samedi 30 juillet 2005

Rage (Rabid)


RAGE
RABID
(1977)

Lorsque David Cronenberg sortit Frissons, il provoqua un scandale qui aurait pu laisser à supposer que sa carrière cinématographique s’arrêterait là. Mais le film remporta un succès qui joua en sa faveur, lui permettant de poursuivre dans la réalisation. Deux ans après son premier long métrage, il livre ce Rage qui navigue dans la même voie que son prédécesseur et en reprend même les grandes lignes.


Rage raconte comment, après un accident de moto lui valant une greffe de peau, une jeune femme subit une étrange mutation: elle possède désormais sous son aisselle droite un espèce de dard, semblable à ceux des moustiques, qu'elle utilise pour absorber du sang humain qui, désormais, constitue sa seule nourriture. Ce qu’elle ne sait pas c’est que chacune de ses victimes se voit alors être contaminée par un étrange virus semblable à la rage, mais en beaucoup plus violent. Et alors qu’elle s’échappe de la clinique où elle se trouvait et continue de prélever du sang sur diverses personnes, les infectés se mettent à attaquer eux aussi, transmettant eux-même leur mal à toujours plus de victimes…


Encore plus que dans Frissons, l’influence de George A. Romero et sa Nuit des Morts Vivants se fait ici grandement ressentir. L’épidémie de rage qui assaille la ville de Montréal n’affecte cette fois pas le mental pour transformer les habitants en obsédés sexuels, mais les rends agressifs avec une envie de mordre le premier venu, l’infectant alors par le biais de la salive. Cependant c’est plus d’un autre film de Romero, sortit en 1973, qu’il faut chercher l’inspiration: à savoir La Nuit des Fous Vivants (plus simplement The Crazies pour le titre original, un mort était rarement fou, il faut le préciser) et le principe de la ville mise sous quarantaine suite à l’apparition d’un virus (contrairement au lieu clos de La Nuit des Morts-Vivants / Frissons).


Ceci étant dit, Cronenberg ne refait pas un remake du film de Romero, pas plus qu’il ne refait son Frissons malgré les ressemblances (les contaminations, le porteur du germe, l’invasion de la ville) et va plus loin dans l’approfondissement des thèmes qui lui son propre. On retrouve donc la médecine, la sexualité, ainsi que la Nouvelle Chair (The New Flesh) et les mutations avec l’étrange changement qui se produit chez le personnage féminin. Ainsi la jeune Rose, femme tout à fait banale, se voit porteuse d’un dard dont la symbolique phallique n’échappe à personne, en particulier lorsqu’elle déclare elle-même être plus forte qu'avant, et s’en sert pour pénétrer ses victimes (la plupart masculine), satisfaisant un étrange besoin de sang qui semble se déclarer en elle comme une pulsion sexuelle.


Le virus, lui, peut encore une fois représenter une MST comme le SIDA avec l’idée d’échange de fluides (sang, salive). Car cette variante de la rage entraîne forcément la mort de l’infecté. La contamination rapide, en six ou huit heures, provoque un comportement violent (et l’apparition d’une salive verdâtre plutôt cocasse) qui se solde par un évanouissement puis par la mort du sujet, le vaccin mit au point n’étant finalement d’aucune aide pour les malades…



Il est toutefois intéressant de constater que cette fois-ci, l’idée de la mutation et de la Nouvelle Chair est bien plus extravagante et irréaliste que celle de Frissons (une simple greffe de peau suffit à provoquer l’apparition d’un dard, une soif de sang, et un virus inconnu), et pourtant l’histoire est hautement plus réaliste. Cela est
en fait dû a une réalisation plus affirmée et à un film plus soigné, qui ne semble plus souffrir d’un budget réduit (excepté lors d’une scène où les habitants de Montréal doivent présenter une carte aux autorités militaires, mais la foule fait illusion quand même). Le rythme gagne en intensité même si quelques lenteurs se font ressentir en début et fin de métrage. Plus soignés également la musique du film (toujours supervisée par Ivan Reitman), qui comporte un très beau thème lancinant, ainsi que le jeu des acteurs, bien plus convaincant que sur Frissons.


