samedi 31 janvier 2015

Constantine (1.09)

Ep.1.09
The Saint of Last Resort
Part 2


La série reprend après une pause si courte qu'on peut se demander en quoi elle était utile, si ce n'est de décaler la case horaire de diffusion. Quoiqu'il en soit, l'épisode reprend exactement là où le cliffhanger nous avait abandonné et nous retrouvons ainsi John Constantine agonisant dans les égouts, blessé par balle et abandonné aux griffes de l'Invuche, un monstre ancestral et indestructible. L'exorciste est dans une bien mauvaise posture et risque de rapidement trouver la mort tant par l'hémorragie que par la créature qui se rapproche.
Alors bien sûr, comme tout cliffhanger, la résolution intervient quasi immédiatement et la trouvaille est généralement décevante car simplifiant une situation qui paraissait vraiment problématique. Heureusement, c'est justement cette solution qui fait rebondir l'intrigue et permet à l'histoire de partir dans une nouvelle direction. En fait il n'y avait presque pas besoin de faire de The Saint of Last Resort un épisode un deux parties, mais le lien était nécessaire pour maximiser les enjeux et les relations entre les personnages.
Donc oui, l'affaire de la démone voleuses de bébés et de la Brujeria est pour ainsi dire close et tout l'intérêt de ce Part 2 réside dans ses conséquences.


Aux portes de la Mort, John Constantine n'entrevoit qu'un seul moyen de se tirer de ce mauvais pas: inviter un démon dans son corps et utiliser ses pouvoirs pour se guérir, tout en se faisant passer pour une créature aussi maléfique que l'Invuche, qui ne verra alors aucun intérêt à s'attaquer à lui. Et ce n'est rien de moins que Pazuzu lui-même qui l'investit (oui, comme dans L'Exorciste, le clin d’œil était déjà bien établit la fois précédente), démon forcément très puissant qui n'a besoin que d'environ deux jours "d'incubation" pour s'emparer totalement de lui.
Le plan initial de notre héros est de rentrer au bercail le plus vite possible et de pratiquer un auto-exorcisme en espérant que cela fonctionne, seulement Pazuzu prend le dessus pendant un court instant. Lorsqu'il revient à lui Constantine se réveille au milieu d'un bain de sang, cerné par la police et les corps en pièces de quelques gangsters. Il est immédiatement incarcéré et, pour ne rien arranger les choses, Manny refuse catégoriquement de lui venir en aide. L'ange accepte évidemment très mal que le sorcier ait choisi de faire appel à un démon et le laisse à son triste sort. Quant au consulat britannique qui prend l'affaire criminelle en main, ils envoient sur place ce qui est en réalité un agent de la Brujeria, lequel laisse Constantine pourrir en cellule. La secte a évidemment eu vent de son implication concernant l'épisode précédent et dépêche un assassin surnaturel pour le détruire.
Devant l'urgence de la situation, Chas et Zed sont obligé de refaire appel à Anne Marie pour retrouver sa trace, celle-ci pouvant facilement le localiser grâce à son pouvoir spécial. D'abord réticente, la nonne fini par changer d'avis en apprenant que Constantine n'est pas le "monstre" qu'elle s'imagine et qu'il est en fait le dernier espoir de l'Humanité, ayant un contact direct avec les Anges. Le trio fait alors route vers la prison, en échafaudant un plan pour y pénétrer, mais le plus dur reste de pratiquer l'exorcisme dans les temps.


Comme le résumé le laisse envisager, Zed est de retour dans l'équipe et a pu fuir ses poursuivants très tôt dans l'épisode. Il s'agit encore une fois d'un de ces problèmes qu'ont les cliffhangers, d'autant que celui-ci n'était là que pour mettre en image la menace qui pèse sur le protagoniste, sans vraiment utiliser cet élément comme ressort scénaristique. Une simple mise en bouche de ce qui arrivera plus tard dans la saison, ce qui peut se révéler assez bancal. Autant la pause de diffusion permet de camoufler un peu la grosse ficèle, autant celui qui enchaine les épisodes les uns après les autres pourra se demander quel était l'intérêt de dédier tout une partie du Part 1 au kidnapping de Zed, si c'est pour la faire s'évader immédiatement après.
Cela étant dit, tout ceci reste secondaire au regard du gros de ce Part 2, et au moins cela donne l'illusion que Zed est un minimum débrouillarde et capable de se sauver les miches sans l'aide de personne,  ce qui est toujours ça de prit.
C'est surtout Matt Ryan qui rayonne ici (encore une fois), incarnant un personnage plus que jamais sur la brèche. John Constantine est au bord de la damnation et alterne entre la dépression, le cynisme et la colère, ce qui nous vaut quelques scènes sympathiques comme lorsqu'il revient à lui après une nouvelle perte de contrôle. Ayant encore une fois mis en pièces quelques criminels, il est désormais craint de toute la prison et en joue pour avoir la paix.
Mais le moment d'anthologie est naturellement la scène d'exorcisme finale qui semble avoir impressionnée pas mal de spectateurs dans son exécution, d'après les retours très positifs que j'ai pu lire. Pour être franc, je suis vraiment peu intéressé par cette nouvelle vague de film de fantômes / possessions dont le cinéma nous gave depuis pas mal de temps. Pour moi ce sont tous les mêmes, ils ne dévient jamais de la formule et répètent inlassablement les mêmes choses à base de jump scares et ce qui doit être une forme de tension qui repose sur un angle religieux pas vraiment subtile. Cela passe encore sur les trois premiers Exorciste, mais par la suite je suis bien incapable de différencier un Stigmata d'un Exorcisme d'Emily Rose et consorts.


Forcément le résultat ne m'a pas paru bon ou mauvais. C'était une simple scène d'exorcisme, avec Constantine ligoté sur un lit, écume aux lèvres et provocant ceux qui participent au rituel, utilisant l'habituelle stratégie de leur remettre leurs fautes passées à la figure pour les faire douter. Rien de nouveau, rien d'extraordinaire, mais rien de honteux non plus. Juste standard.
Cela étant dit, pour une série télé au budget qui j'imagine pas très haut, la réalisation est au moins aussi efficace que les versions cinéma. Le possédé lévite, convulse, parle d'une voix distordue tandis que le mobilier environnant se renverse et qu'un éclairage fantaisiste vient baigner la scène d'une lueur irréelle. La même chose sur grand écran et personne ne verrait la différence, ce qui est donc un bon point. L'autre bonus étant évidemment l'interprétation de Matt Ryan qui se donne à fond, avant, pendant et après, et donnant l'impression qu'il vient de traverser une épreuve difficile. Ce qui est loin d'être le cas dans beaucoup de films traitant du même sujet, avec leurs personnages aussi expressifs qu'un morceau de bois.
Du reste, les trois autres personnages principaux ont chacun leur façon de briller à l'écran pendant quelques secondes. Chas intègre le pénitencier de la manière la plus radicale possible en frappant le garde posté à l'entrée (nous gratifiant d'un joli sourire ensanglanté après le passage à tabac qui s'ensuit, comme pour montrer sa satisfaction d'avoir réussi) puis se réveille plus tard dans un body bag en panique, commentant combien il fait chaud à l'intérieur de ces housses.


De son côté Zed parvient à neutraliser son ravisseur sans la moindre difficulté, laissant entendre qu'elle fuit son père depuis son enfance et qu'elle sait défendre chèrement sa peau. Une facette de sa personnalité que l'on devinait jusqu'ici sans pour autant la voir en action, ce qui laisse éventuellement envisager un season finale où elle perdra définitivement ce côté un peu "passif" d'observatrice / balise du spectateur. Du moins je l'espère, car elle pourrait aussi malheureusement être coincée dans une sorte de statu quo "en retrait" quoiqu'il arrive.
Les amoureux de son interprète, Angélica Celaya, seront ravis de la voir ici retirer son soutien-gorge pour donner plus d'allure à sa déjà opulente poitrine, tout en roulant des fesses et dévoilant son nombril, afin de se donner les allures d'une prostituée venue rendre visite à quelques détenus. Quant à la sainte-nitouche Anne Marie, elle va être obligée d'apparaître vêtue uniquement de sa petite culotte afin de créer une diversion et permettre à nos héros de s'échapper. Du fanservice inattendu qui prête a sourire quand on sait que la série attend toujours désespérément d'être renouvelée.
Mais ne soyons pas mauvaise langue et supposons que ces deux séquences aussi gratuite que plaisante ne soit pas un moyen de racoler et d'augmenter le taux d'audience. Constantine n'a pas besoin de cela et le prouve avec ce double-épisode qui fonctionne très bien de lui-même.


