lundi 24 avril 2017

Space: Punisher (2012)


Space: Punisher
(2012)


Une bien étrange BD que ce Space: Punisher. Il s'agit moins d'une histoire que l'élaboration d'un nouvel univers alternatif pour Marvel Comics, une introduction permettant aux auteurs de placer les personnages de leur choix dans une continuité différente de l'officielle (dite 616). Un peu à la manière de Marvel Zombies, Noir, The End ou Marvel Universe vs. Ainsi le titre de l’œuvre, Space: Punisher, pourrait être décliné à l'infini et proposer d'autres volumes baptisés Space: Wolverine, Space: Deadpool, Space: Spider-Man, etc. L'auteur lui-même s'en amuse et, lors d'une interview à propos de son comic-book sur le site de MTV, racontait vouloir absolument écrire un Space: Mole Man, qui effectivement aurait sans doute été hilarant !
Et il faut reconnaitre que cette nouvelle version du Marvel Universe est plutôt séduisante puisque prenant la forme d'un space opera. Certes, nombreux sont les personnages cosmiques dans le roster de la Maison des Idées et, entre un Silver Surfer, un Super Skrull et quelques Gardiens de la Galaxie, il existe déjà une multitude d'aventures spatiales dans leur catalogue et il n'y a pas tellement besoin d'y voir plus loin. Mais ici le concept est de détourner toutes les figures connues, de les réadapter sans se soucier de logique ou de cohérence avec les publications précédentes: le scénariste est totalement libre de faire ce qu'il veut à qui il veut.


Au-delà de ça, Space demeure un vaste terrain de jeu où l'on ne se contente pas d’aligner quelques extraterrestres et vaisseaux spatiaux: c'est au contraire l'occasion parfaite de jouer avec les références, les hommages et les gadgets improbables ! Par exemple, si Frank Castle est un adepte de l’artillerie lourde sur Terre, jonglant entre les mitrailleuses, les lance-roquettes, les mines et les grenades, il se rapproche cette fois plus du Lobo de DC dans ses techniques d'extermination: épée laser, bombe à trou noir, téléporteur expédiant dans le vide de l'espace et canon spatial géant placé en orbite des planètes qu'il visite !
Le créateur, Frank Tieri (Punisher: Noir, qui revisitait déjà l'univers 616 sous une thématique particulière, le crossover The Darkness / Wolverine, mais aussi le jeu Marvel vs. Capcom 3, et son complément Ultimate), s'éclate dans tous les sens avec les nombreuses possibilités de son bébé, visant avant tout l'humour, le divertissement. Une illustration de fusillade reprend la fameuse pochette du jeu Doom, l'antagoniste réalise a quel point le Punisher est prêt à tout pour arriver à ses fins et s'exclame "Even vengeance has its limits" en une référence au film avec Dolph Lungren, et lorsque les Watchers entrent en jeu, ils étudient l'affaire Frank Castle en observant ses alter-egos de Punisher: Noir et de la version Garth Ennis du label MAX.


Outre les gags qui fusent dans tous les sens (le Général Ross qui désintègre un subalterne ayant un très mauvais sens de l'humour), ce qui retient le plus l'attention reste évidemment les transformations apportées à l'univers Marvel. Ici il est globalement tenu en ordre par la Avenger Federation, une ligue de super-héros si vaste qu'elle habite sur sa propre planète ! On y retrouve quelques figures connues et apparemment inchangées comme un Captain America, Vision, Thor ou la Sorcière Rouge, mais on constate ensuite que Ant-Man et Wasp sont des humanoïdes à moitiés insectes et Iron Man est une sorte de Two-Face mi-humain mi-robot. Une petite armée qui a fini par venir à bout de Galactus, mais un autre danger vient maintenant secouer les voyageurs de l'espace: Hulk. Toujours Bruce Banner, victime d'exposition aux radiations Gamma, sauf qu'ici le colosse vert fait place à un géant à quatre bras hommage évident aux martiens de Edgar Rice Burroughs et de son John Carter.
Celui-ci navigue à poil dans le cosmos, pulvérisant le moindre vaisseau passant à sa portée, et les forces militaires font ce qu'elles peuvent pour se débarrasser de lui depuis qu'il a massacré les Quatre Fantastiques. Mais un danger plus grand se cache, inconnu de tous: une alliance entre différents tyrans intergalactiques portant le nom de Six-Fingered Hand (la main à six doigts).  Une mafia œuvrant aux quatre coins de la galaxie, la contrôlant secrètement à travers toutes les organisations criminelles existantes.


Ses six leaders ce sont Magneto, qui ressemble à un sorcier, Ultron, apparemment organique même s'il est soit-disant artificiel, Red Skull, toujours le Nazi que l'on connait mais dont l'armée est constituées de Hitlers monstrueux possédant griffes, crocs, cornes ou yeux multiples, Dr. Octopus, dont les jambes sont remplacées par de véritables tentacules, le Green Goblin, qui garde son apparence habituelle sauf qu'ici ce n'est pas un costume, et enfin la Reine d'une race appelée Sym-brood, fusion entre les Broods (les Xénomorphes de Marvel) et les symbiotes ! Punisher: Space s'ouvre même sur l'image assez épique de plusieurs Acanti, ces poissons géant servant de vaisseau aux aliens, portant ici les couleurs de Venom...
Parmi les autres personnages croisés dans les pages du comic, citons également Rhino, désormais humanoïde-animal façon Rocksteady des Tortues Ninja, Barracuda, le "mutha fucka" hardcore qui est désormais un homme-poisson même si cela ne l'empêche pas de regarder du porno ("fish porn !") et le Corsaire, originellement pirate de l'espace et père de Scott Summers (le Cyclops des X-Men) et qui ici s'éclate dans des partouzes avec hommes, femmes, chevaux et sirènes !
Naturellement, Frank Castle lui-même est revisité pour l'occasion, et si le crâne sur le torse demeure, de même que sa croisade contre les criminels, il apparait presque comme un personnage totalement différent de celui que l'on connait. Peut-être trop d'ailleurs.


Le passé de ce Punisher n'est pas totalement révélé et on ignore s'il est un vétéran d'une quelconque guerre stellaire. Sa famille a cependant été tuée par l'organisation 6FH et lorsque le récit commence, cela fait huit ans qu'il traque les responsables, passant pour un fou aux yeux d'autrui puisque personne ne sait qu'ils existent vraiment. Frank Castle n'est toutefois pas seul dans sa quête puisqu'il peut compter sur l'aide d'un petit robot multifonctions, Chip (diminutif de Microchip, d'après son sidekick d'un temps dans l'univers 616), construit à l'image de son défunt fils, et l'intelligence artificielle de son vaisseau spatial. Baptisée Maria, du nom de sa femme, celle-ci en adopte même quelques traits de caractères et utilise sa voix !
Intéressante idée que d'offrir une famille de substitution un peu tordue à Castle, ce qui contribue à sa psyché endommagée et ne fait que le conforter dans son idée de vengeance. Pourtant, loin du tueur limite Boogeyman de la continuité officielle, ce Punisher là apparait comme un bout-en-train, cherchant constamment la blague foireuse, souriant comme un imbécile et se montrant extrêmement arrogant. Ajoutez à cela de longs cheveux qui lui donne l'apparence d'une star de films d'action des années 90 tendance Jalal Merhi, Steven Seagal ou un membre de l'Agence Acapulco, et il passe bien vite pour un gros... douchebag, à défaut d'un mot français...


