mardi 31 janvier 2017

Blood Feast (1991)


Blood Feast
(1991)


Comme nous l'avons vu lors de la chronique de 2000 Maniacs, chez le "label" Aircel de Malibu Comics, Eternity était sa propre compagnie avant d'être intégrée à une plus grosse structure. Le nom est resté mais l'équipe a totalement changée lors du rachat, et creuser un peu plus reviendrait simplement à dédier un article entier à l'état de l'industrie du comic-book à l'époque du Boom (et du crash) des années 90, avec l'émergence de nombreux éditeurs indépendants faisant la guerre aux géants Marvel et DC.
Aircel Comics, Eternity Comics, Adventure Comics, peu importe finalement. Ce sont tous des moyens de distributions pour Malibu et cela se repère très vite: chacune des publications possède le même aspect, le même format, à savoir des histoires imprimées sur du papier de mauvaise qualité, principalement en noir et blanc, écrites et dessinées dans des délais très court. Tout ceci évidemment pour des raisons économiques. Imaginez votre librairie envahie de centaines de bandes-dessinées de ce style et vous comprendrez aisément pourquoi le marché a vite été saturé à l'époque, au point de s'effondrer complètement.
L'adaptation de 2000 Maniacs ! en était un bon représentant, du moins dans la forme, avec ces dessins vides et son script balisé. Le hasard a simplement voulu que cette absence de moyens joue en sa faveur et corresponde en essence à l’œuvre de H.G. Lewis. La version papier de Blood Feast en revanche, c'est un peu l'effet inverse: le résultat est presque trop bon pour être publié dans un torchon de Malibu !


Publiée en seulement deux numéros, en Février-Mars 1991 (bien avant 2000 Maniacs paru à la fin de cette année, j'aurai donc dû en parler avant mais je désirais mettre fin à la rétrospective des Sudistes sanguinaires avant, la faute aussi à une réception tardive de la BD), ce Blood Feast est encore une fois écrit par Jack Herman, qui reste là aussi très fidèle au Parrain du Gore. Il convient peut-être de préciser que le scénariste s'inspire bien du film, plutôt que de la novélisation totalement absurde et non-sensique pour écrite par Lewis lui-même. S'il était clairement le point fort de 2000 Maniacs, s'amusant à explorer les évènements pour apporter quelques modifications minimales mais plaisantes ici et là, sa contribution est cette fois difficile à discerner à moins d'avoir revu la version cinéma peu avant.
Ce coup-ci ce sont les illustrateurs qui font forte impression, transformant ce qui aurait pu (du !) être une petite adaptation vite torchée en une BD visuellement splendide et à des années lumières de la réalisation plate et fauchée de son modèle ! Ils sont deux: Stan Timmons et Mike Matthew. Le premier bossait à la même époque sur l'adaptation de la série télé Alien Nation, pour la même boite, mais a fait quelques travaux sans importance pour DC avant cela. Le second n'est pas plus connu et tout juste relève t-on une participation récente au Savage Dragon d'Image Comics. Difficile de savoir comment le duo a opéré pour livrer les illustrations, et je ne connais pas leur style pour reconnaitre l'un ou l'autre, toujours est-il que le résultat est impeccable. Jamais les planches ne donnent l'impression de mélanger deux genres différents (au point qu'on peut supposer qu'un des artistes n'a fait que quelques finitions) et les compositions de plusieurs images sont tout à fait remarquables.


Outre le fait que leur boulot est foutrement plus détaillé, consistant et ombré que celui de 2000 Maniacs, il y a ici un véritable effort de mise en scène et de créativité pour attirer le regard. Suite meurtre d'ouverture, celui dans la baignoire, on trouve une transition entre un gros plan sur l’œil de la victime (crevé lors de l'attaque) et celui du célèbre Sphinx égyptien, lequel apparait ensuite dans une copie parfaite de l'écran titre du film, jusqu'à la police sanglante affichant les mots "Blood Feast".
Les cases sont remplies de décors et d'objets, contrairement au vide stellaire de l'autre adaptation, mais surtout les personnages gagnent en expression et en réalisme. Tant est si bien que les deux flics se retrouvent presque plus crédibles que les acteurs qui les incarnaient autrefois ! Seuls les dialogues, inchangés, trahissent la stupidité général de leur caractère, mais il est heureux que les artistes aient préférés faire exister leurs protagonistes dans cet univers plutôt que de simplement jouer la carte de la parodie, avec des caricatures censées représenter le mauvais jeu de scène des comédiens.
C'est Fuad Ramses qui y perd un peu, puisqu'il y parait moins halluciné, moins délirant. Il se retrouve avec une stature de vilain plus classique même si l'on peut apprécier de le voir paraître un peu plus intelligent et fanatique. On le voit prier sa déesse Ishtar de nombreuses fois, dans les meurtres comme durant sa traque par la police, et pour lui donner une stature menaçante les graphistes ont eu une trouvaille intéressante pour sa première véritable apparition (hors introduction): lui donner une bulle de dialogue différente des gens ordinaires, hérissée de piques, comme pour souligner son caractère quasi surnaturel. Son antre elle-même parait plus lugubre, ici un véritable donjon éclairé aux chandelles et cachant une statue bien plus crédible que celle du film.


Certaines planches sont un véritable festin haha ! en soit, via des choix de représentations dynamiques et totalement dans l'esprit Gore de Lewis: la longue préparation du festin, à peine visible à l'origine, est ici représentée par une série de cases placées à l'intérieur d'un énorme chaudron bouillonnant, fumant, et d'où dépasse la main d'un cadavre qui y est mijoté. Quant à la découverte des cuisines de Ramses par la police, elle donne lieue à une splash page nous montrant le fameux repas sanglant, l'hémoglobine jaillissant hors des cases pour se répandre sur le reste des pages !
Le gore semble avoir fait l'objet d'un véritable soin de la part des auteurs. S'il était finalement assez limité dans 2000 Maniacs, puisque de toute façon embelli par sa nature cartoonesque, il se fait ici il est ici au centre du projet.
Tous les meurtres connus se retrouvent ici, sans nouveauté mais avec quelques détails supplémentaires ou différents, en tout cas beaucoup plus graphique. La première victime, celle qui perd sa jambe, se fait désormais trouer un œil au pique à glace avant d'être dépecée à l'aide de différents types de lames. Le meurtre sur la plage n'oublie pas la présence du serpent qui glisse sur le sable, près de la cervelle s'écoulant du crâne fracassé, et la façon dont Ramses doit plonger sa main dans la bouche d'une victime pour en extraire la langue semble bien plus douloureux. Sa table de préparation est encombrée de restes humains, viscères, squelettes et autres choses indéfinissables. Et tout comme 2000 Maniacs réarrangeait le crime le moins réussi pour l'élever au niveau des autres (l’écartèlement), Blood Feast décuple l'effet de la séquence du fouet, transformant ce qui était l'une des moments les moins convaincants en un moment d'anthologie.


Il faut voir l'égyptien fou expliquer à sa proie qu'elle est censée faire office de "flavor of blood" (saveur de sang) pour son banquet, la flagellant comme un fanatique en hurlant "Ishtar" à tout va. Le fouet, dont l'embout se divise à la manière d'un Chat à Neuf Queues, se transforme dans le mouvement, prenant la forme d'un improbable serpent géant venant planter ses crocs dans la chair exposée de la demoiselle. L'effet fonctionne d'autant plus que celle-ci est à pratiquement nue, sa peau semblant particulièrement vulnérable, pour un rendu limite Sadien.
A ce titre autant le dire, l'aspect émoustillant hérité des Nudies est bien présent et, temps et mœurs aidant, peut-être même un peu plus permissif. Un éditeur indépendant se fixant ses propres règles en terme de permission graphique, la nudité est donc présente et plusieurs jeunes femmes exhibent leur poitrine. On pourra noter que les beautés sont brunes, là où Lewis favorisait les bondes, mais je ne risque pas de me plaindre. Toutefois si Malibu approuve totalement d'adapter du Gore, il semble en revanche un poil plus timide concernant l'érotisme, et c'est ainsi qu'un pauvre diable a été engagé pour "ombrer" les corps. Non pas coloriés, cachés, juste ombrés, comme si la pénombre arrivait subitement pour sensiblement cacher les formes généreuses. Le paradoxe USA dans toute sa splendeur.
Et puisque nous en sommes à parler d'altération, revenons-en à Jack Herman, bien moins inspiré qu'avec les Maniaques du Sud. Celui-ci l'action se déroule en Floride, en 1963 date du film et... En plein hivers ! Ce qui semble absurde entre la balade du couple à la plage, les tenues simples des protagonistes et la séquence où l'héroïne et ses amies s'amusent dans une piscine extérieur !


