lundi 27 mars 2017

Venom: The Enemy Within (1994)


Venom: The Enemy Within
(1994)


Il peut sembler hasardeux de parler de ce Venom: The Enemy Within, mini-série comics plutôt quelconque mettant en scène une version obsolète d'un personnage qui n'a pas toujours fait l'unanimité. Oui mais la chose a été écrite par Bruce Jones, auteur qui a tout à fait sa place dans ce blog puisqu'il a fait ses armes sur des bandes-dessinées purement horrifiques. Avec son tout premier boulot, pour le magazine Web of Horror, mais surtout à travers les célèbres Creepy et Eerie qu'on ne présente plus. D'ailleurs une de ses histoires, Jenifer (dessinée par le récemment disparu Bernie Wrightson, on le regrettera), fut adaptée par rien de moins que Dario Argento pour la série Masters of Horror ! Autres accomplissements: on le retrouve scénariste sur le show télé The Hitchhicker, une anthologie située entre The Twilight Zone et Tales From the Crypt et il bosse sur des versions comics de deux grandes franchises du cinéma d'horreur: Hellraiser (un numéro pour Epic Comics, un label de Marvel) et The Texas Chainsaw Massacre version Platinum Dunes, avec l'étrange Raising Cain.
Et puis bien sûr, il y a Conan. Beaucoup, beaucoup de Conan, à une époque où le barbare se trouvait encore chez Marvel pour une longue et prestigieuse carrière. D'ailleurs son influence s'en ressent fortement ici ; tellement que le cœur de l'intrigue écrite pourrait en fait très bien avoir été découpée de la revue du Cimmérien et greffé dans celle du symbiote extraterrestre en une expérience de Frankenstein de la BD !


Il faut dire que les aliens, la cybernétique et les mutations génétiques, bien que très à la mode durant ce Dark Age des années 90, Jones s'en tape totalement. Lui a grandit en dessinant des démons, des sorciers, des rituels sombres et anciens. Pas étonnant alors que Venom croise des satanistes priant les Grands Anciens, des gobelins provenant des entrailles de la Terre et un artefact maléfique vieux comme le monde. L'air de rien, un véritable bol d'air frais à une époque où Spider-Man et ses compères passent leur temps à voyager dans des futurs post-apocalyptiques, combattre des robots high-tech ou parcourir la réalité virtuelle.
Comme pour marquer le coup, il débute son aventure en pleine nuit d'Halloween, alors que la publication de la mini-série, en trois numéros, s'étale entre Février et Avril. Et passé une courte introduction où le "Protecteur Fatal" fait son boulot de façon tout à fait conventionnelle (il veille sur les enfants d'un quartier de San Francisco et intervient lorsque deux truands tentent d'enlever un petit garçon, espérant demander une copieuse rançon à ses parents), le scénariste ne perd pas de temps et lance les hostilités: un des bandits échappent miraculeusement à Venom et part se réfugier dans le métro. Une panne de courant plus tard, et après avoir découvert le corps mutilé d'un passager, il est dévoré par une horde de petits monstres démoniaques, périssant dans l'obscurité la plus complète.
Venom, a sa poursuite mais sans succès, va entendre parler de l'horrible évènement mais tente de rationaliser: des rats probablement, voilà tout...


Seulement lorsque Eddie Brock décide de rentrer chez lui, prenant à son tour le métro, l'incident recommence. Lui et quelques passagers sont agressés et l'anti-héros ne s'en sort que grâce à son symbiote. Venom lui-même se retrouve en difficulté lorsque les créatures combinent leurs cris stridents pour former une véritable onde de choc. Une vague sonique qui, on le sait, se trouve être l'une des grandes faiblesses du symbiote. Éjecté du wagon sous sa puissance, il ne peut sauver les autres victimes tandis que l'onde se propage sur plusieurs kilomètre à la ronde, provoquant pas mal de destruction dans la ville.
En réalité les petits monstres appellent à l'aide, leurs cris fonctionnant comme un ultra-son pouvant affecter des personnages d'origine surnaturelle. Une sorte de fréquence radio que devrait entendre leur leader, lui permettant de se transporter directement dans leur antre secrète situé plus loin dans les galeries souterraines de la ville. Seulement voilà, ce sont en fait deux êtres qui sont touchés et involontairement téléportés: Morbius le vampire, qui se régalait du sang de quelques dealers aux docks de New York, et le Demogoblin, qui était occupé à anéantir une bande de satanistes du dimanche quelque part dans la même ville.
Appelé chez nous le Bouffon Noir, celui-ci est plutôt méconnu car étant un protagoniste très secondaire dans l'écurie Marvel. En réalité, il s'agit ni plus ni moins d'une repompe du personnage d'Etrigan de DC, avec qui il partage plusieurs points communs.


Physiquement il ressemble à une déclinaison du Super Bouffon (Hobgoblin), qui lui-même descendait du célèbre Bouffon Vert (Green Goblin), possédant comme eux un planeur et des bombes-citrouilles. Seulement ici il ne s'agit pas d'un homme costumé mais d'une véritable entité démoniaque, tantôt héroïque tantôt maléfique selon le scénariste qui l'emploi. Le concept de base, comme pour Etrigan, était d'en faire un monstre repenti au service du Bien, servant Dieu en éliminant tous les pêcheurs, les hérétiques et les monstres croisant son chemin. C'est ici le rôle qu'il tient, même si cela ne semble pas avoir beaucoup de sens a priori puisque les antagonistes le vénère comme leur maître, taguant son visage sur les murs comme une carte de visite et tuant supposément en son nom. Bien sûr le script fini par nous donner une explication, le véritable maître des créatures se trouvant être quelqu'un d'autre, un manipulateur qui les utilise à ses propres fins et qui ne respecte pas sa parole dans le pacte conclu, poussant les démons à appeler un Sauveur.
Mais ne soyons pas dupe. La véritable raison pour laquelle Bruce Jones a utilisé le personnage, c'est parce qu'il trouvait que les noms "goblins" et "Demogoblin" allaient bien ensemble ! Une idée si bête qu'elle est plutôt hilarante, et on peut même se demander pourquoi le titre de la mini-série ne reflète pas ce délire. Plutôt que ce The Enemy Within générique et pas très engageant, quelque chose comme King of the Goblin aurait été plus sympa et proche des revues Creepy et Eerie.


