samedi 28 juin 2014

007 – Light of my Death (1993)


007 – Light of my Death
(1993)


L'Agent 007 et les comics c'est une longue histoire, et on peut remonter jusqu'en 1963 pour découvrir le premier essai: une adaptation de James Bond contre Dr. No conçue pour la promotion du film. Après quelques autres tie-in sortis chez Marvel et Eclipse Comics, c'est en 1989 que sort la première bande-dessinée originale sur l'espion britannique (Permission to Die, toujours chez Eclipse). Par la suite c'est la compagnie Dark Horse qui reprend la licence, venant grossir une collection qui compte déjà RoboCop, Godzilla, ainsi que les Aliens et Predator dans ses rangs.
Évidemment l'éditeur n'est pas particulièrement fidèle au personnage et surtout pas à sa version papier. Quand bien même la saga 007 a énormément flirté avec la science-fiction, les premières histoires (Serpent's Tooth, en trois numéros, et A Silent Armageddon, en deux puisque annulé en cours de parution) vont très loin dans le genre au point de faire s'affronter l'agent secret avec un dinosaure ! Light of my Death, au contraire, préfère revenir aux fondamentaux et se rapproche beaucoup plus de l’œuvre de Ian Fleming. Un cas un peu unique a vrai dire, puisque aucun autre comic-book n'a osé s'intéresser a cette version.
Et comme pour bien souligner l'exception, la parution ne s'est pas faite sous la forme habituelle de mini-série mais en publication fragmentée dans les pages de l'anthologie Dark Horse Comics, une revue fonctionnant comme un recueil d'histoires courtes.


A travers ce magazine l'idée était de présenter quelques personnages et univers récurrents proposés par l'éditeur, et ainsi familiariser les lecteurs avec leurs différentes séries en cours. Dans le cas de James Bond, ce sont six pages réparties sur quatre numéros (du #8 au #11) qui devaient mettre le héros sous les feux de la rampe. Avec seulement 24 pages pour raconter une histoire d'espionnage autant dire que ce n'est pas chose facile et, pour ne rien arranger les choses, le scénario s'éloigne drastiquement de ce qui a été raconté dans les histoires précédemment publiées par la compagnie.
Plutôt que de reprendre les éléments introduits auparavant, Light of my Death fait table rase de cette continuité et préfère se rapprocher des écrits originaux, ou en tout cas des premiers films de la franchise. Pas vraiment le meilleur choix pour s'attirer un lectorat, qui a dû se sentir un peu perdu devant ce parti-pris, mais une plutôt bonne nouvelle pour les fans inconditionnels de James Bond qui peuvent enfin revivre une aventure "à l'ancienne".
Un choix qu'il faut attribuer à Das Petrou, scénariste présumablement britannique et responsable du thriller uchronique Ring of Roses, pour qui l'agent secret n'est finalement intéressant que dans le contexte de la Guerre Froide. C'est donc tout naturellement que Light of my Death se déroule aux alentours de 1961, date qui n'est pas officiellement donnée mais que l'on peut calculer via de nombreux éléments présent dans le scénario, et que les soviétiques sont impliqués dans l'intrigue.


Celle-ci commence en France, dans les Alpes, lorsque sont assassinés un banquier suisse et un agent du MI6. Alors que leur entrevue a lieu dans une télécabine en pleine ascension, un sniper armé d'un révolutionnaire fusil laser détruit le câble qui retenait la machine, précipitant les deux hommes vers une mort certaine. Les Services Secrets britanniques n'apprécient guère la situation et soupçonnent fortement les russes d'être à l'origine de cet attentat.
On présume en haut lieu que le banquier était chargé de gérer les comptes d'un trafiquant d'armes sévissant à Moscou, lequel serait carrément en affaire avec le gouvernement. Le KGB aurait fait tuer les deux hommes afin de préserver le secret de leurs transactions. La piste n'est pas improbable mais James Bond émet quelques doutes. D'une part le style de l'assassinat ne correspond pas aux agissements des soviétiques, de plus rien de tout cela n'apparaissait dans les rapports de l'agent tué en action. En effet, celui-ci semblait beaucoup plus s'intéresser aux irrégularités financières d'une entreprise agricole localisée à Hong Kong.
Les anglais n'y prêtant pas attention, ils envoient 007 enquêter sur place afin de mieux comprendre ce qui s'est passé. Celui-ci est aussitôt prit en chasse par des agents russes et ne doit la vie qu'à une vieille connaissance, Tatiana Romanova, justement a leur poursuite. Son ancienne compagne lui apprend que l'URSS cherche à savoir pourquoi certains de leur citoyens sont impliqués dans l'assassinat du banquier suisse, mais les suspects se révèlent en fait être des agents du KGB pensant que les Britanniques étaient responsables !
Dans cette confusion, Bond et Tatiana s'en remettent à leur seconde option et se rendent à Hong Kong pour découvrir ce que cache la mystérieuse entreprise accusée de fraude fiscale. Et pendant ce temps, le sniper au laser est contacté par un mystérieux M. Amos qui va lui confier un nouveau travail...


