vendredi 29 avril 2016

Uchronie, Les Steampunks (Édition 2014)


Enfin reçu après tant d'années, l'imposant livre de photographies de Bernard Rousseau, accompagnateur régulier des sorties Steampunk parisiennes. Du moins à l'époque.
Après avoir vu ces images à travers mon ordinateur depuis si longtemps, il faut avouer que le résultat présenté ici paraît bien plus grandiose, bien plus imposant. C'est quelque chose dont on perd un peu conscience, je crois, ce à quoi ressemble vraiment une photo de bonne qualité sur un support physique.
Avec Uchronie, l'artiste mélange ici divers sessions tournant autour des mêmes thèmes et univers (et personnes, car chacun s'étant rencontré à un moment ou à un autre), ainsi que divers styles puisque s'y retrouvent autant des photos "mises en scène" dans un décors véritable, que derrière un fond vert modifié ou en studio.


Je vais volontairement faire l'impasse sur certaines photos, notamment celle tournant autour d'une personne avec laquelle j'avais fondé une certaine association, pour rester sur le gros de l'ouvrage.
Celui-ci est un livre carré grand  format (30x30) à couverture dure, édité via PhotoBox. Certains s'amuseront (ou jalouseront ?) des personnes présentent sur le devant et derrière de celle-ci, le choix n'ayant étrangement pas été fait pour une photo de groupe. A l'intérieur, l'auteur ouvre son travail sur une citation d'une Cler Vendethiel, Vaporiste que je ne crois pas avoir rencontrée, donnant une brève définition du Steampunk, puis s'enchainent les photographies, dotées de légendes pour identifier les modèles.
75 pages, tout en couleur, et une plongée très étrange dans un univers "perdu" dans le temps (2011/2013) pour quiconque a connu puis abandonné le milieu. De quoi ramener des souvenirs et faire regretter de ne pas avoir poursuivi, mais de quoi aussi faire rêver pour ceux qui n'ont pas participé à cette période un peu ballotante où le mouvement Steampunk naissait et n'avait pas encore été reprit par tous dans le reste du pays (on se souvient encore de toutes ces personnes qui nous demandait "Mais c'est quoi le Steampunk ?", alors que chacun de nous en avait une définition un peu différente).


Bref, moins certains aléas de la vie qui font – pour moi – que certaines pages ne sont pas totalement agréable à parcourir, ce livre est un très bel objet pour quiconque aime la photo, le costume, le Steampunk et tout simplement pour tout ceux qui ont participé à l'aventure d'alors.
Je remercie Bernard tant pour ses photos durant toutes ces années que pour avoir accepté de réimprimer cet ouvrage à ma demande. Bon courage à toi pour tes futurs projets !

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jeudi 21 avril 2016

Mental Hurlant – Bartel V Corman: Death Race 2050


Il vient d'être porté à mon attention qu'un nouvel opus basé sur Death Race 2000, le film culte de Paul Bartel, va voir le jour. En fait le tournage a commencé en Février de cet année pour se conclure le 17 de ce mois. Premièrement je dois dire que j'admire l'idée que l'on puisse encore faire un long métrage en toute discrétion à notre époque: à l'heure des réseaux sociaux, on sait maintenant tout du cheminement d'une production, des rumeur aux fuites d'images ou de vidéos, au point que l'un des problèmes principaux du cinéma d'aujourd'hui consiste à devoir garder les spectateurs dans les salles ou vers les bacs DVD alors qu'ils peuvent désormais voir un film avant même sa sortie officielle.
S'il est vrai que j'ai été souvent absent ces derniers mois, je n'ai pas eu le moindre écho sur le projet jusqu'à ce que Danny Trejo (apparemment invité à la fête de fin de tournage, faut-il supposer qu'il fasse une apparition dans le film ?) l'évoque sur son fil d'actualité. Quelques recherches indiquent bien un ou deux articles trouvables en début de mois, mais uniquement parce que ce 5 Avril était l'anniversaire de Roger Corman, qui produit le film, lequel soufflait ses 90 bougies !