Quoiqu'il en soit, le reste de l'intrigue suit assez basiquement la formule "crossover" de ce type de publication. Alors que les démons attaquent la ville en masse, causant panique et chaos au point que la loi martiale soit déclarée et que tout San Francisco soit mis en quarantaine (mais que font les super-héros ?!), Venom tente d'intervenir comme il peut et retrace les goblins dans les réseaux souterrains. Il tombe nez-à-nez avec Morbius, premier a avoir été téléporté par l'onde sonique générée plus tôt, et les deux se mettent sur la gueule, chacun pensant que l'autre est responsable de leurs mésaventures. Le vampire n'étant cependant pas le Messie attendu par les petits monstres – une simple erreur, son caractère surnaturel l'ayant pour ainsi dire placé sur la même "fréquence" que Demogoblin, d'où confusion – le duo se retrouve submergé par d'innombrables hordes en colère et doivent travailler ensemble pour s'en sortir et mettre fin à ce climat de terreur.
Sans surprise, on se retrouve l'habituelle construction "rencontre/malentendu/combat/vérité/alliance" qui existe depuis toujours et qui fini par devenir un peu lourde à la longue. C'est un peu une preuve que cette mini est une publication formatée, suivant un standard probablement sollicité par Marvel que Bruce Jones aura appliqué, le scénariste étant un peu plus imaginatif que ça. D'un autre côté avec seulement trois numéros en tout est pour tout, il n'y avait guère de place pour développer plus intelligemment l'intrigue. L'angle d'approche a sûrement été choisi pour sa simplicité et pour coïncider avec l'agenda de publication de la compagnie.


En fait lorsque l'on analyse le sujet, il est même surprenant que The Enemy Within ne soit pas plus court tant les protagonistes passent de découvertes en découvertes sans vraiment laisser de place au mystère. Les évènements s'enchainent à grande vitesse et lorsque le puzzle est assemblé, tout cela semble un peu... banal. Inutile, si ce n'est pour le fun que l'on peut en retirer. Pas le genre de numéros que vous irez prêter à vos amis si vous espérez les intéresser à Venom, Marvel ou les comics en général.
L'un des exemples les plus flagrant de cette forme d'écriture paresseuse se déroule peu après que le symbiote et Morbius décident de s'associer. Prisonniers des souterrains de San Francisco, ils finissent par suivre un ancien tunnel qui les ramène directement à la surface, en plein dans l'ancienne prison d'Alcatraz. Parfait pour relancer l'enquête et faire s'interroger sur les origines des goblins et de leurs actions. Seulement voilà, le duo repère immédiatement un énième dessin du Demogoblin dans une des cellules, lequel amène à un indice capital: le journal intime du coupable ! Les protagonistes n'ont plus qu'à en lire le contenu pour savoir exactement ce qui se passe et qui tire les ficelles. Pratique.
Un stratagème qui permet à l'auteur de gagner du temps et resserrer l'action, mais qui empêche sincèrement toute implication tant l'excuse est grossière et caricaturale.
L'intérêt il faut le chercher ailleurs, dans les racines horrifiques de cette histoire tout d'abord, qui emprunte autant aux EC Comics (un peu de gore dans les attaques des bestioles, dont une victime énuclée assez surprenante) qu'aux écrits de H.P. Lovecraft et Robert E. Howard via une sorcellerie antique utilisées par une secte adepte du sacrifice humain.


Il se trouve aussi dans les combats de monstres proche de ceux des Universal Monsters, où un mutant extraterrestre, un vampire et un démon se bottent réciproquement le cul avec hargne. C'est l'hommage inattendu aux films de monstres géants, lorsque Demogoblin fini par s'emparer du médaillon mystique contrôlant les créatures, le pouvoir le faisant grandir de vingt mètres de haut ! Il se balade ensuite en pleine ville direction le pont du Golden Gate, tandis que ses légions de petits monstres se massent à ses pieds. Le duo Venom / Morbius a ses moments, notamment dans le fait que le symbiote semble constamment oublier que son partenaire est un vampire, tandis que celui-ci est peu compréhensif du comportement très 90s kid du Protecteur Fatal. L'une des meilleures scènes les montrent attaquer l'antagoniste dans son antre, fracassant une grande fenêtre pour le surprendre: Morbius se demande aussitôt pourquoi ils ne passent pas simplement par la porte principale tandis que Venom tente de lui expliquer la notion d'entrée dramatique.
Bruce Jones rend hommage à son run sur Conan en développant des lieux et objets étranges comme ce trône en pierre perdu au fin fond d'une grotte ou la Librairie de Rhan, qui semble ne comporter que des grimoires maléfiques et dont les membres évoquent les noms "Shoggoth" et "Cthulhu" dans leurs incantations. Enfin, le collier de pierres magiques contrôlant les goblins semble directement provenir de l'univers du Cimmérien.