Des acteurs, justement, on est heureux de retrouver Joe Silver, déjà dans Frissons, de même que Ronald Mlodzik, bien qu’ici limité à une apparition plus qu’anecdotique. Mais ce qui fut sujet à polémique à la sortie du film c’est la présence de l’actrice porno Marilyn Chambers dans le rôle principal. Un rôle qui devait à la base échouer à l’actrice Sissy Spadeck avant le refus des producteurs (paraît-il en raison de son accent trop texan), qui obtiendra quelques temps plus tard le premier rôle dans le Carrie de Brian de Palma. Affiche qui apparaît d’ailleurs dans le film comme pour bien souligner l’ironie de la chose. Marilyn Chambers, elle, fut conseillée par le producteur Ivan Reitman (surtout connu pour ses comédies comme les deux S.O.S. Fantômes, mais déjà producteur sur Frissons) souhaitant être sûr que le film soit remarqué à sa sortie. Et cela ne manqua pas, bien évidemment (le film possède quelques plans de nudité gratuite, bien dans cet esprit, et on imagine que beaucoup sont allés voir le film uniquement pour l’actrice), pourtant force est de constater que la dame s’en tire avec les honneurs en campant un personnage tour à tour touchant, perturbant et effrayant. Possédant un charme et un magnétisme évident, elle est donc parfaite dans son rôle de femme belle et troublante apportant la mort à ceux qui pourrait la désirer (un genre que l’on retrouve dans le personnage de l’extraterrestre incarnée par Natasha Henstridge dans La Mutante). En comparaison, Frank Moore, l’acteur jouant son petit ami, semble bien fade et son jeu doit être le plus faible du film.


Moins de gore, de sexe et de provocation que dans son prédécesseur, Rage en ressort pourtant plus soigné, plus aboutie et plus intéressant, possédant une ambiance sombre et froide tout bonnement tétanisante lors de scènes chocs (Joe Silver cherchant son bébé, les cadavres jetés dans des camions à ordures, le final tout simplement glaçant…). Preuve que Cronenberg possède un large champ d’expérimentation cinématographique et que son talent est indéniable, Rage n'a pour seul réel défaut que d’être encore sous une certaine influence que le réalisateur va dépasser pour libérer pleinement son génie créatif quelques années plus tard.


jeudi 28 juillet 2005

Avatar Ambreworld – Premutos du Chaos (v2)


Le nouvel avatar de Premutos, par Renan, pour Ambreworld. Je n'ai malheureusement aucune copie de l'illustration originale, alors voici l'avatar tel qu'il apparait sur le forum. De petite taille malheureusement, mais en bonus le cadre d'Atout est bien visible.

Le personnage a subit un léger redesign depuis la dernière fois, plus fidèle au concept de base, et se trouve accompagné d'une jeune et jolie sirène, en référence à ma nouvelle La Sirène de Rivière. Premutos porte ici son fameux manteau "taillé dans une cape de Spawn" et affiche sans honte être un grand fumeur.


mardi 26 juillet 2005

Frissons (Shivers)


FRISSONS
SHIVERS
(1975)

Après des essais comme From the Drain, Stereo ou Crimes of the Future, puis quelques réalisations pour la télévision, David Cronenberg voit enfin la possibilité de travailler sur un véritable premier film. Un film plus professionnel et abouti, mais surtout un film qui sera le premier à intégrer les thématiques chères au réalisateur canadien. Ce film c’est Shivers, ex-The Parasite Complex, devenu The Parasite Murders pour son exploitation aux États-Unis et par ailleurs souvent renommé en fonction des distributeurs,  se retrouvant affublé de titres tels que They Came From Within ou encore cet hallucinant Orgy of the Blood Parasite.

L’histoire se déroule dans une cité résidentielle huppée, située sur une île près des côtes du Canada, où les habitants vivent pratiquement en autarcie. C’est ici qu’une expérience ayant mal tourné va provoquer l’invasion d’un espèce de parasite, fruit d’expériences génétiques, se logeant dans le corps humain et transformant l’hôte en zombie aux pulsions sexuelles démesurés, contaminant ses partenaires en leur transmettant un autre parasite…


Impossible de parler de l’œuvre sans la remettre dans le contexte de son époque. Après les événement de 1968, les années 70 sont sous le coup de la Libération Sexuelle, qui se fait énormément ressentir à travers l’Art. A ce niveau la génération de 68 devient de plus en plus provocatrice et ce malgré le fait que ce mouvement soit encore très jeune et controversé par les vieux gardiens de la bonne morale. Frissons sort en 1975 dans l’Ontario, lieu excessivement puritain, et va donc créer un scandale. La notion de « film d’horreur » n’évoque pour eux que les châteaux gothiques et le noir et blanc traditionnelle, et personne ne veut de ces films de la nouvelle génération. On peut établir un parallèle avec ce qu’avait fait George A. Romero en 1968 avec sa Nuit des Morts-Vivants


De part son scénario, le film gêne volontairement. La « menace » se veut libératrice de pulsions enfouies, celles que nombreux ne veulent pas reconnaître: les mœurs sexuelles. Le savant fou responsable des parasites voit l’Homme comme un animal s’étant oublié et ayant lui-même éteint son instinct le plus primaire, celui du corps. Puis vient l’idée d'utiliser ses créations comme outils de libération, permettant à l’Homme de redevenir ce qu’il était et d’oublier tout le système social et la civilisation en un simple acte sexuel éternel. Film d’horreur social avant tout donc.


