vendredi 28 décembre 2012

Un Aller Pour l'Enfer (Belly of the Beast)


Il y a peu je vous ai parlé de l'actrice Tahitienne Sara Malakul Lane, dans l'incroyablement mauvais 12/12/12. Cela tombe bien que la fin du monde n'est finalement pas eu lieu, car après l'avoir vue dans ce film et Sharktopus, il fallait que je regarde le premier opus de sa trilogie du nanar: Belly of the Beast. Avant de jouer la fille d'Eric Roberts, elle fut celle de Steven Seagal dans ce petit film d'action faisant partie de la génération direct-to-video de la filmo de l'aïkidoka.

 
Abandonnons Sara quelques instants pour parler un peu de Steven Seagal. La dernière fois que j'ai écris quelque chose sur lui, c'était il y a des années avec Désigné Pour Mourir. Une époque où l'action-star nous réservait encore de bonnes surprises... Il me paraît un peu vain de revenir sur sa carrière mais il vaut mieux remettre les choses dans leurs contextes. Pour être bref, Steven Seagal a fait ses armes au début des années 90 alors que le genre commençait a s'essouffler. Celui-ci est revigoré par l'excellent Die Hard, qui offre un regard nouveau sur le genre et introduit un type de héros plus moderne avec Bruce Willis, abandonnant le côté "gros bras".

 
C'est le début d'une nouvelle ère et Seagal est le premier a s'engouffrer dans la brèche avec des titres comme Nico, Justice Sauvage ou Piège en Haute Mer. Des films qui sortent du lot grâce à une extrême violence, à l'originalité des talents de Seagal (l'aïkido, jusqu'ici jamais utilisé au cinéma) ainsi qu'à sa personnalité hors-normes. L'homme présente un égo surdimensionné à l'écran comme dans la vraie vie, montre un style vestimentaire des plus douteux et impose sa philosophie bouddhiste totalement hors-propos.


S'il est loin d'être charismatique, Seagal monte tout de même dans l'industrie au point de pouvoir laisser toute sa mégalomanie éclater en 1994 avec Terrain Miné, qu'il réalise lui-même. Le chant du cygne, car après quelques autres productions encore soignées (L'Ombre Blanche et Ultime Décision, où il partage la vedette), c'est la descente aux Enfers dans l'univers du direct-to-video. Comme son rival de toujours Jean-Claude Van Damme et quelques autres (Wesley Snipes !), Seagal se retrouve prisonnier d'une série de petits films sans envergures, aux titres et sujets interchangeables et dénués de qualités.




On peut considérer qu'il touche le fond vers 1998, avec The Patriot. Le premier d'une longue série de navets même pas drôles qui perdurent encore à ce jour (Maximum Conviction cette année, avec Stone Cold Steve Austin). Si quelques titres sortent du lot grâce à une réalisation un peu plus soignée, comme Hors Limite ou Mission Alcatraz, il n'y a globalement plus rien à attendre des films de Steven Seagal.

 
Des titres comme L'Affaire Van Haken ou Ultime Vengeance nous présentent un personnage littéralement transformé, handicapé. Obèse et incapable de se livrer aux combats qui ont fait son succès, Seagal laisse maintenant sa doublure faire tout le travail, délaissant même l'exercice du doublage en post-prod. Ce n'est plus son corps, ce n'est plus sa voix, et de l'aïkidoka il ne subsiste dorénavant qu'un fantôme qui traverse le film sans motivation. La star ne cache même plus son dédain pour le cinéma, préférant se concentrer sur une carrière musicale et multipliant les caprices en cours de tournages, ce qui va lui valoir d'être carrément banni des productions Millenium / Nu Image. Si vous vous demandiez pourquoi Seagal n'a pas fait d'apparition dans un des Expendables, voilà la réponse.

