vendredi 26 août 2005

Sept Jours Pour une Éternité…

Signant son troisième roman, Marc Levy poursuit sur le thème de la romance et des sentiments humains, y incluant cette fois un surnaturel relatif à la religion Chrétienne. Bien et Mal se côtoient au cœur d’une histoire d’amour que certains trouveront mièvre, d’autres touchante, avec une dose d'humour qui provoque un certain détachement quant aux rapports avec la religion et permet de ne pas être indigeste pour le lecteur n'étant pas trop portée sur la théologie…

L’histoire narre le pari stupide que fait « Monsieur » (Dieu) avec le Diable: l’un comme l’autre souhaitent démontrer leur supériorité et se donnent une semaine (soit le temps qu'il aura fallu à Dieu pour créer la Terre) pour se le prouver. Chacun envoi en mission leur meilleur agent, l’ange Zofia et le démon Lucas, les avertissant de l’importance de leur travail. Mais ce que personne n’avait prévu c’est que les deux adversaires allaient finir par se rencontrer… Et tomber amoureux…

L’amour impossible entre un ange et un démon se mettant chacun leur parti sur le dos, une sorte de version théologique de Roméo & Juliette, aurait été un concept amusant, mais ce n’est pas du tout ce à quoi nous avons droit dans cette histoire. Tout d’abord, il faut dire que Levy ne fait pas du tout dans la tragédie mais plutôt dans la comédie romantique. Ensuite, la structure de la narration fait que les camps des deux protagonistes (le Bien et le Mal) n’entrent finalement que très peu en interaction avec eux, et ne seront au courant de leur amour qu’en toute fin d’histoire.

Rien à voir avec ce qui aurait pu naturellement venir à l'esprit et c'est quelque part tant mieux, permettant au roman d'être un peu moins prévisible que prévu. Un peu moins, car malheureusement on sait très bien que l'histoire d'amour aura une influence bénéfique sur le pari que se livrent Dieu et le Diable. Il aurait été plus intéressant d'élever ce sentiment normalement inconnu chez Zophia et Lucas au-dessus de leur nature réciproque, mais Levy prend le parti du Bien et du bonheur à porté de tous. On ne cache alors pas sa déception de voir Lucas devenir bon au terme de l'intrigue, même si on évite quand même la mielleux et le bien-pensant extrême.

Le véritable problème vient en fait de ce que l'on peut attendre d'un tel sujet et qui n'arrive jamais. Lorsque le pari est donné, on s'imagine à ce qu'une course contre la montre, menée à un rythme effrénée, s'enclenche (il en va quand même de l'avenir de l'humanité et de la supériorité du Mal ou du Bien) mais il n'en est rien. Zophia poursuit son travail qui consiste à surveiller les conditions de travail très difficiles des dockers, en poursuivant son petit train-train d'ange gardien (passer du temps avec un enfant malade et probablement condamné, tenir compagnie à une ex-junkie sur la voie de la réhabilitation…) sans pour autant convaincre. Lucas, de son côté, provoque tout de même un ou deux accidents assez violent (notamment celui qui ouvre l'histoire) mais passe le plus clair de son temps à voler des voitures et envoyer chier les gens, et tandis qu'il projette de faire couler une grande société afin que cela ait de sérieuses répercussions dans le reste du monde sur un plan économique, on sent tout de même qu'il y aurait eût matière a faire beaucoup plus terrifiant, ne serait-ce qu'en utilisant la Politique et la force de frappe nucléaire des États-Unis. De ce fait, il passe plus pour une sorte d'anarchiste un peu voyou sans jamais pour autant renvoyer à la figure du démon qu'il représente…

Un grand ratage donc, en ce qui concerne cette lutte du Bien contre le Mal puisque visiblement aucune importance ne lui est accordé, ni par les personnages, ni par l'auteur, et même par les spectateurs qui sentent bien au fil des pages que tout ceci n'est qu'un prétexte afin de se faire rencontrer l'ange et le démon et d'assurer la romance promise. Vous le croirez ou non, mais Levy traîne en longueur pendant un bon moment avant de faire se faire croiser une première fois les deux protagonistes, par le biais justement des enjeux du pari ! Nous assistons alors à une présentation de chacun des deux personnages, une réunion avec leur chef quant au sujet de leur mission puis encore un moment d'errance où les héros se demandent plus ou moins pourquoi on leur a confié cette tâche (et au lecteur de se le demander aussi, puisque visiblement ils n'ont rien des “meilleurs” anges ou démons comme on aurait pu le supposer). Rageant de voir cette histoire d'amour "extraordinaire" devenir on ne peut plus ordinaire !

