lundi 27 février 2017

She Freak (1967)


She Freak
(1967)


En Septembre 2015, j'étais en pleine frénésie d'écriture et j'essayais de tenir le rythme impossible d'une chronique par jour via la rubrique Mental Hurlant. L'un des premiers films dont j'ai parlé était le très mauvais Freakshow de la Asylum, qui avait la particularité d'être un remake de Freaks, le grand classique de Tod Browning et véritable classique humaniste de l'Histoire du Cinéma. Une reprise à l'opposé total de la direction artistique du célèbre metteur en scène, puisque échangeant le noir et blanc classieux par de la couleur digitale, le discours de paix par une intrigue de vengeance et le regard humain par de l'ultra violence...
Mais bien avant cette relecture peu glorieuse, il existait déjà en 1967 un film similaire quoique beaucoup plus sage. She Freak, un pseudo remake de Freak écrit et produit par David F. Friedman, partenaire de Herschell Gordon Lewis jusqu'à Color Me Blood Red. Un ancien forain qui, tout comme le Parrain du Gore, avait cette passion pour le carnavalesque. Pas étonnant qu'il se soit lié d'amitié avec le réalisateur de Blood Feast, lui qui jouait sur les mêmes méthodes, et pas étonnant qu'il a voulu faire un film tournant autour de cet univers qu'il a si bien connu. Un retour à ses premiers amours en quelque sorte. Seulement voilà, l'idée d'un film sur une fête foraine est plutôt limité en soi, et Friedman, qui bosse dans l'exploitation, ne peut pas se contenter d'une simple histoire d'amour ou d'une enquête policière: il faut provoquer, attirer par tous les moyens possibles. Exactement comme dans une foire. Exactement comme avec les Sideshows, ces exhibitions de monstres humains. Et donc, recycler Freaks a dû être une façon simple et rapide d'accomplir ce projet.


Le soucis ? Premièrement, ce sont les forains en général qui intéressent Friedman, pas les Freaks. Ensuite il faut dire que dans les années 60 il est beaucoup moins évident de trouver des "monstres" prêt à se montrer dans la caméra. Enfin, le budget ne permet pas de créer des maquillages extraordinaire pour compenser – gardez en tête que nous sommes au même niveau qu'une production H.G. Lewis, c'est-à-dire rien du tout ! Par la force des choses, She Freak se retrouve alors être un remake de Freaks... sans Freaks ! La fin demeure, culte et inoubliable, et il y a bien dans l'intrigue un cheminement similaire qui amène à celle-ci, mais tout le reste diffère. Théoriquement pas un soucis pour un remake, l'idée étant de livrer quelque chose de différent, seulement cette fois il y a clairement arnaque: entre le titre et l'affiche, on s'attend à voir un minimum d'êtres difformes et pourtant pas un seul ne pointe le bout de son nez avant les trois dernières minutes du film ! Si She Freak était un Sideshow, il s'agirait plus d'un honteux attrape-touristes que d'un numéro de cirque dérangeant...
Et c'est dommage car ça commençait plutôt bien, Friedman ayant choisi de nous offrir le point de vue de l'antagoniste sur la situation. Ainsi l'histoire suit la triste vie de Jade Cochran, une jolie serveuse travaillant dans un boui-boui crasseux mais aspirant à une vie meilleure. Parce qu'elle n'a jamais supportée le fait que sa mère, une belle femme, ait fini misérablement en faisant le mauvais choix pour son avenir, elle espère ne pas répéter les mêmes erreurs et déborde d'ambitions. Pas facile quand son horrible patron espère bien la garder avec lui pour la culbuter, brisant toutes ses tentatives de s'acoquiner avec un autre mâle de passage par jalousie.


Lorsqu'un client, travaillant pour une foire itinérante, passe par hasard pour faire un peu de pub, elle saute sur l'occasion, démissionne et propose ses services. Ironie du sort: elle qui pensait pouvoir voyager, rencontrer du monde et se trouver une place d'importance, se retrouve avec le même boulot qu'avant ! Heureusement elle se fait une amie en la présence d'une stripteaseuse qui n'a pas sa langue dans sa poche, s'attire le regard d'un beau ride boy (l'équivalent du Hercule de Freaks) et s'intègre vite à la petite troupe. Seuls les Freaks, qu'elle découvre lors d'une représentation, la révulse. Malgré cela son train de vie est plaisant et elle fini par toucher le gros lot lorsqu'elle apprend que le propriétaire de la fête foraine est un joli célibataire plein aux as.
Jade le charme, se marie avec lui et tout irait pour le mieux si elle n'avait pas gardé un certain désir pour le technicien qui deviendra son amant occasionnel. Seulement voilà, sa haine pour les Freaks n'est pas sans inquiéter les autres et particulièrement Shorty, un nain travaillant à la foire depuis toujours et qui ne lui fait pas confiance. Lorsqu'il découvre ses infidélités, il va immédiatement prévenir son patron et c'est le début du drame...
Dans la structure narrative, le scénario de She Freak ne semble pas problématique. Nous découvrons une nouvelle Cléopâtre qui semble sympathique et cherchant simplement à se libérer de sa triste condition. Loin d'être une mauvaise personne, elle se lie d'amitié avec certains, repousse le forain beau et fort qu'elle rencontre en comprenant qu'il est violent et possessif, puis force un peu le destin en allant draguer un riche.


Seulement son dégoût pour la différence fini par la corrompre, lui apportant la méfiance de Shorty qui va évidemment vouloir se débarrasser d'elle aussitôt qu'il en a l'occasion. La tragédie se met en place lorsque le mari et l'amant se confrontent, le voyou tuant accidentellement son adversaire avant de mettre les voiles. Jade, témoin, n'a rien à craindre et hérite. Sa vengeance ? Elle prend le contrôle de la foire et licencie Shorty pour sa délation. Et là, la tragédie va prendre toute son ampleur. Devenant une toute autre personne maintenant qu'elle est au sommet, Jade apparaît comme aussi méprisante que son ancien patron de restaurant, insultant et rejetant ses amis, gérant son business d'une main de fer. Naturellement l'affaire se conclura dans le sang, le nain revenant avec ses amis pour venger leur ancien employeur et laver son honneur. Jade finira au plus bas, transformée physiquement en ce qu'elle était devenu moralement: un monstre humain.
C'est simple, cela fonctionne comme relecture moderne même si l'écriture abandonne toute notion de paix et de tolérance que prônait l'original (quoi de plus normal pour un véritable film d'exploitation que de ne garder que les éléments "chocs" ?), et l'idée de suivre l'ascension puis la chute du personnage principal est bien amenée.


Oui, le problème c'est que tout ce que je viens de vous raconter, toute cette intrigue... Elle n'intervient que dans les dix dernières minutes du film. Hormis le tout début qui présente Jade, et la conclusion qui explique ce qu'elle devient, il n'y a pour ainsi dire que quelques secondes d'histoire dispersées sur plus d'une heure de remplissage ! Celles-ci se trouvent au cœur de quelques scénettes qui se trainent, donnant l'impression qu'elles sont plus longues qu'on le pense alors que le monteur cherche simplement à remplir le film avec ce qu'il peut. Il faut dire que She Freak ne dure que 83 minutes et qu'il est constitué à 99% d'images de fête foraine tournées durant une période de vacances, alors le pauvre fait comme il peut.
Ces séquences se comptent sur les doigts d'une main: il y a une conversation entre l'héroïne et sa copine à propos des hommes disponibles, afin que l'on apprenne que le patron est célibataire. Une discussion entre celui-ci et sa jeune épouse à propos des Freaks, elle exprimant son dégoût et lui en désaccord puisque les percevant comme des employés ordinaires malgré leurs handicaps. Une scène montre l'amant de Jade se battre avec un autre forain, de quoi présenter son agressivité qui aura une importance plus tard et surtout donner au film un semblant de violence et d'intérêt ! Il y a aussi l'étrange rapport de soumission / domination entre celui-ci et la jeune femme, l'héroïne lui faisant clairement comprendre qu'elle le craint et ne désire pas de relation avec lui, et l'autre jouant le mâle alpha parvenant à séduire par sa simple virilité.