Et puis il y a les idées sympa, provenant là encore du milieu horrifique où bosse le scénariste depuis ses débuts. Comme le fait que les monstres attaquent dans l'obscurité la plus complète, seules des paires d'yeux rouges apparaissant aux victimes au tout dernier moment. Le corps de Venom est décrit ici comme étant "brillant" en raison de la texture huileuse du symbiote – quelque chose de jamais bien retranscrit en BD car toujours montré par couleurs opaques. Ici ce détail met en avant le côté semi-liquide du personnage, ce qui est plutôt sympa.
Les origines de l'antagoniste évoque un début de segment à la Creepy, puisqu'il n'était qu'un petit truand sans envergure jusqu'à ce qu'il soit témoin d'un sacrifice humain par hasard. Impliqué malgré lui, il est sauvé par l'intervention de la police mais se retrouve collé au trou pour ses délits, avec pour seul bien le collier du grand prêtre qu'il a arraché durant leur lutte. Jugé sans valeur par les hautes instances, l'objet fini par fasciner le voleur qui, détenu à Alcatraz, va se renseigner à travers le rayon "occulte" de la bibliothèque. Comprenant son pouvoir, il commence alors à réaliser des rituels de magie noir depuis le fond de sa cellule...
Même les petits monstres reçoivent un soupçon de personnalité avec le fait qu'ils ne sont pas foncièrement méchant et qu'ils sont simplement forcés d'aider quiconque détient le médaillon. Invoqués lors d'un essaie à Alcatraz, ils espèrent regagner leurs profondeurs ténébreuses une fois leur tâche accomplie avant de comprendre que leur maître ne compte pas en rester là. C'est pour cela qu'il finissent par invoquer à leur tour le Demogoblin, espérant que celui-ci puisse alors les libérer.


L'amateur de BD horrifiques à l'ancienne y trouvera son compte, d'autant plus que les monstruosités ici décrites s'affranchissent de tout historique lié à l'univers Marvel. Pas besoin d'en savoir sur Blackheart, Belasco ou le Fils de Satan pour s'y retrouver ici et le néophyte entrera dans l'histoire sans problème pour peu que Venom lui-même ne représente pas un obstacle.
C'est d'autant plus probant que la mini-série précédant celle-ci, Venom: The Madness, mettait déjà l'anti-héros face à un trio de démons (dont une sorte de sosie du Ghost Rider) dans une intrigue beaucoup plus complexe, intéressante, mais pour le coup beaucoup moins accessible. Le surnaturel, notamment, y était traité de façon beaucoup plus "comic-book", les entités démoniaques pouvant tout aussi bien être remplacées par des créatures d'une autre dimension ou d'origine extraterrestre.
L'autre bon point, c'est que cet atmosphère propre à Bruce Jones est parfaitement retranscrite avec un illustrateur de talent. Quelqu'un qui va droit à l'essentiel et n'essaie pas d'exagérer son style, comme cela se faisait beaucoup à l'époque: il s'agit de Bob McLeod, entre autre co-créateur des Nouveaux Mutants (une série qui comptait parmi ce que la compagnie à pu faire de mieux... jusqu'à sa récupération par inénarrable Rob Liefeld avec l'arrivée des années 90) et ayant travaillé comme encreur sur une histoire majeur de Spider-Man, La Dernière Chasse de Kraven. Peut-être pas un des plus grands talents de la firme, mais clairement quelqu'un qui a comprit le type d'univers que le scénariste a établit et ne cherchant jamais à réinterpréter celui-ci, ou à déborder afin de marquer la mini-série de sa propre patte.


Reste quand même ce qui touche à l'antagoniste, un peu faible et sans envergure. En fait un simple petit escroc qui sème la zizanie en ville pour s'opposer au maire et prendre sa place en embobinant la population, pensant qu'il pourra ensuite prendre le contrôle de l'état tout entier, voir du reste du monde ! Et cela sans élaborer de plans plus concret que de lâcher des milliers de goblins dans les rues, ignorant visiblement qu'il vit dans un monde regorgeant de super-héros, super-vilains, d'extraterrestres, de robots et de Mutants.
D'un autre côté pas une seule personne ne semble se soucier du sort de Chicago autre que Venom, Morbius lui-même n'atterrissant là que par accident, alors peut-être est-il dans le vrai quelque part...
Mais peu importe, c'est la même logique de comics qui veut que Gotham City possède encore de vulgaires cambrioleurs lorsque Batman et sa clique patrouillent continuellement la ville depuis des années. On ferme facilement les yeux pour se laisser embarquer dans dans les scènes d'action, la mythologie toujours plus folle de l'univers Marvel et l'humour pachydermique des années 90, comme lorsque Venom décrit Morbius comme d'un "hemoglobin-happy zombie with a New York attitude", avant tout simplement de le traiter de sale snob parce qu'il refuse de lui serrer la main lorsque tout est terminé ! Ceux qui avait adoré le voir jouer au rappeur avec Hulk apprécieront.
Les plus réticents auront aussi pu se laisser tenter à l'époque par la couverture brillant dans le noir du premier numéro, stratégie gimmick au même titre que les cartes à collectionner et les mentions "collector" collées à chaque lancement de nouvelles série. Et si d'ordinaire je suis le premier à rappeler qu'il s'agissait avant tout d'arnaques qui ont contribué à plomber l'industrie, franchement, qui ne voudrait pas d'une couverture où Venom brille dans le noir ?