Et comme pour assurer cette normalité, l'histoire fini par désacraliser complètement les amoureux en les rendant humain (l'amour faisant perdre leurs pouvoirs) et le tout se conclura sur une naissance qui, en le laissant sous-entendre, irait carrément rabibocher Dieu et le Diable ! Un peu too much pour le coup mais si l'on se laisse emporter par la narration de Levy, on n'aura rien à redire (et les autres seront déçus). Tout cela amène également une tentative de rendre logique la notion du Bien et du Mal ainsi que de l'existence de Dieu et l'explication de ses actes. Zophia trouvant vain son travail d'ange, elle finira par se demander pourquoi Il ne vient pas en aide aux humains alors que le Diable semble faire régner le Mal. On lui répondra simplement que cela ne dépend pas de la volonté de Dieu mais de l'Homme, et que si le Mal se fait à grande échelle, le Bien lui se constitue d'une série de petites choses a priori insignifiantes (un sourire à un passant, etc.) mais qui, au final, peut rendre l'espoir et le bonheur. Une réflexion certes logique et au final assez véridique, mais on ne peut s'empêcher de trouver cela bancale dans une œuvre où Dieu existe bel et bien…

Et à ce propos, on peut aussi regretter le manque de visite sur les endroits divin des royaumes de Dieux et du Diable. Ceux-ci sont joignables par le biais d'une même construction, un grand building d'une fausse société où l'on prend l'ascenseur pour descendre ou monter (logique), et reposent sur un mode de fonctionnement opposé (en gros on est gentil et serviable chez Dieu, mais désagréable chez le Diable). En dehors de ça, à peine visitons-nous les locaux du Bien (quelques interaction avec l'Ange Gabriel, tuteur de Zophia, existence de portes menant à divers endroit sur Terre…) qu'absolument rien ne nous sera donné en ce qui concerne le Mal (on trouve tout juste un rival bureaucrate pour Lucas). Décevant.

Cependant, Levy possède un certain dont pour l'humour et on ne peut que sourire devant la fascination de Dieu pour les fusées, ainsi que la plupart des passages mettant en scène le couple Zophia / Lucas lorsqu'ils tentent l'un comme l'autre de se ressembler pour se plaire (Lucas devenant malade en aidant une vieille dame à traverser la route, le même offrant un nénuphar en guise de fleur à cette grenouille de bénitier de Zophia…). De même l'émotion dégagée par certains passages est bien ressentie (lorsque Zophia fini par demander à Lucas de lui apprendre le Mal et que ce dernier demande de ne pas venir en aide à une pauvre fille tabassée dans la rue par un homme), permettant au lecteur peu impliqué par le côté linéaire et basique de l'intrigue de continuer à lire tout en appréciant tel ou tel moment malgré tout.

En bref, Sept Jours Pour une Éternité… est avant tout une œuvre romantique qui fonctionne à un certain niveau, avec sa dose d'humour et d'émotion, mais qui oublie la part de Fantastique qu'elle se devait de développer pour rendre l'histoire un peu plus originale et faire rêver le lecteur. Après, on aime ou on n'aime pas, mais cela reste beaucoup trop simpliste au final.

dimanche 21 août 2005

[Ciné] H2G2: Le Guide du Voyageur Galactique


H2G2: Le Guide du Voyageur Galactique
The Hitchhiker's Guide to the Galaxy (2005)
Cap Cinéma, Blois (41)


samedi 20 août 2005

Le Lézard Lubrique de Melancholy Cove

LE LEZARD LUBRIQUE DE MELANCHOLY COVE
THE LUST LIZARD OF MELANCHOLY COVE
(1999)

Christopher Moore est un habitué des romans timbrés aux titres bizarres. Et Le Lézard Lubrique… ne fait pas exception: un bouquin complètement fou et hilarant, qu’on dévore du début à la fin en regrettant presque que ça ne soit pas un peu plus long ! L’histoire se déroule à Pine Cove (rebaptisée Melancholy Cove, d’après le titre du livre, pour la version française), petite ville de Californie où se déroulait l’histoire de Practical Demonkeeping, son premier livre dont il ramène ici quelques personnages.