La meilleure reste une tentative naïve de prédire l'avenir funeste du personnage principal, lorsqu'une voyante se met à lire la paume de sa main. Elle lui explique, confuse, que sa ligne de vie s'arrête mais qu'elle recommence ensuite et semble continuer "pour toujours", symbolisant sa mort humaine et sa renaissance en monstre de foire. C'est simplet mais ça fait sourire.
Le reste du film va faire criser quiconque n'a aucun intérêt pour les fêtes foraines, pour les cirques ou la vie de spectacle. Car si She Freak a pu se faire, c'est surtout parce que son producteur est entré en contact avec de véritables forains en pleine représentation et a obtenu l'autorisation de tourner jour et nuit dans leur foire. Parce qu'il est passionné, Friedman n'en a pas perdu une miette et son réalisateur s'est retrouvé à devoir tout filmer: du montage au démontage, des techniciens en pause à la file d'attente qui se forme devant les manèges à sensations. On y voit absolument tout, et cela pendant plus d'une heure ! Car lorsque l'inclusion de ses images ne se fait pas de façon un peu forcée (générique d'ouverture, ellipses entre les péripéties de Jade), elles font partie intégrante de l'intrigue: Jade déambule longuement entre les manèges à son arrivée à la foire, sa découverte des Freaks permet de se perdre sur plusieurs spectacles, et elle observe son amant en plein travail.
Résultat le film possède un aspect quasi documentaire, présentant le quotidien de ces gens du voyages.


Nous les voyons étendre leurs linges, installer les autos-tamponneuses, monter les tentes, arranger les prix et peluches des stands de jeux, préparer la nourriture et les friandises sur les stands de restauration (surprise, ça a l'air plus clean qu'un McDonald's de nos jours !)... Les visiteurs sont de vraies personnes qui regardent la caméra lorsqu'ils passent devant, et parfois on embarque avec eux sur la grande roue ou les montagnes russes. De quoi ennuyer pratiquement tout le monde, d'autant que l'on retrouve parfois les mêmes images d'un bout à l'autre du film, habituelle astuce pour rallonger la durée du métrage et lui permettre d'attendre le minimum requis pour une diffusion en salle.
A ce niveau là je ne peux même plus parler de défaut, puisque She Freak évoque plus une publicité avec un fil rouge qu'un film de cinéma, et il est certain que Friedman a perdu les 3/4 de son audience par ce choix douteux. Cependant ! Il existe un petit pourcentage de personnes qui pourra s'accrocher à une vision malgré tout. Quiconque possède un amour pour les forains, pour les vieux manèges et les affiches peintes à la main, trouvera là de précieuses archives. Car il faut le dire, il est assez passionnant de voir comment un tel monde fonctionnait. Surtout que la foire n'est absolument pas minable, s'étendant sur un large terrain et dotée de nombreux appareillages. Entre ça et la patte "vintage" des années 60, il y a là une sorte de capsule temporelle intéressante qui pourra plaire à quelques uns. Le témoignage d'un autre temps, d'autant plus fascinant qu'il est en quelque sorte accidentel.


Et les Freaks alors ? Peine perdu, il n'y a rien à en tirer puisque Friedman fut incapable d'en trouver. Un ou deux nains, tout au plus, et des acteurs maquillés grossièrement, que l'on ne verra que furtivement: un homme-chien, une petite grosse aux bras minuscules et un type avec un espèce d'appeau dans la bouche, si mal éclairé qu'on ne comprend pas trop ce qu'il est censé être. Également présents, deux "véritables" aberrations appartenant à la foire et filmées à la dérobée: un faux fœtus de bébé à deux têtes et une femme à toute petite tête, en fait quelqu'un portant un boite dotée d'une lentille déformante provoquant une illusion d'optique.
C'est peu, pas vraiment convaincant et le réalisateur se retrouve à devoir grossir leurs rangs avec quelques performeurs de cirque qui n'ont rien à voir: un avaleur de sabre, un cracheur de feu, une vieille dame avec un serpent...
Du bricolage, à l'image du reste du film. She Freak est une boursouflure technique qui semble ne tenir qu'avec du scotch, entre ses rares scènes de fiction, ses images réelles et son montage laborieux. On se retrouve avec des fondus au noir pour des scènes ayant exactement le même angle de vue, et une foule de dialogues inaudibles dû à un tournage muet, les protagonistes tenant parfois des propos que l'on a pas jugé assez important pour être redoublés. La seule chose que l'on puisse dire c'est que le responsable, Byron Mabe, s'en sort un poil mieux sur la réalisation, en tout cas plus qu'un H.G. Lewis puisque capable de prises de vue plus variées, avec des zooms et des dézooms.


Avec tout ça j'ai presque l'impression de tirer sur l'ambulance en mentionnant un dernier point négatif. Honnêtement arrivé à ce stade ce n'est même plus la peine d'en rajouter et il est évident que seuls les amoureux l'Exploitation rétro et de l'univers forain se laisseront tenter par She Freak. Pour tous les autres, ça sera le rejet immédiat. Mais il convient de se pencher un peu sur la façon dont Friedman s'y prend pour décrire son personnage de femme vénale, et comment cela apparaît difficilement supportable de nos jours. Bien sûr c'était les années 60, une autre époque, un autre monde, mais le portrait de Jade Cochran évoque moins la corruption d'une femme d'ambitions que la représentation d'une phobie masculine. Celle de l'émancipation féminine.
Dès la première scène dans le restaurant où elle travaille, on sent que le scénario essaye de semer les graines du Mal. Lorsque son horrible boss lui fait du rentre dedans et s'offusque de la voir rêver de mieux, Jade ose dire ce qu'elle pense, lui renvoyant toute sa médiocrité à la figure. Il est rustre, pervers, colérique et dominateur, et il est normal qu'elle cherche à son échapper.
Seulement pour Friedman, cela semble être... une mauvaise chose ! Les répliques de la jeune femme sont censées êtres disproportionnées, humiliantes. L'héroïne est présentée comme prétentieuse et hautaine, des défauts qui évidemment l’amèneront à sa perte. Jade est une mauvaise personne parce qu'elle refuse les avances d'un gros balourd et qu'elle crache sur sa condition sociale, espérant un peu mieux !


La conclusion, tordue, montre même le patron visiter la foire et découvrir ce qu'est devenue son ancienne employé, riant aux éclats. "You're going to Hell" disait-il plus tôt lorsqu'elle démissionnait. Si Jade avait la réponse parfaite ("From here, it's all a way up !"), le film n'entend pas à ce qu'elle s'en sorte, affichant même une citation biblique qui tient presque de la misogynie. Autant dire que si vous aviez supporté She Freak jusqu'ici, il vous sortira par les trous de nez et ce message puant viendra abaisser encore plus le peu d'intérêt que vous pouviez lui accorder...
Alors avec ces relents d'intolérances, son absence de Freak, son histoire inexistante et son heure entière de remplissage, ce petit produit d'exploitation n'a plus grand chose pour lui. J'en relève un élément tout de même: le maquillage de Jade, une fois transformée. Loin de la femme-poule de Freaks, ou du vers de terre géant de Freakshow, She Freak opte pour une créature étrange, simiesque et hybride. De façon intéressante, la "femme" est toujours là, soudée au "monstre", donnant l'impression que la Belle et la Bête ne font qu'un. Un design que l'on doit au vétéran Harry Thomas qui a bossé sur plus d'une centaine de productions dont Glen ou Glenda, Plan 9 From Outer Space, l'originale Petite Boutique des Horreurs et la série Superman avec George Reeves. Pour l'accompagner, un écriteau amusant visible à ses côtés: "Please do not feed or tease the creature".
Le reste il va falloir le trouver parmi les anecdotes et le casting, qui lui est plutôt bon. C'était notamment Felix Silla dans le rôle de Shorty, célèbre nain ayant joué le Cousin Machin de La Famille Addams, un enfant monstrueux dans le Chromosome 3 de Cronenberg ainsi qu'un pingouin dans Batman Returns.


