'un cucurbitacée doté d'une paire de pattes griffues et palmées, et que l'équipage décrit comme une sorte de "légume pourri qui pète". Une déception, et la chose aurait été laissée sur place si ce n'était pour l'insistance du Sergent Pinback de la ramener à bord. L'explorateur insista en effet pour l'adopter car la trouvant mignonne, et jugeant que le vaisseau avait besoin d'une mascotte !
Et l'alien d'être enfermé dans une petite pièce de stockage pendant ce qui semble être plusieurs années. Car lorsque le film commence, le Dark Star est en mission depuis vingt ans déjà, et Powell a trouvé accidentellement la mort depuis au moins une dizaine d'années.


Le but du film est justement de montrer l'instabilité de l'équipage, leur manque de confiance et leur perte de repères. A force de dérive et d'isolement, de missions répétitives et d'une communication de moins en moins fréquente avec la Terre, les membres sombrent dans une forme de léthargie et de dépression qui confine à la folie. Doolitle s'accroche au boulot de destruction mais ignore le reste de ses obligations, Talby reste à la vigie et passe son temps à contempler les étoiles tout en se coupant du monde, et Boiler s'amuse à tirer au fusil thermique sur des portes blindées sans se soucier des règles de sécurité. Quant à Pinback, en fait un imposteur qui s'est retrouvé là par un coup du sort, il agace tout le monde, dénigre ses compagnons et se sent méprisé par ceux-ci en retour. Et bien sûr il a perdu toute affection pour son petit compagnon extraterrestre, le voyant désormais comme une corvée dont il se passerait bien...
Tout le segment "Alien" de Dark Star se concentre donc sur la dernière interaction entre le Sergent et son monstre, les deux se disputant suite à un problème de nourriture. La navette est à court du type de ration dont l'animal raffole et celui-ci se rebelle alors, quittant sa cellule et s'attaquant à son gardien.


Ce qui s'ensuit est pratiquement le brouillon de la scène où Brett (Harry Dean Stanton) traque le chat dans la salle des machines du Nostromo avant de tomber sur le Xénomorphe. Mais si ce n'était pour la musique de John Carpenter, comme toujours prenante et jouant ici sur la tension, ce qui apparait ici est plus proche du Splastick que de l'Horreur pur. En fait on pense moins à Alien qu'à Evil Dead 2, lorsque Bruce Campbell part à la recherche de sa main coupée et s'en prend plein la tronche !
Pinback est un idiot fini et sa poursuite de l'extraterrestre à des allures de cartoon façon Looney Tunes ou Tex Avery: quand l'humain prend un balai pour repousser son adversaire, celui-ci lui arrache des mains pour lui taper sur la tête avec. L'un utilise une planche pour franchir une cage d'ascenseur vide, l'autre la retire pour le piéger et l'obliger à passer par une corniche minuscule. Lorsque le personnage manque de tomber et se raccroche au dernier moment, le monstre le chatouille pour lui faire lâcher prise. Au final, l'astronaute tuera la bête à l'aide d'un fusil anesthésiant, la fléchette trouant la cible qui se dégonfle comme un ballon de baudruche en voltigeant dans tous les sens !


Nous sommes donc très loin de Alien, quand bien même tous les ingrédient son là: les coursives du vaisseaux recèlent de coins sombres, la créature vindicative se cache partout et se trouve capable de grimper sur les parois verticales, Pinback se défend avec les moyens du bord tandis que le Dark Star se prend des dégâts dans la lutte.
Et l'air de rien, il y a même une volonté de rendre la créature "organique" malgré son apparence très limitée. On peut ainsi la voir respirer, le ballon oscillant de bas en haut constamment mais se figeant aussitôt que quelque chose retient son attention. Il tapote ses griffes contre le sol lorsqu'il réfléchit et émet des bruits constan, qui ressemblent à la fois à ceux du Cousin Machin de La Famille Addams et à des sifflements de jeux vidéos d'époque. A vrai dire la créature est même "jouée" par Nick Castle (Michael Myers dans Halloween !), lequel a certainement dû animer les pattes et jeter la balle à la tronche de Dan O'Bannon... Enfin l'aspect "ballon" du design, hautement ridicule, est pleinement reconnu par le film qui va jusqu'à expliquer que la bête était remplie de gaz, d'où son allure improbable.