L’intrigue a lieu après la saison des vacances, les habitants de Pine Cove retrouvant un rythme de vie plus calme. Se déroulent alors trois petits évènements qui, par la force des choses, vont bouleverser la monotonie ambiante: le suicide inexplicable d’une mère de famille, l’arrivée d’un vieux chanteur de blues, qui trouve ici un endroit propice à ses chansons, et une fuite minuscule dans la centrale nucléaire du coin, qui va attirer dans les parages un antique monstre marin…

Trois évènements qui vont se retrouver connectés entre eux et qui vont changer radicalement la vie de la plupart des habitants de la ville: celle du docteur Valerie Riordan tout d’abord, unique psychiatre du bled dont la vie sentimentale est un désastre et qui a mis tous ses patients (soit une grande partie de la population de Pine Cove) sous antidépresseurs ! Avec le suicide d’une de ses patientes, la pauvre femme se sent coupable et décide de remplacer les médicaments prescrits par des placebos. Puis celle du « shérif » Theophilus Crowe, ex-hippy perpétuellement stoned et unique représentant de la Loi dans le coin, qui enquête sur le suicide et qui va se heurter aux véritables forces de l’Ordre, de sales magouilleurs qui le prennent pour un imbécile et semblent cacher quelque chose. Celle de Molly Michon, la folle du village, anciennement Kendra, la « Warrior Babe of the Outland », une actrice de série Z post-apocalyptique qui a vu sa carrière se briser suite à un accident lui coûtant une cicatrice sur la poitrine. Souffrant désormais d’une certaine schizophrénie, elle va alors tomber amoureuse du dragon aquatique !


Un récit qui donne dans le n’importe quoi, au même titre que ses personnages. On pourrait citer « L’Araignée », un gros geek fan de séries Z faisant office de Big Brother du coin qui se retrouve au centre d’un bien étrange complot, ou encore ce shérif adepte du cannabis dont la romance avec Molly Michon va offrir un improbable triangle amoureux par le biais de la créature marine ! Cette dernière va carrément devenir son amant et un chapitre informatif nous propose alors tout connaître tout ce qu’il y a à savoir sur le sujet. Le Lézard… dispose ainsi de toute une batterie d’éléments totalement barrés: suite à la suppression des antidépresseurs, tous les habitants de Pine Cove se tournent vers la partie de jambes en l’air de façon plus que frénétique et alarmante, alors que le monstre, un beau lézard métamorphe de plus de trente mètres, s’en va copuler avec un camion citerne dès son arrivée en ville ! Blessé par l’explosion qui s’en suit, il va se camoufler en caravane pour se reposer et devenir le voisin de Molly qui va l’adopter et le nommer Steve. Un brillant biologiste vivant seul avec son chien observe ses rats copuler tout aussi frénétiquement que les humains d’un œil perplexe, et débarque un certain Catfish Jefferson, vieux chanteur de blues venu à la rescousse du bar du coin en perte de clients depuis la disparition des antidépresseurs (et des lamentations dans l’alcool donc), qui n’est autre que celui qui a autrefois pêché le fils du monstre marin ! Inutile de préciser que ce dernier cherche d’ailleurs vengeance…

A cela se rajoute les fanatiques religieux qui prennent Steve pour le Messie venu les libérer dans la joie du sexe, un peintre à la retraite dont les toiles prédisent l’arrivée du dragon ou encore un pharmacien complètement barge, sexuellement attiré par les animaux marins au point d’enfourcher un dauphin gonflable devant une émission de Cousteau. Si l’on évoque également l’intéressante caractéristique de Mavis Sand, la tenancière du bistro, qui veut que son corps soit presque entièrement composé de prothèses de métal et de plastique (et qui conduit une étrange « voiture-banane ») et la présence d’un énigmatique Howard Philips qui porte un intérêt particulier à l’Étrange et aux créatures ancestrales (référence à un célèbre écrivain au cas où cela vous échappe), ainsi que les points de vue hilarant de Skinner, le chien du biologiste, vous comprendrez que Le Lézard… n’est rien de plus qu’un gigantesque gag des plus hilarant !