Et voilà le problème de Space: Punisher. Si la construction de l'univers est intéressante,  le concept à du potentiel et que le ton est volontiers léger et déconneur, il est tout bonnement impossible de s'attacher à son héros ni de s'intéresser à son histoire. Sa "vengeance" n'apparait pas vraiment légitime vu combien il compte sur ses compagnons pour se débarrasser d'un obstacle, donnant parfois l'impression qu'il ferait mieux de rester en retrait et laisser Chip et Maria faire le boulot efficacement. Tout simplement, on ne sent pas le "Punisher", le soldat perdu dans une guerre qui ne se terminera jamais, celui qui exécute sommairement ses proies sans faire montre de regret ni de la moindre émotion. Même l'hilarant Jake Gallows, le Punisher 2099, exagéré à l'extrême, avait plus de légitimité par son attitude et ses actions.
Néanmoins il serait faux de dire que Frank Castle n'existe que sous sa version moderne, ayant prit forme lorsque Garth Ennis s'est emparé de lui, et les années antérieures regorgent d'histoires où celui-ci apparait différent, parfois plus détendu et limite James Bond, parfois caricatural dans sa rage meurtrière. Citons au hasard Échec au Caïd, où il prenait le temps d'avoir une aventure sexuelle avec une jolie équipière... Certains lecteurs n'auront donc aucun problème avec le du personnage tel qu'il est présenté ici, même s'il faut reconnaitre que sa croisade  rencontre tellement peu de difficultés qu'elle n'est guère passionnante.


C'est plutôt Hulk qui vole la vedette, apparaissant ici et là au fil des pages et servant surtout comme une sorte de Deus Ex Machina dans le dernier acte. Comparé à Moby Dick par le scénariste, dans sa présence implacable à travers l'espace, son invulnérabilité et son comportement destructeur, il offre parmi les meilleurs scènes du comic-book. Comme lorsqu'il arrache la tête de Deadpool d'un coup de dents pour mieux la recracher dans l'espace, ou qu'il étrangle Samson avec ses propres cheveux ! Il fait un nœud avec le corps élastique de Mr. Fantastic et à bon usage de ses quatre bras lorsqu'il s'agit d'étriper une bande de Watchers aussi grands que lui. La meilleure scène ? Quand Bruce Banner réapparait, toujours vivant à l'intérieur du corps, comme une sorte de Chestbuster prisonnier, suppliant Castle de l'achever.
D'autres moments d'anthologie montre la douloureuse agonie du Dr. Octopus, attaché à l'avant de Maria et lentement déchiqueté par la vitesse du vaisseau en plein vol. Prisonnier d'un rêve idéal, Castle fini par briser l'illusion en se tirant une balle en pleine tête tandis que qu'un duel le confronte au gringalet Jarvis, majordome des Avengers, qui ici semble totalement invulnérable. Notons enfin la conclusion, loin d'être satisfaisante puisque trop "ouverte" mais semblant être un clin d’œil à ces intrigues où le Punisher va si loin qu'il fini par détruire le monde (Punisher Kills the Marvel Universe, l'apocalyptique Punisher: The End ou encore Marvel Universe vs. The Punisher).


Avec tout ça, allez comprendre, l'éditeur ne semble pas vouloir inclure d'insultes dans le livre et celles-ci s'affichent sous l'habituelle forme censurée ("^#*%"), ce qui a toujours l'effet de me faire sortir du récit, personnellement. Quoiqu'il en soit, et malgré ses défauts, Space: Punisher est suffisamment innovant et fun pour mériter le coup d’œil, d'autant qu'il possède un autre atout dans sa manche: son artiste, Mark Texeira. Déjà présent sur quelques numéro du Punisher "normal"  par le passé, celui-ci ne se contente pas de dessiner les quatre numéros qui forment la publication, puisqu'il travail aussi la peinture. Son style offre une atmosphère particulière qui détonne des travaux plus communs de ses collègues, et s'il n'est pas Alex Ross, il demeure extrêmement talentueux. Jetez un œil à ses représentations de Red Sonja et Vampirella, pour voir ! Elles y sont belles comme des déesses.
Il apparait presque étrange que l'univers Space n'ait jamais été réutilisé, quand bien même la BD appelait à une suite en "libérant" son univers de toute force supérieure pouvant contrôler ou limiter ses personnages: l'épilogue montre le chaos s'étendre à travers la galaxie et les héros peuvent tous se mettre au travail, laissant la place à un Space: Avengers Federation qui n'a jamais vu le jour...
Le Battleworld de Secret Wars aurait été une bonne occasion de ressortir l'idée, même à petite échelle, et on peut toujours espérer qu'un quelconque crossover ou Big Event puisse ramener cette version du Marvel Universe. Pour l'heure, l'ouvrage reste disponible, au choix, dans son format original ou dans le volume TPB les réunissant. Ou au format digital, comme l'indiquait cet horrible sticker sur les couvertures, gâchant de si belles illustrations au passage...



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dimanche 23 avril 2017

Boyka: Undisputed (2016)


Boyka: Undisputed
(2016)


Cela faisait très longtemps que nous attendions les nouvelles aventures de Yuri Boyka, personnage-phare de l'impressionnant Scott Adkins. Sept ans en fait, depuis Undisputed III: Redemption (la date de 2016 ne valant ici que pour une diffusion de festival) où il vola de ses propres ailes et transforma définitivement une "franchise" pour la faire sienne. Transcendé, le film réaliste de Walter Hill, presque plus une étude de personnages que film de prison ou de boxe. Transcendé, le véhicule pour Michael Jai White, son quasi frère d'arme à l'écran comme dans l'arène. Yuri Boyka, le russe tatoué ultra violent, le "most complete fighter in the world" a laissé son empreinte dans le monde de la série B moderne d'action et tous ses suiveurs ne désiraient que de le revoir monter sur le ring.
Preuve en est ces messages constant sur les réseaux sociaux de Scott Adkins et de Isaac Florentine, metteur en scène des deux suites d'Undisputed et compère de longue date de l'acteur, demandant quand verra le jour le quatrième film. Ça viendra, nous disait-on, le duo se réunissant alors pour nous envoyer un Ninja II inattendu et calmant tout le monde (et un Close Range très moyen qu'on ne mentionnera pas puisqu'il s'agissait d'un simple gagne-pain). Pendant ce temps il faut prendre son mal en patience et assister à une apparition de Atkins dans Doctor Strange, où hélas il ne réduit pas Benedict Cumberbatch à l'état de pulpe sanglante.


