mercredi 31 décembre 2014

Conclure l'année... Avec Toxic Crypt

Nous entrons dans l'année 2015 dans moins de deux heures et après avoir passé la journée a rattraper mon retard pour commencer janvier sur de nouvelles bases, me voilà a écrire le dernier article de cette année 2014. Juste un petit mot en fait, et sans rapport aucun avec ce jour de fête. Seulement j'ai oublié de m'en occuper en temps et en heure alors voici avant que cela ne disparaisse définitivement de ma mémoire !


Mon confrère Rigs Mordo, que j'ai mentionné plus d'une fois ces derniers temps, a apporté quelques retouches à sa crypte toxique avec notamment l'ajout de quelques bannières dans la section des liens. Celles-ci ont été customisés selon les goûts et préférences des auteurs de blogs et sites associés, et la mienne, naturellement, reflète mon amour pour les séries B délirante et le heavy metal. C'est donc en toute logique que L'Imaginarium est représenté par l'artwork "fuck yeah" de Black Roses, ce film où quelques membres du groupe King Kobra jouent le rôle de démons sous forme humaine, venu soumettre la jeunesse au son pulvérisant de leurs guitares et les convertir au satanisme. PAR-FAIT.


Profitons-en également pour mentionner l'inattendu, lors de cette chronique publiée il y a trois jours à propos de Silent Night, le remake du célèbre film au Père Noël tueur. Alors que Rigs mentionne l'utilisation peu morale d'un fait divers comme source d'inspiration du film, il en profite pour évoquer au passage une autre action peu distinguée du même genre que j'avais mentionné lors de mon article sur Détour Mortel 6, fournissant même un lien au lecteur désireux d'en savoir plus.

Ça fait plaisir et j'inscris donc ce fait dans mon journal en guise de souvenir et de remerciement. Puisse la Toxic Crypt continuer de plus belle, ce dont je ne doute pas quand je vois la vitesse avec laquelle son créateur publie de nouveau texte en plus de son impressionnant stock d'archives n'attendant que d'être découvert.


Constantine (1.08)

Ep.1.08
The Saint of Last Resort


Constantine se rend au Mexique pour une nouvelle aventure aux accents de religion chrétienne. Point d'Anges cette semaine mais plutôt des démons, voleurs d'enfants et vieux comme le monde, lesquels espèrent eux aussi en finir avec l'humanité et régner sur Terre. Un épisode en deux parties qui trouvera sa suite après la pause de mid-season, très vite en mi-janvier, et qui donne enfin forme au fil rouge de la série et à la story-arc Rising Darkness. S'il est difficile de faire un comte-rendu sur un épisode inachevé, il y a quand même quelques petites choses qui vaillent la peine d'être mentionnée ici et là, en particulier que la série continue sur la lancée de l'opus précédent, livrant encore une fois une histoire prometteuse bien qu'elle ne décolle jamais en raison du format trop limité qui l’emprisonne.

Alors que Zed prend un peu de repos suite à ses dernières tribulations (ses pouvoirs auraient apparemment été perturbés depuis sa vision de l'Ange Imogen et commencent à peine a lui revenir), John Constantine est contacté en projection astrale par une ancienne connaissance et amante, Anne Marie Flynn. Il s'agit d'une autre adepte de l'occulte ayant prit part à l'exorcisme d'Astra et finissant pareillement traumatisée, allant jusqu'à entrer dans un couvent pour mettre son ancienne vie derrière elle. Elle se retrouve toutefois dans l'obligation de contacter celui qu'elle déteste suite à un fait de la plus haute importance: une créature surnaturelle vient d'assassiner une jeune femme venant tout juste d'accoucher et a volé son bébé !
Se dépêchant sur place,  l'exorciste réalise qu'il n'a pas affaire à un simple démon mais à une créature ancestrale dont l'origine remonte au commencement des Temps:  Lamashtu, soeur de Eve, ayant refusée les avances d'Adam et préférée de devenir une puissante créature en Enfer plutôt que de servir au Paradis. Dans la réalité, Lamashtu est une démone issue de la mythologie Mésopotamienne, une déesse maléfique responsable des fausses couches et connue pour kidnapper et dévorer les enfants. Elle est souvent assimilée à Lilith, et le show en fait ici d'ailleurs sa sœur, au même titre que quelques autres divinités. Une petite bande de succubes ayant choisi un chemin différent de l'Humanité voulu par Dieu.
Il y aurait beaucoup à dire, thématiquement parlant, sur ce concept misogyne antique, diabolisant la Femme qui désire son indépendance. Pourquoi Lilith et ses semblables seraient-elles forcément monstrueuses pour ne pas avoir voulu d'Adam et de l'Amour de Dieu ? C'est une question que je me pose a chaque incarnation du personnage dans une fiction. Une réflexion vaine car Lilith, la démone, la vampire, est désormais un concept immuable et généralisé, qui ne changera jamais et représentera toujours la Femme sous son plus mauvais jour.
Ce n'est pas différent dans Constantine et cette Lamashtu n'est qu'un horrible monstre dépourvu de tout caractère, de tout identité.


Quoiqu'il en soit, il apparaît qu'ici Lamashtu dérive sensiblement de sa méthode habituelle, car tout laisse à penser que le nourrisson qu'elle a capturée est encore en vie. Plus inquiétant, il semble qu'elle ait choisi de s'en prendre à une famille en particulier, car un autre bébé est emporté peu de temps après: celui du fils du veuf éploré ! Deux générations d'une même lignée se retrouvent donc sous sa coupe, et Anne Marie et Constantine mènent l'enquête. Bien vite il apparaît que ces braves gens ont eu pour ancêtre un puissant sorcier, un être maléfique qui était membre de La Brujeria. Une confrérie si ancienne que son existence date pratiquement de la préhistoire, aujourd'hui disparue depuis des millénaires. Disparue, ou peut-être simplement cachée, attendant son heure pour ressurgir.
Encore les conséquences du Rising Darkness ? Plutôt les origines ! Car Lamashtu travail pour eux. Son but n'est pas de dévorer les deux bébés, mais de les rendre à la confrérie. En échange les sorciers ont promis d'abolir les frontières entre la Terre et l'Enfer, pour permettre aux créatures des Ténèbres de s'emparer de notre monde. Comme nous l'avons vu tout au long de la saison, il ne s'agit pas d'un plan ultime en préparation que nos héros vont devoir contrer, car l'Apocalypse a bel et bien commencé. Encore discrète certes, mais émergeant en force et en nombre.
Et comme pour bien enfoncer le clou, La Brujeria est si ancienne que personne ne possède le moindre sort pour les stopper. Certainement pas John Constantine, qui refuse d'abord d'y croire avant de se rendre à l'évidence. Comme Papa Midnite l'avait prédit, les évènements qui se préparent sont au-delà de son niveau d'exorcisme. Alors en attendant que celui-ci ne cherche une solution, la première partie de l'épisode montre sa course contre la montre pour sauver les enfants et ainsi, peut-être, ralentir la progression de La Brujeria. Toutefois faire équipe avec Anne Marie n'est pas chose facile car celle-ci possède un rapport très ambigu avec lui. Ancienne amante ayant découvert qu'il la trompait, elle ne lui fait absolument pas confiance et déteste ses méthodes. En contrepartie c'est elle qui l'a initié à l'occulte, l'ayant rencontré lorsqu'il était jeune et perdu, et elle se sent responsable de ce qu'il est devenu. Si le sort d'Astra hante Constantine, celui de l'exorciste pèse sur Anne Marie. Recoller les morceaux n'est pas chose facile et leur relation pourrait bien leur causer du tort...


Parallèlement a cette intrigue, Zed réalise que son passé la rattrape. Une vision la prévient que le jeune homme avec qui elle entame un début de relation n'est pas celui qu'il prêtant être, et en essayant de le questionner elle trahie sa position. Plusieurs membres de sa famille font irruption au repaire et tentent de la capturer. Elle représente pour eux leur "salut" et il semble impératif qu'elle soit ramené à leur père à tous. La jeune femme est neutralisée et son sort laissé en suspens alors que l'épisode se termine, mais pour ne rien arranger les choses nous découvrons également qu'elle vient d'avoir quelques visions des plus alarmantes.
Dans ses derniers dessins, Constantine identifie une créature antique. Un Invunche. Un monstre inarrêtable qui a heureusement été détruit lors du Déluge. Hors celui-ci est aperçu par l'exorciste dans le repaire de Lamashtu...
Ce monstre, comme bon nombre de créatures apparaissant dans la série, est inspiré du folklore. D'origine chilienne (le sorcier évoqué plus tôt provient de ce pays) l'Invunche est un monstre humain, un enfant kidnappé lorsqu'il n'a pas encore neuf jour et transformé par un mage en une grotesque créature afin qu'il garde et protège son antre. Le sort réservé aux enfants capturés par la vampire devient clair et cela fait un enjeu des plus intéressant. Et si on se doute que les deux bébés n'auront rien à craindre au final, ce concept apparaît comme bien pire que la mort que l'on craignait de prime abord !
Et là je ne peux qu’applaudir la décision du show d'avoir gardé l'apparence de l'Invunche conforme à sa description originale. Si celle de Lamashtu est des plus décevante car terriblement basique (griffes et dents pointues) par rapport à la description mythologique (une créature composite doté d'une tête de lion, de pieds d'oiseau et des oreilles et dents d'âne !), le monstre protecteur est identique aux légendes. Un humain difforme avec la tête à l'envers, des bras tordus, marchant sur ses mains tandis qu'une de ses jambes est attachée à son dos. La chose n'est qu'une masse de chair incapable de parler, poussant des bruits gutturaux inintelligible. Un design déjà repris tel quel dans la BD, à l'époque de Swamp Thing (la toute première apparition de John Constantine, avant sa série régulière avec Hellblazer) lorsque Alan Moore était au commande pour l'histoire dont s'inspire cette première saison.
Si nous n'avons qu'un bref aperçu de l'Invunche dans cet épisode, son apparition fait sensation. Caché dans les égouts brumeux, au fond d'un tunnel, il se tortille et rampe sur les murs en poussant des cris évoquant des pleurs. Impossible de ne pas penser aux cauchemardesque Lying Figures de Silent Hill 2. Voilà exactement ce dont la série avait besoin, après de nombreux possédés aux looks interchangeables !


The Saint of Last Resort se permet quelques autres folies tout autant appréciable, comme cet arbre sur lequel poussent des "fruits humains", poires faites de chair et de sang, ou encore cette porte qui mène sur une dimension de néant, ouverte par inadvertance comme à la bonne époque du House de Steve Miner. Certains éclairages du couvent où réside Anne Marie et sont renversant, rappelant tant Dario Argento et ses Trois Mères que le meilleur de la Nunsploitation d'autrefois, et l'utilisation de Pazuzu est ici plutôt bien vu. Celui qui était le démon de L'Exorciste nous est présenté comme étant rien de moins que l'ex de Lamashtu (ce qui vient certainement du folklore où les deux divinités seraient rivales, prier l'un permettant de se protéger des mauvaises actions de l'autre).
Bref, bien qu'il faille attendre quelques semaines pour savoir la suite, cette première partie ne laisse augurer que du bon et j'espère sincèrement que les derniers épisodes de Constantine soit du même niveau. Cela pourrait jouer en la faveur du show et lui permettre la validation d'une seconde saison.

