samedi 31 octobre 2015

Road to Halloween II – The Hollow (2004)


ROAD TO HALLOWEEN II

The Hollow
(2004)


La Légende de Sleepy Hollow et de son cavalier sans tête est une histoire presque vieille comme le monde, écrite en 1820 par Washington Irving. Si beaucoup gardent en mémoire le très sympathique dessin animé de Walt Disney, La Légende de la Vallée Endormie (ou The Legend of Sleepy Hollow, 1949) comme première expérience avec le sujet, il faut savoir qu'il existait déjà presque une dizaine d'adaptations avant celle-ci. La plus vieille, Rip Leaving Sleepy Hollow, remonte même jusqu'à 1896 pour une durée de 25 secondes ! Même encore maintenant on peut trouver une série télé, laquelle aborde l'intrigue à l'époque contemporaine.
Quantité de téléfilms ont continués de faire vivre le mythe à travers le temps, aussi il n'est guère surprenant que bien d'autres aient vu le jour après que Tim Burton se soit emparé de l'histoire pour son plutôt joli Sleepy Hollow, en 1999. Cependant, parmi ceux-ci, beaucoup ont simplement voulu profiter de l'immense succès du film commis par le rêveur gothique, et produisirent des cavaliers sans têtes en dépit du bon sens, utilisant le titre "Sleepy Hollow" comme d'un simple label vendeur. De la pure exploitation, du Bis qui va aussi bien du film d'animation cheap pour enfants (The Night of the Headless Horseman, comme par hasard en 1999, pour ne pas perdre une miette du blockbuster hollywoodien), au téléfilm essayant de rester fidèle au texte original (La Légende de Sleepy Hollow, 1999 encore), en passant par la série B bien troussée (Headless Horseman, en 2007), voir au Slasher ultra amateur tourné au caméscope (Sleepy Hollow High, 2000).
Réalisé en 2004, The Hollow se situe quelque part entre les deux derniers titres mentionnés. Un film d'horreur fabriqué en vitesse, pas totalement fauché mais pas vraiment bien fait non plus...


Comme toute déclinaison de ce genre, le scénario déplace l'action à notre époque et utilise ici la nouvelle comme backstory pour son récit. Le film part du principe que l'histoire est un fait réel, Ichabod Crane ayant bien été confronté au Cavalier sans tête dans le village de Sleepy Hollow, au XIXème Siècle. Dans l’œuvre originale, le sort du personnage principal n'est pas montré et il est dit que Crane a tout simplement disparu après sa rencontre avec le fantôme, comme s'il avait périt. Quiconque connait l'histoire sait qu'il n'en est rien, le poltron ayant simplement fuit les lieux pour ne jamais revenir car le véritable Cavalier n'était qu'une farce, un stratagème mis au point par un rival afin de l'éloigner d'une jeune femme leur plaisant à tous les deux.
Cet élément est volontairement ignoré ici et le Cavalier est bel et bien un spectre vengeur et sanguinaire, se réveillant aux alentours d'Halloween et décapitant quiconque croise son chemin. Malgré les décades, celui-ci est toujours obsédé par Crane, qui lui avait échappé et a fait changer son nom en espérant ne jamais être retrouvé par le monstre. Malheureusement ses descendants, inconscients du danger, sont revenus à Sleepy Hollow et le fantôme cible désormais Ian Cranston, le dernier de la ligné. Un adolescent qui aime le mythe mais n'y croit pas une seule seconde.
Alors qu'il est mis en garde par l'étrange Klaus Van Ripper, gardien du cimetière qui en sait long sur la légende et qui voit en lui le seul qui pourra stopper la malédiction, le Cavalier fait son apparition et commence à rôder autour du village, coupant les têtes de ceux qu'il croise...


En premier lieu on voit très bien à quoi joue The Hollow, utilisant un personnage mythique pour l'intégrer à la recette faisandée du Slasher où il jouera le rôle de l'invincible tueur en série. Les personnages de cheerleaders et de joueurs de footballs sont introduits, la petite ville isolée permet à l'assassin de rôder sans être découvert et empêche l'implication de véritables forces de l'ordre autre qu'un simple shérif, et les clichés habituelles comme le couple qui part forniquer dans un lieu interdit sont tout à fait présent. Les meurtres possèdent même un soupçon d'effets spéciaux sanglants pour raccrocher le film au genre horrifique et l'élément fantastique évoque les ersatz de Freddy et Jason qui pullulaient dans les années 80.
En fait l'ensemble du film parait extrêmement rétro, tant dans son déroulement que dans son aspect visuel, au point qu'on ne dirait vraiment pas qu'il a été réalisé en 2004. C'est plutôt le tout début des années 90 qui vient en tête, entre le look des acteurs, l'image très téléfilm et la qualité des effets spéciaux, et si quelqu'un venait subitement nous expliquer que The Hollow a passé quelques années dans un tiroir avant d'être distribué, on le croirait sans problème. Et si quelques éléments post-Scream sont présents malgré tout (le héros est un fan de John Carpenter), le script préfère taper dans des inspirations moins modernes: le gardien du cimetière apparaît comme le Crazy Ralph de service avant d'évoluer du côté du Dr. Loomis, tentant d'avertir tout le monde du danger mais sans que personne ne le prenne jamais au sérieux, et poussant les héros à devenir plus actif afin de neutraliser la menace. La ville possède une parade d'Halloween traditionnelle qui fonctionne exactement comme le festival d'été des Dents de la Mer, le Cavalier se promenant là où les touristes vont s'amuser, et le shérif refuse naturellement d'annuler la fête. Enfin il y a beaucoup de Jason Goes to Hell avec cette idée que le héros est l’Élu qui pourra détruire le spectre en plantant un sabre de cavalerie dans son cœur, son lien de famille avec Ichabod Crane lui conférant apparemment ce pouvoir.


Mais si tout est là pour donner naissance à un produit formaté et codifié, The Hollow s'avère être finalement moins un Slasher qu'une reprise directe de la nouvelle de Irving, transposée à notre époque. On y retrouve quasiment tous les éléments du récit, du rival qui se déguise en faux Cavalier afin d'effrayer le héros et l'empêcher de gagner le cœur d'une demoiselle, au fameux lancé de citrouille par le vrai fantôme. La tombe de l'écrivain est présente et le personnage de Klaus Van Ripper, le gardien du cimetière, semble être inspiré de Rip Van Winkle, protagoniste d'une autre nouvelle publiée dans le même recueil que Sleepy Hollow. L'histoire se déroule pendant Halloween et la conclusion se déroule autour d'un pont.
Résultat, le scénario prend un aspect assez schizophrène, gardant une structure simple de film d'horreur mais oubliant de montrer son monstre et ses crimes au profit d'un quasi remake du récit original qui se focalise avant tout sur son personnage principal.
On passe donc beaucoup plus de temps à suivre Ian Cranston, voir sa romance évoluer avec une jeune femme et sa rivalité prendre forme avec l'ex-petit ami de celle-ci. On prend connaissance de ses rapports conflictuels avec son père, un prof de sport con comme ses pieds qui n'accepte pas que son fils préfère l'escrime au foot et qu'il regarde des films d'horreur, et on assiste au schéma (inattendu) du héros qui fini par se découvrir, Ian finissant par accepter l'idée qu'une malédiction pèse sur sa famille et puisant en lui une force de caractère qu'il ne se connaissait pas. La fin, bien sûr, montre l’Élu triompher du Mal, gagner le cœur de sa belle, se réconcilier avec son père et même faire de son rival un véritable ami.


