mercredi 15 juin 2005

[Ciné] Batman Begins


Batman Begins 
(2005)
Cap Cinéma, Blois (41)


La Solitude du Buveur de Sang (The Silver Kiss)

LA SOLITUDE DU BUVEUR DE SANG
THE SILVER KISS
(1990)

The Silver Kiss est le tout premier roman d’Annette Curtis Klause, écrivaine qui aura mit dix ans avant de voir l’un de ses écrits être enfin publié. Critique au School Library Journal et directrice d’une grande bibliothèque, elle officie dans la littérature pour la Jeunesse et c’est là que se classe The Silver Kiss, qui est cependant bien plus adulte qu’il ne le paraît. Un premier essai très concluant pour l'auteure, qui gagne par ailleurs plusieurs récompenses pour ce seul ouvrage.

Il y est question de la jeune Zoé, adolescente de dix-sept ans, véritablement mal dans sa peau. Et pour cause, sa vie devient un véritable enfer: sa mère se meurt d’un cancer, son père l’oublie complètement car submergé par le chagrin et le travail, et sa meilleure amie est sur le point de déménager très loin. La pauvre ne sait plus du tout quoi faire et commence sérieusement à sécher les cours. Dans un moment d’errance, elle croise un étrange jeune homme aux cheveux d’argent, Simon, qu’elle va finir par revoir de plus en plus souvent. Ce qu’elle ne sait pas encore c’est que Simon est un vampire âgé de plus de 300 ans et que sa présence n’est pas sans avoir un rapport avec la vague de meurtres qui secoue la ville…

Alors qu’avec un pitch pareil on aurait pu s’attendre à une basique histoire d’amour entre le vampire et la jeune fille, avec un happy-end à la clé, The Silver Kiss surprend par son ton très adulte et très sombre, pour ne pas dire complètement dépressif. Le livre est divisé en plusieurs « chapitre » portant le nom de ses deux personnages principaux en fonction du quel la narration accompagne, et on constate que l’auteure se penche tout d’abord beaucoup plus sur Zoé, adolescente grandement perturbée, que sur Simon, qui reste assez énigmatique et en retrait pendant un bon moment.

Se focalisant sur la jeune fille, Klause instaure le ton du livre: tout fout le camp. Sa vie se détériore de telle façon qu’il n’y a bientôt plus aucun repère pour elle et une ambiance proche du désespoir total englobe alors toute l’œuvre pour ne plus la lâcher. Dès le début, on se rend compte qu’on ne va pas s’amuser, que l’humour n’a pas sa place et que le sujet est loin d’être celui d’un livre pour la Jeunesse tant les questions et les peurs de Zoé ont une place importante dans l’histoire. Nous apprenons tout d’abord que sa mère est atteinte d’un cancer depuis longtemps déjà et qu’il ne reste plus vraiment de chance de rémission. On perçoit alors les frustrations et les colères d’une pauvre jeune fille tenue à l’écart, traitée comme une enfant qui n’aurait pas la force de traverser cette épreuve et que l’on gave d’illusions, alors qu’elle-même semble bien plus mature et réaliste que son père. Un paternel par ailleurs complètement absent, passant son temps à s’oublier dans le travail et à aller voir sa femme, délaissant son enfant. Malgré toute la gentillesse dont il peut faire preuve cependant, son comportement empoisonne de plus en plus la pauvre Zoé qui ne peut même pas lui faire part de ses doutes et de son besoin de parler. Enfin sa meilleure amie, la seule qui lui permettait de s’évader un peu de cette vie infernale, est sur le point de déménager. De plus celle-ci ne semble jamais vouloir aborder le sujet de la maladie de la mère de Zoé, ce qui peine grandement l'adolescente qui, du coup, n’a personne avec qui en parler.

Le besoin de se confier se fait grandement ressentir et la pauvre adolescente, complètement perdue, commence à se croire (à tort, bien sûr) responsable de certaines réactions des autres envers elle. C’est dire toute la compassion que l’on peut ressentir pour l'héroïne tant l’impression d’injustice est grande, d’autant que rien ne laisse présager un avenir meilleur, même avec ce qui pourrait suivre (introduction de l’élément fantastique, à savoir le vampire).

