mercredi 28 février 2007

Prendre un Enfant par la Main

– A Nightmare on Elm Street –
PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN


"Prendre un enfant par la main,
Pour l'emmener vers demain"



Ce fut le choc qui le secoua. La rencontre entre son genou et le rebord cimenté du petit bac à sable. Tout abasourdi, l'enfant resta un instant immobile, son jeune cerveau à peine sorti de ses rêveries juvéniles tentant d'analyser la situation. Un bruit sourd, une secousse dans la jambe, une vibration dans l'articulation... Puis il y eut un faible picotement et c'est là que le garçon réalisa. Baissant les yeux, il remarqua une légère trace rougeâtre sur le gris du béton, hypnotisante. L'étrange sensation de liquide sur sa peau mêlé à une démangeaison plus insistante lui fit comprendre qu'il s'était blessé et c'est avec une certaine panique qu'il examina son genou, découvrant un petit écoulement écarlate.
L'écorchure était plus impressionnante que douloureuse, mais comme tout enfant le petit garçon fut choqué au vu de ce cratère sanguinolent et se laissa aller aux pleures, réaction de protection normale. S'asseyant dans le sable, tenant son genou à deux mains, l'enfant sanglota donc dans l'attente d'un réconfort. Son père aurait des mots apaisant et un mouchoir propre, et tout irait bien. Il n'aurait plus mal et il aurait peut-être même droit a un petit cadeau.
Sa blessure ne lui faisait déjà plus mal mais son esprit démesurait les choses. Continuant sa comédie il regarda autour de lui, commençant à trouver le temps long. Son père n'était pas là, du moins pas en vu. Ça lui arrivait de s'éclipser pour parler aux gens ces dimanches de sortie au parc, généralement des dames, le laissant seul quelques heures à s'amuser avec ses camarades du voisinage. Hors aujourd'hui il n'y avait pas d'autres enfants. Quelques promeneurs, joggers, un ou deux couples... L'enfant se rendit subitement compte qu'il était seul et il en ressentit un léger malaise. Comme lorsque ses parents éteignent la lumière de sa chambre le soir à l'heure de dormir. Une impression dérangeante allant jusqu'à le faire cesser de pleurer. Puis il ressentit la "présence" devant lui.
– Et bien bonhomme, fit une voix doucereuse, tu t'es fais mal ?

Ne jamais parler aux inconnus. C'est l'une des premières choses qu'un parent apprend à son enfant. Le petit garçon connaissait cette règle également, mais cela l'avait toujours étonné de devoir fuir un homme qui pourrait lui offrir des bonbons où le ramener chez lui. Bien sûr maman avait dit qu'ils pourraient mentir, ça il comprenait, mais on ne lui avait jamais vraiment dit ce que ces gens risquaient de lui faire. Et pour un enfant de son âge, toute notion de danger était encore abstraite.
L'homme avait l'air très gentil. Il portait un grand pull vert et un pantalon beige, un chapeau et un très grand manteau rouge foncé qui devait coûter très cher parce qu'il était en cuir. Ça voulait sûrement  dire qu'il était riche, et quelqu'un de riche n'était pas méchant. Les voleurs sont méchants, et ils volent les riches, il le savait bien. Alors il ne se méfia pas et hocha la tête. L'homme très gentil s'approcha de lui et s'accroupit, l'air inquiet.
– Tu me fais voir ?
Doucement pour ne pas réveiller la douleur, le petit garçon bougea sa jambe vers le monsieur au chapeau, les mains autour de la plaie. L'homme s'approcha pour mieux voir, se tenant tout près de lui. L'enfant pouvait sentir le souffle chaud de sa respiration contre son genou et il prit peur que cela puisse, d'une façon improbable, aggraver la blessure ou la faire saigner un peu plus.
– C'est un sacré bobo que tu as là mon petit. Tu as mal ?
Le monsieur l'avait regardé d'un air intéressé et l'enfant prenait cela comme un défi. Malgré sa peur, il secoua la tête, et l'autre sourit.
– Tu es très courageux.
Puis il retourna contempler la blessure, l'examinant de très près comme un scientifique regardant dans un microscope. Sans comprendre la raison de son inquiétude, l'enfant regarda discrètement autour de lui. Son père n'était toujours pas là, et il n'y avait personne d'autre. Seules quelques voitures passaient, et il se dit qu'il pourrait toujours courir vers elle s'il le fallait, et qu'elles écraseraient le méchant monsieur. Mais le monsieur n'était pas encore méchant et l'enfant se dit qu'il exagérait peut-être. Il regardait sûrement sa blessure pour savoir comment la soigner : maman le faisait bien, elle.
L'homme enleva son chapeau et releva la tête.
– Où sont tes parents ? C'est un tout petit bobo mais ils devraient te soigner, non ?
Il avait raison mais ils étaient seuls dans le parc tous les deux. Alors il lui répondit d'une toute petite voix.
– Maman est à la maison. Et papa est pas là.
– Ah ? Ils t'ont laissés tout seul ?
L'enfant hocha la tête.
– Mais papa va revenir..., répliqua t-il.
L'homme sembla réfléchir, regardant tout autour d'eux.
– Dis, ça te dirais si je te soigne, moi ?
Le petit garçon ne bougea pas. L'homme ne voulait pas le ramener chez lui, ne lui offrait pas de bonbon, mais il voulait lui guérir le genou. Il avait vraiment l'air gentil bien qu'un peu inquiétant par instant. Hésitant, l'enfant fini par hocher la tête.
– Tu es sûr ? Tu me fais confiance ?
Encore un hochement de tête. D'ailleurs le monsieur au chapeau sortait un mouchoir comme l'aurait sûrement fait son papa. Il enleva ses mains de son genou lorsque l'homme approcha les sienne, le laissant prendre sa jambe.
Avec des gestes doux, il tamponna le genou de son mouchoir pour enlever le sang qui avait coulé sur sa peau. Il faisait très attention à ne pas toucher la plaie.
– Si je te fais mal dis le, j'arrête tout de suite.
L'homme fini par mettre le mouchoir rouge dans sa poche et regarda à nouveau le genou avec un peu de recul, pour voir s'il avait bien fait son travail. Puis il pencha de nouveau son visage très près de la blessure, son nez juste au-dessus. Avec une certaine fascination, le petit garçon le regarda renifler la blessure. Est-ce qu'il sentait l'odeur du sang ? C'était bizarre.
C'est alors qu'il eut un geste parfaitement inattendu. Non, l'homme ne voulait pas sentir le sang, il voulait le lécher ! Il ouvrit grand la bouche et en sortit une longue langue qu'il fit glisser le long du genou. L'enfant émit un glapissement en sentant cet organe tiède et humide se coller à sa blessure, passant lentement dessus. Cela lui rappela son propre père, lorsqu'il collait les enveloppes, appliquant lentement sa langue à leur dos. Les yeux du petit garçon ne quittèrent pas un seul instant cette chose rose jusqu'à ce que l'étranger la range dans sa bouche.
– C'est très bien, sembla murmurer ce dernier à son égard. C'est très bien...
Interdit, l'enfant le regarda faire sans même réagir. Comment pouvait-il réagir d'ailleurs ? Ce n'est pas comme si l'homme lui avait fait mal, au contraire. Alors pourquoi ce malaise, cette impression ?