Mais s’il est provocateur, Frissons ne se limite pas à cette simple satire de l’époque et se trouve même être en avance sur son temps, par le biais de cette idée de contamination à travers le sexe: des années avant l’apparition du SIDA, Cronenberg invente la MST. Forcément inconnu à l’époque du film, cela saute désormais aux yeux du spectateur tant la critique sociale elle-même est dépassée. Et si ce concept de transmission sexuel n’était autrefois qu’un moyen de libérer les pulsions sexuelles refoulées, elle apparaît maintenant comme un véritable danger (à l’époque inexistant). Frissons peut donc se lire à différents niveaux en fonction des époques et de leurs contextes, ce qui le rend très intéressant.


Intéressant aussi de constater que la libération sexuelle n’est pas non plus montrée comme quelque chose de complètement sain. Ainsi les zombies sexuelles du film ne se contentent pas de passage à l’acte hétérosexuel et (déjà plus osé pour l’époque) homosexuel, mais on trouve aussi certains extrémismes malsains comme l’inceste (lorsqu’un vieil homme et une jeune fille s’enlace avant de nous révéler qu’ils sont père et fille) et surtout la pédophilie via quelques séquences bien senties (l’attaque dans l’ascenseur d’une mère et de sa petite fille par un contaminé). Bien entendu le concept du viol lui-même y figure, car très rares sont les victimes se laissant volontairement contaminée, et les agressions sont bien souvent violentes.


A cela s’ajoute une foule de scènes marquantes où le rapport charnel a toujours un rôle important. On peut citer l’ouverture du film, après un générique semblable à une publicité nous présentant le Starliner (le lieu où se déroule le film), une scène où une jeune femme en uniforme de collégienne et un vieil homme à l’aspect peu engageant luttent sans que l’on ne comprenne réellement ce dont il en retourne. Puis l’homme se met à étranger l'adolescente pour la déshabiller une fois évanouie, lui ouvrir le ventre et verser une bouteille d’acide dans ses entrailles. Une scène glauque, filmée froidement, et qui se conclue par le suicide de l’assassin qui se tranche la gorge avec son scalpel. Des images violentes et perturbantes qui reviennent sans cesse, comme lorsqu’une des premières contaminée, une vieille femme obèse, observe un garçon de chambre en répétant sans cesse « I’m hungry for love » avant de se jeter sauvagement sur lui, ou encore la fameuse scène de « viol » d’une femme dans son bain par un parasite qui s’introduit dans son corps directement par son vagin. Et comment oublier cette brève vision, très pasolinienne, où deux très jeunes filles en maillot de bain sont tenues en laisse et marchent à quatre pattes en poussant des jappements ?
(ce qui introduit à nouveau la sexualité déviante, ici la pédophilie et le fétichisme).


Provocateur, avant-gardiste et précurseur, voilà comment on pourrait qualifier Frissons. Précurseur vis-à-vis du « réel » (la MST) mais également vis-à-vis du genre la science-fiction et de l’horreur. Car jusqu’ici les films d’horreurs étaient basés sur d’anciens mythes (les vampires, les maisons hantées) et Cronenberg invente « l’horreur organique », celle liée aux corps et se déroulant dans un univers contemporain. L’idée de parasites investissant l’intimité la plus total de l’être humain n’est pas vraiment nouvelle en elle-même et on peut trouver des similitudes avec le Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel. Mais ici pas de replicants ou de cadavres utilisés comme nacelles. Ce sont les êtres humains qui deviennent le réceptacle d’une nouvelle entit, et cette idée fut alors reprises bien plus tard avec Alien (il est pratiquement certains que Dan O’Bannon, scénariste du film, ait reprit cette idée de Frissons), créant alors tout un nouveau concept dans le genre horrifique qui sera maintes fois repris (The Hidden, par exemple.). Frissons est l’un des premiers avatars de toute une nouvelle génération de films, créant une véritable révolution au sein même du Genre.