Simon quant à lui semble tout droit tiré d’un livre de Anne Rice. Grand fan de hard-rock (à la manière de Lestat) et saignant des rats dans des ruelles désertes (tel Louis dans Entretien avec un Vampire), sa condition d’immortel n’offre visiblement pas de perspective très réjouissante. Obligé de fuir le soleil, sous peine de brûler, et de dormir dans une petite valise remplie de terre de son pays natale, sans laquelle il ne pourrait jamais se reposer, il peut se transformer en brume mais avec le risque de perdre sa faculté de penser (puisque divisant ses molécules qui menacent alors de trop se disperser) et donc de retrouver sa véritable forme, pouvant aussi bien être emporté par le vent. Le vampire est victime d’une non-vie de solitude et de douleurs malgré sa force surhumaine et son pouvoir lui permettant de charmer les humains pour les attirer à lui…

Par le biais de ces deux personnages, on voit que ce n’est pas le vampirisme le sujet principal du livre mais le thème de la Mort elle-même. Zoé, perdue, n’attend plus rien de la vie et souhaite même être à la place de sa mère qu’elle trouve infiniment supérieure à elle. Simon, bien qu’éternel, ne tire aucun plaisir de son état et n’existe que pour une seule chose: la vengeance. L’un comme l’autre n’attendent finalement que la mort afin d’être délivrés de leurs tourments et si de leur rencontre  va naître une certaine fascination réciproque, ainsi qu’une attirance mutuelle, en aucun cas il ne s’agit d’une romance. The Silver Kiss prend complètement à contre-pied le cliché de l’histoire à l’eau de rose où l’Amour triomphe de tout, et les deux protagonistes sont bien trop obsédés par leurs problèmes pour porter une réelle attention à leurs sentiments.

Cependant, en raison d’une attirance physique dû aux pouvoirs de séduction et de magnétisme du vampire (bien que la question d’acte sexuel ne soit nullement présente), tout deux en viennent à se revoir fréquemment et leur complicité, pour ne pas dire leur amitié, va les aider chacun à leur façon. Non pas au point de résoudre leurs problèmes, loin de là, mais à devenir plus fort et à prendre les décisions qui s’imposent pour aller de l’avant. Simon parviendra à se venger avec l’aide de Zoé, ayant enfin affronté sa solitude, lui qui n’avait plus eu de contact humain depuis sa vampirisation au XVIIème siècle. Quant à l'adolescente, l’aventure qu’elle va vire avec Simon va lui redonner vitalité et force de caractère, lui permettant de dépasser son état d’âme morbide et les sombres pensées qui auraient pu la mener au suicide. Mais là encore, rien de véritablement heureux. L’ambiance dépressive reste présente: Simon s’étant vengé, plus rien ne le retient alors et il prendra la décision difficile mais pourtant logique d’en finir avec sa condition de damné, dans une scène très touchante où les sentiments opposés des deux personnages (Simon, heureux, Zoé, triste et troublée) sont palpables et aussi forts pour l’un comme pour l’autre. S’en dégage une atmosphère très particulière, à la fois empreinte de tristesse et de délivrance. Le thème du récit atteint son apogée et il s’agit là de la preuve irréfutable que The Silver Kiss est un livre adulte. Zoé, justement, devient une adulte au terme de cette scène, trouvant en elle la force de continuer à vivre malgré les dures épreuves, même si tout cela ne se fait pas sans douleur: la visite chez sa mère qui, quelque part, semble être la toute dernière et la disparition successive de Simon et de sa meilleure amie, la laissant complètement seule lors d’une conclusion qui n’amène qu’à une question: « Et après ? ».