Notons également une envie de développer son comportement à travers quelques réactions: la raison de la rébellion de l'alien est plutôt drôle si l'on regarde bien ce que Pinback lui donne à manger: un petit légume tout rond qui lui ressemble ! La créature s'immobilise immédiatement et son refus de manger est compréhensible. Il y a également cette petite souris en caoutchouc qui lui sert habituellement de jouet, et qu'elle finira par gober faute de mieux.
Peu d'infos côté behind-the-scenes en revanche, si ce n'est qu'un bref plan révèle que la balle utilisée était blanche à l'origine, la peinture s'étant écaillée. Les conditions de tournages étaient si limitées que Carpenter et O'Bannon n'avaient même pas de storyboards pour les séquences avec l'alien. Le duo savait pertinemment que leur monstre était limite inacceptable, et George Lucas lui-même, qui passait visiblement par là, s'est permis de les critiquer ! Le gros binoclard, la tête pas encore totalement dans les étoiles, aurait déclaré que l’extraterrestre était bien trop cheap et aurait dû être représenté différemment.


Et s'il est vrai que celui-ci parait risible face aux créatures que l'on trouvera dans le Star Wars original (et dont la moitié ont depuis été remplacées par des trucs immondes au CGI, via les éditions spéciales), c'est quand même oublier que Dark Star n'est pas le type de film qui aurait bénéficié d'un "beau" monstre. Car voilà un petit projet d'étudiant essentiellement humoristique, dont les délires sont bien souvent proches de ceux d'un Terry Gilliam. Le ballon de plage y est totalement à sa place, et la bagarre entre Pinback et son animal aurait été totalement hors propos si la bête avaient été plus réaliste ou agressive.
Quoiqu'il en soit, O'Bannon s'est bien rattrapé par la suite et son concept a donné naissance à l'un des plus mémorables représentants d'outre-espace. Le légume extraterrestre, lui, ne se limite pas juste à son rôle de prototype et on peut même lui trouver sa propre histoire avec un avant et un après Dark Star. En quelque sorte. Ainsi, des années plus tôt, la série Le Prisonnier (1967) avait déjà fait la même chose avec Rover, une entité d'origine inconnue représentée par une grosse boule blanche qui s'attaquait à ceux voulant fuir le Village.
De nos jours, un fan s'est amusé à recréer la chose pour la version PC de Fallout: New Vegas. Un "mod" téléchargeable qui le rajoute comme ennemi pour le joueur. La créature y est reproduite avec un soucis du détail plutôt impressionnant et se trouve même dotée d'un environnement unique: des toilettes appartenant au Dark Star, qui se sont présumablement écrasées sur la planète et où l'on peut notamment retrouver la combinaison du Sergent Pinback !


vendredi 9 février 2018

Lobstora – Multiple Maniacs (1970)

Lost (and found) in the 5th Dimension
Épisode 14

LOBSTORA
Multiple Maniacs (1970)

I am a maniac.
I am Divine.


Eh, vous vous souvenez des Craignos Monsters ? Ils me manquent aussi. Et voilà pourquoi aujourd'hui j'ai décidé de vous parler de Lobstora, un improbable homard géant que l'on doit à l'esprit déjanté (et sous drogues, surtout) de John Waters. Et oui, le réalisateur de Pink Flamingos et de Hairspray a bien inventé un monstre pour l'un de ses films ! Un gros, en carton-pâte et animé par des fils grossiers qui se voient à l'écran, comme s'il provenait d'une quelconque œuvre oubliée de Ed Wood. Peut-être un mutant géant, héritier des films hollywoodien de l'Âge Atomique et, naturellement, des Daikaiju Eiga. Ou peut-être une hallucination créée par l'instabilité mentale d'un horrible personnage, coupable d'homicides, de sadisme, de déviances sexuelles et de consommation de stupéfiant. Le fait est qu'on n'en sait rien, puisque Lobstora débarque comme un cheveux sur la soupe dans une histoire criminelle qui n'a rien de surnaturelle, et repart aussitôt son méfait accompli.
Ce film, c'est Multiple Maniacs. Un titre qui n'a rien d'innocence puisque renvoyant à l'éternel rôle modèle du réalisateur, le Parrain du Gore H.G. Lewis, et dont le seul but était de choquer, de bousculer la bonne morale et la société. De se moquer aussi bien des Hippies d'alors que des conservateurs qui les détestaient. Mais surtout d'exposer Divine à la face du monde. En gros, le prototype de Pink Flamingo, qui sera justement le projet suivant du metteur en scène.