Dans un soucis de paraître moins ignare en mythologie, il précise ici que Ishtar n'est pas véritablement une déesse égyptienne, mais qu'elle fut adorée par les premiers égyptiens ainsi que par les assyriens. Le noir et blanc et l'absence du regard fou de l'acteur oblige l'auteur à décrire Fuad Ramses dans un dialogue, précisant alors que celui-ci possède des cheveux gris et d'étranges yeux brillants. Sa façon de courir en trainant la patte, iconique, disparait puisque difficile à retranscrire sur des images fixes, et le fanatique préfère utiliser la hache plutôt que la machette.
Une séquence à suspense disparait entièrement, qui avait lieu à la piscine juste avant le kidnapping d'une jeune fille. Celle-ci montrait l'ombre de Ramses se profiler contre un mur, tel Nosferatu, tout proche de l'héroïne qui relevait précipitamment la tête, pressentant le danger. Dommage car vu le talent des dessinateurs, cela aurait fait un très beau dessin. Consolons-nous avec la présence appuyée du serpent de l'antagoniste. Dans le film, celui-ci est à peine visible  bien que Lewis et son comparse David F. Friedman jurent avoir essayé de le caser autant que possible. Ici il apparait bien, et presque d'origine surnaturelle, évoquant sûrement le bâton changé en serpent de Moïse.
De la même façon, même si trop discret pour être important, l'influence d'Ishtar semble guider l'assassin encore plus que dans l'original. Outre que l'historien rappel que la déesse est censée s'incarner dans la dernière victime après le festin de sang, prenant forme pour mieux régner sur le monde, il est clairement stipulé qu'elle envoûte ses servants pour les pousser à obéir (comme montré dans Blood Feast 2). Durant la poursuite finale, Ramses la prie de l'aider pour échapper à la police et les agents s'étonne alors: ils l'avaient pratiquement rattrapé, mais celui-ci se retrouve de nouveau très loin d'eux, comme par magie. "It's uncanny", déclare le héros malgré sa tronche de grand blasé. On peut ensuite apercevoir une étrange aura en forme de crâne autour de l'antagoniste, lorsqu'il prend place dans le camion-benne, juste avant de se faire tuer...


Ces petites choses ne sautent pas aux yeux et c'est dommage, car il aurait été intéressant d'explorer un peu plus la mythologie de la déesse sanglante. Quiconque ne connait pas le film par cœur risque de ne même pas relever ces petits rajouts. Signalons-en un qui vaut le coup cependant, même s'il aurait mérité une représentation plus appuyée: la mort du tueur, dont on aperçoit le corps broyé lorsque les éboueurs relève la presse ! Voilà un bonus qui était certainement obligatoire.
Du reste je retiens également cette réplique hilarante de la mère de l'héroïne, la commanditaire du repas d'anniversaire que devait honorer le meurtrier. Lorsque la police la prévient de la situation, la priant de ne surtout pas toucher à la nourriture vu ses origines douteuses, celle-ci lève simplement les yeux au ciel. "Oh dear, the guests will have to eat hamburgers for dinner tonight.", dit-elle d'un air à peine ennuyé.
Voilà qui résume bien l'ambiance qui règne dans ce Blood Feast version Eternity Comics. Une adaptation respectueuse et fidèle, qui jamais ne sombre dans la caricature ou ne joue la carte du "plus sombre et plus sérieux", le scénariste ayant compris quel type de personne était H.G. Lewis. La BD place justement son argument de vente là-dessus, se ventant ouvertement d'être une "adaptation autorisée" du "premier Splatter movie américain". Dans le recto, un portrait du Goremeister lui-même, et figure une section promotionnelle contenant de nombreuses photos saignantes et autres clichés connus, dont même certaines raretés telle celui de l'actrice dans la baignoire qui révèle ses seins nus et cache son entrejambe avec sa main.


A moins de ne tout simplement pas aimer Blood Feast, cet objet est un must-have sur lequel on peut se jeter sans crainte. Pour seuls défauts je citerai une erreur de bulle sur une case, donnée à un personnage alors que destinée à son compagnon, et le fait d'avoir privé les illustrateurs d'une couverture qui aurait été magnifique. Désireux de faire comprendre à son lectorat que Blood Feast est une adaptation, le premier numéro se retrouve avec une simple photo de film (deux versions, la graphic cover, rare et présentant le cœur arraché lors du flashback en Égypte, et la tame cover, juste un gros plan sur la trogne de Ramses), et celle du second a été réalisé par un autre artiste. Fort heureusement il s'agit de Adam Adamowicz, déjà évoqué dans la chronique de 2000 Maniacs et réalisant ici une image puissante même si un peu hors sujet (plutôt Leatherface que Ramses).
Si j'avais un peu d'argent, je remplacerai l'image peu attirante du N°1 par quelque chose de plus tape-à-l’œil, comme par exemple cette réalisation pour l'éditeur de film Sub Rosa Studios, excessive mais bien plus convenable. Et puis tant qu'à faire j'éditerai le tout dans un recueil trade paperback avec un bien meilleur papier, pour faire redécouvrir cette gemme oubliée. Car comme Ishtar, il y a certaines choses qui méritent tous les sacrifices pour être ramenées des limbes...



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vendredi 27 janvier 2017

2000 Maniacs (1991)


2000 Maniacs
(1991)


Laissez-moi endosser mon costume d'Historien du Comics quelques instants. Non pas que cela importe vraiment, mais j'aime bien donner un peu de contexte au sujet de mes chroniques. Cela permet une bonne introduction. Et donc, si vous n'êtes pas un lecteur assidu de labels indépendants, il y a peu de chance pour que vous connaissiez Aircel Comics. La compagnie n'est de toute façon plus, mais son run n'est pas négligeable puisque c'est à elle que l'on doit l'existence de Men In Black. Bien avant que la franchise ne devienne un véhicule pour Will Smith, il s'agissait d'une bande-dessinée plutôt violente mêlant science-fiction et surnaturel, bien plus en rapport avec les X-Files qui commençaient tout juste également.
La firme a été l'une des premières à flairer le potentiel alors méconnu du Manga, publiant quelques titres s'inspirant du style visuel, et surtout elle disposait de quelques titres érotiques parmi lesquelles des adaptations de films comme Debbie Does Dallas, Flesh Gordon et le Scum of the Earth de... H.G. Lewis ! Mais pour être franc ces derniers comics ne sont plus totalement produit par Aircel qui, en 1988, est récupéré par un autre groupe. Il s'agit de Malibu Graphics (plus tard Malibu Comics par soucis de simplicité), qui l'a racheté car croulant sous les dettes. Le nouveau patron fait le ménage, change les artistes, et de l'original il ne reste que le nom. Ce n'est plus qu'un label sous lequel sortira de nouveaux comics, seule quelques anciens étant poursuivit. Passons sur les disputes internes et procédures sans importances: au bout du compte, Aircel abandonne une bonne fois pour toute son catalogue et deviendra la branche "sexy" de Malibu.
La firme décidera ensuite, sûrement pour des raisons financières, de fusionner Aircel avec son propre label d'époque, Eternity Comics, gardant d'ailleurs ce nom comme pour affirmer sa domination.


Certains d'entre-vous sont peut-être familier avec ce dernier, puisque c'est chez eux que sont paru les premières adaptations BD de la Full Moon: Puppet Master, Demonic Toys ou encore Trancers. Sans entrer dans les détails (elle était également sa propre boite avant d'être, très tôt, intégrée à Malibu et recyclée en label d'édition), Eternity a aussi sa petite importance puisque c'est de là que proviennent quelques grands noms de l'industrie comme Brian Pulido (Evil Ernie et Lady Death), Evan Dorkin (Milk and Cheese et Dork) ou Ben Dunn (Warrior Nun Arela, donc oui celui-ci c'était pour rire). Parmi ses titres à licences, on retrouve là encore du H.G Lewis avec une adaptation de Blood Feast.
Nuls doutes que l'acquisition des droits de celui-ci, Two Thousand Maniacs ! et Scum of the Earth s'est fait en même temps, mais la fusion entre Aircel et Malibu a pas mal chamboulé le choix de parution. Et donc si le Nudie se retrouve naturellement chez Aircel, c'est également le cas pour 2000 Maniacs, chacun en publié en trois numéros. Blood Feast quant à lui sera édité en deux volumes chez Eclipse, malgré qu'il soit chronologiquement le premier dans la filmographie du réalisateur.
Pour conclure cette improbable parenthèse (avant même que je n'aborde le véritable sujet !) et juste pour donner encore un peu plus mal à la tête aux novices en bandes-dessinées, Malibu Comics va cesser d'exister quand elle sera elle-même récupérée par Marvel Comics ! Car la compagnie possédait sa propre division de super-héros via sa ligne Ultraverse et, supposément, un studio de coloration révolutionnaire travaillant dessus. La vérité c'est que la Maison des Idées étaient moins intéressée par de nouveaux personnages et artistes que d'empêcher son concurrent DC de grossir son propre catalogue, ayant déjà un équivalent à l'époque avec Milestone Media.