Il est vrai que peu de personnes s'intéresseront à un nouveau Death Race, particulièrement après que la franchise soit tombée comme bien d'autres dans l'univers du DTV avec Death Race 2 et Death Race 3: Inferno, préquelles du reboot avec Jason Statham. Lorsque l'on sait que le réalisateur de ces deux volets est également responsable du (plutôt cool) Roi Scorpion 3, et qu'il a ensuite été remplacé pour un Roi Scorpion 4, on a vite fait de se dire qu'il s'agit de la même affaire. Danny Trejo ayant d'ailleurs était présent dans ces épisodes, son petit message laissait fortement présager que nous aurions affaire à un quelconque Death Race 4, avec ou sans Luke Gloss.
Cependant il n'en est rien et il est ici question d'un nouveau reboot. Plutôt un véritable remake de Death Race 2000 en fait, portant justement le titre de Death Race 2050 et revenant à l'idée totalement folle de Paul Bartel: celle d'une course nationale pleine de voitures délirantes où les conducteurs écrasent des piétons pour marquer des points.
Ceux qui suivent ce blog depuis les débuts se rappellerons probablement que j'avais un temps couvert les pérégrinations de Death Race 3000, projet similaire qui devait impliquer Tom Cruise avant que le Development Hell ne le transforme en ce Death Race tout court n'ayant plus grand rapport avec l’œuvre de base...


Le fait est qu'il ne s'agit pas ici d'une grosse production, Corman oblige, et que cela sent bon le film d'exploitation à l'ancienne. Un tournage délocalisé au Pérou, quelques has-been dans les rôles titres (Manu Bennett, inoubliable gladiateur de Spartacus version Starz, Malcolm McDowell, qui n'en est plus à ça près depuis sa participation dans Maman, j'ai Raté l'Avion 5 et Yancy Butler, toujours un plaisir de croiser l'ancienne Witchblade) et une vision artistique qui se limite à l'envie de capitaliser sur le succès de Mad Max: Fury Road. Les quelques photos disponibles, celles des acteurs prisent sur place avec leurs téléphones, montrent justement une esthétisme tendance Post-Nuke italien de la belle époque. Si vous aviez toujours voulu d'un 3ème Guerriers du Bronx, vous n'aurez sans doute pas mieux.
Malin, Roger Corman tente de se justifier en expliquant que cette nouvelle mouture s'inscrit dans l'air du temps, avec l'émergence d'icônes féminines dans le domaine de l'Action, que cela soit à travers les combats de MMA (et d'une certaine façon il a raison, tant les récents déboires de Ronda Rousey ont été relayés par les médias) et le cinéma, avec l'immense popularité de Charlize Theron dans le rôle de Furiosa.
Et c'est ainsi que Frankenstein, héros récurrent de la saga sous toutes ses formes, va céder la place à "deux femmes fortes" conductrices dans une histoire que l'on nous promet déjà comme "outrageous action-packed". Rassurez-vous, il reste crédité au générique malgré tout: on veut bien être féministe mais faut quand même pas déconner.


De l'intrigue on ne sait strictement rien pour le moment, si ce n'est le nom d'une des pilotes (présumablement l'héroïne, tant le cast insiste pour la décrire comme bad-ass): Minerva. Un nom qui sonne autant Mad Max que Death Race 2000, pour un personnage intriguant. Grande Black lookée façon Grace Jones, dont le bling-bling extravagant évoque bien l'univers dépeint par Paul Bartel, elle semble représenter avant tout le Sud profond des États-Unis malgré sa couleur de peau. Des rednecks décrit comme racistes selon un commentaire Facebook, mais qui pourtant sembleraient être ses supporters.
Il y a évidemment anguille sous roche et si le film original m'a appris une chose, c'est que les apparences peuvent être trompeuses. A défaut d'un Frankenstein, qui était "le héros du peuple" luttant au nom du Amérique fasciste et qui cachait en fait un révolutionnaire dégoûté par son pays, peut-être que Death Race 2050 mettra en scène une fausse représentante d'une communauté type White Power dont l’ethnie prouve toute l'hypocrisie (un peu comme ces membres de l'extrême droite qui espèrent nous faire croire qu'ils ne sont pas du tout raciste en incluant des Noirs et des Arabes dans leur parti), qui a en réalité une personnalité bien différente de son image de marque.
Spéculations, bien sûr, mais pour l'instant nous n'avons que ça pour parler du film. Ainsi que la présence de ce qui devrait être sa co-pilote, une blonde farfelue qui répond au nom de Tammy da Terrorist...