C'est hélas quelque chose que l'on ne retrouvera pas de nos jours, bien que la même illustration ait été utilisée pour la couverture du recueil sorti en 2013, contenant cette histoire parmi d'autres. Même le titre The Enemy Within lui a été donné, comme si Marvel concédait à dire que cette mini-série est plutôt divertissante ! Pour l'accompagner, le volume regroupe également les deux mini précédentes (Venom: The Madness, cité plus haut, et Venom: Funeral Pyre, un crossover un peu moyen avec le Punisher) ainsi que Incredible Hulk & Venom #1, où à lieu l'improbable rap dont je vous ai parlé.
L'essentiel de la série Venom, en gros, pour ceux qui ne voudrait rien rater. Reste encore cette histoire farfelue où lui et Carnage découvrent qu'ils peuvent voyager à travers l’Ethernet en passant par les écrans d'ordinateur, mais celle-ci a été intégrée dans le recueil Carnage Classic sorti l'an dernier, avec entres autres Mind Bomb et It's a Wonderfuld Life, déjà chroniqués sur L'Imaginarium. Bref, si vous vous intéressez aux symbiotes, vous savez quoi acheter. Ça vous fera réviser vos "classiques" en attendant l'arrivée prochaine de Edge of Venomverse ce mois de Juin.



GALERIE

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mercredi 22 mars 2017

Jurassic Women (1995)


Jurassic Women
(1995)


S'il y a une chose que j'entends souvent au sein de la communauté Horreur / Bis, c'est cette déclaration: "Les films Troma c'est pas mon truc". Ce que j'ai toujours trouvé complètement con puisqu'il y a plusieurs types de "films Troma". Les véritables productions de la firme pour commencer, des classiques de leurs temps et franchement bien foutus pour des productions indépendantes avec un budget réduit et une organisation inexistante: The Toxic Avenger, Class of Nuke'Em High, Tromeo & Juliet... Puis il y a un équivalent moderne encore plus punk, encore plus fou, troquant la série B pour le Z avec les moyens du bord: Terror Firmer, The Toxic Avenger 4, Poultrygeist, Return to Class of Nuke'Em High. Ceux-ci sont bordéliques au possible, misant à fond sur le trash, l'humour pachydermique et leur faible budget est mis en avant à cause de l'image numérique des petites caméras DV employées. Que cela puisse ne pas faire l'unanimité, je comprends, mais il faut leur reconnaitre une énergie débordante, un rythme frénétique et une anarchie totale plutôt rafraichissante face au reste du paysage cinématique américain
Mais surtout, il y a tout le reste. Des titres sans aucun rapport les uns avec les autres, récoltés au fil du temps et des marchés du film. Le Syndrome de Stendhal de Dario Argento pour commencer. Il y a de l'exploitation de drive-in (Demented Death Farm Massacre que j'évoquais dans ma dernière chronique), du Z moderne (le quasi expérimental Actium Maximus), du B rock'n roll et belge (Rabid Grannies, Maniac Nurses Find Ecstasy) et tout un tas de trucs sans budget, au choix super chiant (Drawing Blood) ou hilarant (Coons ! Night of the Bandits of the Night). Bref, il y a de tout.


Voilà pourquoi un anti-Troma me fera toujours sourire tant la diversité de films au sein de la compagnie ne permet pas vraiment l'étiquette (c'est un peu comme dire "j'aime pas la Universal", c'est large). Mais il arrive des fois, pourtant, où je ne suis pas loin de partager leur avis. Il faut dire que Lloyd Kaufman et Michael Herz ont fini par récupérer de tout mais aussi de n'importe quoi avec les années. Des titres qui ne leur ont probablement rien coûtés à l'époque et qui n'apparaissent même plus sur leur catalogue officiel de nos jours. Des choses comme Cybernator, les Dragon Fury (qui eux encore restent très divertissant), ou bien ce Jurassic Women, que l'on doit en réalité aux compagnies Silver Lake International Pictures et... Dirty Squirrel Production, ça ne s'invente pas !
Alors une chose amusante à propos de ce film, c'est que personne ne semble être d'accord pour savoir en quelle année exactement il fut réalisé. Le site de la Troma indique 1994, celui d'IMDB dit 1996, et sur le générique de fin ainsi que sur la cassette vidéo, on se retrouve avec 1995. Entre le temps qu'il a fallu pour tourner, éditer et distribuer la bête, on peu imaginer que la production s'est étalée sur ces trois dates mais gardons l'entre-deux comme référence. Alors naturellement l'amateur éclairé aura compris que cela nous situe juste après le triomphe de Jurassic Park et donc en pleine vague de Dinomania. Le titre Jurassic Women prend tout son sens et laisse à penser que l'histoire du film va rejoindre les Carnosaur, Prehysteria, Tammy and the T-Rex et autres, qui pullulaient dans les vidéoclubs à l'époque. Le budget en moins.


Et bien c'est justement parce qu'il n'y a pas d'argent qu'il n'y a pas de dinosaures. Le titre capitalise sur Jurassic Park mais ça s'arrête là, et l'intrigue évoque plus un mix improbable entre La Planète des Singes et les films de femmes des cavernes sexy à la One Million Years B.C. ou Prehistoric Women. Ou When Dinosaurs Ruled the Earth si on veut être ironique, puisque Jurassic Park lui faisait référence le temps d'un gag.
La raison est bien simple: un dinosaure, même en caoutchouc mou, coûte plus de temps et d'argent qu'une jeune femme en peaux de bêtes. Et avec la présence de David Heavener, réalisateur de Dragon Fury, sur le projet, il ne fallait pas s'attendre à mieux. Producteur exécutif, celui-ci semble donner quelques coups de mains en coulisse, ayant notamment développé l'histoire avec le réalisateur et vraisemblablement servi d'intermédiaire pour l'achat du film par la Troma (vendu en package avec Dragon Fury ?). Le scénario final, écrit par le metteur en scène, a certainement été établit sur ses conseils et son expérience des tournages sans moyens, car il esquive habilement toute chose demandant un minimum d'investissement, d'efforts ou de finances. Pas de dinosaure du coup, mais pas non plus de vaisseaux spatiaux, de maquillage ni même de décors, l'essentiel de l'action se déroulant dans la forêt et les montagnes, et la garde robes des personnages se limitant à deux bleus de travail et quelques jupettes en fourrure.
En fait la moindre déception sur l'absence de sauriens préhistoriques sera un peu de notre faute à nous car, il faut être honnête, Jurassic Women ne cherche pas spécialement à tromper son monde. C'est son titre qui induit en erreur, mais son affiche, son résumé et ses images sont totalement révélateurs du contenu.