Cette révolution a bien entendu était amenée avant tout par La Nuit des Morts-Vivants et son influence s’en fait fortement ressentir sur Frisson, qui n’est autre que son équivalent façon Cronenberg. Ce n’est pas un hasard si les parasites suppriment tout comportement rationnel chez leurs hôtes, les transformant ainsi en véritables zombies venant agresser les êtres « normaux », et la démarche de ces contaminés n’est pas sans renvoyer à celle des morts-vivants de Romero. Tout particulièrement dans la dernière partie, lorsque les protagonistes déambulent dans les sous-sols du Starliner et que les parasités surgissent de partout, ou encore lorsque l’un des personnages tente une sortie hors de la résidence avant de voir surgir, hors de de l’obscurité, une foule de personnes à la démarche lente et saccadée.


Malgré tout Frissons trouve déjà chez lui les thèmes principaux de son réalisateur: la science, les manipulations génétiques, la sexualité, et bien entendu l’organique, avec les métamorphoses et mutations du corps, ici entraînée par l’apparition des parasites se développant dans leurs hôtes. On dénote même la notion de la « Chair » (the « Flesh ») si importante à Cronenberg, ici évoquée au détour d’une réplique: « He told me that even the Old Flesh is erotic flesh, that disease is the love of two alien kinds of creatures for each other, that even dying is an act of eroticism » (traduction: « Il m’a dit que même l’Ancienne Chair est une chair érotique, que la maladie est l’amour entre deux espèce de créatures étrangères l’une pour l’autre, que même mourir est un acte érotique »). On dénote par ailleurs que état "naturel" de l’être humain, avant son changement de comportement par les parasite, est appelé « Old Flesh » et qu’il faut s’en débarrasser pour atteindre un autre état, celle de la « New Flesh ». Le concept de la « New Flesh » sera la thématique général de l’œuvre de Cronenberg, et même directement évoquée dans une de ses pièces maîtresses: Videodrome To become the New Flesh, kill the Old Flesh » et la fameuse « Long live the New Flesh »). 


Cependant, ici, tout cela n’est évidemment pas aussi bien géré que dans ses futures œuvres. Le film souffre de quelques défauts liés à une réalisation qui se cherche encore, notamment dans le montage avec ces fondus au noir trop rapide et nombreux, coupant un peu l’action, ainsi que les grosses pertes de rythmes (notamment au début) et quelques problèmes de continuités assez flagrants: par exemple lorsque le téléphone est coupé dans toute la résidence, le personnage principal parvient cependant à joindre par téléphone les occupants d’une chambre, et ce dans le but de joindre quelqu’un qui a justement quitté ce lieu parce que le téléphone était coupé! De plus, il faut reconnaître que l’œuvre à plutôt vieillie…


L’interprétation, elle, est bien desservie par des acteurs confirmés comme Joe Silver et la troublante Barbara Steele, ancienne égérie des films d’épouvantes dans les années 60 (Le Masque du Démon et Le Corps et le Fouet de Mario Bava pour ne citer que ceux-là) qui disait pourtant ne plus vouloir jouer dans ce registre en marquant sa défection pour le genre. A noter la belle Lynn Lowry, qui passe subitement du rôle d’infirmière potiche à celui d’une femme fatale à la beauté vénéneuse, et la présence de Ronald Mlodzik, que Cronenberg avait prit comme acteur principal dans Stereo et Crimes of the Future.


Jouant la provocation, alignant les passages malsains et les scènes de nudité, le tout avec un soupçon de gore, Frissons
est une œuvre intéressant, marquant la base de toute la mythologie de David Cronenberg. Elle fait d'ailleurs partie d'une sorte de  diptyque avec le futur Rage, qui en reprend les grandes lignes. C'est l'entrée dans une nouvelle génération de films d'horreur, témoignant d'un contexte social passé, tout en restant d'actualité. Brillant.



samedi 16 juillet 2005

Premutia


Petite retouche d'image parodique que l'on doit à D-rek (Derek du Phoenix), pour le forum Ambreworld. Celui-ci ayant découvert par hasard une version Rule 63 d'Hellsing, représentant une version femme d'Alucard, il ne lui a pas fallu longtemps pour la détourner et m'offrir un Premutos ayant changé de sexe. Un concept crédible qui plus est, les métamorphes pouvant effectivement modifier leur corps à volonté.