Un certain soin semble être maintenant apporté concernant les créatures surnaturelles, afin de leur offrir un design plus élaboré et proche de l'esprit des comics. Après un Invuche particulièrement réussi, voilà que fait son apparition Nahash, un homme-serpent envoyé par la Brujeria pour se débarrasser de l'exorciste. Autrement nommé le Tentateur, il n'est autre que le serpent original du Jardin d'Eden ! Malgré une apparence effectivement humaine la plupart du temps (et avec l'utilisation de lentille de contact "yeux de reptiles" peu judicieuse tant il s'agit d'un effet facile et trouvable même dans la pire des productions), le démon adopte tout de même quelques traits reptiliens plutôt amusant dont une étonnante mâchoire qui se déboite pour dévoiler une bouche d'anaconda, ce qui lui permet d'avaler tout rond ses victimes avant de voler leur apparence.
Voilà qui est toujours plus original et intéressant que les canines "vipères" des hommes-serpents de From Dusk Till Dawn: The Series. Dommage que le monstre soit neutralisé si rapidement car sa façon de mesurer mentalement ses proies avant de les gober était quelque chose qui m'aurait plus de retrouver par la suite.
Dommage également que la prison où se déroule l'intrigue soit si minuscule et apparaisse presque agréable à vivre. J'ai conscience qu'il s'agit avant tout d'une histoire de budget, mais entre la petite cour à ciel ouvert, la mince clôture de grillage qui laisse entrevoir un paysage ensoleillé et même un salon de tatouage improvisé, on se croirait plus dans un foyer ou d'un abris choyant ses résidents plutôt qu'un bâtiment carcéral ! Autant dire qu'on est très loin de Hard Time, cette histoire d'Hellblazer écrite par Brian Azzarello (auteur du graphic novel Joker dont s'est inspiré Nolan pour son Dark Knight) et dessinée par le légendaire Richard Corben !


The Saint of Last Resort devrait en toute espérance permettre à Constantine de gagner quelques suiveurs et, dans le meilleur des cas, prouver une bonne fois pour toute que la série mérite de se poursuivre encore un peu. Après tout, DC Comics n'a pas de meilleur formule pour faire découvrir son univers "mystique" (et ce n'est clairement pas iZombie, inspiré par une mini-série publiée sous le label Vertigo, qui va changer la donne) et il serait stupide de se séparer d'un bon atout sous prétexte qu'il ne "prend" pas immédiatement avec le public.
En attendant, et alors que le season finale approche, certains ont préféré en rire comme le prouve la mise en place de John Con Noir sur la chaine YouTube de DC. Un court-métrage en claymation, basé sur John Constantine (Matt Ryan reprend le rôle et double sa marionnette), que l'on doit au petit studio Cool Town Creations.
Il s'agit d'une série de quatre petits épisodes, créés spécifiquement pour soutenir Constantine et jouant sur la menace d'annulation de la série. L'intrigue reprend l'idée du Rising Darkness, dont les effets provoquent cette fois la disparition de David S. Goyer et Daniel Cerone, créateurs et showrunners de la série. L'exorciste part à leur recherche et, s'il ne parvenait pas à les retrouver à temps, la NBC n'aurait pas d'autre choix que de supprimer purement et simplement le programme...
Plutôt bien vu et assez sympathique avec cette ambiance façon film noir qui sied parfaitement au personnage. Pas convaincu ? Bien que réalisé en association avec la NBC, John Con Noir autorise ici le sorcier à fumer une cigarette. Dans Constantine, Manny apparaît aussitôt qu'il demande si quelqu'un à du feu afin de le réprimander: "Those things will kill you." Et Constantine de se la mettre sur l'oreille ! Du second degré là encore, mais je ne peux pas m'empêcher d'y voir là une sorte d'allégorie, entre les responsables de Constantine qui veulent allumer leur série et y aller franchement, et la force supérieur qui les modères un peu trop...


lundi 26 janvier 2015

Penitentiary III (1987)


Penitentiary III
(1987)


Quelle meilleure façon de commencer ce troisième opus qu'en montrant son héros, Martel "Too Sweet" Gordon, tenir un gobelet d'urine d'une main tremblante ? Pas de doute, nous sommes bien dans une production Cannon, la glorieuse firme des israéliens Golan et Globus. En 1987, la popularité de la boite n'est plus à faire et pas mal de leurs films connus sortent cette année là: American Ninja attaque son second volet, Charles Bronson rempile pour un quatrième Death Wish et Ruggero Deodato tourne l'improbable Barbarians avec les frères Paul. Hélas c'est aussi la période où l'entreprise montre de sérieux signes de faiblesses, particulièrement en raison de surendettements. Le projet Spider-Man, qui n'a jamais vu le jour, en est principalement responsable, engloutissant des montagnes de dollars pour des prunes et forçant le duo à rogner de plus en plus sur leurs autres budgets.
Résultat, sont produits en catastrophe quelques "blockbusters" sans le sou, Golan et Globus espérant capitaliser sur les titres des films pour attirer la foule et donc remporter la mise au box-office pour rembourser leur déficit. C'est ainsi que les très drôles (et ratés) Superman IV et Les Maîtres de l'Univers furent conçus cette année là, leur qualité déplorable allant ironiquement enfoncer les derniers clous du cercueil de la Cannon.
Au regard de tout ça, Penitentiary III apparaît comme un petit film insignifiant et va sortir dans l'indifférence générale. Même les fiches Wikipedia et IMDB ne semblent pas être tout à fait à jour et omettent de préciser le lien entre l’œuvre et la compagnie. Il faut dire que les deux patrons devaient être très occupés et leurs noms n'apparaissent même pas au générique. Leur contribution à certainement dû être minime au-delà de quelques directives, et Jamaa Fanaka revient alors au poste de scénariste et de réalisateur, partageant cette fois celui de producteur avec son complice Leon Isaac Kennedy, lequel reprend évidemment le rôle de Too Sweet.


Puisque la franchise a été "récupérée" par la Cannon, cela signifie qu'il n'y a plus de liens avec les originaux si ce n'est le personnage principal. Exactement comme Death Wish 3, qui déviait de ses prédécesseurs, Penitentiary III se transforme en une série B gonflées aux hormones, complètement à l'opposé du film original et dépassant haut la main l'étrangeté du second volet. Celui-ci, comme je l'expliquais dans ma chronique précédente, pourrait presque être vu comme un épisode de transition, permettant d'accepter plus facilement cette différence de ton. Quiconque passerait directement du premier au dernier film serait totalement perdu et en proie à l'incompréhension la plus totale.
Cependant il serait difficile d'accuser uniquement la Cannon à propos de cette métamorphose, et à vrai dire il semblerait que Fanaka soit l'unique responsable de cette surenchère dans le n'importe quoi. Après un premier film comme Penitentiary, on pouvait estimer que le résultat derrière Penitentiary II était dû au fait que le cinéaste avait préféré s'investir sur la forme (le côté technique) plutôt que sur l'histoire. Mais ce serait oublier que l'homme possède en fait une fascination pour l'absurde et le bizarre, comme le prouve son délirant Welcome Home Brother Charles (1975, quatre ans avant Penitentiary) où un détenu sort de prison et se venge de ceux qui l'ont condamné en les tuant avec... Son pénis mutant qui peut s'allonger indéfiniment ! Du coup, forcément, le nain castrateur et le caveau médiéval de ce troisième volet ne paraissent pas tellement surprenant dans la filmographie du bonhomme.
Le Penitentiary original avait probablement était soigné et conçu de manière à éviter les problèmes, en raison de la subvention gouvernementale qui lui fut alloué.


Fanaka accouche ici d'un script étrange qui conviendrait beaucoup plus à une franchise comme Bloodsport (dont le quatrième volet est d'ailleurs très similaire), avec un héros combattant qui est contraint de participer contre son gré dans un tournoi clandestin. On retrouve les graines de ces prémices dans les opus précédents, mais l'idée est ici poussée à son paroxysme avec ce riche criminel qui contrôle toute la prison depuis sa cellule, ces boxeurs dopés à une substance qui augment leur force physique et ce repaire secret où est enfermé un nain gladiateur réduit à l'état de bête sauvage. Pour autant, on peut tout à fait comparer ces éléments avec leur équivalent du premier Penitentiary et en conclure que cette seconde séquelle n'est en fait rien d'autre qu'une sorte de remake !
L'histoire s'ouvre sur un match de boxe amical entre Too Sweet, qui a poursuivit sa carrière professionnelle et demeure toujours aussi populaire, et un combattant nommé El Cid. Nous sommes prévenu que les deux hommes sont de très bons amis et le match se déroule effectivement dans les règles de la bien séance. Seulement l'entraineur de notre héros verse une drogue dans sa boisson, un acte de conspiration justement observé par un individu suspect caché dans le public. La substance fait effet et le boxeur entre subitement dans un état de rage incontrôlable, s'acharnant dangereusement sur son adversaire. Résultat, El Cid décède et le comportement de Too Sweet ouvre une enquête qui révèle la présence du produit dans son organisme. Suspecté de s'être dopé, condamné pour homicide involontaire, Too Sweet se retrouve condamné à trois ans de prison ferme.