Du reste, Corman veut jouer sur l'apport de la technologie moderne et justifie quelque part le titre du film. Death Race 2050, qui évoque naturellement un futur alternatif pas si lointain, mais qui représente aussi presque le temps qui s'est écoulé entre le film original (1975) et ce reboot. Presque. Quoiqu'il en soit, cette version sera un peu plus SF que les autres, avec notamment une mise en avant de l'aspect futuriste de l'univers,  qui devrait inclure drones et réalité virtuelle (ainsi que des voitures toujours aussi bariolées, mais beaucoup plus modernes dans leur aspect – le peu qu'on en voit évoque sensiblement Speed Racer). De quoi remanier la satire de Paul Bartel pour la société de consommation actuelle, totalement accro aux réseaux de communications, aux gadgets à la mode et à la dernière sortie Apple. J'ai vraiment envie de dire qu'il s'agit d'une bonne idée, mais...
... Mais Death Race 2050 n'est pas réalisé par Paul Bartel. Et si les médias, même spécialisés, semblent positifs face à ce reboot grâce à la présence de Roger Corman, c'est vite oublier que celui-ci n'a rien à voir, mais alors rien à voir, avec tout ce qui rendait Death Race 2000 bon. La preuve, Corman a également produit Deathsport peu après, et on se souvient tous du résultat...
Roger Corman n'est qu'un producteur, et plus exactement un producteur pingre et autoritaire. De sa version de Death Race, il ne reste plus rien puisque le réalisateur a modifié le script contre son avis. Chaque jour Corman s'arrachait les cheveux en voyant les dépenses augmenter, se demander l'intérêt de customiser les voitures de courses, ou la nécessité de matte paintings. Il n'avait qu'un poste purement économique sur le film et n'était en rien responsable de sa direction artistique.


Il n'y a qu'à voir les réalisations de Bartel pour comprendre que c'est lui le génie derrière cette œuvre culte. Son humour, cynique mais hilarant, son imagination débridées qui vaut bien celle d'un Joe Dante, sa direction des acteurs qui est parfaitement maitrisé. Sans même taper dans sa filmographie, revoyez ses apparitions dans Gremlins 2 ou dans Chopping Mall, puis ensuite jetez un œil à du Corman moderne style Sharktopus ou Supergator, et vous ferez très vite la différence. Aussi, le fait que le titre complet du film soit Roger Corman's Death Race 2050 n'est pas vraiment pour me rassurer...
Peu rassurant aussi le look du réalisateur, G.J. Echternkamp (à vous souhait), du genre hipster totalement dans le moule et donc totalement à l'opposé de la critique de la société mode et éphémère. Certes le bonhomme à réalisé un Hard Candy de bonne réputation, mais tout de même.
Il va falloir croiser les doigts pour cette nouvelle course à la mort, en espérant qu'à défaut d'un film intelligent et bien foutu, on est au moins quelque chose de divertissant. On ne demande pas la lune, mais au moins un truc du niveau du comic-book Death Race 2020 (une suite du film par le dessinateur de Marshall Law, qui montre un Frankenstein vieux et aigri de l'échec de sa présidentiel reprendre le volant lorsque la Transcontinental Road Race est réinstaurée par son successeur) plutôt que de celui de The Final Death Race, suite en comics également, mais un quasi remake du film culte dont les choix scénaristiques (des robots, un clone de Machine Gun Joe et Frankenstein Jr.) ne sont pas très bons...

Affaire à suivre !




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vendredi 15 avril 2016

[Ciné] Hardcore Henry


Hardcore Henry
(2015)
Mega CGR 2 Lions, Tours (37)


Mental Hurlant – Shin Godzilla & Shin Era

MENTAL HURLANT
Shin Godzilla
& Shin Era

Petits changements au sein de Mental Hurlant puisque l'expérience a fini par muter de façon inattendue.
En effet l'idée était à l'origine de concevoir de "petits" textes courts, vite fait, n'explorant jamais en profondeur leurs sujets. Une sorte d'avis écrit en vitesse au jour le jour, sans s'embêter avec des recherches ou des analyses.
Si les deux ou trois premiers articles abondaient dans ce sens, les suivants sont vite devenus des chroniques ordinaires. Peut-être pas aussi poussées que les vraies mais progressivement au moins aussi longue. Du coup impossible de vraiment tenir un rythme quotidien (et pourtant j'ai essayé !).