Quoiqu'il en soit, le Malibu Universe est officiellement rattaché à celui de Marvel sous la dénomination Earth-93060 même s'il n'est que rarement – voir jamais utilisé. Ce qui signifie qu'il est tout aussi officiel que  Fuad Ramses et les Maniaques Sudistes existent dans le même multivers (ou megavers, selon votre terme de préférence) que celui d'Iron Man et de Wolverine, et donc qu'on peut considérer que Blood Feast, 2000 Maniacs ! mais aussi Howard the Duck et Captain America: Civil War se déroulent tous dans le même maelström dimensionnel !
Voilà pourquoi j'adore les comics ! Et comme certains le diraient: HYPERCRISIS !
Mais revenons-en à nos moutons avec ce 2000 Maniacs, ou alternativement Herschell Gordon Lewis' Two Thousand Maniacs. Notez l'absence de point d'exclamation dans les deux cas. Une adaptation très fidèle du film, et du livre, du Parrain du Gore, publiée entre Septembre et Novembre 1991. Une parution mensuelle de 20 ou 25 pages exclusivement en noir et blanc, comme c'est souvent le cas chez Aircel / Eternity. A priori l'absence de couleur n'est pas un bon point pour un Gore, et particulièrement un Gore ancien qui affichait du beau rouge bien brillant à l'écran, mais on ne peut lutter contre les contraintes budgétaires. Si cela vous semble être une barrière, alors désolé de dire que 2000 Maniacs vous sera décevant. Pour ceux qui parviennent à faire avec, bonne nouvelle: la version papier ne perd strictement rien de la violence de son modèle, et va même jusqu'à corriger pas mal de petits manques ou ratés à l'occasion !
Étonnant quand on voit à quel point toute cette entreprise fonctionne à l'économie: l'histoire ne va globalement pas plus loin que le film, sans ajouts conséquents, et les illustrations sont en dents de scie car sûrement réalisées en fonction des disponibilités du dessinateur.


Ainsi 95% des cases ne comportent que des décors vides, ce qui se traduit par de vastes zones de blanc avec juste les personnages et objets nécessaires à la compréhension de l'intrigue, comme si les protagonistes étaient perdus dans les limbes. La majorité des traits sont simples, justes quelques coups de crayons, mais certaines cases présentent un travail d'ombrage bien plus conséquent. Du coloriage presque, comme si l'auteur avait eu plus de temps pour détailler son travail. Dans d'autres cas c'est le style qui change, le graphisme général (sensiblement rond et cartoonesque) cède la place à quelque chose de plus anguleux, comme si un remplaçant était venu compléter quelques cases pour que la BD soit fini dans les temps. Pourtant, à moins que celui-ci n'ait pas été crédité, il s'agit bien de l’œuvre d'une même personne. Probablement que ces différentes altérations sont dû à la vitesse de son travail, selon les délais dont il disposait.
En résulte naturellement un côté "cheap", amplifié par la qualité assez pauvre de la publication (papier très mauvais), qui donne l'impression que tout cela fut assemblé à la va-vite. Ce qui est certainement le cas, mais tout comme l'était la production de H.G. Lewis ! C'est presque parfait en fait, tant cette absence de moyens fait écho avec celle du réalisateur.
L'adaptation, à défaut de pouvoir prendre son temps, se perdre en décors ou discussion inutile, ou rajouter des scènes supplémentaires, se limite au strict minimum et doit alors se montrer expressif pour retenir l'attention. Impeccable pour focaliser sur les scènes sanglantes, le côté sexy et l'humour noir pachydermique qui constituent – définissent Two Thousand Maniacs !


Question chair, si H.G. Lewis s'était calmé par rapport à Blood Feast, ne lorgnant qu'à peine sur les jolies gambettes de Connie Mason, la BD s'amuse beaucoup plus avec ses héroïnes, prenant toutes des poses aguichantes ou portant des tenues légères. Lingerie et serviettes de bain apparaissent régulièrement tandis que la tension sexuelle entre les couples est un peu plus appuyée. Betsy est ici plutôt séduisante avec ses épaules nues et possède un aspect "petite sauvageonne" qui lui va bien.
Et pour le sang, les meurtres en ressortent grandi et mieux mis en scène. L'écartèlement est maintenant bien visible, jusqu'à l'inclusion de détails supplémentaires comme lorsque les Maniaques récupèrent les membres arrachés ou le torse de la victime. On voit bien les morceaux humains lors du barbecue et le bureau du Maire Buckman apparaît encore tâché de sang bien après le meurtre à la hache.
De la même manière, l'amputation du pouce gagne en efficacité avec un gros plan sur l'action ainsi qu'une réactivité de la blessée: celle-ci se défend un peu plus, puis elle entre en état de choc après sa mutilation, expliquant la façon dont Harper parvient à la ramener à ses complices. Bref, la scène est mieux jouée.
Plus folle et divertissante également est l'évasion finale. Ici les héros n'hésitent pas à foncer dans la population, écrasant quelques Maniaques au passage, laissant des traces sanglantes sur le sol, et mettent le feu à une pompe à essence, provoquant une forte explosion. Les fantômes tentent comme ils peuvent d'empêcher le couple de fuir, se jetant sur la voiture, leur tirant dessus à coups de fusils et lançant non pas un mais plusieurs véhicules à leurs trousses. Toute cela apparait bien plus excitant que dans le film et témoigne bien de la folie meurtrières des revenants Sudistes.


Le plus amusant demeure cette image rajoutée pour illustrer les fantasmes de Rufus et Lester dans la conclusion. Rappelez-vous, ceux-ci s'imaginent à quoi ressemblera le prochain centenaire en 2065, avec un futur plein de vaisseaux spatiaux et de bombes atomiques. Ici l'artiste représente ce délire en évoquant les romans pulp des années 50/60, avec une jolie cosmonaute déshabillée, en casque "aquarium", qui se fait tirer dessus au pistolet laser par nos Maniaques. Aussi une grenouille mutante d'origine alien lui cours après.
A côté de ça les autres petites altérations paraissent bien moins remarquables en comparaison. Ici Harper ne tombe pas directement dans les sables mouvants mais glisse sur une chaussure abandonnée par l'héroïne. Enterré vivant, il tente malgré tout de remonter à la surface pour s'emparer de son couteau, hors de porté, probablement un indice pour montrer sa nature de fantôme et sa détermination. Le jeu du rocher fait de même lorsqu'un Maniaque utilise une balle de Baseball qu'il considère comme une nouveauté. L'épilogue explique que c'est Buckman qui semble à l'origine du retour de Pleasant Valley, ses acolytes expliquant qu'il est occupé à faire disparaître la ville et "d'endormir" les habitants. Il existe maintenant une deadline pour que les fantômes retournent dans leurs tombes, et la manquer signifie qu'ils ne seraient plus là dans 100 ans pour la prochaine fête.
Le scénario précise que l'action se déroule en Georgia, à 20 miles de la frontière du Tennessee, que le garage de Lester servait en fait à démonter les voitures des arrivants (supposément pour qu'ils ne prennent pas la fuite, mais j'aime l'idée qu'il garde les différentes pièces pour les prochains centenaires, avec lesquelles seraient construit de nouveaux pièges) et il est révélé que Tom, le héros, devait participer à un jeu de lancé de haches, là où le film évoquait une mystérieuse cérémonie de fiançailles.


Hélas pour moi, le script allant au plus simple, disparait la scène que je préfère dans le film: celle de la réaction de la population suite à l'écartèlement. On y voyait les Maniaques presque regretter leur action, comme s'ils comprenaient subitement que leur vengeance est aussi atroce que le crime qui les a damnés, et c'est Rufus et Lester, véritablement diaboliques, qui les obligeaient à y prendre du plaisir, leur ordonnant de chanter et de s'amuser. Rien de tout ça ici.
Ce n'est pas le seul "problème" (tout relatif) que j'ai pu déceler, et il y a notamment cette mystérieuse plaque commémorative qui change d'une scène à l'autre. Si l'on retrouve celle du film, avec le message explicatif sur l'histoire de Pleasant Valley lorsque Tom découvre la vérité, le reste du temps elle affiche un autre texte qui tient presque de la citation littéraire, sans explication. Les protagonistes assomment toujours un fantôme pour prendre la fuite, ce qui reste perturbant (encore plus quand celui-ci y va de sa propre réaction, s'étonnant mentalement que l'hôtel ait l'eau courante lorsque l'héroïne prétend avoir un soucis de salle de bain), au même titre que certains détails: les fantômes veulent utiliser des chiens pour traquer les fuyards qu'ils ne retrouvent pas, l'opératrice téléphonique semble bien connecter les appels...
Questions erreurs et mauvais raccords, relevons une certaine confusion entre Lester et Rufus durant le jeu du rocher (la foule acclamant l'un alors que c'est l'autre qui participe), et on ne voit pas du tout Tom jeter le jeune Billy hors de la voiture, celui-ci apparaissant subitement aux limites de la ville lorsque la voiture rejoint la grande route, d'une case à l'autre. Rien de bien grave, juste quelques petites broutilles qui auraient pu être rectifiés si les auteurs en avaient eu le temps, et on comprend que l'éditeur lui-même n'ait pas vraiment fait attention (même si ça reste techniquement son job, bordel).