Un traitement surprenant pour une œuvre supposée être destinée à un jeune public, qui est de plus accompagné de passages assez osés comme la présence de cet autre vampire, bien différent de Simon car piégé dans un corps d’enfant (là encore on pense à Entretien avec un Vampire), ou la sauvagerie parfois surprenante de ces créatures de la nuit (l’un ira frapper d’un coup de pied méprisant le sein d’une de ses  victimes, soulignant d’autant plus sa frustration sexuelle de par sa nature), ainsi que le très léger érotisme, indissociable au vampirisme, à travers les pensées et paroles de Simon et son ennemi.

Des vampires, on remarque que leur mythologie n’est ici pas des plus approfondit, s'inspirant des visions les plus classiques: on apprend qu’ils peuvent devenir brume en se décomposant mais ce procédé est risqué, qu’ils ne peuvent pas entrer dans un lieu sans y avoir été invité, qu’ils doivent dormir dans la terre de leur pays natale sous peine de ne pas réussir à se reposer et qu’ils craignent plus ou moins les pieux dans le cœur même s’il faut encore réduire le corps en cendres et les éparpiller pour s’assurer de leur mort. On note évidemment une grosse reprise des thèmes de Anne Rice (un vampire semblable à la petite Claudia d’Entretien avec un Vampire, Simon qui, de jeune noble anglais devient un amateur de hard-rock en blouson noir à l’instar de Lestat). Rien de gênant dans l’absolue mais on aurait préféré un brin d’originalité de la part de l’auteure. Pour sa défense, celle-ci n’avait jusqu’ici jamais encore explorée le mythe du vampire à la seule exception d’un vieux poème qu’elle avait composée et dont elle s’est inspirée pour écrire ce récit (quel dommage de ne pas l’avoir inclus dans le livre).

The Silver Kiss, par son ambiance si particulière, n’a donc rien du roman de Jeunesse pour lequel on tente de le faire passer et témoigne d’une grande maîtrise de l’écriture malgré quelques défauts. A lire !

La Solitude du Buveur de Sang
The Silver Kiss (USA, 1990)
Écrit par: Annette Curtis Klause


dimanche 12 juin 2005

La Mort Visqueuse – 2 (Breeding Ground)

LA MORT VISQUEUSE – 2
BREEDING GROUND
(1985)

La Mort Visqueuse, premier roman de l’écrivain britannique Shaun Hutson, fut l’un de ses plus grand succès et demeure son livre le plus connu. Un best-seller va même faire l’objet d’une adaptation cinématographique quelques années plus tard et auquel l’écrivain se décide à donner une séquelle: Breeding Ground. L’idée est de reprendre la recette gagnante du premier opus mais de voir plus grand, Hutson reprenant la trame de son livre qu’il transpose alors au cœur de Londres.

A la fin de La Mort Visqueuse, l’auteur laissait planer le doute quant à l’éradication totale des limaces. Si nous n’apprendrons jamais ce qu’il en est (il n’y a aucune référence à l’histoire précédente), le prologue de cette suite nous montre cette nouvelle invasion commencer par l’arrivée d’un marchant de campagne au marché, pour vendre ses salades. Des salades qui proviennent donc très probablement de la petite ville du roman original puisqu’elles cachent des œufs de limaces mutantes qu’un clochard imprudent a vite fait d’ingérer. Attaqué de l’intérieur, il trouve la mort dans des toilettes publiques, permettant alors aux gastéropodes devenus grands de gagner les égouts. Peu de temps après, un jeune médecin est appelé pour un cas assez spécial: sa patiente voit des verrues purulentes lui pousser subitement sur le corps…

L’année précédente, James Herbert livre L’Empire des Rats, dernier volet de sa trilogie (d’alors) qui prend cette fois des proportions épiques puisque l’action se situe au cœur d’un Londres dévasté par un bombardement nucléaire. Un livre qui poursuit le principe de ses prédécesseurs mais sur une plus grande échelle. C’est avec la même logique que Hutson donne plus d’ambition à son histoire et qu’il choisit Londres comme lieu d’action, déclenchant l’état d’alerte après quelques agressions. Cette fois les limaces ne se contentent pas de dévorer les humains et possèdent une nouvelle propriété très dangereuse. On se souvient de leur sécrétion toxique qui pouvait donner la rage à une enfant de bas âge dans le premier livre ; l’idée est ici reprise et combinée avec l’attaque des parasites sanguins qui était un autre grand moment de La Mort Visqueuse.

