lundi 31 octobre 2016

Fleurs d'Halloween

FLEURS D'HALLOWEEN


Touch of Wax – Halloween
Halowaxy Amaryllis

A l'origine je voulais juste faire un petit billet idiot pour Halloween, l'air de dire "tenez, regardez ce que j'ai trouvé au supermarché aujourd'hui !". L'idée était de parler d'un truc différent pour changer, et peut-être d'inaugurer une nouvelle rubrique. Et puis j'ai été curieux.
N'y connaissant strictement rien en plante, et n'ayant plus d'ingénieur paysagiste sous la main pour que l'on m'explique comment les choses fonctionnent, j'ai fait quelques recherches qui m'ont pratiquement déprimées.


Mais commençons par le sujet de l'article, ces Fleurs d'Halloween qui font un si joli titre. J'ai croisé la chose pendant mes courses, au rayon fleurs, et Halloween étant la saison de l'Horreur, il était évident que j'allais être attiré.
Conçu par Kébol sous le label Touch of Wax, il s'agit d'un bulbe d'Amaryllis "modifié" afin de servir de décoration pure et simple. Un produit de fête spécialement conçu pour les enfants ou les gens qui, comme moi, ne savent pas du tout gérer les végétaux.
En effet, le concept (plutôt récent d'après ce que j'ai lu) tourne autour de fleurs qui poussent sans eau et sans pot: pas besoin de terre, d'engrais, d'arrosoir ou de quoique ce soit. Apparemment les Amaryllis poussent d'elles-mêmes et fleurissent comme par magie. Tout au plus sommes-nous priés de faire des rotations au bulbe afin que ses pousses soient régulières, mais cela est à la portée de n'importe qui.


Trop beau pour être vrai ? Évidemment, mais on y revient. On voit d'emblée que la chose n'est pas prévue pour le long terme et qu'elle fut totalement fabriquée pour une vente "rapide" auprès des plus jeunes ou des ignares de la nature qui aiment juste les belles choses. Et là-dessus ce n'est pas mal foutu, il faut le dire.
Si je ne sais pas trop à quoi ressemble les autres productions Touch of Wax, celle-ci est tout bonnement "parfaite" pour les vacances de la Toussaint, se faisant bien vite remarquer de par son apparence improbable, quelque part entre la courge et la sucrerie ! Sans parler de sa couleur orange vive limite fluorescente qui, multipliée par le nombre de bulbes présent en rayon, donne l'impression d'une grosse tâche radioactive parmi les plantes.
Il faut dire que, étant un végétal, la chose évoque d'emblée une citrouille miniature par sa forme et son origine, et le fait qu'on la trouve parmi les fleurs. Quant à la cire, totalement lisse et douce, elle rappelle fortement le glaçage de pâtisserie que l'on retrouve sur les éclairs ou les glands. On en mangerait, presque !


Confiserie, plante et décoration surnaturelle. Oui, c'est parfait dans tous les sens possible pour Halloween, et en plus cela ne nécessite aucun investissement de notre part. Le déballage montre qu'un support a été incrusté dans le végétal afin de pouvoir le poser sans risque sur toutes les surfaces, et la cire englobe effectivement la totalité du bulbe, même s'il ne faut pas être trop regardant sur les finitions du dessus et du dessous. Et peu importe après tout, c'est un peu comme ces jouets bootleg que l'on achète pour trois fois rien: ça semble joli, alors ça suffira bien. La seule différence c'est qu'ici la Touch of Wax d'Halloween coûte 8,90 euros, ce qui n'est pas rien.
Et très franchement cela aurait été ma seule plainte si je n'avais pas cru bon de m'intéresser à l'objet par la suite: c'est un peu cher pour de simples fleurs qui se tiennent un peu bancales étant donné la façon dont le pied de métal a été planté (clairement personne n'a utilisé de règle à bulle). Cependant je ne connais pas du tout la valeur des Amaryllis en général et cela entre peut-être dans l'échelle de prix habituels...


Pour la forme je peux également préciser qu'il n'y a pas vraiment de "choix" possible concernant les citrouilles, le visage étant pour ainsi dire le même sur chaque bulbe. En vérité la différence tient de leur forme, chacun possédant des reliefs différents. Des creux et des bosses naturels qui altèrent sensiblement l'apparence des yeux et de la bouches qui ont été peint, mais c'est tout. La sélection se fera ainsi selon préférence, entre une meilleure prononciation de tel ou tel élément, mais honnêtement si vous avez plus de 12 ans je doute que vous resterez planté devant le stock pendant trois heures.
Ou alors c'est parce que j'avais peur de me payer la honte en hésitant entre cinq bulbes différents en plein supermarché, arrivé à 32 ans...


Bref, ces Fleurs d'Halloween peuvent donner envie, changent sensiblement des courges véritables ou en plastique et peuvent convenir à tous, petits ou grands, filles ou garçons. Même l'emballage fait un effort, portant les couleurs de la fête et mettant l'accent sur le côté surnaturel avec sa petite planchette où figure un avertissement amusant en anglais, dans une police de caractères "effrayante".

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Le vrai soucis vient en fait du côté moral, puisque ces Amaryllis sont en fait totalement sacrifiées pour une floraison unique. Le fait est que, contrairement au bulbes normaux, ceux de Touch of Wax ont été maltraité pour les besoins du "sans eau / sans pot" supposément pratique. Car vous vous doutez bien que, dans la nature, aucune plante ne pousse comme ça, sans ressources. Un végétal a besoin que ses racines puisent la nourriture dans le sol, que ses pousses perçoivent de la lumière, et l'eau est évidemment une condition primordiale à sa survie.
Sans tomber dans les longues explications (et pour ne pas faire d'erreurs ridicules vu que je n'ai qu'une connaissance maigrichonne du sujet), les bulbes de Touch of Wax ont été amputé du plateau situé à leur base, où poussent les racines ! Qui plus est, la cire dont ils sont recouverts fini par les étouffer. La plante est promise à une morte lente et, malgré son "programme" génétique qui la force à générer une floraison, va vite s'épuiser.


Les Amaryllis sont des plantes d'hivers et normalement leur bulbe fini par "s'endormir" après la saison, à la perte de ses fleurs, attendant le prochain cycle pour éclore à nouveau. Ici cela sera impossible: parce qu'il ne possède ni eau, ni terre et parce qu'il a été coupé, il consommera en une fois sa réserve d'énergie naturelle (présente dans le bulbe) avant de périr faute de nutriment et d'un environnement sain.
Alors j'avoue, si je suis totalement dévoué à la cause animale, je suis totalement ignorant sur la cause végétale. Je suis incapable de dire ce qui est bon ou pas pour une plante, ce qu'il est permis de faire et ce qui est répréhensible. Et bien qu'il soit simple de balayer le sujet d'un "c'est juste une fleure", la question se pose malgré tout. Il me paraît effectivement assez dégueulasse de sacrifier des bulbes parfaitement viables pour un simple commerce temporaire.
Touch of Wax propose un produit éphémère et "miraculeux" en travaillant sur la forme façon poudre aux yeux, mais ne se soucie visiblement pas d'écologie. Il me semblait que les grandes marques de jardinerie ainsi que les fournisseurs type Truffaut / Jardiland faisaient très attention à l'environnement et au traitement des végétaux, mais j'imagine que l'industrie est encore loin d'être parfaite.