Sa partenaire de scène dans le rôle de Jade était la jolie Claire Brennen, qui a hélas succombé à un cancer à seulement 43 ans. Le plus fou ? Tous les deux seraient tombés amoureux sur le tournage, gardant leur liaison secrète pendant neuf ans et auraient même engendré un fils !
L’œil attentif trouvera quelques visages familiers à leur côté, comme Ben Moore dans le rôle du client venant annoncer l'arrivée de la foire, qui n'était autre que Lester dans 2000 Maniacs ! Futur flic pervers dans La Fiancée de Re-Animator et coach sportif dans EvilSpeak, le gros Claude Earl Jones prête ses traits au patron jaloux qui en pince pour l'héroïne, le bien nommé Greasy (graisseux). Quant à David F. Friedman, producteur et scénariste, il fait également une apparition dans le rôle d'un annonceur inexpressif. Enfin il serait mal d'oublier Lynn Courtney dans le rôle d'une stripteaseuse qui ne se déshabille pas. Sa danse reste néanmoins très agréable à regarder et l'un des seuls bons moments du film.
Également présent à titre posthume – accrochez-vous, le véritable bandit de l'Ouest Sauvage Elmer McCurdy, abattu en 1911 après une attaque de train qui a mal tournée. Son corps, embaumé à l'arsenic, fut utilisé comme présentoir pour une entreprise de pompes funèbres d'époque avant d'être vendu à des forains bien plus tard ! Il obtint ainsi une carrière comme accessoire macabre pour Sideshows, traina un temps dans le Musée du Crime de Louis Sonney puis fit quelques apparitions au cinéma et à la télévision, comme dans L'Homme qui Valait Trois Milliards et donc She Freak. Voilà un sujet qui aurait parfaitement convenu à Friedman et fait pour une bien meilleure histoire !


Les plus masochistes d'entre-vous pourront traquer une version alternative du film titrée Asylum of the Insane, conçue par un autre nom du cinéma d'exploitation: Donn Davison, auteur de quelques bandes diffusées à l'occasion de roadshows (spectacles itinérants), comme Honey Britches, que la Troma récupéra pour son catalogue en le renommant Demented Death Farm Massacre. Ce filou récupéra une copie de She Freak qu'il modifia sans avoir la moindre permission de Friedman, afin de le diffuser dans ses propres attractions. Les changements ? Un mauvais effet 3D et quelques scènes supplémentaires avec le catcheur Pat Patterson, rien d'autres qu'un des piliers de la WWF en son temps et créateur du Royal Rumble !
J'ignore totalement à quoi ressemble cette version du film et je doute qu'elle ait le moindre sens, mais je peux quand même garantir que ces drôles de rajouts doivent venir briser la monotonie du film original. Et ça, ce n'est vraiment pas un mal...



GALERIE

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jeudi 23 février 2017

Frankenstein: The Monster Returns (1991, NES)


Nintendo Entertainment System
Frankenstein: The Monster Returns
(1991)



Ça m'embêtais un peu d'avoir fait toute une introduction à propos du Monstre de Frankenstein vu par les japonais pour un simple jouet, aussi je me permets de vous y renvoyer afin de parler d'une autre incarnation improbable du personnage. Conçu là encore par le pays du soleil levant, ce nouveau Monstre mérite bien son nom puisqu'il est l'antagoniste d'un jeu vidéo horrifique qui remonte à l'époque de la simple Nintendo: Frankenstein: The Monster Returns.
Pas besoin d'en dire plus à propos de celui-ci puisqu'il ne s'agit aucunement d'un classique ou d'une perle oubliée, mais au contraire d'un titre plutôt médiocre est oubliable. Et pour cause puisqu'il ne s'agit rien de plus qu'une pâle imitation d'un Castlevania ! Il s'agit basiquement du même concept, du même gameplay et du même environnement, mais avec beaucoup moins de trouvailles, d'innovations, d'ambiance et en remplaçant Dracula par la Créature du savant fou. Difficile même de croire que Konami n'ait pas tenté quelques poursuites judiciaires, mais sans doute que les gens derrières la compagnie n'étaient pas du même niveau que les détestables crevards qui la dirige désormais (car, on ne le dira jamais assez, Fuck Konami).
Pour autant le jeu reste très jouable et dispose même de quelques éléments intéressant ici et là, comme l'animation des quelques cutscenes (les cinématiques, pour ceux qui ne suivent pas) et les sprites des nombreux Boss et Mini-Boss qui parsèment l'aventure, plutôt soignés. Donc si vous n'êtes pas réfractaire aux jeux mineurs et que vous aimez l'Horreur, tester celui-ci restera une expérience intéressante malgré tout.


La première chose notable à propos de Frankenstein: The Monster Returns, c'est que malgré son titre il ne s'agit pas véritablement d'une séquelle ou d'un spin-off. En fait la célèbre Bandai, qui est ici le distributeur, a déjà explorée le personnage auparavant via un obsolète jeu électronique à énergie solaire: Mr. Franken, sorti chez nous – et oui ! – sous un simple Frankenstein. On pourrait toujours s'amuser à dire que le présent jeu est la suite de cette antiquité mais la vérité est toute autre.  Le développement fut effectué de façon indépendante, sous la demande de Bandai, par une firme japonaise nommée Tose (à peu près tous les vieux Dragon Ball Z et une série régulière pour Nintendo, les Game & Watch Gallery). Celle-ci est assez particulière puisqu'elle possède l'étrange habitude de ne jamais être créditée pour son travail !
Des mots d'un de ses responsables, Masa Agarida, la Tose reste toujours dans les coulisses: "Notre politique est de ne pas avoir de visions. A la place, nous suivons celle du client. La plupart du temps nous refusons de mettre notre nom sur les jeux, pas même ceux des programmateurs.", ce qui vaut les génériques de fin de porter des pseudonymes absurdes. Ici ? Kraken Mummy, Miss Honey, Mr. Rice... Le plus amusant est que, si la Tose est réputée pour être une compagnie fantôme (ou compagnie "ninja", comme ils disent là-bas !), ce détail se retrouve aussi sur les Castlevania d'époque, avec des personnes renommées Christopher Bee ou Boris Karloffice !


Quoiqu'il en soit, c'est en 1990 que Tose produit le jeu et choisi de le titrer, là encore, juste Frankenstein (tel que cela apparaît à l'écran-titre). C'est Bandai qui a ensuite récupérée la chose et, pour diverses raisons marketing, a prit la décision de la renommer Frankenstein: The Monster Returns (uniquement visible sur les boitiers et manuels) et d'en faire une exclusivité US.
Le jeu débarque sur le continent en 1991 et encore à ce jour il y a une certaine confusion sur la date de sortie et l'identité de son développeur. Fondamentalement, ceci n'est pas très différent des péripéties qui vivent films d'exploitations, avec leurs multiples titres et versions, selon la censure ou le pays où ils sont distribués, ou le rachats des droits par divers distributeurs. Et cela résume plutôt bien le produit auquel on a affaire je trouve, tant la qualité générale de l’œuvre et les idées absurdes qui la composent se rapprochent des séries B des années 80.
Ainsi l'intrigue part du principe que le Monstre est désormais un être totalement maléfique, ayant su se frayer un chemin vers une dimension maléfique (tout logiquement nommée Evil Dimension) et pouvant puiser dans celle-ci pour gagner en puissance ou contrôler les autres créatures des ténèbres. L'histoire se déroule inexplicablement durant le Moyen-Âge quand bien même le roman date du XIXème Siècle, et aux monstres classiques comme Dracula ou le loup-garou se mêlent des abominations proches des écrits de Lovecraft ou des Xenomorphes d'Aliens...