Rien d'autre à ajouter, si ce n'est qu'on devrait dire au scénariste que tirer un coup de feu dans un tunnel lorsque l'on a un bébé dans les bras, c'est certainement le meilleur moyen de le rendre sourd ! Honnêtement c'est la première chose qui devrait venir en tête d'une nonne dont l'unique préoccupation est la santé du nourrisson !


Constantine (1.07)

Ep.1.07
Blessed Are the Damned


Constantine marche dans les traces de Prophecy cette semaine là, ce qui fait un bien meilleur épisode que The Rage of Caliban. On y retrouve cette petite chose qui laisse entrevoir un univers riche et plein de possibilité, et même si le résultat est encore une fois loin d'être extraordinaire et aussi fascinant que dans les comics (soyons réaliste, cette saison entière sera du même calibre et il ne faut plus s'attendre à du grand art d'ici le season finale), c'est suffisant pour retenir l'attention.

Pour ceux qui ne connaissent pas Prophecy, permettez-moi d'en toucher quelques mots. Il s'agit d'une série de films réalisés pour le marché vidéo, une trilogie qui s'est vu rajouter sur le tard deux autres volets que je n'ai pas encore vu. Il est difficile de résumer simplement la chose, mais grossièrement c'est d'une sorte de thriller Fantastique mettant en scène la guerre secrète que se livrent quelques Anges et humains pour l'avenir de notre espèce. Tour à tour road movie, polar, film d'action et Fantastique explorant une mythologie religieuse, Prophecy met en scène des personnages inoubliables (l'Ange Gabriel, joué par Christopher Walken) et réuni un casting des plus plaisants, où se croisent Viggo Mortensen pré Seigneur des Anneaux dans le rôle de Satan, Amanda Plummer en zombie dépressive ou encore Bruce Abbott, le héros des Re-Animator. Virginia Madsen, Eric Roberts et Brad Dourif sont également de la partie.
Si d'ordinaire je ne suis pas du tout intéressé par les fictions religieuses utilisant le folklore biblique et les traditions chrétiennes, au point de faire généralement l'impasse sur toutes productions de ce genre, Prophecy m'a fait l'effet d'une saga fascinante et totalement indépendante des sources dont elle s'inspire. L'histoire, prenante, raconte la tentative de l'Ange Gabriel pour détruire l'Humanité, jugeant que nous sommes loin de mériter d'être les "préférés" de Dieu. Certains s'opposent à lui, d'autres partagent son opinion, et une bataille invisible aux yeux de tous se déroule sur notre sol. Des policiers découvrent le cadavre d'un Ange, une femme apprend que son enfant est un Néphilim et des âmes damnées sont parfois utilisées contre leur gré comme sbires, transformés en zombies immortels mais souffrant.
C'est une bonne franchise, bourrées d'idées et de comédiens talentueux. J'ignore si les gars derrière Constantine ont véritablement utilisée celle-ci comme référence pour leur épisode, mais on ne peut dénier une certaine ressemblance et le show en bénéficie grandement.


L'intrigue se concentre ici autour d'un frère et d'une sœur, jeunes adultes qui succèdent difficilement à leur père évangéliste récemment décédé. Leurs ouailles se font rares, l'argent manque et l'un comme l'autre souffrent de blessures secrètes. Elle est gravement malade, probablement mourante, lui est hanté par le souvenir d'un père désapprobateur et surtout de la culpabilité d'une très mauvaise action. Lorsque ce dernier fait son sermon et choisi d'utiliser un serpent venimeux pour un quelconque rituel (ne m'y connaissant pas bien, je ne saurais vous dire d'où provient exactement cette pratique mais on a déjà pu la voir au cinéma comme par exemple dans l'horrible Malédiction IV. L'idée, je crois, est que le pasteur remet toute sa confiance en Dieu qui le protège alors du danger, prouvant qu'il est le sauveur de ceux qui croient en sa Toute Puissance), il se fait accidentellement mordre et décède tragiquement devant son assemblée.
Quelques secondes plus tard, le Miracle s’accomplit et il ressuscite. Dans sa main, une étrange plume qui n'était pas là quelques instants auparavant. Désormais investi d'un pouvoir divin, il peut guérir ses fidèles de n'importe quel trouble: il redonne la vue à un aveugle, soigne une malade condamné, fait repousser la jambe d'un amputé... Son don lui vaut rapidement d'être vénéré et nombreux sont les croyants qui se massent à ses portes. Toutefois la situation est loin d'être aussi idyllique qu'on le pense. D'une part le jeune homme profite surtout de la situation, afin de devenir l'homme qu'il ne se pensait pas capable d'être. Ensuite l'un de ses miraculés se transforme subitement, contaminé par un mal étrange. Il devient une goule, créature primaire tuant quiconque s'approche de lui, et s'évade dans la nature. Enfin Constantine et Zed, qui s'intéressent de très près à cette affaire, découvrent la présence d'un Ange agonisant dans les parages.


Celle-ci est une belle jeune femme du nom d'Imogen, venue chercher le pasteur aux portes de la Mort pour le guider vers l'Au-Delà. Malheureusement l'évangéliste s'est agrippé à l'une de ses ailes et lui a arraché une plume, ce qui lui a permis de revenir et d'utiliser l'énergie résiduelle afin d'accomplir ses guérisons. Hors un Ange aux ailes abimées est privé de son énergie mystique et tombe alors sur Terre, où il devient aussi vulnérable qu'un simple humain et risque même de trouver la mort. Imogen se retrouve donc en grave danger et découvre la notion de douleur, ce qui ne laisse que très peu de temps au duo exorciste pour récupérer la plume et la redonner à sa propriétaire afin de la sauver.
Cependant la tâche est loin d'être facile car, comme l'explique Manny, jamais aucun mortel n'a réussi à arracher une plume d'Ange jusque là et quiconque cherche à la prendre de force est immédiatement repoussé par une puissante magie. John Constantine se retrouve donc incapable de pouvoir mettre la main sur l'objet. Se pose alors la question: s'il n'est pas possible de voler la plume, comment le pasteur a t-il pu la récupérer en premier lieu ? C'est là que la série entre sur le territoire de Prophecy. Au cours d'une discussion entre Anges qui va prendre des proportions inattendues.
Préoccupé par la situation de sa semblable et n'ayant aucune idée des émotions que nous ressentons, nous autres humains, Manny demande à Imogen ce qu'est la douleur et comment elle la ressent. La description qu'elle en fait semble le terrifier et il change de sujet, cherchant une sensation plus paisible à discuter, comme sentir le soleil sur sa peau pour la première fois. Seulement la peur de voir la jeune femme disparaître le pousse à révéler ses véritables sentiments à l'égard de l'humanité: ils sont naturellement égoïste et ne se préoccupent des autres que lorsque cela sert leurs intérêts. Nous avons été mis sur Terre avec le libre arbitre afin que nous puissions progresser et vivre par nous même, mais nous ne faisons que sombrer. "Nous aurions fait mieux" confie l'Ange, et lorsque Imogen lui demande s'il croit ce qu'il dit, celui-ci acquiesce.


A sa grande surprise, la divine créature partage totalement son point de vue. A leurs yeux nous ne sommes que des créations défectueuse et si le premier réalise qu'ils devraient modérer leurs propos et ne pas aborder le sujet, la seconde laisse entendre qu'elle désire récupérer la Terre pour leur race. Vous l'aurez bien compris, voilà un très gros indice sur la vérité derrière l'affaire de la plume, et combiné avec la confession du pasteur (il avoue avoir renversé quelqu'un en voiture après avoir bu dans un moment de perdition, et a fuit les lieux du drame, ce qui signifie qu'il devait aller en Enfer à sa mort et qu'aucun Ange ne pouvait décemment venir le chercher) on a vite fait de rassembler les pièces du puzzle. La plume fut donné sciemment à l'évangéliste par Imogen elle-même, afin d'entrer dans le royaume des mortels. Bien sûr avec des ailes endommagées elle risque la mort, et c'est son énergie corrompue qui à créée les goules, des zombies chargés de retrouver la plume et la lui rapporter afin qu'elle puisse survivre.
Imogen est un Ange déchu, envoyé en Enfer pour avoir commis une faute impardonnable: tuer un être humain, par curiosité et pour confirmer sa supériorité. Désireuse de retrouver la Terre et de détruire les humains, celle qui était un être de bonté a profité du phénomène Rising Darkness (qui semble avoir amincit la barrière entre l'Enfer et la Terre) pour trouver une âme en peine qu'elle pourrait manipuler sans peine. Inutile de dire que ni Constantine ni Zed ne sont de taille à l'affronter, tandis que Manny ne peut en toute logique pas intervenir par décret divin. Une problématique intéressante dont la résolution ne manquera pas d'avoir des conséquences pour certains personnages dans la suite de la saison. A commencer par Manny, qui trouve enfin une utilité véritable dans la narration en plus de voir son personnage se développer un peu depuis ces derniers épisodes.
Sa relation conflictuelle avec Constantine demeure, et à ce titre les comédiens sont très bons pour se renvoyer la balle, mais leur relation semble bien plus profonde qu'elle ne le paraît. Si le John Constantine des comics n'est pas le genre de personnage auquel on peut greffer une sorte de "conscience morale" sous forme d'ange gardien, cela fonctionne un peu plus au sein d'un show s'adressant au plus grand nombre et pourrait avoir une logique dans le cheminement du héros à travers la série. Les puristes râleront peut-être et il est vrai que l'idée paraît peut-être un peu cliché, mais cela fonctionne pour l'instant.


Tout comme à l'époque du pilote, cet épisode n'est pas sans renvoyer au film Constantine avec Keanu Reeves, où le grand méchant de l'histoire se révélait être un Ange désireux d'altérer définitivement le cours de la vie humaine. Et force est de constater que encore une fois, la série fait un bien meilleur travail que l’œuvre cinématographique en conduisant son intrigue dans un cadre limité (une petite affaire dans une petite ville) plutôt que de tenter le récit épique avec l'idée de sacrifice du héros. Et puis Imogen est nettement plus charismatique que Tilda Swinton en Gabriel androgyne façon David Bowie.
La conclusion est plus intéressante également car ne montrant pas Constantine conduire une action qui amène à sa rédemption, bien au contraire. Celui-ci s'en sort encore une fois en manipulant ses amis d'une certaine façon, poussant Manny à agir et à prendre la responsabilité de ce qui en découlera ; et le final vient dresser le parallèle entre l'exorciste et le pasteur, lequel reprend son rôle d'évangéliste en espérant trouver le pardon avant sa mort prochaine, pour éviter l'Enfer.
Voilà qui fait remonter Constantine, la série, de quelques points dans mon estime après le très mauvais numéro de la semaine précédente, et qui ravive mon espérance. Même en s'éloignant du Hellblazer extravagant et sûrement inadaptable dans ce format télévision chez NBC, les responsables ont un matériau prometteur entre les mains et laissent souvent entrevoir les multiples possibilités d'un tel univers. Maintenant si seulement le show pouvait évoluer suffisamment pour prendre son envol et devenir autre chose que l'habituel saga d'enquêtes surnaturelles qu'on se goinfre depuis des lustres...