Et puis enfin le tournage est annoncé avec Boyka: Undisputed IV (il perdra son numéro en cours de production), qui pour la première fois nous montrera la bête de combat lâchée dans la nature. Passé la petite déception de ne pas revoir Florentine derrière la caméra, celui-ci étant remplacé par Todor Chapkanov, réalisateur Bulgare à carrière anecdotique mais pas incompétent, on se rassure bien vite à travers les prouesses physiques d'Adkins et le fait que le script est toujours signé par les "créateurs" du personnage, David N. White et Boaz Davidson. Cela assure la continuité (la blessure au genou est mentionnée) et permet de ne pas se retrouver avec un Boyka différent ou revisité. Encore que l'intrigue nous présente une nouvelle facette du personnage, son humanité, et du coup il existe une sorte de rupture entre le taulard haineux et arrogant vu auparavant et le combattant agressif mais social avec lequel on se retrouve ici.
L'anti-héros montrait déjà auparavant quelques signes d'une personnalité moins brutale qu'il ne laisse paraitre (sa passion pour l'histoire des arts martiaux et son sens d'honneur de combattant dans Undisputed II, et lorsqu'il remercie un adversaire après un combat dans Undisputed III, entamant une conversation avec un autre en découvrant que celui-ci est un père de famille), mais l'amplification est parfois un peu perturbante. Jamais, par exemple, je n'aurai imaginé Boyka faire des dons à l’église du coin afin de les fournir en Bibles, où s'entrainer devant une bande de gamins sans que cela ne le dérange.


En vérité ces éléments ne sortent pas complètement de nulle part, et si le troisième film était sous-titré Redemption, celui-ci pourrait presque s'appeler Undisputed IV: Salvation. Le champion russe a toujours été croyant, sensible à certains thèmes, et il semble ne pas s'être totalement pardonné certains choix de vie. Il essaye clairement à compenser et, s'il explose toujours ses adversaires sur le ring, il cherche à faire en sorte que cela soit pour quelque chose. Il tente coûte que coûte de quitter le milieu du combat clandestin et se voit justement offrir la chance de sa vie de rejoindre les grandes ligues officielles, tentant d'expliquer à un prêtre que malgré sa violence, le free fight possède des règles et n'est pas que brutalité gratuite.
Ce concept amène évidemment à l'intrigue de ce nouveau filmet, après un combat où il se perd un peu trop en démonstration afin d'impressionner quelques représentants, Boyka tue accidentellement son adversaire. Un fait qui ne préoccupe pas grand monde et dont il n'a techniquement même pas à se soucier, l'homme n'étant pas décédé sur le ring mais quelques temps plus tard à l'hôpital, mais qui le bouleverse totalement. Il y voit là un acte à l'encontre des commandements de Dieu et une tragédie pour la famille du défunt. Et alors que son manager ne pense qu'à leurs avenirs dans le business, Boyka tient à présenter ses excuses à la femme de sa victime. Même si cela peut tout lui coûter.


Il la retrace en Russie et retourne au pays, malgré son statut de criminel en cavale là-bas. Bien vite il comprend qu'elle doit rembourser quelques dettes que feu son époux avait contracté auprès d'un mafieux local, comme par hasard organisateur de combats illégaux, et va décider participer à ceux-ci afin que l'argent gagné puisse la libérer totalement. Malheureusement pour lui le responsable ne compte pas se séparer de la veuve, qu'il convoite depuis un certains, et celle-ci n'est pas très réceptif aux condoléances du meurtrier de son mari. Boyka va devoir autant lutter sur le ring qu'à travers son âme pour prouver qu'il n'est pas qu'un tueur monstrueux...
Et ainsi, une partie du film repose sur la relation conflictuelle entre le protagoniste et Alma, sa "demoiselle en détresse" qui n'en demande pas tant mais qui se laissera inévitablement gagner par sa bonne volonté. Pas une romance – ce qui serait de très mauvais goût, même si on frôle parfois la bleuette. De l'inédit dans la saga, jusqu'ici centralisé dans un environnement 100% mec, mais qui au final n'est pas tellement différent de tous les autres films d'action pouvant sortir chaque année. L'intérêt ici, c'est que ce n'est pas un héros générique au centre de cette situation mais Yuri Boyka, que l'on imagine plus hurler comme une bête en étant couvert de sang que balbutier devant une jolie maitresse d'école !


Pour autant, cela ne constitue pas une trahison ou un adoucissement du personnage que l'on a suivi jusqu'ici. Yuri Boyka reste Yuri Boyka. Il jure, il frappe, il ne considère personne et reste dans sa quête de la perfection martiale. Sa rédemption, elle lui permet certes de sauver quelques personnes (Alma et son centre pour enfants) mais elle est avant tout pour lui. Et lorsqu'on le cherche, on le trouve, Boyka: Undisputed donnant avec générosité ce que l'on était venu voir: de la baston. Du un contre un, du deux contre un dans ce qui reste un des meilleur morceau de cet opus, et si la bande-annonce tentait d'annoncer la couleur en montrant son protagoniste avec un pistolet à la main, le film préfère amplement lui refiler une bonne vieille batte de baseball qui parait alors bien plus mortelle. Peut-être pas aussi viscéral que lorsque Adkins l'utilisait pour un duel pour Universal Soldier: Day of Reckoning, mais diablement violent malgré tout.
Les combattants livrent des prestations impressionnantes, la star en tête, et c'est avec plaisir que l'on constate que le metteur en scène (assistant réal' sur à peu près toutes les productions Nu Image / UFO faite dans son pays, il est aussi coupable d'un Monsterwolf assez sympa et a trainé les pieds sur le plateau de La Chute de Londres) sait ce qu'il doit faire pour les mettre en valeur. Il cadre large, sait où se placer et laisse la chorégraphie fonctionner grâce à un montage simple mais dynamique. Tout le contraire des mauvaises productions actuelles où l'action est illisible à cause d'une shaky cam et d'un montage épileptique.


