dimanche 27 février 2005

BloodSpell – Quelques Repérages

Voici les premières photos de repérages pour BloodSpell. Pas mal de clichés on été ratés en raison d'un éclairage défaillant , et je dois sincèrement remercier notre Rabou national pour m'avoir tenu compagnie dans le froid et la solitude...

Tout d'abord voici les photos de l'entrepôt pour la scène de départ avec l'affrontement entre les trafiquants et le groupe de bad guys.



L'endroit est sur Vineuil, mais les portes étaient malheureusement fermés. Je peux toutefois garantir qu'il s'agit d'un emplacement parfait, avec parking pour la voiture, portes coulissantes, graffiti sur les murs et intérieur bien dégueu. Le pied.

Ensuite une petite place sympathique pour les scènes extérieur. Il faudra que je la reprenne en photo sous un meilleur angle.



Bon, c'est pas Rabou qu'il faut regarder mais l'endroit en lui même, plutôt jolie. Blois possède donc quelques lieux sympathique qui colle à l'ambiance un peu gothique du personnage de la vampire. J'ai pris quelques clichés, mais là encore il en manque pas mal...

Rabou, toujours sur le coup... J'aime bien cette mascotte, pas vous ?

J'aime bien l'architecture du coin, faudra qu'on fasse les plans en conséquence.

Avec un meilleur éclairage, ce passage avec la Cathédrale au loin est vraiment sympa.


Un des centaines d'escaliers "à la L'Exorciste" de Friedkin. Sur le moment je me suis même demandé si je n'allais pas mettre "Turbular Bells" à chaque fois qu'on en verrait un dans le film...

Enfin, voici quelques photos de la Basilique de Blois. Je n'aime pas les églises en général mais l'aspect de "grandeur" qui s'en dégage est vraiment sympa et il faudra absolument l'utiliser.



Ci-dessous j'ai tenté de prendre les portes de la
Basilique, mais j'ai raté mon cadrage et les colonnes sculptés qu'il y avait avec...


C'est tout pour le moment, mais dès qu'il fait moins froid je prends les autres lieux en ville, et quelques endroits en forêt que j'ai repéré également.

A la prochaine !


vendredi 25 février 2005

Rawhead Rex, le Monstre de la Lande (Rawhead Rex)


RAWHEAD REX, LE MONSTRE DE LA LANDE
RAWHEAD REX
(1986)

Suite au catastrophique Transmutations, on aurait pu croire que l’association Clive Baker / George Pavlou se serait arrêtée là. Contre toute attente les deux hommes rempilent l’année suivante pour commettre Rawhead Rex, d’après l’une des nouvelles du troisième des Livre de Sang de l’écrivain. S’il parait difficile de faire pire que l’adaptation précédente, force est de constater que Rawhead Rex est peut-être encore plus mauvais que son prédécesseur...


Clive Barker ne cache pas sa colère quant au premier film de Pavlou, en voyant son œuvre complètement bafouée, mais là encore il demeure au poste de simple scénariste. Son intrigue raconte le réveil d’une créature ancestrale, le Rawhead Rex. Monstre guerrier sanguinaire d’une époque barbare révolue, il terrorise une petite bourgade irlandaise du XXème siècle… Rien de bien innovant, mais une histoire de monstre est toujours plaisante et Rawhead Rex aurait pu être une petite série B divertissante à défaut d’être ambitieuse.


L’histoire est celle d’un photographe, Howard, parti en Irlande avec sa famille afin de préparer un livre sur les sites religieux du pays. Durant ses recherches il découvre une petite église chrétienne possédant un vitrail très étrange, émettant une mystérieuse lumière rouge… Au même moment, un paysan tente de déloger de son champ un gigantesque et antique menhir fiché dans le sol. Celui-ci garde en fait prisonnier le Rawhead Rex, un ancien roi barbare qui fini par s’échapper. De retour sur ses terres, le monstre se met à saccager la région et cause la mort de plusieurs personnes. Alors que l’enquête de la police piétine, Howard aperçoit une nuit la créature et va prévenir les Autorités, mais bien entendu il n'est pas prit au sérieux. Le photographe décide de fuir le pays, malheureusement sa petite famille va être victime du Rawhead Rex…


Hélas c’était sans compter l’absence de talent de George Pavlou qui encore une fois détruit tout le potentiel du script de Barker. Loin de Transmutations et de son ambiance hallucinante et incohérente, Rawhead Rex possède une trame simple qui n’est pas du tout mise en valeur par un rythme lent. Le film, peu aidé par un budget qui ne devait pas être énorme, donne une impression d’inertie, se perdant en dialogues et en personnages pas vraiment intéressants (l’enquête qui ne progresse pas, la vie de famille du personnage principal…).