2000 Maniacs reste du très bon boulot et, si l'on reste dans la médiocrité technique, le charme et la fidélité l'emporte. Je préfère honnêtement ça aux illustrations ultra détaillées du 2001 Maniacs d'Avatar Press, qui à côté semble un peu plus creux et surtout difficile à aborder sans le film qui l'accompagne. Le scénariste Jack Herman (personnage mineur dans l'industrie qui n'a rien fait de remarquable, si ce n'est un court run sur le Terminator de 1988, chez NOW Comics, et qui bosse plutôt dans le jeu de rôles) a parfaitement su capturer l'univers de H.G. Lewis, son goût pour le grotesque et l’exubérant. Probablement pas un hasard qu'il se retrouve également à bosser sur Blood Feast la même année. Son partenaire, Nigel Tully, n'est peut-être pas le plus grand dessinateur mais il sait y faire pour donner aux scènes gores leur efficacité. Le bonhomme entrera un peu plus tard dans la cours des grands et rejoindra DC pour quelques boulots sur Teen Titans et Deathstroke.
Avec eux, deux autres illustrateurs le temps des couvertures: ce sont Adam Adamowicz, aujourd'hui disparu mais dont le style reste saisissant (il évolua plus tard dans le monde du jeu vidéo, bossant sur des franchises comme Elder Scrolls et Fallout) et Joseph Allen, qui se calque sur le style de Tully et remplace certainement son prédécesseur pour une question de délais. Lui a bossé sur l'adaptation de Re-Animator et son étrange préquelle, Dawn of Re-Animator, toujours chez Malibu. Au lettrage. Bon, je crédite ce que je peux, hein.
Bilan: si vous aimez le Parrain du Gore et son Two Thousand Maniacs, si vous aimez les comics horrifique ou les petits livres indépendants, pas extraordinaires mais divertissants, ou si vous aimez les produits dérivés curieux, 2000 Maniacs de Aircel Comics est un bonne petite chose à intégrer dans votre collection. Ah, si seulement un éditeur français pouvait s'intéresser à ce genre de produits et leur donner une seconde vie...



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[Ciné] Resident Evil: Chapitre Final


Resident Evil: Chapitre Final
Resident Evil: The Final Chapter (2016)
Mega CGR Centre, Tours (37)


mardi 24 janvier 2017

lundi 23 janvier 2017

Nanoblock – Frankenstein's Monster (Halloween Series 5)

IT CAME FROM THE  5th DIMENSION !


Nanoblock – Halloween Series 5
Frankenstein's Monster
(2015)


Il faut l'admettre, les Classic Monsters sont les plus classes de tous les monstres. Cela est vrai en film mais aussi à travers la plupart de leurs représentations sur d'autres supports et médias. Et parmi eux, Dracula, le Monstre de Frankenstein et la Créature du Lagon Noir comptent comme les plus séduisants et les plus appréciés. Innombrables sont les statuettes, figurines, maquettes, jouets et autres collectibles à leur effigie, vénérés par beaucoup comme de véritables Icônes.
La Universal est sans doute à remercier pour cela, ayant produit une série de films dont la qualité et l'importance ne sont plus à démontrer, et donnée à ces personnages un design saisissant et inoubliable. Pourtant malgré une popularité internationale, il est toujours surprenant de voir ces créatures être représentées par une culture différente, censée avoir ces propres figures et grands mythes. Comme le Japon par exemple, qui possède ses Yokais, Kaijus et Kaidans tout aussi anciens et respectables.
Dans certains cas cette différence permet une vision nouvelle, apportant un peu de sang neuf. Des fois c'est l'inverse, comme si la version populaire s'affranchissait de frontières. Et concernant le Monstre inventé par Mary Shelley, l'Orient et l'Occident semblent être sur la même longueur d'onde.


Outre quelques exceptions (le manga de Junji Ito, fidèle au roman), l'image que l'on garde de la Créature au pays du Soleil Levant demeure la même qu'ici ou ailleurs: un géant Karloffien avec une tête carrée, des boulons dans le cou (ou les temps, c'est selon), les bras levés droit devant lui et naturellement un teint de peau verdâtre. En fait cette représentation est un stéréotype basé sur un mélange de différentes choses: Boris Karloff dans les films de James Whale pour la base, évidemment, mais aussi Bela Lugosi dans Frankenstein Meets the Wolf Man, lorsque le Monstre est aveugle. La raison de la couleur verte difficile à expliquer mais semble liée aux posters d'époque de Bride of Frankenstein, et il existe depuis toujours des rumeurs de filtres de couleur utilisés par certains projectionnistes à une époque non définie. Et bien sûr, on confond le titre de l’œuvre avec celui du personnage, pourtant supposé être anonyme.
Cette image, fausse mais solidement ancrée dans tous les esprits, aura été plusieurs fois exploité au Japon et on peut citer quelques exemples comme Frankenstein: The Monster Returns, un clone de Caslevania sur NES, l'anime Frankenstein: Legend of Terror, adapté (très mal !) de la version Marvel Comics, ou encore le cyborg Franky 8 dans Dragon Ball.


Toute cette intro pour dire que la chose qui nous intéresse ici reprend évidemment cette version du personnage, ce qui n'est pas tellement un mal question marketing puisque permettant de vendre l'objet au Japon comme ailleurs sans risque de choc des cultures.
Voilà donc le Frankenstein's Monster de chez Nanoblock. Notez l'effort de nomination. Alors, qu'est-ce que "Nanoblock", me demandez-vous ? Pour faire très simple, ça se situe quelque part entre le Lego et la maquette. En cela qu'il s'agit exactement de la même chose que Lego, mais avec des pièces beaucoup, beaucoup plus petites, ne dépassant jamais vraiment le millimètre dans toutes les directions. La marque, d'origine japonaise, est conçue par la compagnie Kawada, le distributeur étant différent d'un pays à l'autre (Schylling Inc. aux USA, Mark par chez nous). Comme pour Lego, le concept est simplement de construire des objets / personnages / décors miniatures à l'aide de différentes briques, cubes et autres éléments minuscules, la patience et la minutie nécessaire à la construction variant selon les catégories.


Certaines sont simples et ne demandent que quelques minutes d'attention pour un résultat évidement infime (beaucoup de petits animaux, dinosaures, instruments de musique, etc.) tandis que d'autres sont bien plus difficile, allant jusqu'à un label avancé type Lego Technic en son temps, pour la création de bâtiments ou de paysages imposant. Comme Lego encore, Kawada s'est emparé de différentes licences pour vendre son produit et c'est ainsi que l'on trouve du Nanoblock représentant des personnages de Pokémon, Hello Kitty, Disney ou encore Street Fighter et Mega Man via un deal avec Capcom. Le concept est simple, toujours plaisant et amusant même si la différence de prix entre les petits et les gros sujets est assez tuante: construire un lapin grand comme son pouce c'est sympa, mais l'attirance vient inévitablement pour un objet représentant un plus gros défi, pour un rendu plus imposant, seulement il faut sacrément raquer et donc s'investir véritablement dans l'affaire.
En gros, un fan de maquette ou de Lego va certainement comprendre le rapport taille/prix et se laisser tenter par un projet ambitieux, et la personne lambda se limitera aux éditions simples qui lui feront surtout office de gadgets de décoration.


Cela étant dit, il y a une chose qui joue fortement en faveur de Nanoblock et c'est son design général. Car plutôt que d'opter pour de grosses briques trop similaires au géant du jeu de construction, comme le québecois Mega Bloks par exemple, la marque préfère miniaturiser ses pièces au maximum et miser sur le détail. Comme avec une maquette, l'attention se focalise alors sur l'assemblage qui nécessite une plus grosse concentration et force (un peu) l'implication. On craint bien vite de perdre ses pièces – et croyez-moi, vous avez intérêt à être organisé vu la facilité avec laquelle elles peuvent vous échapper !, ce qui supprime le côté "jouet" du produit et favorise une approche plus réfléchit, un peu comme on le ferait avec un puzzle.
Qui plus est, le rendu des compositions possède cet aspect Pixel art plutôt séduisant et original. Quel dommage que cela limite également le produit, qui rendra beau sous un certain angle (celui montré pour la vente généralement) mais beaucoup moins sous les autres.
Mentionnons pour la forme le supposé système d'emboitage, différents des "tubes" de Lego et utilisant plutôt deux petites lamelles jumelées (permettant éventuellement de faire "glisser" deux pièces l'une sur l'autre plutôt que de les fixer dans une position unique) que le département marketing s'est empressé de baptiser le double-ridged backing system pour faire important.