 
Belly of the Beast est justement un projet Millenium, datant de quelques temps avant le conflit entre l'acteur et la compagnie. Alors bien sûr avec un titre pareil, il serait très facile de faire des blagues par rapport au physique disgracieux de Seagal et c'est à se demander si cela n'a pas été fait exprès, tant il n'a aucun rapport avec le sujet du film ! Peut-être une manière de régler des comptes, qui sait ? Le Ventre de la Bête, donc (c'est toujours une meilleure traduction que Un Aller Pour l'Enfer) est certes un petit produit formaté, doté d'une intrigue conventionnelle, mais qui bien heureusement fait tout de même preuve d'un certaine qualité technique.



Oui, ça peut sembler fou, mais la mise en scène fait ici preuve d'un grand soin visuel. Des plans aériens surprenants, des cadrages inventifs et une volonté évidente d'imposer les séquences d'action comme quelque chose d'esthétique. Une chose est sûre, le réalisateur est loin d'être un vulgaire tâcheron et pour cause ! Celui-ci n'est autre que Siu-Tung Ching, le véritable artiste derrière la trilogie Histoires de Fantômes Chinois ! Subitement, le déraillement de la carrière de Seagal paraît beaucoup moins intense par rapport à la sienne.

 
Comment a t-il pu se retrouver dans cette galère, je n'en sais rien, mais il n'y a vraisemblablement aucune intention artistique derrière ce projet puisque Siu-Tung Ching n'est nullement impliqué dans le reste de la production. Le scénario notamment, que l'on doit à un quasi inconnu (responsable également de Hors de Portée, toujours pour Seagal) et qui a sûrement dû réécrire son script en fonction des demandes de sa star. Ainsi l'histoire se déroule en Thaïlande et le Bouddhisme y est un élément très important, jusqu'à la présence d'un temple où se rend Steven Seagal pour s'assurer du bien- fondé de ses actions.


 
La trame, classique, pourrait être celle de Taken. Une belle adolescente (Sara Malakul Lane, toute jeune) est kidnappée en Thaïlande avec une de ses amies. Cette dernière n'est autre que la fille d'un important diplomate et les otages vont servir à une quelconque embrouille politique dont on se moque complètement, puisqu'elle n'est jamais concrètement expliquée. La CIA semble impliquée, mais pas trop, ainsi que la police thaïlandaise, sous les ordres d'un homme d'état corrompu dont les motifs restent flous. En fait, on se concentre surtout sur Steven Seagal et sa recherche pour délivrer sa fille, envers et contre tous (sauf les bouddhistes).

 
Il joue donc Jake Hopper, un ancien agent de la CIA officiellement à la retraite mais donnant toujours un coup de pouce à son patron de temps à autres. Une séquence destinée à nous montrer ses talents d'agent secret nous le montre d'ailleurs infiltrer un manoir bien gardé pour voler un quelconque disque dur. Se déplaçant avec toute l'aisance du félin malgré sa bedaine, notamment via quelques glissades au sol des plus hilarantes, Jake Hopper est un professionnel si doué qu'il se permet même de fouiller dans le frigo de sa cible pour lui piquer une bouteille d'eau avant de repartir !


 
Forcément, lorsqu'il découvre que sa fille unique a été kidnappée, il n'attend pas que le Gouvernement agisse et prend un aller pour l'Enfer. Ayant autrefois été agent de terrain sur place, il retrouve quelques contacts pour mener l'enquête: un type propriétaire d'un bar topless et dont le nom de famille est une combinaison de Ray et Liotta (forcément un traitre), et son ancien partenaire Sunti, devenu moine bouddhiste après avoir tué accidentellement une civile en pleine mission (forcément un gentil). Là, il va vite comprendre que les responsables de l'enlèvement ne sont pas les guérilleros du coin, contrairement à ce qu'on veut lui faire croire, et que toute cette affaire est un stratagème pour... Comploter quelque chose, je suppose...


A partir de là l'histoire enchaine les poncifs du cinéma d'action: Seagal va retrouver son collègue qui abandonne le convent pour l'aider dans sa quête, il s'associe avec les guérilleros pour faire tomber l'ennemi commun et le traitre de service veut le piéger avec l'aide d'un bras droit dans le rôle du miniboss. Le tout se terminant bien sûr dans le repaire du grand responsable via un combat mano a mano. Rien de bien spéciale en somme, on navigue en terrain connu et rien ne viendrait vraiment distinguer ce Belly of the Beast des autres films de Seagal version DTV.  Cependant n'oublions pas que le réalisateur hongkongais fut autrefois celui du génial Duel to the Death et ses choix stylistiques se font grandement ressentir.