Adkins s'en plaint régulièrement mais il doit parfois composer avec ce type de films pour gagner sa vie, aussi il est heureux que ce nouveau Undisputed ne soit pas tombé dans cette mauvaise catégorie malgré la perte de Florentine en chef d'orchestre. Seul bémol peut-être, l'utilisation du "dernier boss", le champion de l'antagoniste qui ressort sur le matériel promotionnel mais qui n'apparait finalement que pour deux scènes: sa sympathique introduction, qui le présente comme un monstre de combat, une version démoniaque de ce qu'était Boyka dans Undisputed II, et sa confrontation avec celui-ci dans le dernier acte. Un face à face finalement très court et pas plus spectaculaire que ça.
Ce n'était pas faute de jouer sur l'image du personnage, son interprète Maryn Ford étant un colosse aux proportions quasi surréalistes (très proche de Nathan Jones, le Rictus Erectus de Mad Max: Fury Road). Le bonhomme ne parle pas, grogne comme un animal, et la police doit le transporter en harnais et en muselière comme une sorte d'Hannibal Lecter sous stéroïdes. Un beau spécimen mais sous-employé, sans impact sur le récit et finalement moins marquant que le géant Marko Zaror de Undisputed III qui avait plus que son physique pour séduire le spectateur.
Un combat de plus avec lui aurait sûrement fait du bien au personnage comme au film, qui du coup aurait gagné un élément grotesque amusant pour contrebalancer la quête rédemptrice parfois contemplative du protagoniste principal.


En conclusion le film pourrait constituer la parfaite conclusion de la "trilogie Boyka", bouclant la boucle avec une fin pas imprévisible mais faisant un joli clin d’œil à ses prédécesseurs. La toute dernière image, montrant Boyka resplendir, se tenant là où il brille le plus, est une très bonne fin pour le personnage. Pour autant ceci laisse la porte ouverte à une possible suite, le champion étant restitué à son univers d'origine. D'autant qu'il reste cette idée que Boyka a su séduire des officielles du MMA, qui œuvrent dans les grandes ligues où en toute logique devrait opérer "Iceman" Chambers, alias Michael Jai White, son grand rival. L'occasion parfaite d'un match retour !
En attendant de voir où cela nous mènera, tout en sachant qu'un Ninja 3 est également une probabilité pour l'avenir, Adkins retrouvera White prochainement pour les besoins de Triple Threat, où viendra s'ajouter Tony Jaa. Un film réalisé non pas par Isaac Florentine mais par Jesse V. Johnson, cascadeur sur de grosses productions, auteur d'un sympathique The Package où s'affrontaient Dolph Lundgren et Stone Cold Steve Austin, et avec qui Scott Adkins également tourné un Savage Dog qui sortira prochainement. L'air de rien, voilà beaucoup de bonnes choses à venir pour le cinéma d'action de série B !



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jeudi 20 avril 2017

Black Lagoon Fanzine, par Chris Labarre


Chris Labarre, estimé collègue, tenancier du Steadyblog, rédacteur au Steadyzine et maquettiste pour Médusa Fanzine et Hammer Forever (bref, encore un grand), fait un beau cadeau à toute l'équipe de Black Lagoon pour la naissance de leur petit. On l'en remercie très fort !

jeudi 13 avril 2017

The Void (2016)


The Void
(2016)


Après quelques apparitions dans divers festivals fin 2016, The Void est enfin disponible et commence se propager sur la toile via les critiques. Et si sa réputation reste généralement celle d'un vrai bon film d'horreur, totalement premier degré et terrifiant, on commence déjà à voir les retours contraires fleurir, entre les ignorant total de l'univers de H.P. Lovecraft, visiblement incapable de concevoir la notion d'autres dimensions ou de suivre des intrigues censées chambouler la psyché humaine, les vieux de la vieille qui diront avoir déjà vu cela avant et en mieux, l’œuvre citant effectivement un grand nombre de références qui devraient toutes être connues du fan de John Carpenter ou Stuart Gordon, et par les anti Astron-6, qui n'ont jamais aimé leurs précédents films et qui ne voient donc pas trop pourquoi cela changerait. Quand bien même The Void est fondamentalement différent de ses prédécesseurs en ton comme en intentions.
La preuve, bien qu'ouvertement relayé par le site et la page Facebook de la compagnie, ce nouvel opus ne porte aucunement son nom, s'affranchissant de tout lien avec elle. Pas question cette fois de se réclamer de la série B rétro et décalée, du film Bis fantasmé et extravagant, contrairement à ses grands frères: l'idée derrière The Void est de faire du pur Lovecraft, de la terreur au premier degré, et sans aucune concession malgré les quelques clins d’œil qui apparaissent régulièrement. Mettre le film à côté de Manborg ou Father's Day ne ferait que détruire ce concept. Pour autant, ce nouvel opus succède bien à The Editor, dernier né d'Astron-6 qui jouait avant tout sur les codes et clichés du Giallo.


La dernière partie déraillait alors complètement pour mieux rebondir sur un genre différent mais voisin, celui qui donne dans l'épouvante surnaturelle. Un hommage évident aux autres films d'horreur italiens, à commencer par la saga des Trois Mères de Dario Argento et celle des Portes de l'Enfer de Lucio Fulci. La conclusion amenait ainsi à l'existence de réalités superposées, de dimensions parallèles, et de la difficulté pour l'esprit humain à appréhender, comprendre et accepter cette notion. En gros, le tueur aux gants noirs cédait la place une sorcellerie dont les origines remontent à loin dans le temps et dans l'espace. Un thème que l'on associe bien généralement aux écrits de Lovecraft.
Et l'intrigue de The Void d'en constituer une version sérieuse, moins cartoonesque, moins délirante, mais en reprenant les mêmes idées. Le film s'ouvre sur un exécution, deux assaillants débarquant en pleine nuit dans une maison de campagne isolée, trainant un couple au-dehors afin de les exécuter. L'un s'échappe à travers la forêt tandis que l'autre victime est achevée par les assassins, lesquels la brûle vivante après lui avoir tiré dessus. Personne ne semble conscient que la scène a été observée par une figure énigmatique, vêtue d'une toge blanche dissimulant son visage et frappée d'un étrange symbole, un triangle noir...
Le fuyard est retrouvé par Daniel, un député du shérif qui se retrouve obligé de l'emmener à l'hôpital. Une situation compliqué puisque le centre le plus proche est un établissement en cours de déménagement, pratiquement désert, et que s'y trouve sa femme dont il est séparé depuis la mort de leur enfant.