Épisode de transition, Blessed Are the Damned fait un peu avancer le fil rouge à l'approche du mid-season. Outre Manny qui obtient enfin un rôle et un avenir dans les évènements à venir, Zed se fait draguer par un beau jeune homme qui  travaille en fait pour quelqu'un qui la recherche (sa famille, vraisemblablement) et si Chas est absent, au moins sa vie de famille est mentionnée au détour d'un dialogue. Constantine se montre de plus en plus impuissant face au menace qui pèse sur le monde et on sait maintenant que l'Apocalypse risque de ne plus trop tarder maintenant que l'Enfer déborde sur la Terre.
Du reste, quelques traces d'humour qui marchent plutôt bien: Constantine qui embarque des capotes en guise d'outils de travail juste pour perturber sa collègue, un peu trop coincé à l'égard du caractère religieux de leur mission, Zed qui apprend que les Anges existent et tient absolument à les voir, réclamant sans cesse comme une gamine, le sermon final du pasteur repentant, qui explique à ses fidèles que le libre arbitre est une chose plus puissante que les forces du Bien et du Mal, et en général toute l'attitude cynique de l'exorciste devant le besoin de Foi et de miracles des croyants. Si Zed vient évidemment jouer le rôle de la modératrice, arguant qu'on ne peut insulter des gens éprouvant le besoin de suivre un Guide, ou d'espérer qu'une force supérieur puisse les aider, l'épisode traite plus ici d'une différence de point de vue sur un mode de vie que l'habituelle lutte athée / croyant qui agace tout le monde.


Tout au plus un seul véritable défaut: la manière dont la plume revient à Imogen, qui semble un peu tirée par les cheveux en l'état. Découvrir que les goules travaillaient pour elle depuis le début aurait été un très bon moyen de révéler sa nature maléfique, peut-être dans une scène où ceux-ci apparaissent comme pour l'attaquer avant de lui remettre l'objet qu'elle convoite. Mais la scénariste préfère jouer sur le personnage de Zed, séduite par les propos du pasteur tout en le manipulant afin de se rapprocher de lui. Au final, elle subtilise la chose très facilement au cours d'un baptême alors qu'il ne fait pas attention. Comment peut-elle voler la plume s'il est impossible de la prendre de force ? Simplement parce qu'elle a obtenu une vision quelconque lors de sa première rencontre avec l'évangéliste, et qu'elle possède ainsi un peu de son "énergie", lui permettant alors de passer outre la magie protectrice du talisman.
C'est grossier, sortant de nulle part, et il y a fort à parier pour que l'on ne réentende plus jamais parler de cette capacité spéciale par la suite !


mardi 30 décembre 2014

Pumpkinhead: The Metamorphosis – Prélude


Pumpkinhead: The Metamorphosis. La Bête est mienne. Après tellement d'années à la désirer, je viens juste d'ouvrir le paquet avec toute la prudence dont je pouvais faire preuve. Chaque pièce semble là, prête à être assemblée et peinte pour donner forme a cet imposant et merveilleux démon ailé.
Pumpkinhead est le monstre d'un merveilleux film homonyme, sorte de conte de fée moderne où un homme invoque un démon pour venger la mort de son enfant. Mais dans sa colère, il oublie qu'il s'agissait d'un accident et qu'il devient lui-même responsable de la mort d'une bande de gamins. Pour sa peine, il devient un monstre, au sens propre, son esprit ne faisant plus qu'un avec la chose baptisée Pumpkinhead (car son corps est caché dans un champ de citrouilles) tandis que le corps de ce dernier se modifie progressivement pour lui voler son apparence.
Après ce coup d'essai de la part d'un très jeune Stan Winston, il y a eu un horrible Pumpkinhead II, vite conçu en recyclant un script sans aucun rapport. La seule chose qu'on peut en retenir, c'est le sous-titre: Blood Wings. Il donne l'impression que l'on y verra un Pumpkinhead ailé, ce qui est une image incroyablement séduisante pour tout amateur de monstres. Ce n'est hélas pas le cas. Une déception doublé d'un mauvais film.


Mais entre les deux, il y a eu une BD, Pumpkinhead: The Rites of Exorcism, qui devait mettre en scène ce monstre volant que l'on rêverait de voir en action. Malheureusement, sur les 4 numéros prévu, seuls les 2 premiers furent publiés et le nouveau Pumpkinhead n'apparaît que sur un seul dessin, la toute dernière case. "A suivre" dit-on, bien que nous ne pourrons jamais lire la suite de l'histoire.
Par chance incroyable, la marque de Garage Kit GEOmetric Design s'est sentie inspirée et en a livrée une superbe sculpture avec l'aide du plus que talentueux Takayuki Takeya (qui œuvra sur Zeiram 2). En bonus, les auteurs de Rites of Exorcism ont eu la permission de créer un petit livret où figurent les détails de leur histoire inachevé. Le récit ultime de la franchise, le Graal des fans du monstre à tête de citrouille. La chose que je recherchais depuis très longtemps, afin d'obtenir une collection complète sur Pumpkinhead et peut-être en livrer un jour une rétrospective.
Autant le dire, ce fut une chasse très difficile car si le Garage Kit lui-même n'est pas si rare à obtenir, trouver une version complète avec sa boite, et surtout le livret, est tout de suite chose beaucoup plus compliqué. Encore plus quand les quelques vendeurs n'expédient pas l'objet en France ! Par le miracle de Noël cependant, un de ces fournisseurs a accepté de revoir ses conditions de ventes afin que je puisse mettre la main dessus. Mon cadeau à moi-même en quelque sorte.


Maintenant je n'espère plus que l'aide du célèbre Lieutenant Cole Blaquesmith et de sa tendre moitié afin de mettre en forme et en couleur cet Ange des Ténèbres qui me faisait envie depuis longtemps. Me vient même l'envie de filmer l'évènement étape par étape, du déballage à la touche finale sur la figurine, ce que je ferais très certainement. Quant à la saga Pumpkinhead, elle bénéficiera donc de sa rétrospective au sein de mon petit blog, me permettant de mettre une fois pour toute le point final sur cette franchise.

Mon cher Lieutenant, cette année 2015 je vous rendrai visite avec tout mon encouragement moral et financier, à défaut de talents de maquettiste, afin que nous puissions donner vie à la Bête !

 

mardi 23 décembre 2014

Constantine (1.06)

Ep.1.06
The Rage of Caliban

"Any of you see a short zombie ?"


Noël approche à très grands pas et j'ai pratiquement un mois de retard sur mes textes. Me voilà donc à parler d'un épisode de Constantine, et depuis lors il s'en est passé des choses autour de la série. Non pas en terme de narration, entre la diffusion de ce The Rage of Caliban et la pause du mid-season, mais autour du show en lui-même. Il se trouve qu'à l'heure où j'écris ses lignes, la NBC n'a toujours pas renoué Constantine pour une seconde saison et cela commence à en inquiéter quelques uns, à commencer par le showrunner et ses scénaristes qui ont alors décidés de suivre le mouvement #SaveConstantine sur Twitter, en espérant que cet appel au secours revienne aux oreilles du Network. L'internaute Mat Elfring, du site Comic Vine, a même pondu un article il y a quelques semaines à ce propos, évoquant pourquoi selon lui la série était vouée à l'échec dès le début.
De manière amusante, s'il n'évoque absolument pas le côté PG-13 handicapant de l'adaptation et les scenarii parfois trop simples qui n'incitent que moyennement à suivre la show, l'un de ses arguments est la mauvaise case horaire de diffusion. Car Constantine passe en deuxième partie de soirée les vendredi soirs, une période où le public est plus souvent en soirée que devant le poste de télévision, selon le reporter. Le second problème que pose cette diffusion tardive, c'est de donner l'impression que la série est faite pour une audience mature et qu'elle risque de comporter des scènes graphiques pouvant choquer un jeune public. Hors tous ceux qui regardent Constantine pourront témoigner que les épisodes sont parfaitement recommandables car ne s'aventurant jamais sur le territoire sombre du comic-book. En gros, même après avoir considérablement édulcoré John Constantine et son univers, la NBC pense que le résultat reste subversif et perd une audience considérable ce faisant.
Il faut croire que le miracle de Noël existe car, en attendant une décision véritable de la part du Network, il vient tout juste d'être annoncé que le reste de la série sera diffusé à la rentrée en première partie de soirée. Certes il ne reste plus beaucoup d'épisodes avant la fin de la saison, mais on peut supposer que les scripts se focaliseront beaucoup plus sur le fil rouge et pourront mieux accrocher le public qu'avec une série de loners qui évoquent des séries désormais désuètes.


Un autre élément qui revenait dans l'article de M. Elfring, et qui a été relevé par d'autres spectateurs, c'est l'impression que la chaîne de télévision diffuse le show dans le désordre. Plus particulièrement cet épisode, The Rage of Caliban, qui semble effectivement ne pas du tout avoir sa place dans la chronologie des évènements. Tout semble indiquer qu'il devait s'agir du second ou troisième épisode de la saison et qu'il a été déplacé par la suite pour d'obscures raisons. Je reste persuadé que le renvoi de l'actrice Lucy Griffiths et son remplacement de dernière minute a dû chambouler pas mal de chose en cours de production et qu'il ne s'agit donc pas d'un problème d'ordre lié au Network et à la diffusion.
En fait il y a deux choses qui donnent l'impression que cette histoire se passe entre les épisodes 1 (avec Liv Aberdine) et 2 (l'introduction de Zed): la première c'est l'absence de personnages féminins, John Constantine et Chas devant s'occuper seuls du cas surnaturel, et la seconde c'est que l'intrigue se passe durant Halloween. Hors cette sixième entrée dans la série a été diffusé à la télévision fin novembre, soit avec un bon mois de retard ! Pourtant si on se raccroche aux détails, on peut voir que rien ne vient vraiment chambouler la continuité. Zed est bel et bien évoquée le temps d'une réplique ("Okay, Zed's in our class. You're my problem today.") et son camion est utilisé puisque le taxi est toujours en réparation depuis les évènements du pilote. Quant à la fête d'Halloween, elle n'a pas été mentionné jusqu'à présent et si cela peut être perturbant pour le spectateur lors de la première diffusion, cela passera totalement inaperçu pour quiconque découvrirant la série sur le tard en DVD. En fait hormis un très beau décors utilisé dans la conclusion, Halloween n'est jamais évoqué durant l'intrigue.