A ce propos, l’auteur ne se perd t-il pas trop dans tous ses personnages et ses situations grotesques ? Et bien non, détrompez-vous ! Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la multiplication de protagonistes n’engendre aucune gêne et le récit s’enchaîne très logiquement en livrant une véritable histoire, et non pas une succession de petites scènes. En fait la construction du livre est parfaitement maîtrisée, avec un rythme soutenu et une narration des plus inspirées. Les garanties d’une très bonne lecture.

Mais s’il donne dans la comédie la plus loufoque, Chris Moore n’oublie pas de faire pleinement vivre ses personnages et Le Lézard… distille l’émotion plus d’une fois, comme la compassion que l’on peut ressentir face au passé finalement bien triste de la pauvre Molly ou encore la déception lorsque l'on réalise que la relation entre notre amazone et son dragon ne pourra aboutir pour cause d’incompatibilité anatomique (et pas uniquement pour une question de sexe). Les sentiments ressentis par Theophilus et Molly sont palpables, la nostalgie qui envahie l’ancienne actrice (qui poursuit ses exercices matinaux en tenue d’amazone avec son épée par ailleurs) force la sympathie et ainsi une certaine mélancolie, et oui, peut atteindre le lecteur quand bien même tout ce conclut dans la bonne humeur.

S’il n’est peut-être pas le plus drôle des livres de Moore, a cela nous laissons le lecteur seul juge, Le Lézard… est un chef d’œuvre où le délire ambiant n’est jamais au détriment de l’histoire ni de ses personnages, solides et attachant. Vivement conseillé !

Le Lézard Lubrique de Melancholy Cove 
The Lust Lizard of Melancholy Cove (USA, 1999)
 Écrit par: Christopher Moore


mercredi 17 août 2005

Wallpaper Ambreworld – Premutos / Mordred: Le Duel


Wallpaper signé Mordred pour le forum Ambreworld, représentant la longue feud entre son propre personnage, Mordred du Chaos, et celui de Premutos. Un conflit qui s'est étalé sur plusieurs parties et qui opposait deux personnalités très différentes, l'une aristocrate et courtoise mais manipulatrice, l'autre provocante et rebelle mais honorable.

Mordred retoucha plus tard l'image pour corriger quelques couleurs ainsi que le petit défaut visible en bas à droite de l'image, sous le sabre du personnage.

lundi 15 août 2005

Flic ou Zombie


« Lady, I’m fuckin’ dead. »


Pur produit des années 80 où le sous-genre du film de morts-vivants était à son apogée (Romero réalisant en 1985 son “dernier” volet de sa trilogie, Le Jour des Morts-Vivants) et déclinait en tombant dans la parodie forcée, Dead Heat à la particularité de mélanger le buddy-movie plutôt commun aux films d’action de l’époque ainsi que la comédie horrifique tendance Le Retour des Morts-Vivants… Loin d’être indigeste, le résultat donne plutôt dans le spectacle fun et décomplexé.