Tout cela n'a rien de mauvais en soit, et il est même rare qu'un Slasher mette à ce point l'accent sur son protagoniste central (d'autant que celui-ci est vraiment sympathique et  toute l'affaire se laisse donc suivre sans problème). Le soucis, c'est que ce n'est pas du tout le film que The Hollow nous vendait. Sur ses 82 petites minutes, il ne se passe pour ainsi dire rien jusqu'aux... 22 dernières minutes ! Sans mentir, une heure du film consiste à simplement montrer Ian et sa vie quotidienne à Sleepy Hollow, avec juste une ou deux apparitions furtives de Cavalier pour nous confirmer l'argument surnaturel du script. C'est frustrant et terriblement maladroit, venant renforcer un peu plus l'impression que l’œuvre n'est qu'un téléfilm un peu bavard auquel un éditeur aurait finalement rajouté quelques scènes pour le ressortir comme un film d'horreur.
L'ennui s'installe et vient l'impression que tout ceci n'est qu'une perte de temps. Ce qui est dommage car plusieurs séquences valent tout de même le coup: lorsque Ian, conteur, raconte de façon théâtrale l'histoire d'Ichabod Crane à une petite foule, ou lorsqu'il doit animer une hayride, c'est-à-dire une promenade en tracteur avec quelques remorques pour passagers, narrant des histoires de fantômes tandis que des acteurs viennent apparaître depuis l'obscurité de la nuit. Autant de petites choses qui finissent par donner corps à Sleepy Hollow et qui joue en faveur du personnage principal, là où un banal Slasher ne se seraient même pas embarrassé à construire quoique ce soit.


Il n'y a véritablement rien de détestable dans ce The Hollow, qui parvient à donner un peu de crédibilité à son univers et rendre la plupart de ses protagonistes sympathiques. C'est vraiment louable et cela permet de ne pas être trop furieux contre le film qui, finalement, ne montre que du vide. Cependant il n'y a pas grand chose d'autre à quoi se raccrocher et les "bons points" se comptent sur les doigts d'une main. Mentionnons une rapide confrontation entre le véritable Cavalier et son imitation d'Halloween, l'infirmière sexy qui se fait faire un cunnilingus par une tête trop vite tranchée ainsi que les (rares) décapitations, qui ne sont pas toutes hors champ contrairement à ce que l'on pourrait croire. L'une d'elle est même assez bien mise en scène: une des hayrides est interrompue par une victime en fuite, criant au secours et expliquant que le Cavalier arrive. Tout le monde pense qu'il s'agit d'un show et, lorsque le fantôme arrive et coupe la tête de sa proie, le public applaudit chaudement !
Les effets sanglants sont hélas très décevant, pourtant signé Gabe Bartalos, l'homme à qui l'on doit le look de quelques monstres connus comme les créatures de Frank Henenlotter (les Basket Case, Frankenhooker et Elmer le Remue Méninges) ou du Leprechaun. Il est ici responsable du Cavalier sans tête, à qui il donne pourtant bien une caboche: l'habituelle Jack O' Lantern, citrouille pourrie et difforme qui fait peut-être un peu trop "fausse" et trop grosse pour convenir.
On retrouve également deux autres visages bien connu au casting, à savoir Judge Reinhold dans un rôle du père de Ian, rôle plus que secondaire et parfaitement détestable (au point qu'il est plus que regrettable que le Cavalier ne l'achève pas), et surtout le génial Stacy Keach, pratiquement méconnaissable avec ses airs de sans abris. Imposant, amusant, et seul personnage qui sache parfaitement ce qu'il se passe, il est sans conteste la grande attraction de The Hollow et il n'y a aucun mal à endurer la chose rien que pour lui.


De façon amusante, le film tente plus de mettre en avant une jeune "star" qui parait pourtant encore plus has been, puisqu'il ne s'agit autre que Nick Carter, l'un des membres du boys band Backstreet Boys ! ("Backstreet's back, alright !" – mon dieu que j'ai honte). Celui-ci contribue d'ailleurs à la musique du générique de fin, que j'ai déjà totalement banni de ma mémoire.
Autre anecdote qui prête à sourire: l'absence de droits d'auteur concernant le festival John Carpenter qui passe à la télé ! Le réalisateur doit nous faire croire que Judge Reinhold et sa femme regardent Halloween, tandis que la musique est sensiblement différente et que l'écran de télévision nous montre quelque chose qui n'a rien à voir (dont j'ignore si cela fut tourné pour l'occasion ou reprit à un film obscure). C'est culotté mais tout simplement hilarant ! Et c'est hélas tout ce qui vaut la peine d'être relevé...
The Hollow n'est qu'un petit film n'ayant que peu d'intérêt, un faux Slasher sans moyen et passant trop de temps à vouloir se rapprocher de sa source plutôt que d'offrir quelque chose de concret aux spectateurs. Il y a quelques bonnes choses, mais elles sont malheureusement noyées dans un trop-plein de rien du tout. Le soin apporté à certains protagonistes vaut la peine d'être mentionné et on se retrouve avec un produit tout de même pas aussi détestable que les productions modernes équivalentes, seulement cela ne suffit pas pour faire un film.
Si vraiment il vous fallait une version contemporaine du mythe du Cavalier sans tête, préférez donc Headless Horseman, quand même mieux foutu, ou essayez la série télé. Je n'ai aucune idée de ce qu'elle vaut, mais je doute qu'elle brasse autant de vide que The Hollow, lequel... mérite bien son titre ! 







VERDICT: TRICK

vendredi 30 octobre 2015

mercredi 21 octobre 2015

Jaws 19 (2015)


Jaws 19
(2015)


C'est aujourd'hui que sort "l'attendu" Jaws 19 et je ne pouvais pas faire l'impasse dessus. Naturellement beaucoup on tout simplement laissé tomber la franchise depuis un bon moment et Universal le sait très bien, sortant ce nouvel opus en salle uniquement parce que le fils du créateur original en est à la barre. De quoi assurer une belle promotion, conforter les fans et même embobiner le grand public en racontant que le talent est héréditaire. De quoi jouer avec la mode nostalgique actuelle également, et annoncer pour la énième fois que cette séquelle est le "véritable héritier" de l'original, chef d’œuvre du cinéma.
Mais personne n'est dupe et tout le monde s'en fout, à commencer par Max Spielberg lui-même qui s'en moque bien de la saga Dents de la Mer. Ce qu'il veut c'est simplement passer son baptême du feu et montrer aux autres que lui-aussi, malgré son jeune âge, a les épaules assez solide pour diriger un blockbuster. C'est le défi technique qui l'intéresse, l'acte de diriger le projet en supervisant chaque étape personnellement et se familiariser avec les nouvelles technologies développée par Tonton Lucas. Comment, sinon, expliquer la tagline du film, parodiant ouvertement celle du Jaws: The Revenge de triste mémoire ? L'heure n'est pas à la vision artistique, certainement pas arrivé à un N°19, et le réalisateur en est parfaitement conscient.
Spielberg fils n'en s'en cache pas et ses interviews vendent la mèche: ce nouveau Jaws n'est pas tant une nouvelle entrée dans la série qu'un prétexte pour expérimenter. Parrainé par George Lucas comme James Cameron, le débutant cherche avant tout à viser gros, faire la nique à la 3D atmosphérique de l'un en développant son Holomax, et au CGI tout lisse de l'autre, en reprenant le monstre caoutchouc – et les difficultés qui vont avec – sur le tournage.