Le sujet du jour fait partie de la collection basique de petits objets, composé d'environ 120 pièces pour une figurine de 6cm de hauteur. Le niveau de difficulté est même noté à 2/5, ce qui est pratique pour moi qui n'ai pas touché à un jeu de construction depuis mes 11 ans et qui n'avait pas non plus envie de passer trois mois à tout assembler juste pour un article à la con ! Même si, d'un autre côté, vous me collez un Monstre de Frankenstein à monter dans les pattes, évidemment que je vais aller jusqu'au bout pour lui donner vie...
Quoiqu'il en soit, pour faire un rapide bilan de la mise en place, cela demeure effectivement aisé même si la petite taille des éléments peut être un handicap pour les personnes ayant une vue basse ou de gros doigts. Ou un chat. La notice n'est pas toujours claire et mérite d'être bien observée avant de se lancer dans l'emboitage de briques, car une erreur peut être pénible à corriger, encore une fois en raison de briques minuscules et pas toujours simples à retirer une fois bien serrée les unes sur les autres (merci les ongles).


D'autres petits reproches: alors que je viens de dire que serrer les pièces peut devenir un soucis lorsque l'on se trompe, il faut au contraire bien insister lorsque l'on a bon ! Car hélas le système à lamelles n'est pas toujours le meilleur et il arrive qu'il y ait un léger espace entre les briques, quelque chose comme une fente d'un dixième de millimètres. C'est peu, mais pas très esthétique sur le rendu général.
Enfin faite attention justement lorsque vous pressez les pièces, car certains points sont tellement "faibles", ne tant pas sur grand chose, qu'il est facile de les séparer. Ainsi la figurine se divise en trois parties (jambes/torse/tête) et chaque zone de rattachement ne tient qu'avec un emboitage minimal, sur une demi-brique.
Autant dire que je reste perplexe quant à la durabilité de l'objet, particulièrement si l'on a tendance à le déplacer ici et là, celui-ci pouvant vite tomber en morceaux. Et un Nanoblock d'un plus haut niveau de difficulté doit être vite agaçant à construire s'il faut gérer tant les mauvais emboitements que la fragilité de l'ensemble. Mais en même temps je dis cela sans avoir pratiqué de Lego depuis longtemps et j'imagine que les habitués doivent avoir une certaine expérience et dextérité qui leur rendront la tâche aisée.


Mais la Créature alors, que vaut-elle ? Car ce n'est pas tant le jeu ou son concept qui nous intéresse ici mais le personnage lui-même. Et bien il est sympathique pour un jouet moderne, mêlant l'ancien (le sujet) et le nouveau (la conception), ce qui est assez irréel en soit.
Il est plutôt bien détaillé malgré le peu de pièces qui le compose, et on se surprend à vite reconnaître le célèbre look Karloffien entre la chevelure, les yeux et le détail des boulons assez bien géré puisque se trouvant dans une zone qui peut aussi bien être le cou que les tempes. Un élément que l'on peut même légèrement manipuler puisque composé de briques cylindriques pouvant être tournées dans un sens ou dans un autre selon les préférences. On retrouve également les chaussures, même si elles ne disposent pas de semelles plateformes, et des vêtements noirs qui reprennent globalement l'aspect du Monstre dans les films de James Whale.
La pose est amusante puisque s'il s'agit de l'habituelle représentation bras tendus, le colosse tient ici une lanterne pour s'éclairer. Cela renforce légèrement l'aspect gothique / horreur à l'ancienne et rajoute un petit quelque chose au monstre.

https://i.imgur.com/0yflqaX.jpg    https://i.imgur.com/GNkRA2A.jpg

Bonne idée également de lui avoir donné la peau verte, car elle permet à l'objet de ressortir énormément du décor où il est exposé. Même dans une étagère plutôt chargée, la couleur reste suffisamment éclatante pour attirer le regard et rend la figurine moins "oubliable" parmi d'autres petits bibelots.
Reste que la Créature n'est sympathique à regarder que sous un angle ou deux, c'est-à-dire de biais (l'image de promotion) et de face. De dos ou de profil, vous ne verrez qu'une large surface noire pas vraiment détaillée et franchement moins intéressante. Question gadget de bureau il y a mieux, mais il y a sûrement pire. L'objet reste visuellement intéressant, entre sa couleur remarquable, son côté Pixel art et de par le look rétro du Monstre, et sa fragilité bien qu'embêtante est tout de même réparable. Au pire des cas vous pouvez conserver la notice dans la pochette d'origine (qui se ferme via un zip) et tout remonter: ça ne vous prendra que quelques minutes !
En terme de collectible c'est totalement recommandable puisque cela fera bien avec à peu près n'importe quoi: maquettes, Lego, figurines de collection, jouets de monstres et de mutants, petits cochons en céramique,etc. – sans compter que le concept même de Créature à fabriquer soi-même est le gimmick parfait !

La seule chose que je ne peux vraiment cautionner, c'est le prix. 11,95€ en magasin, jusqu'à 12,50€ sur Internet sans les frais de ports... C'est trop ! Compte-tenu de la simplicité de la construction et de la taille de l'objet, il aurait fallu diviser cela par deux. Alors oui, quand on voit le prix des maquettes / Lego, même de petites tailles, ce n'est pas vraiment différent, mais tout de même. Préférable peut-être de commander la chose pour Noël ou son anniversaire si l'on est intéressé, car vu la somme on pourrait investir dans beaucoup mieux...
J'aimerai dire que le Monstre est accompagné des autres Classic Monsters, pour former une petite collection, seulement ce n'est pas le cas. Il semble qu'il soit unique en son genre et le label Halloween Series est de toute façon très dur à traquer puisque l'appellation change d'un pays à un autre: en France, il est rangé sous la catégorie Fantastique avec des bestioles telles qu'une licorne, un Phoenix, un dragon et Pégase – seule une petite citrouille accompagnée d'une sorcière sur son balais doit correspondre. Alors à moins de se rendre au Japon directement pour vérifier, le mieux est d'attendre et d'espérer la production de nouveaux personnages pour la sixième ou septième vague à venir...


dimanche 22 janvier 2017

vendredi 20 janvier 2017

Miguel Ferrer (1955-2017)


Chez les amoureux de la contre-culture et du cinéma avec des couilles, il restera à jamais l'inventeur du projet RoboCop. Pour la masse populaire branchée télé-poubelle et émissions interchangeables, il sera reconnu comme une aimable figure paternelle à travers les séries Preuve à l'Appui et NCIS: Los Angeles. Les anciens se souviendront de lui comme du fils de José Ferrer, auteur d'un L'Affaire Dreyfus de 1958, tandis que les autres se rappelleront qu'il fut le cousin de George Clooney.
Mais outre ces reconnaissances, plutôt simples et évidentes, il existe une poignée de personnes qui salueront Miguel José Ferrer pour qui il était vraiment: lui-même.
Avec son improbable tête toute ovale et ses yeux globuleux, l'acteur était un de ces seconds couteaux dont on a tendance à se souvenir de la trogne d'un film à l'autre sans pour autant retenir son nom. Et s'il n'a certainement pas eu la carrière qu'il méritait, nombreuses furent ses apparitions mémorables, de la série B à la grosse production: couard et geignard dans Deep Star Six, il était sans doute l'élément le plus mémorable du film après le titre français (M.A.L. – Mutant Aquatique en Liberté). Il fut ce soldat déprimé a qui Charlie Sheen devait moucher le nez avant de l'encourager à "zigouiller pleins de méchants" Dans Hot Shots ! 2. Il intervint plusieurs fois dans Les Contes de la Crypte, sorte de rite de passage pour tout comédien qui se respecte durant les années 90, fut le vice-président des États-Unis dans Iron Man 3 où il tentait d'être William Saddler à la place de William Sadler (comme on le comprend) et fit un Lloyd Henreid mémorable dans Le Fléau, d'après Stephen King.


Et du binoclard du Maine parlons-en, puisque Miguel Ferrer a surtout participé à l'une des meilleures adaptation de l'écrivain. Probablement l'une des moins connues, mais qui demeure un de mes films préférés. C'était Les Ailes de la Nuit, de Mark Pavia (d'après la nouvelle Le Rapace Nocturne / L'Oiseau de Nuit), qu'il portait en bonne partie sur ses épaules. Il y incarnait l'un des pires trous du cul qu'il soit, le journaliste Richard Dees, qui emmerdait déjà Christopher Walken dans le Dead Zone de Cronenberg. Pas un méchant, pas un assassin, juste un connard égocentrique sans aucune morale, à la recherche de gloire personnelle. Colérique et asociale, le personnage fait son pain sur la misère des autres et semble ne ressentir aucune émotion positive hormis lorsqu'il insulte autrui.
Photographe en perte de vitesse pour un canard à sensation, il y couvre les crimes les plus atroces, prenant les clichés les plus immondes et gavant son lectorat de récits choquants, n'épargnant ni les détails ni la vie privée de ses victimes. Le film commence lorsque, sur le point de se faire remplacer par une jeunette aux dents longues, il se retrouve sur l'affaire Dwight Renfield. Un tueur en série qui se balade en avion, massacrant ses proies d'aérodrome en aérodrome. Sur ses traces, Dees semble d'avoir avoir retrouvé sa hargne d'antan, jusqu'à ce qu'il réalise à quoi point son sujet est tordu.
Les Ailes de la Nuit, ou lorsqu'une sorte de vampire en rencontre une autre...