Désormais la bave des mollusques, contaminant quiconque par simple contact, injecte lesdits parasites dans l’organisme des victimes, formant des kystes dans le cerveau. Les contaminés voient alors de nombreux abcès et pustules remplis de pus les recouvrir avant que les parasites ne viennent s’établir dans le cerveau pour donner naissance à de nouvelles limaces ! Cette douloureuse mutation finie par faire perdre la raison aux victimes qui sont alors assaillit de pulsions meurtrières. Une combinaison des divers supplices aperçus dans l’opus précédent en somme, ce qui permet à l’auteur d’offrir de nombreux passages extrêmement sanglant.



Les attaques, si elles ne sont pas particulièrement inventives lorsqu’elles mettent en scène les limaces, n’en reste pas moins des plus brutales et les meurtres commis par les êtres contaminés, s’ils rappellent le Fog de James Herbert, apportent une touche de suspense bienvenue. A ce  titre, la scène du jeune enfant infecté marchant jusqu’à la chambre de ses parents endormis, ou celle de l’épouse qui découpe son rôtie, sont très efficaces.

Après une première partie fonctionnant sur le même principe que La Mort Visqueuse première du nom, le roman s’oriente du côté du récit catastrophe avec évacuation des villes, activités militaires et réunions des autorités pour trouver une solution au double problème. Une très bonne idée d’ailleurs qu’est le plan choisi pour stopper les limaces, celles-ci voyant les forces de l’ordre être obligées de contaminer, et donc mettre à mort, certaines de leurs troupes pour attirer les créatures !



Mais si cette nouvelle Mort Visqueuse est efficace, elle manque cependant d’un brin d’originalité tant vis-à-vis de son prédécesseur que des livres de James Herbert. Trop peut-être et ce n’est finalement que grâce a ses excès de violence que le récit intéresse. On pourrait par exemple mentionner la trop grande légèreté de la romance entre le médecin, personnage principal de l’intrigue, et une jeune femme qui apparaît finalement assez en retrait dans l’histoire (un défaut peut-être dû à l’édition française de Fleuve Noir, la collection Gore tronquant régulièrement les œuvres publiées pour les faire correspondre à une limitation imposées du volume des livres).

Quelques années plus tard, le réalisateur Juan Piquer Simon, ayant déjà adapté La Mort Visqueuse en film, va envisager de faire de même avec Breeding Ground, mais le projet n’aboutira pas.


La Mort Visqueuse – 2
Breeding Ground (Grande-Bretagne, 1985)
Écrit par: Shaun Hutson


dimanche 5 juin 2005

La Citadelle du Vertige


LA CITADELLE DU VERTIGE
(1990)

Alain Grousset, technicien à France Télécom (!), est un passionné de science-fiction habitant dans un manoir où sont entreposées des tonnes de livres (au sens propre). A l’origine d’un fanzine (Fantascienza) et critique littéraire (chez Lire particulièrement), il aura écrit plusieurs nouvelles tant pour la littérature Jeunesse (Okapi) ou adulte (Fluide Glacial). La Citadelle du Vertige constitue son premier roman et une heureuse expérience puisqu’il a raflé le Grand Prix du Ministère de la Jeunesse et des Sports en 1990, devenant par l’occasion un best-seller.

L’histoire de La Citadelle… se déroule dans une époque médiévale typiquement européenne et à pour cadre un étrange bâtiment: une immense cathédrale qui s’élève par-delà les nuages et dont la construction n’a de cesse depuis des générations. Ce gigantesque édifice abrite, au sein de son dernier étage en date, toute une population cohabitant dans ce qu’ils nomment leur « village ». Les deux étages en-dessous sont réservés au Seigneur et à son personnel privé, que l’on ne voit que très rarement, quant aux autres ils sont tout simplement déserts et interdit d’accès. En effet, il est dit que la Terre appartient désormais au Diable et que les Ténèbres y règnent. Personne n’a le droit de redescendre et aucun ne s’y tente, chacun travaillant d’arrache-pied pour parvenir au même et unique but: aller toujours plus haut afin de rencontrer Dieu.