 
Sur la forme surtout, avec une utilisation régulière des câbles, des ralentis et des acrobaties. Sans atteindre le niveaux des ballets magnifiques de ses réalisations chinoises, Belly of the Beast possède d'impressionnantes séquences d'action qui le distingue franchement des productions du même genre. Le montage demeure encore un peu hasardeux, surmultipliant les angles du vue quand il ferait mieux de rester simple, mais le résultat reste de bonne facture. Même les séquences de bullet-time (balles contre flèches !) sont correctement réalisées bien qu'elles demeurent ringardes par nature. Toutefois ce facteur de qualité devient un élément nanar dès qu'il est appliqué à l'acteur principal... Passe encore de voir Seagal faire des katas au ralenti après que sa doublure ait réalisée d'impressionnantes techniques de combat, mais faire croire que son personnage est capable de se mouvoir comme Jet Li ou de pouvoir briser des flèches en plein vol, c'est juste trop.




Là où le film surprend c'est quand Siu-Tung Ching se croit encore à Hong-Kong, nous balançant sans prévenir un travesti maniant le fouet tout droit sortie des Swordman, une beauté aux seins nus avec un tatouage magique et un sorcier usant de poupées vaudous ! Autant de personnages qui auraient tout à fait leur place dans le folklore chinois mais dont la présence, dans le contexte du film, est pour le moins singulière. Le combat final ajoute même un duel spirituel entre le prêtre maléfique et un groupe de moines bouddhistes, renvoyant inévitablement aux incroyables exorcistes des Histoires de Fantômes Chinois.


 
La cohabitation de ces scènes purement fantastique au sein d'une intrigue si terre-à-terre paraît inconcevable et effectivement le mélange opère mal. Le sorcier fait une première apparition furtive avant de disparaître du reste du film, ne revenant que pour le final sans réelle explication. La femme au tatouage n'a aucune utilité si ce n'est de dévoiler ses seins et le spectateur ne peut que faire les yeux ronds devant la confirmation que l'un des méchants se déguise en fille. Est-ce là une manière de représenter la Thaïlande et son fameux tourisme sexuel ? On ne peut que se questionner en boucle sans jamais trouver de réponse...



 
Et à ce propos, la palme revient pourtant à une scène terriblement classique, qui est celle de l'habituel rapprochement entre le héros veuf/célibataire et la donzelle servant de love interest. Une jolie thaïlandaise craquant pour notre héros après qu'il lui ait sauvé la mise. Qui donc voudrait voir une belle jeune femme s'envoyer en l'air avec ce gros panda de Steven Seagal ? La voir l'embrasser est déjà perturbant, mais le choix d'une scène de partie de jambes en l'air entre eux paraît carrément déplacé tant leurs physiques ne correspond pas ! Voilà un cliché qui aurait pu passer à la trappe (il n'offre aucun apport scénaristique), mais heureusement le monteur, compatissant, nous épargne des visions de cauchemars en usant de l'ellipse...



Voilà donc l'étrange paradoxe que forme Belly of the Beast. Un produit formaté, classique, déjà-vu, pourtant soigné, visuellement intéressant et plutôt bien géré dans son ensemble, mais pleins d'idées bizarres qui donne l'impression d'un patchwork improbable où se mêle complot gouvernemental, histoire de vengeance, sorcier vaudou, combattants bondissant et bouddhisme. Et Steven Seagal. Techniquement le film s'en sort bien, mais il souffre énormément de ce qui a dû être une pré-production chaotique pleine de réécritures et d'apports finalement inutiles (pourquoi embaucher Siu-Tung Ching si c'est pour le brider ?).