L'homme au chapeau fini enfin par lever les yeux vers lui, silencieux. L'expression qu'il affichait était indescriptible pour le petit garçon. Lentement il se releva, regardant encore autour d'eux. Puis il tendit une main en sa direction. Une grande main impressionnante, dont les doigts s'agitaient très brièvement. C'était comme si elle était animée d'une vie propre.
La fixant un instant, l'enfant entendit comme une voix hurler dans sa tête de ne pas prendre cette main. La simple vue de celle-ci lui donnait des frissons d'angoisse, sans qu'il ne comprenne réellement pourquoi. Mais papa n'était pas là. Personne n'était là. Alors, comme à contrecœur, il prit la main, et l'homme l'aida à se relever.
Une fois debout, il fit attention à ne pas prendre trop appuie sur sa jambe blessée. Vague réflexe en réalité car il avait déjà oublié la douleur de son genou: toute son attention était portée sur l'homme au chapeau, et sa main. Cette main dure et rêche, dont les doigts se refermaient sur la sienne telles des serres, des griffes. Son esprit comprit immédiatement qu'il était prisonnier de cette étreinte et qu'il ne pouvait se dégager. L'enfant perçu également le danger qui émanait de cette situation. Mais il n'était qu'un petit garçon intimidé et jamais il ne réalisa concrètement ce qui se passait.
Quand l'homme sembla vouloir partir, sans même un mot, l'entraînant avec lui, il dû se résoudre à le suivre. Inquiet, il lança de petit regard désespéré autour de lui, s'attendant à voir son père venir le chercher, ou un gendarme, ou un de ses amis qui auraient pu venir jouer... Mais le parc était vide, tout comme la rue. Pas de voiture, pas de promeneur. Même les maisons semblaient désertes. Son regard accrocha un petit panneau au bord de la route.

Elm Street

C'était sa rue et ce panneau était un repère qu'il connaissait bien. D'habitude Elm Street était pleine de gens, d'enfants. Comment pouvait-elle être vide ? Est-ce que tout le monde était partit ? C'était impossible ! Pas toute la rue !
Et pourtant il n'y avait que lui, l'homme et la voiture garée toute près, vers laquelle il se sentait inexorablement attiré. Celle-ci n'attendait qu'eux pour disparaître et un pressentiment de plus en plus grandissant fini par éclater dans sa tête: s'il montait dans la voiture, tout serait fini. Ces derniers mètres étaient sa dernière chance de s'en sortir. Peut-être pouvait-il crier ? Mais l'homme risquerait d'aller plus vite vers la voiture. Peut-être même serait-il en colère, et qui sait ce qu'il ferait ? L'enfant préféra se taire, constatant que la distance qui le séparait du véhicule diminuait dangereusement.
Un cliquetis métallique retint son attention. La silhouette sombre qui s'était emparée de lui venait de sortir les clés et pressait le pas. Impuissant, l'enfant tenta de se détourner de lui et de la voiture. Son geste fut réduit à néant par la poigne de fer de l'adulte qui tira violemment sur son bras, le bousculant.
Mais s'il n'avait pu s'enfuir, la dernière vision du parc lui sembla être celle d'un mirage. Car au loin, par-delà le bac à sable, se tenait une silhouette presque indiscernable. Celle d'un adulte. Celle de son père. Ça ne pouvait être que lui, revenant le chercher avec une glace dans la main et des excuses pour son absence !
Le petit garçon tendit le bras vers lui, comme pour le saisir. Sa bouche s'ouvrit pour l'appeler, mais à peine le son se forma qu'un grand claquement sonore le fit se retourner. Derrière lui s'ouvrait les abîmes obscurs d'un gouffre insondable: la portière de la voiture avait été ouverte, donnant sur un intérieur sombre, baigné de ténèbres. Un intérieur qui n'attendait que son passager... Et l'homme le chapeau le jeta sans ménagement à l'intérieur de cette bouche métallique.

***

L'homme avançait d'un pas rapide mais sans précipitation. Il avait laissé son enfant un peu trop longtemps, mais il savait qu'il l'attendrait bien sagement. D'ailleurs il avait même prit le temps d'aller lui chercher une glace pour se faire pardonner. De la même manière qu'il avait dû se faire pardonner de son retard auprès de sa maîtresse: en faisant plaisir à l'autre... Cette allusion le fit sourire. Il adorait ces journées du dimanche après-midi. C'était devenu son petit rituel depuis quelques mois. Il accompagnait son fils jusqu'au parc, y demeurait quelques instants, puis s'éclipsait jusqu'à l'une des maisons de l'autre côté de la route où l'y attendait sa partenaire. C'était l'affaire d'une heure tout au plus, il ne se permettait jamais de traîner. Il était un adulte responsable et puis il ne pouvait pas se permettre de prendre de risque.
Un étrange pressentiment l'envahie alors qu'il arriva près du bac à sable. Pressant le pas, il commença à surveiller les alentours, mal à l'aise. Le petit parc était rarement désert mais aujourd'hui il n'y avait pratiquement pas un chat. Il avait bien vu une ou deux connaissances sur le chemin, près du marchand de glace, et une voiture s'éloignait au loin, mais c'était tout. Comme si toute la vie qui animait d'ordinaire ce petit lieu s'était volatilisée sans explication. Comme la  voiture qui tournait désormais au coin de la rue. Comme son fils qu'il ne trouva pas dans le bac à sable. Dans sa tête, un vieux souvenir le percuta avec la puissance d'un trente tonnes lancée à pleine vitesse: celui des dernières informations locales. Celui de la vague de disparition de jeunes enfants...

Après plus d'une heure de fouille, c'est un homme complètement paniqué qui se rendit au poste de police. Essoufflé,  agité, il parlait si vite qu'il fallu attendre encore une bonne demi-heure pour comprendre la raison de son état. Lorsque l'on réalisa qu'il s'agissait d'un nouveau cas de disparition, personne ne voulu reconnaître l'évidence. Tout le monde y pensait mais on passa cette possibilité sous silence. On ne voulait pas alerter les gens inutilement, simplement les faits étaient là: encore une victime. Il ne fallu pas une semaine pour que toute la ville soit au courant de l'évènement et le climat de terreur qui étouffait Springwood gagna encore en intensité. On parla même de malédiction...
La police ne retrouva jamais le corps de l'enfant. Tandis qu'elle fouillait activement le secteur et que d'autres victimes furent signalées, les parents du petit garçon du parc divorcèrent. Le père n'évoqua jamais sa liaison extraconjugale mais ne retourna plus chez sa maîtresse. Il se suicida un mois plus tard. Son ex-femme tomba en dépression et fut internée à l'hôpital de Westin Hills.

Et quelque part dans Elm Street, à l'abri des regards, un homme et un petit enfant s'éloignèrent, main dans la main.


"Prendre un enfant par la main,
En regardant tout au bout du chemin

Prendre un enfant pour le sien"


Prendre un Enfant par la Main © Yves Duteil

lundi 26 février 2007

Ambre – Resurgam, Chapitre 2

II


En un éclair, j'ai l'impression de faire machine arrière. D'abord le néant, puis de vagues perceptions. Sons étouffés, sensations corporelles… Ensuite le froid, la morsure de la mort. Elle est présente dans tout mon être, et diminue progressivement jusqu'à se tapir en une petite boule dans le fin fond de mes entrailles. De mon décès, je gagne ce trophée. Une sensation minime mais belle et bien présente. Le voile devant mes yeux se lève en même temps. Du néant, je passe à une vision trouble et encore difforme. Je distingue mal, mais il me semble repérer une silhouette penchée sur moi. Un visage. C'est encore trop confus.