Le roman nous décrit un monde pittoresque où les humains cherchent à tout prix à se rapprocher de la Lumière Divine qu’ils voient dans le ciel, ce dernier n’étant pour eux qu’un couvercle qu’il faut dépasser (les étoiles ou le soleil étant des « trous » par lesquels filtre la dite Lumière). Tout en découvrant la façon de vivre de ce peuple, subsistant grâce aux mystérieux Servites, nous faisons connaissance du jeune Symon, fils du maître du chantier. Celui-ci ne vivant jusqu’alors que pour devenir artiste, en devenant tailleur de pierres, et pour son amour de la jeune Bertrade, commence à montrer des signes d’instabilité. Symon se pose de plus en plus de question au sujet de la Cathédrale et la perspective d’y rester cloîtré pour le restant de ses jours n’est pas pour le réjouir. S’il continu de vivre sa vie dans un premier temps, la mort mystérieuse de son père fait rejaillir ses incertitudes. Pour lui, son père a été tué car il savait quelque chose. Il décide alors de redescendre chaque étage de la Cathédrale dans le but de retourner sur Terre et d'y trouver des réponses…

Probablement parce que pensé comme un livre destiné à un jeune public, La Citadelle… se voit être extrêmement condensé. Quelques pages, peu de lecture, et c’est là le véritable défaut de l’œuvre. Car si le roman, qui pour le coup se rapproche plus d’une novella, est très rapide à lire, son histoire, elle, met un sacré bout de temps avant de commencer. En fait c’est bien simple, sur les quatre parties qui constituent le récit, le sujet principal (la longue descente de la Cathédrale par Symon) ne se déroule que dans la toute dernière !

Dommage car l’intrigue ne manquait pas d’intérêt, d’autant plus que l’auteur retravaille le principe de la célèbre Tour de Babel et se laisse aller à poser un jugement sur la Religion et plus précisément sur l’Église, manipulatrice d’esprits. Hélas cela ne va pas très loin et malgré les plaisantes révélations finales (quoique prévisibles) et un épilogue intéressant, le reste du livre se borne à décrire le quotidiens des villageois dans la Cathédrale. Non pas que cela soit inintéressant, bien au contraire: l’atmosphère moyenâgeuse y est même très bien restituée. Seulement on ne peut s’empêcher d’être déçu par la lenteur de la progression de l’histoire, surtout que l’écrivain attise la curiosité avec l’existence de ces invisibles Servites que l’on nous décrit comme une peuplade de damnés devenus sourds et muets après avoir refusé de participer à la construction de la Tours, alors marqués par le Diable, et condamné à remonter de la Terre vivres et matières premières, ou encore par le mystère qui entour le Seigneur et ses suivants, personnages irradiant de beauté et de magnificence tel des divinités, qui auraient été temporairement rendu immortels par Dieu lui-même…

Toutefois on ne peut pas vraiment reprocher à l’œuvre de ne pas approfondir pleinement son sujet car il s’agit avant tout d’un livre pour jeunes lecteurs, et non pour un public pouvant se plonger sans difficulté dans des histoires plus longues et plus complexes. Cependant il est à noter la violence assez corsée de certaines séquences, à savoir un combat contre des chiens où le personnage principal se met à régresser vers un état bestial pour survivre, puis lors d’une lutte brutale s’achevant sur une mise à mort froide et calculée, dictée par la vengeance. La Citadelle du Vertige: un roman Jeunesse, mais pas infantile !



