lundi 20 juillet 2015

Toxic Crypt – Toujours plus de sites sanglants !

Ce que j'aime, lorsque je suis cité par les copains, c'est que je peux rajouter un article à ce blog sans vraiment avoir quoi que ce soit à écrire. Tout le travail est déjà fait, je n'ai plus qu'à faire une capture d'écran et ajouter quelques mots pour donner du contexte, et voilà !

Une fois encore c'est donc Rigs Mordo, de la plus que célèbre Toxic Crypt (si, si, marrez-vous, mais Lloyd Kaufman est passé par là, Uwe Boll a bien failli faire coucou et je préfère oublier les autres pour ne pas être jaloux), qui m'offre du contenu en évoquant L'Imaginarium dans un article qui date maintenant de deux ou trois jours. Oui je sais, si c'était si simple de pondre un nouveau billet de ce genre, pourquoi avoir mis aussi longtemps ? Et bien disons qu'entre-temps il y a eu The Redwood Massacre et l'envie aussi soudaine qu'imprévue de le chroniquer...

Quoiqu'il en soit, voici donc un lien d'échange vers la Toxic Crypt, pour la remercier d'évoquer ce coin de blog, et je vous invite donc à retrouver également les autres sites et zones d'échanges qui sont y sont listés. Vous en trouverez certains dans la section "Liens & Contacts" de la colonne de droite, et pour les autres ça sera l'occasion de les découvrir.


[Ciné] Terminator Genisys (2015)


Terminator Genisys
(2015)
Mega CGR Centre, Tours (37)



dimanche 19 juillet 2015

The Redwood Massacre (2014)


The Redwood Massacre
 (2014)


The Redwood Massacre, qui nous vient d’Écosse, réussi l'exploit d'être le film d'horreur le plus basique, le plus simpliste et le plus cliché qui ait jamais existé. La structure du Slasher à l'état pur, brute, dépouillé de la moindre originalité, de la moindre innovation et de la moindre surprise. Il faut dire, après des décades d'existence, le genre peut paraître difficile à renouveler et il existe un grand nombre d'autres œuvres du genre où il ne se passe pas grand chose. Mais ici la faute en revient véritablement au dirigeant du projet, visiblement plus soucieux de s'occuper du film sur un point technique que sur le fond, ou même la forme.
Un Slasher possède au moins un élément qui permet de l'identifier parmi les autres, de lui donner un semblant de substance ou un aspect visuel intéressant. Il peut s'agir de l'origine du tueur, surnaturelle ou réaliste, du lieu d'action, en huis clos ou en pleine nature, de l'aspect des armes qui sont utilisés tout comme de la violence, plus ou moins forte selon les envies. La narration peut épouser le point de vue du tueur, des victimes ou de la police, opter pour un twist final inattendu ou une conclusion définitive. Bref, le genre à beau être extrêmement codifié et suivre une formule toute faite, il reste facilement exploitable à tous les niveaux.
Ce n'est pas le cas avec The Redwood Massacre. Celui-ci narre l'habituelle intrigue du meurtrier caché dans les bois et massacrant les randonneurs qui croisent son chemin, mais s'arrête purement et simplement à ce simple postulat.


Tant est si bien qu'il est difficile de dire quelque chose à propos du film, si ce n'est que le spectateur connaisseur y retrouvera divers éléments déjà utilisés, en mieux, ailleurs. La genèse du tueur est simpliste, intéressante mais jamais exploitée au-delà de sa présentation, et on ne sait pas vraiment si l'intrigue verse dans le surnaturel ou non. Les meurtres sont d'une grande banalité, à la fois sanglant et sage puisqu'ils n'offrent rien d'autres que quelques (grosses) giclées de sang, les personnages sont littéralement inexistant au point que le nom de l'héroïne n'est pas prononcé avant une quarantaine de minutes et beaucoup se rangent dans la case des protagonistes immédiatement détestables. Une pratique malheureusement beaucoup trop courante à notre époque, empêchant alors toute implication du spectateur qui va simplement espérer voir disparaître tout ce beau monde le plus vite possible.
Aucun revirement scénaristique ne vient troubler le déroulement des évènements et nous assistons ainsi à un enchainement de meurtres extrêmement prévisibles et répétitifs jusqu'à ce que la Final Girl se rebiffe. S'enchaine l'habituelle fausse mort de l'antagoniste dans le dernier acte, puis l'ultime confrontation. Une dernière punch-line, générique, et c'est dans la boite. Oubliez les décors, qui se limitent à une forêt et à une grange tout ce qu'il y a des plus ordinaire (je parle de celles qu'ils vous arrive sûrement de croiser en campagne, généralement vides et très ennuyeuses à regarder), quant au facteur "sexy" à base de nudité... Et bien disons qu'il n'y a pas de nudité.


Absence également d'un véritable jeu d'acteur car le casting se compose d'amateurs, et la mise en scène n'ira jamais plus loin qu'un cadrage simple et soigné (ce qui est déjà pas mal en soit et assure au moins de belles images). Il faut dire que nous ne sommes pas là dans un simple DTV et que The Redwood Massacre fait partie de ces productions indépendantes réalisées avec un budget minimaliste. Un quasi film d'étudiants en fait, où l'équipe semble surtout faire attention à bien utiliser son matériel et un savoir-faire académique plutôt que de miser sur l'atmosphère, la direction artistique ou la prouesse technique. Des films comme ça on en voit désormais à la pelle dans le marché vidéo, au point qu'ils sont devenus majoritaires. S'il arrive parfois de découvrir de petites surprises, il faut hélas se rendre à l'évidence: presque la totalité de ces œuvres sont totalement inintéressantes, plates et dépourvues du moindre appeal visuel.
Pas évident du coup de s'intéresser à un produit de ce type, puisque l'on sait d'avance qu'il n'a quasiment rien à offrir. Le cas qui nous intéresse est même assez extrême puisque la banque surveillait étroitement l'évolution du budget en cours de tournage et que, sans compter les acteurs, l'équipe du film se limitait simplement à quatre personnes ! A partir de là, et malgré tous les défauts qui plombent le résultat final, je ne peux m'empêcher d'applaudir la petite bande pour être tout de même venue à bout du projet et avoir su faire quelques jolis plans avec leur tueur masqué.


