dimanche 16 août 2015

Charlie's Farm (2014)


Charlie's Farm
(2014)


Et après The Redwood Massacre, voici un autre exemple de Slasher / Survival à petit budget conçu pour le marché vidéo. Exactement comme son prédécesseur, Charlie's Farm n'a rien d'extraordinaire, d'innovant ou de surprenant: il s'agit encore une fois de l'intrigue déjà visitée des millions de fois depuis Massacre à la Tronçonneuse et mise en scène avec un budget dérisoire. Toutefois, à la différence de Redwood Massacre qui n'avait pour ainsi dire ni argent, ni même équipe (quatre personnes !), ce nouvel avatar rentre un peu plus dans le moule du film d'horreur DTV moderne, avec des valeurs de productions sensiblement plus élevés, des maquillages et effets spéciaux plus élaborés et même les désormais habituelles apparitions-éclairs de quelques personnalités, afin d'appâter les fans "old-schools" qui se précipiteront en espérant naïvement les voir dans un rôle important.
Tout cela transforme Charlie's Farm en cet espèce de produit formaté, pas vraiment mauvais mais pas particulièrement bon et surtout vite oublié après une première vision. Tel est la vérité sur le marché vidéo actuel, et le film se perd bien vite dans le lot, ne possédant pas grand chose pour se faire remarquer ou se rendre intéressant. Voilà sans doute pourquoi les responsables avaient décidés de taper un peu dans la provocation facile, en créant une première affiche "choc" pour attirer l'attention sur eux: on y trouve l'antagoniste du titre, Charlie, se curant les dents avec le gant de Freddy Krueger et entouré des têtes coupées de célèbres Boogeymen du cinéma (Freddy, Jason, Michael et Leatherface). L'idée est que ce nouveau personnage est tellement brutal et dangereux qu'il relègue les grandes figures d’antan à l'état de proies inoffensives. Et puisque le film provient d'Australie, on y trouve également le cadavre de Mick Taylor, le tueur de Wolf Creek, en guise de clin d’œil.



D'emblée la chose évoque ces comics indépendant publiés en masse durant les années 90, lorsque l'industrie allait très mal et entrait dans une phase ultra-violente avec des anti-héros brutaux, voir carrément maléfique. Les Evil Ernie, Razor, Darkchylde, Bloodshot et autres Lobo... Même graphiquement la pré-affiche de Charlie's Farm évoque certains titres du genre, les moins soignés, avec ces traits brutes, ces proportions approximatives et la coloration plutôt légère. Généralement des bouquins distribués à la pelle, chacun ayant à l'époque l'intention de créer sa propre entreprise et de devenir le nouveau Marvel ou DC, préférant la quantité à la qualité. Des BD fast-food en quelque sorte, aussitôt lues, aussitôt abandonnées, et ne s'élevant jamais au niveau des Grands.
C'est exactement la même chose avec le marché vidéo actuel, saturé de titres aussi similaires que convenus. Pourquoi en parler alors ? Tout simplement parce que cela fait une chronique vite écrite. Du contenu provisoire pour ce Blog. Voilà la réalité de la situation: le "cinéma" d'exploitation, autrefois fun et pouvant trouver son public, ne propose plus rien d'autres que des œuvres répétitives aux titres interchangeables. Des films vite écrits, vite tournés, vite regardés et vite oubliés. Du cinéma fast-food qui n'a aucune substance mais qui permet quand même de remplir quelques minutes et, pour le critique, quelques lignes.
Il n'y a généralement pas grand chose à en dire, et au-delà de coucher sur écrit son avis personnel, les anecdotes et analyses possibles se résument à bien peu de choses.



Dans le cas de présent, y a t-il véritablement besoin de résumer l'intrigue ? Comme d'habitude, il est question d'une bande de jeunes adultes irresponsables et, hélas, détestables en raison de leur immaturité et manque d'épaisseur, qui décide de faire la fête dans un endroit dangereux. Une ferme abandonnée depuis des dizaines d'années en raison du drame sanglant qui s'y est déroulé. Une fois sur place ils deviennent naturellement les proies d'un monstre, un tueur invincible, et tombent comme des mouches jusqu'à ce que la Final Girl tente une ultime évasion, se confrontant une bonne fois pour toute à l'antagoniste.
Les noms des personnages, leurs déboires sentimentaux et leurs tentatives de résoudre la situation importe peu. Les seules choses que l'on attend sont les meurtres, la mythologie construite autour de l'élément horrifique et éventuellement les séquences sexy à base de donzelles en lingerie et de scènes de sexe. Il s'agit du degré zéro du cinéma d'Horreur, où l'atmosphère, l'écriture, le suspense et la réalisation n'ont aucun intérêt. Là-dessus on est servit et il faudra prendre sur soi pour supporter les prémices qui n'ont aucune logique, même pour ce type de film.
Voyez-vous, les quatre protagonistes principaux décident de partir en camping pour le week-end mais la destination n'est connue que par deux d'entre eux: les hommes, qui choisissent la ferme de Charlie pour son histoire macabre mais sans trop savoir eux-même ce qu'ils vont y trouver, ni ce qu'ils feront une fois sur place. Leurs amies acceptent de passer plusieurs heures en voiture sans se poser la moindre question et, lorsqu'elles apprennent la vérité, ne se vexent pas vraiment d'être trimballée sur les lieux d'un ancien massacre avec l'idée de s'y envoyer en l'air.