Tout cela étant dit, The Rage of Caliban est sans conteste le pire épisode du show jusqu'à présent. C'est inintéressant, sans aucune originalité et la menace paraît encore une fois un énorme gâchis au regard de l'univers foisonnant de Hellblazer. Notre exorciste est ici confronté à un cas de possession assez particulier, des enfants se retrouvant contrôlés par l'esprit d'un autre gamin qui les pousse à tuer leurs parents avant de s'envoler à la recherche d'un nouvel hôte, pour mieux recommencer. Une série de massacres sans fin, jamais vraiment repérés jusqu'à maintenant car ils avaient lieux sur plusieurs dizaines d'années. Cependant avec l'avènement du Rising Darkness, le responsable se met à accélérer le processus, causant plusieurs victimes en un seul mois et attirant sur lui l'attention de la police. Cela n'aide évidemment pas Constantine qui ne peut pas s'approcher du dernier enfant en date et doit maintenant découvrir parmi le voisinage qui est le nouvel hôte, avant qu'il ne tue sa famille et ne disparaisse encore une fois.
Cette affaire n'est pas sans faire écho à celle d'Astra et place donc l'exorciste en face de ses propres démons: la peur de l'échec, l'impression d'être maudit quand il doit agir avec des enfants. Et bien entendu tout cela évoque aussi son propre passé, puisqu'il a autrefois subit des maltraitances et à probablement lui-même désiré la mort de son père lorsqu'il était jeune. A ce titre Constantine ne peut que se sentir proche du pauvre Marcello, le premier cas recensé de possession, qui a tué ses parents avant de finir ses jours à l'asile dans un état catatonique. Gamin, il subissait les colères violentes de son paternel qui lui a carrément coupé les doigts de la main avec une hache !
La conclusion utilise tout cela afin de nous expliquer en quoi Constantine est une personne avec un bon fond. Si il n'a pas eu une vie facile, il n'a cependant jamais rejeté sa colère sur une personne et n'a jamais gâché la vie d'autrui au nom de son malheur. Marcello, en revanche, a sombré dans le côté obscure et s'est transformé en monstre à son tours: c'est lui qui contrôle les enfants, ayant trouvé un moyen de quitter son enveloppe physique pour en investir d'autres. Toutefois, traumatisé par son passé, il est devenu instable et laisse éclater sa colère surnaturelle dès qu'il entend des grandes personnes se disputer. Par instinct de protection, ou peut-être de vengeance, il détruit alors les adultes qui l'entourent avant de fuir une nouvelle fois et de tout recommencer, en un véritable cercle vicieux.


Il va sans dire que la maltraitance des enfants et les violences qui en découlent sont des sujets extrêmement sensibles et qui peuvent toucher le public de tout un tas de manières différentes. Constantine avait là un moyen de créer une histoire particulièrement sombre ou tragique, ou en tout cas suffisamment dramatique pour intéresser au-delà du cadre Fantastique. Milles fois hélas, c'est à peine si les évènements construisant l'épisode sont mis en avant. Tout s'enchaine à une vitesse folle, nous n'avons aucun aperçu des véritables conséquences des actes de Marcello et jamais la famille que Constantine tente de sauver ne nous apparaît comme de véritables protagonistes. Ils existent à l'écran, mais il n'y a aucune alchimie, aucune relation particulière entre les différents membres, et tout cela nous laisse pour le moins indifférent.
L'épisode n'est pas aidé par une réalisation plate qui abuse des "stings", ces courtes séquences musicales au son très fort, censé vous faire sursauter ou vous faire comprendre que quelque chose d'horrible va se produire, sorte d'équivalent purement sonore des jump scares. Les démonstrations de l'entité se résument à quelques objets qui éclatent et la possession ressemble, encore une fois, à n'importe quel film d'exorcisme et/ou Found Footage qui pullulent au cinéma depuis ces dernières années. C'est cheap, ineffectif et ça devient fatiguant à la longue.
On peut relever toutefois un flash-back, celui qui montre Marcello être mutilé par son père, rapide et efficace, et peut-être quelques séquences qui font mouche malgré tout: celui où un père se relève en pleine nuit après avoir entendu du bruit et se blesse en marchant sur des ampoules qui ont été placées sur le sol. Son fils lui apparaît alors, totalement froid et insensible à la scène, lui qui est habituellement froussard, trahissant sa véritable nature. Et puis il y a le passage du tourniquet, plutôt inattendu et évoquant pour le coup les X-Files de la bonne époque: en pleine cours de récréation, un gamin vient provoquer l'enfant possédé. Utilisant ses pouvoirs, l'esprit fait alors tournoyer le jeu à une vitesse stupéfiante, sans que personne ne le remarque. Personne sauf Constantine, qui surveille sa cible depuis le trottoir et interpelle un surveillant pour qu'il mette fin au plus vite au conflit. Mais l'homme est beaucoup plus inquiet de l'apparence peu convenable de l'exorciste et ne fait pas attention à ses avertissements. Quelques instants plus tard, la petite terreur est littéralement aspirée par l'effet de turbine du tourniquet, et le bruitage qui s'ensuit ne laisse pas entrevoir un brillant avenir en ce qui le concerne. Et effectivement, les parents du possédé apprendrons par la suite que leur rejeton vient d'être viré de l'établissement pour avoir fracturé le crâne de son camarade...


Mais hormis ces rapides moments, rien ne vient particulièrement réveiller le spectateur en cours d'épisode. Constantine est certes hésitant devant l'idée d'exorciser un nouvel enfant, mais il a très vite fait d'être convaincu et réussi sa tâche sans aucune difficulté. Marcello ne tue évidemment plus personne dès lors qu'il s'introduit dans le corps du jeune protagoniste principal et Chas, encore une fois, fait plus de la figuration qu'autre chose. Manny intervient de temps à autre sans que l'on ne comprenne véritablement pourquoi, puisqu'il n'a justement pas le droit de révéler quoique ce soit à Constantine par règlement divin.
Bref, tout ceci donne encore une fois une grosse impression de remplissage et c'est peut-être la fois de trop. The Rage of Caliban est dénué de tout attrait et même le Fantastique se limite à une vague théorie formulée en vitesse par le héros. Tout au plus apprend-t-on que Marcello utilise des ley lines afin de se transporter de foyers en foyers, un concept que peu connaissent et qui repose sur l'idée qu'il de "lignes" souterraines imaginaires, qui relieraient des sites préhistoriques comme Stonehedge et autres ensembles de menhirs ou de constructions anciennes. Divers personnes leurs ont prêtés des propriétés mystiques et magnétiques, qu'il s'agisse de véritables chercheurs ou d'auteurs de fictions (notons par exemple l'écrivain Thomas Monteleone et son roman L'Horreur du Métro, publié chez J'Ai Lu Épouvante en son temps). Honnêtement les théories que vous pourrez trouver sur le Net seront toutes plus intéressantes que l'intrigue de cet épisode, qui refuse d'extrapoler sur le sujet et ne construit strictement rien d'imaginatif. Et ce n'est même pas une question de budget ou de durée, c'est juste un script très mauvais.


Alors au final on s'accroche juste à de toutes petites choses qui sortent du rythme routinier en ennuyeux. L'apparition parfaitement gratuite de la Sword of Night, l'arme d'un super-héros occulte peu connu (Nightmaster) qui oblige son porteur à dire la vérité, exactement comme le lasso de Wonder Woman. On constate que si Constantine ne fume toujours pas officiellement, le showrunner a pu obtenir de la NBC quelques plans furtifs où il tient une cigarette à la main, et se permet même le luxe d'en allumer une au moment exact où démarre le générique de fin. L'hygiène de vie déplorable du personnage est vaguement mentionnée dans une scène où il se fait réveiller par une amante qui le presse de quitter les lieux, car son compagnon rentre plus tôt que prévu, ou quand Chas évoque le fait qu'il ne lui a jamais raconté que sa femme a fini par le quitter car il n'écoute personne. Et puis il y a cette séance de spiritisme qui se conclue par l'apparition d'un étrange faon à trois pattes, image quelque peu onirique et dans l'esprit d'Hellblazer.
Matt Ryan fait toujours un boulot impeccable de son côté et se montre véritablement tordant dans ses mimiques et réactions vis-a-vis des autres protagonistes. Il demeure LA raison de regarder Constantine malgré ses défauts et la détérioration progressive du show.

#SaveConstantine, disent-ils ? Plutôt #SaveMattRyan oui !


samedi 20 décembre 2014

Pour l'Amour du Bis: Vidéotopsie #15 REVIEW

Nouvelle chronique du fanzine Vidéotopsie #15 sur le blog de DirtyMax666, The Dirty Cinema (qui figure ici dans les liens, juste sous le classement). L'auteur fait une rapide présentation de David Didelot ainsi que du sujet principale de cet opus 2014, le dossier Annie Belle, avant de passer en revue le reste du contenu. Max le Dégueulasse livre ses impressions et ressentiment à l'égard de sa lecture, complimente beaucoup et semble visiblement avoir très apprécié ce qu'il vient de découvrir, avant de lâcher quelques liens utiles pour les intéressés, et un court hommage à Michael Caen tout récemment décédé. Autant dire qu'il n'y a pas meilleur publicité.


Grâce à Rigs Mordo de la Toxic Crypt (également dans nos liens) j'ai pu lire l'article sans retard puisqu'il date d'aujourd'hui. Et comme mon collègue me l'avait précisé, j'y suis cité, pour ma plus grande surprise et fierté (et un peu embarrassé quand je me rappel mon texte, qui m'apparait tellement imparfait). Merci donc beaucoup au satanique Max et à son petit article, nommé tout logiquement Pour l'Amour du Bis, pour ses mots encourageants, et pour reprendre ses termes, putain vivement le numéro 16 !



The Walking Dead (5.08)

Ep.5.08
Coda

"Can't go back, Bob."


Suite et fin de cette cinquième saison de Walking Dead, en tout cas jusqu'à la rentrée. Coda forme le second épisode du mid-season finale, se déroulant immédiatement après les évènements de Crossed, et autant le dire c'est un épisode nettement supérieur à son prédécesseur que nous avons là. Celui-ci, réalisé par Ernest Dickerson dont j'ai déjà dis tout le bien que je pensais de lui précédemment, évite de se perdre en de multiples groupes et reste parfaitement concentré sur l'évènement tragique qu'il doit raconter: la chute de Dawn Lerner et de sa dictature.
Car oui, même si la majeure partie de ces 40 minutes se remplissent avec des courses-poursuites, des hordes de morts-vivants et échange d'otages entre deux groupes prêt à s'affronter à tout instant, tout tourne autour de cette femme en charge de la Croix Blanche, de la fin de son règne et de ses rapports avec les autres survivants. Ce n'est pas tellement surprenant car tout avait été amorcé dès l'introduction du personnage, mais pour une fois on peut féliciter la série pour tenir ses engagements et respecter son enjeu peut-être pas "épique" ni original (ni même subtile), mais au moins existant et intéressant.
Attention toutefois, cela ne signifie pas pour autant que le show est prêt à rompre sa formule habituelle et on retrouve évidemment les éléments récurrents qui font sa force (le gore) et ses faiblesses (le reste). Discussions pseudo philosophiques entre les protagonistes, mise à mort bien méchante de différents personnages et naturellement tout une séquence dédié au massacre de zombies.