Je pourrai presque clôturer ma chronique ici même tant The Redwood Massacre est dépourvu de toute richesse, mais je vais faire l'effort d'élaborer sur deux petits détails qui auraient pu donner quelque chose... si seulement le film avait bénéficié d'un vrai scénariste !
Le premier c'est naturellement le tueur lui-même, du moins ses origines telles qu'elles nous sont racontés à travers l'habituelle légende urbaine narrée devant le feu de camp. Il est donc question d'un brave fermier devenu fou sous l'influence d'une entité maléfique, ayant prit les traits d'un épouvantail et le poussant au meurtre de sa famille. Blessant mortellement sa femme avec une hache, il lui dévore les entrailles tandis qu'elle agonise avant de s'en prendre à ses enfants, puis finalement de se donner la mort. L'affaire semble close mais le corps du jeune fils a mystérieusement disparu, apparemment revenu d'entre les morts par la même force maléfique qui a poussé son père au crime...
Depuis lors, les évènements, connus sous le nom du Massacre de Redwood House, sont devenus une légende urbaine extrêmement populaire au point qu'il est de mise de venir camper dans les environs à chaque anniversaire. Bien évidemment, le mort-vivant rôde toujours dans les parages, massacrant quiconque s'aventure sur son territoire...
Rien d'extraordinaire et à vrai dire il s'agit ni plus ni moins d'une combinaison des antécédents de Madman Marz (pour le fermier devenu fou et massacrant sa famille) et de Jason Voorhees (pour l'enfant présumé mort et jamais retrouvé). Même physiquement, l'énergumène leur ressemble, abordant le look d'un colosse à la force herculéenne mais vêtu comme un redneck...


Il y avait pourtant de quoi bâtir une mythologie à travers ces divers éléments, entre le mystérieux épouvantail, le massacre original étouffé par la police, la légende urbaine et le festival anniversaire qui l'accompagne. Même la résurrection du tueur est ignorée par le réalisateur, qui limite tout cela à de vagues flash-back et des suppositions jamais confirmées. En fait, le tueur est dépourvu d'identité puisque jamais on ne lui donne un nom ou un surnom, comme si cela n'avait absolument aucune importance. Au générique de fin, il écope donc d'un "The Evil Maniac" on ne peut plus générique, justement. Et comme si cela ne suffisait pas, même son modus operandi ne semble pas avoir été clairement fixé, celui-ci agissant  différemment avec ses victimes selon les besoins du scénario. Le fait est que le film ne semble jamais savoir s'il doit donner dans le Slasher, le Survival ou le Torture Porn, et les actions de l'antagoniste changent de scènes en scènes. Dans certains cas, le "Maniac" va assassiner directement ses proies de façon méthodique. Parfois, il les séquestres pour les garder prisonnier dans son repaire, et va en sélectionner certains pour les torturer ou les achever directement. Même ses sévices semblent parfois l'ennuyer, puisqu'il lui arrive de perdre patience et d'en finir après quelques secondes. Enfin il semblerait que le bonhomme soit collectionneur à ses heures perdues, puisqu'on le surprend ranger une langue et quelques organes dans des bocaux. Mais cela n'arrive qu'une fois et on ne le voit jamais récupérer de trophées sur ses victimes le reste du temps.


C'est donc un beau gâchis que nous avons là, le metteur en scène préférant avoir à son service un pantin sans intérêt plutôt qu'un personnage à part entière. Et c'est malheureux car le "Maniac" avait au moins pour lui d'être imposant, l'acteur qui l'incarne disposant d'un physique similaire à Kane Hodder et lui reprenant justement sa respiration et ses mouvements d'épaules qu'il avait offert à Jason Voorhees. De plus il demeure très photogénique, son masque d'épouvantail évoquant carrément le Scarecrow du Batman: Arkham Asylum de Rocksteady, avec son design soigné. S'il n'avait aucune chance de rejoindre le panthéon des plus célèbres Boogeymen du cinéma d'Horreur, il aurait tout de même pu tirer son épingle du jeu.
Il n'est hélas pas le seul personnage sacrifié, et c'est justement le second point que je désirais évoquer. Un autre protagoniste fait son apparition en fin de métrage, père d'une victime d'un précédent massacre cherchant  vengeance, lequel aurait également pu relancer l'intérêt de l'intrigue si il avait été utilisé correctement. Homme sombre et désabusé, il ne prévoit pas nécessairement de survivre à sa confrontation avec le tueur et va jusqu'à lui tenir tête le temps d'un monologue intéressant. Problème, à peine débarque t-il qu'il trouve la mort en raison de la nunucherie de l'héroïne, incapable de prendre une décision en temps de crise (autant dire que c'est un soulagement lorsqu'elle se prend un bon coup de poing au visage par le meurtrier, à trop hésiter à utiliser son fusil !). Il y avait là du potentiel avec cet espèce de Capitaine Achab, mais The Redwood Massacre n'est pas le genre de film à traiter le sujet.


Et c'est là véritablement tout ce que je peux dire à propos de ce Slasher / Survival insipide. Je pourrai certes continuer de pinailler sur divers détails secondaires, comme le fait que l'anniversaire du Massacre promet d'attirer du monde alors qu'on ne découvre qu'un seul autre couple en guise de fêtard, que la tentative de rejouer la porte métallique de Massacre à la Tronçonneuse tombe à plat, que l'audio pose constamment problème (le même bruitage de lame est utilisé par chaque arme, et le cas se répète pour des hurlements ou des rires), mais cela servirait à rien. Pour le coup je préfère soulever ce petit détail amusant qu'est le T-shirt de l'héroïne, sur lequel est écrit "Vegetarian" en grosses lettres !
Dans le même genre il faut évoquer la conclusion, proprement hilarante, qui montre cette dernière être sauvée par un automobiliste pour mieux revenir à son point de départ. S'il est facile de penser que l'homme a volontairement ramené la jeune femme à Redwood House, avec le twist prévisible qu'il est lié au tueur d'une façon ou d'une autre, il se trouve qu'il n'en est rien: celui-ci s'est tout simplement perdu en chemin et à bel et bien tourné en rond ! La Final Girl va alors se réfugier dans une casse automobile sortie de nulle part, situé en plein milieu de la forêt, et se débarrassera du monstre en l'écrasant avec le véhicule qui pendait depuis une grue.
Alors évidemment, ça ne suffira pas au film pour sortir du lot et il est presque certain que le film demeurera totalement invisible, noyé dans le flot incessant de DTV horrifiques modernes qui paraissent tous les ans. Peut-être pas un mal à vrai dire, mais il est dommage que tel soit le destin du second film de David Ryan Keith, qui avait auparavant réalisé l'amusant Attack of the Herbals, où de l'herbe génétiquement modifiée par les Nazis servait de thé à la population d'un village, les transformant en zombies meurtriers. Pas un grand film, mais un essai beaucoup plus réussi et plus sincère que ce produit sans âme.