Et Miguel Ferrer y livrait, à mon humble avis, l'une de ses meilleures performances. Le regard sombre, dépité par son propre rythme de vie et portant un regard cynique sur l'humanité, il y apparaissait comme fascinant malgré son attitude détestable. Un connard, oui, mais un connard tellement vide à l'intérieur qu'il nous faisait comprendre son besoin d'être ainsi. Loin de l'homme d'affaire sans scrupule et cocaïné de RoboCop. il se montrait au contraire bien moins expressif, laissant son charisme naturel fonctionner pour lui.
La perte d'un tel acteur me chagrine, et j'aimais bien sa personne. Disparu il y a quelques heures seulement suite à un cancer de la gorge, il n'aura sans doute pas les hommages qu'il mérite.
L'un de ses derniers travaux, qui sortira posthume dans quelques jours, est son travail de doublage sur le prochain film d'animation de DC Comics, Teen Titans: The Judas Contract, où il incarne Deathstroke. Étrange coïncidence: l'annonce officielle de la sortie du dessin animé aura eu lieu le jour même de son décès... Voilà au moins qui me donnera envie de voir la chose, moi qui était très réservé depuis la baisse de qualité des dernières productions de la compagnie.
Et d'ici là, plutôt que de me refaire RoboCop une énième fois, je réserve ma soirée au vampire volant du King et au crabe préhistorique de Sean S. Cunningham. Parce que franchement voir Miguel Ferrer leur voler la vedette, ça n'a pas son pareil !


"War. It's fantastic !"

lundi 16 janvier 2017

2001 Maniacs: Field of Screams (2010)


2001 Maniacs: Field of Screams
(2010)

"  – Huck ?
   – Buck ?
 – Fuck.
– That's what I am trying to do ! "


La suite de 2001 Maniacs, c'est toute une histoire pleine de rebondissements et d'émotions. En gros une histoire beaucoup plus intéressante que le film lui-même, et c'est pour ça que je vais me concentrer sur le développement tourmenté plutôt que sur le résultat lui-même. Car privé de ces origines amusantes, 2001 Maniacs: Field of Screams est tout simplement inutile. Ce n'est même pas moi qui le dit mais le réalisateur, dans le commentaire audio: "This movie had no point".
Donc, comme nous l'avons vu précédemment, Tim Sullivan est en passe de faire du film de H.G. Lewis une nouvelle franchise horrifique visant avant tout un public de fans spécifique. Celui qui a grandit durant les années 80 et lecteur de Fangoria. Après son premier opus, il voit grand, s'associe à la compagnie Avatar Press afin d'étendre son univers en bandes-dessinées et recrute divers acteurs reconnus et appréciés afin de s'attirer les faveurs de l'audience tout en rendant hommage à l'univers dont il s'inspire. C'est ainsi que Robert Englund doit être rejoint par ses collègues Tony Todd (inoubliable Candyman et impeccable Ben, dans la deuxième Nuit des Morts-Vivants) et Bill Moseley (Chop Top dans Massacre à la Tronçonneuse 2, mais est-il vraiment nécessaire de présenter ces gars là en fait ?), ce qui permet au réalisateur de marcher dans les traces de Robert Kurtzman et de faire des 2001 Sudistes sanguinaires une sorte d'Expendables de l'Horreur. Pas de nouvelles de Kane Hodder mais, si celui-ci a pu faire une petite apparition la dernière fois, gageons que sa présence était évidente.


Le projet grandit sans cesse au point de devenir un peu improbable: croisant Sullivan au détour d'une convention, Paul Reubens le complimente sur son film et lui demande s'il y a une plus pour lui dans le prochain opus ! Imaginez donc une version Gore de Pee-Wee Herman, sa fameuse Playhouse revisité façon Saw mais en plus rustique et cartoonesque... Nouvelle maniaque également prévue, la sexy Amy "Crybaby" Baniecki, catcheuse de type Lucha bossant dans le circuit indépendant (Lucha VaVoom).
Et tandis que le réalisateur prépare de nouveaux deals en terme de merchandising (on parle de collectibles à venir chez Horror Idols et Clayguy.com, de nouveaux comics chez AvatarPress où les Maniaques s'attaqueront à Bin Laden), c'est Robert Englund qui apporte une nouvelle pierre à l'édifice lorsqu'il croise rien de moins que Dee Snider lors d'une émission ! Si l'argent manque pour embaucher le compositeur de Twisted Sister à plein temps, celui-ci accepte néanmoins de s'occuper du thème musical, laissant la performance à quelques jeunes débutants moins gourmands découvert durant le reality show, et trié sur le volet avec l'aide de Englund lui-même...
Le script gagne en ampleur également, Sullivan préparant tout un tas de nouveaux meurtres créatifs et délirants qui n'étaient pas vraiment possible à réaliser durant les années 60. Il entend les plaintes et corrige un petit oubli de la dernière fois, la fameuse scène du tonneau clouté qu'il intègre cette fois-ci dans son scénario.


De nombreux personnages sont rajoutés afin de développer un peu les milliers d'habitants de Pleasant Valley, les premières déclinaisons comics permettant même une présentation rapide avant l'heure. Ce sont  Jim Crow (Tony Todd), esclave Haïtien adepte du vaudou et grâce à qui la population peut revenir d'entre les morts, Scarlet Red (Amy Baniecki), la propre fille du Maire Buckman, lequel a préservé son innocence avec une ceinture de chasteté castratrice, Doc Tickles (Bill Moseley), le médecin de la ville, faussement infantile mais qui a vite fait de remplacer la plume par l'épée. Il y a aussi China Rose, la blanchisseuse chinoise qui fait grandement référence à Fu Manchu avec ses bagues-armures meurtrières.
La BD promotionnelle 2001 Maniacs: Hornbook, qui fonctionnait comme une sorte de teaser pour la séquelle à venir, montrait également le personnage du croquemort Coffin Harry, joué par Sullivan lui-même et déjà vaguement visible dans le film précédent, faire partie de la bande et jouer le rôle du chauffeur qui conduit les Maniaques hors de leur ville afin de trouver de nouvelles proies sur les routes.
Bref, tout semble aller pour le mieux en théorie. Même le point de départ de la nouvelle intrigue se montre différente de ce que l'on a déjà vu, afin de renouveler le concept et ne pas donner l'impression d'assister à un remake de plus. Comme l'indique le sous-titre du film (2001 Maniacs: Beverly Hellbillys) l'indique, le jeu de massacre se déplace géographiquement afin de confronter les Sudistes à de nouveaux types de victimes.


L'idée stupide ! est que les agissements des fantômes étaient jusqu'ici couverts par un shérif local. Seulement la multiplication des disparitions (souvenons-nous que dans cette version, le festival sanglant a lieu tous les ans) fait s'interroger de plus hautes autorités. La route menant à Pleasant Valley est fermée et nos Maniaques se retrouvent sans le moindre visiteur ! Loin de se démonter, ces derniers décident alors de monter une expédition et de partir à la recherche de Nordistes par eux-mêmes: si tu ne vas pas au Sud, le Sud viendra à toi !
Si le scénario original n'a pas été entièrement révélé, le pitch était qu'une poignée de Sudistes s’entassaient alors dans un bus scolaire afin d'arpenter les routes, attirant les badauds en formant une sorte de cirque itinérant ayant pour thème la reconstitution de la Guerre de Sécession.
Chaque meurtrier se retrouve avec une attraction, une exposition ou un numéro piégé, les visiteurs et participants se faisant éliminer à l'abri des regards puisque cachés par des tentes. Un petit côté fête foraine de l'Horreur qui conviendrait tout à fait à H.G. Lewis (il y a un peu de ça dans son Uh-Oh ! Show) et qui n'aurait pas fait tâche dans la bibliographie de la collection Gore de chez Fleuve Noir.
Bien sûr un tel concept soulève quelques questions de logique et on pourra notamment se demander où les revenants Sudistes ont appris à conduire. Eux qui avaient déjà du mal à comprendre le langage moderne sauraient maintenant se débrouiller en mécanique tout en respectant le code de la route ?