L'intrigue présente la drag queen dans le rôle de "Lady Divine", une psychopathe dégénérée et tenancière de La Cavalcade de la Perversion. Un "show" ne présentant que des actes sales, bêtes et méchants afin de choquer la bourgeoise. Un type y bouffe son propre vomis, un camé en manque se pique devant tout le monde, des gens tout nu font la pyramide et des lesbiennes barbues s'embrassent. Une arnaque, puisque les visiteurs, qui entrent gratuitement, sont détroussés à l'issu du spectacle. Seulement Divine, autrefois petite truande pas bien dangereuse, sombre de plus en plus dans la folie et n'hésite plus à abattre tout ceux qui lui déplaise. Quand le film commence, elle est devenue las de sa petite troupe et compte les abandonner, désirant maintenant braquer des passants pour les tuer immédiatement avant de les voler.
Cela inquiète son petit ami, et d'ailleurs ils ne sont plus amoureux. Lui voit une jeune femme en douce et aimerait disparaitre avec elle, l'autre pense trainer avec un raté et fantasme à l'idée de se débarrasser de lui. Multiple Maniacs retrace alors les dernières instants de Lady Divine avant qu'elle ne bascule totalement dans une rage meurtrière, la conclusion étant évidemment un bain de sang. Entre temps nous rencontrons sa fille, toujours topless et droguée, une "prostituée religieuse", qui enfoncera un rosaire dans l'anus de l'héroïne (en pleine église, sinon c'est pas drôle) et une bimbo gérontophile qui se tape apparemment son oncle.


Et Lobstra, dans tout ça ? Il débarque dans la scène finale, juste après le massacre, interrompant la meurtrière en plein délire pour la violer sur son canapé ! Puis il se retire, sans que le spectateur ne puisse bien comprendre ce qui vient de se passer. Vu l'époque (nous sommes fin 69 et le tournage a eu lieu pile entre le meurtre de Sharon Tate et l'arrestation de la famille Manson) et les déclarations de John Waters quant à sa consommation de joints, il apparait évident qu'il n'y a aucune logique derrière cette scène. La créature n'est qu'un des multiples éléments du film conçus afin de choquer le public, et ne diffère des scènes "répulsives" ou "insultantes" que par son caractère surréaliste qui brise la narration. En soit il n'est pas unique puisque, plus tôt dans le film, Divine est déjà violée par un marginal, et rencontre alors un Saint prenant la forme d'un gamin habillé comme un pape. Une séquence faussement symbolique où il ne faut rien y voir, et qui s'apparente un peu aux élucubrations mystiques d'un Jodorowski.
Le homard, lui, peut cependant avoir un semblant de sens pour peu que l'on veuille bien lui en donner un. Et à défaut d'origines, c'est toujours ça. Ainsi le crustacé peut être perçu comme un démon intérieur, une représentation de l'inhumanité de Divine et des horreurs qu'elle a commis et vécue. Juste avant son apparition, elle est justement en plein monologue où elle se décrit comme un véritable monstre capable de tout détruire sur son passage.