Lénifiant au possible le film ne peut alors que compter sur ses séquences horrifiques pour éveiller l’intérêt du spectateur, et pourtant là encore il y a un problème. Déjà, le monstre en lui-même: dévoilé intégralement dès son réveil et à chacune de ses apparitions, il possède certes une taille et une carrure impressionnantes qui donnent un très bon effet lorsqu’on le voit de loin, malheureusement Pavlou choisi de multiplier les gros plans sur son visage caoutchouteux au possible, n’hésitant pas à insister sur son strabisme convergeant, ce qui provoque alors le contraire de l’effet voulu. Le Rawhead Rex n’est pas ce monstre sanguinaire promis, mais un type en costume possédant un faciès des plus ridicule.


Peu aidé par son look risible (une seconde bouche façon Alien !) que l’on doit au même responsable des maquillages sur Transmutations, la créature n’a pas non plus un rôle très gratifiant. Supposé être un ancien Roi barbare et sauvage, il n’est en fait qu’un espèce de colosse qui halète comme un chien et qui attrape ses victimes comme s’il allait leur faire des prises de catch. Il possède aussi un intéressant talent hypnotique pour faire des humains ses serviteurs, mais le celui-ci passe par un gros plan sur ses yeux qui clignotent ! Grotesque.


Rawhead Rex possède quand même de petites séquences involontairement amusantes comme lorsque le prêtre, vendu à la cause du monstre, se laisse uriner dessus en guise de baptême (séquence filmé de loin pour ne pas choquer), quand l’évêque agressé réussi à appeler la police et se voit demander la provenance de son appel, ou encore ce final incroyable servi par des effets spéciaux des plus ratés: c’est sous un déluge d’éclaires et de rayons bleutés mal dessinés à l’écran, avec une silhouette féminine vêtue d’une toge apparaissant en transparence, que le monstre est expédié sous terre… George Pavlou se laisse carrément aller à la facilité parfois, comme lorsqu’il dénude la poitrine d’une femme de manière parfaitement gratuite lors d’une attaque du monstre ! C’est bien Clive Barker qui va être déçu, tant il a toujours tenu à éviter ce cliché à travers ses œuvres et les adaptations de celles-ci !


Tradition oblige (?), le « Mal » représenté par le Rawhead Rex doit être contré par le Bien. La mythologie développée s’emporte dans un grand n’importe quoi: notre monstre, censé demeurer sur les terres irlandaises depuis bien avant l’arrivée de la chrétienté, aurait pourtant été battu par les forces de Dieu avant de se faire assimiler au Diable. Le seul moyen de le contrer est alors d’utiliser une antique idole (pourtant n’ayant aucun rapport avec la religion chrétienne et se rapprochant plus des croyances celtes) afin de le renvoyer sous terre (parallélisme avec l’Enfer). Celle-ci est cachée dans une église et protégée par une sorte de rayon laser émit par un ancien vitrail du bâtiment où est représenté le Rawhead Rex lors de sa défaite. Vitrail se révélant être fragmenté, l’un de ses morceaux par ailleurs très indicatif quant à la destruction du monstre s’étant retrouvé greffé sur un autre vitrail lors d’une rénovation quelques siècles précédemment… Entre prétexte scénaristique improbable et confusion la plus total, rien ne semble avoir été véritablement travaillé.


Raté de tout en bout, Rawhead Rex possède cependant une scène sympathique, à moitié réussie et à moitié ratée, celle du meurtre d’un des enfants du personnage principal. Si le début de la mise en scène et l’idée générale sont plutôt réussies (la petite fille est isolée et on sent le malaise du père qui observe les alentours, et au final c’est le garçon qui n’était pas surveillé qui se fait attaquer), l’agression en elle-même et la manière dont est représenté la tragédie (un peu de sang et une chaussure au sol) cassent toute l’ambiance. Cependant cette scène à le mérite de faire gagner au monstre toute la sympathie du spectateur pour avoir écarté du film ce petit garçon moyennement supportable et source d’ennui profonde.