Qui plus est la fête sanglante est censé rassembler tous les spectres: si une poignée d'entre eux part sur les routes, que font les autres pendant ce temps ? Retournent-ils dans leurs tombent pour attendre, ou se tournent-ils les pouces à Pleasant Valley ? Et s'il y avait, pendant ce temps, des arrivants, organiseraient-ils un second festival de leur propre chef ?
On peut aussi se demander l'utilité de celui-ci si n'importe quel Sudiste peut quitter la ville fantôme à sa guise, prendre une voiture pour se rendre n'importe où et tuer autant de monde qu'il le désir. Si les Maniaques n'ont pas à prendre en considération le temps et le lieu, pourquoi ne vont-ils pas tous à l'assaut d'une grande ville jusqu'à ce qu'ils aient abattu 2001 personnes pour lever la malédiction ? Après tout ce n'est pas comme s'ils risquent quoique ce soit puisqu'ils sont déjà morts !
En tête honnêteté ce genre de soucis est très secondaire si le résultat est fun. Un film divertissant vous fera facilement oublier ce genre de détail, ou n'en sera que plus amusant justement parce qu'il ne s'agit que d'une grosse farce. Le 2000 Maniacs ! original se perdait déjà dans quelques absurdités de ce genre (le héros qui assommait un fantôme pour prendre la fuite !) mais personne n'y fait vraiment attention. Seulement voilà ce nouvel opus est particulièrement mauvais sur absolument tous les plans, et si l'on ne peut se raccrocher à la qualité technique, à l'humour, aux personnages ou aux acteurs, l'absence de cohésion narrative ne va faire que rajouter de l'huile sur le feu...


Car oui, 2001 Maniacs: Field of Screams est nul, mal foutu, insoutenable. Torché en vitesse par son créateur qui semble n'en avoir absolument rien à foutre !  La chose fut tournée au caméscope numérique type DV, qui confère à l'ensemble les mêmes valeurs de production qu'un Camp Blood, et de nombreuses scènes ont clairement été improvisées en cours de tournage, lesquelles se trainent (le montage ne nous épargnant rien) et mettent les nerfs à rude épreuve tant l'amateurisme de l'ensemble fait peine à voir.
Alors que s'est-il passé ? Sullivan semblait passionné, préparant même une director's cut du premier volet et ayant déclaré que même si la saga tombait au plus bas, dans les tréfonds du DTV, il serait quand même là pour diriger le navire. Et bien de deux choses l'une: ou bien il a menti sur ce dernier point, disant cela pour affirmer sa volonté de faire naitre la franchise sans pour autant le penser vraiment, ou bien il disait vrai mais sur le moment seulement, dans l'excitation de voir son projet grossir et attirer toujours plus de partenaires. La réalité le rattrapant, il a peut-être baissé les bras, frustré ou déprimé que son nouvel opus se soit totalement cassé la gueule avec le temps.
Le fait est que Sullivan n'a pas réussi à trouver le financement nécessaire. Ses compagnies de productions ont renoncée à poursuivre la série, et même le distributeur (Lions Gate, pourtant pas la dernière pour taper dans la merde en vidéo) est remplacé. Peut-être n'ont-ils pas cru au potentiel de la franchise, peut-être que les ventes du premier volet ne furent pas à la hauteur de leurs espérances, mais toujours est-il qu'avec la perte de l'argent et de quelques droits, Beverly Hellbillys est tout simplement annulé.


Dès lors la situation va très vite empirer. Lions Gate empêche le réalisateur de retoucher à son remake, et le nouveau montage 2001 Maniacs: Redux tombe à l'eau. Jamais d'autres numéros du comic-book ne seront publié, malgré le script déjà prêt, pas plus qu'il n'y aura de figurines ou de statuettes du Maire Buckman pour les collectionneurs.
A cette perte de produits dérivés s'ajoute une coupe de budget colossale qui va tout remettre en cause. Forcément, passer du petit budget confortable du premier opus (entre 1,5 et 3 millions de dollars selon les sources) à seulement 500 000 billets en tout est pour tout, ça change les priorités. Sullivan n'a plus rien et doit tellement sacrifier que l'on se demande presque si cela valait vraiment la peine de continuer: il n'a pas de quoi payer le salaire de ses invités, et ainsi disparait tout le beau monde prévu. Exit Tony Todd, Amy Baniecki, Paul Reubens, Kane Hodder et surtout Robert Englund ! Le visage de 2001 Maniacs s'évapore aussi vite que son chèque et le réalisateur ne manquera pas de le faire savoir: "It was more about the buck that the Buckman", déclarera t-il dans une interview. Freddy Krueger, lui, expliquera s'être fait remplacé sans même le savoir, Sullivan ne l'ayant apparemment jamais contacté directement pour reprendre le rôle.
Pour pallier au manque c'est Bill Moseley qui lui succède, le seul de la bande a avoir véritablement signé (apparemment pour une simple apparition à l'origine). L'acteur abandonne alors le personnage qui avait été développé pour lui mais cela ne change pas grand chose puisqu'il se retrouve à faire ce qu'il a toujours fait: cabotiner.


Le manque d'argent change évidemment beaucoup d'autres choses, et entres autres c'est l'intrigue qui est pas mal révisée. Plus question de se délocaliser à Beverly Hills ou même dans une véritable ville, ni de mettre en scène des attractions meurtrières élaborées. Désormais les Maniaques se cachent dans un coin de forêt perdu, quelque part en Iowa, et piègent les environs pour que des routards se retrouvent coincés avec eux. En l’occurrence les membres d'une équipe de télé réalité, en partance pour Beverly Hills justement.
Les évènements vont suivre leur cours habituel mais on perd alors en dépaysement et en originalité, puisque tout ceci aurait pu se dérouler en périphérie de Pleasant Valley. Tout aussi ennuyant sont les réécritures concernant les personnages des Maniaques, qui deviennent maintenant tous interchangeables. Ainsi Buckman, autrefois raciste, n'a plus aucun scrupule à draguer une jolie Black. Même chose pour Granny Boone, matriarche importante qui a désormais le feu au cul et passe plus de temps à vouloir s'envoyer en l'air qu'autre chose. Harper, alors le dandy de la ville qui servait à charmer les belles, est recyclé et fusionné avec Doc Tickles, se retrouvant avec tous ses dialogues et ses manières sans que cela ne colle avec le personnage que l'on avait découvert dans le film précédent. Milk Maiden, la laitière adepte du Moonshine acide, devient pour l'occasion son assistante sous forme d'infirmière (pas que ça change grand chose la concernant).


China et Scarlet apparaissent comme deux lesbiennes nymphomanes, remplaçant les cousines incestueuses du premier opus au détriment de leurs propres personnages, et Jim Crow fait littéralement de la figuration, n'ayant que deux ou trois lignes et n'utilisant ses poupées que pour un seul plan vers la fin du film. Sans effets notables.
Seuls Rufus, Lester et Huck, les trois fils de Buckman et Boone, sont respectés et agissent comme il se doit. Autant dire que la dynamique entre les Maniaques s'en retrouve chamboulée et qu'il n'y a plus grand chose d'intéressant à exploiter de ce côté là. N'importe lequel d'entre eux pourrait effectuer n'importe quel meurtre, cela n'importe plus: il y a une perte totale de personnalité et donc d'intérêt.
Ce n'est pas tellement mieux du côté des victimescar il n'y a pas d'autres façon de les désigner, ceux-ci n'étant pas défini comme de véritables protagonistes). S'ils vous paraissaient insupportables dans 2001 Maniacs, et pour cause puisque appartenant à cette génération de personnages volontairement bêtes et méchants créant un rejet immédiat, autant dire qu'ici vous risquez de couper le son aussitôt qu'ils ouvrent la bouche ! Ceux-ci sont des parodies d'êtres humains, au sens propre, et Sullivan les dépeints volontairement comme des abrutis congénitaux irrécupérables. Ainsi suivons-nous la petite troupe de Tina et Rome, deux blondasses richissimes et starlettes d'un show totalement idiot. Le gag est évident: il s'agit évidemment des deux pétasses Paris Hilton et Nicole Ritchie, à l'époque de leur émission The Simple Life. Voilà qui date horriblement le film, d'autant plus que la référence est déjà de 10 ans trop vieille...


En fait de parodie, Sullivan livre une décalque exact de ces personnalités de la télé réalité, l'équipe évoquant beaucoup les insupportables braillards d'un Jersey Shore ou des équivalents français type Marseillais, Ch'tits et j'en passe. Ils se détestent tous, ne pensent qu'au cul, sont paresseux, ont une intelligence si basse qu'on se demande comment ils ont pu atteindre un tel niveau de vie et leur langage se résume à une série d'insultes. Autant dire qu'on souhaite leur mort le plus tôt possible, et lorsqu'une bande de fantômes racistes et homicides parait paisible et aimable en comparaison, c'est qu'il y a un grave problème d'écriture quelque part.
Quand ils ne s'envoient pas en l'air en public tout en s'offusquant facilement d'un rien, la bande de Tina et Rome déambulent entre les tentes en attendant qu'il se passe quelque chose. Et lorsque certains d'entre eux manquent à l'appel, ou que le danger éclate, c'est un peu la même chose ! 2001 Maniacs montrait au moins l'unification face à l'adversité et les héros montaient des plans pour fuir Pleasant Valley. Ici rien de tout ça. Ça beugle, ça s'engueule et ça se sépare, mais tous trainent dans les parages sans chercher à se défendre, à se cacher ou à montrer la moindre émotion humaine.
Le film préfère insister très lourdement sur un "comique" de situation à base de blagues gays (la directrice lesbienne et limite macho qui effraye son entourage), racistes (le producteur est Juif, pingre, et porte des bouclettes de Rabbin, China Rose semble tirée d'un sketch de Michel Leeb) et sexuelles (Huck se balade à poil et fait peur un ménage à quatre).