Pas idéal, mais ils font avec et Daniel s'apprête à partir... jusqu'à ce qu'un patient soit massacré par une des infirmières, laquelle semble avoir totalement perdue la tête. Le député est contraint de d'abattre la femme dont il n'explique absolument pas le geste: il l'a connait depuis longtemps, qu'a t-il bien pu se passer subitement ? Mais alors que son supérieur rapplique, tout dégénère. L'hôpital semble assiégé par des hommes vêtu de blanc et portant l'insigne du triangle. Armés, ils attaquent quiconque essaye de partir. Au même moment les deux assassins finissent par débarquer, bien décidés à finir leur travail, et leur proie se protège derrière un otage. Mais surtout le corps de l'infirmière descendu se relève et passe par quelques changements, se transformant en un monstre grotesque fait de chair et de tentacules. La chose fait une apparition surprise, tue le shérif et va obliger tous les autres à s'unir pour comprendre ce qui se passe et fuir au plus vite...
Sauf qu'une patiente est enceinte cou, que l'unique médecin a été tué durant une altercation et que son corps disparait lui-aussi mystérieusement, tandis que certains hommes en blanc commencent à s'introduire dans l'enceinte du bâtiment !
En dire plus serait totalement gâcher la surprise qu'est The Void, qui fonctionne beaucoup mieux lorsqu'on s'y engage en n'en sachant rien. Pour autant sachez que le siège de l'hôpital commence dès la 20ème minute. Ça s'enchaine vite, très vite même, et il faut bien ça pour un film qui ne dure que 85 minutes.


Les réalisateurs ne nous font pas attendre et dégradent constamment la situation précaire dans laquelle se trouvent leurs personnages: les monstres, les maniaques de la gâchette, la secte meurtrière, la naissance d'un bébé qui ne s'annonce vraiment pas bonne, et puis aussi l'apparition d'un deuxième sous-sol qui n'était pas là quelques heures auparavant. Un souterrain qui semble cacher beaucoup de choses dans ses ténèbres, mais que Daniel va se retrouver obligé d'explorer malgré tout, emmenant quelques personnes avec lui tandis que les autres demeurent à l'étage, pas plus en sécurité.
Bref, les metteurs en scène privilégient ici le suspense, la tension et surtout le mystère. Car l'idée est de nous mettre dans le même draps que les protagonistes, totalement largués et devant pourtant plonger les mains dans la merde pour espérer s'en sortir, tandis que l'environnement lui-même semble étrangement transfiguré. Le ciel devient noir, des formes étranges apparaissent dans les nuages, les radios ne fonctionnent plus... Une voiture garé proche du parking est retrouvée bien plus loin, comme si elle s'était déplacée ou que le sol s'était étiré. Et puis il y a ces étranges visions que Daniel commence à avoir, prenant racine dans ses pires souvenirs (la mort de son fils) et affichant des silhouettes vaguement humaines et des paysages qui ne sont pas de notre monde.
Quiconque aura lu Lovecraft comprendra vite de quoi il en retourne, et en fait The Void n'apparait pas tellement différent d'une partie de jeu de rôles basé sur son univers. Quelque chose comme on le trouverait dans le célèbre L'Appel de Cthulhu par Chaosium / Jeux Descartes. L'adepte va très vite trouver ses marques et comprendre les évènements sans avoir besoin qu'on lui dise de quoi il en retourne ici et là.


Les autres ? A moins d'être réfractaire ou d'y mettre de la mauvaise volonté (ou d'être con), il n'y a aucune difficulté à comprendre ce qui se passe d'ici la fin du film. Seulement The Void ne fonctionne pas comme l'habituel produit Hollywoodien qui explique et simplifie toujours tout, et laisse ses visuels et ses dialogues un peu étranges fournir l'explication. Mais très sincèrement les enjeux sont finalement très simples, il n'y a là rien de nouveau, rien qui n'a déjà été fait auparavant, et  il est principalement question d'une adaptation libre de L'Affaire Charles Dexter Ward. D'ailleurs ce texte avait déjà été adapté auparavant avec l'excellent The Resurrected de Dan O'Bannon, et les deux œuvres partagent des séquences forcément similaires (notamment dans la visite de l'antre secrète de l'antagoniste, où se cachent bon nombre d'expériences ratés mais toujours vivantes).
L'argument que The Void est un mauvais film parce qu'il n'explique rien est irrecevable même si beaucoup semble vouloir l'employer. D'ailleurs il suffit de citer l'extrême inverse, d'autres critiques dénigrant le film parce qu'il est beaucoup trop similaire à ce qui a déjà été fait sur le sujet ! Les réalisateurs ne s'en cachent pas, d'une part parce qu'il est sans doute difficile de traiter une telle histoire sans quelques redites, mais aussi parce que nous avons affaire aux gars d'Astron-6.


Manborg, Father's Day, The Editor et leurs (géniaux) courts-métrages reposaient sur un mélange d'influences diverses. Bio-Cop n'est globalement qu'un mix de Dead Heat et de Street Trash, avec des morceaux de Maniac Cop dedans. Fireman est un Halloween pyromane qui pompe quelques autres Slashers d'époque. Ne parlons même pas de Lazer Ghosts 2 qui synthétise toutes les années 80/90. Bref, ces clins d’œil (volontaires) constant sont la preuve que The Void est bel et bien un film Astron-6 malgré les apparences.
Citons pêle-mêle l'hôpital assiégé à la manière d'Assaut, un leader de secte qui pourrait s'apparenter à Pinhead dans ses déclamations et son apparence mutilée, ou encore les métamorphoses de corps humains qui évoquent les abominations de The Thing. Quelques emprunts à L'Antre de la Folie (l'homme pourchassé par les monstres, qui tente de rejoindre sa propre réalité alors que tout se détériore autour de lui) et aux jeux Silent Hill qui partagent ce décor de centre hospitalier décrépit renfermant des monstres et cette corne de brume dont le son est de mauvais augure.
Les créatures errantes dans les catacombes sont évidement identiques à celles de The Resurrected, et puis il y a tout ce qui touche à l'autre dimension. Parfois lumineuse et totalement extraterrestre, comme dans Phantasm, ou prenant la forme d'une plaine grise battu par les vents, où échouent le couple de héros dans ce qui est évidement une reprise du final de L'Au-Delà. Même le triangle noir dans le ciel pourrait évoquer le Leviathan de Hellraiser II, dominant le Labyrinthe de sa lumière ténébreuse. Inutile de mentionner From Beyond, une évidence, mais Prince des Ténèbres et sa plongée de l'autre côté du miroir est également copié dans la conclusion.