Il faut dire, nos "héros" en tiennent une sacrée couche, témoignant de toute la stupidité dont la race humaine peut faire preuve. Un équivalent des candidats de télé-réalités qui écument nos écrans: beaufs, superficiels, incultes et sans aucun savoir-vivre. Le pompon en revient notamment à ce queutard obèse, toujours partant pour se promener à poil ou exprimer quand il doit faire ses besoins. Bienvenu en Australie. En fait il n'est probablement pas demandé au spectateur de témoigner la moindre sympathie pour ces idiots, au point qu'une scène-clé les montre être responsables de leur propre malheur. Car il se trouve que le groupe ne sait pas vraiment se trouve la ferme de Charlie (bonjours l'organisation) et doit alors interroger quelques locaux après avoir fait tout ce chemin. Vient l'inévitable scène du "Crazy Ralph" de service, toutefois il faut voir que ces braves gens tiennent vraiment à leur sauver la vie. On leur explique qu'il ne faut pas s'y rendre car la zone est dangereuse, perdue assez loin dans l'Outback, qu'on a déjà recensé grand nombre de disparitions et que la police ne s'y déplace même plus en cas de problème. L'un d'eux va carrément les prendre à part, les suppliant de ne pas y aller car l'endroit est mauvais et que beaucoup se souviennent encore de la tragédie d'autrefois. Une visite à la ferme serait de très mauvais goût en plus d'être un risque inconsidéré.
Peine perdue, l'un des protagonistes se vexe de ne pas avoir ce qu'il veut et devient injurieux, agressif même, et bien plus que de raison. Excédé – et à raison – par un tel comportement, l'un des autochtones finira par leur donner la localisation précise de l'endroit, les envoyant vers une mort certaine.



Le reste du film n'est que remplissage via discussions et exploration des lieux, en attendant que le fameux Charlie ne vienne faire un peu ménage parmi ces visiteurs importuns. L'occasion parfaite pour balancer un peu de backstory à propos de l'antagoniste, et ainsi de fournir un peu plus d'épaisseur à ce nouveau tueur que le créateur du film tenait à nous faire passer pour plus dangereux que Freddy et Jason. En vérité, il ne s'agit que d'un mélange grossier entre The Devil's Rejects, Bill Moseley intervenant justement dans ce segment, et la trilogie Hatchet (Kane Hodder à un petit rôle également).
L'intrigue est la suivante: dans les années 80, un couple de fermiers psychopathes a sévit aux limites de l'Outback, s'attaquant aux travailleurs occasionnels ainsi qu'aux hippies sillonnant le pays. John et Merideth Wilson tuent, violent et mangent même leurs proies, encore que cette dernière pratique est moins pour eux que pour leur rejeton Charlie, un enfant difforme doté de yeux jaunes, d'une mauvaise peau et d'une impressionnante scoliose qui lui tord la colonne vertébrale (il va de soi que ce détail est repris à Victor Crowley, le Boogeyman des Hatchet).
La population locale fini par réaliser ce qui se passe et se rend sur place pour faire Justice, tuant les parents sans état d'âmes exactement comme au début de Texas Chainsaw 3D. Et comme dans celui-ci, le concept semble être de montrer ce lynchage comme une mauvaise action, où l'on doit presque prendre la famille de psychopathes en pitié. C'est d'autant plus probant lorsque l'on sait que le précédent film du réalisateur (Daddy's Little Girl) tournait autour de la capture et de la torture d'un homme accusé de pédophilie et de meurtre...



Étonnant de choisir ce parti-pris tant les Wilson sont détestables. Il faut voir Bill Moseley expliquer à sa victime, une jeune femme dénudée, battue et attachée à un lit, qu'il ne l'a absolument pas violé et que c'est elle qui lui fait des avances ! Tout au plus le sort réservé à ces tordus parait bien sage au regard de leurs actions. Mais peut-être que je cherche un peu trop à trouver des choses là où il n'y en a pas, et Charlie's Farm ne cherche pas à faire autre chose que recopier un autre grand classique, Les Griffes de la Nuit, avec la célèbre mise à mort de Freddy Krueger de son vivant.
Et de la même manière que les parents d'Elm Street sont poursuivit par leur victime des années plus tard, le meneur du lynchage contre les Wilson est hanté par ses propres actions et on le retrouve au bar à se noyer dans l'alcool, même trente ans après les faits. Jusqu'au dernier acte en tout cas, où il revient sur place pour sauver les campeurs et faire face à ses démons. Évidemment je raconte cela comme s'il s'agissait d'un point précis du scénario alors que sa réapparition permet juste un meurtre supplémentaire en fin de film, sans impact et sans avoir la moindre incidence sur l'ensemble de l'histoire. Pour le coup, c'est exactement le même soucis que le paternel en deuil de The Redwood Massacre.
Dommage car il aurait été intéressant de voir l'homme en partie responsable de la légende urbaine qu'est le massacre des Wilson se confronter au monstre qu'il a aidé à engendrer. Car si John et Merideth ne sont plus, leur fils Charlie est toujours vivant, laissé pour mort dans l'Outback, où un enfant normal ne pourrait pas survivre...