D'autres séquences "hilarantes" consistent à parodier le "Ki-ki-ki ma-ma-ma" de Vendredi 13 sans véritable raison, montrer Granny Boone accoucher d'un petit garçon Noir dans une séquence post-générique, au grand dam de Buckman son mari (le gag c'est la couleur de l'enfant ou le fait qu'un spectre puisse avoir un bébé ?) et à utiliser une peluche en guise de Chihuahua pour Tina et Rome, car le budget ne permettait pas au film d'avoir un vrai chien. On nous expliquera par la suite qu'il s'agit en fait d'un animal empaillé afin de justifier son immobilité mais ça ne change rien: Jezebel le mouton de compagnie censé être un revenant, en est une également !
Ça devient vite lourd, et il y a de quoi se poser quelques questions: quand Sullivan décrète que Field of Screams est fidèle à sa vision alors qu'il reproche l'humour du premier volet, parce qu'en partie écrit par d'autres personnes, on peut se demander si 2001 Maniacs ne serait pas un heureux accident...
Toutefois il apparait que ces pathétiques tentatives de nous faire rire ne sont qu'une façade destinée à détourner notre attention. Il faut comprendre qu'en-dehors de ces quelques blagues, il n'y a aucun rythme, aucune progression dans l'intrigue: tout n'est que remplissage et ceci afin de retarder l'inévitable: cette séquelle n'a PAS d'histoire ! Et ce n'est pas une façon de parler. Hormis l'introduction, le premier meurtre n'intervient qu'au bout d'une demi-heure, l'argument de l'émission de télé sert à garder les personnages en laisse jusqu'au final, et une séquence montre même Buckman endormie sur un canapé en attendant qu'il se passe quelque chose !


Le gros du film, le massacre des invités par les Sudistes, est en réalité précipité dans le dernier quart d'heure du film. Le reste n'est que vide absolu, avec juste deux ou trois crimes disséminés ici et là pour maintenir l'illusion d'une structure narrative. Qui plus est, certaines de ces mises à mort peuvent s'avérer décevantes puisque n'entrant pas toujours dans l'univers de 2000 Maniacs !: un type est embroché par une fourche, une victime se fait broyer dans un moteur de bus en marche, une autre se fait arracher le cœur à mains nues... Cela conviendrait à un Détour Mortel mais c'est peu festif et haut en couleur.
Alors heureusement il n'y a pas tromperie sur le gore et le réalisateur prouve encore une fois qu'il peut faire quelque chose dans la même veine que H.G. Lewis avec ses Maniaques. Le peu d'argent dont il aura disposé semble avoir été investi dans les effets spéciaux, et les scènes de Grand Guignol valent bien celles de l'opus précédent. Du moins dans l'ensemble. Le meilleur est celui de la demoiselle coupée en deux à l'aide d'une scie circulaire géante. Il s'agissait à l'origine de la scène réservée à Bill Moseley pour son Dr. Tickes, débutant plaisamment avec de la torture à base de chatouilles (diantre, cela ferait concurrence à mon Dr. Poulet) avant de partir en vrille.
La reprise de la scène du tonneau est également mémorable, le fût s'envolant cette fois à l'aide d'une rampe pour venir s'éclater sur une cible géante. La victime, empalées par les clous et les débris de bois, y reste scotché. Autre séquence cartoonesque à souhait, qui semble provenir du Uh-Oh ! Show de Lewis: une reconstitution de l'assassinat de Lincoln avec un bâton de dynamite en guise de cigare. L'explosion de tête est perfectible et très loin de celles de Scanners ou L'Amie Mortelle, mais reste amusante jusqu'au détail du haut-de-forme qui retombe sur le moignon sanglant.


Drôle également cette séquence où Lester utilise son homosexualité pour attirer un bellâtre, lequel se laisse séduire, avant de lui arracher le cœur au sens propre. Plus tard, le bourreau prépare le cadavre pour le banquet et son frère viendra lui reprocher son orientation sexuelle tout en dévorant négligemment le pénis du mort !
Hélas certains meurtres sont moins soignés que d'autres et l'exécution n'est pas toujours au point. La ceinture de chasteté de Scarlet fonctionne de manière incompréhensible: frottant son entrejambe contre le visage d'une victime, elle le lui arrache alors que des tubes en métal sortent de nulle part, découpant la peau on ne sait trop comment. Deux autres activités sanglantes sont clairement victime du manque de budget: l'une est une exécution sur la chaise électrique qui s'annonce impressionnante mais qui ne nous donne rien qu'une paire d'yeux explosés et une main vaguement fondante, l'autre est une pendaison activée par un lancé de balles façon fête foraine. Le concept est reprit sur le jeu du rocher de l'original, mais le rendu se fait inoffensif.
Reste quelques petites choses ici et là comme un banquet cannibale qui parodie la Cène, le dernier repas du Christ, et l'idée que les Sudistes vont utiliser le matériel vidéo de leurs victimes pour tourner une publicité de leur attraction et s'attirer un nombre infini de victimes potentielles (et tant pis si cela nécessite un système de diffusion, ou même la compréhension de l'équipement technologique). Chez les Maniaques, deux figurants jumeaux sortent un peu du lot, éphèbes musclés et torses nus en salopette, et le crâne qui sert de levier de vitesse pour le bus est cliché mais prête à sourire.


Mais pour ces quelques minutes de divertissement, il faut non seulement endurer les réécritures incohérentes et la vacuité de l'intrigue citées plus haut, mais aussi les résultats d'un tournage inepte. Les contre-jours sont constant, l'image étant constamment surexposée ou sous-exposée, la qualité sonore est en dents de scie avec de très mauvais raccord ADR (doublage en post-production) et le cadrage n'utilise que des plans serrés afin de cacher le manque de décors. Les Maniaques apparaissent beaucoup plus propres qu'autrefois, la faute à des costumes nickel, impeccablement repassés et très propres, et aux acteurs qui ont une apparence soignée. La subtilité de la dégradation progressive des revenants passe à la trappe et ils ressemblent instantanément à des zombies dans les dix dernières minutes, quant à l’œil manquant de Buckman, il n'est plus au bon endroit !
La présence de Bill Moseley amène également un petit changement dans l'introduction, qui reprenait des images du comic-boo. Puisque le Maire y était représenté sous les traits de Robert Englund, l'artiste a dû changer le visage au dernier moment et cela se voit sensiblement. Par décence, je passerai sous silence l'horrible générique d'ouverture, qui résume le voyage en bus à l'aide d'une animation Flash et de photos extrêmement pixelisées. Les angles utilisés lors des (trop) nombreuses scènes de sexe montrent immédiatement quels acteurs avaient ou n'avaient as de close de non-nudité dans leur contrat, et pour une raison que je n'explique pas, Tim Sullivan semble insister pour nous montrer l'accouplement de Bill Moseley et Lyn Shane alors que l'on frise la gérontophilie.


Bref. 2001 Maniacs: Field of Screams est une purge, un film pratiquement irregardable et qualitativement à l'opposé total de son prédécesseur. Il n'y a rien à en retenir si ce n'est peut-être la présence de Nivek Ogre dans le rôle de Harper / Dr. Tickles. Chanteur du groupe indus Skinny Puppy, celui-ci semble véritablement s'éclater dans son rôle de psychopathe et affiche une trogne assez intéressante, quelque part entre celle d'Alice Cooper et du gars qui jouait le génial Calypso dans le reboot de Twisted Metal sur PS3.
"The South Will Rise Again" nous prévient un message à la fin du générique. Vu le niveau, heureusement que ce ne fut jamais le cas ! Car malgré son enthousiasme, Tim Sullivan se montre limite coupable de publicité mensongère, promettant monts et merveilles pour nous refourguer un vieille étron. Sa section "special thanks" est dédié à tous les Grands, comme pour une fois de plus lécher les pieds du lectorat de Fangoria: Uncle Forry, Coscarelli, Argento, Carpenter, Craven, Del Toro, Dante, Cronenberg, Mick Garris, sans parler des "copains" via les sites et la presse spécialisé (Fangoria, Chud.com, Rue Morgue, Shock Till You Drop)... C'est facile, manipulateur, et surtout j'aimerai préciser qu'à défaut de Englund, Hodder et Todd dans un des rôles, on se retrouve ici avec Ahmed Best. Qui ? Oh c'est simple: il a joué un certain Jar Jar Binks...

Et avec tout ça j'ai complètement oublié de vous parler de ce numéro musical surprise, où mémé Lyn Shane vient parodier la célèbre scène de Flashdance. Beurk !
Comme le disait Robert Englund la dernière fois: "One time, I had full confidence in a fart. Shit all over myself...", et cette fois c'est vrai !



GALERIE

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