L'impression de déjà vu est bien là, c'est indéniable, et si vous ne pouvez pas faire avec ce genre d'influences, vous êtes prévenus. Mais est-ce que cela vient vraiment descendre le film ? Certes il apparait comme beaucoup moins original, mais il ne l'est de toute façon pas pour celui qui connait un tant soit peu la source d'inspiration principale. Qui plus est toutes ces références n'ont aucune incidence sur le film en lui-même, qui ne déraille pas et conserve un sérieux mortuaire de bout en bout. Pas question de flatter le fan, de s'adresser à lui directement quitte à faire une pause dans l'intrigue ou de rompre la tension. D'ailleurs The Void n'est pas ouvertement connecté à la mythologie de Cthulhu et jamais ne sont mentionnés le Necronomicon, les Grands Anciens ou autres petites choses qui auraient vite pu plomber l'ambiance et faire tourner le tout au ridicule à force d'énonciations. Tout au plus peut-on apercevoir dans l'autre monde des pics rocheux qui évoquent les Montagnes de la Folie.
Qui plus est, rappelons que tous ces emprunts ne gêneront dans l'immédiat que ceux qui seront capable de les reconnaitre. De toute façon qui irait s'indigner de voir un monstre tentaculaire innommable prendre forme à l'ancienne, loin des images de synthèse sans âmes des standards Hollywoodien ? Certes l'utilisation de CGI existe ici aussi, notamment pour la représentation de la dimension extraterrestre, mais le reste est principalement conçu par des effets physiques, conférant au film une existence véritable, puisant sa force dans ses images monstrueuses.


L'infirmière-monstre paraît répulsive, dangereuse et sa stature impressionne. L'apparition de cette "mère", engluée dans une toile de tentacules après une grossesse démoniaque, devient palpable et renforce le message affreux qu'elle renferme peut-être (un père soulagé en apprenant la mort de son fils ?). Et puis la renaissance d'une fillette, sous forme d'un immense démon quadrupède qui traine derrière lui le corps sans vie de sa génitrice, fait pour une menace réelle, surtout lorsqu'elle broie le crâne des disciples qui trainent sur son chemin.
En puisant à travers de vieux classiques et en les adaptant à ses propres thèmes (la peur de la mort, le deuil, mais surtout la perte de l'enfant, qui revient sans cesse celui de Daniel, celui de l'antagoniste, celui d'un des vigilantes, sans parler de cet accouchement difficile), sans jamais se fourvoyer dans le second degré ou la facilité, The Void parvient finalement à se forger sa propre identité. Jusque dans sa conclusion avec un choix plutôt équilibré, là où les scénaristes hésitent souvent entre le happy end ou la fin apocalyptique.
Indépendamment du film en lui-même, voilà une énorme prouesse de la part du duo Jeremy Gillepsie (scénariste de Manborg et réalisateur sur Father's Day) / Steven Kostanski (scénariste de Manborg, Father's Day et de Bio-Cop, réalisateur sur ces mêmes titres), qui évoluent enfin pour de bon après tant d'années à jouer dans la cours de récré d'Astron-6. Mais cela montre également que leur bébé est bien plus qu'une simple reprise des classiques de John Carpenter et des clichés sur H.P. Lovecraft, tout en se montrant extrêmement respectueux de sa source d'inspiration. En tout cas plus approprié, en mon sens, que Guillermo Del Toro et ses Montagnes Hallucinées, qui avec Tom Cruise et tout Industrial Light & Magic derrière leurs ordinateurs auraient adapté du Lovecraft comme on fait du Harry Potter.



GALERIE

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lundi 10 avril 2017

Devil’s Prey (2001)


Devil's Prey
(2001)


Bradford May, c'est avant tout (et à défaut d'autre chose !) le réalisateur de Darkman 2 et Darkman 3 avec Arnold Vosloo. Pas un mauvais bougre, mais quelqu'un de presque exclusivement cantonné à la télévision, entre séries, spéciaux et téléfilms, et qui n'aura eu jamais une carrière remarquable. Ses quelques productions plus légitimes ont toujours été destinées au marché vidéo, et là je parle bien de second choix. Son magnum opus c'est le super chiant Astéroïde, avec pourtant Michael Biehn, qui dure presque trois heures sans qu'il ne s'y passe grand chose. Même la chaine commanditaire aura préférée diffuser une version écourté, au grand dam du réalisateur !
Relevons quand même quelques titres intéressant dans son CV: le film de monstre géant Gargantua, qui ne doit son existence qu'au merdique Godzilla d'Emmerich mais qui demeure l'un des rares Daikaiju US de cette période (avec Kraa ! et Zarkorr !), le Mask of the Ninja avec Casper Van Dien, dont j'avais vaguement parlé il y a de cela 8 ans, et le pilote de The Burning Zone, intéressante série qui mixait X-Files avec le film de virus. Il a aussi fait Le Retour de Rick Hunter, mais ça vous pouvez totalement l'ignorer.
Bref, s'il n'est pas vraiment l'homme de la situation pour livrer un bon film, il a quand même un soupçon de potentiel et s'est suffisamment frotté aux genres qui nous intéresse pour mériter un peu d'attention. Du coup lorsqu'il s'associe avec un ancien de la Full Moon et un gars qui a bossé chez John Carpenter et Roger Corman, on se dit qu'il y a matière produire quelque chose d'intéressant !


Ainsi il met en scène ce Devil's Prey au début des années 2000, d'après un script signé Randall Frakes et C. Courtney Joyner et profitant plus ou moins du succès (inexplicable à mon avis) des Neo Slashers. Plutôt que de miser sur l'habituel tueur masqué au couteau, le trio préfère s'intéresser à tout une secte d'assassins. Des satanistes, piégeant, traquant et capturant des teenagers afin de les sacrifier et de boire leur sang en un rituel impie qui, supposément, devrait leur apporter la vie éternelle ! Amusant, surtout lorsque chacun des membres porte une toge noire et un masque blanc durant leurs méfaits, comme si nous avions affaire à une petite armée de Ghostfaces, de Scream. Une idée qui aurait pu déboucher sur quelque chose de divertissant, plein de scènes extravagantes, et il n'y a qu'a voir sur quels films ont bossés les responsables pour en avoir l'eau à la bouche.
Frakes n'est autre que le scénariste du Hell Comes to Frogtown de Donald G. Jackson, pour lequel il a aussi pondu les complètements tarés Roller Blade et Roller Blade Warriors, avant que la série ne soit parasité par Scott Shaw. Et lorsqu'il n'écrit pas, il se fait caméraman sur New York 1997 et La Galaxie de la Terreur. Joyner, lui, peut se targuer d'avoir écrit le Prison de Renny Harlin et Class of 1999. Vieux compagnon de route de Charles Band, il a réalisé pour lui Lurking Fear et Trancers III et accoucha de plusieurs scénario dont ceux de Puppet Master III et Doctor Mordrid avant que la compagnie ne se finisse par se casser la gueule. Même là il reste fidèle, s'occupant de travaux ingrats comme le softcore Veronica 2030 et les fausses suites aux rabais que sont Trancers 6 (sans Tim Thomerson) et Puppet Master vs. Demonic Toys (renié par Band car produit indépendamment).