Il n'est même pas encore arrivé au pénitencier qu'un détenu lui annonce, pendant le convoi, qu'est organisé une compétition de boxe très prochainement. Non seulement ça, mais il y a en fait deux équipes qui s'affrontent pour le contrôle du bâtiment: d'un côté les quelques détenus enrôlées par le directeur de la prison, officiellement la personne en charge mais qui n'a en réalité aucun pouvoir, de l'autre les poulains de Serenghetti, un criminel richissime qui est le véritable maître des lieux. S'il s'engage avec le premier, Too Sweet peut éventuellement permettre un retour à l'ordre et peut-être obtenir les faveurs du directeur. Avec le second, il peut gagner une prime de 1000 dollars par combat, plus 5000 en cas de victoire du tournois, mais surtout protéger sa propre vie car personne ne désire se mettre à dos ce Parrain de la pègre carcérale.
Mais hanté par l'acte qu'il vient de commettre, il décide d'abandonner la boxe car il redoute cette part de Ténèbres qu'il s'est découvert au fond de lui-même. Pour lui la drogue n'est qu'une excuse et la substance fait ressortir ce qui est déjà là. Aussi refuse t-il les offres des deux hommes, préférant faire sa peine loin de la violence et des gens qui pensent pouvoir l'exploiter comme une simple chose. Bien sûr les deux partis le prennent très mal, et si le directeur en reste là, Serenghetti s'offusque de l'attitude du champion et considère cela comme un affront personnel. Il envoie son "monstre", le mystérieux Midnight Thud, s'occuper de son cas. Une créature qu'il garde enfermé dans les sous-sols de la prison et qu'il utilise pour détruire tout ceux qui s'opposent à lui. Naturellement Too Sweet est un trop bon combattant pour être mis hors jeu et il terrasse la Bête.
Ne supportant pas qu'on puisse lui tenir tête, Serenghetti décide de détruire le champion et l'enferme dans les geôles, où il lui fait subir des électrochocs afin de briser sa volonté. Torturé, isolé, malade, Too Sweet aurait certainement trouvé la mort si Roscoe, son co-détenu et jeune boxeur en admiration, n'avait pas retrouvé sa trace...


Le reste de l'intrigue suit le schéma classique des autres Penitentiary, avec le retour du héros sur le ring pour venger la mort de ceux qui croyaient en lui. Ici le jeune boxeur soigne son idole afin qu'il puisse l'entraîner personnellement et l'aider à gagner le tournoi. Car parmi les participants se trouve un adversaire redoutable, See Veer (surnommé ainsi car  il "botte des culs sévèrement"), que personne n'a jamais vaincu. S'ils parviennent à triompher, le directeur promet de leur accorder tout ce qu'ils voudront.
Rétablit, Too Sweet prend sur lui de former ce jeune poulain tout en développant des liens avec le Midnight Tud qui les observe depuis sa cellule. En fait de monstre, celui-ci n'est qu'une des victimes de Serenghetti et fut rabaissé à l'état de bête primaire à force d'électrochocs et de mauvais traitements. Naturellement, l'antagoniste a vent de la situation et donne à See Veer la même drogue qu'il avait utilisé sur Too Sweet afin de s'assurer la victoire. Roscoe survit à la confrontation mais il est transféré à l'hôpital à cause de ses blessures. Voilà qui en est trop et le champion décide de participer pour mettre un terme à cette situation. Un peu trop tard peut-être, la compétition étant trop avancée pour que cela fonctionne. Martel "Too Sweet" Gordone va alors miser le tout pour le tout: un combat véritable, sans règle ni arbitre, dont l'issue sera décisive. Du pain bénit pour Serenghetti qui se voit déjà gagnant, lequel sélectionne son champion personnel pour l'occasion: le géant Hugo. Un titan surhumain dont la force va être décuplée par l'utilisation de la fameuse drogue.
Cependant Too Sweet va compter sur l'aide inattendue du Midnight Thud, redevenu lui-même et capable d'élever le champion au-delà de ses capacités...


Comme on le voit, de grandes portions du premier Penitentiary sont rejouées ici, bien que déformées. Dans les deux cas Too Sweet est condamné pour un crime dont il n'est pas directement responsable, se retrouve obligé de participer à un tournoi de boxe, sympathise avec un détenu qui va malheureusement être victime de l'antagoniste et va finalement gagner sa libération à la force de ses poings. Entre temps, il aura un long combat dans sa petite cellule (le fameux duel avec le nain, en fait repris à la meilleure scène de l'original où il affrontait son rival Half Dead dans les mêmes conditions) et se permet une escapade sexuelle à l'abri des regards tandis qu'un entraineur de génie le prend sous son aile pour le rendre encore plus performant qu'il ne l'est déjà. Le directeur de prison, un Blanc, est coupable d'actions illégales mais jamais perçu comme un ennemi, et Too Sweet refuse d'être vu comme une simple "propriété", ce qui était l'un des grands axes de Penitentiary.
Bref, le squelette de l'histoire est exactement le même et il est possible que Fanaka n'ait pas eu le temps de créer une nouvelle histoire de toute pièce pour cette occasion. Les productions Cannon sont connues pour être particulièrement précipitées (avec parfois plus d'une dizaine de sorties par an) et les réalisateurs / scénaristes n'avaient certainement pas le loisir de travailler tranquillement sur leurs projets. Du coup on peut supposer que Fanaka s'est contenté de recycler son script original en modifiant drastiquement les détails et l'ambiance afin de camoufler la fraude, ne versant dans l'originalité que lors de la toute dernière partie du film qui s'éloigne de la boxe traditionnelle et présente une forme de combat libre.
Ainsi Penitentiary III est un ancêtre de ces films de MMA contemporains et, en remarquant que les producteurs sortirent le célèbre Bloodsport tout juste un an plus tard, mettant en scène un concept similaire sur plus grande échelle, on peut également le voir comme le précurseur de ceux de tournois d'art martiaux qui fleurirent par la suite (les Kickboxer, Shootfighter, Bloodfist et autres Best of the Best).


Il faut d'ailleurs peut-être y voir là la patte de Golan et Globus, car ça serait tout à fait leur genre de demander au réalisateur d'orienter le film dans cette direction, afin d'amorcer une mode intéressante à exploiter. Auquel cas, l'unique inventivité de Penitentiary III serait un rajout qui ne viendrait même pas de son créateur original ! Mais soyons beaux joueurs, et reconnaissons que Fanaka lui-même a pu être responsable de ce changement de direction.
La Blaxploitation a parfois été influencée par les bandes en provenance d'Asie, qui circulaient dans les cinéma (les fameuses Grindhouses) au même moment, et nombreux étaient ceux qui faisaient de leurs héros Black et musclés des adeptes du kung-fu. Ici par exemple, Leon Isaac Kennedy adopte un look similaire à celui de Bruce Lee au début d'Opération Dragon pour son combat final (gant MMA et slip noir) tout en singeant son maniérisme et en reprenant certaines de ses tactiques du Jeu de la Mort, qu'il employait contre le géant Kareem Abdul-Jabbar. De la Blaxploitation à la Bruceploitation, il n'y a qu'un pas qui est ici largement franchi lorsque l'on garde en tête que Bruce Lee est mondialement reconnu comme l'inventeur des arts martiaux mixes.
Amusant de revoir le film maintenant, à l'heure où des acteurs comme Scott Adkins et Michael Jai White se démènent comme ils peuvent pour faire revivre le sous-genre du film de baston et introduire au reste du monde le concept de Free Fight. Ils y arrivent très bien et cette forme de combat est désormais reconnue et adoptée par beaucoup, revigorant effectivement un type de cinéma tombé en désuétude à travers des cascades et des chorégraphies inédites et visuellement incroyables.


Et comme pour mieux dresser le parallèle, il est impossible de ne pas comparer la trilogie Penitentiary avec celle de Undisputed (chez nous Un Seul Deviendra Invincible), où figurent justement Adkins et White. Dans les deux franchises, le premier volet traite de matches de boxe en prison, avec un regard crédible, plausible, sur la situation. Il ne s'agit même pas vraiment de films d'action à proprement parlé et ils utilisent simplement ce sujet au cœur d'une histoire réaliste. Puis vient le second volet qui commence à modifier les choses. Penitentiary II part dans le n'importe quoi avec son Mr. T oriental, ses nains partouzeurs et son atmosphère en dents de scie. Undisputed II transforme littéralement son protagoniste, passant du boxeur professionnel au corps épais (Ving Rhames) à celui d'artiste martial multidisciplinaire au physique d'Apollon (White). L'intrigue devient équivalente à celle de Penitentiary III avec des combats clandestins livrés dans les souterrains d'une prison miteuse et l'incarcération du personnage principal qui est un piège pour le faire participer. Enfin l'ultime volet va encore plus loin dans la surenchère, avec chez Undisputed un improbable tournoi inter-prison et son héros qui surmonte un handicape logiquement irréparable.
Pour Penitentiary, cela se traduit par une dernière aventure totalement absurde qui ne perd pas un instant pour montrer à son public sa véritable nature. Passé le prologue, le film entre dans le territoire de la parodie avec cette musique mélancolique au saxophone qui se fait entendre lorsque Too Sweet monte dans le fourgon de transfert. La caméra balaye l'intérieur du véhicule et nous découvrons que cet air de Blues est joué par le prisonnier qui est assis juste à côté de lui. Il débarque dans une prison encore moins crédible que celle des opus précédent et se met à dos un méchant de carnaval.