C'est sans doute pour cela que les responsables ont particulièrement soigné la promotion du film, présentant plusieurs affiches au look "rétro" plutôt séduisant, et mettant en avant la présence de pas loin de cinq "lauréats" pour vanter son importance. En y regardant de plus près, on constate que derrière les lauriers se trouvent de simples sélections officielles en festival (Dark Scream, Hot Spring Horror, Bram Stocker International, etc.) qui n'ont en fait absolument aucune valeur.
Du vent, à l'image de tout ce qui apparaît à l'écran. Mais effectivement ça fait joli, tout comme les quelques plans de ce tueur au masque d'épouvantail qui interviennent de ici et là. Toutefois, je ne peux absolument pas cautionner ce genre de pratiques mensongères pas plus que je ne peux recommander un film aussi insignifiant. Je ne saurais que trop vous conseiller de passer votre chemin, mais pour cela il faudrait déjà que The Redwood Massacre atterrisse dans nos contrées, ce dont je doute fortement...



GALERIE


 

 

samedi 11 juillet 2015

Mad Max vs. Fury Road

Compte-rendu que j'aurai pratiquement mis deux mois à pondre. J'étais presque persuadé que je finirai par abandonner et qu'il rejoindrait la section "fragments". Je n'arrivais pas vraiment à parler du film juste après la projection, visiblement c'est encore le cas maintenant ! Autant dire qu'une rétrospective Mad Max n'est pas pour tout de suite...


Je crois que je n'ai plus besoin d'expliquer a quel point je suis tombé dans le cinéma de Genre depuis que je suis petit. Très jeune, avant même de savoir lire, j'arpentais les vidéos-clubs aux rayons Horreur / Fantastique afin de découvrir et d'analyser le flot d'images horrifiques qui déferlaient dans mon esprit via les centaines de jaquettes exposées sur les étagères. Pour autant, je n'avais naturellement pas la permission de voir un de ces films et il m'a fallu prendre mon mal en patience, comme à peu près n'importe quel enfant fasciné par une culture qui n'est pas de son âge.
C'est probablement pour ça qu'un beau jour, alors que j'ai à peine une dizaine d'années, mon père fini par céder et me permet une de mes toutes premières incursions dans ce cinéma adulte, ce cinéma Rated R qui marque à jamais le spectateur. Ce qu'il me propose, alors que je suis indécis devant quelques productions dites "Famille", c'est de voir quelque chose avec un peu plus de punch. Quelque chose qui se rapprocherait de mon centre d'intérêt encore naissant. Il pointe du doigt deux jaquettes devant lesquelles je suis passé plusieurs fois au fil des ans: Mad Max et Mad Max 2. Les affiches et leurs illustrations, mettant en scène des hommes armés, vêtus de noir et semblant utiliser des véhicules de guerre, me transportent dans une autre dimension. Les films seront violent, je le sens. Secs, brutes, énergiques. Il n'y aura ni Bon, ni Méchant caricaturaux. Tout ce que je pressens, du haut de mes trois pommes, c'est que la Mort semble rôder autour de ces œuvres.
Pendant un instant, j'hésite totalement sur laquelle de ces deux cassettes je dois choisir et mon père me précise que je peux commencer par la suite sans que cela importe – ce qui je crois, m'est aussitôt confirmé par l'employé en charge. Toutefois, à cet âge là, on respecte les règles, on veut procéder de manière correct afin de parfaitement comprendre ce que l'on étudie, et je me décide à louer Mad Max premier du nom.


Le film que je vois est un choc total. A vrai dire je n'ai pas les yeux scotchés sur l'écran du début à la fin, car le stress est trop grand. Dès la course poursuite qui ouvre le bal, je réalise que je suis trop jeune pour voir ce film et qu'il peut subitement se passer n'importe quoi. La scène de la main coupée, pendant à une chaine derrière la voiture de l'héroïne, vient me le confirmer avec ce qui est un de mes plus vieux trauma de cinéphage.
Si l'expérience n'est pas totalement nouvelle (Les Dents de la Mer est passé par là, bien avant, encore plus sauvagement), elle reste marquante, terrifiante, et croyez bien que la semaine suivante je ne me suis pas du tout précipité sur Mad Max 2, de peur de revivre tout cela une seconde fois. Et il faut dire que de la part de quelqu'un qui n'a aucune idée de la différence qu'il y a entre ces deux films, Mad Max est un coup de poing plutôt méchant: le personnage le plus aimable du film se fait brûler vif, Max perd sa femme et son bébé, extermine tout le monde et clôture son aventure sur une note de sadisme comme je n'en avais tout simplement jamais vu. Le dernier plan du film, celui de Max qui conduit son Interceptor d'un regard vide, alors qu'une explosion apparait dans le paysage derrière lui, nous laissant songeur sur le sort de ce jeune motard pourtant pas si méchant que ça, me restera pour toujours.