L’histoire présente l’enquête que mènent les inspecteurs Roger Mortis et Doug Bigelow. Une série de braquages sont commis par des gangsters pratiquement invincibles. Après en avoir abattu deux, nos compères voient leur amie légiste leur affirmer avoir déjà pratiquée une autopsie sur ces corps quelques temps auparavant. Trouvant alors la présence d’un étrange produit chimique dans les cellules de ces cadavres, Roger et Doug vont fouiller du côté de la Dante Laboratories, société pharmaceutique qui cache au sein de ses locaux une machine ramenant les morts à la vie. Lorsque Roger est assassiné pendant un combat avec un mort-vivant, Doug et la légiste utilise cet appareil pour le ressusciter et poursuivre l’enquête. Seulement Roger ne dispose que de quelques heures avant de voir son corps se décomposer et la mort l’emporter de nouveau, pour de bon cette fois…


Avec un sujet pareil et le ressort dramatique voulant que le personnage principal soit voué à mourir à la fin de l’aventure, Dead Heat aurait pu être très sombre, avec un aspect dépressif et pessimiste. Hors il n’en est rien ! Le film prend volontairement le côté humoristique de la chose et met en place une ambiance cool et détendue issue des buddy-movies cités ci-dessus. Ainsi nos inspecteurs roulent en décapotable et se balancent des vannes et des punch-lines à faire pâlir les meilleurs des sidekicks, et on y retrouve les petits clichés inhérent au genre comme le commissaire Noir qui hurle tout le temps, les fusillades en pagaille ou encore la sacré différence de look et de comportement des deux héros: l’un en costard cravate, bien propre sur lui, l’autre en blouson de cuir et vanneur comme c'est pas permis…


Nous sommes en terrain connu avec tous les repères qu’il faut, et l’élément surnaturel introduit ici ne détruit en rien cette ambiance, bien au contraire: elle l'a renforce ! Ainsi l’invulnérabilité des morts-vivants permet d’exagérer les fusillades, les zombies se mitraillant longuement sans sourciller, de provoquer des gags burlesques (Treat Williams se maquillant avec du fond de teint pour masquer sa pâleur, le même passant de flic en costume un brin coincé à véritable punk blagueur en chemise hawaïenne, sans parler de son nom, dérivé du terme « Rigor Mortis »), bref de profiter pleinement de l’atmosphère pour livrer au final un produit complètement déjanté. Preuve en est cette scène où, en pleine enquête, nos héros se retrouvent dans une boucherie chinoise où chaque morceau de viandes sont subitement réanimés ! En lieu et place d’un affrontement habituel à base de malfrats, nous voyons donc les deux policiers lutter contre des têtes de canards, un cochon rôti, divers morceaux de viandes et même une énorme carcasse de porc (que Joe Piscopo proposera d’essayer de « Noyer dans la sauce ») ! Dire que Dead Heat gâte à la fois le fan de film d’action et celui de films d’horreur (période eighties) n’est pas un euphémisme.


Toutefois, malgré ce ton volontiers déconneur et pleinement assumé, on remarque une certaine noirceur qui ne sera pas très exploité. Très discret, ce côté sombre du scénario n’est pourtant pas très tendre dans le traitement de ses personnages, car pratiquement personne ne s’en sortira en fin de compte. Et même si l’ambiance est à la rigolade, il n’empêche que Dead Heat aurait pu être traité de façon complètement différente tant certaines séquences sont plus proches du film d’horreur pur et dur que de la simple comédie fantastique. On note ainsi le sort peu enviable réservé aux morts-vivants en fin de parcours, qui se caractérise par une décomposition accélérée du plus bel effet. Quant aux vivants, il disparaissent subitement du film à une vitesse assez surprenante, d’autant plus que l’on s’attendait à un script basique avec ce qu’il faut de repères (la romance, les sauvetages in extremis…) qui ainsi n’ont pas lieu. Cela permet cependant de jolis retournements de situation et éclipse le côté basique et sempiternel de ce type de film.


En bon film fantastique des années 80, Dead Heat compte sur des effets spéciaux old-school tout simplement excellent. Ici composés par l’équipe de Steve Johnson (The Fog, Videodrome, Le Loup-Garou de Londres), ils incluent les inévitables impacts de balles et le maquillage des morts-vivants qui s’avère particulièrement soignés. Si l’on fait exception du personnage de Treat Williams qui se décompose progressivement, et donc affiche un maquillage d’abord très léger avant de s’accentuer petit à petit, les cadavres ambulant ne sont généralement pas de première fraîcheur et sont très plaisant à regarder (enfin, on se comprend). Dans le même genre, outre la séquence de décomposition accélérée, les animaux de la boucherie sont aussi de joyeux spécimens par ailleurs très bien animés. Dead Heat, sans verser dans le gore excessif ou le trash répulsif, se montre très généreux en ce qui concerne ses créatures, et c’est tout à son honneur.