Serenghetti, un albinos avec la voix enrouée de Marlon Brando et la coupe en brosse peroxydé de Frank Zagarino dans Project Shadowchaser. Une tête pensante forcément famélique par rapport aux gros bras qui l'entourent, des larbins capables d'envoyer bouler un type sur trois mètres d'un seul coup de poing. Habillé bling-bling comme Karl Lagerfeld, façon aristocrate du XIXème siècle avec dorures et bijoux, et doté d'ongles long à la Fu Manchu, ce génie criminel vit perpétuellement reclus dans sa cellule qu'il décore façon Louis XVI et se fait servir du champagne sur commande. La raison d'un tel luxe ? Tout simplement parce qu'il a su profiter du système de paris des précédentes tournois et a mis le directeur sur la paille (qui jouait avec le budget d'État de la prison !), rachetant carrément le pénitencier au passage.
Pourtant il ne se pavane pas dans les couloirs tel un empereur et ne quitte en fait jamais les murs de sa petite cage, posant même des rideaux occultant pour empêcher quiconque de l'observer et forçant ses visiteurs à lui tourner le dos car personne n'a le droit de poser le regard sur lui. J'ai presque envie de dire qu'il s'est créé une prison dans sa prison et qu'il se renferme dans un environnement encore plus confiné que celui du détenu lambda, mais passons. La seule exception à la règle est Cleopatra, sa favorite, vêtue comme une princesse mais pour qui il n'a aucun égard et qui a tout juste le droit de lui faire les ongles de pied. Un travelo, forcément, car il ne pouvait en être autrement avec Jamaa Fanaka. Car oui, arrivé là il n'est guère surprenant de retrouver son étrange point de vue sur l'homosexualité, sorte de fascination / répulsion qu'il revisite constamment.


Encore une fois ici, seuls les antagonistes ou les idiots se livrent à ce penchant et il s'agit clairement d'un moyen d'asservissement plutôt que d'un acte purement sexuel. Too Sweet à le droit de s'envoyer en l'air avec une femme de caractère tandis que Serenghetti se contente d'un objet sexuel soumis et d'allure ridicule.
Sans être poussée à l'extrême, le concept est tout même un peu plus exploré que précédemment ici, notamment lorsque nous découvrons que la compétition de boxe inclue maintenant une division féminine. Les prisonnières d'une autre prison (ou d'une autre aile du pénitencier, rien n'est expliqué et ça sort de nulle part) ont également le droit de se battre entres elles et ne s'en privent pas. A priori voilà un bon redressement de valeur qui change un peu de l'univers macho dans lequel est enfermé le genre du film de combat, d'autant plus que, tout comme Too Sweet avait le droit de profiter d'une prostituée en gagnant des matches dans Penitentiary, cette fois c'est lui qui est la récompense de la gagnante !
Et pourtant Fanaka en rajoute avec son jugement, montrant une brève scène où deux boxeuses, en plein combat, finissent par s'agripper, s’interrompent et s'embrasser subitement, sous les huées d'une foule consternée et déçue. La vainqueuse, en revanche, est une femme qui assume son hétérosexualité à la manière du pire des films porno: "On m'appelle Sugar, parce que j'adore la canne à sucre". Et Too Sweet, d'abord réticent de prendre du plaisir vu sa situation difficile, fini par sourire et considérer qu'il s'agit là d'une très bonne forme de thérapie...


Le reste du film est une succession de choix étranges de la part du réalisateur, un peu comme si le but réel de Penitentiary III était de surprendre constamment le public et de le faire s'interroger sur le bon sens du cinéaste. Comment expliquer ce gardien de prison qui a été redoublé afin de le rendre bègue sans aucune raison ? Le choix du kimono doré offert par Serenghetti à son champion, le fait que Leon Isaac Kennedy surjoue sa scène de fièvre à la manière d'un enfant, l'utilisation abusive de la machine à fumée pour créer l'ambiance, ou encore cette scène où le Midnight Thud pisse en ricanant sur le directeur de prison qui l'observait par la lucarne ?
Évidemment rien ne peut rivaliser avec cette absurdité de personnage. Un "monstre" qui prend la forme d'un nain bodybuildé, vêtu d'un pagne et d'un collier SM, sorte de version miniature d'un être primitif. Il grogne comme un animal, halète et exhibe une dentition en mauvaise état qui n'est là que pour rappeler de quelle façon Serenghetti l'utilise: il ne se contente pas de passer à tabac ses victimes, il les émascules ! Ainsi tout ceux qui s'opposent au criminel voient leur "virilité" être arrachée à coup de dents puis rejetée dans les toilettes. Là, question symbole, Fanaka ne pourrait pas être plus clair. Jamais le terme "concours de bites" n'aura autant pris sens, surtout durant le combat contre Too Sweet où le héros semble lui-même terrasser son adversaire en lui mordant le sexe. Une manière de dire qu'il domine la créature au point de lui retirer sa propre... Masculinité.
Pour autant la scène n'est pas totalement illustrée et laisse plus l'imagination parler. Le nain est perché sur les épaules du boxeur, lui couvrant le visage avec son entrejambe, puis du sang gicle de la bouche de Too Sweet alors qu'il parvient à rejeter son agresseur. Théoriquement, on pourrait tout autant supposer que le hérps a été blessé à la bouche par les protections à pointes dont est vêtu le Midnight Thud, mais l'idée d'une morsure reste la première image qui vient en tête.


Ce personnage est une source intarissable de séquences effarantes, inénarrables quand bien même je vais essayer. Lorsqu'il ne dévore pas le sexe des détenus, il est enfermé dans un sous-sol tendance donjon médiéval éclairé à la bougie, fumant sa pipe à crack alors qu'un projecteur diffuse en boucle un vieux porno vintage sur les murs de sa cellule. Il vit en compagnie des rats, lesquelles semble même lui réclamer une bouffée de fumée de temps à autre, ce qui peut d'ailleurs mal finir pour les rongeurs (la drogue c'est mal, compris ?).
Lorsqu'il est convoqué, ce sont des gardiens en combinaisons protectrices qui viennent le chercher, portant également des masques de soudure pour se protéger. Cela vous semble excessif ? Et pourtant c'est nécessaire tant le Midnight Thud est imprévisible. L'une de ses techniques de combat consiste, tenez-vous bien, à faire de grands moulinets des bras et ainsi faire un vol plané incroyable jusqu'au plafond. Pratique pour sauter par-dessus ses adversaires. Le plus fou c'est que Fanaka semble tout à fait y croire, et selon lui les Noirs sont ainsi capable de s'envoler (car au contraire, les Blancs ne savent pas sauter, c'est bien connu). Notre monstre de foire va donc apprendre ce secret à notre héros, lui répétant en boucle "Fly, Too Sweet !" lors de son combat contre Hugo. "Libère-moi et je te montrerai de la magie" disait-il. C'est pratiquement ça tellement ses méthodes semblent provenir d'un autre monde. La corde à sauter est remplacée par une chaine qui fait des étincelles dès qu'elle racle le sol et l'endurance se travail en claquant une lourde porte en métal renforcé sur le torse de Too Sweet. "Le secret c'est dans les tripes", confesse le nain avant de répéter en boucle "guts ! guts ! guts !" ad nauseam. Qu'on se rassure, sitôt que son champion à un coup de blues, le Midnight Thud lui tire la joue pour le remettre d'aplomb. Effet garanti !


Et dans tout ce joyeux bazar, Jamaa Fanaka continue de vouloir faire de Too Sweet une sorte d'anti-héros sombre et limite asocial, toujours à la manière de John Rambo. Lorsqu'il parvient à humaniser le monstre de Serenghetti et que le directeur de la prison s'étonne d'un tel changement, le boxeur répond avec ironie. "It's amazing what a little self respect will do to a man". C'est court, ça paraît hors sujet par rapport à tout ce qui se trouve dans le film, mais c'est efficace. Et lorsqu'enfin Too Sweet surmonte tous les obstacles, destitue l'empereur criminel et se voit offrir la possibilité de retourner dans le pénitencier avec le reste de l'humanité en attendant sa libération, celui-ci décline. "No, I prefer the quiet".
Poussif, Fanaka va jusqu'à inclure un surprenant (et hilarant) symbole christique durant le combat final: propulsé violemment par un coup puissant, le corps blessé du champion heurte un mur, les bras en croix. Lorsqu'il retombe au sol, on peut voir une emprunte sanglante en forme de crucifix sur la paroi.
Cela peut paraître incroyable, mais, finalement, peut-être pas tant que ça. L'interprète de Too Sweet, Leon Isaac Kennedy, officiait également au poste de producteur sur ce film et a donc certainement pu glisser quelques unes de ses idées personnelles en cours du tournage. Quelques années après Penitentiary III, l'acteur se retire du cinéma et va devenir un pasteur évangélique, allant jusqu'à ouvrir sa propre paroisse: Kennedy Healing Love Ministries. Il y a donc fort à parier que tout cela lui trottait déjà dans la tête et qu'il voulait se mettre en scène avec une forte imagerie chrétienne et se présenter comme une sorte de libérateur et voix de la raison.