Donc merci Derek – je suppose – pour ce cadeau. Je suis sûr que je pourrai trouver une histoire pour l'accompagner !

dimanche 10 juillet 2005

Le Cirque des Vampires (Vampire Circus)


LE CIRQUE DES VAMPIRES
VAMPIRE CIRCUS
(1972)

L’intrigue se déroule durant le XIXème siècle à Schtettel, un petit village européen. Les villageois vivent dans la terreur du Comte Mitterhaus, un vampire se nourrissant du sang de leurs enfants. Lorsqu’une petite fille se retrouve enlevée, plusieurs d’entre eux surmontent leur peur et se décident à agir, investissant le château et tuant le vampire qui leur lance une malédiction: le sang de leurs enfants servira un jour (enfin, une nuit plutôt) à lui redonner vie (enfin non-vie plutôt). Alors que son château est détruit, une jeune femme sous son emprise, qui lui servait d’amante et lui ramenait ses proies, cache son corps dans une crypte et reçoit l’ordre de trouver son cousin, un certain Emil, afin de l’avertir de la situation.



Quinze ans plus tard, Schettel est en proie à un fléau terrible: la peste fait des ravages. Le village est placé en quarantaine et quiconque tente d’en sortir est abattu sur le champ par les hommes postés aux barrages. Alors que la plupart des villageois soupçonnent la malédiction de Mitterhaus, un médecin s’échappe afin de chercher les médicaments nécessaires et leur prouver par ailleurs qu’il n’y a rien de surnaturel dans cette maladie. Au même moment arrive un cirque itinérant, « The Circus of Nights » (le Cirque des Nuits), qui cache en fait plusieurs vampires dont Emil, venu retrouver le corps de son cousin et lui permettre de ressusciter…


On ne présente plus la célèbre Hammer, firme anglaise qui se spécialisa dans les films d’horreur gothique et qui a élevé au statut de cultes des comédiens tel que Peter Cushing ou Christopher Lee. Les années 70 signent une période de crise dont la Hammer ne se relèvera pas. C’est la fin de l’Âge d’Or et le public d’alors ne suit plus vraiment. On tente de renouveler un peu les genres et de donner du sang neuf aux grands classiques, notamment avec le mythe du vampire comme en témoignent les futurs Captain Kronos, Vampire Hunter et  Les Sept Vampires d’Or (une coproduction avec la Shaw Brothers !). Des films très intéressant de par leur approche différente, mais qui malheureusement ne vont pas permettre à la firme de regagner son succès d’antan.



Vampire Circus fait partie de ces essais et tente dès le début d’en mettre plein la vue: révolte des villageois, massacre chez un maître vampire, nudité féminine, explosion du château… Pour faire bref, le film débute par un condensé des clichés habituels des films de vampires de l’époque. On y trouve même une sorte de Renfield au féminin par la présence d’une jeune femme dévouée corps et âme à un vampire pourtant très porté sur les enfants. Si rien n’est explicitement montré, la référence à la pédophilie est assez appuyée, voir même franchement osée, notamment au début du film lorsque, après avoir bu le sang d’une fillette, notre cher Comte se sent subitement d’envie de s’envoyer en l’air avec sa partenaire en lâchant un « One lust feeds the other » (« Un désire en nourrit un autre ») assez lourd de sens. Sans parler de l’idée que son corps absorbe le sang des enfants afin de lui permettre de « revivre ». Ce sous-texte particulièrement malsain, bien que pas forcément discernable à la première vision puisque passant bien vite au second plan, est plutôt bienvenu et trouve très bien sa place dans le contexte du mythe du vampire, dont la sexualité est généralement dépravée ou bien complètement nulle (le vampire tourmentant alors sa victime pour jouir de son impuissance et de sa fragilité).



Toutefois Vampire Circus n’a pas pour thème la sexualité déviante et prend une toute autre direction avec l’arrivé dudit cirque. Le film gagne alors son identité et le côté malsain pouvant être ressentit plus tôt disparaît au profit d’une ambiance plus classique, bien que très plaisante. On retrouve le côté gothique qui fait le charme si particulier des productions Hammer, renforcé ici par des séquences quasi oniriques, notamment lors d’un spectacle de danse acrobatique entre un dresseur de fauve et une femme nue au corps peint représentant une panthère, ou quand le nain de la troupe (Skip Martin, déjà vu dans Le Masque de la Mort Rouge) se met subitement à s’arracher ce que l’on pense être son visage avec un rictus hargneux, en fait un masque reprenant le maquillage caché dessous. Le tout sur l’inquiétante et obsédante musique du cirque. Le film en ressort avec une tonalité particulière, mélangeant l’onirisme, l’inquiétant et possédant bien sûr un charme rétro on ne peut plus agréable.