Toutefois il faut reconnaître que le film est loin d’être parfait et on peut relever plusieurs défauts technique assez flagrants, notamment sur ces effets spéciaux. Le maquillage des blessures par-balles apparaît ou disparaît selon les séquences (quand Treat Williams se recoiffe dans la salle de bain après une fusillade, il n’a aucune blessure sur le torse et le dos après avoir pourtant reçu deux ou trois rafales de mitrailleuse), le nombre des impacts est parfois aléatoire (un trou dans la tête pour une rafale de Uzi par exemple), quant à la décomposition de Treat Williams, elle aussi subit des modifications qui se ressentent parfois un peu trop d’une scène à l’autre (la faute au fait que les séquences sont tournées dans le désordre, ce qui obligea les maquilleurs à improviser en fonction du scénario). De menus défauts sans aucune incidence sur le plaisir que procure Dead Heat, même s’il aurait été préférable qu’un budget plus important lui soit allouer pour donner un peu plus de zombies et de séquences aussi folle que celle de la boucherie. C’est la dure vie de la série B…


Le casting, lui, fait énormément plaisir puisqu’en guest-star on y retrouve rien de moins que le célèbre et fringant Vincent Price. Toujours un plaisir de voir ce regretté acteur même si sa participation est ici très limitée par un petit rôle ainsi que par sa santé (il s’agit de l’un de ses derniers films). Outre cet invité prestigieux, les rôles principaux échouent à l’excellent Treat Williams, acteur trop souvent cantonné aux seconds rôles mais qui dégage un charisme impressionnant, et Joe Piscopo, aussi excellent ici qu’il peut être nullissime dans le nanar Sidekicks (avec Chuck Norris). Enfin il faut noter la prestation amusante de Darren McGavin, ainsi que quelques habitués du réalisateur Joe Dante (les Gremlins pour les incultes), comme Robert Picardo ou Keye Luke. Son acteur fétiche Dick Miller est même présent dans une scène coupée du film ! A se demander si le nom de « Dante Laboratories » est une vraie coïncidence, d’autant que Mark Goldblatt fut le monteur de Piranha, Hurlements et L’Aventure Intérieur… Et à propos de scènes coupées, l’une d’elle nous montrait la célèbre « Reine des Scream Queens » Linnea Quigley dans un rôle d'une… Zombie Go-go danseuse ! Une réminiscence du Retour des Morts-Vivants ?


Il faut aussi noter que le film est écrit par Terry Black, frère de Shane Black (entre autre scénariste des deux premiers L’Arme Fatale, de Au Revoir à Jamais ou encore du Dernier Samaritain) qui fait justement une petite apparition en policier à moto vers la fin du film, et que le réalisateur Mark Goldblatt, alors futur metteur en scène de la première adaptation du Punisher avec Dolph Lundgren, est un habitué des films d’action puisqu’il est le monteur de film comme Terminator 1 et 2, Rambo 2, Commando, Predator 2, True Lies ou encore Starship Troopers entres autres (citons pêle-mêle Super Mario Bros., Halloween II et Cabal… La liste est longue).

Grosse série B d’action décomplexé et comédie horrifique amusante, Dead Heat est un excellent divertissement bien fun.


« Welcome to Zombieland ! »


dimanche 14 août 2005

[Ciné] Land of the Dead – Le Territoire des Morts


Land of the Dead – Le Territoire des Morts
Land of the Dead (2005)
Cap Cinéma, Blois (41)


Ambreworld


Grande illustration commémorative du forum Ambreworld, avec tous les personnages joueurs actifs d'alors, effecutée par Renan pour l'anniversaire du jeu de rôles. Il l'a ensuite transformée en Wallpaper pour les différents membres en guise de cadeau.
Naturellement on peut y apercevoir Natasha, arme en main et vêtue d''un T-shirt "Punisher" qui lui va parfaitement, se tenant aux côtés de son frère Pern. Premutos, fidèle à lui-même, n'hésite pas à montrer le doigt à son rival d'alors, le géant Mordred.