Exactement comme Jason Voorhees dans le second opus de sa saga, Charlie a été témoin de la mort de sa mère et n'a jamais quitté les lieux du drame. Il a élu domicile à proximité, dans une vieille mine abandonnée, et a grandit au point de devenir un colosse gigantesque doté d'une force démentielle, tuant tout ceux qui traine dans les parages pour protéger son territoire.  Malgré tout, Charlie a conservé quelque chose d'enfantin dans son comportement et n'est donc pas vraiment un adulte. Lorsqu'un couple en pleine baignade le surprend entrain de les espionner, il leur adresse un petit coucou de la main avec un grand sourire. Lorsque le type sort de l'eau, complètement nu, pour l'interpeller, Charlie éclate de rire à la vue de son pénis. Enfin, lorsqu'un de ses adversaires se révèle être un boxeur, il abandonne son arme et l'incite à venir se battre au corps-à-corps contre lui, pour s'amuser.
La performance de l'interprète, Nathan Jones, est sans aucun doute la meilleure du film et ce n'est vraiment pas un hasard sur Charlie est responsable des séquences les plus intéressantes. Alternant constamment entre un amusement puéril  et une rage monstrueuse, le personnage fait un Boogeyman tout à fait crédible, sorte d'ogre gigantesque, croisement improbable entre George Eastman dans Anthropophagous et André le Géant ! Ses méfaits sont visuellement très soignés et, que l'on ait affaire à du gore rentre-dedans ou à une mise en scène plus suggestive, sont très effectifs. Un type se prend un bon coup de hache qui fait mal, bien que la blessure soit invisible à la caméra, des gorges sont tranchées avec les ongles, une mâchoire est arrachée à la main... Quant à la Final Girl de service, elle se retrouve carrément empalée avec son propre fusil à lunette.



Quelques sévices sortent carrément du lot, notamment lorsque le tueur assomme une de ses victimes, la posant délicatement sur le sol pour ensuite pousser à mains nues un tracteur se trouvant à proximité, afin qu'une des roues lui broie la tête ! En raison du sol boueux, la pauvre ne meurt pas sur le coup et se retrouve "coincée" entre le sol et le pneu géant. Et Charlie de sauter à pieds joints sur le véhicule pour que le poids lui face éclater le crâne !
Le passage le plus mémorable semble carrément provenir d'un film d'Andreas Schnaas, montrant le géant émasculer d'un coup de machette le personnage le plus détestable du lot, ramassant ensuite le membre tranché pour lui enfoncer violemment dans la bouche jusqu'à étouffement. Le tout avec gros plans sur le moignon, coucougnettes poilues entr'aperçues et stouquette en plastique apparente !
Ce parti-pris graphique joue clairement en la faveur du film, qui se démarque alors de ses milliers de semblable qui n'affichent pas toujours la violence ou les maquillages nécessaires et perdent beaucoup en intérêt. Il faut dire qu'ici l'homme responsable du projet, Chris Sun, dirige également sa propre compagnie d'effets spéciaux (Slaughterfx) et compte justement là-dessus pour donner un peu de piment à son film. Bon dans l'idée, surtout dans l'esprit de série B à l'ancienne qu'il semble vouloir donner à son film, en hommage à ces vieux Slashers de vidéos clubs Cependant cela montre toutes ses limites de metteur en scène... Car les ambitions du réalisateur sont assez simplistes, voir même discutables: dans une interview donnée au site Sunshine Coast Daily, il avoue s'être endormie devant Wolf Creek et avoir voulu faire, grossièrement, la même chose mais en mieux. "Je voulais faire quelque chose qui aurait de l'action dès le début, dans la veine des classiques comme Razorback et Michael Myers, et ne pas avoir à attendre 40 minutes pour voir quelque chose" déclare t-il.



L'idée n'était ni de révolutionner le genre, ni de redorer le blason de l'Ozploitation, mais simplement de faire un film plus gore et plus rythmé que Wolf Creek, simplement parce que Chris Sun ne l'a pas aimé. Outre le fait que ce point de vue reste purement subjectif et pas nécessairement une vérité, et que la présence de Mick Taylor sur la pré-affiche face preuve d'une mauvais goût plutôt mesquin, on voit là que le cinéaste n'avait absolument aucune volonté artistique, aucune passion véritable, aucune envie de raconter une histoire.  Il désirait simplement faire un produit simple et bourrin, pillant dans ses références pour se prétendre old-school et affichant sa violence pour se débarrasser de tout effort de mise en scène. Un film d'adolescent en quelque sorte, qui se croit rebelle et transgressif, pensant faire mieux que son voisin juste parce que le style de celui-ci est différent et pas à son goût.
S'il est indubitable que Charlie's Farm gagne à être plus exagéré que Wolf Creek, devenant une série B assumée et évitant la redite façon "bête et méchante" du film de Greg McLean, je ne pense pas que cela en fasse un gage de qualité pour autant. Particulièrement quand Adam Green est déjà passé par là avec ses Hatchet auxquels le Slasher de Chris Sun ressemble par bien des aspects, mais en moins réussi. Moins fou, moins fort, moins bien foutu... Charlie's Farm à le cul entre deux chaises et se situe quelque part entre ces deux films, sans jamais parvenir à s'élever à leur niveau. Et c'est dommage car si on regarde bien, on peut voir que le réalisateur est loin d'être incompétent et qu'il possède même un certain sens du détail plutôt intéressant. Un degré d'attention sur des petites choses qui finissent par rehausser la vitalité de son univers et le placer un peu au-dessus des autres DTV conçus en vitesse.