Le résumé du jeu – rappelons qu'à une époque les cinématiques ne racontaient pas tout de A à Z et il fallait trouver quelques lignes dans le manuel pour connaitre les véritables enjeux – est amusement vague tout en éclairant un peu notre lanterne sur les intentions des créateurs.
Nous apprenons que cela fait des années que le Monstre est mort, son corps reposant dans un cimetière abandonné. Les villageois essayent d'oublier les horreurs qui se sont déroulées sur leurs terres et y arrivent plutôt bien grâce à une époque de paix et de prospérité. Les fermiers n'ont pas à se plaindre et le soleil brille (non je n'invente rien, c'est dans le texte), bref il fait bon vivre. Malheureusement pour eux, une nuit d'orage va tout bouleverser lorsqu'un éclair vient frapper la tombe abandonnée de la Créature, réanimant celle-ci à la façon de Jason le Mort-Vivant: un doigt bouge légèrement, le cœur semble battre, puis soudain un vague d'énergie réanime le cerveau. Le Monstre revient d'entre-les-morts et va pouvoir prendre sa revanche !
La même nuit, il incendie le village et kidnappe la jeune et belle Emily, fille d'un des anciens. La raison ? On peut l'interpréter différemment ! "I will take this girl for my own !" dit-il, ce qui signifie qu'il peut tout simplement vouloir la tuer et la ramener à la vie sous une forme similaire à la sienne – sans doute ce que les développeurs avaient en tête, référençant la fameuse Fiancée du Monstre, ou bien, étant donné que le jeu est d'origine japonaise, on peut penser qu'il veut simplement satisfaire ses pulsions sexuelles et "la prendre" au sens propre. J'ai même envie de dire que les deux options n'ont rien d'incompatible.


Le jeu oublie de mentionner quelques détails, comme par exemple pourquoi son choix s'est posé sur cette jeune fille en particulier. Vu que l'historique du Monstre n'est jamais révélé et que l'on parle d'années depuis ses dernières attaques, et puisque le jeu s'inspire de Castlevania (où son analogue, Dracula, a tendance à revenir à la vie une fois tous les 100 ans), il est très probable que l'un de ces anciens était un héros ayant participé à la destruction de la Créature et que celle-ci a décidée de s'en prendre à sa descendante par vengeance.
Bien heureusement, le héros, un guerrier anonyme que le joueur peut renommer à sa guise (ce qui amène inévitablement à des choix genre "bite" ou "cul", parce que pourquoi en serait-il autrement ?), part à sa rescousse. Son prétendant ? Là encore ce n'est pas clair et lui-même semble être surpris de se voir confier la tâche par l'Aîné, qui le voit comme leur seul espoir, mais il s'élance aussitôt sur les traces du Monstre. Celui-ci rebrousse le chemin jusqu'à un château abandonné dans l'idée d'y transformer Emily et d'ouvrir un portail vers la dimension maléfique pour y gagner en puissance. Plusieurs monstres barreront la route du joueur en chemin, tous obéissant aux ordres du mort-vivant, mais bien vite il apparait que ceux-ci ne sont pas tous mauvais et qu'ils sont également victime de la situation, l'influence néfaste de la Créature du Frankenstein les manipulant malgré eux...


Comme je le disais ci-dessus, ce résumé éclaire un peu plus sur ce que le parti-pris du scénariste. L'intrigue se déroule après les évènements de Frankenstein, non pas le livre de Mary Shelley, mais plutôt du film de James Whale et de la Universal. Le look Karloffien du Monstre est le plus gros indice mais on retrouve quelques autres éléments: le fait que l'histoire se déroule aux alentours d'un même village, avec un château abandonné qui pourrait être celui de Frankenstein (l'ouverture de la dimension parallèle fut-elle produite lors de l'activation du mort-vivant, via une quelconque machine type Resonator ?) et l'idée que le corps du Monstre fut récupéré et enterré dans un coin oublié de la région. Le résumé évoque également son cerveau, le décrivant comme appartenant à un fou homicide. Une idée que l'on retrouve dans le premier film, le bossu Fritz, brisant accidentellement un bocal contenant un cerveau sain, le remplaçant par un autre malade, "anormal". Plus tard dans la série, un meurtrier nommé Ygor finira par placer le sien dans la boite crânienne, troquant son corps difforme contre celui, invulnérable, du monstre. L'absence de réelle continuité entre les films de la Universal empêche de savoir laquelle de ces deux personnalité finira par perdurer, le personnage devenant alors un colosse souvent muet et stupide.
Dans tous les cas, le concept demeure ici, et si la plupart des autres versions du mort-vivant en font un être pathétique et innocent, Frankenstein: The Monster Returns tient vraiment à le décrire comme un être démoniaque.


Le "scénario" (si on peut l'appeler ainsi) semble même offrir une légère réflexion autour de la notion de "monstre" puisque la plupart des ennemis, en comparaison, sont en fait des êtres bons et honorables. Je ne compte évidemment pas les habituels ennemis de Niveau, juste là pour créer un obstacle et permettre le gameplay, mais les innombrables Boss et Mini-Boss. Tombant sous le contrôle de la Créature, dont la capacité à contrôler le Mal se fait de plus en plus grande, ils ne sont pas véritablement responsables de leurs actes et remercient même le joueur après leur défaite, celle-ci ayant pour conséquence de les libérer de cette influence. On y trouve un Chevalier Noir doté d'un grand sens de l'honneur, un cheval infernal, la femme-serpent Médusa ainsi qu'un étrange couple de Yokais végétaux vivant dans la forêt. Et un dragon d'eau qui ne semble vouloir défendre qu'un trésor, dans une confrontation totalement optionnelle.
C'est quelque chose que l'on retrouve souvent dans l’œuvre Fantastique japonaise et on peut citer des RPG comme Soleil (alias Ragnarok), mais aussi des films comme Kibakichi ou le manga Devilman. D'autant plus que le Monstre de Frankenstein est artificiel, humain d'origine, là où les autres sont plutôt des créatures de folklore. D'ailleurs les autres monstres "classiques" sont tout aussi maléfiques que lui: on y retrouve un loup-garou et un vampire qui vivent dans la dimension maléfique, eux aussi techniquement des humains modifiés, et l'un mid-Boss veillant sur le château de Frankenstein est une chose clairement démoniaque (l'étrange Gatekeeper, en fait juste une tête et une main flottante, en décomposition).


Quel dommage que tout ceci ne soit qu'extrapolation de ma part, le jeu ne cherchant pas à créer le moindre message. La traduction anglaise n'aide pas, tous les ennemis étant désignés pareillement sous le terme de "monstres", n'aidant pas à la distinction. Toutefois l'intrigue montre clairement les Yokais reconnaissant de leur délivrance, donnant au héros de précieux objets ou conseils pour l'aider dans sa quête.
Une idée en filigrane, mais peut-être pas tellement à sa place dans un simple clone de Castlevania. Pas non plus à sa place dans un si petit jeu, lequel n'a pas beaucoup d'ambitions, mais surtout pas beaucoup de budget. Il se limite ainsi à quatre petits levels, les développeurs ayant choisi de rallonger artificiellement la durée de vie en offrant une option d'exploration très réduite (on peut, à la manière d'un Zelda II, visiter des maisons et des pièces, trouver des trésors et discuter avec quelques PNJ qui peuvent vous offrir différentes choses) et une succession de combats avec des Boss ou ennemis spéciaux qui prennent plus longtemps à tuer que les adversaires communs. Des combats à rallonge qui se répètent parfois ad nauseam, comme celui avec l'homme-poisson, qu'il faut se farcir à chaque fois que l'on rate une plate-forme dans le marais du Niveau 2 (ce qui arrive pratiquement à chaque fois, la faute à une mauvaise gestion de détection des sprites, faisant que le personnage-joueur passe souvent au-travers de façon injuste).