Maintenant on attaque la partie la plus difficile car c'est la douleur qui revient, acte nécessaire pour me forcer à me réveiller, pour me rappeler à mon appartenance au monde physique. Dans ma poitrine tout semble se tordre et se mélanger. Les organes tentent de reprendre leur place, les os se ressoudent et le sang afflux. La métamorphose fait ce qu'elle peut pour aider le processus, endiguer l'hémorragie incessante. Le liquide écarlate emplis ma bouche, mon nez. Et amenée par elle, la douleur, toujours plus puissante, plus forte. Elle navigue dans mon corps pour atteindre chacun de mes nerfs, écrasant mon cerveau. De très loin, un son sourd et guttural me parvient. Lentement, il m'apparaît comme familier. Il devient plus net, plus compréhensible. C'est un long hurlement de douleur. Ce cri que je pousse achève ma résurrection. Toute mon agonie, tous mes derniers instants ont été revécue à l'envers. Des larmes inondent mes yeux. Je suis réveillé. Je suis encore en vie.

La silhouette qui me fait face se définie plus clairement malgré la souffrance qui me brouille la vue. C'est une femme, et elle me rappelle quelqu'un. Assise sur moi, elle me fixe avec un sourire étrange. Pas un de ces sourires réconfortant que l'on aime voir, mais autre chose de plus malsain. Un rictus mauvais déforme son visage et je l'entends émettre un petit rire.

C'est à ce moment qu'un bruit de déchirure, un bruit d'organe, attire mon attention et qu'une douleur atroce me secoue. Mes yeux se baisse vers ma poitrine et ce que je vois m'arrache quelques frissons: elle vient de plonger ses mains dans un trou béant, probablement l'œuvre de Dante. Elle lacère mes muscles, griffe mes organes, enfonce ses doigts plus profondément encore dans la blessure. Je rejette la tête en arrière et hurle de douleur. Elle n'en perd pas une miette, riant aux éclats. Mon instinct de survie me dicte d'agir immédiatement, mais je marche au ralenti. C'est avec difficulté que j'attrape ses poignets et que je la force à les retirer de la plaie. Je grogne sous l'effort et elle tente de l'emporter sur moi, misant sûrement sur ma fatigue et les vagues de douleurs qui m'assomment toutes un peu plus les unes que les autres. Pourquoi ? Je la regarde et tente de chercher une raison, de comprendre…

Voyant qu'elle perd la partie, elle recourbe ses doigts histoire de m'arracher quelques morceaux de chairs supplémentaires lorsque je me soustrais à elle. Elle me fixe toujours avec cette expression de folie furieuse, rage et plaisir mêlé. Je n'ai jamais violenté une femme, mais sa détermination à me torturer me force à la repousser sans ménagement.

Elle est propulsée un peu plus loin tandis que j'use de mes dernières forces pour me reculer, ne parvenant à me redresser qu'a moitié. Assis par terre, les mains plaquées contre le trou creusé dans ma poitrine, je tente de reprendre mon souffle, de faire le point. Tout en surveillant mon agresseur du coin de l'œil j'examine la blessure en vitesse. Le flot de sang se tarit et si la plaie s'avère profonde, mon organisme régénère petit à petit. Il suffirait d'une métamorphose pour accélérer le processus mais ma condition ne me permet pas un tel effort pour l'instant. Je vais attendre un peu, souffler. Et puis il y a pire…

Je me souviens de mes derniers instants. Je me souviens que je suis mort. Dante m'avait transpercé la poitrine, mes organes avaient éclatés, il n'y avait aucune possibilité de survie du fait de ma faiblesse… N'importe quel Chaosien pourrait finir par se remettre de ce genre de dégât grâce à la métamorphose, la régénération et tous les dons innés à notre race. Mais j'ai toujours été un faible et il n'y avait aucune possibilité pour moi de m'en sortir. Je le sais. Alors comment pourrais-je avoir survécu ?

Je suppose que mon incompréhension de la situation devait me valoir de tirer une tronche de dix pieds de long, car la jeune femme se mit à rire. Un rire moqueur mais enchanté à la fois. Enchanté de se moquer. Mes yeux se levèrent vers elle et immédiatement je la reconnue. Ce n'était pas vraiment une femme mais une démone. La couleur de sa peau, ses griffes, son physique trop parfait (à part pour un Sang Réel). Impossible de se tromper. Cette jeune créature était une succube, une de ces créatures féminines se nourrissant de l'énergie vitale de leurs partenaires durant l'acte sexuel. Et celle-là je la connais bien: elle avait bien faillit me tuer il y a quelques années. Il s'en était fallu de peu pour que j'y reste. Jamais je n'aurais cru la revoir et pourtant c'est bien elle qui se dresse devant moi.

La succube me contempla un moment, apparemment ravie de me voir aussi surpris, aussi chamboulé. Un peu perdu, mon regard s'accrochait à tout ce qu'il y avait autour de moi. Il me fallu plusieurs secondes pour identifier les lieux. Une grotte. Elle est couverte d'une étrange mousse, épaisse et phospho-luminescente, illuminant les lieux d'une douce teinte rose. Cet endroit ne m'est pas inconnu non plus… C'était là que cette succube avait voulu me tuer. Je n'y suis jamais revenu après ça. Ironiquement, je trouve cette mise en scène presque amusante. Supposé mort, je me retrouvais vivant à un endroit où on avait autrefois manqué de me tuer. Pourtant aucun sourire ne se forma sur mon visage. Appelez ça une paralysie faciale, mais je suis incapable de sourire. Incapable de ne serait-ce qu'imiter cet aspect plein de vitalité qu'est le bonheur. Est-ce parce que je suis supposé être mort ?

Un regard interrogateur un peu trop insistant à la démone fini par la faire parler. Et c'est une voix joyeuse et haineuse en même temps qui me parvint.
– Surpris, hein ? Tu te demandes comment tu peux être encore en vie ?
D'un bond gracieux elle sauta sur mes genoux, s'y asseyant. Son visage s'approche du mien avec une étincelle de malice dans le regard. Des yeux pétillants d'excitation.
- Rassure-toi. Tu n'es pas sauvé pour autant.
Je la dévisage un moment avant d'ouvrir la bouche. Elle semble tellement s'amuser de la situation…
– Typhanie, qu'est-ce…
– Oh ? Tu te souviens de moi ?
Son visage se déforme de rage et je la sens sur le point de me mettre en pièce.
Amusant ! Moi qui croyait que tu ne te rappellerais pas ! De quoi te souviens-tu encore, hmm ? De nos instants ensemble, avant que tu ne foutes toute ma vie en l'air ?!
Elle s'agrippe à moi, enfonçant ses ongles dans ma chair. Je comprends rien à ce qu'elle dit.
– A cause de toi ! Espèce d'ordure, à cause de toi !
Elle est hors d'elle et me plaque arrière. Je sens son envie de me tuer. Son regard plein de haine, sa force de démone qui met mon corps à l'épreuve. C'est la première fois que quelqu'un me déteste comme ça. Même Dante n'a jamais… Dante… Non jamais il ne m'a haïs de la sorte. Je le sais. Je le sens. Typhanie par contre, c'est autre chose. Sa rage envers moi est palpable. Qu'est-ce que je lui ai fait ? C'est parce que je ne suis pas mort pour elle ? Ce n'était même pas moi qui me suis dégagé de son emprise !