Mad Max 2 viendra bien plus tard durant mon adolescence et fera son travail comme il se doit. Je me souviens toutefois avoir eu sur mes amis l'avantage de la vision du premier film, qui vient en rajouter une sacrée couche sur le monde apocalyptique qui nous est décrit. Si beaucoup s'amusent de ce monde délirant, un brin SM avec plein de voitures impossibles – et à raison, j'y vois là la progression tout à fait logique de Mad Max premier du nom, avec son héros perdu, solitaire et pouvant puiser au fond de lui la violence nécessaire pour survivre. J'ai pour Max une sympathie et une attirance un peu plus grande que mes camarades en raison de "notre" passif.
Naturellement le film marque tout autant, se grave pour l'éternité dans mon cerveau et prouve une bonne fois pour toute qu'une séquelle peu être tout aussi bonne, voir supérieure, à son original. Max, son chien, le Gyro Captain, le Feral Kid, Humungus et ce foutu punk braillard qui m'évoquait, à l'époque, celui des célèbres pubs de jeux vidéos ("Sega, c'est plus fort que toi") deviennent tout simplement immortels.
Mad Max et Mad Max 2 reviennent régulièrement au cours de ma vie, vision en VHS ou lors de diffusions télé, et seul Mad Max 3 m'échappe constamment. Un sacré agacement pour moi qui tient absolument à connaitre le destin du personnage, d'autant que cette fois ce sont les autres qui le voient avant moi. A mes questions toutefois, pas beaucoup de réponses: Mad Max 3 ne plaît pas, et j'en ferai la difficile découverte longtemps plus tard. Je n'ai plus aucun souvenir des conditions de visionnage, mais je parie que j'ai emprunté le DVD à mon grand ami Damien, qui était un temps devenu une sorte de fournisseur parallèle à ma cinéphagie.


Le film est mou, le film est triste, le film n'est plus violent et paraît même beaucoup trop adoucis. Le fameux combat contre Master Blaster me paraît mal foutu, le crash contre le camion est la redites de trop, les enfants sont à peine supportables et surtout l'histoire n'a aucun sens: pourquoi donc quitter un oasis paradisiaque pour rejoindre un endroit mystérieux dans ce monde infernal ? J'ai toujours vu les dernières images comme particulièrement cynique, les enfants découvrant les restes de la civilisation humaine en ruine, détruite par la guerre nucléaire. Eux qui vivaient une vie paisible, sorte d'Enfants Perdus de Peter Pan épargné par l'Enfer, les voilà perdus dans une zone irradiée, sans eau ni nourriture, avec le risque de périr sous les éboulements et les attaques des pillards.
Je découvris plus tard que Mad Max 3, n'est tout simplement pas Mad Max 3. Il s'agit en fait de Mad Max: Beyond Thunderdome, et comme l'absence de numérologie le signifie, est presque considérable comme un spin-off. Un "à côté" qui ne s'inscrit pas vraiment dans la continuité – et ce malgré le soucis du détail assez époustouflant, qui va jusqu'à donner à Mel Gibson un œil d'une couleur différente en souvenir de sa blessure à la tête gravissime de Mad Max 2. Un détail qui me le confirme nettement est l'apparition subite du Post-Nuke, c'est-à-dire le facteur nucléaire qui ravage le monde. Il n'en a jamais été question dans Mad Max 2, où la civilisation s'était écroulée en raison du manque de pétrole. L'introduction est même assez clair sur le fait que les hordes de sauvages qui ravagent le monde sont de simples brigands, les gouvernements étant tombés après la disparition du carburant et le chaos que cela à engendré. Le Wasteland, territoire désert dans lequel s'aventure Max, pourrait être considéré comme la zone la plus reculée de la planète, là où il n'y a plus autorité ni semblant d'ordre (ce qui était déjà présenté dans le premier film, la police étant clairement sur le déclin). Mad Max: Beyond Thunderdome reprend en fait à son compte un concept inventé par ses clones, des dizaines et dizaines de films américains et italiens qui forment désormais un genre à eux tout seuls. Une excuse qui permet de ne pas s’embarrasser de logique et de planter le décors immédiatement.


Sur un point beaucoup plus technique, ce troisième opus se démarque évidemment par son côté plus familiale et l'absence de véritable sauvagerie. Un choix étrange et qui déçoit forcément, indiquant clairement l'implication de Hollywood et de ses révisions absurdes. Car Mad Max 3 est cette fois une coproduction, ce qui explique beaucoup les modifications apportés à l'univers. Mais plus important est le fait que ce film là n'est pas réalisé par George Miller. L'homme s'est totalement désintéressé du projet suite à la mort de son ami Byron Kennedy, tué dans un accident d'hélicoptère durant les repérages. Il cède alors la place à George Ogilvie, qui est la véritable personne en charge du film, et se contente de mettre en boite les scènes de poursuite, par soucis d'intégrité.
Autant le dire, même avec les américains derrière les talons, le réalisateur aurait sans doute accouché d'une œuvre bien différente s'il avait continué malgré tout à filmer les errances de son Road Warrior. Au point que Mad Max: Fury Road semble être sa revanche sur la situation, puisqu'il revisite totalement l'intrigue de Beyond Thunderdome...
Les années passent et le désire pour un Mad Max 4 est toujours là. Longtemps les rumeurs courent: le film portera le nom de Fury Road mais ne mettra peut-être pas en scène Mel Gibson. On parle un temps du "fils" de Max, une supposition un peu stupide qui ne plaît à personne. Les années défilent, encore et encore, et Mel Gibson fini bel et bien par perdre son statut de guerrier de la route alors qu'il devient réalisateur, se perd dans des propos antisémites et prône son intégrisme religieux.
Mad Max 4: Fury Road n'ai pas et ne sera jamais. Car le film qui fini par être mis en scène par George Miller, quelques 30 ans après le dernier opus, n'est pas Mad Max 4. Il s'agit d'un reboot, d'une révision se situant dans une continuité différente. Un retour à la case départ qui ne présente finalement plus du tout l'anti-héros que l'on a suivi depuis tout ce temps. Si Max il y a, ancien flic, figure tragique et violente, il s'agit d'un tout nouveau personnage qui n'a plus du tout l'évolution de son prédécesseur...