Ce commanditaire, qui tire les ficelles en semant la zizanie parmi les différents services de renseignement, va bien vite apparaître comme étant le dirigeant d'une organisation secrète tentaculaire et disposant de très gros moyens. Un syndicat dont le but premier est de s'enrichir au détriment du reste du monde, engageant nombre de personnages hors-normes pour arriver à ses fins. Quant à son leader, ce n'est autre qu'un homme obèse qui apparaît vissé sur un fauteuil à caresser son chat blanc...
Vous l'aurez compris, M. Amos n'est autre que Blofeld, l'adversaire principal de James Bond et fondateur de l'organisation criminelle SPECTRE ! Toutefois il y a fort a parier que l'auteur n'a pas pu utiliser son nom ni celui de sa société par une question de droits d'auteur, qui furent entre autres choses responsables de la longue pause dans la série cinéma, entre Permis de Tuer (1989) et GoldenEye (1995), et qui obligea les scénaristes de ce dernier à inventer le Syndicat Janus pour nommer les antagonistes.
Habile, le scénario ne met pas le personnage en avant et se contente de le présenter comme la partie immergée de l'iceberg (ou, oserais-je dire, d'une menace fantôme) qui plane sur toute l'affaire. Un homme de l'ombre, responsable du vol d'une grande partie de l'aide financière américaine envers l'Asie du Sud-Est et visiblement peu inquiété par les autorités. Difficile de dire s'il s'agit ici de sa première apparition dans la chronologie (franchement chaotique) Bondienne, mais il est certain que l'auteur aurait développé le personnage par la suite s'il avait eu l'occasion de poursuivre son histoire en série régulière.


Et c'est vraiment le seul défaut de ce Light of my Death. L'impression d'une aventure un peu vaine puisque trop courte et se concluant de façon trop abrupt. Si l'on peut imaginer que la suite des évènements se trouve tout naturellement dans les autres livres et films de James Bond, certains éléments sont tout de même perdus dans les coupes sombres, tel l'origine du fusil laser ou le rôle du partenaire de M. Amos (un sosie d'Albert Wesker).
Du reste il n'y a rien a redire. L'humour propre a saga est là, les personnages sont fidèles a eux-mêmes et on retrouve également l'Aston Martin DB5 et quelques gadgets (hélicoptère télécommandé, une grenade "flasque à alcool" et une jonque à réaction). L'aspect espionnage d'autrefois est bien présent via les nombreuses fausses pistes et découvertes que trouve 007 et l'action n'est pas en manque entre un sniper high-tech, une poursuite en ski tirée de Au Service Secret de sa Majesté et l'escalade du Sphinx au sommet duquel a lieu le duel final. Mentionnons également quelques clins d’œil pour les habitués de la franchise, comme le flirt habituel Bond /  Moneypenny qui est aussitôt interrompu par M ou le fait que Tatiana ait changée de look depuis les évènements de Bon Baisers de Russie.


Enfin il faut évoquer les somptueux dessins de John Watkiss (partenaire de Das Petrou sur Ring of the Roses) dont le James Bond ressemble vraiment à celui décrit par Ian Fleming, moins quelques détails. Il apparaît presque surprenant de voir sa version "super-héroïque" du personnage pour la couverture du Dark Horse Comics #10, limite caricaturale mais probablement commandé ainsi par l'éditeur soucieux d'appâter un public habitué aux graphismes standards des comics américains.
Il est secondé par le coloriste Trevor Goring (qui a bossé sur Death Race 2020 !), lequel a heureusement adhéré au choix visuel de son collègue et lui a associé de magnifique couleurs pastelles dont un couché de soleil en pleine mer tout bonnement renversant. Futur nominé à l'Eisner Award pour son boulot sur Starman (DC Comics), l'encreur Wade Von Grawbadget semble s'être suffisamment impliqué sur ce travail pour mériter un deuxième crédit en tant qu'assistant-scénariste. Très vraisemblablement il ne s'agit que d'un titre honorifique pour ses conseils sur la mise en images du script, lesquels ont dû générer quelques retouches ici et là.


Sans atteindre les sommets du genre, Light of my Death apparaît comme un très bon supplément aux romans de Ian Fleming et aux amoureux des premiers films de l'espion britannique. On y retrouve la même ambiance et il y avait un très grand potentiel a développer. Quel dommage que l'éditeur ait préféré miser sur une version plus jeune et plus branchée, mais de qualité inférieur.
Suivirent alors deux autres mini-séries en trois numéros, Shattered Helix puis The Quasimodo Gambit, et un autre histoire promotionnelle publiée dans les pages de Dark Horse Comics #25: le peu engageant Minute of Midnight qui semble être le recyclage rapide d'une dernière mini-série impossible a terminer dans les temps. La licence échappa en effet à Dark Horse pour rejoindre très brièvement l'écurie Topps Comics en 1995, juste le temps d'une adaptation inachevée de GoldenEye.

Bref on peut vraiment dire que pour James Bond, publier n'est pas joué...


samedi 21 juin 2014

[Marvel Premiere #50] Alice Cooper: From the Inside (1979)


Marvel Premiere #50
Alice Cooper: From the Inside
(1979)

"I'm going back to the world of cheeseburgers and bowling for dollars !"

 
Alors que nous venons d'entamer une bonne moitié de l'année 2014 et que la maison d'édition Dynamite Entertainment s'apprête à publier un tout nouveau comic-book basé sur la rock-star Alice Cooper, il me semblait intéressant de revenir en arrière pour découvrir la toute première BD adaptée de l’œuvre du Godfather of Shock Rock.
Il en existe trois en fait, la plus connue étant l'excellente The Last Temptation, d'après l'album homonyme et que l'on doit à cet immense auteur qu'est Neil Gaiman (The Sandman), et la plus obscure une publication de Rock and Roll Comics, un label de la Revolutionary Comics qui s'est spécialisé dans les biographies non officielles de groupes de rock sous forme de petits comics.
Bien avant cela il y avait cet étrange Alice Cooper: From the Inside, publié par Marvel Comics en Octobre 1979. Une publication qui peut paraître incroyable, mais il faut savoir que ce n'est pas la première fois que la compagnie s'intéresse à d'autres personnages que ses super-héros. Elle fut responsable peu avant du premier comic-book inspiré du groupe KISS et s'est aussi offerte sa propre version de l'univers de Star Wars et du lézard atomique Godzilla, prenant à chaque fois d'énorme liberté avec le matériau de base !