Terminons ce tour d'horizon avec les quelques uns de ses partenaires de scène, à commencer par Raymon Kessler, l'interprète du Midnight Thud. Celui-ci fut catcheur pendant une courte période pour la WWF sous le nom du Haiti Kid et participa même par deux fois au plus grand évènement annuel de la fédération: Wrestlemania. Croyez-le ou non mais en 1986, soit tout juste avant Penitentiary III, il s'y trouve justement au côté de Mr. T pour un match contre Rowdy Roddy Piper (oui, le héros de John Carpenter pour son Invasion Los Angeles). Nul doute que c'est ainsi que la rencontre avec Fanaka s'est opérée puisque, pour rappel, la star de Rocky III était la grosse attraction de Penitentiary II.
Roscoe, l'allié de Too Sweet, possède un visage que vous trouverez peut-être familier. Certains se souviendront de lui dans Les Goonies, où il était le rival de Josh Brolin et se faisait plaquer par l'une des héroïnes durant la scène du puit. L'albinos Serenghetti marqua peut-être les esprits par sa bizarrerie car son acteur, Anthony Geary, partit ensuite jouer le rôle mémorable et tout aussi déjanté de Philo, l'extraterrestre du film UHF avec "Weird Al" Yankovic. Enfin, sortant de nulle part le temps d'une scène, un jeune Danny Trejo vient jouer le rôle de See Veer, exhibant comme d'habitude son tatouage et sa belle moustache. Maintes fois employé par la Cannon, il figurait déjà au générique de Death Wish 4 cette même année.
Si ce n'est pas encore la fin de carrière du duo Fanaka / Kennedy, ce dernier volet de la trilogie Penitentiary marque tout de même la conclusion de leur collaboration et leur dernier "grand" travail. Jamaa Fanaka ne réalisa qu'un seul film après cela, toujours un peu fou mais bien moins remarquable: Street Wars, où un citoyen qui ne supporte plus l'invasion de la drogue décide de faire le ménage dans son quartier, survolant la ville en ULM et descendant les dealers au Uzi depuis le ciel ! Le réalisateur arrêtera là sa carrière une bonne fois pour toute, avant de décéder quelques vingt ans plus tard... 


mardi 20 janvier 2015

The Bleeding II ... ?


Aujourd'hui, au lieu de faire quelque chose de constructif (comme par exemple finir de rédiger mon texte sur Penitentiary III ou préparer mes articles pour le prochain Vidéotopsie), j'ai décidé de glander. Je n'ai donc rien foutu et j'ai regardé une petite série B pas terrible du nom de The Bleeding. Un film de vampires très mal foutu, sans budget, réalisé par un certain Charlie Picerni, cascadeur de son état qui a travaillé sur à peu près tous les films que vous avez pu voir dans votre vie.
Avec The Bleeding, il est évident que le garçon ne cherchait pas à faire un chef d’œuvre, mais juste à passer derrière la caméra et de mettre en scène ses propres cascades et  chorégraphies, utilisant un scénario prétexte sans trop se casser la tête. Et a vrai dire ça se voit, car l'intrigue du film est confondante de nullité. On l'a déjà vu milles fois, dans n'importe quelle série B indépendante faite par des fans de Vampires: La Mascarade.
Clairement, il s'agit du genre de film que seuls les fans de films d'Horreur regarde. Ou plus particulièrement les fans de séries B nanars, et uniquement dans l'espoir d'y trouver quelques effets visuels sympa et des acteurs déchus. Ici, il y en a trois: Armand Assante, Vinnie Jones et Michael Madsen. Seulement Assante n'apparaît que le temps d'une scène, Jones est affublé d'un manteau de fourrure et d'une perruque ridicule, et Michael Madsen... Et bien quiconque a vu un film avec Michael Madsen autre que Reservoir Dogs comprendra.
Le comédien a abandonné sa carrière il y a bien longtemps et n'hésite plus à boire constamment, même en plein tournage, apparaissant ouvertement en état d'ébriété quand il n'affiche sa mine déconfite à longueur de temps. D'ailleurs croyez-le ou non, mais il apparaît ici avec une bouteille de Jack Daniel's vide dès sa toute première scène !


Mais je ne suis pas là pour parler du film. J'en ferais probablement une chronique un de ces jours, assurément. Non le truc, c'est que la dernière partie du film met en scène un combat à l'épée entre le protagoniste et son ennemi juré, un maître vampire. Pour des raisons évidentes de manque d'argent, les armes utilisées ne sont ni de véritable sabres, ni des répliques conçues pour l'occasion, mais en réalité de simples épées de décoration que l'on peut trouver dans toutes les armureries ou les bonnes Foir'Fouilles. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que je possède justement la même lame utilisé par le grand méchant de The Bleeding.
Un long glaive façon film d'Heroic Fantasy, avec une poignée qui représente une tête de démon ou de dragon, et une lame avec une forme improbable, comme dans un dessin de Frank Frazetta sur Conan le Barbare. La seule différence, semble t-il, est que l'accessoiriste a repeint le métal de lame afin de faire disparaître les dessins tribaux qui la décorait. Sans doute dans l'idée de camoufler le fait que l'objet est facilement trouvable dans n'importe quelle boutique goth du coin.


Une idée stupide mais amusante s'est mise à germer dans mon cerveau de pantouflard: tourner une suite à The Bleeding. Pas une suite officielle, pas un court-métrage bien foutu ou je ne sais quoi. Juste un petit délire vite fait, avec une caméra toute simple. Exactement comme à la bonne vieille époque de BloodSpell, des Chroniques d'Ombre et de mon horrible, infâme Dr. Poulet. Si vous ne savez pas de quoi je parle estimez-vous heureux, mais je crois que nous sommes beaucoup à avoir, dans notre jeunesse, réalisé quelques "films" avec nos copains histoires de s'amuser pendant un week-end.
Je n'ai littéralement plus rien fait de ce genre depuis 2006, si ce n'est des vidéos de spectacles qui ne sont évidemment pas dans le même délire. Et je mentirais si je disais que ça ne me manque pas d'organiser des sessions de tournages à l'arrache, puis de tâcher d'en tirer quelque chose de potable après coup au montage. De plus je suis dans une période de solitude où je n'ai strictement rien à faire. Créer un petit film comme ça me permettrait peut-être de m'amuser et de rencontrer du monde. Je ne sais pas.
Je me vois déjà ressortir ma bouteille de faux sang datant de la dernière Zombie Walk, et  toucher deux mots à quelques contacts dotés de formidables costumes et objets, que j'ai pu rencontrer à travers les milieux Steampunk, Cosplay ou encore de l'Art du Feu. Il y aurait vraiment matière à faire un petit quelque chose sans prétention, mais amusant. Je visualise déjà le prologue en utilisant des stock-shots du véritable The Bleeding pour faire un faux résumé et donner à l'ensemble un côté mal foutu, limite arnaqueur, à la manière des productions Godfrey Ho ou Bruno Mattei...


Bref, tout ça pour dire que la fausse affiche ci-dessus a été faite par mon ami et confrère, Rigs Mordo de la Toxic Crypt, suite à une conversation sur Facebook. J'y partageais déjà mon envie subite de faire cette fausse séquelle au film de Picerni, puis la conversation à déviée sur l'acteur Michael Madsen et sa triste utilisation dans des productions au rabais. Notamment l'idée que, en croisant le gars pour de vrai en cours de convention, on pourrait presque le filmer sur place en lui faisant lire quelques lignes de dialogues (entre deux verres de whisky) et qu'il oublierait probablement aussitôt sa participation, en raison de son ivresse perpétuelle.
Merci à Rigs car, tout comme cela fait extrêmement longtemps que je n'ai pas tourné de petits films rigolos, ça fait très longtemps que je n'avais plus eu de petites retouches d'images de ce genre pour faire rire la galerie ! Ces 20 minutes sacrifiées de ton existence n'auront pas été vaines.