Et comme il faut que j'attaque cette chronique de Mad Max: Fury Road, autant se lancer. Le titre, encore une fois, ne porte pas de numéro et peut encore une fois s'apparenter à un spin-off, une déclinaison difficile à situer. George Miller, malin (ou peut-être tout simplement sénile), va en jouer pour semer le doute, la confusion, et ainsi la curiosité. Tantôt suite, tantôt relecture, Fury Road se déroulerai "très longtemps après la trilogie", impliquant une continuité directe. Des détails viennent confirmer ces dires (Max possède son blouson de flic et sa blessure au genou issue du premier film, le background nucléaire de Mad Max 3 est ici rajouté comme découlant de la catastrophe annoncée dans le second volet), d'autres viennent les jeter par la fenêtre (l'Interceptor, irrémédiablement détruit à la fin de Mad Max 2, apparaît ici, l'enfant de Max n'est plus un bébé garçon mais une fillette, la cicatrice à la tête disparait – ce qui est assez significatif quand on sait le soucis du détail qui existe sur la saga). La vérité c'est que George Miller s'en tamponne bien de la continuité, de la chronologie. Ce qu'il veut c'est revisiter Mad Max et le Péplum, comme il devait le faire avec Mad Max 3, mais à plus grande échelle encore. Il veut un nouveau conte post-apocalyptique, configurer son univers en allant encore plus loin, n'ayant que faire de l'histoire de Max. Et à vrai dire il a peut-être raison puisque l'arc narratif concernant le personnage été normalement clôturé après Mad Max 2
Pour rappel des faits, Max Rockatansky était un homme sur la brèche depuis toujours, représentation d'une civilisation en danger et du retour imminent à la barbarie. Flic en patrouille sur les routes, il passait le plus clair de son temps à provoquer les hors-la-loi et à les neutraliser, se sentant finalement très proche d'eux. Trop à son goût, car il sentait qu'il n'y avait pratiquement plus de différence entre lui et ceux qu'il poursuivait. Après avoir perdu sa famille (du moins son fils, car jamais Max ne visita sa femme qui a survécu à l'agression, préférant se perdre dans un recoin sombre de son âme dès qu'il en a la "permission") il part à la chasse aux barbares et les extermines, puis s'aventure dans le Wasteland. Le désert. Si l'on prend en considération que l'intrigue se déroule peut-être bien en Australie, cela signifie qu'il quitte simplement son ancienne vie dans un moment de perdition, et se confronte à un monde tout aussi détruit que lui.
"You're happy out there, are you ? Eh ? Wandering ? One day blurring into another ? You're a scavenger, Max. You're a maggot. Did you know that ?" lui balance à la gueule Pappagallo lorsqu'il décide d'ignorer son peuple. Dans la seconde partie du film, après avoir failli mourir, Max retrouve son humanité, renaissant de ses cendres tel un Phoenix, et accepte une mission quasiment suicidaire afin de sauver les rares personnes qui en vaillent encore la peine. S'il ne part pas avec eux vers un monde meilleur, on pourrait tout aussi bien supposer qu'il s'en va retourner vers les grandes villes, le reste de civilisation qu'il avait quitté mais qu'il pourrait maintenant retrouver.


Il n'y avait pas besoin d'un Mad Max 3, Mad Max 1 et 2 formant finalement les deux chapitres d'une même histoire. Avec son côté cheap, son changement de direction et sa mise en scène super molle, Beyond Thunderdome aurait tendance à le prouver. Bien sûr on peut toujours supposer que Max n'a plus nulle part où aller malgré tout, et si on ne parle pas de thématique, d'histoire, mais simplement d'univers, ses errances pourraient le conduire vers cette nouvelle aventure. C'est grossier mais plausible. Cependant George Miller ne semble absolument pas intéressé par l'idée de raconter une nouvelle aventure de Max. Ce qu'il aime c'est l'univers post-apocalyptique qu'il s'est construit au fils des films, c'est ce monde fou, meurtrier, violent, celui qui m'apparaissait rien qu'en regardant les affiches alors que j'avais une dizaine d'années et que je n'avais pas la moindre idée de qui était Max Rockatansky.
Et voilà tout mon sentiment sur Mad Max: Fury Road. Ce n'est pas Mad Max 4, c'est bel et bien juste Fury Road. En fait les personnages de Furiosa et Nux semblent être les acteurs principaux de cette nouvelle intrigue, d'une génération bien plus lointaine que celle du Road Warrior. J'en veux pour preuve tout ce monde qu'à construit le créateur pour ce nouveau volet: les antagonistes ne sont plus des pillards mais bel et bien une société qui s'est développée après des années d'évolution, dirigeant des villes et des ressources différentes (respectivement eau, essence et munition, les denrées les plus importantes de cet univers). Le langage s'est modifié au point que certains mots sont des créations provenant de reliques de l'ancien monde (comme le McFestin du Valhalla), prouvant que l'époque du Mad Max original n'est plus qu'un passé lointain que seules de vieilles dames se remémorent.
En fait je soupçonne fortement que le scénario original, qui a probablement maintes fois été modifié durant les années, ne mettaient pas en scène Max dans un premier rôle. Une rumeur, justement, voulait que Mel Gibson n'ait qu'un caméo, une apparition, à un moment donné du film, histoire de faire le lien. Nux et Furiosa devaient sans doute être les véritables protagonistes tentant d'échapper à Immortan Joe, d'abord ennemis puis décidant de faire une trêve avant de se rejoindre tout simplement par la force des choses. Plusieurs fois le film semble évoquer cette idée, la séquence qui l'illustre le mieux étant la première poursuite du camion, avec sa conclusion juste après la tempête.