Du coup, alors que j'étais d'une humeur festive, je me retrouve tout penaud avec mon bulbe mutilé. Sur le site Jardinier Paresseux.com (oui, ça existe), on parle même de crucifixion végétale.
Certes je le trouve toujours beau et j'avoue avoir très envie de le voir faire ses belles fleurs couleur rouge sang qui conviendraient parfaitement à cette fête des fantômes et des sorcières, mais je regrette sa triste existence. Je ne l'ai même pas nommé.
En attendant il repose sur l'une de mes étagères, entre une statuette de Cthulhu et une petite grenouille occulte. Du haut de sa montagne de livre, Bizarro veille, et la figurine de Slave Leia qui d'habitude vénère le Grand Ancien fera la danse du ventre pour lui...


Au final je ne vous conseille pas vraiment un achat de ce type pour les fêtes, tant pour la Toussaint que Noël, ne serait-ce que pour rejeter la pratique un peu barbare de Kébol. Cependant si vous craquez quand même, si votre gamin vous implore ou si vous êtes tout simplement insensible aux plantes, je comprends parfaitement.
Mes connaissances sur le sujet étant extrêmement limité, il n'y a peut-être aucune raison de boycotter Touch of Wax, mais je pense que creuser une bonne vieille citrouille reste toujours plus sympa pour Halloween. Sinon vous pouvez toujours peindre vos vieux pots à plantes, au moins ça n'abime rien et ça dure plus de quelques mois !

dimanche 9 octobre 2016

Road to Halloween – 2001 Maniacs (2005)

ROAD TO HALLOWEEN III


2001 Maniacs
(2005)


Après un Blood Feast 2 intervenant presque 40 ans après l'original, on pouvait s'attendre à tout. Qu'il s'agisse de suites ou de remakes, les films Gore de Herschell Gordon Lewis allaient désormais connaitre un lifting en ces premières années 2000. C'était le début d'une incroyable vague de reprises qui persiste encore aujourd'hui, les termes "reboot" et "reimagining" ayant remplacés celui de remake afin de brosser le spectateur dans le sens du poil. Et si la séquelle de Blood Feast faisait encore intervenir le Parrain dans sa production, les nouvelles versions de Two Thousands Maniacs ! et de Wizard of Gore le snoberont complètement, ne lui demandant certainement pas son avis sur la question et se contentant de capitaliser sur son nom à lui.
Certains diront que ce n'est que justice puisque le bonhomme n'était lui-même qu'un capitaliste en recherche d'argent facile, mais au moins H.G. Lewis était un humain véritable et amusant dans son maniérisme quasi forain, cherchant à se démarquer des autres, alors que ses remplaçants sont une bande de types en costards ne se basant que sur des statistiques, des enquêtes et des mouvances, chacun de leur produit se devant d'être similaire et étiquetable car Dieu nous garde de prendre des risques ! Le Gore, autrefois incompris et anticonformisme, est désormais une norme ainsi qu'un bon argument de vente. Les temps changent.


Certains l'ont bien compris et il existe un "style" d'horreur calibré spécifiquement pour une audience en demande de violent, de trash et de sanglant, mais adapté à un cadre contemporain. Des produits modernes qui semblent à priori comparables à n'importe quels autres films d'horreur, mais qui possèdent un petit quelque chose de différent. Sensiblement factices et jouant surtout sur la corde "fan" en affichant des stars et/ou des références passées. Comme Piranha 3D par exemple. J'aime appeler ça le style Fangoria, car toutes les productions auxquelles s'est associé le célèbre magazine possède ce ton si particulier. Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, je vais me contenter d'un seul nom: Eli Roth.
Ce n'est une surprise pour personne si je dis que le cinéaste est désormais détesté d'à peu près toute la communauté, quand bien même il fut à ses débuts considérés comme l'avenir du genre. En remettant les choses dans leur contexte c'est assez compréhensible: nous sortions tout juste de l'ère PG-13 superficielle construite par cet arnaqueur de Kevin Williamson, et après de longues années de titres insipides et dénués de violence, destinés en fait au grand public, il était temps de tomber dans l'extrême inverse. Avec Cabin Fever, Eli Roth a plus ou moins donné le ton et quelques jeunes réalisateurs ont marchés dans ses traces, livrant des œuvres "fun et gore" avec une certaine sincérité dans la démarche, mais pour un résultat malheureusement moins naturel que les Séries B d'antan.


Dans le cas qui nous intéresse, c'est Tim Sullivan qui investit le projet, lequel mise sur une seule chose pour attirer le fan: sa participation, dans sa jeunesse, au cultissime The Deadly Spawn. En réalité celui-ci n'a effectué qu'un rôle secondaire dans la confection du film (un "assistant" de quinze ans qui aidait à manipuler les marionnettes et faire gicler le sang) mais celui-ci étant si célèbre et vénéré, cela fonctionne. Deux autres cartouches: son A Christmas Treat, qui a gagné le concours de court-métrages organisé par Fangoria (tiens donc !) et sa participation à la production de Detroit Rock City, pourtant assez mauvais, qui l'engage comme fan de gros rock, évidemment le genre associé au style Horreur des 80s.
Lorsqu'il annonce le projet, sa première bonne idée est de ne pas titrer le film exactement comme son modèle, mais de lui faire un clin d’œil: 2000 Maniacs devient 2001 Maniacs, ce qui affiche la distinction. La seconde c'est de faire appel à une figure estimée du genre et ainsi gagner la confiance du public: ici, c'est Robert Englund qui prend la tête d'affiche, dans le rôle de l'inoubliable Maire Buckman. Parfait puisque l'acteur, qui cabotine bien souvent, pourra se lâcher totalement et ainsi livrer une performance du même tonneau que dans l'original ! Mais un peu facile également, et en 2005 il n'y a plus rien d'extraordinaire à voir Englund cachetonner dans une petite production horrifique en jouant sur sa réputation.