 
Finissons ce tour d'horizon en ayant un mot pour les acteurs. J'en ai assez dis sur Seagal, même s'il faut souligner que cette fois la présence de sa doublure est plutôt discrète, son réalisateur ayant pensé à faire des raccords mouvements entre les deux. Sara Malakul Lane, celle par qui nous en sommes arrivé là, est pour le moins surprenante. Encore adolescente et belle comme un cœur, il faut vraiment la féliciter pour donner autant d'énergie malgré un rôle ingrat (elle passe la quasi totalité du film en bikini et mini-short). Elle y joue son personnage avec conviction et à beaucoup plus à offrir que dans 12/12/12 ou Sharktopus malgré un temps de présence à l'écran plutôt réduit, se permettant même de foutre la pâtée aux gardes qui la retiennent prisonnière, les obligeant à se mettre à trois pour la maitriser ! Génial.

 
Évoquons enfin le personnage de Sunti, le partenaire de Seagal qui est joué par Byron Mann (il était Ryu dans Street Fighter !). Charismatique, très efficace dans les scènes d'action et doté d'un background intéressant (agent de la CIA, il tue par erreur une mère durant une fusillade. Démissionnant, il reste alors au pays en tant que moine bouddhiste mais sacrifie finalement sa spiritualité pour aider son ancien partenaire à sauver la vie de sa fille), il aurait été parfait dans le rôle principal et aurait énormément contribué à rendre Belly of the Beast meilleur. Un vrai gâchis.

 
Au final le film reste recommandable et d'un niveau supérieur à la quasi totalité de la filmographie DTV de Steven Seagal. Malgré un grand nombre d'idées discutables, Siu-Tung Ching offre un film techniquement acceptable avec quelques belles images. Sara Malakul Lane est jolie, Byron Mann fait un bon sidekick et l'aïkidoka bouffi se retrouve dans suffisamment de situations ridicules pour qu'on en rit de bon cœur. Et ça c'est inestimable, surtout au regard de ses autres productions.



lundi 24 décembre 2012

The Steampunk Gazette


C'est durant le shooting photo d'hier avec Quang Guang que nous avons apprit l'existence de cet ouvrage dédié au genre Steampunk, et plus précisément aux costumes, créations et évènements ayant lieu dans le monde entier. Ce gros livre s'intitule The Steampunk Gazette, d'un certain Major Thaddeus Tinker.

Le duo de Quang Guang a ainsi été contacté pour permettre la publication d'une de leurs photos dans le livre, pour la section européenne. Ils nous ont alors fait remarquer qu'un autre cliché y figurait, provenant du Rassemblement National Vaporiste organisé par Maurice au pied de la Tour Eiffel. Une toute petite image, mais nous nous y sommes bien reconnus !


Voilà donc un aperçu du livre, où vous pourrez nous apercevoir, Lady A. et moi, sur l'extrême-gauche.


 

vendredi 21 décembre 2012

My Little Pony: Friendship is Magic #1


Lorsque mon cerveau vient a croiser le titre Mon Petit Poney, il m’envoie immédiatement des images d'un ancien dessin animé pour enfants et de quelques figurines niaiseuses pour petites filles. A dire vrai, ce n'est pas que je déconsidère la chose, c'est juste qu'à l'origine Mon Petit Poney n'était qu'un de ces cartoons destinés à vendre des produits aux bambins. La même compagnie avait d'ailleurs lancée Transformers à peu près à la même époque et pour les mêmes raisons.

Le problème c'est que si Transformers, bien que restant stupide, peu avoir un minimum d'intérêt pour peu que le sujet soit bien traité (une guerre entre robots géants qui se déroule sur Terre, le genre de scénario dont les japonais raffolent et qui nous vaut quelques bons animes), je ne vois pas tellement ce que l'on peut faire de Mon Petit Poney. Il y est question de petits chevaux colorés et magiques qui vivent dans leur petit monde, devant gérer des problèmes du quotidien et avant tout demeurer gentils, polis et bien pensant. Une manière d'éduquer les petites filles à coups de clichés ambulants, car bon dieu, une fille ça se doit de vivre dans le rose, la niaiserie et la politesse !