La façon dont je visualise la chose, c'est que Nux y poursuivrait courageusement Furiosa à travers l'orage, pensant avoir été choisi par cette quête lorsque Immortan pose les yeux sur lui. Il prépare son suicide afin de la stopper mais se fait mettre hors course au dernière moment (dans le film, même si Max est techniquement celui qui l'empêche de se faire sauter, c'est Furiosa qui le neutralise en défonçant son véhicule). Plus tard, ayant survécu et rattrapant le groupe de jeunes femmes, il tente d'avoir le dessus mais blesse accidentellement celle qui est enceinte. Et comme le déclare Furiosa à Max, il sera probablement puni pour avoir osé abîmé la "préférée" du tyran, le contraignant alors à partir avec elle s'il veut avoir la vie sauve (ou ne pas être déshonoré, dans le cas de Nux).
Le reste de cette version se retrouve quasiment tout au long de Mad Max: Fury Road, moins les quelques modifications qui furent apportées par la suite. Le concept d'un vieux Max s'intègre parfaitement dans cette logique, notamment avec la différence de langage qu'il y aurait eu entre les personnages (Max, s'exprimant normalement, et les nouveaux, plus jeunes, adoptant un langage évolué). 
Cependant Miller (ou ses producteurs) ont besoin de Max. Très certainement pour faire vendre le film. Cela met Nux en retrait et, toutefois, j'arrive presque à caser là-dedans une autre rumeur qui voulait que le "Max" joué par Tom Hardy ne soit pas celui de la trilogie originale, mais un imposteur. Un vagabond utilisant son nom, peut-être volontairement, pour évoquer la "légende" autour du personnage, ou fuir son propre passé. L'apparition de Mel Gibson aurait alors eu une autre signification, la rencontre entre le vrai Max et le nouveau pouvant être perçu comme une façon de passer le flambeau. Encore une fois il n'en sera rien et le Max de Fury Road est considéré comme étant le vrai Max. Non seulement ça, mais aussi le Max que l'on connait, celui des premiers films.


Le réalisateur s'explique en disant que, pour lui, son anti-héros ne peut pas être vieux, qu'il est un homme forcément dans la force de l'âge. En réalité, le fait que ce Max soit décrit comme un flic, avec la même apparence que son prédécesseur, n'est finalement qu'une stratégie marketing. Miller ne s'en cache pas et c'est exactement pour la même raison que l'Interceptor atterri dans le film alors qu'il est censé avoir été réduit en miettes. C'est parce que, pour l'inconscient collectif, pour la masse, Mad Max se réduit à trois choses: des poursuites en voiture, un flic en blouson de cuir et l'Interceptor avec son moteur apparent. Et puisque Mad Max: Fury Road et ses créateurs visent le succès au box-office, il faut donner au public ce qu'il veut et tant pis pour la logique.
Tant pis si Max se présente comme étant un ancien policier dans un monde où la civilisation en tant que telle n'existe plus depuis bien trop longtemps. Tant pis si tout le monde autour de lui s'exprime d'une manière différente, voyant la Terre d'autrefois comme une légende dont ils ne comprennent plus le fonctionnement, alors que Max était bel et bien là à cette époque. Oublions la continuité, oublions les incohérences, oublions tous les soucis que ce parti-pris engendre dès que l'on y réfléchis plus de deux secondes. Tout le monde, George Miller le premier, les spectateurs les seconds, se mettent d'accord sur le même argument: on s'en fout, ça ne compte pas, ça n'importe pas. Tout ce qu'on veut c'est des cascades, de l'action, de l’esbroufe. 
Niveau écriture, c'est quand même très mauvais, pas loin du glissement temporel improbable de cet ignoble Texas Chainsaw 3D, avec son héroïne née en 1974 mais ayant toujours une vingtaine d'années en 2012. Pourtant, ici, apparemment ce n'est pas grave. Mad Max a un passe-droit car il est bien fait. Alors que The Avengers: Age of Ultron et Fast and Furious 7 en prennent pour leur grade, eux-même dotés de scenarii troués comme des passoires et prétextes aux scènes d'action les plus folles, Fury Road est vénéré pour sa réalisation à l'ancienne, rentre-dedans et n'ayant recours aux CGI qu'au strict minimum. En somme tout le monde, du journaliste de cinéma expérimenté au petit Kevin décérébré, fait la différence entre le cinéma creux d'Hollywood, et celui, doté d'une âme et de couilles, de Miller.


Ils sont même tellement subjugués qu'ils en oublient, au passage, le résultat dégueulasse qui reste encore très apparent tout au long du film. D'une tempête de sable illisible à l'incrustation dégueulasse de cette petite fille spectrale, façon films de fantômes japonais, en passant par une colorimétrie gentiment factice tant elle a été rehaussée à l'ordinateur, on ne peut pas dire que Mad Max: Fury Road se démarque techniquement de la concurrence. Peut-être aurait-il fallu éviter de filmer à la caméra digitale moderne, dont l'image lisse, parfaite et retouchée, ne parait pas plus différente de d'habitude. Sans parler de l'utilisation de la 3D qui, de temps en temps, oblige l'intégration de quelques plans gimmick d'une ringardise et d'une nullité quand même franchement éprouvante. Pour tout dire, lors du final et de la destruction d'un certain véhicule, j'ai eu des flashes des Dents de la Mer 3D: un volant en images de synthèses vient léviter devant nous au ralentis, exactement de la même façon que les mâchoires du requin venaient s'éjecter jusque devant l'écran...
Alors bien sûr tout cela n'est finalement que du détail sur l'échelle du film, et effectivement il est tout aussi stupide de ce moquer de ces CGI ridicules que de vanter l'absence "totale" d'effets numériques comme le font certains. Personnellement la consommation régulière de production Asylum m'a suffisamment blindé pour que je fasse avec. Pour autant, papy Miller ne s'en sort pas toujours aussi brillamment qu'on veut nous le faire croire et certains défauts de réalisation viennent même brûler les yeux tant ils apparaissent grotesques. Ce sont les Speeded Up Scenes notamment, ces accélérés dont est très adepte le metteur en scène, mais qui prennent ici des proportions alarmantes.
Au début notamment, lorsque Max s'échappe dans la tanière des War Boys, courant sans savoir où il va. Ce qui devait être une scène stressante, étouffante, évoque un sketch de Benny Hill ! Plus sérieusement, durant la séance, j'ai failli me lever de mon siège pour prévenir le projectionniste que quelque chose clochait... avant de réaliser qu'en fait non. Ce qui, avant, étaient des moments très brefs mais déjà quand même bien bancal (le lancé de boomerang et le crash d'Humungus dans Mad Max 2 par exemple) deviennent ici un sacré handicap.