D'où le "factice" que j'évoquais plus haut: les éléments sont bien là, mais ils paraissent plus calculés que naturels, et si cela ne change techniquement rien à la production, ça se ressent quand même un peu. Bien heureusement Tim Sullivan n'est pas Eli Roth et sait encore se tenir. En fait il sait même exactement quoi donner aux fans, partant du principe que le public de son 2001 Maniacs à grandit avec le Two Thousand Maniacs ! de H.G. Lewis. Pas la peine de garder le suspense sur la l'intrigue, de rejouer le twist final ou de totalement revisiter le scénario: il n'y a que Pleasant Valley, ses fantômes et son festival sanglant qui comptent, et là-dessus le réalisateur ne ment pas, inscrivant son remake dans la droite lignée de l'original avec un Gore cartoonesque à souhait et totalement fou.
L'histoire, un peu plus moderne, reste inchangée: une bande de touristes Yankees en vacance se retrouvent détournés de leur chemin et atterrissent dans une étrange ville Sudiste qui n'apparaît sur aucune carte. Les habitants les érigent en invités d'honneur pour leur grand festival (ici le Guts'n Glory Jubilee qui a lieu tous les ans, plutôt qu'un centenaire) et les obligent à rester pour le weekend, mais sous son apparence hospitalière la population conserve un horrible secret: ce sont les fantômes des villageois massacrés durant la Guerre Civile par une troupe de soldats Nordistes.


Depuis ce tragique évènement, les 2001 résidents de Pleasant Valley reviennent tous les ans pour se venger, mort pour mort, ne pouvant trouver le repos jusqu'à ce qu'ils aient à leur tour prit 2001 âmes...
On note quelques modifications qui servent à explorer un peu plus le côté surnaturel du scénario, la première étant le changement de modus operandi des Sudistes pour des raisons de date. Un centenaire ne fonctionnant désormais plus à notre époque, il a été décidé de rendre les meurtriers plus expérimentés en leur offrant un festival régulier. De même, il n'y a plus vraiment de nombre défini de victimes (un couple supplémentaire débarque après l'arrivée des six personnes traditionnelles, et si Buckman s'en agace un peu au début, il laisse vite couler) et surtout les fantômes ont un objectif: sacrifier 2001 personnes afin de venger chacun d'entre eux et ainsi gagner le repos éternel.
Un autre détail, subtile et pas facilement détectable au premier coup d’œil, a été rajouté pour gonfler le secret de la ville: plus le temps passe et plus l'apparence des citoyens se dégrade ! S'ils ressemblent à des êtres humains tout à fait normaux au début, exactement comme dans l'original, les revenants finissent par sembler plus terne, plus sale, de vieilles blessures s'ouvrent et se mettent à saigner, jusqu'au banquet final sonnant le glas du festival, où ils ressemblent à des zombies démoniaques. Les maquilleurs ont su garder le changement très discret, comme par exemple avec Buckman qui, borgne, voit une cicatrice apparaître progressivement derrière son bandeau, et Tim Sullivan a préféré ne pas appuyer l'idée avec des gros plans, laissant notre sens de l'observation faire le boulot.


Les autres changements sont mineurs et concernent surtout les personnages. Si Buckman demeure, il est maintenant le père de Rufus et Lester, tandis que la dragueuse Betsy est remplacée par pas moins de quatre femmes différentes ! C'est surtout Miss Peaches qui fait office d'alter-ego, prostituée en soutif et short moulant qui serait incendiaire si sa vulgarité n'était pas appuyée par des dents du bonheur et un langage de charretier. Mais avec elle viennent une laitière aux seins énormes et deux cousines lesbiennes faussement naïves. Billy, l'enfant pendeur de chats, est maintenant un adolescent nommé Hucklebilly, Lester est devenu un baiseur de mouton et Rufus semble être homosexuel. Enfin, le Maire Buckman trouve son pendant féminin avec Granny Boone, sorte de matriarche s'occupant des plus jeunes.
Rien d'important, et même rien de franchement intéressant. Ce qu'il l'est, cependant, c'est la totale reconstruction de Pleasant Valley qui ne ressemble cette fois en rien à une ville contemporaine. L'endroit garde maintenant ses origines de l'Ouest Sauvage et ressemble à une véritable ville fantôme. Ses habitants semblent naturellement provenir d'un autre siècle, et ainsi les Pleasant Valley Boys, les guitaristes qui jouaient l'inoubliable thème de Two Thousand Maniacs !, évoquent de véritables musiciens du XIXème siècle tandis que le bellâtre Harper ressemble à un dandy.


Du reste, la formule de H.G. Lewis demeure inchangée et les évènements de 2001 Maniacs suivent à la lettre ceux de son prédécesseur, enchainant les atrocités improbables après une introduction jouant sur le choc des cultures et le bizarre de la situation. Un type est broyé dans une presse géante et ses yeux jaillissent de ses orbites comme dans un épisode de Looney Tunes, un autre boit du Moonshine acide et se liquéfie presque totalement dans son lit tandis qu'un queutard se fait littéralement bouffer le sexe par sa partenaire, qui porte un dentier en métal meurtrier. Une pauvre victime est écrasée par une cloche géante lors d'un appel général tandis qu'un jeune gay est "puni" de son péché en se faisant empalé par l'anus avec une broche géante, se retrouvant tout prêt pour le barbecue !
Le film rend également honneur à l’écartèlement plutôt raté du premier opus, la jeune femme le subissant étant ici trompée dans un faux jeu sexuel qui nous vaut de la voir se tortiller un moment sous le tiraillement des cordes, ce qui est toujours sympa à regarder vu le physique de la demoiselle.
Enfin Tim Sullivan n'en reste pas qu'aux meurtres et s'amuse avec la notion de festival: des têtes coupées sont utilisées comme cible lors d'un jeu de lancé de fers et les personnages mangent sans le savoir l'un des leurs durant un repas, ne réalisant pas qu'un morceau de viande comporte le tatouage que la victime portait sur la fesse ! Une adorable fillette broie une souris dans une presse métallique "en toute innocence" tandis que l'héroïne découvre une réserve de bocaux où sont conservés les restes des invités des années précédentes...


Le tout est naturellement conçu à l'ancienne, avec de véritables effets spéciaux, du véritable faux sang et de véritables faux morceaux amputés. L'utilisation de CGI est détectable en de rares moments, mais nécessaire au regard du budget: quelques brûlures d'acide qui affecte le mobilier, et l'orbite vide de Robert Englund d'où s'écoule des centaines de vers... Tout à fait acceptable.
A ces passages réjouissant se rajoute une ambiance de comédie qui, certes, n'égale pas l'humour noir du Parrain et semble beaucoup plus ordinaire dans son genre, mais sied plutôt bien à l'univers et en rajoute à l'absurdité générale. Un petit garçon au crâne rasé jouant de la guitare évoque évidemment Délivrance tandis qu'un biker allergique à la country pète un câble lorsque les Pleasant Valley Boys le suive en chantant. La présence d'un Noir et d'une chinoise (jouée par une actrice pas du tout asiatique !) permet aux Sudistes de laisser éclater leur horrible racisme et il faut voir la tronche de Robert Englund lorsqu'il les découvre pour la première fois, s'obligeant à se contenir et s'adresser à eux normalement. Les fantômes arriérés sont totalement largués par l'argot de jeunes et lorsqu'ils découvre qu'une de leur proie est née dans le Sud, ils hésitent à la laisser en vie...
Il est presque dommage que tout ceci soit légèrement gâché par quelques dérives mal venues, des maux modernes et malheureusement devenus communs dans le film d'horreur.