La fameuse ferme de Charlie est couverte de messages laissées par de précédents visiteurs (et autant de victimes probables de l'antagoniste). Des tags et autres tel qu'on retrouves dans les lieux abandonnés ou visités de façon illégal. Une ambiance de squat avec bouteilles abandonnées, merde sur les murs et phrases inscrites partout. Quiconque a déjà fait de l'Urbex se sentira en terrain connu. L'air de rien, cela donne une certaine épaisseur à la légende urbaine du film, son historique et comment elle attire du monde.
Même chose avec l'antre secrète du colosse, sorte de version sérieuse de Massacre à la Tronçonneuse 2 où des guirlandes lumineuses viennent éclairer les couloirs garnis de cadavres en putréfaction, d'asticots et de toile d'araignées. Et à la manière du Tueur du Vendredi, le second Venredi 13, le colosse-enfant à dressé une sorte d'autel en l'honneur de sa mère, entassant un tas d'objets sur une table, juste devant son cadavre. Des bijoux, des trophées, probablement récupéré sur des victimes féminines, dans l'idée de les offrir en cadeau à celle qui l'a élevée. L'héroïne y retrouve justement son collier en explorant les lieux, réalisant que Charlie lui a volé pendant qu'elle était inconsciente, le récupérant ensuite dans une séquence qui fait vaguement penser au vol du pull-over de Madame Voorhees.
Les armes de Charlie sont clairement personnalisées en raison de sa taille et sa force, et les parents Wilson, véritables ploucs, sont loin d'avoir une apparence de citadin. John a un problème à l'un de ses yeux tandis que la dentition de Merideth trahie un manque d'hygiène. Ce ne sont que de petits trucs, mais ces éléments évitent le côté "préfabriqué" du cinéma et, si Chris Sun avait été plus impliqué, il aurait sûrement façonné un film bien plus intéressant.



Ici et là, quelques scénettes donnent un aperçu de cette "autre" Charlie's Farm. Comme lorsque l'antagoniste retourne en pleine nuit à la ferme pour récupérer son ourson en peluche, que l'une des visiteuses pensaient ramener chez elle. Se réveillant au milieu de la nuit, elle aperçoit dans l'obscurité une gigantesque silhouette se détacher dans l'encadrement de la porte. Comme lorsqu'une victime des Wilson, attachée sur un lit, est surveillée par ce gamin étrange et muet qui fait du cheval à bascule, totalement indifférent à ses cris et supplications. Comme lorsque résonne cette intéressante musique à base de chœurs et de piano, qui diffère totalement des ambiances sonores habituelles des Slashers.
Hélas tout ceci est enterré sous un manque d'originalité flagrant (les reprises à Vendredi 13, Massacre à la Tronçonneuse, Devil's Rejects, Hatchet, dont le réalisateur reprend jusqu'à la conclusion coupant abruptement, et La Colline à des Yeux 2 avec ce Charlie vêtu de peaux de bêtes, renvoyant à Hades) et des choix de mise en scène trop évident (le générique de début sous fond de rock, qui certes donne le ton mais ne colle pas avec les éléments plus subtiles du film). Le jeu d'acteur est globalement passable et Tara Reid se montre particulièrement crispante, comme à son habitude. Et si son personnage est supportable en début de film, car étant la seule à avoir un comportement "normal" vis-à-vis de ses camarades survoltés, elle devient vite insupportable quand la situation se dégrade, ne faisant plus que hurler, agir comme une nunuche et croasser des répliques ridicules avec son horrible voix enrouée.
Cela dit, il est toujours plaisant de voir cette "actrice" se faire trucider à l'écran et ce n'est pas tous les jours que je peux voir un film d'horreur où l'héroïne se prénomme Natasha !



Bill Moseley compose très naturellement son personnage de taré psychopathe et on pense presque, une fois encore, au Otis Firefly de chez Rob Zombie, en beaucoup plus calme. De toute manière il doit certainement savoir jouer ce type de rôle les yeux fermés et c'est probablement pour cette raison qu'il a été choisis. Kane Hodder joue bien également, mais sa présence tiens plus du caméo qu'autre chose. Il incarne un boxeur dont les scènes ont été filmées à part, probablement rajoutées après coup une fois que le cinéaste ait réussi à l'obtenir pour le film. Son personnage n'est globalement là que le temps d'une bagarre, afin de donner une chance à Charlie de s'attaquer véritablement à une icône de l'Horreur. C'est fun, mais pas aussi spectaculaire qu'on ne le croit.
Celui qui tir son épingle du jeu, c'est naturellement Nathan Jones. Intimidant et semblant s'éclater dans ce rôle de tueur barbare, celui qui s'est récemment fait repérer dans Mad Max: Fury Road où il incarnait le titanesque Erectus, n'en est pas à son premier galop d'essai. On le aussi bien aux côtés de Jackie Chan (Contre Attaque, alias Police Story 4) et de Jet Li (Le Maître d'Arme) que dans l'ignoble remake de Conan le Barbare, où sa carrure massive ne faisait cependant pas tâche. Un temps catcheur pour la WWE, incarnant tour à tour un véritable psychopathe et un disciple de l'Undertaker, il se retrouva face à son camarade Stone Cold Steve Austin pour les besoins du très recommandable The Condemned. Prochainement, il affrontera Michael Jai White dans Never Back Down 3, ce qu'il me tarde de voir...



Pas mauvais, et meme contre-exemple total d'un The Redwood Massacre complètement creux, Charlie's Farm reste quand même un petit film sans véritable punch, sans saveur particulière, aussitôt vu, aussitôt confondu avec ses semblables si ce n'est pour la scène du pénis tranché. Le résultat est loin d'avoir le côté démentielle et rentre-dedans que Chris Sun nous vendait dans son affiche, même si ça serait mentir de dire que le film n'est pas gore ou surprenant par instant. Seulement le budget réduit et les faibles ambitions du réalisateur viennent ternir le projet, qui jamais ne parvient à s'élever au niveau de son "ennemi" Wolf Creek, ni de ses modèles. Le produit se perd facilement dans l'océan de DTV existant sur le marché et ce n'est pas le ventre mou qui se situe entre la légende des Wilson et l'apparition de Charlie qui va aider les choses.
Reste un soucis du détail et cette volonté de rendre l'antagoniste iconique, qui fonctionne surtout grâce au physique de Nathan Jones et le fait que celui-ci ait choisi d'y aller à fond. Verdict: un fil passable, dispensable et oubliable, mais qui pourra malgré tout faire la soirée des amateurs du genre DTV en attendant Détour Mortel 7.