A vrai dire il n'y a guère de différence entre cette série et par exemple Les Bisounours, qui nous montraient là encore quelques animaux tout mignons et magiques, vivant dans les nuages et n'ayant jamais rien de concret à faire de leurs vies. Dans les deux cas il s'agit d'un dessin animé ciblant un public très très jeune et à qui on ne peut évidemment pas offrir de personnages travaillés et d'histoires vraiment sérieuses.


De ce fait je ne comprends pas du tout comment, au fil des années et bien après la mort de la série originale, Mon Petit Poney peut avoir une fanbase aussi importante. Je ne parle pas de quelques nostalgiques qui se passionnent pour un vieux show, mais bien de milliers de personnes s'acharnant a faire survivre cet univers, allant jusqu'à customiser d'anciennes figurines pour les faire correspondre à des personnages d'autres séries. Oui, des Petits Poneys Rorschach (Watchmen), Alucard (Hellsing) ou Freddy Krueger, ça existe. Et pas nécessairement dans une vision parodique.

En fait, cela va même jusqu'à avoir développé un fétiche inverse du furry (des animaux anthropomorphiques et sexualisés) puisque beaucoup de dessinateurs semblent aussi s'amuser a donner une forme humaine à leurs personnages préférés. Cela peut aller du gribouillis mignon à l'illustration pornographique extrême, au point que des fois je me demande si être fan de Mon Petit Poney n'est pas juste un prétexte pour réaliser des fantasmes déviants issus de la Règle 34 ("If it exists, there is porn of it").


Cet engouement inexplicable a été responsable du retour des Petits Poneys en 2003, Hasbro ressortant ses jouets et dépoussiérant son dessin animé pour lui donner peau neuve. Ainsi né en 2010 My Little Poney: Friendship is Magic (Mon Petit Poney: L'Amitié est Magique), lequel va mettre en scène de nouveaux poneys spécialement crées pour l'occasion, je crois, et dynamiser le mythe avec des épisodes qui... Non en fait c'est exactement la même chose. Alors forcément, les enfants comme les fans de la première heure sont tombés amoureux et ce fut la porte ouverte a toute une nouvelle génération de fanarts, fanfictions (les Poneys à Silent Hill !) et autres monstruosités qu'est capable de générer le cerveau humain lorsqu'il est bien stimulé.

Je n'ai personnellement jamais pu regarder ce nouveau cartoon, incapable de supporter la vision de ces petites choses colorées portant des noms tout simplement hallucinant: Twilight Sparkle, Rainbow Dash, Pinkie Pie ! On dirait ceux des bestioles de Happy Tree Friends ! De la parodie au premier degré. Mon seul contact fut un épisode spécial / OAV / film d'animation, nous montrant comment les Poneys s'amusent a élire une Reine parmi eux, laquelle va alors se servir de ses "amies" comme de larbins jusqu'à finalement leur faire de plus en plus de mal parce qu'ayant développée un égo surdimensionné. Friendship is Magic mon cul. D'ailleurs je pourrais longuement commenter ce sous-titre ridicule, ancré dans une morale américaine qui tente de vous faire croire que "quand on a un ami c'est pour la vie", ce qui est une connerie monumentale. Mais ce n'est ni le moment ni l'endroit.

Vous vous doutez bien qu'avec un succès mondial pareil, la série allait bien finir par être déclinée sous des formes différentes. Voilà donc que sort une adaptation comic-book qui est produite par IDW Publishing, une compagnie assez importante qui possède actuellement des titres comme G.I. Joe, Star Trek, Doctor Who, Donjons & Dragons, Godzilla ou encore Les Tortues Ninjas ! Je viens de tomber dessus et je suis encore sous le choc de la découverte. Ce n'est pas tellement l'idée d'une BD sur les Petits Poneys qui me surprend, mais plus qu'une boite comme IDW en récupère les droits tant son style ne semble pas du tout correspondre... Mais qu'est-ce qu'on ferait pas pour du fric, n'est-ce pas ?