Nos héros font partis de cette génération détestable de branleurs insultants, n'ayant aucun respect pour personne et qui passent difficilement pour des "amis" tant ils se tirent dans les pattes à longueur de temps. Difficile de s'attacher à eux et lorsque les revenants les dégommes, on serait limite tenté de se ranger de leur côté... Dans le même ordre d'idée, une vulgarité crasse héritée des Scary Movie et des DTV d'American Pie se retrouve dans tout ce qui touche au caractère sexuel du film. Oh, les filles sont nombreuses et plutôt plaisantes, et 2001 Maniacs ne lésine pas sur la semi nudité, seulement voilà, ça se perd en langage cru et en situations ridicules: des copines s'embrassent et disent être cousines mais se vexent quand leur victime se masturbe devant elles, une serveuse exhibe ses improbables mamelles en servant du lait et les protagonistes principaux évoquent tous leur sexualité si librement qu'ils semblent provenir d'un univers de softcore.
A cela se rajoutent quelques idées bizarres dans le mauvais sens du terme, comme si le réalisateur lui-même ne savait pas trop quoi faire avec: Billy, aussi grands que les autres mais considérés par tous comme un môme et parlant avec une voix gonflée à l'hélium. Le célèbre thème du film original, ici reprit mais limité à son titre ("The South's gonna rise again") et chanté sur un ton différent... A croire que les responsable avaient peur de ne pas obtenir les droits, mais cela ne les a pas empêcher de la crédit au générique, en gros et avec la mention "écrite par Herschell Gordon Lewis" alors qu'ils n'en n'ont rien gardé !


Enfin, ceux qui se foutaient du titre de 2000 Maniacs par rapport au nombre de figurant feraient mieux de fermer leur gueule: hormis quelques plans truqués, ils ne sont ici pas plus de quinze !
On leur pardonnera cependant ce manque de moyen tant les trognes de bouseux sélectionnées sont convaincantes. Mentionnons évidemment Robert Englund, parfait dans un rôle qui nécessitait quelqu'un d'enjoué, mais également sa partenaire Lin Shaye qui joue Granny Boone, bonne addition à cette galerie de rednecks d'outre-tombe. On peut d'ailleurs noter que celle-ci à déjà jouée au côté de Freddy Krueger puisqu'elle apparaissait dans les deux opus dirigé par Wes Craven, et surtout son nom devrait vous dire quelque chose puisqu'elle n'est autre que la sœur de Robert Shaye, l'ancien boss de la New Line Cinema, la fameuse "House That Freddy Built".
L’œil attentif reconnaitra également Kane Hodder, le temps de quelques secondes, caméo inattendu et pas vraiment justifiable si ce n'est pour là encore faire plaisir au public ciblé. Son nom au générique ? Jason ! Moins connu au bataillon, l'acteur Peter Stormare (Fargo, le Bruiser de George Romero et quelques trucs très connus) prête ses traits à un professeur nommé Ackerman tandis qu'un autre personnage lit justement le magazine Famous Monsters of Filmland. Là encore, du fan service qui participe malheureusement trop à ce côté "fabriqué" que j'évoquais, comme si 2001 Maniacs ne devait servir que les lecteurs de Fangoria.


Et Tim Sullivan risque désormais de perdre quelques spectateurs à cause de cela, puisqu'il a cru bon d'inviter Eli Roth lui-même le temps d'une scène. Non seulement ça, mais l'invité reprend carrément le personnage de Justin / Grim qu'il tenait dans Cabin Fever ! Un univers cinématographique en quelque sorte, les évènements de 2001 Maniacs se déroulant peu avant ceux du film de virus et nous montrant même les origines de la "fameuse" réplique "Oooh, faced !". Qui plus est, la version alternative présente sur le DVD en rajoute même, Justin déclarant vouloir se trouver un coin sympa parmi les montagnes et les chalets. Pas sûr que même les lecteurs de Fangoria apprécient.
Mais honnêtement ces "défauts", bien que notables et désolant, ne gâchent pas vraiment le spectacle. 2001 Maniacs semble au final une œuvre beaucoup plus réfléchie et aboutie que Blood Feast 2, et cela probablement parce que son créateur avait une véritable vision de son sujet, là où le Parrain lui-même a déclaré avoir juste été engagé pour la séquelle de son premier Gore, le désavouant. D'ailleurs il n'y a pas eu de Blood Feast 3 après cela et H.G. Lewis attendit encore quelques années avant de revenir derrière la caméra pour sa dernière oeuvre, The Uh-Oh ! Show.
Tim Sullivan, lui, a au contraire faillit faire naitre une franchise de ce remake ! Son succès engendra une séquelle, un comic-book et il fut même question d'un montage alternatif titré 2001 Maniacs: Redux.


Pas de chance, celui-ci ne vit en fait jamais le jour. Car un changement de compagnie de production bouscula ses plans, et la suite qu'il avait initialement prévu, titrée 2001 Maniacs: Beverly Hellbillys, se transforma pour devenir le 2001 Maniacs: Field of Screams que l'on a aujourd'hui. Les droits du remake appartenant à un autre distributeur que celui de la séquelle, le réalisateur ne pu finalement pas effectuer ce deuxième montage et l'inclure en bonus dans le DVD du second opus, comme il le voulait.
De ses mots, cette nouvelle mouture devait se rapprocher de son script initial et de ses storyboards, avant les modifications qui se déroulèrent en post-production. Cette version devait contenir de nouvelles séquences, une toute nouvelle musique pour l'ensemble du film et inclure de nouveaux dialogues. Plusieurs répliques "gags" du film actuel ne conviennent pas au réalisateur car elles n'auraient pas été écrite par lui, et il voulait rectifier la chose pour y injecter plus de son style.
La séquence de la boisson acide devait également être remontée, probablement pour montrer encore plus l'étendu des dégâts, et l'introduction originale revenait, incluant une apparition de John Landis. Enfin, il y avait normalement un "gratuitous sex montage" en plein milieu du film qui devait en montrer beaucoup plus, en hommage à toutes les scènes sexy des films d'horreur des 80s, et c'est effectivement dommage d'avoir raté ça.