Je relance donc le concept mais sans nécessairement me limiter aux critiques de films. Puisque le thème est grossièrement ma réaction à chaud, sans véritable réflexion derrière, autant en profiter pour balancer sur un peu tout et n'importe quoi, d'une œuvre à un support, en passant par des objets, des images ou des informations. Comme mes impressions sur la tronche du nouveau Godzilla par exemple !
Après plus de dix ans, le vrai Lézard Atomique revient, un peu en retard sur son anniversaire, et on peut dire qu'il s'est fait désirer. Certes on avait été prévenu dès 2004, Final Wars ayant été annoncé comme une sorte d'au revoir aux fans avant une pause de durée indéterminée, la Toho souhaitant préserver sa créature et ne plus lasser le public par des apparitions trop régulières, mais quand même.
Nombreux sont ceux qui patientèrent pour en retour en forme du Roi des Monstres, dépités par l'allure totalement branque du dernier opus, ou au contraire gonflé à bloc par la réunion incroyable qu'il offrait en terme de créatures. Quelques petites choses firent effet de substitut pendant un moment, comme les généralement très bons comics d'IDW Publishing, le second remake américain ou le jeu vidéo hélas très mauvais, sorti récemment sur les consoles Next Gen.



Pourtant ça y est, le successeur de la Millenium Era vient de se dévoiler, et depuis ces dernière 48 heures les fans n'en finissent plus de discuter et théoriser sur l'apparence du nouveau Godzilla. Laissons donc derrière nous le public lambda qui croira certainement avoir à faire à la suite du récent remake, pauvres hères, et intéressons nous à ce "Shin Godzilla" qui effectivement change la donne comme jamais et s'éloigne considérablement du Fatzilla américain.
De corps il semble toujours le même, avec la même stature, le même physique, la même épine dorsale. Ce n'est pas un relooking total et tous les plans éloignés montrent qu'il s'agit bien du Daikaiju que l'on connait. Toutefois divers éléments viennent fortement chambouler l'aspect général de cette incarnation, à commencer par sa queue d'une taille démesurée qui va même jusqu'à le dépasser ! Un choix qui doit surtout servir à une chose: les dommages collatéraux. On peut déjà imaginer le membre titanesque s'abattre sur des centaines de building lorsque Godzilla se tourne dans un sens ou dans un autre, sans même le vouloir. Étant donné que la promo du film insiste sur le mélange des effets spéciaux à l'ancienne et de CGI modernes, je visualise sans problèmes de nombreux plans digitaux de cet appendice fouettant l'air ici et là, pulvérisant tout sur son passage. De quoi animer un peu plus le monstre dans son ensemble et lui éviter un côté "caoutchouc" flasque j'imagine.


L’œil attentif relèvera également des bras menus, squelettiques, d'étranges zones brûlantes rouges sur le corps et un visage difforme, fondu, avec notamment avec les yeux qui ressemblent plus à des globes oculaires posés à même la tête, comme si les orbites n'existaient plus. Cela lui donne une allure terrifiante, cruelle, qui n'est pas sans évoquer un véritable monstre. Un côté presque "Freddy Krueger" qui serait volontaire, puisque le scénario semble partir du principe que ce Godzilla est en fait... un grand brûlé !
Ce n'est pas encore confirmé pour l'instant, mais l'une des explications est qu'il s'agit en réalité du même Godzilla que le film original de 1954. Bien que les dernières images nous le montre réduit à l'état de squelette, grâce à l'Oxygen Destroyer du Dr. Serizawa, Godzilla Resurgence montrerait que celui-ci à en réalité survécu et en porterait toujours les cicatrices, même soixante ans plus tard, ne parvenant pas à se régénérer pleinement. Cela expliquerait la présence de certains détails comme le squelette de baleine soudée au bout de sa queue (présence confirmée sur un jouet promo) et les zones brûlantes prouvant une instabilité nucléaire (hommage évident à Godzilla vs. Destoroyah, où le Lézard apparaissait mourant et surchauffant comme un réacteur endommagé, menaçant d'emporter le monde avec lui dans une titanesque explosion).
D'autres sources parlent toutefois d'une sorte de mutation qui l’amènerait à se transformer et à obtenir une nouvelle forme, ce qui passerait sûrement mal avec les fans hardcore mais serait très osé. Imaginons même, l'espace d'un instant, que Godzilla devienne un autre Kaiju à travers cette corruption organique, comme par exemple King Ghidorah, son adversaire de toujours et symbole récurrent du Mal absolu dans la franchise !