Pré-affiche du film.
A gauche l'original avec le look du tueur certainement emprunté à Nathan Jones au naturel. A droite une version sensiblement remaniée, Charlie y apparaissant tel que dans le film.

mardi 11 août 2015

Fansadox Collection #1 – Torture Brothel


Fansadox Collection #1
Torture Brothel


La BD et la pornographie, c'est une vieille histoire qui remonte probablement à la création de l'un ou de l'autre. Si la majeure partie de la population va s'imaginer des images et séquences "en vrai" à l’évocation du classement X, beaucoup on toujours été attiré par des représentations plus artistiques, qu'elles soient belles ou laides, érotiques ou vulgaires, artistiques ou paillardes. Après tout il y a bien une raison pour que des illustrateurs tels que Milo Manara, Luis Royo ou Paolo Eleuteri Serpieri (et sa Druuna) soient si célèbres. Le Japon, à travers ses doujinshis classés Hentai, est probablement le plus gros fournisseur dans le genre. L'Italie, pays de l'Exploitation avec un grand E, n'a pas seulement écumé les vidéos-clubs avec le cinéma Bis et s'est aussi fait une réputation dans les librairies de gares avec les inoubliables Fumetti, bandes porno-gores en noir et blanc où des scènes dignes d'un film cochon se mélangeaient à des gangsters ultra-violent, des extraterrestres sadiques et autres monstres sanguinaires. On a pu les découvrir chez nous, bien que souvent redessinés, censurés, à travers le délirant éditeur Elvifrance.
Même des œuvres plus sages ont fait montre d'un impact érotique certains, gagnant une notoriété sans doute plus grande ce faisant. Bien que ne contenant aucune séquence chaude, Barbarella est surtout connu pour sa machine à orgasmes et les stripteases fréquents de son héroïne. Des filles nues et violentées se retrouvent fréquemment dans les pages de Torpedo et les créateurs du tout public Lanfeust de Troy et toute sa saga n'ont jamais hésités à jouer des charmes de leur héroïne des Feux d'Askell, laquelle se déshabille constamment, se fait violer et castre quelques pervers avec les dents. La liste est tout simplement interminable et difficile à classer tant on peut passer, d'une œuvre à l'autre, de la simple nudité coquine mais détaillée à la banale scène de sexe, et jusqu'au délire SM plutôt corsé. 


Et de sadomasochisme il en est question avec Fansadox. Du sadisme tout court plutôt, comme le titre de la collection le laisse entendre. Absolument pas vendus en librairie, les numéros de cette série sont surtout connus pour leurs penchants extrêmes, fortement graphiques et moralement indéfendables. Dire que l'on a affaire ici à du Torture Porn est un euphémisme ! Après lecture, je peux garantir que ce terme, régulièrement employé au cinéma pour quelques films d'Horreur, n'a jamais mieux trouvé sa place que dans les pages de cette revue. On y viole, on y mutile, on y tue même, dans des orgies si violente que le terme BDSM semble être une aimable plaisanterie. Le ton de Fansadox est résolument hardcore, le "sexe" n'étant finalement qu'un élément bien secondaire dans cette orgie d'esclavagisme, de domination masculine, de racisme, et, osons le dire, de misogynie. Il faut dire que la collection ne s’embarrasse que de très peu de tabous et seule la pédophilie – peut-être – représente un interdit. Probablement plus par soucis de légalité des ventes qu'autre choses d'ailleurs, tant le site et les différents numéros mettent en avant le fait que les protagonistes de leurs histoires ont tous plus de 18 ans.
Mais Fansadox c'est quoi exactement ? A l'origine, une revue pornographique espagnole spécialisée dans le BDSM dessiné. Disponible uniquement dans de petits kiosques minables à Barcelone (et autres grandes villes du pays, on l'imagine), il s'agissait de magazines contenant chacun cinq ou six histoires écrites et illustrées par des images plutôt évocatrices. C'est l'éditeur DoFantasy qui se charge de sa publication (ou plutôt d'O Fantasy, puisque c'est la véritable écriture, référence évidente au célèbre roman SM Histoire d'O), publiant pas moins de 22 numéros avant de se diversifier dans quelques spin-offs (Sickest Comics, divers one-shots et même une version étrangère internationale avec Taboo Illustrated, chez Huslter). Parmi les histoires, quelques nouvelles mais surtout de la bande-dessinées. Des comics à suivre et confectionnés par différents artistes aux styles et fétiches des plus variés. Cela va de l'horrible au passable (souvent), en passant même par le sublime dans certains cas (rarement).