Mais peu importe si cette director's cut n'ait pas vu le jour. D'une part parce que nous parlons de 2001 Maniacs, faut quand même pas déconner, mais surtout parce que en l'état, le film est satisfaisant. Tim Sullivan n'a pas raté le coche et s'en sort avec les honneurs sur à peu près tous les tableaux, ce qui n'était pas une mince affaire. Si son remake n'atteindra jamais la célébrité de l'original, il serait quand même gonflé de dire que le Parrain avait fait un meilleur boulot, puisque techniquement parlant ce n'est pas le cas, et côté créatif, cette nouvelle mouture est un peu plus permissive.
Les fans de Two Thousand Maniacs ! aimeront sans doute plus 2001 Maniacs que les fans de Blood Feast n'aimeront Blood Feast 2. Ou Blood Diner. Et même ceux qui détestent H.G. Lewis trouveront satisfaction dans le fait que le réalisateur est plus compétent et moderne. Laissez-vous donc tenter par cette révision, c'est tellement rare de nos jours de tomber sur un remake qui en vaille la peine et qui respecte véritablement son aîné et son public !
Comme le dit Robert Englund ici: "One time, I had full confidence in a fart. Shit all over myself...". C'est vrai, mais parfois, il faut savoir s'autoriser malgré tout...



GALERIE

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Ci-dessus deux images de l'introduction supprimée, avec John Landis.

mercredi 5 octobre 2016

Road to Halloween – Blood Feast 2: All U Can Eat (2002)

ROAD TO HALLOWEEN III


Blood Feast 2: All U Can Eat
(2002)


Avec Internet, le Cinéma a beaucoup changé. Je ne parle pas d'une évolution dans le style cinématographique mais dans la façon dont le public perçoit les films, dont ils en parlent et comment ils peuvent influencer leurs devenirs. Et si autrefois de nombreux longs métrages étaient destinés à demeurer invisibles, à se noyer dans la masse, n'importe qui peut désormais exhumer une perle et attirer l'attention sur elle via le partage de masse. Une perle ou un navet en fait, et ainsi même le produit autrefois perçu comme une petite chose indigne peut désormais accéder au statut d’œuvre culte avec du temps et quelques admirateurs.
Et c'est comme ça que des séquelles de films vieux comme le monde ont fini par se réaliser, contre toute attente et alors que plus personne ne les attendaient. Des titres comme Samurai Cop, The Deadly Prey, Slime City ou (moins compréhensible) Hobgoblins ont pondus un nouvel opus très tardivement et uniquement pour un public bien spécifique. Ce sont moins des films que des fanfilms, des produits conçus pour entretenir la flamme d'un public déjà vendu à la cause des responsables, et servant avant tout à célébrer l'original de façon un peu spéciale. Comme pour un anniversaire en quelque sorte.
Il n'y a rien de honteux là-dedans, mais l'objectif reste bien souvent mercantile au-delà de tout et le résultat ne se compare jamais à l'original, tant sur le fond que sur la forme.
D'ailleurs dans certains cas on se retrouve dans l'arnaque pure et simple, lorsque des producteurs sans aucun rapport avec l’œuvre originale tentent de capitaliser sur un nom connu afin de vendre leur merde: souvenons-nous de la Taurus avec leur Creepshow III et Day of the Dead 2, ou quiconque était derrière le combo Return of the Living Dead 4 et 5...


S'il est moins récent que les nouvelles séquelles cités ci-dessus, Blood Feast 2 entre dans cette même catégorie et demeure une bizarrerie dans la carrière de Herschell Gordon Lewis. Pensez-vous, sortir une suite de Blood Feast, le premier Gore officiel, exactement 30 ans après sa retraite ? Cela n'évoque pas un retour au source mais juste un gimmick marketing destiné à capitaliser sur un film respecté par tout une communauté. Et capitaliste, le Parrain du Gore l'ai probablement plus que n'importe qui.
Car une chose que l'on évoque rarement lorsque l'on parle du réalisateur, c'est qu'il n'est en aucun cas un artiste. S'il a définitivement façonné le genre sanglant, ce n'était que pour se différencier de la concurrence. Le reste de sa carrière, cinéma ou autre, il l'a toujours conçue dans l'optique de s'enrichir le plus facilement et le plus vite possible. Il suffit de jeter un œil au titre de différents livres qu'il a pu écrire au cours de sa vie: How to Write Powerful Fund Raising Letters, Cybertalk That Sells, Direct Mail Copy That Sells !, Marketing Mayhem et j'en passe !
Qui plus est, le Gore tel que Lewis le pratiquait autrefois est dépassé. Personne ne se soucis d'un film conçu avec quelques abats récupérés chez le boucher du coin et les effets spéciaux plus sophistiqués ont prit le relais, et à partir de là on peut se demander: est-ce qu'un film de H.G. Lewis dont les effets gores ont été fait par une tierce personne est vraiment un film de H.G. Lewis ? La question reste posée car le Parrain fait ici  appel aux services de Joe Castro, un protégé à lui, pour l'aider dans sa tâche. Et loin d'être un simple petit artisan, celui-ci est plutôt un expert dans le domaine, puisqu'il possède sa propre filmographie.


L'homme est déjà spécialiste en effets sanglants depuis longtemps, ayant œuvré sur une demi-douzaine de films (Teenage Exorcist, Demonicus, Wishmaster 3, le remake d'Humanoids From the Deep) en plus d'en avoir déjà mis quelques uns en boite lui-même (dont un Troma, puisqu'on y revient toujours, Legend of the Chupacabra). La même année que Blood Feast 2, il réalise également son Terror Toons qui va définitivement lancer sa carrière et lui faire un nom dans le domaine de l'Horreur Gore indie. Faut-il y voir une coïncidence ?
Peut-être que le Parrain à voulu donner un coup de pouce à un petit jeune, peut-être s'est-il simplement senti trop vieux pour patauger dans les tripes et aura voulu faire plaisirs à des fans prêt à le faire pour lui, toujours est-il qu'il cède la place à Castro pour la totalité des moments saignants et cela se voit: le maquilleur possède un style bien à lui, très bon par ailleurs, et jamais le Gore de Blood Feast 2 ne ressemble au Gore de H.G. Lewis. Ce n'est même pas une question d'époque et d'avancement des techniques, mais juste de style.
Car le Parrain du Gore aurait surtout dû être nommé le Parrain du Bizarre, tant son truc à lui est de surprendre et choquer à la manière d'un vieux forain. Ce qu'il aimait c'était l'extravagance, le petit détail pour gonfler l'impact, et surtout il avait un séance du théâtral qui rendait des scènes "simples" inoubliables (au hasard, la langue arrachée, dans Blood Feast). Castro, lui, fabrique des plaies et des organes de façon impressionnante, mais se contente de filmer le tout en gros plan. Résultat les atrocités perdent en ampleur, et lorsqu'une jeune femme se fait arracher la langue, ce n'est qu'une mutilation perdue au milieu d'autre: il n'y a aucun impact et de ce fait, les meurtres ne sont pas mémorables...