Bref, une sacré surprise et un énorme cadeau que je m'empresse de repartager ici-même, cependant en une version sensiblement bidouillée pour que les couleurs originales de Natasha lui reviennent. En espérant que l'artiste ne m'en tienne pas rigueur...

samedi 13 août 2005

Le Manteau de Premutos


Pour mon anniversaire, Renan m'a gratifié de ce dessin. Une illustration qui représente un petit délire autour de mon personnage du jeu de rôle d'Ambre, Premutos, et des origines de son superbe manteau rouge. Celui-ci a tout simplement été taillé dans la cape de Spawn !

La réaction du rejeton de l'Enfer est sans appel...

mardi 2 août 2005

Chromosome 3 (The Brood)


CHROMOSOME 3
THE BROOD
(1979)

Tout juste après avoir mis en place son univers avec ses deux véritables premiers films, Frissons et Rage, David Cronenberg termine les années 70 en réalisant deux films. Le premier est Fast Company, basique film de course automobile plutôt éloigné de l’esprit de ses films précédents, puis ce The Brood (oublions le titre français Chromosome 3, tout bonnement nonsensique quoiqu’en bonne concurrence avec celui, canadien, de La Clinique de la Terreur), un film dans la continuité de son œuvre et marquant une étape fondamentale dans l’évolution de celle-ci.

 
On note tout d’abord la volonté d’assumer pleinement l’œuvre à la vue du titre, précédant celui-ci par le nom du réalisateur (David Cronenberg’s The Brood), un peu à la manière des films de John Carpenter. Ce nouvel opus est clairement marqué du sceau de son créateur, qui le revendique comme étant directement issu de son propre génie créatif. C’est en effet délivré des grandes références à George A. Romero qu’il s’attèle à une histoire très sombre et très personnelle, par ailleurs à fortes connotations autobiographiques. The Brood fait écho à la vie du réalisateur, ce dernier ayant kidnappé sa propre fille de peur que sa femme ne puisse s’en occuper correctement, car étant embrigadée dans des groupes soi-disant auto-psychanalytiques à la limite de la secte !
 


Ainsi faisons nous connaissance de la psychoplasmatique, une nouvelle forme de thérapie visant à faire s’exprimer le corps même du patient à travers ses peurs, ses angoisses ou ses colères refoulées. Un peu comme lors d’un effet psychosomatique, l’organisme se met à agir de lui-même et crée une sorte de mutation. C’est dans une clinique privée, dirigée par le Dr. Hal Raglan, créateur de cette science, que réside Nola Carveth, mère recevant la visite de sa toute jeune fille Candice depuis son internement. Mais un beau jour Frank, le mari de Nola, découvre des bleus et autres traces de coups dans le dos de l’enfant et est alors persuadé que sa femme en est responsable. Il tente d’aller la voir mais sera repoussé par Raglan, puis se met alors en tête d’intenter un procès contre ce dernier pour ses pratiques douteuses. C’est alors qu’il découvre que les mutations engendrées par le corps humain peuvent s’avérer très dangereuses et que Raglan est loin de contrôler sa méthode, causant de véritables problèmes à plusieurs de ses patients. De son côté Raglan poursuit sa thérapie avec Nola en se servant de l’incident survenu à sa fille pour progresser, et c’est là que débute une série de meurtres dans l’entourage de la patiente...


S’il n’est plus vraiment question de virus ou d’épidémie, l’idée de « maladie » est toujours présente et désormais élevée à un autre stade que celui biologique: c’est l’esprit qui déclenche la transformation de l’organisme. Idée qui sera par la suite reprise et développée dans ses prochaines œuvres (Scanners, Videodrome, eXistenZ…), tandis que son concept de la Nouvelle Chair (The New Flesh) et des mutations se font plus importantes désormais. Les corps vont, par le biais de l’esprit, développer des cancers, des irruptions cutanées ou pire, une « portée » (The Brood). Des êtres naissant différemment des humains car enfantés par la rage et crées dans l’unique but de se débarrasser d’un obstacle.