Demain, j'irais faire un tour dans la cave pour retrouver ma réplique d'épée barbare et l'examiner un peu plus. S'il s'avère qu'elle est belle et bien la jumelle de celle dans The Bleeding, alors peut-être me laisserais-je aller à écrire un petit synopsis. Juste comme ça, pour voir quel genre de bêtises je peux engendrer. De toute façon, ça ne pourra pas être pire que ce que l'on trouve dans le film original !


jeudi 15 janvier 2015

Penitentiary II (1982)


Penitentiary II
(1982)


Voici un film où Ernie Hudson, vêtu d'un T-shirt jaune poussin et d'une perruque arc-en-ciel, se bat contre un Mr. T déguisé en génie de carnaval. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire sur Penitentiary II ? Qu'il s'agit d'une vaste blague ? Que cette simple scène représente toute la différence de ton entre la séquelle et le premier opus ?
Ceux qui ont lu ma chronique sur le Penitentiary original de Jamaa Fanaka (rêvons) se rappelleront que je faisais état d'une œuvre sérieuse, crédible malgré quelques idées à la limite de la série B, et qui explorait de façon réaliste un microcosme carcéral. La boxe était loin d'être le thème principal du film et la nature parfois rocambolesque des personnages était justifié par leur niveau socio-intellectuel. C'était également les tout débuts d'un cinéaste dont le style n'avait pas encore aboutit,mais qui compensait ses lacunes par son enthousiasme.
Avec ce deuxième volet, toujours produit, écrit et réalisé par Fanaka, c'est un peu l'inverse. Sur la forme il y a une indéniable amélioration technique qui s'explique vraisemblablement par un meilleur budget, des conditions de tournages plus souples et bien sûr par l'expérience acquise par le réalisateur depuis sa dernière tentative. Celui-ci n'était d'ailleurs plus étudiant à cette époque, ce qui a pu jouer d'une façon ou d'une autre sur la production. Reste quelques problèmes de son ici et là, les mêmes que la dernière fois (quelques lignes de dialogues sont absentes de la bande son, ou furent redoublées avec une qualité différente qui tranche avec le mixage audio), mais globalement le résultat est maintenant tout à fait professionnel. Ceci hélas au détriment du fond, car l'intrigue déborde de partout et l’œuvre ne semble jamais vraiment trouver sa place...


L'histoire se déroule approximativement un an après les évènements du premier film. Too Sweet est toujours sous probation et doit normalement remplir ses obligations en tant que boxeur pour le compte de Sam Cunningham, beau-frère du directeur de prison qui avait appuyé sa libération. Seulement le jeune homme déteste cordialement ce sport (probablement dû aux mauvais souvenirs de son séjour au pénitencier) et refuse de poursuivre sa carrière, préférant vivre de petits boulots. Une situation pas brillante qui lui vaut d'être menacé par son conseiller d'insertion, car Too Sweet doit contractuellement travailler chez son employeur désigné sous peine de voir sa liberté conditionnelle être révoquée.
Pour ne rien arranger les choses on lui apprend que Half Dead, son ancien compagnon de cellule, s'est évadé et cherche probablement à le retrouver pour en finir avec lui, suite à leur relation conflictuelle dépeinte dans Penitentiary. A la recherche de stabilité, il fini par retourner chez Sam qui se venge en lui refilant le rôle de concierge de la salle d'entrainement, s'installe chez sa sœur et renoue avec Clarisse, sa petite amie d'autrefois. Malheureusement son ennemi retrouve sa trace et assassine celle-ci en représailles. Si le boxeur parvient à neutraliser Half Dead, il reste profondément marqué par l'évènement et décide alors de reprendre la boxe afin de devenir rien de moins que le champion du monde. Son objectif est d'acquérir ce titre afin d'être respecté et écouté de tous, de devenir un exemple pour les jeunes et pour apprendre aux enfants à faire attention aux dangers de la vie...


Un peu film de vengeance, un peu film de sport, Penitentiary II ne semble pas trop savoir ce qu'il doit raconter. D'un côté il y a évidemment la tentation refaire Rocky, de se focaliser sur cet aspect de l'intrigue en suivant le protagoniste Too Sweet à travers sa carrière et en le plaçant au cœur d'un championnat, dans le but de lui faire décrocher le titre mondial. C'est simple, efficace et poursuit de manière logique l'évolution du personnage qui, à la fin du premier film, se retrouvait contraint de continuer dans cette voie pour gagner sa liberté. En revanche l'idée n'est pas vraiment innocente car il faut savoir que Rocky III était en confection au même moment que cette séquelle, le film de Stallone sortant d'ailleurs au cinéma tout juste un mois après celui de Fanaka.
Les connections ne s'arrêtent pas là car on peut trouver dans Penitentiary II les grandes lignes de Rocky II (sorti au cinéma la même année que... Penitentiary 1 !). Celles-ci montraient Rocky Balboa devoir remonter sur le ring contre Apollo Creed, plus ou moins forcé par le destin, avant d'accepter la situation et se prouver qu'il avait bien l'étoffe d'un champion. Quoi que les circonstances soient ici totalement différentes, le résultat reste similaire: Too Sweet refuse d'abord de reprendre la boxe avant qu'une tragédie ne l'oblige à reconsidérer l'idée. Réalisant que devenir champion est la meilleure façon pour lui de reprendre sa vie en main, il se retrouve dans l'obligation d'affronter de nouveau Jesse "The Bull" Amos, son adversaire du premier film, pour un rematch très attendu par tout le monde.
Et comme pour bien enfoncer le clou, le ressort dramatique mémorable de Rocky III se retrouve également utilisé ici lorsque le héros perd son combat. Tout comme Balboa perdait le titre face à un Clubber Lang très agressif, Too Sweet ne parvient pas à battre Jesse, devant alors reprendre l'entrainement afin de se surpasser et de revenir à la charge une bonne fois pour toute. Cela fait beaucoup de coïncidences pour n'être qu'un accident et il faut ajouter la présence de Mr. T lui-même au casting, prouvant définitivement que Penitentiary II est un simple petit produit d'exploitation sans réelle ambition ; bien loin du premier opus. D'ailleurs le film est sorti chez nous sous le titre plutôt amusant du Défi du Tigre, évoquant ouvertement le sous-titre français du troisième Rocky (L’Œil du Tigre) avec une mise en avant de Mr. T sur l'affiche pour mieux appâter le spectateur innocent.


Cependant la trame générale emprunte également  beaucoup au film de revanche, exercice classique du cinéma d'action où l'antagoniste revient se confronter à son adversaire pour lui faire payer sa défaite. Il ne s'agit pas ici de Jesse, qui est pour ainsi dire totalement dépendant de l'intrigue et aurait pu être remplacé par n'importe quel autre boxeur, mais de Half Dead. Celui-ci n'a jamais pu digérer sa défaite contre Too Sweet, entre leur combat dans la cellule et la tentative d'assassinat qui a causé la mort d'Eugène. Obsédé, le colosse fini par s'évader afin de retrouver sa trace et de le supprimer, comptant sur l'aide d'anciens camarades ainsi que de sa "petite amie", une prostituée avec qui il entretient une relation abusive. Il ne lui faut pas longtemps pour repérer sa proie mais il n'agit pas immédiatement, préférant attendre le moment opportun pour frapper. Celui qui n'était qu'une brute pratiquement dépourvu d'intelligence dans le premier film est ici un prédateur terrifiant, capable du pire pour obtenir ce qu'il souhaite.
Et parce que Too Sweet ne prête guère attention à cette menace, trop occupé qu'il est à devoir gérer sa situation professionnelle et sentimentale, Half Dead va alors en profiter pour le traumatiser, violant sa petite amie pratiquement sous ses yeux avant de la tuer. S'il parvient à le vaincre, Too Sweet cède presque à la vengeance et ne laisse le meurtrier en vie qu'en raison de l'intervention de la police. Mais alors qu'il reprend le cours de sa vie et replonge dans le milieu de la boxe professionnelle, Half Dead est secouru par ses sbires et s'échappe de l'hôpital où il était enfermé. Toujours désireux de se venger, il continue d'observer Too Sweet alors en plein entrainement, cherchant un nouveau moyen pour l'atteindre...


On est clairement là moins dans le film de sport "réaliste" que dans ces fonds de tiroir DTV du rayon Action, comme les suites de Bloodsport ou de Kickboxer. Des œuvrettes à base de mafieux contraignant quelques combattants à participer dans des tournois clandestins. Il est évident que Clarisse ne pouvait avoir qu'un rôle de demoiselle en détresse (à des années-lumières d'Adrian, personnage Ô combien merveilleux et positif, sans lequel Rocky Balboa ne serait rien). Il est évident que Half Dead va s'emparer de la sœur de Too Sweet pour l'intimider et il est évident que le héros va recevoir l'ordre de se coucher durant son grand match sous menace d'exécution des otages. Ne manque plus qu'une poursuite ou une fusillade et cela aurait été la totale.
En résulte alors un film bancal, schizophrène, qui ne sait jamais sur quel pied danser et qui est incapable de donner donner un peu plus d'importance à un genre ou à un autre, privant Penitentiary II de véritable identité. Narrativement parlant, l'intrigue liée à Half Dead semble prioritaire, celle par où tout commence, celle qui fait évoluer le personnage principal, surtout avec l'ombre menaçante de l'antagoniste qui plane durant les autres scènes. Et jusqu'à la dernière partie où l'affrontement contre Jesse est moins important que la prise d'otage qui a lieu et le conflit interne qui en résulte pour Too Sweet. Et pourtant, les deux adversaires n'échangent en tout et pour tout qu'une seule véritable scène ! Deux si on compte leur vague retrouvailles avant le match final. En fait c'est même Mr. T qui va mettre un terme définitif à tout ça de son côté, tandis que les prisonniers se délivreront par leurs propres moyens ! De ce fait, Too Sweet ne fait finalement rien d'autre que s'entrainer et boxer, et Half Dead ne devient qu'un personnage secondaire venant apporter un semblant de complications.