Mon degré d'implication étant fortement amoindri en raison du trifouillage peu honnête de l'univers, et la forme me semblant finalement loin d'être aussi parfaite et poli qu'on me la vend, que me restait-il de ce Mad Max: Fury Road finalement ? Certainement toute l'intrigue et les personnages, cette évasion désespérée de quelques femmes qui ne veulent plus être asservie par un dominateur inhumain et pathétique. Le côté presque Heroic Fantasy, à la Conan, le barbare de Robert E. Howard, auquel le film se rapproche beaucoup finalement. Après tout, l'écrivain ne racontait jamais la vie de son Cimmérien, mais plutôt des histoires dans un univers vaste et très riche, utilisant Conan comme un simple moyen de narration. Celui-ci, tantôt protagoniste principal, tantôt en retrait, se promenait d'une histoire à l'autre sans qu'une chronologie véritable ne soit retranscrite. Howard présentaient ses nouvelles comme des "chroniques" qui pouvaient être lues dans l'ordre que l'on voudrait.
De manière amusante il existe depuis longtemps une théorie autour de Max Rockatansky qui est similaire. Elle part du principe que le Max que l'on croise dans chaque film n'est en fait pas le même, les histoires présentant juste un héros se retrouvant impliqué malgré lui dans une situation qu'il fini par dénouer, et obtenant un statut héroïque se faisant. "Max" serait en fait un nom générique utilisé par les conteurs, faisant de chaque film une aventure à part. L'idée est née de Mad Max 2, où l'intro et la conclusion font intervenir un narrateur très âgé dont la mémoire peut lui jouer des tours et qui se révèle être le Feral Kid, témoin forcément trop jeune des évènements du film.
Vu comme ça, Mad Max: Fury Road fonctionne très bien et j'aurai certainement pu suivre son histoire avec plaisir... Si seulement il ne s'agissait pas que d'un remake à peine caché de Mad Max 2 ET Mad Max 3. Chaque élément du scénario peut être décodé et réattribué à l'un ou à l'autre film, du convoi en camion à la recherche d'un Paradis terrestre caché dans le Wasteland, en passant par la présence d'une cité-essence.
Bien trop de fois le film fait écho à ses prédécesseurs au point que l'ensemble prend des airs de gros patchwork: la boite à musique, le fusil dont le coup ne part pas, l'entrée finale vers une Terre Promise longtemps convoitée, le Thunderdome lui-même, bel et bien présent mais reconverti en harem. Quant aux War Boys / War Puppies, leur look d'albinos aux cernes noires est tout simplement une reprise du jeune Scrooloose de Mad Max 3. Associé au fanservice, comme les yeux exorbités, la tête du Gyro Captain visible sur un pique, les cheveux longs de Max ou le boomerang reconverti en hache de guerre, tout cela confère à l'ensemble un côté "recyclage" franchement déplaisant.

Scrooloose (Mad Max: Beyond Thunderdome)

N'en ressort alors qu'un soupçon d'intrigue, vague fil rouge qui évoque surtout un jeu de rôle ou un jeu vidéo, venant presque me confirmer que si Miller à su dépeindre un univers, il n'avait absolument rien d'autre à proposer. Le réalisateur à créé un monde, mais celui-ci semble plus convenir à un MMORPG ou une série de romans, ne pouvant finalement rien explorer des divers éléments qu'il a mis en place en un simple long métrage. Le marais, la nouvelle Gaz Town, la cité des armes à feu, les enfants de Immortan Joe et la légende qui entoure celui-ci (soit-disant considéré comme immortel par tous, du moins c'est ce que chaque spectateur rapporte de sa vision du film, mais est-ce seulement évoqué une seule fois en cours de film ?). Le bras bionique de Furiosa est probablement l'élément le plus représentatif de tout ça, sorte de prothèse confectionnée à partir de débris métallique récupéré ici et là, mais fonctionnant comme la plus futuriste des appareillages. La chose semble rétro et devant être opérée manuellement, ce qui n'est pas le cas, mais ne propose pas non plus de bruitages de servo-moteur ou autres batteries automatisées. En gros, on est tenu de croire que ramasser trois bout de fer et les faire tenir avec du scotch permet d'obtenir une main-robot fonctionnelle, exactement comme Ash dans L'Armée des Ténèbres ! Si c'était encore crédible dans ce dernier film en raison du ton hautement comique et surréaliste de l'univers, ici c'est surtout totalement incongru. Un intru qui aurait plus eu sa place dans un Fallout que dans Mad Max.
Alors que Fallout 4, justement, vient récemment d'être annoncé, Mad Max proposera également son jeu vidéo équivalent, visuellement totalement ancrée dans ce Fury Road plutôt que dans la trilogie précédente. De là à dire que ce nouveau film est une gigantesque pub... Non, certes, ça serait être de mauvaise foi. Mais il faut reconnaitre le décalage. D'ailleurs, même l'équipe chargée du marketing devait être totalement perdu puisque, durant le début de la promotion, une affiche est sortie montrant Tom Hardy portant avec lui son oreillette Bluetooth, les responsables pensant peut-être qu'il s'agissait là d'un autre morceau de technologie improbable ajouté à l'univers Mad Max... Manque de bol, c'était juste un gadget appartenant à l'acteur qui écoutait de la musique pendant son travail !