Concernant les délires holographiques, je serais bien en peine de vous dire s'ils valent le coup car j'ai préféré une vision "plate". Nous connaissons tous la pub, nous avons tous vu ce requin terriblement faux apparaître devant les salles de cinéma pour faire semblant de croquer les spectateurs: c'est moche, on y croit pas et le gimmick pourtant nouveau semble déjà dépassé. Toutefois pour en rassurer quelques uns, je préciserai juste que cette version publicitaire ne disposait pas du même budget que sa version cinéma, et que les effets visibles dans le film paraissent à priori beaucoup plus peaufinés. Plus que ça, le "faux" requin aux yeux globuleux ne représente en fait pas le monstre de Jaws 19, mais son double holographique de fiction, justement conçu volontairement comme parodique. Car oui, pour marquer le coup Spielberg n'emploie pas que l'Holomax comme juste une pratique visuelle et l'intègre directement dans le récit, où il s'agit (égo surdimensionné oblige) d'une technologie révolutionnaire qui a changé la vie des habitant de Amity Island. 
L'intrigue se déroule en effet dans une cité sous-marine, une île artificielle immergé en hivers et ne faisant surface que lors de la saison estivale. Au passage on peut apprécier cette continuité avec l'opus précédent, où Amity avait été rasée par le tsunami crée par l'armée pour se débarrasser du grand blanc. Afin que le quotidien des habitants ne soit pas trop morose, à voir toujours les mêmes fonds marins par les baies vitrées, un scientifique nommé Bruce (gros clin d’œil à venir) a inventé tout un système d'hologrammes programmables pour donner un aspect plus chaleureux à la station. Pensez au système du Solido dans Aliens, ou à l'Holodeck de Star Trek.


La ville se divise maintenant en différentes zones en forme de globes de verre, toutes reliés entre eux par des tunnels, et chacune peut afficher un style totalement différent: jungle tropicale, prairie verdoyante, cité urbaine à ciel ouvert, etc. Cela permet de varier les décors monotones et éviter à Jaws 19 de ressembler à n'importe quel films de couloirs, mais surtout d'injecter un peu de sang neuf dans les attaques du squale, lequel, étant un véritable animal, apparait dans des endroits totalement incongrus lorsqu'il pénètre dans une Sphère: son aileron est visible en plein milieu d'une route, la surface de l'eau étant remplacée par une simulation de bitume, sa gueule béante apparait du désert, en une sorte d'imitation du Sarlacc du Retour du Jedi...
J'imagine qu'en Holomax, chacune de ces scènes doit paraitre impressionnantes si correctement réalisées, et donner enfin la sensation que les objets qui apparaissent devant nos yeux sont bel et bien là. Soyons clair, malgré son avancée technologique la 3D de James Cameron n'était rien de plus qu'une distanciation avant-plan / arrière-plan et n'allait jamais plus loin que ça. Ici au contraire, les éléments se détachent véritablement de l'écran afin de se présenter dans les airs juste au-dessus de vos têtes. Et cela, c'est indéniablement bien plus impressionnant. Peut-être pas de quoi révolutionner le monde du cinéma si vous voulez mon avis, car les films vont progressivement juste ressembler à du théâtre où les acteurs seront remplacés par des personnages virtuels, mais je reconnais l'ambition derrière le procédé.


De façon plus intéressante, cela permet les meilleurs scènes de Jaws 19 en étant intégré à cet univers de science-fiction. Puisqu'il est impossible d'inventer quoique ce soit de nouveau à ce stade, les attaques "ordinaires" sont maintenant renforcées par leur mise en scène en trompe-l’œil (tant pour nous que pour les protagonistes) et le spectacle est réjouissant: un personnage est coincé dans une zone "parc d'attraction" et se retrouve prisonnier d'un labyrinthe à miroirs, où lui apparaissent tant sa propre réflexion que celle du grand blanc qui rôde dans les parages, et jamais il ne peut savoir si devant lui se trouve une sortie ou une vitre que l'animal pourrait défoncer d'un coup de museau.
A ce titre, la scène d'ouverture est très amusante. Elle se déroule sur une plage, prenant le point de vue d'une belle jeune femme qui bronze en regardant la mer. D'emblée on se met à scruter l'océan également, guettant la présence du requin, mais ce que l'on ignore ce qu'il s'agit d'un faux paysage et que tout l'endroit se trouve en réalité sous la mer. Et donc c'est le ciel qu'il fallait surveiller, la tête du requin apparaissant à travers les nuages lorsqu'il se cogne contre la paroi de la Sphère, espérant pénétrer à l'intérieur pour dévorer les résidents !
Plus tard intervient alors le fameux double holographique du requin, piloté en fait par Bruce, le scientifique, et qui sert de mascotte aux habitants d'Amity Island ! Une parodie du monstre qui règne sur les lieux, à la base prévue pour habituer les enfants et permettre aux adultes de prendre les choses aux seconds degrés. Lorsque le véritable grand blanc s'introduit dans la ville, inondant les couloirs et utilisant ces derniers pour passer d'une zone à l'autre, cela devient un problème pour les protagonistes (visiblement trop cons pour faire la différence entre un vrai animal d'un faux) et provoque des quiproquos meurtriers. L'occasion aussi de quelques Jump Scares faciles, mais Spielberg père en avait fait quelques uns dans l'original, alors pourquoi pas.


Le meilleure exemple est celui où les héros refusent de traverser un endroit inondé sous prétexte qu'ils ont aperçu l'aileron du squale. Un courageux tente sa chance et se retrouve surpris par l'hologramme. Rassuré, il commence à prévenir ses amis tandis que le faux requins se désactive sous son nez... Pour révéler immédiatement le véritable requin, qui se trouvait exactement au même endroit ! Bruce, le savant, devient ainsi le pendant de "Bruce" le requin (pour les trois qui ne savaient pas, ce prénom a été donné au squale durant le tournage du premier Dents de la Mer) et va malgré lui mener quelques personnes à leurs morts, avant d'essayer de tromper le monstre en incarnant aussi justement que possible le comportement animal du grand blanc.
Le clou du spectacle repose encore une fois sur cette illusion virtuel / réalité, avec l'intrusion du requin en plein dans un spectacle de reconstitution... Celui du naufrage de l'USS Indianapolis ! Et les pauvres participants se retrouvent alors incapable de savoir si ce qui arrive à leurs collègues est une véritable attaque où une simulation. Spielberg, s'amusant comme un petit fou, fait une sacrée mis en abime en dirigeant un acteur qui joue un comédien interprètant un soldat de la Seconde Guerre Mondiale, qui n'est autre que... Un jeune Quint ! Et le personnage de s'en sortir de justesse et de déclarer que, comme le vrai, plus jamais il n'osera porter un gilet de sauvetage de sa vie ! 


Bref, en ce qui concerne l'Holomax et les promesses d'une ville futuriste sous-marine, Jaws 19 ne ment pas et utilise tous les moyens à sa disposition pour nous divertir. Le film n'est pas exempt de défaut, mais vu qu'il s'agit de la dix-huitième séquelle d'un classique remontant à plus de quarante ans, il me semble peu important de les évoquer. Comme toujours il y a une continuité chaotique, où certains opus sont référencés mais pas d'autres, et on trouve quelques redites, la simple idée de la cité sous l'eau semblant reprise au parc d'attraction des Dents de la Mer 3 (en 3D ! Un hasard ?). Certains iront sûrement se plaindre du grand requin blanc lui-même et décréter qu'il fait "faux", mais ceux-là sont certainement les mêmes qui considèrent que Gollum est réussi dans Le Seigneurs des Anneaux, incapables qu'ils sont de reconnaitre quand les CGI sont moches et quand le trucage oldschool reste supérieur.
On frôle parfois l'overdose de clins d’œil et de référence à Steven Spielerg, Amblin et consort (montrer le requin défoncer une affiche de Jurassic World était-il nécessaire ?) mais ce n'est pas comme si le réalisateur se concentrait vraiment sur son intrigue, et le suspense est totalement fabriqué puisque se reposant surtout sur la technologie moderne plutôt que sur une véritable mise en scène. Mais là encore, on parle de Jaws 19 et il faut déjà s'estimer heureux d'y trouver un peu d'originalité (dois-je mentionner l'ignoble Jaws: Ultimate Predator ? Ou le multi-reboot Jaws: Unleashed ?).
On ne va pas se mentir, le film sera sans aucun doute démolis par la critique. "Jaws without bites" a dit le journal USA Today. Lorsqu'on prend en main une franchise qui en est presque à vingt films (un record en soit), il ne faut pas s'attendre à ce que l'opinion public soit positive et les spectateurs auront tendance à se moquer de vous plutôt que de juger l’œuvre par elle-même (combien ont abandonnés Saw avant même son "épisode final", trop dépité que la série ait pu survivre à l'antagoniste lui-même ?).