Il est pratiquement impossible d'établir un historique de Fansadox tant les dates et informations manquent. Mais visiblement l'éditeur à commencé ses méfaits aux alentours de 1998 jusqu'à passer par la case Internet vers l'an 2000. Conscient du potentiel international de son bébé, DoFantasy a décidé de créer une version téléchargeable et payante de son magazine directement en anglais, avant d'abandonner finalement le format pour privilégier la collection de comics où chaque histoire serait disponible en intégralité. D'où le nouveau titre de Fansadox Collection. S'il est indéniable que la première vague a vu le jour quelque part entre 2000 et 2003 (facilement identifiable par le titre du 20ème numéro, Harem 2003), je suis cependant incapable de dater ce premier numéro. Pour ce que j'en sais, la chose (appelons-là comme ça) a très bien pu être confectionnée bien avant et simplement réutilisé pour mettre en place un lancement immédiat dès la décision de créer la série. Après tout nous sommes dans une industrie où les auteurs ne sont pas bien regardant sur la qualité de leur travail (surtout en début de carrière) et n'ont que faire de leurs état de faits. Torture Brothel pourrait aussi bien se situer quelque part en 1998 et 2003 et, pour rendre les choses encore plus confuses, on peut voir que l'auteur à recyclé l'affiche de sa BD pour une autre, auto-édité sur son propre site !
Ainsi peut-on découvrir un mystérieux The Buyer, dessiné entre 2008 et 2009, qui pourrait aussi bien être une histoire indépendante mais utilisant la même affiche, une suite réalisée quelques temps après l'original, ou tout simplement d'un recyclage sous un autre titre, afin de revendre la même merde sans s'embêter avec quelques histoires de droits d'appartenance. Allez comprendre ! (et non, je ne me risquerai pas à faire un achat sur un site n'ayant pas été mis à jour depuis 2010, il ne faut quand même pas déconner).


Quoiqu'il en soit, la qualité franchement déplorable de ce premier numéro donne le ton à la collection et incarne toute la vilenie de l'entreprise. C'est violent, abject, franchement pas excitant pour un sou et aussi cru et frontal que le plus industriel des pornos californiens. Le vrai soucis de Fansadox, c'est surtout que la quasi totalité de ses titres se prennent beaucoup trop au sérieux, sont dessinés dans un style parfois si moches qu'ils en deviennent répugnants (et ce avant même que les atrocités commises par les protagonistes n'entrent en jeu) et injectent des thèmes fortement discutable. Qu'un homme ait des rapports violent avec une femme attachée est une chose, mais certaines histoires semblent faire preuve d'une véritable haine pour la gent féminine, qui dépasse le cadre de simples fantasmes brutaux. Tout aussi nauséabond est la manière fréquente dont les minorités ethniques sont montrées comme étant de véritables monstres prenant grand plaisir à humilier la femme Blanche.
A vrai dire ces analyses sont absurdes puisque tous les personnages masculins sont des violeurs sauvages assoiffés de sexe et de sang et que toutes les femmes sont de simples victimes sans personnalité, incapables de se défendre ou de lutter. La collection Fansadox est donc tout aussi dégradante pour l'un comme pour l'autre sexe. Et si l'on peut arguer que tous les auteurs sont des hommes, il faut savoir que ce sont des femmes qui sont à la tête de DoFantasy ! Incroyable mais vrai. Nuria Campins dirigea la société de ses débuts jusqu'en 2013, décédant d'une maladie, puis c'est sa sœur Begonia qui repris le flambeau par la suite...
Alors évidemment, il y a parfois des exceptions, des renversements de valeurs, et chaque histoire ne suit pas forcément la même formule. On y trouve des héroïnes fortes qui viennent à bout de leurs pathétiques tortionnaires, et certains antagonistes se révèlent être des femmes, dominatrice ayant le contrôle sur le mâle idiot. Parfois l'auteur préfère l'humour à la violence et force la caricature pour calmer le jeu. Enfin certaines réalisations échappent totalement au carcan Torture Porn BDSM de la collection et apparaissent comme des œuvres très intéressantes n'ayant pas grand chose à faire ici (c'est en particulier le cas avec le Jinni de Ferres).


Hélas ces exemples sont bien trop rares et, dans l'ensemble, une BD Fansadox poursuit toujours la même formule ad nauseam: des jeunes femmes sont capturées par quelques pervers, violées et torturées au-delà de tout réalisme et la conclusion montre souvent un échappatoire raté, ou un twist à la Contes de la Crypte qui vient apporter encore plus d'horreur à une situation qui n'en avait franchement pas besoin.
Alors certes, dans l'absolue DoFantasy n'a rien inventé et le marché du Hentai est saturé de doujins tout aussi glauques et sadiques (ou parodiques). Pourtant entre les commentaires raciales et les propos obscènes tenus par les personnages, les fétiches qui sont presque naturellement tournés autour de pratiques extrêmes et les Bad Endings quasi permanentes, Fansadox se montre finalement presque plus atroce tant moralement que techniquement.
Et quoi de mieux pour le prouver que chroniquer brièvement ce Torture Brothel, que l'on doit à un certain Aries et qui ne raconte absolument rien si ce n'est une série de sévices à peine racontables avec des mots ? "L'intrigue" (notez les guillemets) tourne autour d'un centre de détention de haute sécurité caché quelque part dans la jungle amazonienne. L'endroit n'est pas une véritable prison mais une sorte de club pour riches, qui peuvent y réaliser tous leurs fantasmes sur les "détenues". Des prisonnières qui sont en fait des jeunes femmes étrangères, des touristes sans amis ni familles qui sont kidnappées et livrées en pâtures aux clients du Torture Brothel (oui c'est littéralement son nom). Les pauvres y subissent toutes sortes de châtiments, leur vie n'ayant plus aucune valeur. Si un des tortionnaires va trop loin, tuant ou estropiant sa victime, il se contente de payer sa facture et libre à lui de recommencer avec une autre...
Ici c'est la pauvre Monique, une française (merci au site DoFantasy de préciser ce que l'auteur oublie de mentionner !), qui va avoir le malheur de subir les derniers outrages après qu'elle ait été sélectionnée par le sadique et révulsant Matanzas (ou plus exactement Severo Matanzas, baron de la drogue et millionnaire, merci au site DoFantasy pour...), lequel va en faire sa compagne d'un soir. Violée, battue et  torturée, Monique va être poussée jusqu'à ses limites pour rester en vie...