Pour ne rien arranger les choses, Fanaka semble absolument vouloir continuer à explorer l'aspect social de son œuvre, comme dans le film original, au point de permettre d'inscrire cette séquelle au sein d'une troisième classification: le drame social. Le scénario se plait à examiner l'évolution de Too Sweet, d'abord très replié sur lui-même (il évite fréquemment le sujet de son incarcération, déclare à sa sœur qu'il ne parlera avec elle que de ce qui est "beau ou sain") et une grande partie du film se concentre sur l'exploration de son personnage. Bien plus que Penitentiary qui l'entourait d'une aura de mystère. J'avais comparé le boxeur à John Rambo la dernière fois, du fait qu'on le retrouvait errant sur les route, sans rien savoir de lui. Ce nouveau film semble bien poursuivre dans cette voie puisque nous découvrons qu'effectivement le jeune homme fut soldat, vétéran du Vietnam rongé par la culpabilité du survivant ("une guerre assez cruelle pour m'épargner").
Est également évoqué sa vie de famille, avec la mort de ses parents l'ayant marqué au point de se séparer de sa sœur durant plusieurs années sans lui donner de nouvelle. Quant à sa relation avec Clarisse, il explique le manque de communication avec la jeune femme en considérant qu'il était "mort" à cette époque. Et justement, le pivot narratif du film intervient dès le décès de sa compagne, provoquant un nouveau virage dans la vie de Too Sweet. Exactement comme dans l'opus précédent, où les décisions d'Eugène l'influençait au point que son meurtre ne le bouleverse totalement. Dans les deux cas, Too Sweet reprend la boxe afin de se trouver un objectif après une tragédie.


Si le film avait poursuivit dans cette direction, il est probable que le résultat aurait été très différent. Un scénario alternatif qui me vient en tête par exemple, aurait eu lieu si Too Sweet avait finalement tué Half Dead dans sa colère. Le jeune homme se retrouve de nouveau incarcéré et doit se reconstruire en prison avec le sport, se donnant au passage la même ambition de gagner une forme de respect absolue, et ainsi le pouvoir de propager la bonne parole. Voilà qui aurait en toute logique poursuivit les thèmes de Penitentiary tout en méritant le titre de Penitentiary II.
Mais ici Half Dead survit et Fanaka passe en mode Rocky, avec entrainements médiatisés, suivi du héros par des entraineurs de calibre et relations de familles chaotiques. Quitte à la jouer ainsi, il aurait été très simple de créer une version sombre et dépressive de Rocky Balboa, où Too Sweet devrait réfréner sa colère meurtrière en cours de match, hanté par le souvenir de Clarisse. Ou au contraire en utilisant ces visions pour y puiser une force nouvelle, à la manière dont il parvenait à vaincre Jesse en repensant à la mort d'Eugène dans la première histoire.
Pourtant non, toutes ces possibilités sont abandonnées en cours de route et la seule séquence qui s'en approche intervient à la toute fin du film, lorsque la sœur du boxeur reprend le rôle d'Adrian en se jetant au bord du ring et témoignant de son amour pour son frère, ce qui l'encourage à se relever et triompher. Cela aurait pu fonctionner si leurs rapports avait été un minimum établit en cours de film, hélas les deux n'ont qu'une seule et unique scène avant que la femme ne soit totalement effacé de l'intrigue au profit des autres personnages, n'apparaissant que de temps en temps sans avoir la moindre importance sur le déroulement des évènements.


Drame, sport et action, ces trois éléments se rentrent dedans et se bousculent sans jamais se mélanger, ou cohabiter. Une scène montre Half Dead comme un monstre de la pire espèce, une autre choisi l'angle humain où sont évoqués ses problèmes relationnels avec son père. Puis dans une autre il se contente de parler poulet frit avec sa grognasse pendant dix bonnes minutes sans que cela ne mène à rien ! Bref, c'est l'anarchie totale.
Et le pire c'est que ça ne s'arrête pas là. Non content de ne savoir jongler avec trois genres différents, Fanaka semble tenir absolument à alléger le propos et à ajouter une certaine forme d'humour. Non pas tellement avec des gags à proprement parler, mais une altération de l'univers en général pour qu'il paraisse plus léger, plus décalé. Là où Penitentiary réussissait à créer une atmosphère grâce à des décors lugubres, totalement en phase avec son sujet, Penitentiary II donne parfois l'impression d'être une parodie. Le cinéaste use et abuse de situations absurdes, de répliques risibles et d'un esthétisme ringard. Dès les premières secondes, Tanaka évoque Star Wars en utilisant un texte d'introduction absolument similaire pour résumer les faits et introduire son nouvel opus !

Et au passage, bonjour le niveau de syntaxe:

"The parol officier also cautions Too Sweet that "Half Dead",
a vicious killer who had become an obsessed enemy of Too Sweet
after Too Sweet fought off his nocturnal amorous advances in a prison cell,
had escaped during a court apperance on an appeal.
Half Dead vows to kill Too Sweet."


La bizarreté qui enrobe le film fini par prendre le pas sur tout le film, et c'est comme si chaque scène avait volontairement été plombées par un détail. Parfois insignifiant mais sautant aux yeux malgré tout, parfois tellement extravagant qu'il est permis de se demander si Fanaka ne prenait pas quelques substances illicites durant le tournage.
Mr. T, d'apparence sobre au début, fini par adopter des tenues de satin doré comme s'il se prenait pour le génie d'Aladin, se promenant continuellement avec une lampe orientale d'où sort une fumée mauve. Une gimmick qui fonctionne peut-être pour du catch, mais certainement pas pour de la boxe. Le neveux de trois ans de Too Sweet n'est clairement pas un "acteur enfant" mais un simple bambin placé devant la caméra, et faisant alors un peu n'importe quoi car n'ayant pas conscience qu'il est dans un film (il faut le voir imiter avec son doigt le couteau que brandit un gangster sous son nez, dans ce qui doit être la plus adorable prise d'otage que j'ai jamais vu). Un policier menacé par les sbires de Half Dead se fait dessus et supplie les criminels de le laisser partir au toilette.
Ruday Ray Moore, le légendaire interprète de Dolemite, vient faire une apparition surprise, tout comme le véritable boxeur Archie Moore dans son propre rôle. Mr. T joue Mr. T et semble littéralement tuer Half Dead à la fin du film, hors champ, avant de revenir comme une fleur sur le ring pour fêter la victoire de son poulain. "Je vais te tuer" dit-il à un Ernie Hudson agonisant, "Je vais briser chaque os de ton corps". Héroïque.


Une scène à la limite du sexisme montre Too Sweet et son entraineur Hezzikia sortir au nightclub pour draguer. Alors que le vieil homme tombe sous le charme d'une jeune femme, il fini par la demander en mariage. S'ensuit une dispute nocturne car le belle refuse, choquée par la proposition. La bande fini par réveiller tout le quartier et la situation aurait pu s'envenimer si les habitants n'avaient pas reconnu Too Sweet, que tout le monde considère comme un héros. Subitement c'est l'overdose de bonheur et de bons sentiments, tout le monde s'encourage et s'applaudit, et la jeune femme fautive prend sur elle de retourner dans les bras de celui qui pourrait être son grand-père, tout en s'excusant !
C'est franchement limite, et voir Too Sweet partir s'éclater en boite alors qu'il est censé pleurer le sort de sa bien-aimé n'est pas ce qu'il y a de mieux pour faire ressortir l'empathie. Dans le même ordre d'idée je pourrais évoquer la fameuse scène du viol où, quelques instants avant les faits, Too Sweet presse sa compagne pour s'envoyer en l'air avec elle malgré ses réticences. Vient alors le moment où celle-ci, convaincue, ose tout de même lui avouer être restée vierge rien que pour lui pendant toutes ces années. Deux secondes plus tard, c'est le drame.
Un viol n'a évidemment pas besoin de ce "rajout" pour paraître horrible, mais il y a là clairement une volonté de rendre l'acte encore plus abominable et précisant spécifiquement que la victime n'a pas la moindre expérience sexuelle et voulait garder cet instant spécial jusqu'au bout. En plus de ça, quiconque a vu Penitentiary se rappellera que Too Sweet, de son côté, n'a pas hésité une seule seconde pour s'amuser dans le lit d'une prostituée.