Mais alors que quoi ça parle ? Et bien de l'accident que subissent deux astronautes, le capitaine Clayton, véritable vétéran de la NASA, et le jeune Cody, un bleu qui embarque pour sa première mission. A bord de la fusée Hercules 1, ils doivent effectuer un voyage de routine à travers le système solaire dans le but de rechercher d'éventuels signes de vie extraterrestre. Après six mois passés en sommeil cryogénique, ils sont réveillés suite à un problème technique: leur moteur à neutron surchauffe et devient instable. Ils finissent par perdre connaissance puis se réveillent, sains et saufs, sur une autre planète éclairée par deux soleils. Un endroit apparemment dépourvu de civilisation et même d'animaux. Un crash ? Plutôt un glissement à travers un trou de vers qui aurait été formés par les particules à neutron lors de leur dispersement. Je crois.
Les voilà en fait sur la planète Kenon, la "cinquième planète de Zaba, près de Zebola", sans possibilité de rentrer chez eux. Explorant les environs, ils sont vite attaqués par les Sineps, des hommes préhistoriques incapables de communiquer mais s'y connaissant très bien en arts martiaux ! Capturés, les deux astronautes sont alors sauvés par une tribu de belles jeunes femmes, apparemment tout aussi primitives mais beaucoup plus intelligentes. Si les Sineps sont des brutes désorganisées, vivant dans des cavernes, les belles habitent dans un oasis luxurieux et sont éduquées, ayant développé l'art de la chasse et de la cueillette et... parlant parfaitement l'anglais !
Pacifistes, elles estiment que toute forme de vie est sacré et ont ainsi sauvés les deux intrus par pure bonté d'âme...


Rapatriés dans leurs camps, Clayton et Cody vont découvrir qu'ils sont les seuls mâles de cet étrange clan et que, ne pouvons réparer leur vaisseau ni contacter leur monde, ils devront passer le reste de leurs jours entourés de beautés n'ayant encore jamais eu la moindre expérience sexuelle...
Une aubaine pour le capitaine, un queutard qui se croit déjà au Paradis. Beaucoup moins pour Cody qui se pose des questions d'éthiques. Doit-il interférer avec cette société qui, jusqu'ici, a très bien su fonctionner sans eux ? L'homme intelligent sera t-il l'égale de la femme s'il venait à s'imposer ? Et que faire vis-à-vis des Sineps ? Les éduquer, les ignorer ou les exterminer ? Les choses vont de mal en pire pour le jeune homme puisque, outre son hésitation sur l'attitude à adopter, il va devoir composer avec trois problèmes:
Premièrement sa rencontre avec Mère, chef de la tribu, qui ne veut absolument pas voir des hommes interagir avec ses protégées. Cela s'explique facilement du fait que, étant une Ancienne, elle se souvient de sa vie comme compagne des Sineps, soumise à leur brutalité. Ayant réussie à se rebeller, s'échapper et construire une société plus évoluée, il est compréhensible qu'elle ne souhaite pas voir ses efforts être réduit à néant par des mâles pensants. Cependant les astronautes n'ont nulle part où aller et il semble claire que Clayton ne comptera pas abandonner ce vivier à donzelles. C'est d'ailleurs le second soucis: le bonhomme se trouve être extrêmement instable, prenant le danger à la rigolade, se baladant avec une arme à feu non réglementaire et comptant bien faire de cette tribu son harem personnel...


Enfin, depuis son exposition aux particules, Cody semble faire d'étranges rêves prémonitoires. Des visions violentes du futur qu'il n'arrive pas à décrypter, mais garantissant des combats à venir.
Alors qu'il cherche quoi faire de sa nouvelle vie, le jeune homme fini par se rapprocher de Kaboo, fille de Mère et seconde figure d'autorité, et les deux finissent par tomber gentiment amoureux. Du moins autant que possible quand on réalise que non seulement les femmes de Kenon ne savent pas ce qu'est le sexe, mais qu'elles ignorent également tout de l'amour et de la romance ! Car Mère, dans son optique matriarcale, a préférée faire disparaitre toute possibilité d'union entre un Sinep et une de ses filles, quitte à mettre en danger toute leur espèce. Les jeunes femmes furent élevées dans l'idée que leur race est mourante et ne cherchent donc aucunement à se révolter contre cela...
La solution, Cody la trouve en creusant un peu dans le passé de Mère et de l'intelligence surprenante des demoiselles. Car il apparaît qu'un jour une mystérieuse visiteuse est arrivée sur leur planète, bouleversant l'ordre des choses en délivrant les compagnes des Sineps en leur offrant l'indépendance via le Livre des Connaissances. Un ouvrage mystérieux censé renfermer toutes les vérités et ayant permis au clan de se développer. Même les mâles, qui ne savent pas lire, ont pu apprendre le kung-fu en regardant quelques unes de ses image...
Cody amène alors l'idée de réunir les hommes et les femmes, instruire les Sineps et permettre à l'humanité de Kenon de fleurir. Seulement voilà, le Livre a été caché par Mère dans un endroit inconnu, de peur qu'il ne tombe entre de mauvaises mains, et celle-ci fini par décéder d'une maladie...