Pourtant il est indéniable que Max Spielberg n'a pas commis un mauvais film. C'est un "faux" film, certes, simple prétexte pour toucher à des gadgets hors de prix et se faire une expérience facile dans le milieu très privé d'Hollywood, et on peut sans problème boycotter cette production pour cela. Toutefois en tant que série B fun, assumée et inventive, Jaws 19 se pose là. J'imagine que le résultat ne satisfera qu'un public restreint de Bisseux, mais considérez l'alternative: un Sharknado 4 ? Sharktopus vs. Piranhaconda ? Giant Shark vs. Mecha King Kong ? De faux nanars conçus avec des titres débiles mais pondus comme à l'usine, dans le seul but d'attirer un public naturellement révulsé par les films d'horreur et de monstre. Non merci.
Jaws 19 est peut-être l'exemple ultime du Mal qu'Hollywood peut engendrer, mais il s'agit aussi de l'exemple ultime du divertissement que seul le cinéma d'exploitation le vrai peut procurer !


vendredi 16 octobre 2015

Road to Halloween II – Red River (2011)


ROAD TO HALLOWEEN II

Red River
(2011)


Datant de 2011, Red River est l'un de ces films amateurs (pardon, "indépendants") tournés au caméscope bon marché et conçus avec les moyens du bord. Dans certains cas cela n'empêche pas le résultat d'être bon malgré tout, et j'en veux pour preuve l'hilarant Coons ! Night of the Bandits of the Night, chroniqué par Rigs Mordo de la Toxic Crypt, dans le dernier Vidéotopsie (et boum, double pub !). Malheureusement ces exceptions sont très rares et ce type de production est généralement blindé de problèmes en tous genres et donc tout simplement inregardable. Chacun aura ses limites, de l'acting atroce aux problèmes de sons, en passant par l'image dégueulasse ou les effets spéciaux, effectivement très "spéciaux". En ce qui me concerne c'est le rythme inexistant qui me décourage, car je sais qu'il ne se passera jamais rien et qu'il va falloir endurer de longues scènes de remplissages que le réalisateur fabrique afin de créer une durée d'exploitation valable (condition obligatoire pour obtenir la mention "long métrage" et ainsi vendre la chose à un distributeur).
Parfois, malgré le carnage technique, on peut quand même sauver une ou deux éléments. Un comédien qui s'amuse, une intrigue intéressante, un meurtre qui détonne ou un Craignos Monster qui vaut le coup d’œil. C'est très peu et ça ne justifie pas la vision de ces navets, mais dans notre douleur on peut au moins se raccrocher à ça. Pas autant de chance avec Red River, qui est un ratage sur toute la ligne doublé d'une véritable perte de temps. Cela ne passe pas même au 38ème degré, avec de l'alcool ou des copains, et comme je me suis infligé ça tout seul et sobre, je vous laisse imaginer mon état.


S'inscrivant dans le registre de l'Hicksploitation (qui à 90% du temps se contente de pomper Massacre à la Tronçonneuse), le film se déroule dans le trou du cul des États-Unis, un parc forestier appartenant au bled de Red River, en plein dans le Kentucky. C'est là qu'un nombre alarmant de disparitions oblige les Rangers à fouiller la zone, la population endurant le phénomène depuis quelques années maintenant. Les autorités sont loin de se douter que le responsable est un de leurs concitoyens, Roland Thatcher, véritable pilier de la communauté. D'apparence inoffensif car vieux et quasi muet, ne pouvant parler qu'à l'aide d'un laryngophone, il est également un membre actif de l’Église protestante du coin, jouant les prédicateurs, et partage son fertilisant révolutionnaire avec les autres habitants.
En réalité c'est un meurtrier sanguinaire et cannibale qui massacre les promeneurs avec un plaisir sadique. Il ramène les corps dans son antre, une maison délabrée paumée au fond des bois, afin de les cuisiner et de recycler les restes pour faire son engrais. Il aime également garder quelques filles nues dans sa cave, qu'il fait surveiller par son propre fils: un dégénéré difforme qui se comporte comme un chien. Malgré le fait qu'il s'en prenne à quiconque et sans la moindre précaution, Thatcher n'est pas du tout inquiété par l'enquête (film d'horreur de merde oblige) et poursuit ses ignobles activités comme d'habitude.
C'est évidemment là que débarque un groupe de jeunes venus faire de la randonnée, lesquels vont tous finir kidnappés et / ou découpés en morceaux.


Dire que le scénario n'est pas original relève de l'euphémisme car il s'agit ni plus ni moins que de la même tambouille qui nous a été resservi depuis 1974, dans sa forme la plus rudimentaire et la plus vulgaire possible. N'y cherchez rien qui ne vaille la peine d'être relevé: le "film" n'est qu'une accumulation de scènes sanglantes commises par Thatcher, sans que rien ni personne ne viennent perturber le déroulement des faits. Pas de rebondissements, de révélations ou de surprises ici, tout y est extrêmement monotone: l'homme tue des gens, ceux-ci tentent de fuir et il les achève. Certains s'introduisent dans son repaire et essaient de délivrer les prisonnières, mais son rejeton les prend par surprise et les dévore. Resservez en boucle pendant 70 minutes.
Dans Red River il n'y a pas tant un scénario qu'une check-list, les éléments sont juste "là" et ne sont jamais proprement introduit. Aucune caractérisation non plus d'ailleurs, et on ne saura jamais pourquoi Thatcher tue, pourquoi les héros se rendent en vacance dans un lieu réputé pour ses disparitions (une journaliste enquête même sur le sujet et demande aux habitants pourquoi ils ne déménagent pas) et comment la police s'est retrouvée impliquée.
Même le fils monstrueux n'a pas de présentation, débarquant comme ça subitement, sans que l'on comprenne s'il s'agit d'un zombie, de la victime d'une cruelle expérience ou d'autre chose. Utilisé sur l'affiche comme s'il était l'attraction principale du film, cette créature au visage décharné et squelettique est en fait à peine employée. Leatherface du pauvre incapable de parler ou même de penser, le fils Thatcher passe son temps dans la cave, enchainé à sa niche, à grogner sur les donzelles enfermées avec lui.