De la même manière, notons une séquence particulièrement difficile à traverser dans le dernier niveau, nécessitant d'attraper au vol plusieurs lianes pour naviguer au-dessus de mares d'acide. Pour la même raison qu'au-dessus, il est pratiquement impossible de les attraper du premier coup et le personnage tombe, encore et encore, dans le liquide mortel qui aspire son énergie bien trop vite pour que l'on puisse bondir hors du bassin et continuer son chemin.
La situation est telle que, après un moment, le joueur aura plutôt tendance à se dépêcher de traverser le Niveau en esquivant les petits monstres plutôt que de perdre son temps, devant déjà gérer des Boss et des pièges qui ralentiront sa progression au point de faire perdre le fun du gameplay. Frankenstein devient vite monotone, et c'est encore pire lorsque l'on découvre l'attaque la plus efficace pour progresser / tuer un ennemi: un coup de pied sauté totalement hors propos pour un chevalier européen. Du coup non seulement le joueur tentera juste d'aller du point A au point B sans chercher la confrontation, mais en plus il va perdre les quelques variations de combats qui lui sont permise, se contentant du répétitif high kick bien pratique mais vite ennuyeux. C'est bien simple, je me serais cru l'espace d'un instant dans Kung Fu Kid sur Master System, sauf que Kung Fu Kid réussi à rester divertissant de bout en bout malgré ses énormes limitations !
Il faudra alors prendre sur soi pour le challenge, et heureusement on trouve quelques armes et upgrades qui peuvent s'avérer intéressant.


Reprenant le concept du fouet évolutif de Castlevania, qui pouvait s'enflammer et lancer des boules de feu, Frankenstein propose différentes choses qui fonctionnent sur le même principe: une épée qui se charge de feu ou d'énergie et qui peut projeter des particules destructrices dans trois directions différentes. Un peu comme un Shoot'em Up en fait, à la manière de Gradius ou R-Type: de la même manière, le moindre dommage prit vous fait perdre votre capacité spéciale et / ou votre nouvelle arme ! Autant dire qu'il va falloir faire très attention car si le jeu est plutôt facile aussitôt que vous pouvez toucher vos ennemis à distance, il devient mission impossible lorsque vous devez affronter un Boss au corps-à-corps. Surtout avec seulement deux vies et deux continues.
On peut heureusement compter sur un système de password ainsi que la présence de potions rallongeant le total de barre de vie ou redonnant de l'énergie. Il convient de surveiller d'autres objets utiles comme la bombe, puissante, ou les éclairs, qui peuvent anéantir tous les adversaires apparaissant à l'écran. La fronde est intéressante puisque renvoyant le projectile vers le personnage et permettant de toucher l'ennemi deux fois de suite, même s'il faut attendre qu'elle retourne dans la main pour l'utiliser une seconde fois. En revanche l'arme importe peu: qu'il s'agisse de l'épée, du gourdin ou de la masse d'arme, elle n'a pas l'air de faire plus de dégât, et le fait de la perdre constamment dès qu'un ennemi touche le joueur fait qu'elle perd vite de son importance et ne devient vitale qu'une fois couplée au lancé de projectiles.


Bref, tout cela est très basique et comme je l'ai déjà dit, il n'y a pas grand chose à mentionner à propos de Frankenstein en terme de jeu. Les ennemis sont variés (Trolls, squelettes, gargouilles, minotaures, statues animées, abeilles géantes et autres doppelgängers), les niveaux suffisamment différents les uns des autres pour éviter la répétition (le village, qui bizarrement apparaît intact alors qu'il est censé être en feu et dévasté, une forêt avec ses marais et sa falaise, un château abandonné qui dispose d'un cimetière où les tombes vous poursuivent – on peut même les chevaucher comme plateformes géantes !, et enfin la Evil Dimension, totalement organique comme une ruche Xénomorphe et dont un des couloirs possède des visages démoniaques incrustés dans les murs, dans un style qui évoque le mangaka Gō Nagai), quant au musiques elles sont à l'image du jeu: ni bonnes, ni mauvaises, totalement oubliables.
C'est plutôt l'enrobage qui marque, qui prête à sourire et qui fait de Frankenstein un titre à essayer malgré tout. D'une part il faut constater que les programmateurs ont soignés leurs graphismes: les sprites, par exemple, sont gros, colorés et bien animés, notamment ceux des Boss. Le cheval infernal, sorte d'improbable centaure, a les deux sections de son corps colorées différemment et chacune de ses pattes bougent lorsqu'il se déplace. Même chose pour Médusa, dont le côté serpent est bien rendu dans les mouvements. Quant au loup-garou, il redevient humain après avoir été tué via une séquence de transformation animée en plusieurs images.


Les cutscenes et dialogues sont également dynamisées par l'animation: les bouches bougent lorsque les personnages parlent, les différents Niveaux sont entrecoupés de cinématiques où Frankenstein se moque du héros (mention spéciale pour celle où les deux sont séparés par une barrière de flammes) tandis que la créature est rendue ténébreuse et imposante grâce à un style de dessin jouant sur les ombres. Mon détail préféré reste sans doute la carte générale du jeu, dévoilée entre chaque Niveau pour marquer la progression du joueur et qui montre un petit Monstre de Frankenstein prendre ses jambes à son cou, avant qu'un chevalier minuscule ne lui cours après. C'est tout simplement adorable.
L'aspect "clone de Castlevania" n'est pas dépourvu d'intérêt non plus, justement parce qu'il est amusant de voir tout ce que les programmateurs ont réussi à emprunter. Des Boss similaires (la Mort, sous l'aspect de la grande faucheuse), une tête de Médusa volante, mais rendu géante à la manière du Masque de Carmilla, dans Castlevania II, un château hanté dans lequel on ne pénètre qu'après avoir fait un tour par le cimetière (littéralement le tout premier niveau du tout premier Castlevania !), et naturellement la présence de Dracula. Ici un "simple" vampire, mais avec la cape et se transformant en grosse chauve-souris.
C'est amusant, probablement honteux, mais ça permet de briser un peu l'ennui d'un gameplay fade. Encore plus quand les concepteurs s'emmêlent les pinceaux dans leur référence et pillent subitement Ghosts'n Goblins, lorsqu'un chevalier est attaqué en plein cimetière par des gargouilles rouges, sosies de Firebrand !


Et puis, bien sûr, il y a le facteur "What the Fuck". Le côté "nanar". La part de délire que l'on retrouve uniquement dans les œuvres du pure exploitation. C'est ce loup-garou baptisé Manwolf plutôt Wolfman, la faute à une traduction à côté de la plaque. L'absence totale de laboratoire dans le château, pour un jeu tournant autour de la Créature de Frankenstein. D'ailleurs difficile d'imaginer celui-ci à une période où l'électricité n'existe pas ! Il y a le Chevalier Noir qui, pour emmener le héros dans la dimension infernale, lui fait faire la toupie comme Wonder Woman. Le premier Niveau s'achève par un tremblement de terre, précipitant le joueur dans une fosse, lequel se retrouve l'instant d'après à l'air libre en pleine campagne, comme s'il était passé par un quelconque vortex interdimensionnel...
Un personnage retrouvé dans la forêt, mortellement blessé, annonce sa fin imminente d'un calme stupéfiant. Celui qui se décrit comme "mortally wounded" semble être tranquillement assis par terre, et quiconque à vu le Sacré Graal ! des Monty Python risque de ressortir toutes les répliques. "I'm not quite dead, sir !". Quant aux codes permettant de tricher un peu, générés par le fameux Game Genie, ils sont pour le moins particuliers: énergie presque infinie, énergie supplémentaire impossible à ramasser, invincibilité après avoir perdue une vie, jouer sans continues, un seul dégât est fatal... Autant de cheat que personne ne voudra employer !