Peut-être est-il son alter ego, sa part sombre. Il est dit qu'elle n'était pas si méchante autrefois, puis a fini par devenir de plus en plus sordide avec le temps. En fait, dans le scénario original, elle était même Charles Manson avant que Charles Manson ne devienne un figure publique ! John Waters avait cette idée d'une personnalité malfaisante utilisant son entourage pour commettre ses méfaits. Tout comme Manson et son clan, Divine possède son cirque et nombreux sont ceux qui la reconnaisse et rêvent de travailler pour elle. La résolution de l'affaire modifiera les plans du réalisateur, où il devait être confirmé qu'elle était coupable des meurtres avec son petit ami, et à la place elle se contente d'utiliser ces évènements pour faire chanter son compagnon et l'obliger à lui obéir.
Le final de Multiple Maniacs détruit le peu d'humanité qui lui reste à travers une série d'évènements extrêmes: elle est violée, a une relation homosexuelle moyennement consentie, tue quatre personnes dont son conjoint, qu'elle éventre avant de dévorer ses tripes. Elle voit son seul véritable ami être tué sous ses yeux puis découvre le corps sans vie de sa propre fille. Divine sombre alors et s'imagine être profanée corps et âme par une créature inhumaine. L'instant d'après, elle perd la raison et erre dans la rue, attaquant tout ce qui bouge. Il y a aussi quelque chose d'intéressant dans le fait qu'elle prononce son nom lorsqu'il s'en prend à elle, un peu comme si elle le connaissait...
C'est sans doute poussif, mais comme je l'ai dis, on peut voir des symboles si on les cherches biens.


Côté behind-the-scenes il y a également quelques anecdotes. construit par Vincent Peranio, le chef décorateur dont ce fut la toute première tâche pour le film, Lobstora aura coûté environs 37 dollars pour une semaine et demi de travail. John Waters l'aura ensuite conservé chez lui pendant un bon moment avant de devoir s'en débarrasser, la chose commençant à tomber en morceaux avec le temps. Et plutôt que la poubelle, l'excentrique réalisateur opta pour un service funéraire en pleine mer, la dépouille du monstre ayant été jetée à l'eau depuis le port de Baltimore ! Un endroit apparemment peu touristique car seuls y trainaient les marins et les rats. Quand le responsable de Pink Flamingo décrit les lieux comme étant "the worst place", c'est que cela devait être quelque chose...
Quant aux origines exact de la provenance du crustacé, il ne faut pas voir plus loin qu'un stupide trip du réalisateur qui aura prit un peu trop d'acide ! Alors établit dans le petit bled portuaire de Provincetown, dans le Massachusetts, celui-ci trouva l'inspiration dans l'image récurrente d'un homard, présente un peu partout: sur des cartes postales, sur des T-Shirt, etc. Une icône incontournable de la ville qui s'explique facilement puisqu'il s'agit d'une spécialité culinaire. Le restaurant The Lobster Pot compte d'ailleurs parmi l'un des plus vieux et des plus reconnaissables établissements du coin, exposant fièrement son enseigne en forme de gros homard !


Le plus souvent, l'artiste déclare s'être inspiré d'une carte postale montrant la bestiole placée dans le ciel. J'ai effectivement retrouvé une image similaire, mais entre ça, d'autres déclarations où il prétend avoir vu voir le homard dans les nuages et le fait que le logo du Lobster Pot se trouve en hauteur, j'imagine que cette vision découle de différentes sources s'étant sans doute altérée avec le temps (et les drogues, surtout les drogues).
Il y a toutefois une coïncidence amusante à relever, via une interview pour le site Ew.com lors de la sortie Blu-ray de Multiple Maniacs. En parlant de Divine, Waters confie que l'acteur n'a jamais vraiment voulu passer pour une femme bien qu'il fut une drag queen. Qu'il n'était pas transgenre et qu'il se voyait plutôt comme Godzilla, détruisant tout sur son passage et effrayant quiconque. D'où le final du film sans doute, où le personnage est exécuté par la Garde Nationale après avoir causé la panique générale en pleine ville. Quelques années avant le tournage, en 1966, le légendaire lézard atomique de la Toho aura justement combattu un homard géant: Ebirah. Coïncidence ? Probable, mais puisque le film est sorti en salles aux États-Unis en 1969, il y a quand même de quoi se poser des questions !