Ce qui est intéressant c'est que le long résumé que vous venez de lire, bien que totalement vrai et retranscrit plus que de raison (pas un seul chroniqueur ne fera un texte aussi long sur Jurassic Women, et encore moins sur son scénario), n'a pour ainsi dire aucune incidence sur l'histoire générale. Car le film va choisir un dernier acte totalement différent de celui préparé, sans aucun rapport à l'opposé total même, puisqu'il est question d'un affrontement entre les tribus, avec Cody prenant le parti des femmes et toute la quête du Livre et la réconciliation des peuples passe à la trappe pour livrer une simple scène d'action... Mais tout en gardant la fin positive prévue !
En effet, un bottage de cul en bon et dû forme semble être tout ce qu'il fallait pour que les Sineps se mettent à respecter leurs adversaires. Et lorsque l'une des guerrière apparaît blessée par un intrus (le capitaine, cédant à sa frustration de ne pas trouver sa place), ils se précipitent pour la sauver. Ceux-là même qui, juste avant, avaient pour habitude de capturer les demoiselles afin de les sacrifier en une quelconque cérémonie. Ce dénouement apparaît encore plus bête lorsque l'on sait que les femmes se battent habituellement selon un code de l'honneur, sans ôter la vie ni blesser leurs ennemis. Auraient-elles voulu en finir plus tôt que tout le monde aurait été heureux bien plus vite !
En gros, ici, la violence résout TOUS les conflits malgré ce que les personnages pacifistes nous rabâchent pendant tout le film. Des problèmes d'écritures qui n'ont rien d'étonnant vu la nature Z du projet, mais du coup on se demande pourquoi les créateurs n'ont pas fait un choix clair entre 1) l'approche en retenue du sujet, plutôt psychologique, ou 2) l'Actioner bourrin mais divertissant (les bagarres mal chorégraphiées ne coûtant pas plus cher que le reste).


Alors bien sûr, le scénario est du genre percé comme une passoire avec trois tonnes de trucs qui n'ont pas de sens ou qui ne sont pas expliqués, mais j'ai presque envie de dire qu'il s'agit d'un moindre problème face au reste. Car toute cette intrigue n'est amenée que par d'innombrables dialogues auxquels on arrête bien vite de faire attention, du simple bruit de fond, tant ce qui se passe devant l'écran est vide d'intérêt. Si l'histoire se casse vite la gueule, sortant inepties après inepties sans jamais arriver à rien de concret, attendez de voir la façon dont le réalisateur met ça en image !
Le lancement d'Hercules 1 est simulé par du stock footage de véritables missions spatiales, mais aussi de quelconques représentations de vol en orbite par ordinateur, ce qui vaut au vaisseau de ressembler parfois à Ariane, parfois à un quelconque satellite météorologique, tandis que ses instruments de vol affichent à peu près n'importe quoi sur leurs écrans. Pas d'argent pour fabriquer des caissons cryogéniques ? Pas de problème ! Les acteurs feront semblant de dormir dans leur fauteuil, comme dans un voyage en voiture un peu longuet ! L'explosion du moteur à neutron ? Juste quelques statistiques sur les écrans et une ou deux répliques, cela suffira. Quant au crash et aux débris d'Hercules, pas besoin: les personnages se réveillent à même le sol et on se contentera de les entendre dire que l'appareil n'est pas réparable.
Du pur système Z, et cela en serait presque charmant si la suite, débarrassée de l'argument "high tech", n'était pas qu'une succession de longs plans inutiles des personnages marchant en long, en large et en travers sur quelques chemins de randonnées. Du remplissage à n'en plus finir, la caméra insistant longuement à chaque fois et le monteur ne nous faisant jamais grâce.


Mentionnons aussi le générique de fin, qui s'écoule au ralenti juste pour gagner quelques précieuses minutes au compteur et justifier l'exploitation du film comme long métrage, ainsi que celui d'ouverture, hideux, montrant ses inscriptions sous fond d'une explosion diffusée en boucle avec un ralenti saccadé (remercions la qualité d'image VHS, avec ses couleurs délavées cela n'explose pas trop la rétine). Très laides également les quelques secondes volées à un quelconque softcore pour illustrer un fantasme du capitaine: parce que le réalisateur ne pouvait emballer une scène de cul, il pille et modifie les images pour les rendre non-identifiables ! Les vidéos sont pan & scannées, zoomées, teintées et l'audio est distordu. Bonne chance pour trouver leurs provenances.
Pas honteux, le réalisateur ne se contente pas de ce petit délit et l'amateur éclairé pourra cette fois identifier l'origine de son Hercules 1 version satellite en images de synthèses: il provient d'un vidéo-clip du groupe anglais M|A|R|R|S, pour leur tube Pump Up the Volume. Un clip.... presque entièrement composé d'images d'archives ! Pas trop grave donc, la morale est sauve.
Toutefois on pourrait parler encore parler d'arnaque avec la présence de Jan-Michael Vincent, placé en tête d'affiche mais faisant de la quasi figuration pour un rôle incompréhensible. Là-dessus par contre je m'en voudrais d'être trop méchant, car ce serait tirer sur l'ambulance. Le fait est qu'aussi ringard soit l'ancien héros de Supercopter, il m'est difficile de le critiquer en voyant ce qu'il a vécu. Au moment de Jurassic Women, il est déjà assailli par de graves problèmes de drogues et d'alcool, a déjà fait une tentative de suicide suite à son divorce et va bientôt connaitre l'accident de voiture qui va partiellement le défigurer et détruire ses cordes vocales. Plus tard, il sera victime d'autres accidents, perdant une jambe et se retrouvant SDF suite à de lourdes dettes. Rien de drôle dans tout ça.