Cette fois en tout cas ça fonctionne du tonnerre dès les premières secondes, avec une poursuite entre Bob, officier de la Croix Blanche ayant manipulé Sasha pour s'évader, et Rick qui ne s’embarrasse plus vraiment avec le rôle du bon samaritain. Sous une musique qui évoque John Carpenter, les deux se coursent dans une ruelle garnie de morts-vivants, l'un toujours menotté, l'autre découpant à la machette les silhouettes hagard qui le frôle. Prenant le volant d'un véhicule, celui qui était un homme de loi va percuter de plein fouet son adversaire pour le forcer à s'arrêter, lui donnant à peine une ou deux sommation avant l'acte. Quelques instants plus tard les deux hommes discutent tandis qu'une horde de Walkers avance vers eux. En cours de conversation, Rick abat froidement le blessé d'une balle dans la tête, le coupant en pleine supplication. "Shut up." lâche t-il froidement, se détournant alors sans le moindre remord.
Le personnage a bien changé depuis le tout début de Walking Dead, devenant maintenant un homme dur et insensible, parfois terrifiant dans ses actes et discours. Exactement comme son pendant papier en fait, qui a depuis longtemps perdu le peu d'humanité qui lui restait afin de survivre. La scène la plus célèbre du comic-book, symbolisant d'ailleurs toute cette évolution, était cette fameuse phrase qu'il lâchait du fond du cœur: "We ARE the walking dead !". S'il n'en est pas encore tout à fait là, le Rick de la télévision en prend clairement le chemin et j'en suis très heureux. Très heureux aussi de voir que ses dires ne restes pas nécessairement des paroles en l'air, uniquement là pour promettre au spectateur un avenir sombre et violent, avant que tout cela ne soit oublié l'épisode suivant (comme c'est très souvent le cas dans la BD).


Dans ma dernière chronique j'évoquais Mad Max, le personnage. Un policier craignant plus que tout de devenir aussi dangereux que ceux qu'il pourchasse sur la route, et qui fini par se transformer en prédateur après la perte de sa famille. J'ignore si Robert Kirkman s'en était inspiré pour son œuvre, mais j'espère sincèrement que le showrunner, lui, va s'y tenir et faire de Rick un véritable anti-héros, avec à ses côtés d'autres figures plus nobles afin de le contrebalancer (au hasard Carl et Daryl).
En tout cas la chose m'est encore revenu en tête lors de la (brève) discussion entre notre protagoniste et sa victime, notamment lors d'une réplique. Lorsque le blessé s'excuse de son comportement et lui demande de le ramener avec lui, Rick refuse. Pas d'énervement, pas d'hésitation. Avec tout le calme du monde, il répond simplement "Can't go back, Bob." comme pour bien lui signifier qu'il n'y a absolument aucun espoir pour qu'il lui pardonne ou qu'il s'adapte à un ancien code de conduite humain. Et si vous vous souvenez du premier épisode de cette saison, ce sont exactement les mêmes mots que prononçait Gareth, le leader des cannibales, à un autre Bob. Lorsque ce dernier le suppliait de leur laisser la vie et  annonçait la possibilité d'un retour à la normal avec le cas Washington.
Les mêmes mots et la même attitude désinvolte. Une scène miroir qui en dit long sur le cheminement de nos "héros" qui, après le Gouverneur, le Terminus et la Croix Blanche, ne sont plus vraiment d'humeur à faire des concessions.


L'autre gros morceau de Coda se déroule naturellement dans l'hôpital de la Croix Blanche et repose sur les rapports ambigus entre Beth et Dawn. La dernière fois, celle-ci s'était montrée presque humaine en permettant à l'adolescente de sauver la vie de son amie, ce qui semblait prouver qu'elle n'était pas le monstre d'insensibilité que l'on pouvait croire et que tout le système corrompu existant ne reposait pas sur ses simples épaules. Seulement voilà, il faut se rappeler de la façon dont la communauté procède pour "coexister" (à savoir, la loi du plus fort), et de la même manière que le docteur qui avait manipulé la jeune femme en lui faisant donner le mauvais médicament à un patient (souvenez-vous, ce dernier était également médecin et aurait pu lui prendre sa place), Dawn a en fait agit dans son propre intérêt avant tout.
Une conversation montre que la meneuse fonctionne toujours sur cette méthode de contrepartie, et d'ailleurs elle marchande justement avec sa servante. Lui avoir permis de sauver Carol n'est pas sans avoir un prix, et si Beth refuse d'entrer dans la combine, Dawn lui fait savoir qu'elle peut toujours l'inculper pour le meurtre du flic vicieux dont elle a causé la mort il  y a quelques épisodes. Le point de vue diamétralement opposé entre les deux femmes est tel que l'on s'attend presque à ce que l'une tente de s'en prendre à l'autre, par pur instinct de survie. Et les choses se compliquent avec l'apparition inattendue d'une tierce personne, un flic qui vient d'entendre toute la discussion et qui réalise que non seulement Beth est responsable de la mort d'un de ses collègues, mais que Dawn l'a couverte afin qu'elle serve ses intérêts personnels et puisse renforcer sa position de leader au sein du groupe.
En résulte une alliance le temps du conflit, un combat qui oblige les deux ennemis à se débarrasser d'une menace commune. Une séquence très bien faite par ailleurs, rien à redire et cela vaut la peine d'être noté. Après quoi on ignore encore si cette union reste temporaire, ou si elle va changer les choses entre les deux personnes d'ici la conclusion de l'épisode.


Et au final, lorsque les deux camps se retrouvent face à face, c'est leur incessante dispute qui vient conclure toute cette story-arc. Pour une raison a priori étrange et stupide, Dawn accepte de rendre Beth et Carol aux siens mais exige que Noah reviennent parmi eux en échange. Une manière en réalité de tout ramener à elle et ses principes d'échanges et de compensation encore une fois. Si le jeune homme accepte, comprenant qu'un refus pourrait transformer la scène en un massacre inutile, Team Rick refuse en bloc. Et à raison, puisque sous couvert de remplacer la perte de main d’œuvre, il s'agit surtout pour Dawn d'assurer son statut de leader (elle ne ramène non pas deux otages, mais trois, donc un de plus que le groupe d'en face) et de garder un esclave personnel. Sa demande est purement égoïste sous couvert du travail de groupe.
Comme prévu c'est cet acte qui va définitivement condamner Dawn. Maintenant, il est difficile de dire si Beth se sacrifie ouvertement afin de lui prouver ses torts (en sachant qu'elle sera vengée immédiatement) ou si sa mort reste purement accidentelle. Mais son choix de rébellion et d'attaque est purement réfléchi. Entourée de son groupe, réalisant que Dawn est lâche au point de jouer la carte d'une dernière demande pour ne pas perdre face, Beth agresse la meneuse et la prend totalement par surprise. Celle-ci presse la détente par réflexe et tue son ennemi sans même le vouloir. Le résultat, désiré ou non, est là: la mort de l'adolescente signe celui du règne de Dawn. L'instant d'après, lorsque Daryl l'exécute en représailles, le clan de la Croix Blanche décide de ne pas s'impliquer, considérant que toute la situation ne découle que de ses actions personnelles, et non pas de ceux du groupe.


Comme pour bien enfoncer le clou, alors qu'ils proposent un refuge à Team Rick  en considérant qu'il serait stupide et suicidaire de rester au-dehors et que leur communauté ne peux pas être pire, Rick répond simplement "Non." avant de tourner les talons lorsqu'il comprend que les membres de la Croix Blanche sont trop lâches pour risquer une vie hors du bâtiment. Et effectivement, déprendre de soi-même dans un milieu hostile, aussi horrible et difficile que cela soit, est toujours plus une forme de liberté (et donc de vie) que de s'enfermer dans une zone sécurisé où l'individualisme disparaît au profit d'une entité de groupe plutôt floue, désorganisée et sujette aux pires bassesses au nom d'une hiérarchie autoritaire.
Une conclusion honnêtement assez bien faite, avec notamment une forme de surprise concernant le sort mêlé de Beth / Dawn. On sait que cela va arriver, c'est inévitable, mais le moment est si abrupt qu'on peut être surpris par la mise en scène. Même s'il n'y a pas de quoi réhabiliter la série, voir même juste ce début de saison, c'est un très grand effort et l'épisode en ressort beaucoup plus profond et éloquent que d'ordinaire. Hélas, et oui, tout n'est pas parfait pour autant. Comme ce mid-season signifie un retour à zéro pour Team Rick, les auteurs choisissent de réunir chaque groupe afin de repartir sur de bonnes bases à la rentrée. En soit je ne peux qu'applaudir la décision, tant la narration fragmenté aperçue dans Crossed rendait la série tout bonnement impossible à suivre. Maintenant je ne peux m'empêcher de rire quand même en voyant que tout ce petit monde fini par se retrouver en quelques instants et sans aucune difficulté, pour au moins la troisième fois en deux saisons.
Combien de fois vont-ils pouvoir nous faire croire que Team Rick va se diviser pour de bon, sans aucun espoir de se réunir ? Peut-être que le(s) showrunner(s) joue(nt) sur cette rumeur de spin-off qui perdure depuis quelques années déjà, mais ça en devient franchement comique maintenant.