Il y a de toute façon quelque chose de très particulier qui va émerger de cette nouvelle mouture. Rien que la façon dont le film est annoncé prouve que l'on aura sans doute quelque chose de plus complexe que l'habituel kaiju eiga. Ainsi le slogan du film, difficile à décrypter, annonce la chose suivante: Reality (Japan) vs. Figment (Godzilla). Réalité contre Imagination ? Réalisme contre Fiction ?
Impossible de dire de quoi il en retourne, mais l'intrusion d'un concept métaphysique ne serait pas étonnant étant donné que l'un des réalisateurs se trouve être Hideaki Anno, créateur de l'anime Evangelion, qui fut une petite révolution en soi. Ceux qui se souviennent de la perturbante fin de la série originale (j'avoue ne pas du tout avoir testé Rebuild) sauront qu'on peut s'attendre à tout, et je veux dire à TOUT, de la part de cet artiste.
Pour le moment la bande-annonce ne laisse rien transparaitre de tout cela et présente une approche semblable au film de Gareth Edwards. Les images se concentrent sur les forces armées et les scientifiques (Romero va adorer) et Godzilla ne bouge pas, sa simple présence et laideur suffisant à prouver la menace qu'il représente. Difficile de savoir si le produit final sera différent ou si Godzilla Resurgence sera juste chiant, mais il y a fort à parier que le résultat sera de toute façon plus intéressant que celui de son homologue occidental.
J'apprécie d'ailleurs la volonté de ridiculiser l'idée que les américains avaient eu en surgonflant la taille de leur monstre géant, le rendant plus grand et plus fort que le japonais comme pour s'imposer par rapport à eux. Shin Godzilla le dépasse désormais d'une bonne tête et c'est bien fait. De toute façon dans un kaiju eiga ce n'est pas juste la taille qui compte, contrairement à ce que l'on croit, mais la façon de filmer.



Gareth Edwards et Guillermo Del Toro avec son Pacific Rim s'en sont mordus les doigts, montrant platement leurs bestioles et les associant à la shaky cam, la nuit, la pluie, le brouillard et des plans américains neutres. Chez les américains, quoiqu'il arrive, même s'il fait plus de 100m de haut, on ne voit jamais clairement le monstre, puis la notion de gigantisme est nullifié par la mise en scène. Au Japon, au contraire, on préfère les plans larges, statiques, avec une très bonne visibilité de la dominance du Kaiju. Et c'est pour ça que Godzilla Resurgence va aisément enterrer les productions Legendary. Ça et le fait que l'autre réalisateur, c'est Shinji Higuchi, responsable des effets spéciaux qui a notamment travaillé sur Gamera durant sa merveilleuse Heisei Era (la meilleure) et dont le talent et l'expérience va facilement faire la nique aux studios hollywoodien.
Qui plus est, le duo Anno / Higuchi a déjà œuvré dans le genre avec l'étrange court-métrage Giant God Warrior Appears in Tokyo, en 2012. Une collaboration qui leur aura sûrement permis de savoir comment gérer leur créativité pour donner le meilleur, et cela malgré des limitations évidentes.
Autant dire que je ne me fais pas de soucis et que la surprise qu'est ce Shin Godzilla (pour info, "Shin" est utilisé ici car il peut aussi bien être traduit par "nouveau", "vrai" ou "dieu", ce qui s'applique parfaitement à cette nouvelle version) m'apparait plutôt engageante et revitalisante. La Toho ayant clairement affirmée son désire de "rebooter" la franchise, cela signifie que nous attaquons bel et bien une quatrième série pour Godzilla et ses compagnons (la "Shin Era", à défaut d'un autre nom, car ça sonne mieux que "reboot") et j'espère que celle-ci sera fructueuse. Même Gamera s'y met, avec un nouveau film qui marquera son anniversaire à lui ! Un merdier d'après la bande-annonce, avec un abus de CGI franchement déplorable, mais aussi quelques images fulgurantes (les Gyaos cramant progressivement sous le jet de feu de la tortue, les bulles-désintégrantes d'un autre monstre, hommage évident aux délires des Seventies de l’Ère Showa) signe indéniable que les monstres géants japonais sont bel et bien de retour.

Après avoir bouffé autant du Kaiju US tout fadasse, ça ne pourra faire que du bien.



dimanche 10 avril 2016

The Cook (2008)


The Cook
(2008)

"I am cook !"