A la lecture de l'édito en sommaire, il semblerait que les pontes de la Marvel souhaitaient obtenir le personnage d'Alice Cooper depuis quelques années déjà. On imagine que la popularité du chanteur et ses apparences extravagantes n'y sont pas étrangères, et c'est après une rencontre avec Vincent Furnier durant une fête d'après-concert que le projet est validé. Maintenant il reste très difficile de savoir jusqu'à quel point Alice lui-même fut impliqué dans la création de la bande-dessinée, mais si son nom apparaît au crédit d'auteurs en tant que responsable de l'intrigue, c'est certainement plus une obligation contractuelle du fait qu'il ait écrit les paroles des chansons dont s'inspire le scénario.
Celui-ci est en fait signé Ed Hannigan (co-créateur de Cloak et Dagger chez Marvel). En revanche puisque les éditeurs Roger Stern et Jim Salicrup, qui sont allés à la rencontre du shock rocker, sont également inscrit comme étant à l'origine de l'histoire générale, peut-être y a-t-il eu une conversation entre les trois hommes pour savoir quelle direction prendre avec le concept...
Quoiqu'il en soit l'idée finale fut de s'inspirer du dernier album en date de l'artiste (From the Inside, paru en Novembre 1978, soit un an plus tôt) et de développer tout un univers sur le même ton un peu loufoque que la musique, afin de coller autant que possible à l'univers fou d'Alice Cooper.
Il faut dire que l’œuvre de base n'est pas n'importe laquelle et correspond à une période très particulière de son auteur: entre 1977 et 1978, celui-ci tombe sévèrement dans l'alcoolisme et décide de se faire hospitaliser. Il entre alors dans un véritable asile et ce sont les gens qu'il y croise qui vont l'inspirer pour ses nouvelles chansons. En découle un album concept très personnel (la ballade How You Gonna See Me Now en témoigne) qu'il écrit avec l'aide de Bernie Taupin, le parolier d'Elton John.


Vu le sujet on aurait vite fait de croire que From the Inside est une œuvre sombre et torturée, mais il n'en est rien ! L'album est enjoué, entrainant et très drôle. Et c'est exactement dans ce style que Marvel réalise son comic-book: caricatural, non-sensique, autoréférentiel et totalement assumé dans son délire. Alice va même jusqu'à briser le 4ème mur lors de son évasion, arguant que si certains lieux communs ne se déroulent que dans les films, ils peuvent finalement tout aussi bien arriver dans les comics !
Le point de départ lui-même est totalement saugrenu, voyez plutôt: Alice Cooper est sous pression. Entre ses concerts, ses parties de golf et ses problèmes de boissons, il est victime d'une véritable crise de nerf et se sens déphasé avec le monde qui l'entoure. Se rendant dans une clinique afin de se soigner (avec son boa enroulé autour du corps), il va avoir le malheur de croiser un quasi homonyme dans la salle d'attente. Un certain Alex Cooper, schizophrène paranoïaque et fétichiste des pneus (!) recherché par les Autorités.
Évidemment il y a confusion et c'est Alice qui est capturé par la police et interné de force dans la clinique du Dr. Fingeroth, un sadique aussi tordu que ses patients. Là, le rocker est tout simplement torturé, balancé dans des bains glacés ou victime d’électrochocs violents. On lui coupe les cheveux afin de lui donner une allure plus "normale" et il est abandonné dans une grande salle où traînent les autres fous. A deux doigts de devenir un légume, le chanteur décide alors de s'évader et de retrouver son serpent de compagnie dont on l'a privé...



A vrai dire le script ne s'aventure pas tellement au-delà de ce prémisse, préférant se focaliser sur ce délirant établissement qui a tout de La Maison qui Rend Fou d'Astérix et Obelix. On est pas loin des aventures d'une autre Alice, celle de Lewis Carroll, tant l'absence de règles et les délires narcotiques prennent le pas sur l'histoire. Reprenant énormément de choses sur les paroles de l'album From the Inside, mais également sur d'autres musiques, la bande-dessinée semble être une parfaite représentation de ce qui devait se passer dans les rêves alcoolisés de Vincent Furnier durant son intoxication.
Ainsi la menace qui plane sur Alice Cooper n'est jamais prise au sérieux, surtout avec ses monologues internes totalement décalés. Les protagonistes s'expriment essentiellement par le biais de punchlines ou de calembours lamentables et en résulte des dialogues psychédéliques, qui semblent parfois n'être là que pour faire apparaître un titre de chanson ou un extrait de lyrics. Les murs sont couvert d'inscriptions énigmatiques et les arrières-plans regorgent d'apparitions surprises que l'on doit aux dessinateurs Tom Sutton (le premier artiste sur Vampirella !) et Terry Austin, aux commandes des graphismes. Débarquent alors un clone de Namor dans les douches de l'asile, l'assistant du maléfique docteur prend les traits de Boris Karloff dans Frankenstein et on croise quelques célébrités comme le Pingouin, Archie ou encore Popeye.
Certaines références sont même carrément obscures, comme ces deux policiers qui appréhendent Alice au début de l'histoire, en fait les personnages d'un vieux sitcom des années 60: Car 54, Where Are You ?