Pour enfoncer le clou, le scénario n'est pas non plus écrit par Lewis, qui délègue à un parfait inconnu, W. Boyd Ford, ayant œuvré ici et là sur différentes tâches pour quelques séries ou DTV, et occasionnellement de "vrais" films. J'ai un moment cru qu'il s'agissait d'un nouveau pseudonyme, mais dans une interview donnée par la légende dans un livre (Film Out of Bounds: Essays and Interviews on Non-Mainstream Cinema Worldwide – ouf !, de Matthew Edwards), celui-ci confirme qu'il n'a fait qu'écrire tout un tas de notes et de suggestions qui lui sont revenues plus tard sous la forme d'un script.
En fait, quant à la création de Blood Feast 2, le Parrain n'est pas très passionné et pour cause: ce n'est pas concrètement son film, mais plutôt celui d'un producteur, Jacky Lee Morgan (qui a quelques films en commun avec Ford, ce qui clarifie beaucoup de chose). C'est lui qui l'a poussé à travailler sur cette séquelle, s'occupant d'un peu de tout jusqu'à ce que la légende ne se retrouve avec que très peu de tâches à effectuer. Du travail pré-mâché en quelque sorte, puisque Lewis n'a même pas fait le montage final ! Se retrouvant catapulté au poste de réalisateur, il a dû gérer tout une équipe comme il n'en avait encore jamais eu, ignorant alors ce que la moitié de ces personnes étaient censées faire et ne sachant comment utiliser son assistant ! Autant dire que le vieux monsieur à dû se sentir bien perdu, et heureusement que son ancien compère David Friedman ait pu participer à l'aventure également car sans ça il se serait senti bien seul...
Bref, autant le dire en gros: Blood Feast 2 n'est pas vraiment Blood Feast 2. Le film est tout aussi légitime que Blood Diner, la seule différence étant que l'initiateur du projet a cette fois réussi à retenir les droits et à embobiner H.G. Lewis pour valider son affaire auprès des fans...


Et d'ailleurs cela se ressent un peu à travers l'intrigue. Pensez ce que vous voulez du film de Jackie Kong, mais au moins celui-ci tournait bel et bien autour d'un Festin Sanglant pour une ancienne déesse, avec des meurtres cartoonesques, de l'humour noir et un sens du bizarre. Blood Feast 2, lui, évoque presque un simple slasher avec un thème culinaire, un peu comme le The Cook de 2008 que j'avais déjà chroniqué. Certes ont y retrouve Ishtar ainsi qu'un descendant de Fuad Ramses, mais au-delà de ça les évènements ne s'emboitent pas tellement...
Ainsi l'histoire se déroule dans la même ville qui a connu les atrocités dépeintes dans le film original. Bien que Fuad Ramses soit mort depuis des années, son épicerie est toujours là et, dans une pièce secrète, la statue d'Ishtar se tient toujours. Son influence maléfique se fait encore ressentir lorsque deux clochards s'aventurent près du magasin et s'entretuent sans même le réaliser, poussés au meurtre par la déesse. C'est là qu'arrive Fuad Ramses III, petit-fils de l'assassin, lequel a décidé pour on ne sait quelle raison de rouvrir l'entreprise de traiteur de son grand-père. Il est immédiatement prit en grippe par l'Inspecteur Myers, un flic con et méchant qui lui fait comprendre qu'il n'est pas le bienvenu ici, mais le jeune cuisinier semble honnête dans sa démarche. Et pour cause: il est totalement innocent et c'est en fait Ishtar qui ensorcelle ses victimes, les forçant à commettre des crimes en son nom !
Hélas lorsque Fuad découvre la pièce où repose l'idole, il est immédiatement asservi et se met au travail: une cliente lui ayant commandé un grand repas pour un mariage, il massacre alors les différentes participantes pour organiser un nouveau Festin en l'honneur d'Ishtar...


Oubliez l'éventuelle résurrection de la déesse, oubliez les mutilations bien précises nécessaire à une cérémonie, Blood Feast 2 se contente de faire dans la boucherie totale, Fuad Ramses découpant ses proies en morceaux afin de les recycler en différents plats. Le Festin Sanglant n'est maintenant qu'un amuse-bouche pour cannibale et le film aurait pu tout aussi bien suivre les exploits du Cuisinier de Massacre à la Tronçonneuse que cela ne ferait pas tellement de différence.
Alors bien sûr on ne va pas chercher l'intelligence de l'écriture dans un H.G. Lewis, mais comparé à l'effort qu'avait fourni Michael Sonye dans Blood Diner, cette nouvelle séquelle est pour le moins décevante et loin d'être aussi folle. Non seulement cet opus n'égale pas la version de 1987, mais elle semble même en deçà du classique de 1963, ne proposant rien de délirant ou d'original sur quelque niveau que ce soit. Le meurtrier surprend ses proies, les tue de façon grotesque et cela se répète avec, entre chaque, la même scène où la police enquête: l'agent Myers vomit de dégoût et tente de convaincre son partenaire que Ramses est responsable, lequel lui répond qu'ils n'ont aucunes preuves. Et si vous pensiez que Blood Feast faisait la même chose, clairement celui-ci avait un petit quelque chose en plus: l'égyptien vénérant sa déesse et préparant sa tambouille, les meurtres qui reposaient tous sur un type d'exécution précis et extravagant, la mythologie autour du Festin Sanglant, le talent d'hypnose de Ramses ou son embarras lorsqu'une proie ne tient pas en place et qu'il ne peut la sacrifier dans les règles. Bref, il y avait quelque chose qui sortait de l'ordinaire.
Blood Feast 2, lui, fait ce que bien d'autres ont fait avant lui. Il tente l'auto-dérision et accumule des "gags" ni drôles ni même parfois compréhensibles, comme cette parenthèse hallucinante où un policier se met à faire la météo en plein milieu de son discours, carte à l'appuie, où ce cadavre qui revient sans cesse, corps d'un mort accidentel qui est trimbalé un peu partout sans qu'il n'y ait de véritable explication et sans que personne ne l'évoque jamais.