J'ai raté le coche de ce 1er Avril pour vous parler de ce The Cook, un petit Slasher insignifiant qui date de 2008 (à ne pas confondre avec The Cook de 2013, un gros Z mal branlé) et qui a été produit par une firme baptisée Red Gourmet Productions. Celle-ci n'a naturellement jamais rien sorti d'autre, et ce n'est pas étonnant: il n'y a qu'à voir le nom de la compagnie associée (The Cook Movie) pour comprendre que ces boites ne sont que des créations temporaires pour quelques raisons légales, et qu'elles n'abritent qu'une poignée de personnes qui portent généralement différentes casquettes durant la création de leur "bébé".
En l’occurrence ici, il s'agit d'une bande de techniciens disposant d'une expérience minimaliste sur quelques films / court-métrage, lesquels se sont réunis pour un premier véritable travail au sein de l'industrie. Un long-métrage simple et rapide à faire qu'ils écrivent à six mains avant d'en confier la responsabilité à un autre débutant, un assistant réalisateur inconnu qui n'a œuvré que sur quelques séries télés et dont il s'agit là aussi du baptême du feu.
Autant dire que l'histoire derrière The Cook n'est pas différente des milliers de DTV modernes qui échouent sur les étalages, mais le détail amusant vient ici du fait que sa date de sortie officielle fut un 1er Avril. Cela si l'on en croit l'IMDB évidemment  (et on sait à quel point celle-ci est fiable), car notre confrère américain de Horror Movie A Day, lui, a chroniqué le machin un 29 Mars. Mais l'idée reste amusante. Surtout après avoir vu le film.


Le fait est que The Cook est un film profondément inutile et oubliable. L'exemple même de ce qui cloche avec l'exploitation du cinéma d'Horreur, de nos jours. On sait le genre souvent ciblé par les apprenti-cinéastes de tout poil, puisque très simples à écrire, à mettre en boite et à vendre. Et compte-tenu du résultat ici, beaucoup pourraient penser qu'il s'agit d'une grosse blague tant les clichés s'enfilent comme des perles, tant l'originalité est inexistante et tant on cherche l'intérêt du film sitôt le générique de fin.
Le cas n'est pas nouveau et j'ai déjà parlé en longueur de multiples Slashers au rabais se refusant à sortir des sentiers battus et qui, au final, apparaissent comme inutiles. C'est encore une fois la même chose et donc la liste des défauts se répète à n'en plus finir: le scénario est confondant de nullité, les péripéties sont terriblement convenu, la mise en scène est on ne peut plus basique, les dialogues sont pitoyables, et les comédiens sont globalement mauvais.
Après The Redwood Massacre, Charlie's Farm, Reaper et Curse of the Forty Niner, en dire plus ne servirait pas à grand chose tant j'ai l'impression de me répéter. Certains pourront se demander l'intérêt d'écrire à propos de ce type de productions (et ils auraient raison !), et je répondrai simplement que cela fait des chroniques faciles à faire. Il n'y a pas beaucoup de choses à analyser, d'éléments à interpréter ou d'évènements à placer dans un contexte particulier.



Cependant dans le cas présent, le constat n'est pas totalement mauvais. Si le film est indubitablement médiocre et laisse indifférent, il y a tout de même quelques petites choses à relever qui rehausse un peu sa valeur, ou en tout cas son l’encéphalogramme du spectateur.
Tout d'abord il y a ce refus de se prendre au sérieux, et de verser dans une forme d'humour à cheval entre la comédie crasse américaine (nudité et vulgarité) et celle, noire et extravagante, anglaise. Un bon point car cela change des films qui se prennent beaucoup trop la tête par rapport à leur niveau et fait passer la pilule. Hélas cela semble malgré tout extrêmement forcé et seuls quelques gags fonctionnent ici et là, sans pour autant faire rire aux éclats: la lesbienne rock'n roll qui drague et dévergonde la catho de service, forcément prude et timide, le flic qui découvre un cadavre putréfié et déclare à ses collègues qu'il va aller dégueuler dans un coin, sur un ton parfaitement enjoué et hors-propos, et le point de départ du film lui-même qui décide de ne pas suivre le groupe d'étudiantes partant en vacance au Mexique mais plutôt celles qui restent sur place, et qui en toute logique devraient passer une semaine ennuyeuse et sans aucun problème.
Il y a également le fait que tout le scénario s'articule autour d'un jeu de mot pourri, le tueur du film se faisant passer pour un cuisinier d'origine hongroise. Dans la langue de Shakespeare cela donne "the Hungary cook", donc en contractant, "the hungry cook" (le cuisinier affamé). Pathétique, mais il est plus que certain que l'intégralité du projet ait été mis en place à partir de ça !