Et puis bien sûr il y a tout ce qui touche a l'album original. Billie et Millie, couple d'assassins aussi dangereux qu'amoureux, le vétéran du Vietnam Jackknife Johnny, qui se croit encore à la guerre, et Jérôme, un moine obsédé par le physique de rêve de son infirmière. Cette dernière, Nurse Rozetta, est une véritable femme fatale avec qui il ne faut pas plaisanter, et "Veronica" (une chienne dont le propriétaire, un patient, s'inquiète durant son internement) devient ici le boa que notre chanteur préféré utilise régulièrement sur scène.
L'étrange séductrice de Wish I Where Born in Bervely Hills est bien là, ainsi que la "Quiet Room" où Alice Cooper se retrouve isolé. Et si d'autres échos aux chansons sont cachés discrètement ici et là (l'absence de lacets aux chaussures), on en retrouve un qui va être sacrément réinterprété: la célèbre tirade de la chanson-titre, "Where's my makeup, where's my face on the inside?", qui est réutilisée ici lorsque le chanteur réalise que son docteur veut faire de lui un homme nouveau. En pleine crise d'identité (Identity Crisis ...?), Alice ré-applique son maquillage comme s'il s'agissait d'une nécessité à son équilibre mental, tandis que ses cheveux coupés redeviennent long par eux-mêmes !
Déjà génialissime par elle-même, cette séquence prend une toute autre dimension a la lumière d'une révélation: il fut un temps question de poursuivre les aventures du shock rocker et de le plonger au cœur du Marvel Universe ! On imagine alors sans peine l'alter-ego civil Vincent Furnier se transformer magiquement en Alice Cooper lorsque le besoin s'en fait ressentir !
Et si l'idée vous semble improbable (et pourtant, quid de KISS chez Todd McFarlane ?), le présent comic-book en offre un léger aperçu lors d'un hallucinant rodéo véritable entre la star et Nurse Rozetta, qu'il tente de maîtriser en la ligotant, ou quand Veronica remplie son rôle de sidekick indispensable pendant l'évasion de notre héros.


Ce n'est probablement pas un hasard si Alice Cooper: From the Inside a été publié dans la revue Marvel Premiere, un magazine aujourd'hui disparu mais qui servait alors à introduire de nouveaux personnages avant qu'ils ne possèdent leur série régulière, ou au contraire a retrouver des héros déchus qui n'étaient plus en têtes des ventes. S'y sont croisés le Dr. Strange, Iron Fist et la Légions des Monstres, mais aussi 3-D Man (quelqu'un se souvient de lui ?). Et pour être sûre de rassembler un maximum de lecteurs, Marvel avait inclus une publicité dans chaque page informative de ses revues (les Bullpen Bulletins) afin que même celui qui n'achèterait qu'un titre dans le mois soit au courant de la publication.
La BD en elle-même a fait l'objet d'un certain soin, les auteurs ayant préférés rendre hommage aux EC Comics (Tales From the Crypt, etc) plutôt que de livrer un produit classique. Une idée qu'il faut peut-être attribuer à Tom Sutton, dont le travail en général serait très influencé par la compagnie.
La couverture en reprend l'aspect graphique reconnaissable, avec ces portraits apparaissant dans un coin de la page, et le titre de l'ouvrage est sensiblement modifié en un Tales From the Inside. La conclusion de l'histoire évoque ces contes d'humour noir lorsque Alice, libre, découvre avec stupeur que l'autre Cooper a profité de sa liberté pour se lancer dans une campagne de politique (référence évidente à Elected), avant d'être de nouveau enfermé alors qu'il tente de prévenir la foule !


Clairement pas faites pour tout le monde, loin des standards et totalement anarchique, cette bande-dessinée est en phase avec l’œuvre de l'artiste de légende. Tellement, en fait, qu'il paraît impossible après lecture que l'album From the Inside ne soit pas réédité avec, en guise de complément.
Alors évidemment ce n'est pas tellement difficile de comprendre pourquoi le personnage d'Alice Cooper n'a finalement pas rejoint le Marvel Universe, et aujourd'hui encore seul l'extravagant Deadpool semble calibré pour éventuel team-up si cela avait été le cas. La réaction des lecteurs, sans être violente, a clairement montré aux responsables qu'il était inutile d'aller plus loin. Dans le numéro suivant de Marvel Premiere, quelques lettres de réaction montre assez bien la perplexité du public qui n'avait probablement jamais vraiment prêté attention à l'univers fou décrit dans les chansons de la rock-star.
L'une d'elle, qui vaut quand même la peine d'être notifiée, considère même le comic-book comme une insultes aux Marvelites, traitant le personnage d'Alice Cooper qui y est décrit comme d'un véritable idiot ! Chacun son point de vue je suppose, aussi vous voilà prévenu.

Espérons que, a défaut de partir dans le même délire, Dynamite Entertainment puisse livrer quelque chose d'aussi respectueux envers son sujet d'inspiration !


Et bonne Fête de la Musique !

"I thought we were free and clear, but, then, I thought Iggy Pop was a breakfast cereal !"


 

vendredi 20 juin 2014

Quelques notes sur le Cycle de Gor, T.1 (et son auteur)

Si vous êtes adepte des romans de Fantasy, vous connaissez probablement John Norman et son long Cycle de Gor. Les autres, estimez-vous heureux, surtout si vous êtes une femme.

Ce n'est pas tant que ce professeur de philo, reconvertie en auteur d'Heroic Fantasy pour surfer sur le retour de Conan, le barbare de Robert E. Howard (son premier tome remonte aux années 70, exactement au même moment où Lyon Sprague De Camp et Lin Carter dépoussiéraient le Cimmérien avec de nouvelles histoires et des modifications apportées aux textes originaux, avec un gros succès) est un mauvais écrivain. En fait c'est même ça le pire: il n'est pas mauvais du tout et possède une vision très nette de son univers, décrivant avec une précision quasi scientifique son fonctionnement et nous embarquant dans des aventures qui se laissent suivre.
Non le soucis c'est que John Norman est un gros misogyne. Et je veux dire, un véritable misogyne, et pas un malheureux macho qui s'est laissé aller à quelques déclarations malheureuses. Voyez-vous, celui-ci pense que la femme est naturellement inférieure à l'Homme, mais surtout que la seule façon pour elle de pouvoir s'épanouir dans la vie est d'être une esclave. Au sens propre.