Petit récit entre la Fantasy et la science-fiction se déroulant dans un univers réaliste (le moyen-âge), La Citadelle… est un roman très court et assez statique mais qui possède toutefois une intrigue intéressante et une atmosphère très réussie. Le livre se laisse même très bien suivre par un public plus âgé que celui ciblé, car ne tombant jamais dans le piège de la naïveté et parvenant à surprendre dans sa conclusion, par la tournure que prennent les évènements. Reste qu’en raison de son petit volume on a parfois plus l’impression d’assister à l’introduction d’une plus grande histoire que celle qui nous est donnée.

L’ouvrage est parsemé d’illustrations de Manchu, dessinateur spécialisé dans la SF spatiale et entre autre responsable du design des personnages de Ulysse 31 et de la série Il Était une Fois… L’Espace. Des dessins accompagnant agréablement l’ouvrage et qui n’empiètent aucunement sur l’histoire.


La Citadelle du Vertige (France, 1990)
Écrit par: Alain Grousset

mercredi 1 juin 2005

House III (The Horror Show)


HOUSE III
THE HORROR SHOW
(1989)

Nouveau volet de la franchise des maisons hantées selon Sean S. Cunningham (toujours au poste de producteur), ce House III prend une direction bien différente du fantastique délirante des deux premiers opus, et pour cause. A la base le film se nomme tout simplement The Horror Show et n’a absolument aucun rapport avec la série…


L’histoire nous montre l’arrestation d’un tueur sadique, Max Jenke, dit « Meat Cleaver Max » (Max le Hachoir) en raison de son arme de prédilection. Arrêté par l'inspecteur Lucas, il est condamné à la chaise électrique. Lucas de son côté essai d’oublier les cauchemars qui le poursuivent depuis cette fameuse arrestation, et va assister à la mise à mort du meurtrier. Seulement Jenke résiste aux décharges électriques et met longtemps avant de mourir, allant jusqu’à prévenir Lucas que rien n’est fini et qu’il va détruire sa vie. Quelques instants plus tard, un parapsychologue est témoin de la résurrection de Jenke dont le spectre (muni d’un hachoir fantomatique !) s’échappe de son enveloppe charnelle pour finalement trouver refuge dans la chaudière de la maison du policier…

 
A partir de là l’histoire embraye sur la progressive « folie » de Lucas, assaillit de visions horrifiques et dont le comportement commence sérieusement à faire peur à sa petite famille… Fini le fantastique rigolo et les monstres bien kitch, ce House III, malgré quelques touches d’humour (comme l’apparition du tueur dans un one-man show à la télévision), fait surtout dans l’horreur pure et le gore. Le film débute par exemple sur tout une première séquence nous montrant l’arrestation du tueur: têtes coupées, membres tranchés ou passés au broyeur à viande, ambiance glauque et sale, pas de blagues ou de second degré… Nous ne sommes pas loin du thriller glauque à la Seven.

 
Pourquoi une telle différence de ton avec les autres House ? Simple, il ne s’agit pas d’un véritable House III mais, comme dit précédemment, d’un film nommé The Horror Show. Pas d’histoire de maison hantée à proprement parler mais d’un tueur ayant acquis des pouvoirs surnaturels après sa mort. Désormais intouchable dans le monde réel, il peut manipuler la réalité afin de provoquer des hallucinations ou bien pour apparaître lui-même physiquement afin de poursuivre ses meurtres, lorsqu’il ne fait pas carrément fusionner le rêve et le réel. Ainsi les blessures reçues lors d’un cauchemar sont toujours présentes au réveil et, dans la dernière partie du film, on ne sait plus bien si l’on se trouve dans une hallucination ayant prit vie ou s’il y a eu fusion entre l’imaginaire et la réalité (les morts côtoient les vivants et des lieux différents se retrouvent connectés entre eux).