Vampire Circus se hisse au-dessus du schéma classique du film de vampire de l’alors, nous présentant des créatures de la nuit assez particulières se faisant aider par des humains, sans que la raison en soit connue (le nain, l’Hercule, les danseurs qui servent même aux vampires pour se nourrir), et possédant des pouvoirs assez particuliers: Emil peut se transformer subitement en panthère noire, les danseurs acrobates sont liés l’un à l’autre (les blessures infligées à l’un sont ressenties par l’autre), sans parler du miroir magique pouvant refléter des illusions et servant de portail vers la crypte de Mitterhaus ou encore la transformation physique de la compagne de ce dernier en une autre femme. La mythologie du vampire est  bien plus étoffée qu’à l’habitude même si l’on garde les éléments basiques comme la mort assurée par la décapitation ou le pieu dans le cœur, la peur du crucifix, etc…



Cherchant à s’éloigner des œuvres précédentes de la Hammer, Vampire Circus mise surtout sur son histoire et sa réalisation bien soignée (on retient la scène dans la forêt où la tension monte sans cesse par la manipulation des images qui visent à faire croire à l’arrivée de la panthère noire) et non sur la présence d’une star éventuelle. Les acteurs sont ici bien moins connus mais très efficace dans leur rôle (à l’exception des rôles de Thorley Walters, trop poussif, et John Moulder-Brown, assez fade, respectivement le bourgmestre et le jeune héros), que ce soit Robert Tayman qui campe un Comte Mitterhaus très convaincant (voir l’impression de puissance qui émane de lui lors de sa résurrection), Adrienne Corri et son charme sulfureux, Skip Martin ou encore la très effacée mais toute mignonne Lynne Frederick en jeune héroïne. Quant à Anthony Higgins, l’interprète d’Emil, on a beau dire sur son look ridicule (chemise rose et coupe de cheveux très datés des seventies) et son manque évident de charisme, il dégage quand même une aura de magnétisme dans son regard et se montre donc parfait dans son rôle. On peut aussi noter la présence de David Prowse dans le rôle de l’Hercule du cirque, qui a déjà campé deux monstres de Frankenstein pour la Hammer (Les Horreurs de Franktenstein et Frankenstein et le Monstre de l’Enfer) et qui est surtout connu pour être le Darth Vader de la trilogie originale de Star Wars.



Rajoutons à cela quelques scènes gore (dont une belle décapitation à l’arbalète) et Vampire Circus aurait pu être une petite bombe. Malheureusement le scénario souffre de quelques longueurs et surtout d’incohérences assez flagrantes, ne gâchant certes en rien la vision du film mais pouvant se montrer assez gênantes. Ainsi, alors qu’il nous est dit que quinze ans après la destruction de Mitterhaus les villageois craignent encore la malédiction lancée par celui-ci, l’arrivée subite d’un cirque itinérant dans leur village pourtant ravagé par la peste ne les inquiète pas outre mesure. Pire: lors des spectacles, et alors que les habitants sont pour la plupart superstitieux, personne ne semble avoir peur lorsque les deux acrobates se transforment subitement en chauves-souris (alors que le parallèle chauves-souris / vampires est justement fait un peu plus tôt dans le film !) et, lorsqu’une famille est retrouvée atroce mutilée et qu’on accuse enfin le cirque et ses fauves, le jeune héros tente de rationaliser les choses en arguant que les fauves ne peuvent pas sortir car ils sont… enfermés dans leur cage ! De quoi consterner, surtout venant du personnage censé représenter la voie de la raison…



Toutefois cela ne détruit en rien toute l’ambiance mise en place et Vampire Circus, à défaut d’être une grande œuvre, reste un très bon film débordant d’idées originales.




dimanche 3 juillet 2005

Borrower, le Voleur de Têtes (The Borrower)


BORROWER, LE VOLEUR DE TÊTES
THE BORROWER
(1991)

John McNaughton est avant tout connu pour avoir réalisé en 1986 le film culte Henry: Portrait of a Serial Killer qui retrace la vie du véritable tueur en série Henry Lee Lucas, avec l’excellent Michael Rooker dans le rôle titre. Un premier film ancré dans la réalité du quotidien et dans une ambiance noire. A l’exact opposé, son second film (Dealers in Death et Sex, Drugs, Rock & Roll étant des documentaires), The Borrower navigue entre la SF, l’Horreur et l’humour.