Du bon, du moins bon, mais surtout beaucoup de folie dans ces péloches sans grands moyens, et c'est bien le principal ! Cela permet de se faire remarquer malgré la compétition et de marquer les esprits même si le produit final n'a rien de transcendant. Bref, voilà qui est de bon augure pour Devil's Prey, qui pourrait ainsi proposer quelque chose d'un peu plus décalé que ce que le genre dont il s'inspire, formaté, propose habituellement. Et quelque part, brièvement, très brièvement, c'est le cas avec tout ce qui touche à son satanisme en carton, ses adeptes incapables, ses messes noires qui tournent plus à la séance de bondage pour néophyte...
Malheureusement tout ceci n''est guère qu'une poignée de secondes disséminées sur tout le film, et le reste se révèle être d'une platitude effrayante. Du meublage, du remplissage constant, à l'image des productions télévisuelles du réalisateur. L'histoire n'a basiquement rien à raconter hormis quelques grandes lignes, et s'en tenir à cela ne fournirait qu'une trentaine de minutes du durée à tout casser. Voir moins. Quelques meurtres, une scène de cul, deux ou trois séquences d'action / suspense et la conclusion. Clairement les grands axes que le trio derrière Devil's Prey a conçu comme les vrais moments de leur bébé, se retrouvant bien embêté ensuite pour les relier entre eux.
Alors ça parle, ça gueule, ça marche pendant des plombes et ça se promène à droite à gauche histoire de passer le temps. Après avoir été poursuivit pendant une partie de la nuit, trouvant enfin réconfort auprès du shérif un peu soupçonneux de leur histoire, nos héros doivent alors refaire tout leur itinéraire en sens inverse pour le convaincre, alors que la menace se terre ailleurs. Voilà 5 bonnes minutes de gagnées.


Pas vraiment étonnant avec un scénario aussi peu élaboré, multipliant les répétitions et ne proposant pas grand chose hormis les grandes lignes "folles" autour desquelles s'articule le récit. Ainsi l'histoire raconte comment une bande d'amis se rend à une rave party organisée dans un coin de campagne, après qu'un flyers leur ait été adressé anonymement. L'évènement semble légitime et le groupe y passe un bon moment, mais il s'agit d'un piège car les organisateurs sont en réalité les membres d'une secte, se nommant Les Ombres (The Shadows) et qui provoquent une fausse altercation afin de les expulser puis de les prendre en chasse aussitôt qu'ils rentrent chez eux.
Perdue au milieu de nulle part, la troupe va être victime d'un accident de voiture lorsque la rescapée d'une attaque précédente apparaît sur la route, obligeant le conducteur à faire une embardée. Tous se retrouvent alors à pieds, blessés et paniqués, devant fuir à travers la forêt tandis que leurs poursuivants organisent une véritable battue pour les retrouver. Certains sont enlevés tandis que les autres trouvent refuge dans un chalet abandonné, se faisant vite assiéger...
Mais parce qu'ils résistent un peu, ils s'échappent et rejoignent une petite ville au lever du jour, croisant le prêtre local qui vient de conclure sa messe. Un bon gars apparemment puisqu'il les amène au shérif après avoir entendu leur histoire. S'ils étaient intelligent, nos héros auraient sans doute tiré une leçon de leurs déboires à la rave et se seraient méfiés de cet endroit calme en apparence...


Mais non ! Et alors que l'homme de Loi, un peu sceptique, embarque certains d'entre eux afin de vérifier leurs dires, les autres attendent sans réaliser qu'ils sont de nouveau tombés dans un piège. S'ensuit alors la même chose qu'auparavant, les Ombres capturant une partie du groupe tandis que les autres les affrontent et tentent de fuir. Tout se termine naturellement dans l'église sataniste pour le sacrifice finale, la belle et prude héroïne devenant la demoiselle en détresse que son héroïque petit ami va essayer de délivrer.
On voit ainsi qu'entre le début de la poursuite et la conclusion dans la chapelle, les responsables ne savent pas vraiment quoi faire, rejouant plusieurs fois les mêmes idées comme les faux abris pour les protagonistes, les attaques de la secte qu'il faut repousser avec les moyens du bord, et les différents sacrifices qui servent surtout de répétition avant le grand final, tous identiques. Devil's Prey devient bien vite prévisible et ennuyeux, ce qui est forcément accentué par la réalisation totalement plate et télévisuelle, ce qui lui fait hélas perdre quelques atouts. Car il y avait quelque chose d'intéressant dans l'idée de cette ville a priori rassurante, mais un peu trop déserte et cachant un terrible secret. Il y avait là les graines de quelque chose d'atmosphérique et de mystérieux, qui aurait pu loucher du côté de Twilight Zone.
Mais tout cela s'avère factice au sens comme au figuré, puisque le récit fait preuve de ficelles grossières pour guider ses personnages, les bloquer dans les parages et affaiblir un groupe apparaissant comme trop fort et trop nombreux pour être immédiatement neutralisé.


La seule surprise, et le seul retournement de situation du film, vient du fait que c'est l'unique protagoniste dont on est censé se méfier qui apparaît comme totalement innocent: le shérif ronchon qui ne croit pas beaucoup à ce que les jeunes lui raconte. Il lui faut beaucoup de temps pour se dire qu'il y a anguille sous roche, et il se fait abattre par l'antagoniste aussitôt qu'il s'apprête à agir ! Voilà qui secoue un peu la narration, même si cela arrive trop tard, et qui aurait sans doute fonctionné si le script avait été réécrit une ou deux fois pour être plus soigné.
Alors finalement que reste t-il d'intéressant à ce cafouilleux Devil's Prey ? Et bien tout ce qui n'a pas besoin d'être "bon" pour fonctionner ! Le facteur "nanar" en somme, témoignant du budget minable et du peu d'importance apporté à l'ensemble mais venant sortir le spectateur de la torpeur pour l'amuser un peu. Comme la pathétique rave party où se trémoussent quelques danseuses topless aux seins barbouillés de peintures fluo, l'absence de gore ou de grosses effusions de sang pour une histoire qui en demande pourtant à profusion ou encore ces personnages agissant comme des idiots lorsqu'ils sont traqués par un gang de meurtriers: l'un arrête un véhicule de passage en espérant de trouver de l'aide, sachant pourtant très bien qu'un van est lancé à sa recherche, un autre s'envoie de l'ecstasy pour ne pas céder à la panique ! Le final, censé être un rassemblement de toute la secte pour l'ultime cérémonie, ne réuni pas plus de cinq pecnots et on se demande bien où sont passés tous les autres aperçu plus tôt dans le film...
Notons quand même un meurtre brutal qui vaut la peine d'être mentionné, avec ce type broyé sous une voiture lorsque quelqu'un retire le cric qui la soutenait.