 
Alors tout cela ne ferait-il pas penser à l’un des croque-mitaines les plus célèbres de l’histoire du cinéma ? Un certain tueur vivant au pays des rêves et massacrant les adolescents à travers leurs cauchemars ? Il est en effet plus qu’évident que le script de ce faux House III reprend les éléments des films de Freddy Krueger… Les exemples sont nombreux: un tueur scarifié (mais on se limite ici à une balafre) et possédant son arme préférée (un hachoir plutôt que les griffes), exécuté et brûlé (la chaise électrique plutôt qu’une vengeance par le feu), qui peut entrer dans les rêves et y blesser ses victimes mais également se matérialiser subitement. On retrouve aussi des lieux connus de la série du grand brûlé d’Elm Street, comme la chaudière de la maison ou encore l’usine à chaufferie, sans parler de la présence d’une petite fille blonde fredonnante qui n’est pas sans faire écho aux gamines à la corde à sauter récitant la fameuse comptine « One, two, Freddy’s coming for you… ». Et en poussant un peu on pourrait même trouver une certaine ressemblance entre les personnages de flics de Lance Henriksen (pour ce House III) et de John Saxon (pour Les Griffes de la Nuit).

 
Si en plus on rajoute à cela l’existence d’une accroche pas piqué des hannetons (« You’ll wish you were back on Elm Street ») ainsi que le fait que Cunningham, producteur du film, fut également celui du premier film de Wes Craven (La Dernière Maison sur la Gauche) et qu’il a réalisé une scène des Griffes de la Nuit (non crédité au générique), il apparaît plus qu’évident que tout cela n’est pas innocent… Il faut dire
aussi que Cunningham a commis le premier volet de la grande série des Vendredi 13, alors tout aussi célèbre que celle des Freddy, et il est amusant de noter que l’année précédent ce House III, le septième Vendredi 13 venant de sortir devait en fait être l’épisode marquant le fameux crossover Freddy vs. Jason, avant qu’un désaccord n’annule le projet !

 
Bien que produit par une autre compagnie, on peut quand même se demander quelle étrange affaire se trame derrière la création de ce film, d’autant que l’histoire ne s’arrête pas là. En effet The Horror Show ressemble de façon trop flagrante pour que cela soit une coïncidence à un autre film de Wes Craven, à savoir Shocker… Réalisé par le créateur de Freddy, l’œuvre possède une trame similaire en tout aspect. Il est fait état de l’arrestation de Horace Pinker, tueur redoutable qui fini sur la chaise électrique mais qui utilise la magie noire et l’électricité pour revenir d’entre les morts afin de perpétuer ses crimes...

 
Autant The Horror Show peut être considéré comme une reprise des Griffes de la Nuit tant les éléments s’en rapprochent, autant il n’y a pas de doute possible quant à un repompage flagrant lorsque l’on compare le film avec Shocker... Dans les deux cas le film débute sur une connexion entre leur tueur et le héros par le biais de rêves, dans les deux cas le tueur est arrêté et envoyé à la chaise électrique avant de ressusciter (Pinker par le biais de magie, Jenke s’étant carrément habitué à s’envoyer des décharges de plus en plus fortes comme on le ferait avec du poison, pour s’habituer à l’électricité et s’en servir pour accéder à une autre forme de réalité !), et dans les deux cas l'assassin ne cesse de tourmenter le responsable de son arrestation. Évidemment l’approche est parfois différente (The Horror Show reste sur son délire réalité / hallucination tandis que Shocker mélange le fantastique et les fantômes avec la science-fiction, via son tueur électrique capable de se téléporter ou d’entrer différentes chaines de télévision) et le ton général n’a rien à voir (The Horror Show reste très sérieux dans ses grandes lignes alors que Shocker fait preuve d’un humour par ailleurs très mal venu notamment dans un final complètement casse-gueule), mais il semble clair que l’un à bien copié sur l’autre.

 
Étant donné que Craven a créé Freddy et reprend le thème des rêves (comme dans beaucoup de ses films), on serait tenté d’attribuer la mauvaise action à The Horror Show, celui-ci changeant carrément de titre comme s’il ne s’assumait pas. Cependant il faut noter que c’est celui-ci qui fut le premier à sortir, et même six mois avant le film de Wes Craven. Ce dernier aurait-il alors repris l’idée du scénario d’un film inspiré de son précédent succès ? Tout cela reste très flou et pour couronner le tout, The Horror Show voit l’un de ses scénaristes, David Blyth, se réfugier derrière le fameux pseudonyme Alan Smithee. Quant on sait qu’il fut même viré du poste de réalisateur après deux ou trois jours de tournage, il y a franchement de quoi se poser pas mal de question...