Quelques détails amusant interviennent par instant (il garde toujours une peluche avec lui, son père lui apprend à prier avant de le servir sans même une gamelle, et il frotte son entrejambe sur un cadavre dont il dévore la cervelle, comme s'il était en rut), mais il s'agit de simples gags vite oubliés. Même le dernier acte, qui le libère et lui permet de découvrir la lumière du jour pour la première fois depuis X temps, n'explore pas du tout la situation et jamais le "chien" ne va se retourner contre son geôlier ou prendre la fuite.
Il n'est de toute façon pas le seul à souffrir du manque d'ambition du réalisateur, car les effets gore eux-mêmes ne valent même pas la peine d'être mentionnés. Loin des délires démentiels d'un Olaf Ittenbach ou d'un Andreas Schnaas, ils se limitent à quelques membres orphelins (une tête, un bras, un doigt, un sein), un crâne éclaté à la masse et surtout beaucoup de tripailles. De la barbaque de boucher baignant dans un colorant rouge, balancée un peu partout sans aucune imagination. N'espérez vraiment rien d'inventif ou d'amusant. Même lors des dernières minutes, lorsque l'antagoniste blessé et laissé pour mort revient après s'être rafistolé, remplaçant sa main coupée par un crochet en métal façon tueur de légende urbaine, absolument rien n'est mis en scène et c'est à peine si l'on réalise qu'il s'est scotché l'outil sur le poignet. Le caméraman n'avait visiblement pas le moindre intérêt pour ce qui se déroulait devant lui ce jour là...
Il y a en revanche une chose que l'équipe braque constamment devant leurs objectifs, ce sont les poitrines dénudées de leurs actrices. Bizarrement, là, les cadrages sont réfléchis, originaux et les séquences paraissent beaucoup mieux troussées. Et les occasions ne manquent pas: baignades, partie de jambes en l'air sous la tente, levrette effectuée en plein air, et naturellement il y a les prisonnières de Thatcher, enfermées pratiquement nues dans leurs cages.


Elles doivent se geler les tétons dans ce sous-sol mal éclairé, et je ne peux que plaindre la Final Girl de service qui s'évade en pleine nuit, une machette à la main et vêtue seulement d'une petite culotte. Sans vouloir lancer de fausses accusations, j'en viendrai presque à croire que tout le projet Red River n'était qu'un prétexte de l'équipe pour voir des filles nues.
Comment, sinon, justifier la création et distribution de ce navet techniquement tellement à la ramasse qu'on ne peut pas réellement le suivre du début à la fin ? Outre l'image en basse résolution et le montage incohérent qui ne s’embarrasse pas de raccord, la qualité audio est tout simplement déplorable que l'on ne peut pas toujours entendre ce qu'il s'y dit. Il faut dire que le film a été tourné en prises de son directes, ce qui rend une bonne partie des dialogues inaudibles, et bien que les responsables aient pensés à effectuer un (mauvais) doublage en ADR pour corriger le soucis, le résultat est le même: on ne comprend pas la moitié des mots qui sont prononcés. Précisons qu'au naturel l'accent du Kentucky est déjà atroce, avec une sonorité campagnarde difficile à comprendre, et beaucoup d'acteurs "mangent" leurs mots. Si vous rajoutez le fait que Thatcher parle avec un micro ou que les Rangers comptent dans leurs rangs un attardé mental qui possède un accent encore plus caricatural, alors vous comprendrez que le résultat est globalement inutilisable.


Par décence j'éviterai de parler du surjeux abominable des "comédiens", notamment l'interprète de Thatcher qui crache ses poumons constamment et n'en fini jamais de gesticuler comme un clown, ni des longueurs éreintantes qui séparent chaque scène horrifique (mention spéciale pour la visite du tueur à la carrosserie, où lui et trois obèses déclament des inepties et hurlent de joie devant une voiture qui se fait écraser par un tracteur).
Reste quand même l'idée sympa de montrer le "héros" perdre progressivement des morceaux de son corps au fur et à mesure du film, tombant dans un piège à loup, se faisant assommer à la pelle, arracher une oreille et une joue, un œil... Intéressant également cette prisonnière croupissant dans sa cellule depuis si longtemps qu'elle a perdue tout espoir de s'en sortir et regarde distraitement les autres personnages s'activer autour d'elle pour fuir, sans que cela ne provoque chez elle la moindre émotion.
Mais sinon il n'y a rien à retenir de Red River. La seule chose que j'ai un tant soit peu aimé est le logo de Bloody Earth Films au tout début, présentant un globe terrestre façon Universal qu'une main de zombie vient agripper et presser comme une orange. Bien sûr on peut toujours faire pire, et S.I.C.K. – Serial Insane Clown Killer me vient en tête puisqu'il s'agit globalement de la même chose mais sans gore et sans nudité, mais cela n'est pas du tout une consolation. Cette vidéo ridicule est probablement l'une des pires choses que vous pourriez vous infliger cet Halloween ou à tout autre moment de votre existence, ni plus ni moins. A éviter.



VERDICT: TRICK

jeudi 15 octobre 2015

Road to Halloween II – Cooties (2014)


ROAD TO HALLOWEEN II

Cooties
(2014)



"I'm giving you kids an F... 
for Fuck you !"

Ian Brennan, c'est l'un des créateurs de la série Glee. Vu mon peu d'intérêt pour ce show musical qui m'apparaît parfaitement insupportable, cela n'augure rien de bon à priori. Pourtant Ian Brennan c'est aussi l'un des créateurs de Scream Queens, série Slasher parodique absolument hilarante et dont j'en disais déjà tout le bien que j'en pensais dans ma chronique sur Scream: The TV Series. Malgré les apparences voilà un gars qui semble adorer les films d'horreur, et il est également doté d'un très grand sens de l'humour. Il le prouve encore une fois en s'associant avec l'un des créateurs de la franchise Saw, Leigh Whannel (également le personnage d'Adam dans la saga) pour écrire ce Cooties, un énième avatar du thème zombies / infectés qui s'avère plutôt miraculeux.
Car on le sait tous, le genre est saturé au point de ne plus du tout se renouveler. Même lorsqu'une bonne production est mise en chantier, l'intérêt n'est plus vraiment là simplement parce qu'on a l'impression revoir la même chose en boucle, encore et encore. Il devient de plus en plus difficile de repérer le bon du mauvais et, fort heureusement, ici le constant est positif grâce à un script qui préfère ne pas se prendre au sérieux, mais sans tomber dans la parodie pour autant. Le film, bien que doté d'un pitch exagéré, de dialogues décalés et de personnages loufoque, n'est pas une caricature facile et verse par instant dans l'horreur véritable contre toute attente !


Un peu comme Stung la dernière fois, qui marchait dans les traces de Tremors en trouvant un équilibre entre les séquences drôles et sérieuses, Cooties se montre proche du Retour des Morts-Vivants, lequel proposait également des personnages hors normes et de gros gags tout en sachant retomber dans le morbide lorsqu'il le fallait. Naturellement il n'égale jamais son modèle mais il y a indéniablement une similarité dans sa façon de traiter le sujet, alors qu'il aurait été très simple de faire dans l'extrême d'un côté comme de l'autre et de taper dans le Poultrygeist ou dans Les Révoltés de l'An 2000. Une sacré surprise d'ailleurs quand on voit que le poste de réalisateur était partagé par deux types pour lesquels il s'agissait d'une première véritable expérience.
Rien que l'introduction mélange le rire et le malaise, en montrant pourtant simplement la confection de... Nuggets de poulet ! Vegan ou pas, il est impossible d'ignorer le honteux secret derrière la fabrication de cet aliment et les images dégoûtent profondément. En soit il n'y a rien de particulier dans cette séquence, et si l'idée elle-même reste volontairement stupide (soulignée par la présence d'un gros glaviot verdâtre façon Trauma dans la nourriture), le simple concept qu'une poule malade puisse être balancée à même le broyeur, et ainsi contaminer un stock distribué dans le commerce, est suffisamment réaliste pour donner des sueurs froides. A vous de voir si, humour ou pas, vous êtes capable de supporter la décapitation de volaille et le haché de viande lorsque cela est filmé de la façon la plus clinique possible...