L’histoire commence à bord d’un vaisseau spatial. Un extraterrestre criminel vient d’être jugé et, plutôt que d’avoir été condamné à mort, a été « désévolué » et se retrouve sous la forme d’un être humain. Cependant le procédé n’est pas parfait et si le corps vient à subir quelques dégâts, cela peut entraîner de fâcheuses conséquences qu’il ne va pas tarder à découvrir: ses bras redeviennent normaux tandis que sa tête explose ! Récupérant alors d’autres têtes çà et là, il erre en pleine ville, tandis que deux policiers enquêtent sur les morts qu’il laisse derrière lui…



Première constatation: le titre est mensonger ! L’extraterrestre ne trouve pas la nécessité de rendre la tête qu’il a emprunté (to borrow), ce qui explique sûrement son statut de criminel et le fait qu’il ait été banni… Du moins c’est vraiment la seule explication que l’on pourrait trouver à ce pauvre alien pour justifier son triste sort car, s’il est dit que même la peine de mort est trop douce pour lui, on le voit surtout comme un pauvre être inoffensif malgré son petit problème d’incompatibilité anatomique. Pas agressif pour un sou (excepté lors de ses crises de métamorphose bien entendu), il passe son temps à déambuler dans les rues en regardant d’un air curieux et craintif les mœurs de l’être humain et ne commet pas de véritables mauvaises actions en soi.




Le parti pris de McNaughton est d’ailleurs intéressant car il utilise le point de vue de l’alien pour critiquer les torts de l’espèce humaine. Ici l’Homme semble bien plus hostile et dangereux que la créature de l’espace et cela nous est montré par le biais de quelques séquences bien senties, comme par exemple une bagarre entre voyous dans un bar qui se solde par la mort de quelques-uns uns tandis que notre créature, reflet de l’être humain, se contente de prendre un café avant de partir tranquillement, tout cela ne le touchant visiblement pas. A cela se rajoutent aussi les plans de ruelles remplies de clochards dormant à même le sol, le comportement de divers personnages quant à leurs semblables (l’ambulancier préférant draguer que de se soucier du sort du type qu’il a ramassé, la conductrice qui renverse notre extraterrestre et qui préfère ne pas aller avec lui à l’hôpital pour une question d’assurance…) ou bien tout simplement par l’aspect glauque du paysage urbain nocturne, remplie de loubards, prostituées et autres tueurs en libertés…



L’alien paraît bien pathétique et sa condition pourrait presque donner pitié, notamment lors d’un passage où il en vient à être prit sous l’aile d’un sympathique SDF (Antonio « Huggy-les-bons-tuyaux » Fargas !) qu’il se met à suivre et à imiter, un peu comme si on se trouvait subitement dans une œuvre humaniste. Des séquences surprenantes et fonctionnant somme toute assez bien… Toutefois malgré cette volonté de faire apparaître une certaine forme de critique sociale, il faut avouer que tout cela reste très léger et l’histoire demeure de la SF lorgnant vers le genre horrifique avant tout.



The Borrower et son principe d’appropriation du corps humain par une entité extraterrestre est loin d’être original et il faut dire que le film semble surtout inspiré de l’excellent Hidden de Jack Sholder, où une créature extraterrestre se glisse dans des corps humains pour les contrôler. Ici c’est à peu près pareil avec la différence que l'alien ne prend que les têtes, allant jusqu’à mélanger son comportement avec celui de la personne « installée » sur le corps. Ainsi les réactions ses réactions sont différentes en fonction de quand il possède tour à tour la tête d’un chasseur bouseux (très craintif et peu à l’aise), d’un clochard (le côté « simple d’esprit » s’empare de la créature qui se met à chantonner approximativement du Beethoven comme le faisait sa victime) ou d’un médecin (apparence soignée, sûr de lui), voir même – bien que trop brièvement – d’un chien hyper agressif !



Comme on le voit ça délire bien, mais le concept aurait pu être poussé plus loin (la tête du chien par exemple) et le petit budget du film entraîne un défaut assez flagrant: l’extraterrestre gagne également le corps de ses victimes après avoir récupéré leur tête. Ainsi après avoir prit la tête du clochard Noir, le corps de notre alien devient lui-aussi celui d’un Noir ! La carrure elle-même change en fonction des acteurs et on peut vraiment s’estimer heureux que chacun d’eux fait à peu près la même taille. Certes on pourrait toujours supposer que ce changement est dû au fait que l’extraterrestre retrouve son corps original entre chaque changement de tête et qu’il pourrait très bien y avoir une sorte d’assimilation de l’ADN pour expliquer ce phénomène, mais il ne faut pas se leurrer… Reste qu’au final ce « problème » est plutôt amusant et qu’il se rajoute à l’humour qui se dégage du film.