A travers son cycle, qui est une sorte de relecture érotique des aventures de John Carter, par Edgar Rice Burroughs, celui-ci réinvente notre société de façon "idéale", mélangeant la technologie là où elle est profitable (confort et soin) à une période plus antique où l'Homme était roi et où la Loi n'existait pas vraiment. Il  y a des règles, des codes de conduites, etc., mais globalement c'est un retour à l'Âge de Fer où il est permis de saisir ce que l'on souhaite par la force. Et notamment les femmes.
Certains pensent que l'auteur souhaite juste introduire un système de domination / soumission propre au BDSM, quelque chose de terriblement sexuel, et pourquoi pas ? Seulement non. John Norman désire ardemment montrer que les personnes "du sexe faible", sont véritablement faible. Je n'aurai absolument rien contre une version sado-maso du genre Heroic Fantasy – bien au contraire – mais il y a ici une idéologie puante qui va bien au-delà de cette pratique et qui dépasse même la dimension sexuelle.

Les exemples sont nombreux et, à travers les quelques volumes que j'ai pu lire (supporter est plutôt le mot), on peut retenir que marquer sa conquête au fer rouge est une sorte de baptême qui est très vite accepté par l'esclave. Les chaines et le collier sont exhibés avec fierté, comme des bijoux, la soumise étant en fait amoureuse de son maître et fière de lui appartenir. Et enfin, quand bien même la victime aurait été libre et dans une position de pouvoir (politique ou financier), il est précisé qu'elle n'est jamais véritablement heureuse, voir vivante. Mais à genoux, à obéir sans discuter, voir à être punie pour l'avoir un peu trop ouverte, elle revit et semble trouver son véritable "Moi".
A l'inverse lorsqu'un homme se retrouve dans la même situation, cela est une tragédie immense. Une honte qui le détruit tellement que même le suicide ne semble pas être une façon de s'en sortir. Lorsque le héros des livres, au début héroïque malgré sa rapide adoption du style de vie Gorien, fini par être capturé, il se décide alors d'abdiquer jusqu'à son identité, abandonnant ses buts et son code d'éthique personnel, choisissant d'être le pire des salauds parce qu'il ne se sent techniquement plus "humain".

J'avais dans l'idée de parler de toute cette affaire en chroniquant quelques tomes de cette saga, en tout cas le premier, et finalement... J'abandonne tant tout cela me dépasse. Pour ne pas totalement gâcher un article, voici les quelques notes que j'avais pris durant ma lecture. Avec tout le professionnalisme dont j'ai pu faire preuve.
C'était mon deuxième essai de lecture et chronique du premier tome du Cycle de Gor. Je n'abandonne pas l'idée de m'y mettre pour de bon un jour, mais ce rejet en dit long sur ce que je pense du bonhomme et de son œuvre (surtout vu ce que je m'inflige à longueur de temps, question films et bouquins).


mardi 17 juin 2014

[Ciné] X-Men: Days of Future Past


X-Men: Days of Future Past
(2014)
UGC Ciné Cité Rouen, Rouen (76)


J's Night (2014)


J's Night
(2014)


Il y a quelques jours c'était Vendredi 13, l'occasion idéale pour se revoir quelques films de Jason Voorhees, le plus célèbre des tueurs au masque de hockey. Une tradition en quelque sorte. Mais pas cette fois. Cette année est une date un peu spéciale puisque a été mis en ligne le "premier" fanfilm français inspiré par la franchise ! A prendre avec des pincettes évidemment puisqu'il existe probablement d'autres vidéos basée sur la saga dans nos contrées, mais peu importe.
Réalisé par Antonio Rossé et Sébastien Rovere, J's Night (prononcez Jay's Night) est un court métrage d'une trentaine de minutes narrant une énième résurrection du tueur de Crystal Lake. Rien de bien transcendant dans l'idée et pourtant il aura fallu cinq bonnes années pour que le projet se concrétise pleinement. Auto financé et tourné en 2009 du côté de Montpellier, le film semble avoir connu quelques soucis durant la post-production, ce qui aurait retardé sa finalisation jusqu'en Mai 2014.
L'un de ses problèmes fut bien entendu d'ordre financier, contraignant les responsables à demander de l'aide via Ulule.com afin de réunir les 3500€ nécessaires au budget du mixage sonore. L'autre raison est déjà plus amusante puisque l'équipe dû attendre d'avoir l'aval de la Warner USA pour obtenir les droits d'autorisation du personnage de Jason !



S'il peut paraître un peu étonnant d'aller jusqu'à récupérer les droits légales pour ce qui n'est qu'un petit fanfilm à but non lucratif, il faut savoir que les plans initiaux (diffusion gratuite en ligne uniquement) ont été légèrement chamboulés lorsque l'équipe a considéré le fruit de ses efforts comme suffisamment convenable pour mériter une exploitation en salles lors de concours en festival.
On serait tenté de croire que personne, aux États-Unis, n'irait fouiner pour retracer l'existence d'une petite vidéo française, mais cette décision a été prise suite à la mésaventures de quelques camarades cinéastes, lesquels ont eu la mauvaise surprise de recevoir un courrier d'avocats après la projection privée d'un de leur film qui reprenait un personnage célèbre du grand écran !
Tout semble être rentré dans l'ordre puisque J's Night s'affiche ouvertement comme fanfilm "officiel" de la franchise, mais selon Le Blog des DVDpasChériens, les exécutifs auraient quand même refusés la demande des réalisateurs. C'est déjà un véritable parcours du combattant pour mettre en scène un film Fantastique dans nos contrées, alors s'il faut en plus compter sur un autre pays pour mettre des bâtons dans les roues des artistes, il y a peu de chance pour voir d'autres projets comme ça émerger en France...