J'attrape ses poignets une nouvelle fois pour me dégager, mais j'ai du mal. Dans mon état il ne faut même pas espérer reprendre le dessus. Par contre, vu que j'ai encore un peu d'énergie pour parler, peut-être qu'il faut miser là-dessus… Pour couvrir ses hurlements et me faire entendre, je dois hausser la voix, mais ça me brûle à l'intérieur.
– Q-qu'est-ce que je t'ai fait ?!
Ça lui fait l'effet d'une baffe et elle s'arrête net. Elle se redresse et me regarde avec mépris pendant une ou deux secondes. Ça me laisse de quoi reprendre mon souffle. L'instant d'après, elle me frappe durement. Un geste simple, rapide. Sa main droite, les doigts recourbés comme des serres et les ongles durs comme du diamant, plongent au cœur de ma blessure au torse. L'organisme, fragile, ne résiste pas, et elle me perfore comme une vulgaire feuille de papier. Le sang gicle une nouvelle fois, la chair se déchire, les tissus tout juste refaits sont détruits. Typhanie aggrave la blessure en plongeant ses griffes plus profondément encore.

Un hurlement se bloque dans ma gorge et c'est du sang qui en sort à la place. Dans un dernier sursaut, alors que je frôle l'inconscience, je me redresse et la repousse. La monté d'adrénaline m'envahit et j'ai a peine conscience de la force que je déploie. La succube vol de plusieurs mètres en arrière tandis que je recroqueville sur moi-même, plaquant mes bras sur la blessure. L'hémorragie reprend de plus belle et je suis incapable d'effectuer le moindre mouvement.
– Putain mais qu'est-ce que tu VEUX ?!
Je gémis comme un enfant et je tremble. Autant le reconnaître: j'ai peur. Pas peur de crever, mais peur parce que je ne comprends rien. Et parce que j'ai terriblement mal.

Je me retourne vivement lorsque je l'entends jurer derrière moi. Elle se relève et reste assise au sol, se frottant la tête d'une main. Nous restons un instant à nous regarder, mais elle n'esquisse aucun geste vers moi, pas même une menace. Elle se contente de m'observer d'un air sombre. Une minute passe, peut-être deux. Ma douleur m'irradie toujours autant mais j'arrive à reprendre un peu mon souffle et à faire partir le voile noir qui envahissait dangereusement ma vision. Je me concentre sur la métamorphose pour faire réagir mon corps plus vite et accélérer la guérison. C'est long et fatiguant, et la perte de sang m'aide pas à tenir le coup, mais je n'ai pas d'autres choix. Je garde un œil sur la succube tout en examinant le travail de la régénération lorsqu'elle fini par parler. Une voix beaucoup plus calme.
– Te bile pas, tu vas pas en crever…
Son visage n'affiche plus la colère et elle semble juste ne pas m'aimer.
– Tu serais pas là si tu devais mourir à cause de ça.
– … Je… Comprend pas…
– Ta bague là, fit-elle en désignant mon alliance. Ça t'a protégé.
Je jette un œil à Stunym, perplexe.
– Allez, me dis pas que tu ne sais pas ce qu'on raconte sur ces trucs ! Les bagues de fiançailles de l'Amour Absolu là ! L'amour de l'un protégera toujours l'autre, et blablabla !
–  … L'amour…
– Ta femme t'aimait, connard ! Elles fonctionnent ces bagues, c'est ça qui t'a sauvé !
Ainsi l'amour que me portait Leandra était aussi fort ?

De savoir que cet amour, son amour, fut susceptible de m'avoir sauver la vie me soulagea d'une grande partie de mes douleurs. Au fin fond de mon esprit, quelque chose venait de s'apaiser. Leandra m'avait véritablement aimée. Sincèrement. J'en fus terriblement heureux et ce sentiment surpassa la douloureuse situation présente. L'envie de la revoir me prit subitement. L'envie de la serrer contre moi et de m'excuser de toutes les fois où je m'étais mal conduit, de la remercier pour toutes les fois où elle avait été là… Seul mon état me força à me calmer et à ne pas utiliser le Logrus immédiatement pour me retrouver à ses côtés. Alors pour prendre mon mal en patience, je gardais une image d'elle dans ma tête. Leandra, souriante, heureuse. Ça me fit vaguement sourire. A peine. Mais ça me fit du bien. Je me souviens que nombreux sont ceux qui la prenne pour une folle, une malade… Mais tous ceux là ne la connaissent pas. Elle n'est pas une folle. C'est une personne merveilleuse. Et ses sentiments ont été capables de sauver la vie d'une personne aussi insignifiante que moi. Je suis sûr que ça en laisserait sur le cul plus d'un.

Exténué, je me sens progressivement glisser vers le sommeil. Typhanie, de son côté, semble guetter cet instant avec impatience, à moitié cachée dans une zone d'ombre de sa caverne. Malgré les questions qui se bousculent dans ma tête, je reste silencieux et immobile. Mon corps agit avec tant d'affolement pour se guérir que même ainsi j'ai l'impression d'exercer un effort physique épuisant.
– Je la plains…, dit Typhanie.
Je dévisage la démone.
– Je la plains d'avoir pu être mariée à quelqu'un comme toi. Elle a dû être malheureuse. Elle a dû souffrir. Mais malgré ça elle t'a aimé au point d'espérer que tu puisses t'en sortir. Je ne la comprends pas… Tous les Hommes valent mieux que toi… Tous…
–  … Si ça peut te rassurer elle n'a pas eu le choix…
– Tu l'as forcée, hein ?
– … J'ai pas eu le choix non plus…
La succube eu un reniflement de mépris. A ses yeux, je dois vraiment être le plus abjecte des êtres vivants.
– Qu'est-ce que je t'ai fait, Typhanie ?
Ma question eu raison du calme relatif de la démone qui avança vers moi d'un pas décidé. Une main griffue s'abat violemment sur mon visage, m'arrachant un grognement. Son coup m'ensanglanta le visage et je sentis une plaie ouverte passer près de mes yeux.
 
CE QUE TU M'AS FAIT ?! TU OSES ME LE DEMANDER ?!
Les griffes frappèrent une seconde fois. Un morceau de mon visage parti en lambeaux.

TU AS DÉTRUIT MA VIE ! ORDURE !
Je la laisse faire. Ce n'est pas juste que je ne peux pas l'en empêcher: même si j'avais la force je la laisserais faire. Parce que dans ses hurlements, il y a autre chose que de la rage, quelque chose de désespéré.

A CAUSE DE TOI ! A CAUSE DE TOI ON M'A…. ON… On m'a…
Elle ne me regarde même plus, elle a les yeux dans le vague. Ses bras retombent le long de son corps, inertes, et je vois que ses jambes flageolent. Elle tombe à genoux l'instant d'après.