Mais surtout c'est tout, absolument tout ce qui touche à la secte. Une bande de guignoles en toge et en masque d'Halloween portant des pendentifs de pentacle acheté à la boutique goth du coin et qui vocifèrent "Hail Satan" dans une vieille grande décorée de faux crânes cornus et de crucifix à l'envers (pas une croix, mais un véritable crucifix avec un Christ qui se retrouve tête en bas !), sous l'égide du Révérend Seth. Leur grand plan pour s'emparer d'une bande d'adolescents consiste à déguiser l'un d'eux en victime pour qu'il infiltre le groupe et influence leurs décisions. Ils placent alors l'imposteur au milieu d'une route, espérant que leurs proies l'esquivent à temps et détruisent leur voiture se faisant ! Autant dire qu'il s'en faut de peu pour la jeune sataniste échappe à la mort, celle-ci se faisant renverser en beauté !
C'est encore plus drôle lorsque, supposément pour assurer sa couverture (et de ce biais tromper le spectateur), elle repousse une attaque en tuant un agresseur. Lorsque le leader de l'assaut découvre le corps, il enrage, visiblement peu au courant du stratagème  visant à mystifier nos héros. D'ailleurs pour un lieutenant avec autant responsabilités, supervisant à la fois le piège de la rave et la traque dans la forêt, celui-ci semble plutôt sceptique quant à la grande récompense que les adeptes attendent tous. C'est ses parents qui le rassurent, comme s'il n'était qu'un novice. N'y avait-il pas membre plus dévoué pour remplir ce rôle ?
Et puis la question se pose: y a t-il effectivement puissance surnaturelle dans l'univers de Devil's Prey ? Rien n'est moins sûr puisque le rituel sera interrompu, mais cela n'empêchera pas le Révérend Seth de revenir d'entre-les-morts lors de l'épilogue... quand bien même celui-ci n'a pas pu achever la cérémonie !


Cela ne dérange visiblement pas les scénaristes qui lui permettent de survivre à l'explosion titanesque de son église, réapparaissant pour un ultime jump scare avant d'être heurté par un camion et comiquement faire un vol plané au-dessus de sa clôture où il finira sa course, empalé. Un petit côté "vampire" dans cette mise à mort, peut-être les vestiges d'une ancienne version du script, mais aussi un sacré emprunt à Massacre à la Tronçonneuse 3, puisqu'il s'agissait globalement de la mise à mort (coupée au montage) du personnage joué par Viggo Mortensen ! Dans tous les cas l'idée est grotesque, hilarante, et il faut voir la caméra s'attarder sur le sataniste qui agonise exagérément, grognant et faisant des grimaces comme s'il était possédé par le Démon...
Clairement l'un des meilleurs passages du film, au même titre que toutes les séquences dans l'église où il semble plus être question de fétiches sexuels que de croyances maléfiques ! Les sacrifiées sont ligotées en tenues sexy sur un autel, lentement scarifiées sur le ventre avant le coup final dans ce qui apparaît comme une épreuve BDSM pas spécialement meurtrière. Les filles sont bâillonnées, attachées avec des sangles gigantesques et parfois se font arracher le haut sans raison apparente. Une séquence de "dégustation" de sang montre une jolie blonde se faire légèrement entailler juste sous le nombril, tandis qu'un disciple la lèche avec gourmandise.


Quant à la Grande Prêtresse du culte, accessoirement la favorite de Seth, elle porte le doux nom de Fawn (faon) et rempli son office en guêpière. Elle et son amant versent clairement dans le bondage et le Tickling, ce qui en fait les héros du film à mes yeux. Et le duo de nous offrir un grand moment lorsqu'ils décident de céder à leurs pulsions, s'envoyer en l'air avec passion et, oserais-je le dire, presque plus respectueusement que les teenagers, qui eux s'enfilent des drogues et baisent bestialement en pleine boite de nuit.
Anecdote absurde: l'actrice jouant Fawn a clairement refusée de dévoiler son corps, gardant son soutien-gorge pour sa scène de sexe. Sans doute désespéré de ne pas avoir assez de nudité, le monteur a eu l'étrange idée de "remplacer" sa poitrine manquante par celle d'une autre actrice, sacrifiée topless dans la scène d'introduction. Seulement voilà, il recycle littéralement la séquence précédente plutôt que de tenter le body double, et du coup voilà qu'il superpose l'accouplement avec la mise à mort, comme si les deux actes étaient plus ou moins liés. C'est malin et ça fonctionne, seulement il ne faut pas être dupe: il s'agit clairement d'un bricolage destiné à épicer une scène de cul trop prude. D'ailleurs le bougre en rajoute une couche avec des cris de jouissances doublés sur la bande-son et ne venant provenant pas de l'actrice !
Totalement le genre de trucs qu'on ne trouve que dans les productions les plus "humbles", et qui sauve généralement la mise au spectateur qui, sans ça, en serait pour un bien triste spectacle. Aussi limité et répétitif que soit Devil's Prey, il est immédiatement pardonné par ces petits mais remarquables excès, même si d'aucuns diront qu'il aurait en faire plus. Beaucoup plus.


Concluons avec le casting et l'improbable Charlie O'Connell tout d'abord dans le premier rôle, même s'il semble moins présent à l'écran que ses partenaires. Frère du plus connu Jerry O'Connell, il a quand même sa petite carrière dans le genre qui nous intéresse avec notamment 2-Headed Shark Attack, Kraken: Tentacles of the Deep pour Nu Image, le Unlucky Charms de la Full Moon et, euh, Eh Mec, elle Est où ma Caisse ? A ses côtés la bimbo Jennifer Lyons que l'on a pu voir dans l'horrible Killer Pad de Robert Englund, Jack Frost 2 et Return of the Killer Shrews. Bien plus mignonnes, ses partenaires Ashley Jones (l'héroïne) et Elena Lyons (Fawn, aucun liens avec Jenny mais vu dans Club Dread et Xtinction: Predator X) valent presque la vision du film grâce aux tenues sexy dans lesquelles elles déambulent. Presque.
Plus fou, le Révérend Seth est joué par Patrick Bergin, un sacré vétéran qui jouait l'autre Robin des Bois de 1991 (pas le Prince des Voleurs mais le moustachu), remplaçait Pierce Brosnan pour Le Cobaye 2 et a traversé pas mal de série B de différentes époques, du délirant Highway to Hell (1991) au CGI-esque Beneath Lock Ness.
Mais bien sûr celui qu'il ne faut pas oublier c'est le seul et l'unique Tim Thomerson, l'éternel badass qui joue ici un shérif qui n'a même pas le temps de dégainer. Honteux, mais même un Thomerson en petite forme et qui n'a rien à faire surpasse généralement la totalité du casting. Pour la forme, j'aurai presque envie de citer Souviens-toi... L’Été Dernier à leurs côtés, tant Devil's Prey lui emprunte (de l'accidenté de la route au début à la conclusion, montrant l'héroïne avoir – peut-être ? – des visions), mais ce serait donner beaucoup trop de crédits à Kevin Williamson, et ça c'est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire. Jamais.