C'est même un miracle qu'il soit capable d'avoir l'air serein, se laissant presque à jouer l'espace d'un moment (lorsqu'il provoque Cody en duel pour jauger son cœur, et qu'il se retrouve battu). Naturellement pour que l'illusion fonctionne, il aura fallu beaucoup de grosses ficelles (Vincent est assis la plupart du temps et n'a que très peu de répliques) et sacrifier la totalité de son personnage. Tellement d'ailleurs, qu'il est difficile de comprendre ce qu'il est censé être exactement. Seul homme de la planète à savoir parler et être aussi intelligent que les femmes, il vit en ermite et fait office de Yoda du pauvre. On sait qu'il fut banni ou qu'il s'est enfuit dans son enfance en réalisant sa différence et que les Sineps on peut de lui. Il est dit qu'il veille sur Kaboo et il semble plutôt clair qu'il s'agit de son père, même si cela n'entre jamais vraiment en jeu.
Étrangement, pas un seul personnage ne s'offusque de son existence alors qu'il est dit qu'aucun le n'est censé être évolué et que son existence même remet beaucoup de chose en question, apportant notamment la preuve que les hommes, s'ils venaient à être éduqués, ne seraient pas nécessairement dangereux, comme semble le croire Mère. Un point de vue qui apparaît étonnant maintenant que l'on sait qu'elle a eu une fille avec lui: elle devrait savoir plus que n'importe qui qu'il est possible d'aimer un Sinep et de construire un avenir durable !
Mais rien n'est expliqué, rien n'est montré, jamais l'ermite ne réagira après la mort de Mère, jamais il ne se joindra aux autres même une fois la paix rétablie, et le réalisateur se moque de toute façon pas mal de son scénario. Il lui fallait juste un sage énigmatique distillant quelques conseils à la con, et il aura choisi le has-been le moins gourmand qu'il ait pu trouver en espérant capitaliser dessus autant que possible. De l'arnaque je vous dis.


Mais je ne suis pas du genre à tourner la page si rapidement et, le reste du film n'ayant rien de divertissant à me proposer, j'ai continué à analyser la situation en espérant lui donner du sens. Ma supposition est que ce personnage joué par Vincent était un jeune garçon moins brutal que les autres lorsque toute l'humanité de Kenon vivait en une seule tribu. C'est cette différence qui l'a poussé à fuir et suivre la "visiteuse" qui est arrivé sur la planète, délivrant la population féminine. C'est auprès d'elle qu'il a gagné sagesse et connaissances, comme les autres, et il s'est naturellement rapproché d'une des filles avec le temps (la futur Mère). Arrive ce qu'il doit arriver et celle-ci tombe enceinte de Kaboo. Un fait qui doit plaire à la Visiteuse et qui expliquerait l'existence du deuxième artefact qu'elle leur a offert: le Gift of Happiness, qui se révèlera être une simple poupée. Un objet sans doute offert aux parents comme cadeau pour leur enfant, ou dans l'idée de les entrainer à s'occuper d'un bébé.
Après le départ de l'étrangère, la peuplade aura voulu éduquer le reste des Sineps sans y parvenir. Ceux-ci découvrirent l'art du combat en feuilletant le Livre des Connaissances et ne chercheront pas à en apprendre d'avantage, devenant un ennemi redoutable. Sans doute prit de remords parce qu'il est lui-même un homme, le père de Kaboo choisira de s'isoler tandis que Mère prendra la décision de ne pas intégrer de mâle à sa tribu, même si cela signifie l'extinction de son espèce.
L'enfant grandira et verra occasionnellement son père, mais pour l'élever sans repère masculin il sera décidé de ne pas lui dire la vérité et de limiter leurs interactions aux stricts minimums.Arrivé aux évènements se déroulant dans Jurassic Women, Kaboo est désormais une femme et sa rencontre avec les astronautes chamboulent les choses. Elle s'interroge sur les mâles, l'étrange concept de famille et de sexualité qu'ils racontent, et au final réussira avec son nouveau compagnon là où ses parents ont échoués.


Finalement c'est assez simpliste et compréhensible si on y réfléchis un peu, et ça ferait un épisode de Stargate SG-1 tout à fait banal. Bien sûr cela nécessite de faire abstraction de quelques éléments, comme l'absence d'autres personne de l'âge de Mère et de l'ermite, ou le fait qu'il devait bien y avoir des bébés ou enfants mâles que la Visiteuse aurait pu enlever lorsqu'elle a créée la séparation des clans. Difficile aussi d'accepter l'absence de sexualité chez une bande de jeunes femmes en bonne santé: même sans hommes, les hormones et le désir existent, le rapprochement entre filles devenant alors naturel. Visiblement l'hétérosexualité est une telle règle d'or que les notions d'homosexualité ou de masturbation sont à proscrire. Toutefois cela est moins le problème de Jurassic Women que des États-Unis en général, et même une grosse production à venir comme Wonder Woman tombe dans le même piège.
Il y a aussi le fait que Kaboo et ses amies disent ne même pas comprendre le mot "enfant", même si l'héroïne l'utilise lorsqu'elle raconte l'histoire de l'ermite. Cela n'a pas beaucoup de sens, mais pas plus que de voir Cody apprendre aux demoiselles l'art du combat pour triompher des Sineps, alors que durant tout le film elles se montrent plus talentueuses et stratèges qu'eux. Pas plus également que ces visions étranges qu'il semble obtenir avant même de se retrouver sur Kenon et qui n'ont aucun impact sur l'histoire. En fait il n'y aura même pas d'explications à leur présence dans l'intrigue.
Même chose pour le trou de vers généré par Hercules 1, précipitant les astronautes sur la planète. Le vortex a t-il provoqué un voyage dans le temps ? Dans l'espace ? A travers les dimensions ?