On…
… Quoi ?
On m'a violée… On m'a… On m'a bannie…
Ses épaules se secouent et des larmes apparaissent aux coins de ses yeux. Je me sens mal mais j'hésite à faire ce que j'ai envie de faire. La prendre dans mes bras pour la serrer fort. J'attends encore un peu. D'ailleurs son histoire me paraît bizarre. Comment peut-on violer une succube ? Et en quoi j'en suis responsable ? Et pourquoi la bannir ?

Typhanie…
… Quand je me suis réveillée, tu n'étais plus là, tu t'étais enfui. J'étais entrain d'absorber ton énergie et… Et tu as interrompue le processus en cours, je ne sais pas comment. Mon corps n'a pas supporté. A mon réveil quelques démons qui te cherchaient ont senti ta présence. 
Je les avais tous tués. Juste avant de te rencontrer.
 Il y en avait d'autres. Des retardataires… J'étais incapable de bouger, j'étais trop faible. A cause de toi j'étais sans défenses et… Ils m'ont questionnés pour savoir où tu étais. Je savais pas moi… Je voulais juste absorber ton énergie, j'étais pas mêlée à vos histoires…
Elle n'en dit pas plus, et j'estime qu'elle n'a pas besoin. C'est pas difficile d'imaginer les démons invoqués par Mordred retrouvant ma trace dans la grotte. Et arrivant juste après mon départ avec les autres, ils se sont retrouvés avec une succube évanouie sur les bras. Pour des démons, une créature comme une succube doit être un fantasme inaccessible, mais si celle-ci se retrouve dans un état de faiblesse suffisant… Profiter d'elle sans risquer de mourir, c'est une aubaine qu'ils n'ont pas dû hésiter à saisir.
 
… L'humiliation passe. Le sexe je connais, je peux m'en remettre. Mais a cause de toi je… Tu m'as ridiculisée auprès de ma propre race, je suis devenue une honte pour les succubes. Ils ont décidés de me bannir et si j'ai pu survivre c'est juste parce que j'avais assez d'énergie pour…
Encore une fois elle ne termina pas sa phrase. Il n'y avait aucun doute qu'elle soit traumatisée par ces évènements. Rien qu'à la voir maintenant, les yeux dans le vague… Toutefois il y a une chose que je ne saisis pas.
 
Tout ça juste parce que je t'ai échappé ?
Sa voix, brisée, me parvint comme un coup de poignard.

Non, salaud… Parce que tu m'as rendu enceinte…

Ambre – Resurgam, Chapitre 1

I

C'est pas grave, ça arrive. C'est déjà arrivé à d'autres. C'est juste que… T'aurais pas voulu que ça se passe comme ça…

 « Eh bien, eh bien ! »

Tu sombres dans l'oubli total. La douleur disparaît comme tes souvenirs, comme tes regrets. C'est ça la mort. C'est le néant.

« Eh bien, eh bien ! »

Pourtant tu ressens ta propre présence dans ce vide. C'est bien toi, mais ça a changé. Quelque chose a définitivement changé.


« Tu peux bouger ? »

Quelque chose en toi s'est brisée. C'est comme ça quand on meurt. On cesse d'être celui qu'on était. Et on se retrouve avec ce qui reste.


« Tu peux te lever ? »

La présence que tu ressens remue, émerge. Les Ténèbres s'évaporent doucement, comme balayées par cette voix.


« Doucement… »

Une voix familière, une voix douce et encourageante. Tu l'as connue autrefois. Ça donne envie, n'est-ce pas ? De sortir de ce cocon de néant pour s'en rapprocher…


« Ne vas pas trop vite »

La présence se réveille, on se sent comme bercé. Les perceptions sont faussées, on sait pas où on est, mais… Peut-être qu'on peut ouvrir les yeux ?

« Ouvres les yeux »

On se réfère aux souvenirs et on s'imite tel qu'on était avant. T'ouvre les yeux et le néant laisse voir une forme trouble. Un visage penché sur toi. Tu vois pas les traits.


« Eh… Salut… »

La forme se fait plus consistante tandis que tu renais. Il manque beaucoup de choses encore, et y a toujours cette impression qu'un truc est brisé. Mais tu as des souvenirs, de vagues sensations. Et tu te dis que tu peux peut-être te lever. Et revivre.


« Ne forces pas trop »

Alors que la vision est trouble, illusoire, tu te relèves. C'est difficile, parce que t'es censé être mort, et que tu apprend ce qui manque. C'est ta volonté. Tes envies. Elles ont disparues, mortes également. Et elles n'ont pas ressurgis du néant comme toi. Ton corps est presque paralysé et ton organisme fonctionne au ralenti. Plus de volonté, plus d'envie, plus rien. Il ne reste que “toi”. Ou plutôt “l'essence” de toi. C'est la seule chose qui te fait tenir et tout le reste te montre qu'il n'est pas d'accord. T'es mort, un mort ça se lève pas, ça pense pas, et ça fait pas d'effort. Pourquoi ça le ferait ? T'as plus rien, t'es plus rien. Et quant on a rien, on peut rien faire. Donc on peut pas vivre.


« Attends, je vais t'aider »

T'as entendu parler de la Marelle Brisée. T'as jamais bien pigé, mais tu l'assimile à ta propre existence. Y avait la Marelle, y avait Premutos. La brisure de la Marelle, qui la rend si différente de l'ancienne malgré son apparence de simple cassure, de simple fissure, a complètement modifié son existence, son essence. Une Marelle Brisée c'est plus une Marelle, ça fonctionne plus pareil, ça n'a pas les mêmes facultés… Ben cette brisure spéciale, elle est en toi maintenant… Y a la Marelle Brisée, y a le Premutos Brisé. C'est pas juste psychologique. C'est intérieur. Et si t'es pas mort, tu peux pas comprendre.


« Reposes-toi sur moi »

Pourquoi se lever ? Pourquoi revivre ? C'est très difficile, tu sens que tout est mort en toi. Tu le ressens au plus profond de ton être. Pourtant tu veux t'approcher de la voix. Alors celle-ci t'aide. La voix t'enveloppe. Pas par du son, mais par une sorte de chaleur, de douceur. Une odeur peut-être, même ? Tu connais tout ça. Ça te faisait du bien autrefois, et ça t'en fait toujours. Ça te permet de passer outre certaines choses. Comme le fait d'être mort.


« Bravo ! Encore un peu… »

C'est pas que tu te sens bien. C'est juste que tu te sens pas mal. Tu te sens… Rien. Mais c'est déjà mieux que le néant. Et puis y a la voix. Ta vision s'accommode, les couleurs sont étranges. Du blanc, du noir. Dans un grand champ de neige, sous une nuit étoilée, tu te retrouves là, face à une grande pierre et à côté de quelqu'un… Une femme…


« C'est mieux ? »

Les souvenirs sont moins réticents que le reste. Tu connais ce champ de neige, tu connais ce ciel et tu connais la pierre. C'est une tombe. Sans pouvoir lire ce qu'il y a dessus, tu connais l'épitaphe par cœur. Reste la femme. Ton visage se tourne vers elle et elle t'apparaît enfin…


« Ça faisait longtemps, hein ? »

Elle te parle. Elle te sourit. Elle est magnifique. Sa présence scintille, elle est comme enveloppée d'une aura. Ton amour pour elle exacerbe sûrement les choses mais… La vision est d'une beauté inégalable. Malgré la Brisure, tu es bouleversé. Émue. Et elle te sourit gentiment. Alors toi aussi tu te mais à parler, parce que tu en as rêvé tant et tant de fois…
– Oui, ça faisait longtemps…
Elle est un peu gênée. C'est normal depuis le temps. Elle baisse les yeux un bref instant, comme intimidée, puis te fixe intensément. Toi tu la dévores du regard, figé sur place de peur que le moindre de tes mouvements ne puisse la faire disparaître, comme si elle n'était qu'un mirage. Un petit et doux rire de sa part.
– Je suis un peu fâchée, fait-elle sans colère. Tu ne m'as pas tenu compagnie depuis longtemps…
Tu réponds pas parce que tu sais à quel point elle a raison. T'as même pas d'excuses.