Disponible depuis ce Vendredi 13, à 13h (gageons que les responsables auraient voulu sortir le film l'an dernier), J's Night est maintenant disponible sur YouTube et témoigne effectivement d'un soin visuel surprenant. Tellement, même, que le reste du film ne tient pas vraiment la comparaison, entre un scénario prétexte qui ne vole pas haut et une ambiance sonore pour le moins inexistante. Rien de bien surprenant puisque nous sommes là dans le domaine du fanfilm, mais lorsque le produit affiche une telle prouesse technique, il est quand même dommage que le reste ne soit pas du même niveau.
Ainsi a-t-on l'étrange sensation d'assister à la fois à un véritable film et à une petite vidéo fauchée, en alternance selon les séquences. Il est donc terriblement difficile de porter un jugement sur le résultat et cela aurait certainement pesé en défaveur du court-métrage s'il avait pu concourir.
L'illusion fonctionne dès l'ouverture, lorsqu'un groupe de jeunes vient camper aux alentours du célèbre camp Crystal Lake le temps d'une nuit. Une belle Camaro passe devant un panneau indicateur tout droit sorti du film original et le célèbre thème musical d'Harry Manfredini est là... Hélas l'atmosphère disparaît aussitôt que les personnages ouvrent la bouche, la faute à des répliques mal écrites et atrocement post-synchronisées qui décrédibilisent la réalisation. Les protagonistes sonnent faux, tant dans leur manière de parler (un fléau qui touche toute l'industrie du cinéma français) que dans le rendu sonore du doublage, visiblement un peu à la ramasse.


Et c'est dommage car même si les campeurs ne sont que de la chair à canon pour le mort-vivant de Crystal Lake, le film ne pouvant se permettre de développer quoique ce soit vis-à-vis de sa courte durée, il y avait un petit élément intéressant en la présence de cette jeune femme fraîchement enceinte. Celle-ci devient bien vite l'inévitable Final Girl qui va devoir se battre non seulement pour sa propre survie mais aussi pour la vie qu'elle porte en elle. Malheureusement il ne s'agit que d'un détail qui n'a finalement que peu d'impact sur le déroulement des évènements et jamais le scénario ne va s'appesantir sur ce sujet: J's Night se veut classique et old-school, ce qui est bien (et limite nécessaire dans le cadre d'une telle production) mais c'est tout ce que l'on a.
L'histoire montre comment Jason Voorhees, enterré au cœur de la forêt de Crystal Lake, revient à la vie lorsqu'un couple de randonneurs égarés décide de s'envoyer en l'air juste à côté de sa tombe ! Faisant fi de sa potentielle existence, monsieur décide de séduire mademoiselle (pourtant pas vraiment consentante) au milieu de nulle part et aussitôt le boogeyman s'extirpe de sa fosse pour les massacrer. Ceci fait, il part s'attaquer à leurs amis qui ont plantés leurs tentes au bord du lac...


Le reste du film se borne a montrer la mise à mort des pauvres fornicateurs venus s'amuser dans les parages et c'est tout. Les mauvaises langues diront qu'en cela J's Night est similaire aux vieux films de la franchise mais ce serait oublier les rebondissements, gimmicks et personnages qui viennent relancer des intrigues en effet répétitives et peu innovantes.
Et du coup lorsqu'arrive enfin le générique de fin, on est en droit de rester sceptique devant toute cette entreprise. "Tout ça pour ça ?", c'est un peu la phrase qui vient en tête. Un tel déploiement de moyens pour un récit qui se contente de montrer Jason exterminer une bande de jeunes, ça laisse perplexe et c'est à ce demander si le film n'aurait finalement pas dû être un peu moins soigné. Ainsi l'ensemble aurait été un peu plus homogène et plus simple à appréhender.
Cela étant dit, c'est justement cette beauté plastique qui aide le court-métrage a se différencier de ses nombreux cousins américains. D'une part cela témoigne de la passion qui anime les responsables, cette volonté d'offrir un film intéressant et pas juste de partir en forêt avec un caméscope et un pote déguisé pour faire les cons. Ensuite il faut avouer que le rendu de certains plans est à tomber. Mention spéciale pour les éclairages nocturnes à travers bois et la brume irréelle qui enveloppe les environs de Crystal Lake. La réalisation est parfois inspirée (Jason sort de terre à la manière de L'Enfer des Zombies de Lucio Fulci, ou apparaît discrètement derrière sa proie comme Michael Myers) et les effets gore signé David Scherer, qui a bossé sur The Theatre Bizarre, sont exemplaires. Enfin il faut noter du fanservice généreux, entre la reprise du meurtre au sac de couchage de Vendredi 13, Chapitre 7 et l'apparition surprise d'un certain Chosen One manieur de tronçonneuse.
Et quelle bonne idée de donner à Jason cet espèce de 6ème sens qui lui permet de détecter les personnes en plein coït!


Quelques scories cependant, avec notamment tout ce qui touche au traitement sonore (ce fameux mixage financé par crowdfunding). Déjà il faut noter la quasi absence de musique. Si le fameux "Ki ki ki, ma ma ma" est là et que la dernière partie du film utilise effectivement une bande-son pour accompagner l'action, le court métrage est majoritairement lacunaire à ce niveau. Dommage car cela aurait grandement contribué à l'atmosphère lors de l'arrivée à Crystal Lake...
Il faut également souligner a quel point les bruitages sont surutilisés, avec un rendu exagérément fort. Était-il vraiment nécessaire d'employer un son pour chaque bruit de pas ? On se croirait presque, par instant, dans un vieux jeux vidéos type Resident Evil ou Silent Hill.
Pour finir, la post-synchro est d'une qualité assez médiocre. Le doublage sonne faux et met l'accent sur les répliques trop factices. Ce qui n'est pas sans poser problème puisqu'il devient parfois difficile de savoir si le ton est à la plaisanterie ou non. Franchement par moment on se croirait vraiment dans un sketch de Joueur du Grenier !
Plus anecdotique, il convient de toucher un mot sur le rôle principal, ici tenu par Marc Cossart. Si l'interprète s'en sort très bien grâce à un physique imposant, c'est en revanche un peu moyen dans le costume et la gestuelle. Je pense notamment à la démarche style "je me balade tranquille", peut-être aurait-il été judicieux d'étudier les expression corporelles de Kane Hodder pour donner un peu plus de dynamisme au personnage.
Question déguisement, je craignais le bleu de travail criard et les gants jaune poussin façon Jason le Mort-Vivant vus sur les photos de tournage, mais heureusement les scènes nocturnes atténuent les couleurs. Le masque, en revanche, paraît bien trop artificiel et c'est à se demander pourquoi l'accessoiriste n'a pas opté pour un véritable masque de hockey, comme celui de la licence.