Mais le pire c'est évidemment tout ce qui touche à la Visiteuse. Alors que tout est mis en œuvre pour préparer une révélation surprenante sur son identité (mon fric était sur Mère) et la raison de ses agissements, il se trouve que tout cela ne mène finalement à... rien ! On ne sait pas qui elle est, d'où elle vient, si elle était seule, ni même pourquoi est-elle intervenue sur Kenon. S'agit-il d'une voyageuse du futur, comme semble l'indiquer sa méthode de transport (une "orbe de lumière") et le fait que les astronautes de la NASA ne possèdent eux-même pas de technologie extraordinaire ? Tout au plus peut-on dire qu'elle était terrienne (le Livre des Connaissances est en réalité un volume unique de l'Encyclopædia Britannica) et qu'elle suivait un code de vie appelé Kuma, inconnu au bataillon mais prônant la beauté de la vie par-dessus tout.
Puisqu'il n'y a personne autre que Mère pour confirmer son existence, et que celle-ci ne parle d'elle que très vaguement (elle était une "source d'espoir" et "il n'existe pas de mot pour la décrire"), j'ai un temps pensé qu'elle n'était qu'une fable inventé par Mère pour tenir ses filles tranquilles. Une sorte de Christ cosmique au féminin.
Et au final je ne suis pas plus avancé. Je n'ai aucune théorie sur son existence ou sa non-existence, sur ses motivations, sur ce qu'elle apporte concrètement au film hormis quelques détails qui pourraient être expliqué différemment. Jurassic Women nous fait tourner en rond, balançant des mots et des concepts qu'il n'utilise finalement pas, et s'avère être une perte totale de temps. La Visiteuse prouve, plus que tout, plus que l'absence de budget, les scènes d'action lamentables, le jeu médiocre des comédiens et le stock footage, la vacuité totale du projet. Il n'y a rien à voir ici, rien à écouter, rien qui ne vaille de prêter la moindre attention à ce "film".


Rien ou presque, les amateurs de mauvais cinéma ayant quand même deux ou trois bricoles à se mettre sous la dent. La perruque "chef indien" de Jan-Michael Vincent, ou cette réplique balancée en coup de vent pour expliquer l'absence d'écart d'âge entre l'héroïne et sa mère ("Nous vieillissons lentement"). Un plan subjectif d'une mystérieuse créature, observant les astronautes, est simulé par un filtre en négatif, comme le ferait n'importe quel idiot muni d'un caméscope. Une "cascade" qui vaut le coup d’œil montre deux guerrières lutter contre un groupe de primitifs. L'une fait la courte échelle à sa camarade pour l'aider à effectuer une attaque volante, mais elle atterri directement sur l'épaule de son adversaire qui n'a plus qu'à l'embarquer.
Il y a aussi cet impressionnant Sinep, un grand Black chauve mais doté d'une queue de cheval et qui semble s'y connaitre légitimement en Muay Thai. Je l'ai affectueusement nommé Tong Po.
Mais en vrai, la seule chose à retenir de Jurassic Women, c'est Grace Renn, l'interprète de Kaboo. Ou peut-être de "Koo" si l'on en croit le générique de fin, mais peu importe, on en est plus à une confusion près. La belle héroïne est effectivement très séduisante avec ses cheveux noirs décorés de plumes, sa moue boudeuse, son joli sourire et son splendide... décolleté. Non vraiment, on ne voit qu'elle dès qu'elle apparait à l'écran, et le deux pièces en peau de bête aide beaucoup. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard sur la majorité des images qui illustre cette chronique sont des photos d'elle. Elle aide à faire passer le temps, et comme le film n'a bien vite plus rien à raconter ou à montrer, c'est à sa jolie figure que l'on se raccroche, et au moins, ça, ça marche !


C'est sans doute la seule raison pour laquelle je ne me suis pas tué d'ennui devant ce Jurassic Women, tout simplement indéfendable. Le parfait représentant du film inutile et incompétent, qui ne plaira à personne. D'ailleurs la Troma n'en parle plus, l'ayant sans doute rendu disponible à tous sur YouTube parce qu'elle ne pouvait pas justifier de nous faire payer pour ce truc. Ce n'est pas exagérer de dire que, sans cette décision, il aurait fini par disparaitre purement et simplement: il n'existe aucun DVD  à jour et il n'y en aura sans doute jamais. Même à la télévision son existence fut problématique, la seule chaine le possédant (USA Network) ayant opté pour des diffusions en pleine nuit, pour les insomniaques, et uniquement couplé avec une version censurée de Dinosaur Valley Girls, un autre Z préhistorique très con, mais beaucoup plus généreux sur à peu près tous les niveaux.
Une existence pathétique pour une production pathétique, voilà un sort mérité et pourtant il n'y a pas de leçon à apprendre. Le cas Jurassic Women est loin d'être unique dans la carrière de David Heavener, qui à ce jour poursuit son odyssée dans le Z le plus absolu, tandis que celle du réalisateur, John Pieplow, vous étonnera sans doute un peu. S'il n'a pu faire qu'un seul autre film, il s'agit quand même du sadique Strangeland, avec Dee Snider et Robert Englund. Du très bon, celui-ci, et dont en entend parfois parler d'un projet de suite quand le chanteur de Twisted Sister est lancé sur le sujet.
Comme quoi, parfois, le crime ne paie pas, mais un tout petit peu quand même et c'est toujours mieux que rien. Sans doute le Karma, pour nous avoir offert Grace Renn en tenue légère, et pour le coup je ne peux que lui donner raison...



GALERIE

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mardi 7 mars 2017

[Ciné] John Wick 2


John Wick 2
John Wick: Chapter 2 (2017)
Mega CGR Centre, Tours (37)

Toujours pas de chien, alors...