Maintenant je sais ce que vous vous dites. Mon Petit Poney ce n'est peut-être pas le style de IDW, mais c'est surtout pas le tiens ! Alors pourquoi une chronique sur ce premier numéro ? Oh, d'une part pour taper dessus probablement, façon de contre-attaquer l'invasion incessante des Petits Poneys sur Internet. Ensuite parce que je me doute que maintenant qu'elle fait partie intégrante de IDW, la saga Mon Petit Poney va probablement être utilisée dans Infestation 3 et donc je préfère prendre les devants en parlant de la série maintenant et ne pas avoir à le refaire plus tard quand je devrais y revenir.


Hmm ? Comment, vous ne savez pas ce qu'est Infestation ? C'est un équivalent des Grands Événements de chez Marvel ou DC Comics, un fait d'importance qui se répercute à travers les plus grandes séries des éditeurs. Dans le cas d'Infestation, il s'agit d'une menace d'ampleur cosmique qui se propage à travers différents mondes parallèles pour les infecter et les absorber ou les détruire. La première Infestation était une invasion de morts-vivants, la seconde des créatures cauchemardesques à la Lovecraft. Ce qui est amusant c'est qu'il ne s'agit pas d'un vulgaire crossover. Les héros d'une série ne rencontrent pas les ceux d'un autre comic-book durant l'évènement. Puisque la menace s'infiltre dans différents mondes, elle change sensiblement de forme, s'adaptant à l'univers dans lequel elle vient d'atterrir, et cela permet à différents artistes de jouer sur les mêmes thèmes tout en conservant l'esprit de la série sur laquelle ils travaillent.

Les morts-vivants qui attaquent les G.I. Joe, par exemple, ne sont pas du tout les mêmes qui s'en prennent à l'équipage de Star Trek ! Ceux de Transformers peuvent infecter des robots, et ceux de Ghostbusters des fantômes ! La manière dont les héros traitent la menace n'est jamais semblable et les scénaristes peuvent œuvrer dans la comédie ou la tragédie selon leurs envies.


Avec les deux Infestations, IDW s'est donc amusée à jouer avec  tout un tas de titres n'ayant aucun rapport les uns avec les autres: les vampires de 30 Jours de Nuits, les aventurières de Danger Girls, mais aussi les Tortues Ninjas, des héros de Donjon & Dragons ou encore la version Steampunk de Transfomers dont j'avais déjà parlé il y a longtemps (voir Transfomers Evolutions: Hearts of Steel).   Alors si Infestation 3 n'a pas encore été annoncé, il verra probablement le jour en cours d'année 2013. Je ne peux pas vraiment faire de pronostique quant aux séries qui seront utilisés, mais en ce qui me concerne je veux une menace qui s'en prend aux univers de Doctor Who et de Godzilla ! Ses séries seront assez populaires pour mériter leurs places dans l’évènement, et ça sera très certainement aussi le cas de Mon Petit Poney d'ici là.


Bien, après cette longue introduction vient peut-être le moment de parler du comic-book lui-même. Alors que vaut ce premier numéro ? A ma grande surprise, ce n'est pas une purge, même si toutes mes interrogations demeurent. Le monde des Petits Poneys n'est pas intéressant à explorer, les personnages ont une personnalité des plus simplistes et les situations mises en scènes restent fortement limités par l'univers enfantin. Ce qui sauve ce #1 à mes yeux, ce n'est pas tellement le scénario (basique et évoluant surtout en une série de petites scénettes) mais en tout cas les idées que l'auteure a décidée d'utiliser.


Ainsi l'histoire commence lorsque quelques Poneys s'amusent avec des animaux, se prenant pour des aventurières ou des zoologistes. Un point de départ qui me laisse vraiment perplexe, surtout lorsque je m'imagine alors a quoi ressemble une journée de vie quotidienne dans la vie des Poneys. Au bout de deux pages, je commence a me dire que je suis mal barré, puis soudain les choses prennent une tournure inattendue. Les petites bêbêtes se transforment subitement, comme si elles venaient de revenir du Simetierre de Stephen King, et s'attaquent au petit groupe ! L'ellipse qui suit laisse presque croire qu'ils se font dévorer vivants !