Mais très honnêtement il ne faut pas prendre en compte ces "défauts" dans le cadre d'un simple fanfilm. La production ne fut pas choses aisée et pinailler sur de petits détails est parfaitement inutile. Le seul véritable reproche que l'on puisse faire à J's Night, c'est d'avoir tellement  favorisé la forme que le fond semble obsolète en comparaison, mais nul doute que ce résultat n'était absolument pas prévu à l'origine.
Je ne peux donc que vous encourager à regarder ce court-métrage, disponible gratuitement je le rappel, ainsi que de jeter un œil sur sa page Facebook et lui donner un petit Like pour encourager ses créateurs.

En espérant qu'un jour le DVD distribué aux contributeurs Ulule, avec commentaire audio, interview des réalisateurs et message d'introduction personnalisées, puisse être disponible pour d'autres fans...



GALERIE


vendredi 6 juin 2014

Gore: Dissection d'une Collection


Enfin arrivé dans ma boite aux lettres ce matin, le très beau Gore: Dissection d'une Collection de David Didelot, qui s'annonce tout bonnement génial. Première surprise a l'ouverture du colis: le poids. L'objet est un lourd pavé blindé d'informations, de chroniques, d'interviews, de coupures de presses et d'une riche iconographie. La maquette semble très bien faite, lisible et équilibré, et cerise sur le gâteau, l'ouvrage s'aventure hors de la collection Gore pour faire le tour du genre (l'éphémère Maniac de Patrick Siry et les récents Trash qu'il faut découvrir).


Un très grand merci a l'auteur, le mec fou derrière le fanzine Vidéotopsie, pour avoir dénié jeté un œil a mes quelques papiers et accepté ma chroniques de Vrilles ! et de m'avoir envoyé un exemplaire dédicacé de son monstrueux rejeton. J'avoue que voir ma courte présentation en page 14 m'a bien fait rire !


Ne reste plus qu'a le lire, ce que je vais faire avec grand plaisir et intérêt. Le simple fait de feuilleter la chose me donne envie de me remettre a mon projet de chroniques de la collection, en comparant les parutions avec leurs homologues en version d'origine. Voilà une lecture qui va mettre le feu aux poudres !


jeudi 5 juin 2014

From Dusk Till Dawn: The Series (1.10)

Ep.1.10
The Take
 

Bien. On ne pourra pas dire que ce season finale fut une déception vu le peu d'attente que suscitait la série à ce point. En fait il s'inscrit parfaitement dans la continuité du chaos scénaristique qui nous a été donné depuis l'arrivée au Titty Twister: un gros bordel aux enjeux mal définis. Et oui j'insiste: les enjeux de la totalité de la série ne sont toujours pas clairs même dans ce dernier épisode. Jusqu'à la fin on rame pour comprendre le fin mot de toutes cette histoire, savoir pourquoi l'argent du braquage est si important pour les vampires, pourquoi Santanico avait a ce point besoin de quelqu'un pour lui rendre sa liberté et surtout pourquoi les derniers épisodes faisaient tout un flanc autour de Kate Fuller alors qu'elle n'a finalement aucun rôle dans toute cette affaire !


Il est difficile de savoir si le résultat est dû a une très mauvaise concertation des scénaristes, à des réécritures ou des coupes sombres survenues tardivement dans la production. Toujours est-il que beaucoup d'éléments sont abandonnés en cours de route, comme si les créateurs avaient décidés de jeter l'éponge sur telle ou telle piste. 
Le "mystérieux" Sex Machine, joué par Jake Busey, en est l'exemple parfait puisqu'il se fait refroidir d'entrée de jeu. Pourtant un flash-back laissait sous-entendre que ses actions lui avait été dictée par Carlos, dans un but particulier mais non dévoilé. Devait-il sacrifier Kate afin d'empêcher celle-ci de s'échapper du temple ou du labyrinthe des esprits ? Ou est-ce que le sacrifice lui-même devait activer une quelconque prophétie ? Au final cela importe peu puisque cette idée n'est pas du tout évoquée par la suite, comme si elle n'avait jamais existé.
Kate Fuller est clairement placée en retrait, l'épisode resserrant avant tout son intrigue sur les frères Gecko. Alors qu'elle semblait promise à un important destin (entre le mal que Carlos s'était donné pour l'empêcher de fuir avant même que sa famille ne soit prise en otage, les répliques qui fusent sur sa bonté d'âme et le sacrifice planifié par Sex Machine), rien de cela ne transparaît et la jeune femme est mise de côté une bonne partie de l'épisode. Sa seule contribution semble être de convaincre El Rinche de renoncer à sa vengeance et de rejoindre sa famille plutôt que de sombrer dans une lutte éternelle
Et encore puisque le Ranger obtient en fait cette révélation à travers les illusions du labyrinthe.