Bref, je pourrais continuer longtemps à lister les choix étranges fait par Fanaka. Le fait de reprendre quasiment plan par plan le combat entre Too Sweet et Half Dead dans un lieu clos et réduit, le fait qu'il ne se passe littéralement rien entre les deux matches importants du championnat, ni montage d'entrainement, ni discussions, juste une petite scène montrant l'appréciation du public pour Too Sweet et rien d'autre. Mais le plus aberrant dans tout ça est l'excuse, ou plutôt l'absence d'excuse, pour justifier le titre du film.
Penitentiary II marque donc un retour en prison. Non seulement ça mais un retour dans le centre pénitencier du premier film. Comment Too Sweet peut-il remettre les pieds là-bas alors qu'il est en conditionnel en plus d'être compétiteur dans un championnat de boxe international ? Tout simplement en faisant en sorte que lui et Jesse s'affrontent non pas dans une salle de spectacle agréée, mais dans le milieu carcéral. Comme ça, sans raisons. Là où les matches de Penitentiary se déroulaient uniquement entre détenus, avec les autres prisonniers et les gardes pour seuls spectateurs, et avec des récompenses probablement à la limite de la légalité, ceux de Penitentiary II sont retransmis en direct à la télévision. Le public se constitue aussi bien de détenus que de visiteurs lambda, ce qui inclut la sœur de Too Sweet et son tout petit garçon, sans la moindre barrières ou séparations entre eux. Pas d'armes chez les surveillants, mais pas d'agressivités non plus chez les criminels, tout le monde semble être là pour s'amuser et le directeur est même remercié pour avoir "prêté" ses locaux !
En considérant cela, il faut aussi prendre en compte que Jesse "The Bull" Ramos, criminel en prison depuis des années, chef d'une petite mafia et responsable d'un assassinat, est un participant officiel du tournois. Peu importe ses antécédents, il est donc libre de combattre à sa guise et de devenir le champion du monde s'il venait à vaincre Too Sweet et ses adversaires.


Penitentiary montrait des matches se déroulant dans l'anarchie la plus complète, simple prétexte pour permettre aux détenus d'évacuer leur trop-plein d'énergie. Les prisonniers partaient s'envoyer en l'air en cachette dans les toilettes et les travelos hystériques hurlaient à plein poumons. Ici l'ambiance est festive, tout le monde écoute l'hymne national avec la main sur le cœur et personne ne vient interrompre le bon déroulement de l'évènement.
Par deux fois apparaît un détenu nain qui, au cours des combats, récupère l'argent des paris avant d'interpeller une spectatrice au hasard pour lui demander ses faveurs, comme si elle était une prostituée. Et croyez-le où non, elles acceptent ! Le couple va alors s'envoyer en l'air sous ring, pour jouir au moment même où Too Sweet vient à bout de son adversaire.
Un commentateur transporté par la performance du héros se met à ponctuer chacun de ses coups par un "I believe !" enjoué, avant de partir dans un rire nerveux et d'en rajouter une couche en dépit du bon sens. "I believe in America ! I believe in motherhood ! I believe in apple pie !". J'ignore totalement ce qui est monté à la tête de Jamaa Fanaka à ce moment, mais ce que je peux vous dire ce que ça n'est jamais vraiment redescendu !
Car tout ceci, le nain, ce détenu joueur de saxophone, l'utilisation d'une machine à fumée pour donner un aspect cauchemardesque à l'antagoniste, et même les tenues bling-bling de Mr T., seront autant d'éléments qui se retrouveront amplifiés dans Penitenciary III, l'ultime volet de la saga, cette fois produit sous l'étendard de la toute glorieuse Cannon. Une conclusion ahurissante à la trilogie, où se mêlent donjons médiévaux et nains cannibales. Oui, sérieusement. Même Street Wars, dernier film du réalisateur qui n'a aucun rapport avec la franchise, s'enlisera dans un délire incroyable avec cette bande de vigilantes chassant le dealer de drogue en ULM !


Ici la confusion subsiste jusque dans le casting, qui ramène beaucoup de personnages de Penitentiary, parfois sans raison et parfois sans les acteurs originaux. Leon Isaac Kennedy, bien sûr, reprend le rôle de Too Sweet. Donovan Womack revient dans celui de Jesse Amos, mais vu le temps de présence ridicule qui lui est accordé, avec à peine une ligne de dialogue véritable, on est en droit de se demander pourquoi il n'a pas été remplacé. Son retour apparaît vraiment comme un gâchis tant on passe à côté du protagoniste. Dans un registre encore plus anecdotique revient Wilbert "Hi Fi" White dans le rôle de Sweet Pea, mémorable leader des prisonniers travestis. Celui-ci n'avait qu'un rôle extrêmement secondaire dans Penitentiary, celui de chauffeur de salle, mais restait en tête grâce à un physique et une voix mémorable. Il refait ici la même chose, mais pour deux séquences si brèves qu'elles auraient autant être pu coupé du film.
En revanche quatre autres personnages sont ici incarnés par de nouveau acteurs. Le directeur Arnsworth et son beau-frère Sam, ce qui n'est pas un problème tant leur présence est pratiquement réduite à de la figuration. Half Dead est ici joué par rien de moins que Ernie Hudson, surtout connu pour ses rôles dans Ghostbusters et The Crow. L'homme a déjà fait plus d'une fois des rôles de vilains, notamment dans The Substitute et Shark Attack où il est la tête pensante derrière de petits réseaux criminels. Ici les choses sont un peu différente puisqu'il reprend avec exactitude le rôle tenu par Badja Djola, facilitant la transition. Il est cependant indéniable que leur différence de physique reste flagrante, car s'il paraît normal que le personnage soit maintenant chauve et rasé de près en raison de sa cavale, Hudson possède un corps un peu plus empâté et paraît bien moins puissant que le colosse tout en muscle du premier volet. Sans parler de la dentition.


Beaucoup plus problématique est le cas Hezzikia, autrefois un vieillard aimable au physique frêle, qui apparaît ici comme un homme bien en chair et disposant d'une incroyable barbe blanche. Une nouvelle apparence pour le moins dérangeante car ne reflétant pas du tout ce côté vénérable qui ressortait de lui autrefois. Non seulement ça, mais le scénario ne suit pas ce qui avait été mis en place précédemment, où l'entraineur devait se confronter à un monde qu'il ne connaissait absolument pas, avec l'aide de Too Sweet pour supporter ce quotidien si différent de celui auquel il était habitué. Dans Penitentiary II, il surgit de nulle part et semble n'aider Too Sweet dans sa quête sportive que parce qu'il n'a rien d'autre de mieux à faire. Autant dire qu'il s'agit là de deux versions totalement différente et presque contradictoire du personnage.
Mr T. fait du Mr T. mais son personnage n'a aucune balance. Il apparaît parfois agressif à la manière d'un Clubber Lang, étalant sauvagement un adversaire ayant apporté une lame de rasoir en plein combat, ou proche de son image de marque tout public, apparaissant dans les vêtements les plus hilarant qu'il soit et distillant de bons conseils. Enfin notons la présence de Tony Cox, le nain Black de Bad Santa (et Ghoulies IV !), que personne ne s'attendait à voir ici.


Si Penitentiary II vous donne l'impression de n'avoir aucun sens, c'est parce qu'il n'en a pas. Il ne s'agit que d'un brouillon de séquelle, sorte de patchwork où se mêlent non seulement plusieurs idées, mais carrément plusieurs pistes d'intrigues différentes qui auraient pu être creusées par l'auteur. Ni véritable successeur de l'original, ni film d'action au rabais, ni même mauvais clone de Rocky, cette séquelle est un ratage sans appel qui ne doit probablement son existence que parce que Jamaa Fanaka a voulu refaire un film techniquement mieux foutu que le précédent.
Heureusement, le nombre de bizarreries qui défilent à l'écran relève le niveau et confère à l'ensemble un aspect irréel qui permet amplement de tenir jusqu'au générique de fin.
Certains n'aiment pas que l'on utilise le mot "nanar", mais il définit parfaitement Penitentiary II. Un mauvais film sympathique, une production indéfendable en tant que telle, mais qui remporte notre adhésion tant ce qu'elle met en scène prête à sourire. Et d'ailleurs nombreux sont ceux qui préfère cette suite à son modèle, certes plus réaliste, mais aussi plus ennuyeux. Personnellement, je considère les deux œuvres comme tellement différente l'une de l'autre qu'on ne peut absolument pas les comparer. Et de toute façon, le pire – ou peut-être le meilleur – reste à venir avec Penitentiary III. Un DTV tellement fou que Penitentiary II n'apparaît finalement que comme un film de transition !