L'équipe d'Abraham n'a droit à aucun traitement particulier. La fin de Crossed laissait sous-entendre que l'ancien soldat parvenait à trouver un semblant de paix intérieur et à pardonner Eugène et c'est sûrement ce qui est arrivé. En l'état, tout le monde se retrouve dans le camion pour retourner à l'église et se réunifier avec leurs camarades. Cela permet d'éviter de perdre du temps dans l'intrigue principale et c'est tout le mieux qu'on pouvait en espérer. Mais ensuite l'épisode se focalise sur le prêtre et ses agissements des plus stupides.
Ayant fuit car ne parvenant pas à accepter le massacre qui a eu lieu dans son édifice religieux, celui-ci se rend à l'endroit décrit par Bob (le Bob qui est mort auparavant, pas celui de la Croix Blanche) afin de s'assurer qu'il disait la vérité, et que Gareth et les siens étaient bel et bien des fous cannibales sans pitié. Il y retrouve le pied calciné du défunt sur une grille de barbecue, confirmant ses dires et montrant à l'homme de foi que Team Rick est du bon côté. Comment a t-il pu remettre en cause une situation qui était pourtant extrêmement claire est au-dessus de moi. De n'est pas comme s'ils avaient retrouvé Bob, terrifié et mutilé, et qui n'aurait aucune raison de mentir sur son sort. Et ce n'est pas comme si le prêtre n'avait pas vu les cannibales infiltrer son église afin d'exécuter sommairement les membres sans défenses du groupe...
Oh attendez... C'est EXACTEMENT ce qui s'est passé !
Cet idiot attire l'attention d'une bande de zombies qui a vite fait de le poursuivre, l'obligeant à revenir sur ses pas et demander de l'aide à Carl et Michonne. Ce qui signifie qu'il met donc les enfants en danger en plus de faire perdre définitivement le dernier point de chute de Team Rick. Voilà qui va nous aider à apprécier le personnage. J'étais même extrêmement perplexe quand à son utilité narrativement parlant, jusqu'à ce que je vois la scène d'après-générique qui conclue Coda. Comme dans le premier épisode, celle-ci nous montre l'errance de Morgan qui débarque maintenant dans l'église saccagée et découvre via une carte que Rick Grimes est toujours vivant. J'imagine que ce détail va avoir son importance pour la prochaine intrigue de la saison et en me remémorant la dernière apparition du personnage (saison 3, épisode 12, Clear), je me souviens qu'il avait presque sombré dans la folie suite à la mort de son fils. Nihiliste, désabusé, il avait visiblement fait une croix sur l'Humanité. Et à le voir ici, déposant quelques offrandes sur l'autel de l'église en échange de ce qu'il y récupère, je me dis que The Walking Dead va peut-être en faire une sorte d'illuminé dont l'idéologie sera mise en confrontation avec celle de ce prêtre. Ce qui expliquerait la présence de ce nouveau venu dans l'équipe et le fait qu'il n'ait pas encore véritablement fait ses preuves en tant que protagoniste...

Pour ma part j'ignore encore si je ferais une nouvelle série de compte-rendu épisode par épisode, car j'ai quand même l'impression de me répéter en boucle constamment concernant les "qualités" du show. Et je suis certain que cela ne risque pas de changer avec la nouvelle fournée à venir...


mardi 16 décembre 2014

Wrong Turn 6: Last Resort (2014)


Wrong Turn 6: Last Resort
(2014)


Quand on y songe sérieusement, il est difficile de croire que Détour Mortel vient d'atteindre sa sixième incarnation en un peu plus d'une décade. Et en dix ans il s'en est passé des choses, la franchise passant d'un véhicule pour le populaire Stan Winston et son studio à un petit produit de seconde zone pour le marché vidéo. C'est même sans surprise qu'on découvre que ce nouvel opus fait partie du catalogue de la UFO International Productions, une petite société qui nous a distribué quelques classiques comme les deux Python et son crossover, les suites lamentables de Lake Placid ou le quatrième Sniper avec un Tom Berenger fatigué. Et RoboCroc. Le fond du panier, indubitablement. La 20th Century Fox ne pourrait pas paraître plus désintéressée vis-à-vis de sa franchise et ne doit même plus être regardante sur le contenu. Ce qui ne sera pas sans lui causer quelques problèmes cette fois d'ailleurs, mais nous y reviendrons.
Si les compagnies de productions et les personnes en charge de ce nouveau volet restent globalement les mêmes que précédemment, il y a dû y avoir cette une fois un subtile changement de main pour que le film atterrisse chez un distributeur spécialisé et que soit débarqué le réalisateur attitré de la série depuis 2009. Exit Declan O'Brien et bienvenu au peu prolifique Valeri Milev, réalisateur possédant deux films de zombies à son actif dont un Re-Kill (avec Scott Adkins et Bruce Payne) toujours invisible depuis 2010. Le scénariste, Frank H. Woodward, est lui un cas étrange. Il semble avoir roulé sa bosse dans tout type de productions, passant aussi bien aux postes de réalisateur et monteur pour featurettes, que de producteur ou assistant régisseur, et son seul titre de gloire est d'avoir bossé comme électricien sur le tournage de Reservoir Dogs.


Forcément avec un CV pareil, le duo n'inspire pas vraiment confiance mais je vous rappelle qu'ils ont un gros avantage par rapport à Declan O'Brien: ils ne sont pas Declan O'Brien. Encore que pour Woodward cela reste discutable tant son scénario évoque les catastrophiques Wrong Turn 4 et 5. Il en reprend la même formule et livre un produit en tout point semblable aux précédents, que l'on peut même regarder avec sa petite checklist à cocher. L'intrigue suit le trio original des frères Hilliker dans ce qui devrait être une préquelle au premier film, mais les dates qui apparaissent à l'écran rendent tout cela impossible à caser au sein d'un même univers. Nos monstres sont naturellement les héros du film et il ne faut pas espérer voir un quelconque personnage sortir vivant de l'aventure, tous (ou presque) périssant dans une série de meurtres surréalistes et particulièrement vicieux. Enfin toute connexion possible avec les opus précédents est mis à mal par l'introduction de nouvelles origines pour le peuple des Mountain Men, qui fait fi de tout ce qui a été raconté auparavant dans la franchise et malmène les quelques détails réutilisés.
Autant dire que j'ai l'impression de refaire la même chronique encore et encore, ressortir les mêmes arguments, pointer du doigts les mêmes défauts et pinailler sur les mêmes scories. Je vous invite tous à revoir mes précédents textes pour vous faire une idée générale de ce nouveau film et je vais éviter de reprendre point par point ce qui cloche ici. Cependant la différence avec les essais antérieurs, c'est que l'intrigue propose bien plus qu'un simple massacre en bon et dû forme, au point qu'en-dehors de quelques victimes de passages, la partie slasher n'intervient que lors des vingts dernières minutes du film ! Woodward préfère se focaliser sur la relation trouble entre quelques uns de ses protagonistes (généralement au sacrifice des autres, qui se retrouvent dans le décors plus qu'autre chose) au point de rabaisser Three Finger et ses frères au rang de faire-valoir sans grande importance. Osé.


Sans survendre son script, il faut avouer qu'il y a là une sacré amélioration par rapport aux histoires de O'Brien, qui frisaient le degré zéro de créativité. Et associé à la mise en scène plutôt atmosphérique de Milev, cela donne à Détour Mortel 6 un rendu beaucoup plus appréciable et qualitatif que les derniers opus en date. Et pourtant ce n'était pas gagné lorsqu'on s'attarde sur le postulat de départ et le nouveau passé des cannibales.
Le comté de Greenbrier disparaît pour un cadre un peu plus flou, la ville fictive de Hobb Springs qui est située quelque part dans les Appalaches (une grande chaîne de montagnes qui parcoure le territoire américain, y compris la Virginie Occidentale). Elle fut établie en 1926 par quelques familles de colons qui n'ont officiellement pas été répertoriés mais dont nous apprendrons tout de même les noms: les Crayton, les Boggle, et les Hilliker. Et d'emblée toute continuité avec les opus précédents en prend pour son grade ! Le quatrième épisode expliquait que le nom Hilliker avait été donné aux trois frères lors de leur séjour au sanatorium, d'après la femme qui les avaient découvert dans la forêt. Mon cerveau de scénariste amateur tente de combler les trous et la seule explication logique qui me vient est que Madame Hilliker était véritablement la mère de Three Finger et des deux autres, et qu'elle les avaient envoyés à l'hôpital en mission de sauvetage pour aider les 179 autres patients consanguins qui y étaient enfermé (un succès, si on en croit le prologue de Wrong Turn 4). Oui c'est complètement stupide, mais c'est ça où la théorie des mondes parallèles.
Les dates et les lieux ne correspondent pas non plus, le dernier volet expliquant que les premiers clans des Mountain Men habitaient près de Fairlake, fondée en 1814, avec le fameux massacre qui donna naissance un siècle plus tard au Mountain Men Festival. Et comme si ça ne suffisait pas, Détour Mortel 6 se mélange les pinceaux dans sa propre chronologie et annonce que si Hobb Springs fut construit en 1926, le bâtiment où se déroule le plus gros de l'intrigue a lui était conçu en... 1902. Le nom de la ville y figure pourtant bel et bien et un personnage tient à souligner son importance puisque avant de devenir un hôtel, l'endroit était l'un des premiers sanatorium de tous les États-Unis.


Un sanatorium ? Comme dans Détour Mortel 4 ? Mais celui-ci n'était-il pas situé à Glensville ? Est-ce que nos cannibales ont fini par retourner s'installer là-bas en rénovant les lieux, après leur apprentissage chez le serial-killer Maynard Odets ? Comme vous le voyez, autant ne plus appesantir sur les détails et considérer chaque film comme appartenant à son propre univers. La théorie de l'Hypertime, développée par DC Comics, fonctionne plutôt bien pour relier les points sans se soucier d'une quelconque logique. Je vous invite à vous renseigner dessus pour éviter toute migraine.
La seule chose qu'il faut retenir de tout ça, c'est que Three Finger, One Eye et Saw Tooth ne sont plus les uniques consanguins dégénérés habitant les montagnes. Car si Hobb Springs existe en tant que ville pour tout un chacun, les descendants des clans originaux se sont installés au cœur de la forêt, non pas dans une petite maison mais dans tout un village façon XIXème siècle. Tous sont difformes, cannibales et totalement tarés, même si nos trois frères meurtriers semblent être les seuls à jouer le rôle de chasseurs et / ou protecteurs du territoire. Au moins cela donne une excuse pour la présence de mutants supplémentaires vu dans Wrong Turn 2 et 3...
Dans le lot cependant, deux apparaissent comme parfaitement normaux. Pas d'explications, ce sont juste de nouveaux "parents" d'apparences parfaitement convenable malgré leur folie homicide, exactement comme Maynard la dernière fois. Il s'agit de Jackson et Sally, un "couple" de frère et sœur qui officient comme face publique des anciennes familles du coin, tenant le grand hôtel d'Hobb Springs. Cela leur permet de piocher de temps en temps dans la clientèle pour fournir leur peuple en viande, utilisant même les cuisines de l'établissement pour leur préparer un beau repas. 


Les deux amoureux se retrouvent avec un petit problème car, à force de consanguinité, Sally n'est plus capable d'enfanter naturellement. Ses rejetons ne survivent pas longtemps et il lui faut pourtant garder une "lignée pure" pour perpétuer la famille, ce qui l'oblige a s'accoupler avec un parent. Leur salut réside en la personne de Danny, un jeune homme qui est également un descendant des Mountain Men et doté d'un physique irréprochable. D'une manière que le scénario choisi délibérément de ne pas expliquer, celui-ci s'est retrouvé séparé des siens et fut élevé comme orphelin à New York. Il ignore tout de ses racines et de la lourde tâche qui lui incombe. C'est à Jackson et Sally de lui apprendre ses origines, de le convertir au cannibalisme et à l'esprit de famille, et de lui redonner sa place parmi les Hilliker. Une tâche déjà pas évidente qui va se compliquer d'autant plus que celui-ci possède une petite amie et un groupe de potes qui ne risquent pas d'apprécier ce nouveau choix de vie.
Alors naturellement tout ce que je viens de vous raconter n'est dévoilé que progressivement en cours de film et par le biais de dialogue. Les enjeux auraient probablement gagnés en ampleur via des flash-backs ou des séquences explorant ouvertement le mode de vie des Mountain Men, mais la nature de petite production du film ne permet pas de réaliser une incroyable fresque déviante à propos d'une communauté de consanguins anthropophages. Et c'est dommage car, aussi stupide et incohérente que soit l'intrigue, il y avait là matière à livrer quelque chose de bien plus intéressant que le banal survival / slasher sanglant habituel. Woodward parvient même de temps en temps à donner un aperçu de cette délirante épopée lorsqu'il se concentre sur Sally et sa tragique frustration sexuelle qui n'a de cesse de la tourmenter. Malheureusement son histoire se limite surtout à quelques dialogues auxquels il faut sagement prêter attention.