Mais le plus beau, c'est le Monstre de Frankenstein lui-même. Parce que bien sûr les concepteurs font l'erreur de le baptiser "Frankenstein", comme pour bien nous dire qu'ils ne savent rien de l'histoire dont ils s'inspirent. Reprenant le cliché de la créature Karloffienne au teint verdâtre, celui-ci n'offre a priori pas un combat très intéressant jusqu'à ce qu'il change de forme. Corrompu par la dimension maléfique, il développe alors une seconde forme totalement délirante: celle d'un bodybuildeur géant, nu, aux muscles saillants, et posant tel le Penseur de Rodin ! Celui-ci ne bouge pas mais crache des boules de feu et attaque avec des morceaux de son propres corps: son poing s'arrache du poignet et lévite pour cogner le héros, encore et encore. Dans ses derniers instant, c'est sa tête qui se détache, dépourvue de mâchoire inférieure mais continuant de vomir des flammes !
L'animation, sympathique, montre le colosse se détériorer progressivement, sa peau se détachant par endroit et laissant entrevoir des muscles qui n'ont plus rien d'humain, clignotant comme s'ils étaient gorgés d'une énergie malfaisante. La dernière vision du corps, décapité et écorché vif, même si elle n'a rien de gore, reste plutôt osée pour un jeu Nintendo.
Après le générique de fin (repompant encore Castlevania avec ses héros observant les ruines du château, cheveux au vent), une dernière animation à peine visible montre une paire d'yeux s'ouvrir puis se fermer, signe que le Monstre n'est pas mort et appelant à une séquelle qui ne verra jamais le jour...


Ce sont pour ses moments d'absurdités que Frankenstein: The Monster Returns, vaut la peine d'être joué. Ça et son intrigue improbable et difficile à situer dans une  quelconque chronologie, quand bien même je pense avoir fait un assez bon boulot pour lui trouver un contexte.
Alors oui, c'est sûr, ce n'est pas Castlevania, ce n'est même pas un bon jeu et la traversée des différents levels sera plus agaçante qu'autre chose compte-tenu de la qualité très moyenne de l'ensemble. Mais comme une bonne Série B, certains y trouveront leur compte grâce à ce côté "exploitation" poussé bien au-delà du raisonnable. C'est fou, c'est bête, c'est drôle et pour rappel, les émulateurs ne coûtent rien ! Alors en attendant de vous replonger dans votre dernière acquisition de jeu vidéo, sans doute bien meilleure, donnez-lui cinq minutes de votre temps. Vous pourriez bien vous amuser un peu.
Un dernier argument ? Et bien pour un produit Bandai pour NES tapant dans la figure horrifique classique, ça restera toujours plus jouable et recommandable que Dr. Jekyll and Mr. Hyde !



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lundi 13 février 2017

Color Me Blood Red (1965)


Color Me Blood Red
(1965)

"There's just one problem with painting like that.
The undertaker has to finish it for you."


Il y a une raison si Color Me Blood Red n'est pas aussi reconnu que Blood Feast et Two Thousand Maniacs ! Il y a une raison pour laquelle on en parle beaucoup moins et que l'étiquette "historique" ne lui colle pas autant à la peau que ses prédécesseurs. Car le fait est que, contrairement aux premiers opus, cette nouvelle tentative est un échec complet, à la fois un mauvais film, un mauvais Gore et une conclusion un peu amère à la Blood Trilogy puisque marquant la séparation du duo H.G. Lewis / David F. Friedman. Pas étonnant quand on voit à quelle vitesse les compères ont mis en chantier ce troisième essai, ne prenant guère le temps d'y réfléchir: ainsi plutôt que de paraître comme une suite logique de leur œuvre, Color Me Blood Red ressemble au contraire à un grand pas en arrière !
Conçu aussitôt Two Thousand Maniacs ! sur les écrans, le film souffre d'une naissance précipité et d'emblée on ne peut pas dire que le sujet choisi soit le plus intéressant – l'histoire d'un peintre fou qui utilise le sang de ses victimes évoque bien quelques gerbes d'hémoglobines ici et là, mais rien de particulièrement graphique.
Qui plus est cette intrigue est une reprise à peine déguisée d'une production culte de Roger Corman. C'est bien sûr A Bucket of Blood, avec le génial Dick Miller dans le rôle d'un sculpteur fou qui fabriquait des statues à partir de cadavres, tuant toujours plus pour créer de nouvelles œuvres. Une relecture assez simple qui ne change que le support (la toile plutôt que l'argile) sans rien apporter de neuf. Par rapport à la réinterprétation délirante de Brigadoon de la dernière fois, c'est peu inspiré et bien moins excitant.


L'intrigue raconte comment un peintre, Adam Sorg, fini par sombrer dans la folie homicide. Peu aimable, l'artiste est arrogant, égocentrique, mal élevé et gueulard. Il ne se soucis pas d'autrui et certainement pas de sa compagne, qui doit faire avec son comportement détestable et pense déjà au divorce alors qu'elle n'est même pas encore mariée avec lui ! Son seul allié est Farnsworth, gérant d'une galerie d'art qui expose ses œuvres à toute la ville ainsi qu'à Gregorovich, un critique de renom. Seulement voilà, celui-ci considère que les derniers travaux de Sorg sont médiocres: son utilisation des couleurs notamment, est particulièrement insipide.
Blessé dans son orgueil mais tout en restant d'accord avec ces reproches, le peintre commence à devenir de plus en plus asocial tandis qu'il cherche désespérément une solution à son problème. Et celle-ci lui arrive par un accident tout bête, lorsque sa future ex-épouse se blesse avec un clou en voulant ramasser un cadre qui trainait. Son sang coule sur la toile, et la couleur vive qu'elle y laisse va raviver la flamme créatrice de l'artiste: inspiré, il livre un tableau sombre et horrifique qu'il recouvre ensuite de ses propres globules rouges pour en renforcer l'impact. Hélas la tâche est exténuante et il comprend avec dépit qu'il sera incapable de mener cette nouvelle tâche à bien. Jusqu'à ce que son obsession lui fasse perdre pied avec la réalité et que, dans une crise de démence, il assassine sa belle. Cachant le corps, il utilise néanmoins son sang pour compléter son œuvre et part l'exposer.
Le succès est immédiat seulement voilà, Gregorovich n'est pas persuadé que Sorg a retrouvé tout son talent et lui commande un nouveau travail...