En fait  W. Boyd Ford n'est clairement pas dans son univers et toutes ses trouvailles sont plutôt communes pour le genre Horreur, en plus d'être justement répétées ad-nauseam sur tous le films. Le gros du film repose ainsi sur les préparations sanglantes de Fuad Ramses, que de nombreuses personnes avalent sans réaliser ce dont il s'agit. La blague étant qu'ils trouvent cela succulent. L'autre plaisanterie récurrente est l'estomac fragile de l'agent Myers, qui dégueule toujours lorsqu'il découvre un nouveau macchabée tandis que son partenaire supporte aisément le spectacle, même en mangeant. Une fois ça va, quinze fois cela devient redondant.
En fait je m'en veux même d'avoir qualifié Blood Diner d'immature tant Blood Feast 2 le surpasse à ce niveau. Et si la dernière fois je voulais parler d'une sorte de comportement adolescent, amusant et inoffensif, ici je veux clairement parler de stupidité. On se retrouve avec des passages très beaufs, comme lorsque Fuad Ramses se branle sur la crème brûlée d'une cliente qu'il n'aime pas, de clins d’œils hors-sujet, comme le fait que les policiers se nomment Loomis et Myers (bien compris, mais quel rapport ?), et surtout, surtout, des dialogues affligeants de nullités, notamment lorsqu'il s'agit de faire parler les femmes...
Si l'on reste dans l'idée qu'il s'agit d'un hommage aux Nudies Cuties et à l'attitude des filles naïves et faciles de ces films, on ne peut pas vraiment critiquer cette décision, et preuve en est cette scène où les héroïnes organisent une soirée lingerie, occasion parfaite pour se déshabiller et discuter garçons. Ça se dénude et c'est très bien, d'autant que certaines actrices sont même très jolies, seulement il faut voir les absurdités qui sortent de leur bouche.


Clairement le fantasme d'un adolescent puéril et queutard, au point que l'on se croirait presque dans un film de cul moderne. Et avec ça vient malheureusement une forme de vulgarité assez décevante, comme du softcore californien mou du genou, des poitrines refaites et l'idée de donner aux personnages des noms de stripteaseuses (Bambi, Brandi, Misti, Candi, Trixi, sérieusement). En fait de Nudies, c'est plutôt comme de voir une de ces vidéos Penthouse des années 90, qui se veut émoustillante sans jamais vraiment l'être. H.G. Lewis s'est sûrement fait plaisir à filmer ces belles donzelles dénudées, comme à la bonne vieille époque, mais le résultat semble provenir d'un autre esprit.
Du coup cela en devient presque surprenant lorsque le scénario offre quelques moments véritablement réussis, et j'en viens à penser que certains éléments ont été modifiés en plein tournage. Une secrétaire s'amuse à les corriger les inspecteurs quant à l'origine d'Ishtar, précisant qu'elle est en fait une divinité Babylonienne, et la nouvelle statue (supposément la même que dans Blood Feast) ressemble effectivement plus une idole préhistorique traditionnelle. Le film Ishtar lui-même est évoqué (ce qui est surtout marrant pour un fan de Red Letter Media comme moi), l'inspecteur Myers serait peut-être le fils d'un des héros du premier film et c'est le comportement macho de son père qui l'aurait rendu aussi con, le livre de Fuad Ramses est désormais un simple livre de recettes cannibales, photos inclues, et lorsque l'assassin s'attaque à une proie un peu trop rebelle, il poignarde accidentellement sa propre jambe, ce qui lui vaut d'obtenir le même boitement que son grand-père. "God !" s'exclame t-il avant de se corriger immédiatement: "I mean, Ishtar !".
Le meilleur moment reste sans doute ce retournement de situation inattendu lorsque Myers, jusqu'ici vindicatif, est lui-même envoûté par la déesse est se met subitement à protéger Ramses des suppositions de son partenaire, une manière de le couvrir dans ses activités. Aussi, une MILF acariâtre esquive la mort plus d'une fois sans même le savoir, ce qui devient un véritable amusement tant on espère qu'elle y passe, et jusqu'au final qui laisse le suspense à son paroxysme à ce propos.


Savoir si ces petites choses rattrapent le reste du script dépendra sûrement du spectateur, de son humour et de ce qu'il s'attend à trouver dans un H.G. Lewis new age. Personnellement j'avais beaucoup de réticences et il m'a fallu un peu de temps avant de me laisser gagner par cet univers "patchwork" (chaque élément du film est la décision d'une personne différente et Lewis n'a finalement joué que le caméraman). Toutefois il faut avouer que cet opus est plus calme qu'un Blood Diner et donc beaucoup plus abordable, de plus il faut grandement saluer la performance de J.P. Delahoussaye dans le rôle de Fuad Ramses III. Celui-ci porte une bonne partie du film sur ses épaules et compose un personnage très différent de l'original. Polis, charmeur, blagueur, le comédien est clairement à l'aise devant la caméra et semble s'éclater à échanger avec des personnages qui ne sont techniquement que des proies pour lui. Incompréhensible que celui-ci n'ai jamais rien fait d'autre après cela, car il avait beaucoup de potentiel.
D'ailleurs une des rares séquences gores de Blood Feast 2 dont on se souvient est celle qui est la moins graphique, mais qui implique le personnage à un niveau émotionnel un peu différent: il doit assassiner une jeune femme qui visiblement lui plaisait et s'excuse auprès d'elle, alors qu'il l'égorge, lui expliquant qu'il n'a aucun contrôle sur ses actions et que c'est Ishtar qui le commande. Tandis que la demoiselle expire, Ramses l'embrasse et lui montre des signes d'affection, comme s'il regrettait ce qu'il faisait malgré sa folie meurtrière.
C'est la seule fois où le film se permet de construire quelque chose d'original, de différent et qui convient bien au style de H.G. Lewis, sorte de mix entre de l'humour noir et de l'horreur pure et simple.


Venons en donc à la seule chose qui vous importe vraiment: le Gore. Comme précisé auparavant, Joe Castro a fait un travail remarquable en terme de maquillage et nous sommes là dans le haut panier de l'indépendant, c'est indéniable. Les plaies sont nombreuses et bien visibles, les amputations sont légions, le sang, bien rouge, coule à flot et les organes sont prélevés en grandes quantités. Plus important, les crimes sont évidemment exagérés à l'extrême et d'une grande stupidité, fonctionnant sur le thème de la cuisine et impliquant de nombreux instruments:
Une beauté voit ses mains êtres détruites dans un broyeur à viande, une autre se fait planter un tir-bouchant dans la tête qui ressort avec un bout de cerveau, des yeux sont arrachés à la cuillère à glace (un classique !) tandis qu'une fille se fait assommer à l'attendrisseur à viande. Le couteau de cuisine égorge jusqu'à la décapitation et une langue est arrachée à main nue en hommage au film original, mais la mise en scène n'a rien à voir et c'est à peine si l'on remarque cette mutilation plus que les autres. La meilleure mort ? Celle où la victime est scalpée au couteau électrique, Ramses tirant ensuite sur la peau pour lui arracher le visage ! Le crâne sanglant hurle encore un moment avant que le meurtrier ne l'ouvre pour en extraire la cervelle.
Il ne fait aucun doute que la priorité a été mise sur l'aspect sanglant de Blood Feast 2, afin d'être certain de donner aux fans ce qu'ils veulent et ne pas écoper d'une sale réputation. Si cela vous plaît alors tant mieux, toutefois je le redis, il ne s'agit pas vraiment du Gore du Parrain. La part belle est faite aux bruitages et la caméra cherche à montrer combien les prothèses sont réussie, et au final on a presque l'impression de voir une démo plutôt que des effets conçus pour des scènes et intégrés comme tel. On se retrouve plus proche d'un Olaf Ittenbach qu'autre chose, et si on nous annonçait subitement que le Lewis n'avait pas réalisé le film, on ne serait pas tellement surpris.