Elle lève un bras fin vers la pierre tombale.
– Ça a même gelé… Mais j'ai gardée les fleurs, tu vois ?
La tombe est couverte d'une épaisse couche de glace bleuie. Elle est comme cristallisée, emprisonnant également le bouquet de fleurs qui se trouve à son pied.
– Je suis restée seule un peu trop longtemps…
Les mains dans le dos, elle donne un petit coup de pied dans la neige comme une enfant. Son visage semble un peu attristé, mais ça ne reste pas puisqu'elle te refait face avec le sourire.
– Toujours aussi peu bavard, hein ? Moi qui pensais que tu aurais changé après toutes ces années !
– J'ai changé… Grâce à toi, oui…
Un sourire malicieux. Elle est heureuse.
– Tu m'as manqué tu sais ?
Tu ne tiens plus et tu t'approches, décidé à la serrer dans tes bras.
–  … Toi aussi tu m'as manqué.
Elle recule légèrement, te stoppant net. Tu vois un sourire désolé sur son visage.
– Non… On ne peut pas faire ça.
– Pourquoi ?
– Parce que, Premutos, nous ne pouvons pas.
–  … Sybile…
D'un doigt posé sur tes lèvres, elle t'interrompt. Son visage si délicat est rongé par la tristesse malgré ce sourire persistant.
– Chut… Je regrette. Mais c'est impossible…Tu dois repartir… Tu ne peux pas rester là. Repart. Repart maintenant.
Tu ouvres la bouche mais ses larmes te transpercent.
– Non. Repart, Premutos. Je t'ai aimée. Tu m'as offert beaucoup d'amour. Et te revoir, si tu savais… Mais…
Son doigt remonte le long de ton visage pour toucher ton front, tapotant ta tête.
– Tu ne le sens pas en toi ? Ce n'est pas pour toi ici.
– Sybile, je…
Elle secoue tristement la tête.
– Non…
Ses mains attrapes ton visage, elle se hisse sur la pointe de ses pieds pour t'atteindre et poser son front contre le tiens. Elle ferme les yeux et les larmes tracent des sillons nacrés sur ses joues.
– S'il te plaît… Nous ne sommes pas fait pour être ensemble… Tu ne le sens pas ? Tu dois en prendre conscience ! Il le faut.
Tu es perplexe, triste et tu ne veux pas accepter. Bien sûr que tu es mort ! Comment ne le serais-tu pas ? Pourtant elle réveil quelque chose en toi. Du fond de la Brisure semble naître une petite chaleur, comme si la Vie sortait de cette fissure présente dans ton âme. Dans ta tête, il y a une petite chaleur. Et Sybile relâche son étreinte pour te regarder, se forçant à sourire malgré ses pleurs.
– Tu dois te réveiller maintenant.
– … Ce n'est qu'un rêve…
– Un rêve duquel tu dois te détacher si tu ne veux pas y être emporté. Tout ici n'est qu'une surface. Elle cache la profondeur, tu ne dois pas t'en approcher.
– … Si je me réveil, tu disparaîtras.
– Si tu ne te réveil pas, tout finira par disparaître. C'est un mauvais rêve, Premutos.

Tu pèse le pour et le contre, tu hésite. Tu ne veux pas la quitter, mais sa supplication te force à lui obéir. Tiraillé par le choix, tu attends un peu, et la chaleur de ton corps diminue soudainement. Cette portion de vie qui t'est encore allouée n'est que temporaire. Le choix doit être fait maintenant. Et la jeune femme en a également conscience.
– Je t'en prie. Part.
– … Nous ne pouvons pas rester ensemble alors…
– Je suis désolée…
Son choix est clair. Elle préfère disparaître plutôt que t'entraîner dans le néant de la Mort. Même si pour elle tu t'y serais précipité sans hésitation. Alors tu hoches la tête, honteux.
–  … D'accord…
Soulagée, elle te sourit pour de bon.
– Merci…

A l'intérieur de toi, tu te concentres. Tu recherches la dernière trace de cette petite chaleur, de ce petit morceau d'existence dans la Brisure. Tu la saisie à pleine main et il ne manque qu'une impulsion.
Un dernier regard sur la femme qui a changé le cours de ton existence. Plus jamais tu ne la reverras, plus jamais tu ne pourras entendre sa voix. Alors tu te prépares à lui dire adieu. Mais au dernier moment, tu lui dis plutôt ce que tu n'as jamais eu le temps de lui dire.
– Je t'aime Sybile.
Elle sourit. Elle le sait. Et toi tu plonges dans le passage que t'offre cette fissure afin de resurgir de la mort. Autour de toi tout disparaît. La neige disparaît. Les étoiles disparaissent. Puis la pierre. Et Sybile et son sourire.

Allez mec. Tu l'as fais pour elle. Il est temps de vivre maintenant.


Ambre – Resurgam, Chapitre 0

RESURGAM


0
 
J'ai bien senti le coup venir. Une douleur puissante, fatale. Elle me coupe le souffle et je sais que je suis entrain de mourir. C'est un expérience assez désagréable je dois dire, on ne s'y sent pas à l'aise… La douleur déjà, c'est une chose, mais en plus il y a cette espèce sensation de chaud / froid qui vous prend. Votre sang vous asperge, vous rendant collant et poisseux, et vous sentez sa chaleur, mais au fond de vous, c'est le froid qui vous assaille. Le froid de la mort qui vient tranquillement s'installer pour prendre la place de la douleur, faisant le même chemin qu'elle. En plus de ça, il y a un voile noir qui s'étend progressivement sur tout votre champ de vision.

J’entends le bruit écœurant de mes viscères qui se déchirent, de mon sternum qui éclate en morceaux et du sang qui afflux. Je sens tout ça bouger en moi, en plus des griffes qui se frayent un passage toujours plus loin dans mon corps. C'est infernal parce que ça vient de l'intérieur de vous ,et que tout vous parvient comme assourdit. On entend un truc et on se dit “ça c'est un os” ou “ça doit être un organe”. Et on identifie chaque blessure sans même s'en émouvoir. On constate tout simplement l'étendu des dégâts, et on sait que la fin est proche.