Du déjà vu effectivement, et pourtant le manque d'originalité est loin d'être le seul soucis du film. Le fait est qu'il n'y a pas d'évolution visible (technique comme artistique) entre Two Thousand Maniacs ! et Color Me Blood Red, contrairement aux deux autres. L'amateurisme total d'un Blood Feast était pardonnable car jouant pratiquement en faveur du film, totalement "autre", innovant et anarchique. Seule comptait le grotesque et le reste était vite oublié. Le second volet était un bond en avant tant dans les ambitions que dans la réalisation. Le film paraissait plus grand, plus fort, avec plus de monde et une meilleure maitrise sur à peu près tous les plans.
Ici on retrouve une histoire de petite ampleur qui évoque pratiquement un remake de Blood Feast (un tueur seul qui massacre plusieurs femmes au nom d'une obsession) mais avec un nombre de personnages et de décors encore plus réduit. Le nombre d'atrocités affichées à l'écran est lui-même rabaissé à seulement quatre meurtres, ce qui semble trop peu au regard des attentes que l'on pourrait avoir d'un tel film (surtout arrivé au troisième épisode), et la déception frappe tant le niveau de Gore parait inégal et bien moins fou qu'autrefois.
En fait plutôt que d'être une nouvelle étape dans le genre, Color Me Blood Red aurait fait un parfait chainon pour lier Blood Feast et Two Thousand Maniacs !, puisque reprenant une intrigue simple de tueur en série tout en introduisant des meurtres de plus en plus extravagants et surréalistes, commençant simplement (un coup de lame en plein visage) pour partir sur des délires qui aurait pu préfigurer les spectacles des fantômes Sudistes (la joute équestre en hors-bord, un harpon remplaçant la lance).


Mais le plus frappant, dans cette baisse de qualité générale, ne vient même pas du sujet ou de son traitement, mais bien de la mise en scène. On savait que Lewis était un mauvais réalisateur, cependant il était jusqu'ici capable du strict minimum et ses films restaient parfaitement regardables même si très ringards. Ici on frise l'incompétence, comme si le bonhomme avait oublié toutes notions de cinématographie: de nombreuses fois la caméra ne fait pas de mise au point et rend l'image complètement flou, le cadrage est hasardeux et semble parfois se corriger, ne parvenant pas toujours à suivre l'action au bon moment, enfin toutes les scènes tournées au bord de l'eau sont absolument inaudible car le bruit de la mer prend le pas sur les dialogues. Un soucis aggravé par le montage, la post-synchronisation n'est pas du tout raccord avec les mouvements de lèvres, et demeurant trop basse pour que l'on entende quoique ce soit !
A sa décharge il est connu que le tournage en lieu aquatique n'est jamais simple, et la tâche a dû s'avérer particulièrement difficile pour lui, l'homme n'ayant probablement pas mesuré lorsqu'il a écrit le scénario. En revanche sur la terre ferme, ce n'est pas bon non plus: la caméra est évidemment statique avec généralement deux angles de vue utilisés (un large, un serré), et si d'ordinaire il trouve son inspiration lors des séquences sanglantes, cherchant le cadrage ou le détail qui dynamisera le tout, ce n'est cette fois pas du tout le cas.


A la manière de son antagoniste, un peintre dont les tableaux sont fades et qui ne parvient plus à exprimer quoique ce soit à travers son œuvre, Lewis paraît être incapable d'insuffler la moindre énergie à son film et c'est tout le Gore qui tombe à plat. L'auteur livre un film creux qui n'aura pas impressionné grand monde. Et malheureusement pour lui, le montage est loin d'arranger les choses...
Pourtant confié au même type qui s'était occupé des deux productions précédentes, celui-ci aussi semble ne plus se souvenir de son métier, assemblant les séquences à l'aide de raccords bancals, notamment dans les fondus enchainés (ellipses et transitions) qui donnent l'impression que les images sont littéralement entrain de fondre devant nous !
Non content de ramollir le rythme du film, qui met trop longtemps a démarrer, il égraine les scènes de mort ici et là et ces quatre malheureuses petites horreurs ne paraissent intervenir que très peu, comme si elles étaient anecdotiques. Difficile de croire que le film se traine avec ses 80 minutes, et pourtant ! Alors, comme pour nous tenir éveillé, il a été choisi de caviarder le film de cette improbable musique, du genre fond sonore pour cabarets des années 60. Totalement frénétique, envahissante et à côté de la plaque, elle joue constamment, hurle, presque, et ne laisse jamais la place à l'ambiance. Disons-le clairement: il s'agit de l'un des pires défauts du film.
Lewis lui-même a été horrifié en découvrant le produit final, et pour cause: celui-ci lui a totalement échappé et rien de ce qui fut assemblé n'était de son propre choix.


L'explication se trouve en fait dans une sombre histoire de fric et de poursuites judiciaires qui a totalement chamboulée la post-production. Après un tournage déjà compliqué et peu motivant, Lewis et Friedman se sont retrouvés confrontés à leur vieux partenaire Stan Kohlberg, un propriétaire de Drive-In et de petites salles avec qui ils avaient un deal. Comprenant sans doute que l'entreprise des deux compères était plus fructueuse que prévu, il tenta de les poursuivre pour manquement sur reversements d'argent, ce qui se régla au tribunal au détriment de Color Me Blood Red. Car le film, tout juste dans la boite, est foutu au placard pendant près d'un an, le Parrain du Gore n'ayant pas le droit d'y toucher. C'est Robert L. Sinise, déjà monteur sur Blood Feast et Two Thousand Maniacs !, qui va s'occuper de le mettre en forme, seulement voilà: celui-ci n'est pas exactement un monteur (editor), c'est-à-dire un technicien qui prend ses propres décisions lors de son boulot, avec une approbation éventuelle du réalisateur derrière, mais un "coupeur" (cutter). Quelqu'un qui monte un film comme robot, se contentant de suivre les ordres du metteur en scène. Seul aux commandes, Sinise s'est alors laissé aller à faire un peu tout et n'importe quoi, ne possédant pas de véritables connaissances sur ce qui fait un film.
Le réalisateur récupéra le résultat bien plus tard,  et de son propre aveu en fut désespéré. "Color Me Blood Red is not worth watching, in my opinion." dira t-il, essayant même un temps de renier la chose.


Des comme ça il y en a plein, expliquant facilement pourquoi ce troisième volet Gore est un échec complet. Car l'expérience fut entachée par tout un tas de problèmes dès la mise en route du projet, avec par exemple l'interdiction de tourner dans les mêmes zones qu'auparavant et obligeant l'équipe à trouver de nouveaux lieux au dernier moment. La raison ? Parce que Blood Feast avait mauvaise réputation auprès des quelques personnes et que ceux-ci ne voulaient absolument pas qu'une autre aberration de ce genre soit réalisée près de chez eux. Il y a aussi les problèmes techniques pour les effets spéciaux, entre un caméraman pas foutu de capturer un joli jet de sang lors de l'empalement au harpon, ou une décapitation en pleine mer qui devait être simulée avec une crâne de vache... qui a coulée si vite que Lewis n'a même pas eu le temps de dire "action" !
Et puis, bien sûr, il y a eu la défection de Friedman. Celui-ci, peu emballé comme son partenaire par la mauvaise tournure que prenait Color Me Blood Red, en vint à se dire que le genre était dépassé, plus assez intéressant à explorer et à exploiter. Nul doute que les déboires judiciaires ont dû le conforter dans son idée de s'éloigner du Gore une bonne fois pour toute, mais il y a fort à parier que l'ambiance ne devait pas être terrible même avant cela. Et c'est dommage car tout n'était pas à jeter dans cet ultime épisode. Noyés dans le mauvais sang surnagent quelques éléments sincèrement sympathiques, ou assez intéressant pour être évoqués, à commencer par l'interprète d'Adam Sorg.