Certains se raccrocheront à sa mise en scène, forcément minimaliste et d'une autre époque, qui détonne avec sa caméra statique et ses fondus au noir. Comme dans Blood Feast premier du nom, les atrocités l'inspirent parfois, cherchant des plans plus complexes, plus créatif, et généralement cette séquelle demeure fidèle à son style (et encore heureux puisque c'est la seule chose qu'on lui a permis de faire ici). L'acting fera sourire également, les comédiens étant tous très mauvais et ne faisant absolument aucun effort pour paraître convaincant, à l'exception de Delahoussay. Il y a cependant une faible impression que cela est fait exprès, comme pour bien rappeler à quel point les acteurs d'autrefois étaient abominables et, comme avec certains Troma, on ne sait jamais ce qui est du "vrai" mauvais et du "faux" mauvais, ce qui se révéler un peu perturbant.
En résulte un film hybride qui n'appartient à personne, où le Parrain du Gore refait sa mise en scène brute, où Castro fait ce qu'il fait de mieux et où le monteur assemble le tout comme bon lui semble, n'ayant probablement jamais vu un H.G. Lewis de sa vie !
Car le responsable est un nouveau venu dont il s'agit du seul et unique essai, et puisque le reste de sa filmographie coïncide avec celle du producteur et du scénariste, il n'est pas compliqué de voir vers qui il s'est tourné pour donner forme au film ! Un exemple parmi d'autre: le fameux corps apparaissant et disparaissant sans explication devait à l'origine être un running gag, voulu par Lewis mais pas par Jacky Lee Morgan. Le résultat montre donc que c'est ce dernier qui était en contrôle de l'opération et que jamais Blood Feast 2 n'était entre les mains du Maître.


Celui-ci a d'ailleurs exprimé son mécontentement face au produit final, entre une image dégueulasse sur le transfert DVD (il est vrai pas terrible du tout) différente du rendu qu'il désirait, et l'existence de deux versions différentes du film ! Il y a la véritable, dit Unrated, mais aussi une R-rated qui sucre pas loin de 5 minutes de Gore et ceci de façon totalement incohérente. Pensez L'Enfer des Zombies en terme de coupes sombres !
Il y a de quoi être perplexe: pourquoi monter tout un projet avec le Parrain du Gore, créer une suite au "premier" film sanglant de l'Histoire du Cinéma, pour finalement en livrer une version sans aucun effet sanglant ? La réponse est simple ! Blockbuster. Pour ceux qui ignore les pratiques de cette grande chaine américaine, l'idée est simplement de proposer au grand public des films normalement inaccessible... au grand public ! En supprimant tout ce qui pourrait choquer la bonne morale ! C'est pour cela qu'il existe souvent des versions "non censurée" de différents films, ou "complète" ou "intégrale": parce que chez eux, on peut se procurer la même chose sans les insultes, sans la nudité et sans la violence !
Incroyable mais vrai, Herschell Gordon Lewis, grand réalisateur capitaliste qui n'a œuvré que dans l'exploitation, s'est fait vendre ! Par son producteur et par Blockbuster ! L'ironie en serait presque drôle si nous-même, fans et spectateurs, n'étions pas contre ce genre de pratique...
Mais l'affaire n'est pas le seul problème du montage et un autre soucis franchement horripilant est le choix des musiques, clairement pas sélectionné par le metteur en scène. A la manière du récent Suicide Squad de DC Comics, celles-ci sont incessantes et empiètent les unes sur les autres !


Pour une raison obscur mais assez simple à déterminer tant le projet tourne toujours autour de la même équipe, il a été décidé de truffer le film de morceaux de Punk. Le truffer ? Le remplir oui, puisqu'elles ne s'arrêtent tout simplement jamais. D'ailleurs il n'y a pas de compositeur sur Blood Feast 2, même la musique d'ambiance a été faite par un groupe du même style. Résultat, avec son petit budget, plus d'une fois le film donne l'impression d'être un vidéo-clip de Garage Punk mal branlé. Et certaines scènes en pâtisses, comme celle qui devait être une référence à la séquence d'ouverture de Blood Feast: où une plantureuse pin-up se déshabille pour prendre son bain tandis que la radio annonce la présence d'un maniaque homicide. Manque de pot, malgré le gros plan sur la radio et la mise en scène (la fille ne peux pas entendre l'annonce puisque s'enfermant dans la douche), il n'y aucun message. Juste de la musique !
La séquence est de toute façon totalement désamorcée lorsqu'on y réfléchis un peu et que l'on réalise que les médias ne savent même pas qu'il y a un meurtrier à ce stade de l'histoire ! Si, après tout ce que vous venez de lire, vous pensez encore que Blood Feast 2 est légitime juste parce que le nom de Herschell Gordon Lewis apparaît au générique, alors je ne peux plus rien pour vous. Pour moi l'arnaque saute aux yeux et la seule raison pour laquelle le film passe encore, c'est parce que le Parrain du Gore n'a jamais été un artiste de toute manière. Ce n'est d'ailleurs certainement pas un hasard si cette séquelle a mis plus d'un an pour se trouver un distributeur...


Mais je m'en voudrais de vous empêcher d'y prendre du plaisir, car après tout dans son genre, Blood Feast 2: All U Can Eat est loin d'être la pire chose qui existe. Le style rétro de H.G. Lewis est touchant, les effets gores sont décents, les filles sont nombreuses, l'acteur principal donne une performance suffisante pour que l'on s'intéresse à ce qui se passe et, si tout cela ne suffisait pas, dites-vous que John Waters lui-même fait une apparition dans le rôle d'un prêtre pédophile ! Et voilà que l'on doit évidemment au Parrain du Gore, et bon sang que c'est merveilleux !
Du reste je vais me permettre de soulever une dernière question sur la confection de ce Blood Feast 2, car si le film est on ne peut plus différent de l'autre séquelle, il demeure quelques éléments commun: le titre original du film était Blood Feast 2: Buffet of Blood, alors que le terme Blood Buffet remplaçait celui de Blood Feast pour des raisons de droits. Les deux œuvres partage le même amour pour la musique Punk indie (le scénariste de Blood Diner étant le leader de Haunted Garage), dans les deux cas on y retrouve un obèse qui mange constamment à chacune de ses apparitions et dans les deux cas le duo de flics idiots est humilié par une femme beaucoup plus intelligente et efficace qu'eux.
Je veux bien croire aux coïncidences – encore ! – mais tout de même, il faut avouer que cela est un peu troublant...