Quant on a l'impression qu'il se passe plus rien, on sent comme une démangeaison dans le dos et là on se dit que ça y est, les griffes ont traversées votre corps et qu'elles sortent de l'autre côté. C'est ça la démangeaison. Il y a comme une pause, on veut avaler sa salive mais on a un goût de sang, on veut respirer mais c'est la même chose. Le voile s'épaissit et il y a ce grognement ridicule qui s'échappe de vos lèvres… Là on se dit “Merde… C'est pas ce que j'imaginai dire comme dernier mot”. A peine le temps de penser ça que c'est reparti pour un tour: les griffes font le chemin inverse. C'est déjà plus facile, la moitié du boulot est fait. Mais on ne peut pas s'empêcher de penser qu'à l'intérieur, c'est plus que du steak haché.

On se sent même pas partir en arrière après ça. Il y a juste un choc sourd qu'on se rappelle être celui d'une chute, et la vision amoindrie qui se modifie. Dante semble plus grand, alors j'imagine que je dois être à ses pieds. Et ce que je sens sur mon visage c'est le sang que j'ai recraché… Ou celui de son bras griffu qui goutte sur moi, je sais pas trop… Je me demande combien de temps je vais garder conscience. Les seuls bruits qui me parviennent sont ceux de mes organes qui glissent – ma structure organique ne les retenant plus, mon sang qui s'écoule comme un putain de torrent de montagne, et les os qui craquent encore un peu, perforant l'épiderme pour sortir à l'air libre comme tout le reste.

Ouais, c'est sûrement ça le pire. Être conscient de toutes ces conneries et pouvoir s'en faire une liste détaillée au lieu d'avoir une quelconque pensée cohérente… Quoique je me demande ce qu'on peut se dire de “cohérent” dans un moment pareil… J'imagine que je devrais enrager après Dante, ou tout bêtement me dire que “Putain ça fait mal”. Pourtant non. Je me dis rien. En fait je me sens même embêté. Je capte le regard de mon frère et vois son air impassible et résigné, et là je peux pas m'empêcher d'avoir un pincement au cœur (ou plutôt un broiement au cœur ! Haha ! Putain on peut même faire de l'humour en crevant ! C'est dingue ça !) parce que… Je sais pas… Il me paraît tellement différent vu sous l'angle qu'il m'est donné de le voir. C'est pas que j'ai pitié de lui. C'est juste que… Je suis désolé. Voilà Dante, je suis désolé. Tu comprendrais pas pourquoi et je pourrai même pas t'expliquer: c'est un truc de mourant. En fait non, allez: c'est juste que tu souris pas… Tu viens d'accomplir un truc auquel t'as sûrement songé depuis des dizaines d'années et t'en tire même pas satisfaction. Et là je viens de me rendre compte que je t'ai pas vu sourire depuis… Depuis que j'ai perdu la mémoire. A part dans les brêves visions de ce que fut mon enfance, ben… T'as toujours été comme ça… Alors Dante, je suis désolé. Je t'ai jamais offert un sourire, j'ai sûrement pas fait d'efforts… Est-ce que j'y ai même pensé ? Merde, j'aurai au moins voulu t'offrir ça avant de crever… Désolé mon frère.

Ouais c'est sûr c'est pas la joie là. Je meurs, je déprime, je regrette et vous savez pas le pire ? C'est que ça vient pas. Je suis encore vivant. Je me demande ce qu'on attend pour en finir puis je fini par comprendre immédiatement: on en a pas encore terminé. Ça aurait pas été drôle d'arrêter là, faut une dernière souffrance. Alors on m'offre une des visions les plus tétanisantes que j'ai jamais vu: là-bas, un peu plus loin, quelqu'un nous observe. Une silhouette frêle et un visage couvert de larmes. C'est ma femme, Leandra, qui est témoin de la scène et qui n'arrive pas à y croire. Et malgré ce putain de voile noir, malgré les ténèbres qui m'aveuglent, j'arrive à la voir. Le moindre détail. Je vois la stupeur et l'incompréhension. Je vois son léger espoir que ça ne soit pas possible. Je vois la peur, la terreur, qui s'empare d'elle pour la réduire à l'état de petite fille. Et je vois autre chose… C'est de la tristesse. Ça me surprend ? Peut-être un peu…

Je veux lui dire quelque chose, je veux parler. Juste un ou deux mots, juste la rassurer. Lui dire de ne pas s'inquiéter, de ne pas pleurer. Lui dire qu'elle est assez forte pour survivre, qu'elle n'a pas besoin d'un type comme moi. Lui dire que je l'aime. Mais il n'y a pas un son qui vient. Même pas le temps d'ouvrir la bouche que le rideau se ferme. Noir absolu. Voilà mec, t'es mort.

Le nouveau Michael Myers

Bon, rien n'est "officiellement" confirmé, mais cette photo semble belle et bien être celle du Halloween de Rob Zombie. A moins d'un démenti, considérons là donc comme une véritable photo du film.

Premièrement on peut déjà être ravi de voir la fidélité au personnage. Le bleu de travail, le couteau de cuisine et surtout le masque inexpressif lui valant bien son surnom de "The Shape".


Masque pourtant légèrement retouché. Cette fois, pas de "rides" affreuses comme dans le merdique Halloween: Resurrection mais quelque chose de plus proche du film original, à l'exception de ces espèces de rajouts. Cette crasse et ces marques abimées. Myers va morfler grave visiblement, et ça fait plaisir à voir.


Côté acteur, on a beau dire que le comédien est supposé être vachement baraqué et terriblement grand, je ne vois ici aucune différence avec la carrure habituelle de Michael Myers. Tant mieux à la rigueur, ça nous évitera d'avoir l'impression de voir Jason déguisé.


Un Michael Myers réussi donc, le plus beau avec celui de Halloween 6 et bien sûr de l'original (mais ça compte pas). On espère en savoir rapidement d’avantage, d'autant plus que Brad Dourif (le célèbre doubleur de la poupée Chucky) vient de rejoindre le casting ! 

mercredi 21 février 2007

Hellraiser + Versus = Midnight Meat Train

Il est bien loin le temps où Pavlou dégommait les œuvres de Clive Barker. S'il n'a plus besoin de personne pour adapter lui-même ses écrits (le mythique Hellraiser, l'un des plus grand film d'horreur des années 90), l'écrivain anglais surprend son monde en annonçant le nom du réalisateur associé à son nouveau projet: Ryuhei Kitamura.

Ryuhei Kitamura, c'est respect éternel pour le délirant Versus. Il est aussi celui qui a adapté Azumi et Alive, est responsable d'un Aragami de très bonne facture et surtout, il est l'auteur du fameux Godzilla: Final War. On le retrouve aussi comme responsable de la mise en scène des cinématiques de Metal Gear Solid: The Twin Snakes. Un sacré CV, mais pas un instant nous ne l'imaginions collaborer avec une personnalité comme Clive Barker !

Le projet en question se nomme Midnight Meat Train (quel titre !). Il s'agira d'une traque entre un tueur en série, sa proie et un policier dans les métros de New York, jusqu’à ce que les trio se retrouve confronté à une bande de cannibales traquant leurs proies après la fermeture des stations...

Ce qui parait très classique
– voir même archétype – laisse toutefois entrevoir un traitement qui diffère des productions américaines (car pour le coup nous sommes sur une coproduction anglo-japonaise): on le sait, Barker est toujours du côté des monstres, et ceux-ci sont généralement bien plus humains que les humains. La preuve dans Hellraiser où le danger ne vient pas des Cenobites mais de ces deux enflures de Frank et Julia, assassinant à tours de bras, dans Cabale où une horde de monstres se fait attaquer par des policiers fachos et un psychopathe tordu, ou même dans le nullissime Transmutations de Pavlou, où des mutants se font agresser par des mafiosi.