Le reste de l'intrigue semble sortir d'un EC Comics et ne cherche pas à se montrer subtile: le nugget empoisonné est placé dans une des nombreuses barquettes acheminées à la cantine d'une école primaire, dans le petit bled fermier de Fort Chicken. La fillette qui avale le morceau est immédiatement infectée et entre en transe, tandis que des pustules apparaissent sur son visage. Aucun adulte ne prête attention à elle et, parmi ses camarades, elle est plutôt sujette de moquerie puisqu'ils considèrent qu'elle a les "Cooties" (terme désignant une maladie imaginaire inventé par les enfants afin de se moquer des autres).
C'est en plein cours, lorsqu'une petite teigne insiste un peu trop, qu'elle devient agressive et répand la maladie en mordant un élève, lequel va lui-même s'attaquer aux autres durant la récréation. L'effet est immédiat et tous les gamins deviennent des meurtriers enragés, formant une véritable meute qui s'attaque à tout ceux qu'elle croise: le surveillant qui pense modérer une bagarre, une maman qui vient chercher son fils, un policier qui observe la situation depuis l'autre côté de la clôture... Et bien sûr leurs professeurs dont il ne reste bientôt plus qu'un petit groupe qui va se barricader dans l'établissement scolaire.


Le principe du film reprend alors la trame habituel du film de zombies, avec les tensions qui se forment parmi les protagonistes (un triangle amoureux, une mégère qui déteste les hommes, etc) et les nombreuses attaques qu'ils doivent repousser. Le but ultime est naturellement la fuite hors de l'école, et on perd quelques personnages en cours d'histoire, dévorés ou mis en pièces par les petits tueurs. En soit Cooties ne diffère absolument pas de tout ce qui a été fait avant et se contente d'en reprendre la structure basique, ne rajoutant même aucune surprises ou innovations dans le déroulement des évènements (bien sûr que le final montre l'apocalypse à l'échelle nationale). L'intérêt repose plutôt sur la façon dont tout cela est raconté, la manière dont les héros luttent et interagissent face à la menace, la trouvaille étant que ici, ces derniers sont tout simplement à côté de la plaque.
Impossible de ne pas penser à Shaun of the Dead, c'est un fait, mais l’œuvre s'affranchit assez bien de la comparaison en multipliant les personnages et en évitant de recopier le style de Edgar Wright (contrairement à certains, hein Lesbian Vampire Killers ?). Évidemment certains se contenteront de dire qu'il s'agit d'une "Zombedy" et ainsi engloberont ces films dans le même sac sans chercher plus loin, mais à ceux-là je leur demanderait de bien retourner à leur Zombieland et de nous foutre la paix.


Ceux qui donne tout son sel à Cooties ce sont les comédiens et leurs rôles gentiment déconneurs, franchement à l'ouest, ne découvrant que bien trop tard le carnage qui se déroule juste sous leurs nez. Ainsi tout tourne autour de Clint, un apprenti écrivain calamiteux qui vit encore chez sa maman et vient effectuer un remplacement dans l'établissement qu'il a côtoyé étant jeune. Outre le fait que ses élèves sont de véritables petits connards insultant et qu'il ne parvient pas à les maitriser (mention spéciale pour "Patriot", mouflet né durant les attentats du 11 Septembre et qui se voit déjà dans les Marines pour dégommer du terroriste), ses propres collègues ne sont pas particulièrement sympathique à son égard et encore moins efficaces lorsque le fléau va s'abattre sur eux.
On y trouve l'habituel professeur de sport macho et vulgaire, qui le snob ou le clash dès qu'il peut, une misandre qui l'agresse à la moindre parole et qui se promène partout avec une alarme anti-viol sur elle, un étrange asocial doté d'un trouble de l'élocution et d'une incapacité à montrer ses émotions, un homosexuel refoulé qui ne trompe que lui et enfin la dynamique Lucy. Ancienne camarade de classe, celle-ci affiche constamment une positive attitude quoiqu'il arrive, même lorsqu'elle ne devrait pas. C'est en fait pour ses beaux yeux que Clint a choisi de revenir enseigner à cette école, mais la belle est déjà dans les bras du prof de sport, ce qui va passablement contrarier ses plans pour se rapprocher d'elle.


On trouve également un homme d'entretien asiatique qui s'avère être un expert en art martiaux et l'agent de surveillance extérieur qui s'est enfermé dans son minibus pour bouffer des champignons et qui, du coup, ne sait plus trop si ce qu'il voit est la réalité ou une hallucination du même genre que la girafe qui lui parle depuis le siège passager. Tout ce petit monde entretien des relations forcément chaotiques qui vont grandement venir détourner les conflits habituels: l'asocial se la joue scientifique et croit que son discours est perturbé comme dans une classe bruyante alors que ce n'est pas le cas, sommant ses collègues de se taire sans raison, l'androphobe utilise sa bombe lacrymo durant une agression mais asperge Clint par réflexe plutôt que le zombie, la gentille Lucy fini par perdre sa façade et explose de colère en avouant qu'elle hais tout le monde, et certains adultes paniquent bien plus que les deux enfants normaux qu'ils sont censés protéger.
Une bonne partie du script joue sur le triangle amoureux Clint / Lucy / Prof de sport et renverse parfois les valeurs en faisant du macho un type vraiment aimant et courageux, malgré sa beauferie, tandis que Clint passe pour une lopette, préparant un plan de secours mais ne voulant certainement pas être celui qui le réalisera ! Autant dire que nous sommes bien loin des clichés héroïques d'ordinaires et qu'il est impossible de d'établir un seul personnage comme référence...


C'est là que la parodie rôde et que le film aurait pu basculer dans la comédie facile et inoffensive, où le danger est inexistant. Des scénaristes moins habiles auraient certainement raté le virage vers l'horreur, faisant de chaque meurtre une véritable farce façon cartoon sans violence. Bien au contraire, Cooties va clairement imposer ses antagonistes comme de véritables saloperies sadiques et très efficaces. Chapeau à la scène montrant l'infection se répandre durant la pause, avec un enfant ensanglanté courant après ses camarades pour les griffer et transmettre le virus dans le plus d'hôtes possible. Lorsqu'un surveillant réalise que quelque chose cloche et s'approche d'un môme prostré, il ne réalise pas que cinq autres l'encerclent déjà.
Puis c'est un véritable carnage où les adultes sont démembrés, éventrés, dévorés. Des doigts sont arrachés à coup de dents, des gorges déchirées, et la hargne qui anime les créatures garde une énergie purement enfantine pour le moins dérangeante. Cooties ose même se montrer très atmosphérique, favorisant le ralentis et les plans choisis pour ne pas tout montrer d'un coup, dévoilant la situation par petites touches graduelles. Une des meilleures images est celle qui intervient vers la conclusion, lorsque les héros se sont échappés et se retrouvent en ville, observant depuis la rue les informations qui annoncent la fin du monde. Ils ne réalisent pas que, juste derrière eux, une bande d'enfants les épient, perchés en nombre sur leur véhicule tels les oiseaux d'Alfred Hitchcock. Terrifiant aussi cet air de jeu dans un fast-food, plongé dans l'obscurité et à priori désert mais qui se révèle être une véritable forteresse pour infectés.