D’humour il en est nettement moins question dans « l’autre » partie du script, à savoir celle qui concerne les deux policiers qui traquent l’extraterrestre… Car il faut avouer que le scénario suit les errances de sa créature de l’espace à tel point qu’il ne semble pas y avoir de but à l’histoire, pas de véritable conclusion possible. On se retrouve alors avec en insert des séquences d’enquêtes de ces deux flics (l’un jouée par Rae Dawn Chong, fille du Chong de Cheech & Chong, l’autre par Don Gordon, fameux acteur de séries télévisées américaines qui apparaît pour l’une de ses toutes dernière fois à l’écran) plutôt inutiles et peu captivantes au regard des séquences liés à l’extraterrestre...



Le manque d’humour de cette partie provoque un sacré décalage avec le reste du film, surtout que tout cela semble avoir été rajouté pour gonfler le métrage, filmé platement et sans aucune conviction. Sans parler d’un Don Gordon sympathique à souhait mais honteusement sous-exploité. Le plus dommage dans cette histoire c’est qu’une trame secondaire, qui aurait pu permettre au film de décoller se retrouve ici complètement inutile (on y voit la femme flic être traquée un maniaque sexuel qu’elle regrette de ne pas avoir tué). Inintéressante, cette sous-intrigue est bien trop bancale, surtout au vu de l’acteur incarnant le maniaque en question, trop cabotin.



Là où une confrontation extraterrestre / tueur façon Henry aurait pu donner quelque chose d’original et de captivant, on se retrouve avec deux sections d’histoires n’ayant presque aucun rapport entre elles et qui ne sont réunifiées que bien trop brièvement à la toute fin de l’intrigue (car il apparaît bien évident que la tête de ce déviant personnage va finir par se retrouver sur le corps de notre extraterrestre). Un épilogue par ailleurs honteusement décevant car ne se terminant justement pas ! En effet, le métrage se recentre aux dernières minutes sur l’enquête de nos policiers, zappant complètement l’intrigue construite autour de l'alien perdu qui devient alors subitement une simple créature agressive qu’il convient naturellement d’abattre. On oublie l’aspect pathétique du personnage, tout comme l’idée de lier son comportement à celui de l’être humain (alors que plus tôt nous avions droit à des scènes assez intéressantes comme celle où, portant la tête de son ami SDF, l’extraterrestre regarder un ciel crépusculaire tandis que dans son esprit se mélangent diverses paroles entendues depuis le début de son calvaire, ce qui retranscrivait très bien son malaise et son impression d’être complètement perdu), l'épilogue présente tout bêtement un monstre invincible tuant tout ce qui bouge autour de lui sans véritable raison (très vaguement justifié par le port de la tête du maniaque) avant de se faire éliminer à son tour. Il se relève l’instant d’après et… Rien. Une fin ouverte tellement brutale et arrivant comme un cheveu sur la soupe que l’on se croirait dans le pilote d’une série télé n’ayant jamais vu le jour.




Quel dommage que le métrage se termine sur une aussi mauvaise note, car jusqu’ici le spectacle était nettement sympathique, servit par des acteurs impeccables (Antonio Fargas, bien loin de Starsky & Hutch et parfait en clodo sympathique, Tom Towles en extraterrestre mal dans sa peau et  complètement paumé, hilarant au possible mais sans tomber dans le cabotinage – ce qui relève de l’exploit au vu de son look et des situations dans lesquelles il se retrouve ! – ou encore Don Gordon dans un énième rôle de flic), de bons effets spéciaux gore par Kevin Yagher (quelques Freddy, un Vendredi 13 et un Hellraiser mais également… Hidden !), pas mal d’humour (le groupe de hard rock nommé The Screw Heads, les réactions de l’extraterrestre découvrant l’environnement humain) ainsi que la sympathique idée de livrer trois thèmes musicaux différents en fonction des trois têtes « principales » dont se revêt la créature (le chasseur, le clochard et le médecin) – chacun issu d’un compositeur différent.




The Borrower est donc très loin des qualité de Hidden et déçoit en raison de l’incohérente restructuration de l’histoire vers sa fin, ainsi que de sa conclusion (ou de son absence de conclusion plutôt), mais reste une petite série B très amusante et assurant le spectacle le temps d’une vision… A la rigueur, il pourrait très bien faire office de substitution au nullissime Hidden 2 !