Bref. Il n'y a, en substance, absolument rien dans Mad Max: Fury Road, tout a été déjà fait, déjà vu, que ce soit avec les films précédents, ou durant les années précédentes au cinéma. C'est sans doute pour ça que beaucoup on cherché à soulever le côté sexiste ET féministe du film, via les personnages de Furiosa et des jeunes femmes avec qui elles s'échappent. Peine perdue, tout ça c'est du vent, car ce nouvel opus est tout sauf sexiste. Ou féministe. Furiosa est un personnage intéressant, une femme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, bad-ass, et oui c'est effectivement beaucoup trop rare pour ne pas être signalé. Mais ce n'est pas non plus unique, cela existe ailleurs. Non, Fury Road n'est pas plus son film que Max puisque les deux se retrouvent totalement à égalité en terme d'apparition à l'écran qu'en importance vis-à-vis de l'action ou des enjeux. Elle est juste un autre personnage principal, simplement. Et d'ailleurs, ce n'est pas la première fois que cela arrive dans la série, puisque je crois me rappeler d'une autre femme guerrière redoutable et charismatique (la Warrior Woman tout en blanc de Mad Max 2, s'opposant d'abord à Max avant de faire une trêve avec lui en reconnaissant son utilité face à l'adversité) et une autre leader parfaitement féminine et intelligente (celle incarnée par Tina Turner !).
Les autres héroïnes, perçues par les uns comme des femmes en détresses possédant presque honteusement un physique de mannequin, et par les autres comme des femmes fortes capables d'en remontrer à leurs adversaires masculins, sont également ciblées plus qu'elles ne devraient l'être. Il s'agit de personnages secondaires, et c'est à peu près tout. Elles évoluent en cours de film, passant d'évadées apeurées, n'ayant plus eu contact avec le monde extérieur depuis un bon moment, à combattantes utilisant armes et stratégies pour arriver à leurs fins. Ma scène préférées montre justement l'une d'elles, la brune qui était tentée de rejoindre Immortan Joe lorsque tout semble perdu, faisant montre de lâcheté. Vers la fin du film, en pleine poursuite, elle tend la main au colosse qui s'attaque à leur véhicule afin de les enlever. En apparence, elle comprend que son groupe n'a aucune chance de s'en sortir et trahie ainsi ses amies pour retourner saine et sauve dans les bras de Immortan Joe. Seulement aussitôt passée de l'autre côté, elle trompe tout le monde et permet en fait à Max et Furiosa de l'emporter.
Oui, la plupart des antagonistes sont des hommes et les bons sont des femmes de tout âge, mais franchement ça s'arrête là.


Bien sûr il y a quand même pas mal de choses à relever de ce quatrième volet. Il y a ce marécage quasi onirique où vivent d'étranges pêcheurs en échasses. Nux, dont le parcours évolutif vol littéralement la vedette à Max et Furiosa, passant d'un adolescent fanatique persuadé d'être l’Élu qui rejoindra le Valhalla à un adulte découvrant l'amour, l'espoir et la liberté de choix. Les cascades et séquences d'action, naturellement, toutes filmées véritablement et sans recours aux CGI, sont à elles seules le plus gros intérêt du film. Non pas tellement en raison du côté spectaculaire, car à mes yeux elles ne le sont pas tellement (il s'agit juste d'un amas de véhicules qui se rentre dedans et cela m'apparaît finalement comme extrêmement banal après avoir digéré des centaines de films d'action), mais à notre époque où l'utilisation des images de synthèsesest surabondante, c'est une victoire. Ce qui, autrefois, été utilisé comme un effet spécial visant à corriger, améliorer, ou rendre possible certaines scènes compliquées, est devenu une norme. Un standard dégueulasse où la "mise en scène" disparaît au profit d'un visuel générique et qui n'a plus rien d'impressionnant ni de captivant.
Désormais on utilise des CGI pour montrer des animaux, pour simuler du feu ou de la fumée, pour créer des collisions simples, pour faire des doublures numériques dans des situations où un véritable cascadeur pourrait faire l'affaire. George Miller offre un superbe pied de nez à cette génération lamentable et le succès de son film prouve que l'on devrait revenir en arrière et commencer à reprendre en main le cinéma "d'avant", celui où on filmait véritablement. Je doute que cela arrive, mais s'il fallait un film étendard pour tendre un doigt à ces blockbusters insipides qui sortent chaque année par paquet de douze, le voici.


Et c'est hélas a peu près tout ce qui m'a paru convenable. Même la conclusion, que les gens peuvent voir différemment, ne me touche absolument pas. Au moins elle semble beaucoup plus logique que celle de Mad Max 3 ! Les multiples véhicules, s'ils sont effectivement amusant dans leurs modifications, touchent quand même pas loin de la caricature et sortent plus d'un cartoon à la Jayce et les Conquérants de la Lumière que d'un Post-Nuke. A ce titre, je cherche encore l’utilité de ces perchistes qui tanguent comme des pendules. Toutefois je ne peux pas nier le plaisir de revoir ces coccinelles recouvertes de piques, hommage du réalisateur à son collègue australien Peter Weir et à son film The Cars That Ate Paris !
Mentionnons également de gros raccourcis qui finissent par laisser derrière eux quelques personnages (The Organic Mechanic, Miss Giddy) ou créer quelques problèmes, comme cette ellipse qui nous oblige à croire que Max est capable d'éliminer le Bullet Farmer et ses hommes, pourtant lancés à fond la caisse dans sa direction, mitrailleuses pétardantes... Alors que notre anti-héros peine à se battre contre deux ou trois War Boys bien plus chétif que lui quelques minutes plus tard !
L'idée d'un péplum post-apocalyptique était intéressante, et Fury Road est loin d'être un mauvais film malgré l'idée que je peux en donner. En fait c'est un très bon film, seulement les spectateurs semblent être totalement aveuglés par ce qu'ils ont devant les yeux et, malheureusement, ne réalise pas que le spectacle n'est pas exempt de (gros) défauts en plus de ne tout simplement plus être original. Fut-il sorti il y a une dizaine d'années, alors le choc aurait été massif et sans précédent. En l'état, il me donne simplement l'impression d'être un clone de 300 dans un univers de SF ultra travaillé, et au final me parait plus tenir du jeu de rôle ou du jeu vidéo que du cinéma.
Ce n'est pas que je dévalorise, mais il n'y a à mes yeux aucune raison pour l'engouement et le battage médiatique autour du résultat. Fury Road c'est bien, mais ça reste quand même blindé de soucis et on ne devrait pas lui donner un passe-droit là où bien d'autres œuvres se font démonter pour les mêmes problèmes, alors qu'ils peuvent également être vu comme de simples films délirant.
Mad Max 4 en revanche, est une déception absolue. Une fausse suite qui utilise le label pour se vendre, recycle jusqu'à l’écœurement ses éléments iconiques et, en fait, ne réinvente rien, ne rajoute rien, se contentant en fait d'adhérer à la formule "bigger and louder" qu'Hollywood nous sert chaque année. Alors certes c'est beau, c'est grand, mais jamais ça ne remplacera les chocs frontaux que furent Mad Max et Mad Max 2 qui eux, au contraire, réinventèrent la roue. Enflammée.

"Witness !" semblent s'écrier chaque spectateur, reprenant pour eux le cri de guerre des War Boys. A contrario, tel leur leader Immortan Joe agacé devant un résultat décevant, je ne peux que grogner "Mediocre !