Même des scènes qui se montrent drôle dans leur finalité peuvent avoir une construction franchement angoissante, comme celle où une maman distraite, pendue au téléphone et attendant son fils dans la voiture, le laisse entrer sans réaliser son état. Le gag attendu (l'enfant attaque sa mère parce qu'elle ne lui prête aucune attention) dévie soudainement lorsque l'on réalise qu'à l'arrière se trouve un bébé sans défense...
Nul doute que les jeunes acteurs ont dû s'éclater à sauter, courir, patauger dans le sang et jouer avec des prothèses. Et les responsables se sont sûrement amusés avec eux, leur trouvant tout un tas de choses à faire: l'un joue à la corde à sauté avec des intestins, un autre aux billes avec des yeux, une gamine coiffe une tête coupée comme s'il s'agissait de sa poupée, et Leigh Whannel fait référence à Saw en ramenant le tricycle rouge de Billy, le célèbre pantin. Ceux qui trouve que le Beware ! Children at Play de la Troma ne tient pas ses promesses se feront plaisir ici.
Côté adulte il fallait au moins quelqu'un à la hauteur du délire, et si tous les yeux sont rivés sur Elijah Wood (qui se fait traiter de Hobbit, c'était couru d'avance), lequel est d'ailleurs parfait dans son rôle de petit geek sans couilles et dépassé par les évènements, c'est le toujours génial Rainn Wilson qui lui vole la vedette. Celui qui était "Fish Boy" dans House of 1000 Corpses, et le rôle-titre dans l'excellent Super de James Gunn, se lâche complètement et passe son temps à cogner du mioche avec tout ce qui lui tombe sous la main.
"Did someone order a badass ?" Damn right I did !

Clairement conçus pour les fans d'un style d'Horreur extravagant, fun et rentre-dedans façon EC Comics ou Peter Jackson de la bonne époque, Cooties est un parfait exemple de série B moderne faisant honneur au genre. Contrairement aux Lesbian Vampire Killers et autres rejetons forcés qui ne font qu'en utiliser les éléments pour surfer sur une mode et piéger le spectateur, il y a ici un respect et une honnêteté évidente dans le propos, et de nos jours cela n'a pas de prix.



VERDICT: TREAT

mercredi 14 octobre 2015

Road to Halloween II – Lesbian Vampire Killers (2009)


ROAD TO HALLOWEEN II

Lesbian Vampire Killers
(2009)



Lorsque, en 2009, j'évoquais vaguement ce Lesbian Vampire Killers dans la section Previews, on pouvait déjà voir que j'étais franchement sceptique devant le produit. 6 ans plus tard je le découvre enfin et constate que mon intuition ne m'avait pas trompé: ce film n'est qu'une triste tentative de surfer sur le succès du duo Simon Pegg / Nick Frost, sans jamais en capturer la magie. Les effets spéciaux sont effectivement peu réussis et malgré son titre, l’œuvre n'est pas du tout provocante en terme de nudité ou de violence, preuve qu'il s'agissait d'un simple moyen d'appâter le public. Autant être direct: j'ai absolument détesté, et j'ai trouvé ça résolument beauf et incompétent.
Certains disent qu'il y a rien de pire qu'une comédie qui ne parvient pas à faire rire, et dans le genre Lesbian Vampire Killers s'impose là. Il faut dire que les créateurs semblent incapables de comprendre comment fonctionne un gag et ruinent le potentiel humoristique en rajoutant des répliques, des bruitages ou en rallongeant leurs séquences, et cela à chaque fois. Bien vite il apparait claire que le film a été mis en place très rapidement pour capitaliser sur le succès des films d'Edgar Wright, et que les personnes en charge du projet se sont contentés de recopier bêtement le travail de ce dernier sans le comprendre pour autant. Quiconque étudie un tant soit peu sa mise en scène voit à quel point le timing, le rythme, est vital et que le montage de ses films est savamment mesuré.
Las, ici on retrouve seulement les effets de style (comme ce mouvement de caméra accéléré au premier plan d'un début de scène), de l’esbroufe dépourvu de toute subtilité, à la place de laquelle vient se greffer une notion de la comédie pachydermique, grossière, du genre qui plaira aux amateurs de Teensploitation façon National Lampoon et autres DTV d'American Pie... Pathétique.


Comme si ce n'était pas suffisant, le film flirte volontairement sur un sujet "nanar", non pas par amour du genre ou par nostalgie, mais simplement par effet de mode là encore. Comme les Sharknado, les Piranhaconda et les films post-Grindhouse aux titres farfelus (Nude Nuns with Big Guns, etc), l'idée est simplement d'attirer une audience un peu bête qui s'attend à trouver la Tarantino Touch là dedans. Et évidement ces productions se révèlent creuses, n'offrant jamais rien de fou ou d'extravagant et se présentant en fait comme de fausse séries B.
Ici le concept tourne autour de vampires lesbiennes (et non pas de chasseuses lesbiennes de vampires, ce que le titre, vachement confus, peut évoquer), mais nous ne sommes pas dans du Z façon Caress of the Vampire et les suceuses de sang pourraient être hétéro que cela ne changerait pas grand chose. Tout au plus trouve t-on quelques baisers assez prudes entre jeunes femmes, mais dans le mythe du vampirisme cela n'est franchement pas grand chose. Qui plus est, à notre époque, l'idée peu assez mal passer. Sans la jouer Social Justice Warrior, il faut reconnaître que le scénario fait preuve d'un mauvais goût assez flagrant lorsqu'il s'agit de taper dans la lutte des sexes sous couvert de plaisanterie. C'est un concept casse-gueule et qui nécessite d'être traité avec intelligence et finesse. Mais vu que Lesbian Vampire Killers s'adresse en priorité à des Bidochons, je vous laisse imaginer le massacre.


Ainsi l'histoire se déroule dans un coin de campagne anglaise, un village perdu dans les bois du nom de Cragwich. Autrefois y régnait la terrifiante reine des vampires Carmilla (belle référence au livre, lequel pré-date Dracula), lesbienne forcément misandre et séduisant toutes les femmes pour les convertir en Nosferatu. Un seul homme osa la défier et parvint à la vaincre, utilisant pour cela une épée magique qu'il fabriqua grâce à un ancien grimoire, mais elle lança une malédiction avant de disparaître: toute adolescente de Cragwich atteignant ses dix huit ans deviendra une vampire, n'existant que pour préparer son retour. L'exécuteur est également marqué et un de ses descendants reviendra en ces lieux, permettant la résurrection de la succube lorsque son sang sera mélangé à celui d'une vierge.
A notre époque, Jimmy, garçon soumis et introverti, se fait plaquer par sa petite amie. Son pote Fletch tente de lui remonter le moral et les deux se retrouvent à partir en randonnée pour se retrouver entre mecs et penser à autre chose. Le hasard les mènes à Cragwich, où ils vont croiser un groupe de jolis demoiselles avec lesquelles ils vont sympathiser. Le groupe se retrouve alors dans un chalet isolé dans les bois, là où se cachent les servantes de Carmilla.
Alors que la plupart des promeneuses sont transformées en suceuses de sang, Fletch, Jim et une jeune femme évidemment vierge se retrouvent seul pour repousser la horde, ne pouvant compter que sur l'aide d'un prêtre qui espère triompher du mal avant minuit, sous peine de voir sa propre fille rejoindre les rangs de la reine des vampires...