Car à la surprise générale, Gordon Oas-Heim se révèle être un véritable comédien là où ses prédécesseurs ne l'étaient pas du tout. Vraiment doué, même si peu aidé par un rôle qui lui demande de tirer rapidement la tronche lorsqu'il passe en mode "maniaque", il convainc très bien en auteur prétentieux rabrouant son entourage, et livre quelques monologues plutôt accrocheurs (son dernier discours, à la toute fin). La meilleure scène du film, vers le début, le montre se rendre à la galerie tandis que Gregorovich y critique une de ses œuvres. Ne prêtant aucune attention au public, il entre bruyamment dans la salle, saute sur la scène et change de sens l'un des tableaux accroché dans le décors, comme pour affirmer son sens artistique. Il se confronte ensuite au critique tandis que Farnsworth, sans un mot, va discrètement remettre la toile telle qu'elle était avant.
C'est discret, simple, mais ultra efficace et preuve qu'il y avait là plus de jeu d'acteurs que dans les deux Gores précédents ! L'homme affiche également une mine particulière, peut-être pas aussi folle que celle de Fuad Ramses mais assez pour faire effet.
A ses côtés quelques revenants,comme Scott H. Hall, l'un des abominables flics de Blood Feast, et Jerome Edem, qui était l'écartelé de Two Thousand Maniacs ! Leur présence assure un minimum de liens avec les premiers opus et permet de ne pas se sentir trop dépaysé. L'héroïne, avec sa choucroute sur la tête, fait plutôt regretter Connie Mason mais au moins elle à l'âge de son personnage et porte un maillot de bain.


Question Gore on retient quand même quelques morceaux. Il y a cette introduction où Farnsworth brûle un tableau, la chaleur faisant gondoler la toile qui libère alors un flot de sang. Une amusante transition passe de la bouillie d'hémoglobine que Sorg utilise au vernie à ongles rouge qu'utilise une bourgeoise pour se repeindre les pieds. Si le premier meurtre est raté (un couteau planté quelque part entre l’œil et la tempe, on ne sait pas trop), il faut voir l'artiste attraper le corps pour frotter la tête ensanglantée contre le papier, utilisant le visage comme une brosse !
Plus fou: lorsqu'un couple lui emprunte ses pédalos pour une petite promenade, il les traque au bateau moteur, harpon à la main, et va heurter l'un d'eux de plein fouet tel un chevalier en plein tournoi. La victime agonisant, il rebrousse le chemin pour lui passer dessus et le déchiqueter avec l'hélice du moteur (la fameuse décapitation ratée). Sa copine, on la retrouve crucifiée dans son atelier, éventrée. Elle est devenue une poche de sang au sens propre, Sorg attrapant les viscères à pleines mains qu'il presse ensuite comme un citron pour en extraire le fluide vital ! Sans doute le moment d'anthologie du film, même s'il faut aussi mentionner un cadavre déterré qui exhibe un visage rongé par les vers, tenant presque de Lucio Fulci, l'autre Parrain du Gore.
On retrouve également un aspect proto-Slasher avec le concept du groupe de jeunes qui se rend à la plage pour s'amuser, inconscient qu'un tueur rôde dans les parages. A tel point, en fait, qu'il est étrange que Lewis n'ait pas eu cette idée en écrivant le script, laissant toute la bande survivre et ceci malgré la présence d'un couple beatnik insupportable, victimes toutes désignées pour l'assassin.


Il faut les voir se trémousser ridiculeusement en portant des perruques de clowns ou en fumant la pipe à bulles. S'habillant à l'identique comme des jumeaux, ils parlent avec un horrible (et très faux) accent snobinard censé représenter la jeunesse des années 60. L'un d'eux va pourtant lâcher LA réplique culte du film: exhumant le corps d'une victime, enfoui sous la plage, le garçon va reconnaitre un membre humain et paniquer en comprenant qu'il s'agit d'un cadavre. "Holy bananas ! That's a girl's leg !" s'exclame t-il comme s'il se trouvait dans un sitcom. Burt Ward n'aurait pas fait mieux.
Mentionnons également un script en miroir avec Blood Feast puisque l'on en retrouve quelques idées très similaires: les deux films s'ouvrent avec une étrange musique de tambours (ici plus rythmée) et on note le même rapport entre l'assassin et la mère de l'héroïne. Dans l'original, la maman commandait un repas à Fuad Ramses et celui-ci finissait par vouloir sacrifier sa fille comme dernière victime. C'est la stupidité de cette dernière qui faisait capoter son meurtre puisqu'elle ne tenait pas en place. Ici une dame, admirative du peintre, tente comme elle peut de lui acheter une de ses œuvres. C'est sa fille qui deviendra la dernière proie de Sorg, mais elle échappera à la mort entre autre parce qu'elle ne peut s'empêcher de jacasser et de stresser l'artiste qui ne sait plus comment s'y prendre pour la mettre à mort.
Un dernier mot, peut-être, pour les tableaux de sang: parce que Gordon Oas-Heim n'était pas peintre, Lewis a récupéré divers dessins et peintures pour remplir la demeure de l'antagoniste. Naturellement, aucun d’entre eux ne sont du même style, Sorg devenant à la fois un expressionniste, un impressionniste et un naturaliste.


Autant dire que ses "chefs d’œuvres" sont tout bonnement horribles, surtout parce qu'il les badigeonne tellement de sang qu'on ne peut plus voir quoique ce soit ! Un gâchis presque, tant son premier essai n'est pas si mal: partant d'un banal croquis de jeune femme, il termine par une représentation réaliste du meurtre de sa compagne, tandis qu'un monstre inhumain se cache dans l'ombre, symbolisant probablement sa propre monstruosité.
Personnellement j'aime plutôt le second, représentant un monstre marin dévorant un nageur. Une sorte de créature dont la queue de poisson se termine inexplicablement par une jambe de femme, portant même un talon aiguille ! Symbolisme de la femme castratrice ? Cette idée il l'a en observant rageusement un couple bronzer sur la plage, juste sous sa fenêtre, et peut-être planifiait-il déjà de les tuer sur un plan d'eau comme ça sera le cas. De façon amusante, il n'y pas d'ultime ouvrage. Sorg semble victime de la toile blanche, comme s'il n'avait pas d'inspiration avant de trouver sa victime en chair et en os. Figurativement parlant, il n'a absolument rien dans la tête, et c'est ironiquement comme cela qu'il fini: la cervelle explosée par un coup de feu, son corps tombant sur le tableau, tête la première !
Intéressant, même s'il est peu probable que Lewis ait véritablement songé à ces détails lorsqu'il a écrit le scénario. A vérifier peut-être avec la novélisation, dont il est encore une fois l'auteur et qui ait même sortie bien avant le film ! Conçu en 1964, celui-ci ne paraîtra sur les écrans qu'un an plus tard, sans grand succès. D'ailleurs, des premiers Gore, il est le seul à ne pas connaitre de suite ou de remake, ce qui est assez significatif.


Encore que, quelques internautes jurent avoir croisés sur leur route un étrange Color Me Blood Red... Again, il y a longtemps, lequel n'a jamais été retrouvé par la suite. Aucune trace de celui-ci nulle part, même sur Internet, pourtant les témoins affirment avoir trouvé quelques informations depuis: il s'agirait d'une ignoble production vidéo de 1991, tournée au caméscope par un certain Zachary Winston Snygg (alias John Bacchus, auteur de Play-Mate of the Apes, Mistress Frankenstein, des Erotic Witch Project et autres Z trouvables chez Seduction Cinema) et distribué en son temps via E.I. Independent Cinema. S'il est vrai que cette compagnie a sorti la plupart de ses réalisations, et que ses plus vieux films, amateurs, sont introuvables mais existant, il n'y a rien qui prouve que celui-ci soit réel, ni même qu'il y ait le moindre lien entre cette "suite" et l'original hormis le titre.
Voilà cependant une rumeur intéressante et un nouveau titre a inscrire sur ma liste de films plus obscur qu'obscur, juste à côté de Cannibal Mercenary 2. Je pourrais dire qu'on en entendra jamais parler, mais après avoir réussi à mettre la main sur la suite de Story of Ricky pour le dernier Vidéotopsie, on ne sait jamais !

"Listen pal, you'd be rude too, if you saw your girl tied up,
and a man with an axe in one hand and a bloody mess in the other !"



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