On imagine donc le traitement, les cannibales formant un groupuscules plus sympathique qu'un tueur en série, un flic (corrompu ? violent ?) et d'un humain "ordinaire".

Quoiqu'il en soit tout cela n'est que spéculation et nous avons le temps de voir venir. Sont annoncé au casting Brooke Shields (celle du Lagon Bleu !), Vinnie Jones (le ridicule Fléau de X-Men 3) et Bradley Cooper (le journaliste copain de Sydney dans Alias).

Pour patienter on pourra jeter un œil à la planche d'étude visuelle dont les dessins me rappelle bien ceux de Barker lui-même, ainsi qu'a la pré-affiche. C'est pas grand chose et on attend plus de renseignements.


lundi 5 février 2007

Le retour des Casseurs de Fantômes


Il y a quelques temps, nous découvrions les étranges vidéos d'un nouveau S.O.S. Fantômes, un improbable jeu vidéo d'action... Info ou intox ? Il s'est avéré qu'il s'agissait bien d'un jeu vidéo, seulement il y a du nouveau:

Les éditeurs n'ayant même pas demandé les droits avant de commencer à développer leur projet, ils se retrouvent donc "bloqués" pour une histoire évidente de copyright. A la bonne heure, cela permettra peut-être de ralentir le développement et de leur faire revoir quelques une de leurs idées (leur Ecto-2 passablement ignoble par exemple).

Cependant, le fameux projet Ghostbusters in Hell, alias Ghostbusters 3, prévu depuis la sortie les années 90, va renaître de ses cendres grâce a cet incroyable coup de pub ! On se souvient qu'il y a quelques années, le brave Dan Aykroyd dû démentir la mise en place du projet pour cause de refus de Bill Murray (un Ghostbusters sans l'équipe au complet est tout bonnement impensable). Depuis tout ce temps, plus rien. Un triste silence radio et les rumeurs ridicules d'un nouveau film façon remake avec des acteurs comme Will Smith ou Ben Stiller en lieu et place de nos comédiens favoris...

Pourtant ça y est, Aykroyd vient d'annoncer la chose : la conception d'un nouvel opus à la série, non plus Ghostbusters in Hell mais désormais Ghostbusters: Hellbent. Un changement de titre qui semble toutefois garder la même idée (a savoir l'ouverture d'une porte de l'Enfer en plein New York).

Là où ça devient assez intriguant, c'est à propos de la forme du film. On le sait, Aykroyd et Hudson sont devenu gros, Bill Murray a sacrément vieillit, Harold Ramis à radicalement changé de look, et dans un registre bien plus dramatique, le pauvre Rick Moranis à assez récemment perdu sans femme et se refuse à repasser devant la caméra, se contentant de doubler des dessins animé.

Ghostbusters: Hellbent est donc annoncé comme un film d'animation en CGI ! Oui, un peu comme l'une de ses cinématiques du jeu vidéo nous présentant Bill Murray refaire son speech du tribunal de S.O.S. Fantômes 2 ! Rick Moranis pourrait donc rester dans le doublage et il semblerait que Bill Murray ait accepté ! De plus, cela permettra de ne plus limiter l'imagination de Aykroyd et Ramis, ce qui nous évitera le côté remake relatif au deuxième opus.

Avec un scénario déjà achevé depuis belle lurette, un allégement évident du budget, des possibilités plus spectaculaires et des acteurs répondant présent, on se demande comment tout cela pourrait ne pas se réaliser.

Croisons les doigts !

vendredi 2 février 2007

Kamisama, la Mélodie du Vent


Kamisama, la Mélodie du Vent est un manga atypique, recueil de trois petites histoires (à l'origine sorties sur CD-Rom) évoluant dans un univers imaginaire aux accents oniriques, aux portes de l'enfance.

Nous y découvrirons donc Alice, dans le Ventre d'un Chat, petite histoire à l'humour quasi non-sensique comme l'affectionnent généralement les japonais (on y croise un chien qui parle, un chat géant et un animal à la forme d'arbuste). Très amusant, mais il ne faut surtout pas y chercher un sens ou une intrigue.

Passé cette mise en bouche qui fait office de prologue (ce conte est graphiquement un peu éloignée des deux autres), Kamisama semble se révéler en déployant pleinement son univers avec deux autres histoires qui se retrouvent quelque peu liées l'une à l'autre (tant graphiquement qu'en narration).

Ainsi le Chat-Pluie présente l’aventure d’une gamine ayant le don de communiquer avec les esprits de la Nature et se retrouvant perdue dans un Hazama, un endroit se situant entre le monde des vivants et celui des morts. Elle converse alors avec un esprit-chat qui va la guider pour sortir de ce lieu où les Esprits mangent les humains. 


Enfin Shimashima, peut-être la meilleure du lot, nous montre l’amour d’un chat pour une petite fille malade, désirant plus que tout la sauver. Un récit plus sérieux que les autres puisque ajoutant un brin de mélancolie et se terminant par un point d’interrogation.

Trois petits contes avant tout destinés à un jeune public mais pouvant être reçu sans gêne par un lectorat plus âgé. Avec Kamisama, l’auteur Keisuke Kotobuki livre une œuvre légère et rafraîchissante, s’évadant un peu du carcan du genre. En effet, le mangaka ne travail ici pas au noir et blanc mais en couleur, et surtout fait preuve d’une déstructuration de la pagination habituelle: les illustrations n’ont plus de cases (cela permettant d’appuyer sur le côté onirique du monde de Kamisama) et sont mises en page d’une manière proche à la bande-dessinée occidentale.

Ce travail sur le support correspond parfaitement à celui fourni sur les histoires. Il en résulte une impression de poésie et d’évasion totale. Ainsi la douceur des couleurs, les graphismes agréables et la réalisation particulière de l’œuvre se réunissent pour donner vie à l’univers de Kamisama.


Petites filles mignonnes comme tout et chats magiques, voilà les éléments les plus insistants de cet univers fonctionnant avant tout sur le folklore japonais (esprits, monde des morts, pierres magiques) et le bestiaire typé manga (chien parlant et marchant sur deux pattes, créature-arbre avec des jambes, monstres géants). L’accent semble d’ailleurs mit sur la relation entre ces deux types de personnages: moyen de transport, guide, puis sauveur, le chat est ici représenté comme une créature particulière mais n’hésitant pas à aider les petites filles innocentes. Cela permet de visiter différents types de situations a laquelle peut être confronté l’enfant: rire, amitié, mais aussi amertume. En tant qu’œuvre pour la Jeunesse, Kamisama est ainsi parfaitement calibré.

Le plus étonnant reste le soin apporté à l’édition française puisque l’auteur lui-même a veillé à remanier son œuvre pour le public français, déplaçant les cases pour ne pas dénaturer ses dessins et remaniant les bulles afin de les adapter au lettrage français. A cela, l’éditeur Ki-oon rajoute une édition cartonnée, brochée et au rendu d’impression des couleurs tout à fait remarquable qui fait de Kamisama, la Mélodie du Vent un très bel objet.

Kamisama, la Mélodie du Vent (Japon, 2006)
Kamisama, de Keisuke Kotobuki