Et l'intrigue ressemble exactement à ce que l'on imagine. La petite amie de Jimmy est forcément une connasse qui le manipule et qui va essayer de revenir vers lui quand son amant ne veut pas d'elle, devenant bien sûr un monstre au passage. Désormais célibataire notre héros va donc pouvoir flirter avec la vierge, qui est tombée immédiatement amoureuse de lui sans même le connaitre, tandis que Fletch, l'ami gros et vulgaire, balance des tonnes d'insultes et fait preuve de mauvaise volonté durant tout le film. Celui-ci passe son temps à cracher sur la notion de couple et sur le comportement des femmes en général, mais n'espère que pouvoir s'envoyer en l'air avec l'une d'elle (heureusement la conclusion ne lui colle personne dans les bras !) tandis que Jimmy se libère de ses inhibitions...
...à vrai dire non, le personnage demeure le même du début à la fin et n'évolue absolument pas, quand bien même l'histoire insiste pour le présenter comme l’Élu qui pourra détruire Carmilla. C'est particulièrement frustrant de voir le protagoniste principal être effacé à ce point par rapport à ses compagnons, mais il n'y absolument aucune étincelle de vie chez lui, et l'acteur qui l'incarne se contente de réciter ses lignes sans jamais se faire remarquer.
Au final la morale est sauve: la lesbienne Carmilla est détruite, ainsi que sa plus fervente compagne, les autres vampires sont affranchies de leur servitude (et ne demeurent lesbienne qu'en guise de gag, pour laisser Fletch sur le carreau) et Jimmy et sa copine peuvent vivre leur vie de couple parfaite sans le moindre obstacle. Le trio décide même de poursuivre les autres vampiresses homosexuelles existant sur Terre et deviennent des chasseurs qui ont avec eux l'arme ultime: une épée magique à si forte connotation phallique que sa poignée est tout simplement un gode en métal. Ouaip. On en est là.


En substance, le film ne contient pas grand chose pour rattraper cette triste histoire. Jimmy passe son temps à ne pas être là dans les scènes-clés tandis que Fletch doit se farcir tous le travail malgré lui. Deux anti-héros aux rôles inversés oui, mais ce n'est pas Les Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin ! Car si l'un est insipide, l'autre est détestable, bonhomme égocentrique et antipathique dans la lignée des films d'horreur modernes. Nous sommes censés rire de le voir souhaiter rentrer chez lui plutôt que de sauver héroïquement le monde, mais tout ce que l'on obtient c'est la même scène où il se plaint encore et encore, pignant de sa petite voie suraigüe et lançant des "fuck" comme une mitraillette.
Leur partenaire, malgré sa présence physique évidente, n'a pas grand chose à dire et ses quelques lignes sont plutôt stupides, passant surtout son temps à complimenter celui qu'elle pense être l'homme de sa vie alors qu'ils n'ont pratiquement aucune interaction. Et non, ce n'est pas censé être une blague pour le coup, mais bien une romance type "coup de foudre" parfaitement clichée.
Quant aux vampires, elles passent leur temps à feuler et montrer leurs crocs mais ne font rien pour autant. En fait elles paraissent si simple à détruire qu'on ne comprend pas vraiment la notion de danger ou d'urgence que le film semble constamment présenter. Elles ne sont ni obsédées sexuelles, ni haineuses des hommes, ni badass, ni intelligente... Elles sont juste là, vite dégommées par une hache dans la tête, un bâton à travers le cœur ou à coup d'eau bénite, le tout dans des gerbes de sang blanc laiteux qui permettent d'éviter le côté sanglant et renforcer l'humour. Quant à ceux qui feront le parallèle avec du sperme, ce qui n'est certainement pas un hasard, je peux garantir que cela n'apporte rien, ni en bien ni en mal. A vrai dire on se moque totalement de ce qui se passe devant l'écran.

Il faut dire que entre l'absence d'enjeux et le côté technique à la ramasse, il n'y a guère de trucs auxquelles se raccrocher. Hormis quelques beaux visuels dû aux costumes des vampires et à lumière bleutée, permettant des apparitions vraiment belles à regarder, le reste est plutôt triste et surtout fait très factice. La caméra digitale utilisée ici à un rendu si lisse qu'il y a une perte de texture, de grain, de vie, et l'environnement devient stérile, peu aidé par un éclairage uniforme peu vivant. C'est comme se retrouver devant la nouvelle trilogie Star Wars, où tout semble avoir été retouché à l'ordinateur au point que rien ne paraît naturel. D'ailleurs l'abus de CGI et de green screen sont particulièrement visibles ici, venant rabaisser la qualité de l'ensemble. Si Lesbian Vampire Killers est censé être acceptable, il fini par paraitre cheap et évoque une production plus modeste que ce qu'elle est censée être. 
Le montage n'aide pas non plus, abusant de l'effet accéléré (un véritable accéléré basique, pas un effet travaillé comme chez Zack Snyder) en pensant être cool. Le pire revient à l'utilisation constante, constante, de bruitages type cartoon, dans le but de rendre les séquences et les personnages plus drôles qu'il ne le sont. C'est artificiel, c'est lourd et ça agace aussitôt qu'on a repéré l'effet.
Du reste, l’œuvre est composé séquences "drôles" à base de filles qui urinent bruyamment ou sentent mauvais, de garçons qui ne parviennent pas à enfoncer des portes ou se prennent des râteaux si tôt qu'ils veulent draguer, à l'utilisation de préservatif en guise de bombes à eau bénite (très original) ou à des idées plutôt méchantes, comme le fait que Fletch tue la fille du prêtre après que celle-ci se soit transformé, et ne va jamais lui avouer après coup alors que celui-ci la pense encore humaine et endormie dans son lit. Aussi, une touriste étrangère à pour seul dialogue le même "Ja, ja" en boucle, même transformée.


Ici et là interviennent quand même quelques scènes intéressantes, drôles ou juste fun, et qui montre quel film aurait pu être Lesbian Vampire Killers s'il avait été donné à quelqu'un de compétent. Hélas elles sont aussitôt désamorcées par un élément stupide: ainsi l'ex de Jim, vampire, se prend une hache en pleine tête mais continue d'attaquer les héros, leur donnant des coups de manche sans le faire exprès à chaque fois qu'elle se retourne vers l'un ou vers l'autre. C'est amusant, neuf, et c'est immédiatement gâché car rallongé à n'en plus finir tandis que la musique du French Can Can est subitement employé, sans aucune raison.
Dans le même ordre idée, l'un des meilleurs passages montre Fletch et le prêtre aux prises avec une Nosferatu qu'ils repoussent dans une cabine de douche. L'homme de Dieu active le jet d'eau et commence à la bénir, ce qui fait fondre la créature, tandis que Fletch doit la retenir afin qu'elle ne s'échappe pas. Là encore un très bon concept foutu en l'air par le parti-pris graveleux de la mise en scène (Fletch plaque ses mains sur ses seins et hurle "fuck" comme un hystérique).
Bref. Rien ne fonctionne dans ce film qui est un ratage de A à Z. C'est nul, chiant, mal foutu, absolument pas drôle et apparaît comme une véritable perte de temps. Même James Corden, pourtant adorable dans Doctor Who (il jouait Craig, le jeune papa qui fait collocation avec le Docteur !), est intolérable. Paul McGann, lui-même 8ème (et génial) Docteur est simplement anecdotique au point de disparaitre dans le dernier acte, carrément oublié par le réalisateur, et Silvia Colloca, magnifique fiancée de Dracula dans Van Helsing, est ici ridiculisée par une coupe de cheveux tout à fait immonde.
Franchement je n'en retiens que deux choses: la troublante Vera Filatova, belle vampire brune aux yeux verts qui fait office d'antagoniste avant le retour de Carmilla, véritablement sensuelle et impressionnante, et le gag final sur les loups-garous gays, totalement con et inattendu. C'est tout. Le reste est simplement lamentable.
Et pour l'anecdote tout aussi affligeante: aux États-Unis le "lesbienne" du titre est tout bonnement supprimé, censuré par l'éditeur. Le mot "Killer" lui, demeure, ce qui en dit long sur la mentalité de ce beau pays...



Scène coupée ou cliché promotionnel, en tout cas ceci n'est pas dans le film.


VERDICT: TRICK