Quant au reste de la famille Fuller, le show règle leurs comptes de manière tellement anecdotique que ça en serait presque embarrassant... si les personnages n'avaient pas été aussi antipathique (Scott) ou inexistant (Jacob) jusque là. Une idée intéressante pourtant demeure: Scott, vampirisé, pensant encore pouvoir réunir sa famille en les transformant. Et Jacob, un homme brisé et ayant perdu la Foi, qui voit le Mal en lui mais qui se refuse pourtant à l'exterminer, par amour. Il y avait de quoi offrir une fin véritablement tragique aux Fuller, peut-être plus que dans le film original, et ce malgré la façon peu flatteuse dont ils étaient dépeint jusqu'ici dans la série.
Las, voilà encore des segments qui vont être écartés de l'intrigue de manière un peu grossière. Voyant que son père refuse de le suivre dans la voie des Culebras, Scott boude comme un ado en pleine crise et repart... Il ne s'enfuit pas, il ne se réfugie pas dans les Ténèbres, il se contente de sortir de la pièce comme s'il allait s'enfermer dans sa chambre ! Quant à Jacob, mordu, il fini par avoir un malaise et supplie sa fille de le tuer car il ne veut pas devenir un monstre et le suicide est un pêché... Ce qui est plutôt hypocrite puisque le meurtre en est également un et qu'il vient probablement de damner sa fille dans cette logique.
Le pire étant que tout ceci est traité en plein milieu de l'épisode, donnant la sale impression d'assister à du remplissage en attendant d'en revenir aux Gecko et à la "véritable" trame de la série. On a donc l'impression que personne ne savaient vraiment quoi faire de ces personnages et qu'on a décidé de leur sort a la dernière minute...


Et ça continu de plus belle avec cette "conclusion" montrant Kate et le Ranger parvenir a fuir le Titty Twister, bien plus tôt qu'on ne l'aurait prévu. Là encore tout arrive en plein cours des évènements, sans donner l'impression que les protagonistes aient vraiment rencontré la moindre difficulté. El Rinche abdique sa quête de vengeance et repart chez lui à moto (ce qui aurait peut-être été une surprise si ces gros nigauds de monteurs n'avaient pas inclus ce passage dans le nouveau générique depuis l'épisode 7) tandis que Kate va et vient entre son camping-car et le parking sans trop savoir ce qu'elle doit faire.
Tout ceci fini par donner à The Take une étrange structure des plus casse-gueule. Au lieu d'un grand final où tout les points convergent vers une même conclusion, on assiste a différentes vignettes vaguement connectées entre elles par un fil rouge forcé. Des personnages quittent l'histoire en cours de route et le récit rebondis sur de nouveaux évènements qui, certes, ont le mérite d'être imprévisibles, mais qui surtout n'en finissent jamais.
S'ensuivent alors une prise d'otage vaguement convaincante où Richie est capturé, forçant Seth et Santanico à s'allier pour le récupérer, un rituel mal foutu où la vampire retrouve sa liberté et sacrifie ses suivantes (?) tandis que Carlos fuit avec Narciso pour mieux se faire enfermer dans un autre labyrinthe illusoire en guise de punition. Quant aux Gecko ils se séparent comme prévu, Seth partant dans une direction inconnu avec Kate (sans raison aucune, vous l'aurez compris, mais il fallait bien une astuce pour garder les deux personnages sous le coude pour la saison suivante) et Richie fuyant avec sa belle vers les États-Unis.


Bref c'est un peu n'importe quoi et ça montre que les responsables de la série ne savaient pas du tout quoi faire de leur projet. Hormis le story-arc des Gecko il n'y a aucune finalité d'aucune sorte, les personnages vont et viennent sans avoir de rôles définis et les quelques idées intéressantes qui sont abordées disparaissent bien vite.
La révélation faite par Ray Gecko a son fils n'apporte rien de neuf (Seth ne reconnait plus son frère, ce qui semblait déjà évident après sa vampirisation), la quête du labyrinthe est résolue en deux coups de cuillère à pot, l'association entre Carlos et Narciso n'est pas vraiment crédible et s'il pouvait être intéressant de montrer Santanico faire la démonstration de tout ses pouvoirs, il aurait été judicieux de ne pas la neutraliser la seconde d'aprèsn!
La succube rugit, se fait pousser une impressionnante paire d'ailes de chauves-souris et fonce sur ses proies... Pour mieux rebondir contre un champ de force et arrêter les frais immédiatement. Un teasing frustrant qui m'évoque les plaintes récentes à l'encontre du Godzilla actuellement dans les salles.
Oh, et naturellement William Sadler se fait dézinguer dès le début, ce qui ne plaide pas vraiment en faveur de cet épisode non plus.


Au final il serait facile de dire que ce The Take, réalisé par Dwight H. Little au passage, est un cafouillage complet. Et en l'état c'est totalement le cas. Mais l'ensemble de ces défauts prennent racine au cœur de la série en général et du coup l'épisode paye un peu pour les autres. C'est dommage car il y avait quelques bonnes choses ici et là, témoignant d'un potentiel existant mais malheureusement jamais exploité.
Les querelles incessantes entre les frères Geckos sont plutôt marrantes, surtout avec les réactions incrédules des vampires qui les accompagnent, William Sadler s'éclate encore une fois avec des répliques très imagées et Richie se montre beaucoup plus humain maintenant qu'il est devenu un vampire. Quel dommage que tout ceci soit noyés dans un flot de concept ridicule, comme lors de cette cérémonie finale où les vampires deviennent subitement vulnérable à la lumière du soleil. Peut-être que quelqu'un a rappelé aux scénaristes pourquoi leur série s'appelait From Dusk Till Dawn à l'origine...
Sans compter cette mauvaise idée de lancer le générique de fin sur l'excellente Dark Knight des Blasters (la musique qui ouvrait le film), ce qui nous rappel a quel point le show n'a eu strictement rien d'intéressant a proposer niveau bande-son...

Autant le dire, il va y avoir beaucoup à faire pour rendre la deuxième saison attrayante. Car maintenant que le facteur surprise a disparu, il reste très peu d'intérêt a regarder une série aussi mal foutue !