Pour des raisons de budgets, nous ne verrons jamais les accouchements ratés de Sally, ses recherches d'un membre perdu de la famille, ni même la vie de Danny hors de la Virginie-Occidentale. Le film commence avec son arrivé à l'hôtel, où il apparaît assez chamboulé en raison de ces retrouvailles mais aussi à cause de quelques déboires qui lui ont coûté sa vie sociale. Ainsi le jeune homme travaillait à Wall Street jusqu'à ce qu'il soit victime d'une dépression nerveuse et devienne responsable de la perte d'argent de beaucoup de personnes (référence évidente au Flash Crash de 2010), y compris le sien et celui de ses amis. Désormais ruiné, sans emploi ni endroit où vivre, il n'est pas difficile de comprendre pourquoi il a sauté sur l'occasion de découvrir son héritage. Encore instable, il porte les stigmates d'une tentative de suicide et prend régulièrement des médicaments. C'est en espérant lui faire remonter la pente que sa petite amie accepte de l'emmener sur place.
Ce nouveau Wrong Turn s'ouvre sur cette réunion tendue d'un côté comme de l'autre, mais n'en profite jamais pleinement puisque nous ignorons alors tout de la situation de chacun. Puisque cette séquelle doit respecter un cahier des charges précis, elle structure son script de manière bien trop simple et prévisible. A la place d'un point de départ intéressant et original, il nous faut supporter un déroulement de film d'horreur basique et sans saveur. L'arrivée dans un lieu mystérieux, la présence de personnages au comportement louches, les disparitions inexpliquées de différents protagonistes, etc. Cela a pour effet d'affaiblir énormément l'intrigue et le spectateur ne trouvera que peu d'intérêt a s'impliquer dans cette affaire, attendant simplement que le massacre commence.
On ne peut pas dire que cela soit surprenant, tant par la nature DTV du film qu'en raison des nombreuses séquelles sans imagination qui ont pourri la franchise depuis des années. Il était évident que le scénario de Woodward ne pouvait pas s'adapter correctement à l'univers de Détour Mortel, qui tient d'un concept bien trop simple (une bande de tueurs difformes chassent des promeneurs pour les manger) pour s'orienter dans une direction pareil. Et il était évident qu'après cinq films où Three Finger passe son temps à débiter ses victimes en tranches du début à la fin, toute tentative de créer une atmosphère était vouée à l'échec.


Le sujet du film est stupide, mal raconté, n'a aucun sens et semble totalement hors sujet avec le thème de la franchise. Des consanguins tantôt difformes, tantôt normaux, et tous persuadés que l'inceste est l'unique moyen de rester pur ? Un parent égaré sans explication et dont on retrouve la trace via Internet, grâce à un quelconque fait divers ? Un plan machiavélique qui repose sur la simple supposition que Danny va accepter l'idée de provenir d'une famille de tarés cannibales sans se poser de question ? Et pourtant, allez comprendre, Wrong Turn 6: Last Resort fait globalement un bien meilleur effet que l'ignoble Texas Chainsaw 3D.
Car oui, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que ce sixième opus reprend simplement le même concept que le dernier rejeton du légendaire film de Tobe Hooper. Dans les deux cas, une personne part à la découverte de sa famille et réalise qu'elle est le dernier membre d'une lignée de cannibales meurtriers. Ses amis se font tous tuer, ce qui coupe les derniers liens avec son ancienne vie, et le personnage fini par rejoindre le côté obscure et défendre activement ses parents contre une menace extérieur. Même le petit détail des cicatrices sur les poignets de Danny évoque la marque du médaillon de l'héroïne de Texas 3D ! Mais au moins Détour Mortel à l'intelligence de ne pas désigner d’emblée son héros comme "différent" (souvenez-vous de cette jeune femme travaillant en boucherie et pratiquant de l'art avec des ossements, comme pour signifier que le Mal est héréditaire) et se montre beaucoup plus subtile dans la description de sa corruption.
On pourrait passer des heures à évoquer ce qui ne fonctionne pas dans le film de Leatherface, mais le retournement de veste du personnage principal n'était pas cohérent et arrivait comme un cheveux sur la soupe. Ici le scénario met un point d'honneur à désigner Danny comme une personne ordinaire mais psychologiquement instable, victime d'une tentative de suicide et toujours sous médicaments. Il a une petite amie dévouée mais il reste hanté par l'idée d'avoir englouti ses finances, et ses amis sont loin d'être les meilleurs personnes du monde puisqu'ils n'hésitent pas à manquer de respect envers leurs hôtes, se moquant de leurs origines campagnardes et lançant ouvertement des remarques désobligeante sous leur nez. Entre sa culpabilité, son désespoir, sa quête de racines et les nouvelles expériences qui s'offrent à lui (la partie de chasse, donnant une impression de puissance, et l'acte de séduction par Sally), on comprend beaucoup mieux comment Danny fini par succomber à la tentation.


Alors certes, au final il prend beaucoup trop rapidement le parti des Hilliker et ne semble que très peu concerné par les disparitions de ceux qu'il considèrent comme ses "véritables" amis. Ce à quoi je répondrai juste que l'on parle de Wrong Turn 6, à quoi vous attendiez-vous ? Mais il n'empêche que le film a clairement reçu plus d'attention que Texas Chainsaw 3D, tant dans le fond que dans la forme. Car ce qui fonctionne vraiment ici n'est pas tant l'histoire que la façon dont elle est mise en scène. La réalisation de Valeri Milev est tout simplement incomparable avec celle, très routinière, de Declan O'Brien. Ici les prises de vue de soignées et on peut affirmer sans crainte qu'après le film de 2003, ce Détour Mortel est le plus techniquement élaboré de tous. Les mouvements de la caméra, les décors nombreux et variés, la nature qui apparaît vaste, et surtout les musiques qui collent parfaitement aux situations et contribuent beaucoup à créer l'ambiance. Quand on sait que le metteur en scène était vraiment restreint au cadre de l'hôtel par les producteurs, on ne peut qu'applaudir cette capacité à donner au film un aspect résolument cinéma plutôt que DTV.
Quelques défauts demeurent, naturellement (des flashbacks en filtre bleu très amateurs), mais le rendu est nettement supérieur au vide créatif qu'on se farci depuis le troisième opus et permet de faire sortir du lot quelques scènes. L'une est évidemment la découverte, de nuit, du village des Mountain Men. Un lieu qui apparaît finalement très paisible au regard de ce qu'on imagine, et pour cause: Danny n'est jamais en danger auprès des siens. Seulement celui-ci réalise à quel point les habitants sont déformés et ils apparaissent progressivement de plus en plus monstrueux. Drogué, il réalise à peine ce qui se passe autour de lui alors que Three Finger et ses frères se joignent à la fête. Dans un état second il assiste à l'égorgement d'un de ses amis, dont le sang et les entrailles sont distribués joyeusement à la foule quémandeuse. Danny bois, se laisse séduire par Sally qui danse pour lui et fini par lui faire l'amour sous les yeux des cannibales, prenant la jeune femme pour sa compagne dans son délire narcotique.
La franchise s'aventure là dans un territoire très différent du gore et du survival et explore le Bizarre, l'Étrange. Peut-être pas ce qui correspond le plus à la série, mais après les boucheries répétitives de Declan O'Brien, autant dire que c'est un véritable rafraichissement !


Une scène qui illustre parfaitement ce propos est celle où Jackson emmène Danny chasser dans les bois. Visuellement bien foutue, atmosphérique et illustrant ce changement de cap dans la saga, mais en même temps complètement à côté de la plaque par rapport au modus operandi de Three Finger et des autres Wrong Turn ! La séquence est montée en parallèle, avec d'un côté Jackson et Danny traquant un daim, de l'autre un policier fouineur qui se fait attaquer par les frères cannibales. Alors que la séquence impliquant les personnages "humains" se montre maîtrisée (Jackson incite Danny à prendre sa première vie tout en lui expliquant comment un véritable chasseur attend que sa proie vienne à lui – renvoi évident à l'intrigue principale), l'attaque des cannibales paraît brouillonne, peu effective au regard des dizaines de meurtres que l'on a vu auparavant et ne respecte absolument pas les règles de chasse dictées en voix off (le trio ayant tendance à sauter sur tout ce qui bouge sans faire montre de réflexion).
Ce n'est pas rien de dire que ce sixième volet se retrouve avec le cul entre deux chaises, devant gérer à la fois le torture porn traditionnel avec son quotas de scènes gore et une histoire avec un peu plus de substance, prenant racine dans la lente description d'un univers insolite et décalé. En résulte des moments totalement "autres" qui s'inscrivent difficilement dans le même univers que le Détour Mortel original où quelques cannibales dévorent des promeneurs égarés. Notamment la découverte de tout un rite sexuel que les Mountain Men pratiquaient à des fins de reproduction ! Se trouve donc, quelque part dans un recoin de l'hôtel, une étrange pièce circulaire où se réunissaient les membres de la famille afin d'observer à la manière d'une secte deux d'entre-eux s'envoyer en l'air. Les consanguins revêtaient une toge à capuche et la femme s'installait sur une sorte de fauteuil de gynécologie pour recevoir son partenaire.


Autant dire que voir Three Finger, Saw Tooth et One Eye habillés en moines façon Le Nom de la Rose, pour observer ce qui devrait naturellement être leurs proies entrain de copuler, donne vraiment une drôle d'impression. Cela pourra donner au choix la sensation que les responsables n'ont plus d'idées pour revitaliser la franchise, ou bien qu'un script préalablement écrit et sans véritable rapport avec les Détour Mortel fut recyclé pour ce sixième film. Dans tous les cas, le mélange n'opère pas vraiment et je ne peux que souligner le résultat improbable de cette mixture.
Je conçois l'idée de jouer sur la consanguinité et lui donner un rôle plus important qu'on ne lui accorde, en faire un acte volontaire de la part des Mountain Men dans une idée absurde de rester pur et supérieur, comme c'était le cas avec certaines familles nobles ou royales à travers l'Histoire. Je reconnais aussi que tout cela donne à la série un aspect beaucoup plus intéressant et lugubre que la très simpliste approche façon slasher qui n'a pour ainsi dire rien à raconter. Mais en l'état, l'ensemble est simplement bancale et hors propos. On est même en droit de rouler des yeux devant le discours de ces consanguins persuadés d'être supérieur au reste du monde, alors que la plus jeune du village est unijambiste et confinée dans une chaise roulante.
Ce que cela apporte à la franchise en revanche, c'est une inattendue et bienvenue dimension sexuelle. Je ne parles pas de nudité ou de scènes de sexes à des fins d'exploitation, mais bien d'une prise en compte de ce besoin fondamentale. Ce n'est pas rien quand on sait que, même à notre époque, les personnages de fiction sont généralement vu comme asexuels ou censurés dans leurs relations et leurs besoins. Aux États-Unis en particulier, un pays très puritain où la nudité même est très tabou par rapport à la violence.