 
C’est ainsi que Nola se retrouve capable d’engendrer une race d’enfants tueurs extrêmement agressifs, allant « protéger » leur mère en détruisant tout ce qui pourrait lui nuire. Véritable aberrations génétiques, ces enfants ont une durée de vie limitée (possédant une poche de réserve de nourriture dans le dos), sont dépourvue d’organes génitaux et même de nombril, mais possèdent une force physique très impressionnante dû à l’état de rage de leur mère. Ces enfants sont les représentants d’une Nouvelle Chair, différente de l’Ancienne mais plus performante car génétiquement conçus pour un but unique qu’ils remplissent à la perfection.


 
The Brood a cette importance dans la filmographie de Cronenberg qu’il s’agit de son premier film véritablement personnel (tant sur l’origine autobiographique que sur le reste de la fiction) et pleinement maîtrisé. Car là encore le film ne montre pas qu’une évolution artistique (sujet plus aboutis, bonne utilisation de la tension, final encore plus froid et pessimiste…) mais également technique, comme ce fut le cas de Rage vis-à-vis de Frissons. Avec un budget encore plus confortable et plus d’aisance dans la mise en scène, Cronenberg peut désormais compter sur des effets spéciaux mieux conçus, malgré l’aspect aujourd’hui un peu rudimentaire des créatures de Nola. On note aussi que la musique possède une plus grande importance encore qu’autrefois. Exit les supervisions de Ivan Reitman et les musiciens non crédités, et place à Howard Shore, grand compositeur qui signe ici sa toute première collaboration avec le réalisateur, pour ensuite le suivre sur ses autres films.




Enfin, The Brood se voit doté d’une interprétation solide avec l’emploi d’acteurs tout simplement parfait dans leur rôle. On retrouve le regretté Oliver Reed, imposant et impressionnant, dans le rôle du Dr. Raglan, qui arrive à exercer sur le spectateur la même fascination que sur les patients du film (notamment lors de ses séances de thérapie où il endosse diverses personnalités), lesquels vont jusqu’à le vénérer. A ses côtés Samantha Eggar, comédienne confirmée, compose une Nola Carveth complètement hallucinée, tantôt apeurée, tantôt en pleine crise de démence, et lui confère une aura particulière. Parfois terriblement inquiétante, de la même manière que Marilyn Chambers l’avait fait dans Rage. Moins connu, Art Hindle incarne le mari de Nola mais surtout le porte-parole de Cronenberg et le point de vue du spectateur. Un personnage pourtant éclipsé par les deux acteurs précités, mais qui tire quand même son épingle du jeu, surpassant ainsi les interprétations plutôt fades de Paul Hampton et Frank Moore (respectivement dans Frissons et Rage) dans des rôles similaires (monsieur tout le monde confronté à l’inconnu et le rejetant en bloc). Au niveau des abonnés on note cependant l’absence de Ronald Mlodzick ainsi que de Joe Silver, mais le retour de Robert A. Silverman (qui jouait un rôle très bref dans Rage le temps de deux ou trois répliques), qui va revenir fréquemment dans d’autres films du réalisateur (Scanners, Le Festin Nu, eXistenZ). Un casting impeccable et très convaincant en somme, jusqu’aux enfants employés dans le film, que ce soit la petite Cindy Hinds dans le rôle de Candice où ceux de l’école maternelle (voir la scène du meurtre brutal de la professeur sous leurs yeux, leurs visages choqués étant plus vrais que nature).




Grande évolution du travail de Cronenberg, et cela sur tous les niveau, The Brood constitue une œuvre originale à l’histoire sombre et intelligente, mettant en scène des personnages certes communs mais aux relations décrites avec brio. Un film très intéressant marquant la fin du règne des seventies et l’entrée en scène d’un cinéma encore plus extrême pour les années à venir (ce que Cronenberg confirme par la suite en signant des œuvres telles que Videodrome ou Le Festin Nu). Sil fallait une preuve pour dire que le réalisateur canadien est un grand auteur, la voici.