 
Et avec tout ça, pourquoi le film s’est vu entrer dans la série des House ? Et bien en fait c’est Cunningham lui-même qui décida de retitrer le film pour son exportation commerciale dans le reste du monde, afin d’assurer une meilleure vente sans doute. Reste que malgré tout on peut trouver un ou deux éléments le rapprochant de la franchise (la maison abritant un fantôme revanchard, les créatures grotesques et les autres lieux / dimensions...) et c’est en raison de l’existence de ce titre que le véritable prochain film de la série se nomme House IV (alors qu’il s’agit du véritable House III donc).


La conception de House III c’est un véritable foutoir dans lequel il est très difficile de s’y retrouver, et dont on se moque un peu au final. Qu’en est-il du film lui-même ? Et bien même si le budget n’est pas faramineux et qu’il reste un esprit très daté eighties par moment (comme le passage où le fils se met à faire gratuitement du playback sur du vieux Heavy Metal dans sa chambre, ce qui n’est pas sans rappeler une scène presque similaire dans... La Revanche de Freddy !), il faut avouer que cette série B est très plaisante ! En tout cas bien supérieur à Shocker...


 
Le film cumule plusieurs défauts, notamment une réalisation très plate qui donne à l’ensemble un côté téléfilm plutôt dérangeant, sans parler d’un générique de début bien perturbant (un film de famille lors d’un barbecue) et d’une fin au happy-end plus qu’exagéré (on fait survivre toute la petite famille, y compris le chat !). Mais, Ô surprise, alors que l’on s’attend à des meurtres hors-champs – ce qui est quand même un peu le cas – ce House III se révèle être sympathiquement gore et recèle de quelques passages chocs, comme l’apparition du visage du tueur dans le ventre de la fille enceinte de Lucas (Deedee Pfeiffer, la sœur de Michelle), la transformation d’une dinde rôtie en créature farfelue mais cauchemardesque ou encore ces jambes humaines dépassant d’un immense broyeur à viande encore en route... A cela se rajoute des petits plaisirs comme la présence du grand Lance Henriksen dans le rôle du policier, et du regretté Brion James (inoubliable « gueule » du cinéma) dans celui du tueur, reprenant par ailleurs son rire si particulier qu’il utilisait déjà dans Mort sur le Grill de Sam Raimi. Leur présence est évidemment un « plus » tirant le film vers le haut, de même que les excellents effets spéciaux des gars de KNB.


La musique est toujours assurée par le prolifique Harry Manfredini, abonné aux productions de Cunningham. S’il livre ici un piètre score peu inspiré, il pose quand même sa patte en composant une très belle mélodie au ton onirique lors d’un passage – heureusement – muet, conférant à la scène une atmosphère angoissante bienvenue. Et pour continuer avec les abonnés, il est presque évident que l’on y retrouve le cascadeur Kane Hodder au générique.


Plat, impersonnel et parfois très maladroit tant artistiquement que techniquement
on relève pas mal d’erreurs apparentes, notamment lors de la mort de l’équipier de Lance Henriksen (Terry Alexander, vu peu de temps auparavant dans Le Jour des Morts-Vivants), censé être démembré mais dont on peut apercevoir les mains cachées dans son dos au moment où, pendu à une chaîne, il pivote sur lui-même House III avait toutes les chances d’être un produit bas de gamme tout juste bon pour une soirée nanar, mais la présence des deux acteurs principaux (qui se retrouveront brièvement en 1995 dans le très sympa Bad Company de Victor Salva) et les bons effets spéciaux le rendent très sympathique et agréable à regarder malgré tout.


En bref beaucoup de défauts et peu de qualités en contrepartie, mais celles-ci sont des valeurs sûres ! On peut vraiment dire que le film revient de loin...