Un bref instant, j'ai presque le résultat de ce qu'aurait pu donner Mon Petit Poney durant la première Infestation de IDW et la suite ne fait que confirmer cette impression étrange: le lendemain, les habitants de Ponyville vaquent à leurs occupations comme d'ordinaire, mais certains habitants montrer un comportement étrange. Hagards, les yeux exorbités, dédaignant leur entourage, ils agissent comme s'ils avaient été hypnotisés. Il ne faut pas longtemps aux héroïnes de la série pour réaliser ce qui se passe et les voilà pourchassées par une horde de Poneys zombies ! Trouvant refuge dans une maison abandonnées, elles vont alors chercher a comprendre ce qui se passe.


Ce point de départ, c'est bien celui de La Nuit des Morts-Vivants ! Point de gore ou de pessimisme cependant, nous sommes dans une BD de Mon Petit Poney et les choses vont se dérouler bien différemment. Pourtant la scénariste ne semble pas décidée à lâcher le genre qui me plaît et son histoire regorge de références à des œuvres avec lesquelles les fans de la série ne sont certainement pas familiers.


Prenez la menace de la BD: des Poneys zombies qui ont en fait des Changelings, sortent de Petits Poneys maléfiques aux ordres de la méchante Reine Chrysalis. Des clones qu'elle fabrique en enfermant les originaux dans des cocons verdâtres qui évoquent immédiatement L'Invasion des Profanateurs. Les créatures gardent ensuite leurs prisonniers dans un repaire dont les parois sont faites d'une matière organique visqueuse, permettant la production d'encore plus de Changelings. Une véritable Ruche Alien, visuellement identique, et avec une créature allant jusqu'à reproduire le fameux bruit des Xenomorphes !


C'est comme si la scénariste essayait vraiment de me faire plaisir ! Ici les Poneys refont à l'identique le gag de Shaun of the Dead, s'entrainant à imiter le zombie pour sortie incognito en ville, là Rainbow Dash reprend la catchphrase "It's cloberrin' time !" de la Chose des 4 Fantastiques juste avant un combat... Est-ce que par hasard les auteurs se sont retrouvés a travailler sur ce titre contre leur gré et qu'il s'agit là de leur façon de faire "une BD pour gamin" ? Je crois que c'est l'explication que je vais considérer comme officielle, ça me convient tout à fait ! Surtout quand les personnages eux-mêmes semblent parfaitement conscient de leur propre stupidité.



Chacun son style

Ainsi, alors que la Reine Chrysalis apparaît enfin, elle révèle qu'elle a prit en otage les petites sœurs des héroïnes. Des gamines inconscientes dont le seul but dans la vie semble d'obtenir une "cutie mark" (la "marque mignonne" que chaque Poney possède sur le cul) et qui sont incapable de la fermer. Flairant le piège, l'un des Poneys évoque la possibilités que les "otages" ne soient que des clones destinés à les tromper, mais les déclarations insupportables des petites confirment très vite leur identité. Applejack affiche le même air blasé que moi et Chrysalis presse le petit groupe de venir les chercher car elle ne sait pas combien de temps elle pourra les supporter !




Une chose est sûre, ce premier numéro ne pouvait pas faire mieux pour attirer mon attention. Cependant ce n'est pas pour autant que je vais m'exalter devant le produit tant tout cela me paraît factice. Car en gros, si on enlève les références, My Little Pony version papier ressemble plus à ces figurines customisés qu'à une véritable histoire issue du dessin animé. Une sorte de version fantasmée et inventée de toutes pièces par des fans comme pour forcer le traits. Ce n'est pas parce que RoboCop est génial qu'un Petit Poney RoboCop l'est pour autant ! Surtout si dépouillée de l'armure, la bestiole n'a rien d'autre a proposer.