Ainsi l'histoire raconte comment quelques étudiantes écervelées et globalement détestables se retrouvent à passer les vacances ensembles, dans le manoir de leur fraternité, plutôt que de participer à un voyage organisé. L'absence de personnel les obliges à passer une annonce afin de trouver un cuisinier et le jeune homme qui arrive se révèle être un étranger qui ne parle quasiment pas un mot d'anglais, si ce n'est un "I am cook !" très enjoué et un "Okay !" qui n'est pas sans évoquer Christian Clavier.
Le garçon semble gentil et serviable, préparant effectivement la nourriture et s'attirant même la sympathie d'une des adolescentes, la seule du lot à faire preuve d'un peu d'humanité durant tout le film. Seulement voilà, il s'agit en fait d'un tueur en série particulièrement violent qui prévoit de les massacrer une à une durant la semaine et de recycler les corps sous forme de plats qu'il va ensuite servir à ses proies...
Pour autant le tueur n'est pas cannibale puisqu'il ne va jamais goûter à ses mets, et cela cache un inutile twist final où l'on découvre qu'il n'est effectivement ni européen ni cuisinier et qu'il a en fait assassiné le véritable marmiton pour prendre sa place, allant jusqu'à dévorer un dictionnaire Anglais-Hongrois pour assurer sa couverture.
Quoiqu'il en soit, l'aspect culinaire / choc des culture est parfait pour livrer quelques meurtres exagérés, dans le même ton limite parodique que le reste du film, et permettre à The Cook de se ranger du côté d'un Dr. Rictus ou d'un Ice Cream Man.



C'est vraisemblablement ce qu'avaient les créateurs en tête, seulement voilà, cette approche a été sabordée par le réalisateur, lequel préfère virer dans l'horreur absolue lorsque son assassin frappe. Il apparait véritablement menaçant, avec le visage couvert de sang et hurlant de rage à la face de ses victimes, dans des séquences qui évoquent sensiblement les pertes de contrôles de Patrick Bateman dans American Psycho.
Mention spéciale pour cette pauvre victime qui se débat et griffe le tueur durant leur lutte, le Cuisinier pétant un plomb et transperçant la gorge de la malheureuse avec un tire-bouchon. La scène est brutale, vicieuse et sans la moindre trace d'humour, l'antagoniste apparaissant sous une nature résolument bestiale et bien loin du nigaud d'auparavant.
Inutile de dire que le déséquilibre engendré est perturbant. D'un côté les actes commis par le dément paraissent véritablement cruelles, comme si The Cook était censé avoir un côté sadique et tendu, et de l'autre on vous passe des bloopers durant le générique de fin, comme si nous étions dans une quelconque émission Canal + totalement bête et innocente ! Il y a clairement eu une désaccord entre la vision des producteurs / scénaristes et celle du metteur en scène, et le commentaire audio du DVD (zone 1 uniquement) semble en apporter la preuve vu l'absence de ce dernier et les dires des autres.
Difficile de porter un jugement sur la situation et de dire quel était le meilleur choix à faire, mais peut-être que le soucis était tout simplement le script lui-même, qui est juste mauvais.



Comme évoqué auparavant, le trio responsable a visiblement voulu jouer avec les codes du cinéma d'horreur, détourner le Slasher pour offrir quelque chose de plus fun et moins stéréotypé, mais ils se sont embourbés dans des situations grotesques et surtout répétitives. La structure 1 jour / semaine, avec généralement une des filles qui y passe le soir durant, fini par tourner rapidement en boucle et donner l'impression de voir des variations autour de la même scène, encore et encore.
En plus de cela vient se greffer quelques imbécilités qui diminuent fortement le capital sympathie du film. Pour citer le moins grave, deux personnages se mettent à raconter une scène de Vendredi 13: Chapitre Final en se prétendant être fan de la saga. Sauf que les évènements qu'ils racontent ne proviennent pas du tout du film ! En soit rien de dramatique, mais lorsque l'on se met à trois pour écrire un film d'horreur, il serait bon de soigner les choses un minimum. Plus problématique, ce refus tout à fait contemporain de rendre les personnages supportables. Les jeunes femmes présentées ici sont de véritables salopes qui passent leur temps à se tirer dans les pattes et à se comporter de façon vulgaire.  Pour tout dire, l'un des retitrages allemand du film est carrément Cannibal vs. Bitches !