Et c'est a peu près tout ce qu'il y a à en dire. Du reste je peux citer les différentes formes d'humiliations qu'endure l'héroïne, mais en substance il n'y a rien au-delà de ce que je viens de résumer. Matanzas sélectionne une jolie brune (dans un costume SM rouge qui évoque sensiblement la tenue légère de Vampirella, mais je doute que Aries l'ait fait exprès) après avoir tripoté deux autres prisonnières. Il l'entraine dans un cachot tendance médiéval, où les rats prolifèrent et les squelettes d'anciennes victimes sont enfermés dans des cages suspendues, puis l'allonge sur un matelas tâché de sang pour l'attacher et la pénétrer par tous les orifices.
Le côté BDSM intervient à ce moment là, l'antagoniste n'hésitant pas à utiliser tout un attirail sur le corps de la belle: ballgag, ring gag, pinces à tétons, bougie allumée et enfoncée dans le vagin, anneau placé dans le nez, câbles électriques... Matanzas est parfois pris de crises de colères inexplicables, qui tiennent plus de la psychose qu'autre chose, n'hésitant pas à frapper Monique pour un rien et se vexant lorsqu'il n'arrive pas à la faire jouir après l'avoir violenté. Lui, par contre, est doté d'une endurance sexuelle inépuisable malgré son corps trop gros et peut enchainer un missionnaire, une sodomie et une branlette espagnole en quelques minutes avec un orgasme à chaque fois. Bien sûr, bien sûr.
Le supplice s'arrête un moment et Monique est laissée pour la nuit dans une cage, un étau à dents resserrant ses seins autour d'un des barreaux, car... Il faut bien justifier le "torture" du Torture Brothel, je suppose. Le criminel donne également l'ordre au personnel de maintenir la jeune femme éveillée quoiqu'il arrive et conclut ce tête-à-tête par un acte d'une grande classe, en urinant sur Monique. Tout ceci n'était évidemment qu'un avant-goût des festivités prévues le lendemain, qui vont prendre des proportions extraordinaires. Ceci, j'imagine, afin de justifier le côté "fantasme" établit par DoFantasy: le réalisme n'est ici qu'une option.


Nous découvrons brièvement les clients à mines patibulaires du Torture Brothel et, sans surprise, notre baron de la drogue tourmente une pauvre "serveuse" tout en taillant le bout de gras avec un quelconque général, sans doute le tyran local. L'héroïne le rejoint et s'ensuit une fellation qui se termine en deepthroat, une autre fellation réalisée dans une piscine avec Monique maintenue sous l'eau jusqu'à l'éjaculation (ce qui m'apparait comme hautement improbable, mais à ce stade là tout ce qui arrive me passe très haut au-dessus de la tête). Le clou du spectacle c'est l'apparition inattendue d'un étrange godemichet / totem qui m'évoque immédiatement El Vibro, de Vibroboy. Mais rien d'aussi marrant ici, la chose n'étant qu'un gadget vibrant que Monique doit lécher puis chevaucher pour s'offrir spectacle.
Des clochettes sont accrochées à ses tétons à l'aide d'hameçons (oui) afin que Matanzas soit sûr qu'elle fasse travailler ses hanches même lorsqu'il a le dos tourné, puis, dans ce qui doit être la séquence la plus surréaliste de la BD, utilise la fonction vibration afin d'imposer un orgasme à la jeune femme. Outre le fait qu'il est absolument impossible que Monique puisse ressentir le moindre plaisir étant donné sa position, la séquence semble être là pour faire écho à ce passage précédent où le criminel n'arrivait pas à lui donner du plaisir. Ici, il lui demande au contraire de ne jouir sous aucun prétexte car sinon il l'a livre en pâture aux crocodiles ! Et naturellement...
La dernière page de Torture Brothel, à la manière d'un EC Comics, montre la pauvre victime se retrouver dans une situation horrifique qui aurait tout à fait sa place dans une parodie porno de Saw. Monique est placée dans une cage, adossée aux barreaux, les mains attachées dans le dos. Elle se tient sur une jambe, levant l'autre pour supporter un lourd poids qui, s'il venait à toucher le sol, ouvrirait les portes de la cage pour laisser entrer les crocodiles ! Et l'antagoniste de lui révéler qu'il va la laisser ainsi toute la nuit: si elle survie, il l'achètera pour en faire son esclave personnelle. 


Et Torture Brothel se termine là, avec une mention "To be continued" probablement mensongère car jamais Fansadox Collection n'est revenu sur le triste sort de Monique. A moins peut-être que la suite se trouve quelque part parmi la centaines de "comics" pondus par l'auteur sur son site personnel, peut-être justement le The Buyer que j'évoquais plus haut ? La vérité est ailleurs et je n'ai absolument pas envie de la chercher. De toute façon, il est un fait avéré que les histoires publiées par Fansadox ne connaissent de séquelles que si la vente de l'original a été un succès. Et je doute sincèrement que Torture Brothel ait connu le moindre enthousiasme, même chez les lecteurs les plus pervers de DoFantasy.
Très franchement, que dire de plus ? Faire étalage de toutes les immondices de ce numéro m'a permis de gagner quelques lignes mais, vous en conviendrez, ce n'était que du vent. Fansadox Collection présente du BDSM sadique, violent, très loin de simples relations sado-maso et, en fait, très loin de simples relations sexuelles. L'acte semble n'être qu'un détail, relégué au rang d'instrument au même titre que les hameçons et les bâillons utilisés par le "héros" de l'histoire. Tout n'est qu'humiliation et domination, avec une vulgarité crasse (j'ai préféré garder sous silence les provocations incessantes de Matanzas, mais pour la forme voyez plutôt: "You and I are gonna roll around like horny pigs." Voilà, voilà...) et une sériosité plutôt déroutante.
L'intrigue, évidemment, n'est qu'un prétexte et on n'apprend strictement rien de la prison, de son personnel ou des prisonnières. Si ce n'était pour un texte d'intro avant la BD et deux ou trois mots lâchés sur la fiche BD du site, on ne saurais même pas où se déroule l'action ! Tout au plus l'auteur pense t-il à introduire les crocodiles un peu avant la conclusion, en dévoilant  quelques uns enchaînés à l'extérieur du Torture Brothel sans doute pour dissuader les captives de toute évasion, et une scène très brève montre un "groom" (vêtu d'une tenue réglementaire mais restant désespérément sans pantalon, son pénis pendant mollement entre ses jambes !) s'occuper de préparer Monique, la lavant, l'habillant et la violant afin de vérifier l'état de ses orifices.