Je n'accroche pas à l'humour, le scénario est forcé avec cette intrigue aventurière basique, et surtout les personnages sont de véritables têtes à claques. Apparemment à Ponyville, tous les Poneys doivent trainer ensemble et accepter la moindre invitation qui leur est faite. Que l'une d'elles puisse avoir des affaires privées est immédiatement considérée comme "bizarre", et malgré les bons sentiments que se montrent les héroïnes, elles n'hésitent pas à se lancer des piques. Si c'est ça la notion d'amitié qu'on inculque aux enfants, pas étonnant que ce soit aussi pourri dans la vraie vie. A ce titre, Rainbow Dash semble être une véritable petite saloperie, possédant une très haute opinion d'elle-même et ne comprenant pas pourquoi on ne voudrait pas passer du temps avec elle tant elle est "awesome"... 


Alors à moins que la voir prendre un peu trop de plaisir à tabasser des clones de Pinkie Pie soit un comportement que je suis censé apprécier, je ne vois vraiment pas ce que ce personnage a de si génial que ça... Peut-être que la scénariste aurait dû référencer des évènements montrant en quoi les Poneys sont attachées à la notion d'amitié plutôt que de faire des références à quelques gags obscures s'étant déroulé dans le dessin animé. Car autant le préciser, ce comic-book s'adresse en premier lieu aux fans de la série et plusieurs éléments du cartoon sont évoqués ici. Des situations et des blagues que comprendront ceux qui connaissent l'historique des personnages. Hélas pour de nouveaux venus comme moi, beaucoup de ces rappels ne fonctionnent pas.


En revanche ce n'est pas nécessairement ce que j'appellerai un défaut. Plutôt que de faire table-rase de ce qui est connu et apprécié, les auteurs ont décidés de tout garder et d'y faire référence pour mieux ancrer leurs propres histoires dans le même univers. Si Mon Petit Poney était mon truc, j'en serais absolument ravi. Les fans seront content, et pour les autres, cela donne l'impression que les personnages existent depuis un temps et qu'ils ont déjà vécu toute sorte d'histoires. Un bon point.


Voilà je pense m'être suffisamment étendu sur le sujet. Passée la "bonne" surprise de voir les Poneys être plongés dans une atmosphère qui m'est familière, il n'y a finalement rien de spécial qui mérite le coup d'œil. La BD ne fait que recycler des éléments classiques et maintes fois utilisés dans d'autres œuvres et se contente de plaquer dessus le label "Petit Poney". Un produit banal en somme. Mais une valeur sûre car, depuis l'annonce de sa publication par IDW, ce premier numéro a été précommandé en masse: plus de 100 000 copies en un peu plus d'un mois ! Je suis sûr que c'est une sorte de record...


Une bonne nouvelle pour IDW, surtout que l'éditeur a confié son bébé a des talents nouveaux et quasi inconnus jusqu'ici. Au scénario, une Katie Cook qui n'a pas grand chose à son actif puisque toute récente dans l'industrie. Elle a travaillée chez Marvel, sur un numéro de Avengers vs. X-Men et chez DC via le label Vertigo (Transmetropolitan), mais elle est surtout la créatrice d'un petit webcomic, Gronk. Elle se rend même coupable d'une histoire bonus sur ce premier numéro, intitulée How Much is That Pony in the Window ?, qu'elle illustre elle-même. Un sketch qui montre en deux pages comment le boulot de la Poney couturière, une commande pour un client important, est totalement saccagée par son modèle qui est une véritable gaffeuse.


Son compagnon, Andy Price, est apparemment là sur son premier travail et ses dessins sont globalement assez proche du design du dessin animé. Tant mieux car jusqu'ici son trait se limitait à une mauvaise imitation de Bruce Timm, ce qui est plutôt dommage quand on voit que ses travaux sur Star Trek sont beaucoup plus soignés. Gageons qu'après un run a succès sur Mon Petit Poney, il sera transféré sur cette autre série qui appartient aussi à IDW.


Souhaitons au moins une bonne continuation a ces débutants dont la carrière semble très bien lancée. Car peu importe finalement ce qu'ils feront sur la série, celle-ci est là pour durer. Et a défaut de pouvoir réaliser une bonne BD, peut-être continueront-ils leurs petits délires divertissant à base de morts-vivants et de Poneys Blues Brothers ! Ça reste superficiel, mais vu le concept de base, ça pourrait être bien pire.