Du coup, peu importe à quel point on tente de nous vendre leur sex-appeal, leur nudité, et tout un tas de situations sexuelles, il est tout simplement impossible d'éprouver le moindre sentiment à leur égard. Des caricatures d'êtres humains de la génération télé-poubelle, qu'il faut malheureusement supporter pendant la plus grande partie du film, le Cuisinier lui-même n'apparaissant qu'ici et là entre chaque meurtre.
De la même manière, on n'accorde pas beaucoup d'attention à l'étrange relation qui s'engage entre l'assassin et l’héroïne, laquelle ne débouche de toute façon sur rien. Alors que l'antagoniste parait tomber amoureux de la seule personne qui se montre agréable à son égard, allant même jusqu'à la droguer afin qu'elle s'endorme durant son carnage de la dernière nuit (présumablement pour l'épargner), l'intrigue fini par nous tromper et tuer la jeune femme sans que le Cuisinier n'y accorde la moindre importance. Ceci afin de créer un twist final imprévisible où le statut du personnage est échangé avec celui de sa meilleure amie, victime désignée qui se retrouve être une survivante contre toute attente.
Bref, même en désirant s'éloigner des stéréotypes, The Cook ne propose rien de neuf ou de sympathique et tombe dans les mêmes travers que tous les autres Slashers au rabais. C'est dire à quel point il est incroyable que la vision du film ne soit pas si dérangeante que ça. L’œuvre essaye comme elle peut de nous divertir, s'y employant un peu n'importe comment, mais au final l'intention est tellement louable qu'elle fini par se ressentir malgré la débâcle générale.



Et son atout principal, c'est le Cuisinier lui-même, qui est effectivement très mémorable. Joué par un Mark Hengst inconnu (surtout un régulier de la Asylum, puisqu'on le retrouve dans 2012 Doomsday, The Terminators, Death Racers et Mega Shark vs. Giant Octopus), il est tout simplement adorable dans sa gestuelle exagérée et son faux sourire niais qu'il ressort à longueur de temps pour donner le change, tandis que les sous-titres prouvent qu'il raconte les pires horreurs aux américaines qui viennent lui parler.
Le fait est que le comédien possède une palette d'expressions assez variées, et qu'il peut aussi bien paraître touchant, amusant, hésitant et terriblement sauvage. Et alors que le réalisateur tente de l'établir comme un dangereux prédateur qui hurle et découpe ses proies avec hargne et énergie, le scénario s'amuse à le placer dans des situations plutôt coquasses. Coincé le cul entre les deux chaises, Hengst s'en tire miraculeusement bien et reste crédible autant en monstre psychopathe qu'en assassin maladroit.
Parmi les moments mémorables, citons son affolement lorsqu'il est surpris dans sa cuisine pleine de sang par une étudiante: paniqué à l'idée de se faire prendre la main dans le sac, il gesticule comme un cartoon, incapable de savoir comment cacher son merdier, jusqu'à ce que la jeune femme quitte la pièce sans même avoir vu quoique ce soit ! Autre moment d'anthologie: lorsqu'il pénètre dans la salle de bain pour assassiner une jeune femme, qu'il surprend en pleine séance de masturbation ! Choqué, gêné, incapable de savoir comment réagir devant le comportement très énergique de la demoiselle, il préfère sortir et attendre qu'elle termine avant de revenir la trucider.



En comparaison, les autres protagonistes sont desservis par une caractérisation minimale. Une bande de pétasses qui s'insultent et se crêpent le chignon à longueur de temps, se traitant de gouines d'un air désapprobateur alors qu'elles semblent toutes l'être. Au moins le film capitalise un maximum sur leurs corps et ne perd jamais une occasion pour en dévoiler autant que possible: lingerie, baisers lesbiens, séances de Bondage, body shots visiblement mal compris et scènes de sexe. Comme je l'ai dis plus haut, l'érotisme ne pointe jamais vraiment le bout de son nez en raison du comportement agaçant des personnages, mais ce n'est pas faute d'essayer. Chapeau à l'une des héroïnes qui passe 90% de son temps en soutif de sport, ce qui devrait d'ailleurs être une tenue obligatoire pour les jolies filles.
Enfin évoquons l'autre acteur masculin du film, improbable étudiant puceau qui perd forcément ses moyens devant tant de beautés. Celui-ci parle constamment à son pénis, trouve le moyen de lui donner un nom, mate à droite à gauche sans jamais faire preuve de subtilité, et pourtant parvient à se taper la fille de ses rêves au final ! Probablement la chose la plus irréaliste du film.
Bref il n'y a pas grand chose à manger dans ce The Cook, ce qui est tout de même un comble, mais on y trouve de quoi picorer ici et là, ce qui est déjà pas mal. Fadasse cependant, tellement en fait que je cherche toujours à comprendre comment ce machin a pu se frayer un chemin jusqu'à chez nous. Très franchement, si vous le croisez, passez votre chemin à moins de le trouver pour une poignée d'euros. Pour ce prix là, c'est comparable à du McDonald's !




Sur le DVD français, un label de recommandation pour 2012.
Pas de bol, c'est périmé depuis déjà 4 ans !