Le point le plus fascinant du film reste donc le personnage de Sally, celle qui doit contribuer à poursuivre la lignée des Hilliker en s'accouplant avec Danny. Wrong Turn 6 dresse un portrait fascinant d'une jeune femme troublée, frustrée et psychologiquement sur la brèche. Non pas que son comportement anthropophage et homicide ne soit pas suffisant pour la considérer comme folle à lier, mais son état général montre qu'elle est constamment sur les nerfs et a besoin de lâcher prise. La jeune femme est assaillie par des pulsions sexuelles qu'elle réfrène depuis probablement très longtemps et passe le film à observer Danny avec un désire ardent.
Lorsqu'elle surprend deux intrus investir la pièce secrète familiale pour y faire quelques galipettes, elle se masturbe. Et quand Three Finger et les autres viennent interrompre les festivités en massacrant le couple, la jeune femme éclate de colère au point d'intimider le trio ! Une scène mémorable la montre récupérer la victime masculine, qui n'a pas encore succombé à ses blessures, pour l'enfermer dans sa chambre afin de le violer. Surprise par son frère, elle se fait rappeler à l'ordre car elle doit se préserver pour Danny. Impatiente de se soulager malgré tout, Sally va alors achever le garçon en l'étouffant avec un coussin qu'elle place entre ses cuisses, afin de ressentir des choses pendant qu'il se débat ! Et la jeune femme d'y prendre du plaisir en lâchant une réplique pour le moins perturbante: "You'll be in me one way or another" (traduction: Tu seras en moi d'une façon ou d'une autre, faisant référence tant à sa semence qu'à sa chair qu'elle consommera plus tard).
Forcément après ça, tous les sévices que peuvent infliger les frères Hilliker auront l'air bien fade en comparaison. En fait les personnages apparaissent un peu spectateurs des évènements. Leur rôle se résume à celui de suiveurs et leurs interactions avec Jackson et Sally sont similaires à celles qu'ils avaient avec Maynard dans le dernier volet: le couple leur gueule dessus constamment et pour un film qui semble prôner l'esprit de famille, on est surtout surpris de ne pas les voir se rebeller contre eux à la fin du film.


Bien qu'ils exécutent quelques personnes ici et là, leur seul moment de gloire arrive durant les toutes dernières minutes. A vrai dire la scène semble un peu précipité et peut-être que le script se déroulait différemment avant le montage final, tant la mise à mort des derniers protagonistes semble n'être là que pour répondre à la formule habituelle de la franchise. A partir de ce moment Wrong Turn 6 retombe dans les travers de ces prédécesseurs et donnerait presque l'impression que Declan O'Brien est revenu finir le tournage. Les frangins sortent de nulle part pour s'attaquer à des proies sans défenses qui jamais ne peuvent défendre chèrement leur peau.
Plusieurs meurtres retrouvent cet aspect Grand-Guignol extravagant qu'il ne faut surtout pas prendre au sérieux, comme lorsque cette pauvre cycliste fonce sur un fil de fer tendu qui s'incruste profondément dans ses orbites. Une victime se retrouve avec un cratère impressionnant dans le crâne suite au coup puissant qui lui a été assené et une jeune femme sexuellement active se retrouve punie en se faisant écarter tellement les jambes qu'elles finissent par s'arracher ! Mais le clou du spectacle, la mise à mort tellement hallucinante qu'elle s'inscrit d'emblée comme la plus mémorable de toute la saga, c'est cette incroyable sodomie à la lance à incendie.
Vous avez bien lu. Un pauvre hère qui se fait neutraliser par le trio est alors torturé par Three Finger armé d'un antique jet d'eau. Ce dernier l'introduit d'abord dans sa bouche, en une version moderne d'une torture médiévale, puis subitement, comme ça sans crier gare, voilà que nos cannibales le déculotte et le pénètre brutalement avec l'engin. Le lavement à haute pression à vite fait de faire gonfler le ventre de la victime qui éclate comme un ballon. Hautement irréaliste, mais assurément spectaculaire.


Comme d'habitude la qualité des effets spéciaux reste discutable. Parfois réussis sur certaines blessures, les maquillages comptent également parmi les pires de la série en ce qui concerne Three Finger et One Eye. Le premier est doté d'un faciès jaunâtre et d'incisives proéminentes lui donnant des airs de hamster bouffi, tandis que le second est tellement méconnaissable que je l'ai souvent pris pour un figurant dans la scène du village des Mountain Men !
Le réalisateur tente de se rattraper en offrant quelques touches d'humour noir ici et là, mais celles-ci ne sont jamais vraiment convaincantes: une idiote s'inquiète du sort d'un petit chat en voyant son avis de disparition sur un mur, lequel compte pourtant des dizaines d'affiches de cas humain, lorsque Danny passe du côté obscure et reprend le flambeau familiale en devenant le nouveau tenancier de l'hôtel, il donne au restaurant le nom de son ancienne petite amie, et le final se montre assez cynique en montrant que Sally n'a toujours pas réussie à avoir des enfants malgré son union avec le jeune homme.
Bref, on est dans du Détour Mortel pur jus avec l'habituelle intro montrant des corps être utilisés pour la numération, une mise en avant de Three Finger qui apparait maintenant ouvertement comme le leader du trio, et de nombreuses scènes de sexe parfaitement gratuites. A vrai dire le film commence en montrant deux promeneurs faire trempette dans une source thermale afin de s'envoyer en l'air. Three Finger, en bon voyeur, préfère attendre qu'ils aient terminés avant de s'attaquer à eux ! L’œuvre cumule des défauts d'écriture et de montage témoignant de sa production rapide et peu soignée: certains personnages sont tout simplement détestables et sans raison d'être si ce n'est de finir massacré, l'hôtel paraît tour à tour luxueux et rénové ou décrépis, un protagoniste utilise régulièrement une GoPro dans ce qui semble être une tentative de capitaliser sur l'actuelle vague du genre Found Footage (mais cela ne sert jamais qu'une ou deux scènes sans importance, peut-être un ancien gimmick passé à la trappe en cours de production) et le titre du film, encore une fois, ne correspond pas à son sujet au point que celui du 5ème opus (Bloodlines) aurait été beaucoup plus logique.


En conclusion, Wrong Turn 6: Last Resort est le représentant ultime d'une franchise qui s'étire bien plus qu'elle ne le devrait. Certains choix sont intéressants et même bien trouvés, mais témoignent d'une formule qui cherche désespérément à se renouveler, quitte à s'éloigner drastiquement de ce qui à fait sa renommé. L'intrigue et les personnages ne sont pas nécessairement mauvais mais paraissent en décalage avec les héros originaux et auraient probablement mérités leur propre univers pour être correctement développés (quoiqu'on peut arguer que, dans l'univers DTV, un produit indépendant pourrait être encore plus mauvais et anecdotique qu'un sixième Détour Mortel). Les défauts habituels demeurent et les quelques qualités ne parviennent jamais à rehausser l’œuvre au point de la réhabilitation. Declan O'Brien à massacrer la franchise au-delà de toute réparation et ce nouvel opus semble juste acceptable car ne sombrant pas aussi bas que ses prédécesseurs.
Alors que je ne peux vraiment conseiller ce dernier épisode en tant que film, voir même en tant que simple série B, je l'inscrirais tout de même au rang des meilleurs productions de la série. Au point que si je ne devais conseiller qu'un nombre restreint de Détour Mortel, ce serait une trilogie se composant de l'original, de Wrong Turn 2 et de cet ultime volet.
Un dernier mot peut-être sur le casting, où plutôt sur l'actrice Sadie Katz, dont la voix enrouée ajoute un petit quelque chose de fascinant à son personnage déjanté, et qui apparaît clairement comme la comédienne la plus mémorable de toute la franchise avec le cascadeur Borislav Iliev (Three Finger dans les numéros trois et cinq). Ce n'est d’ailleurs pas son successeur actuel, Radoslav Parvanov, qui me fera dire le contraire, lequel avait pourtant déjà incarné One Eye la dernière fois.


Toutefois je ne peux terminer cette longue rétrospective sans évoquer un fait-divers arrivé tout récemment. Comme je l'expliquais au tout début de cette chronique, le manque de responsabilité de la Fox envers son produit n'est pas sans lui avoir amené quelques soucis d'ordre judiciaire. La faute à une production précipitée et peu surveillée. En effet, une famille a eu la désagréable surprise de d'apprendre que la photo d'un membre porté disparu et toujours activement recherché fut utilisée dans le film ! Un portrait qui apparaît d'ailleurs de manière flagrante sur le panneau d'affichage où apparaissent les personnes qui ont été probablement capturée et tuée par les cannibales.
Inutile de préciser que les proches se sont sentis insulté, en plus de ne pas apprécier la nature violente et graphique de l’œuvre. En résulte un procès qui a obligé la Fox de rappeler tous les DVD et BluRay mis en vente, ainsi que l'arrêt des diffusions en stream. L'idée, on le comprend, est de retoucher sensiblement le film afin de supprimer l'image concernée. Cependant je m'interroge sur la motivation de la compagnie qui, jusqu'à présent, n'a toujours pas  ressortie une nouvelle version de Détour Mortel 6. Il est évident que le film est loin d'être une de leurs priorités et je me demande si nous auront vraiment droit à une ressortie légale du film. Après un coup pareil, j'imagine que ces producteurs frileux ne sont guère pressés de remettre leur petit DTV sur le marché.
Et finalement cela pourrait peut-être même remettre en cause un septième opus, car je suis certain que la Fox ne prendra jamais le temps de se pencher sérieusement sur la franchise et de contrôler la production dans ses moindres détails. Dommage, car il est évident qu'il s'agit d'une bête erreur commise par un employé peut regardant, ayant tapé "avis de recherche" sur Google pour gagner du temps dans la construction des décors.

Vu le rythme de parution de la franchise, je donne au moins deux ans avant de déclarer officiellement la saga comme morte et enterrée. D'ici là tout est possible mais il faut tout de même rester réaliste: même si cela pourrait faire un sacré coup de pub, la Fox donne surtout l'impression de se retrouver avec une petite humiliation sur les bras à cause d'une série de films parfaitement dispensables. Que croyez-vous que sera la décision finale des exécutifs après une telle affaire ?