Et comment décrire le coup de crayon de Aries... ? La seule chose qui me vient en tête, ce sont ces dessins fait à la va-vite sur les manèges de fêtes foraines miteuses, aux proportions discutables, aux couleurs éclatantes même là où il ne le faudrait pas, et semblant toujours emprunter un personnage ou un élément à une œuvre connue du public. Du dessin "bootleg" dont les traits déformés évoquent justement une figurine pirate mal sculptée. C'est laid, désagréable à regarder et je dois vraiment me retenir de ne pas dé-saturer les images ici-même afin de les rendre moins flashy. Cet aspect "train fantôme" n'en est que plus fort lors des scènes de violence, chaque blessure, chaque pénétration faisant jaillir des litres de sang, épais et rouge vif, du corps de Monique.
Personnellement le style du dessinateur me rebute énormément et m'apparaît vraiment comme le fond du panier, DoFantasy ayant sûrement préféré lancer sa collection avec quelques auteurs un peu moins coûteux avant d'embaucher quelques vétérans plus appréciés (Gary Roberts) ou plus talentueux (Fernando). J'imagine que c'est une question de goût, mais le côté cartoon et caricatural de Aries me semble plus en phase avec les petits sketches satiriques de journaux comme Fluide Glacial ou Charlie Hebdo qu'à la bande-dessinée X.
Détail amusant toutefois, on peut ici clairement voir que les bulles de dialogues ont été rajoutées après-coup, détonnant fortement sur les planches. C'est, chez DoFantasy, une pratique visiblement courante et en fouillant dans les options de certains fichier PDF des autres numéros, on peut en trouver une qui permet justement d'éliminer textes et ballons, ne laissant des comics que les dessins. Et étrangement, dans la plupart des cas les revues passent beaucoup mieux ainsi ! L'enchainement des séquence se suit d'elle-même et l'absence de discussions risibles et injurieuses vient rendre l'ensemble un poil moins vulgaire, plus proche d'un artbook pornographique où le trait de l'artiste et la force brut de ses compositions se suffisent.

 
On voit d'ailleurs très souvent que les dialogues ne compte pour rien, les héroïnes passant leur temps à hurler et les tortionnaires à insulter, sans que cela n'apporte quoique ce soit de plus. Il est évident qu'un illustrateur n'est pas nécessairement scénariste et, dans le milieu du X, c'est sans doute encore moins le cas (on peut sûrement affirmer que, pour beaucoup des auteurs, DoFantasy n'est qu'un boulot alimentaire et qu'ils ne s'impliquent qu'un minimum dans les projets). Je me demande alors si ce sont bien eux qui s'occuper des dialogues tant ils ne semblent être là que pour faire du remplissage. Il serait plausible de supposer que les dessinateurs se sont contentés de réaliser leurs planches en suivant une trame vaguement définie, et qu'un employé a ensuite rajouté le texte au montage final, ajoutant ce qui lui vient en tête à la lecture, pour libérer l'artiste et faire gagner du temps à l’industrie...
Quoiqu'il en soit. Fansadox, et tout particulièrement ce premier numéro, c'est de la merde. Certes les habitués de l'Exploitation ne seront pas nécessairement choqué du résultat, et quiconque s'est enfilé la collection Gore de Daniel Riche sera immunisé aux sévices qui leur sont présentés (car au final tout ce qui arrive ici n'est pas plus traumatisant que, par exemple, la séquence d'intro de La Mort Putride de Fétidus). Pour autant cela reste tout de même détestable à tous les niveaux et ne peut être lu qu'avec beaucoup de distanciation, en mode "lecture nanarde" (oui, ça prend un D au féminin, j'ai vérifié).


Quant à la question "pourquoi s’embarrasser à chroniquer une telle purge ?", c'est simple: j'ai fréquemment des blocages sur mes articles et il peut parfois se passer des semaines, voir des mois, avant que je ne parvienne à finir un papier. Et sous l'ampleur de la tâche il m'arrive de baisser les bras. En faisant une chronique rapide sur un sujet aussi nauséabond, je m'expose à des commentaires de la part des fans(adox) comme des choqués, et à la surprise de mes collègues qui risque de me bannir de leurs rangs. Autant dire que je suis alors très motivé à rattraper mon retard et à enterrer ce texte en publiant de nouvelles choses plus intéressantes, en espérant que personne n'ait rien vu !
Me voilà donc contraint de revenir rapidement sur Charlie's Farm et Cobra, qui trainent depuis trop longtemps, et de me remettre à jour dans mon travail.