Narrativement très bancal, mou et servi par des effets spéciaux ridicules et une réalisation maladroite (voir la fuite des deux amants dans la forêt, censée provoquer une petite surprise la scène d’après mais qui tombe à plat car on décèle l’idée immédiatement), Rawhead Rex ne vaut que pour son côté nanar (très mince) et ses quelques scènes gore (petites giclées de sang, quelques têtes et une main coupées), ainsi que la présence de l’actrice Kelly Piper, ici sous-exploitée mais que l’on se rappel avoir vu dans le cultissime Maniac de William Lustig.


Quand on sait qu’à la base les deux films de Pavlou devait être le début d’une anthologie basés sur les écrits de Barker, il est au final plutôt heureux que l’expérience fut si mauvaise. Horrifié par le résultat, l’écrivain britannique va décider d’adapter lui-même ses œuvres, permettant ainsi à Hellraiser, Cabal et Le Maître des Illusions de voir le jour ; quant à George Pavlou, il va cesser la réalisation jusqu’en 1993 avec Little Devils: The Birth, une petite comédie horrifique apparemment pas réussie non plus, pour ne plus réapparaître par la suite. Une bien belle leçon de cinéma en somme…


lundi 21 février 2005

Coupes Sombres

COUPES SOMBRES
(1987)

Écrit pour le cadre de la collection Gore chez Fleuve Noir, Coupes Sombres est un roman qui vient d'un professeur de français qui se cacherait sous pseudonyme de peur d'être reconnu par ses élèves. Jean Viluber, ou parfois Jean‑Christian Viluber, est en fait de Jean‑Pierre Hubert, écrivain de science-fiction et de fantastique ayant aussi œuvré dans le gore avec un autre écrivain, Christian Vilà, leur collaboration s'étant aussi faite sous le pseudo de... Viluber.

Hubert livre ici une histoire profondément dégoûtante, mélangeant sexe, gore et horreur multiforme tendance Lovecraft, mais en beaucoup moins subtile, à laquelle il ajoute une dose de folie sanguinaire humaine. Un mélange détonnant pour un récit grossier qui ne fait pas dans la dentelle, bien loin des classiques de la littérature d'épouvante.

Coupes Sombres narre l'arrivée de deux jeunes femmes, Domie et Kate, à Vinburg, un trou perdu dans la campagne forestière. Souhaitant prolonger leurs vacances, elles se retrouvent un peu serrées financièrement et se tentent à l'auto-stop. Elles sont ramassées par un petit homme salace qui leur semble de plus en plus étrange et entreprenant et qu'elles finissent par fuir. Un camionneur bien plus sympathique vient les embarquer et leur donne un tuyau quant à un logement pour la nuit. Ayant ses entrés chez Placo‑Dem, une entreprise travaillant le bois, il peut les faire rentrer secrètement dans le parking où sont entreposés une série de caravanes vides. Mais la nuit venue, des bruits de lutte se font entendre et les deux jeunes femmes aperçoivent par la fenêtres de leur logis un homme horrible et couvert de cicatrice entrain de les épier, après s'être battu avec quelqu'un. Découvertes par les vigiles, elles manquent se faire violer avant l'arrivée du directeur, qui n'est autre que celui qui avait voulu les prendre en stop. Les embauchant pour quelques jours en guise de réparation, il s'amuse à les bousculer un peu, se montrant très désagréable. Au même moment la Bande du Fleuve, une tribu de voyous vivant non loin, décide d'attaquer Placo‑Dem suite à leurs incessantes luttes avec le “monstre” qui garde le parking des caravanes…

Commençant comme une simple histoire gore mettant en scène deux bandes perturbées, à savoir les employés de Placo‑Dem et les membres de la Bande du Fleuve, Coupes Sombres cache bien son jeu et progresse assez lentement jusqu'à la moitié du récit, se contentant de faire monter la tension et ce malgré des passages déjà bien horribles.

Ainsi la rencontre avec les travailleurs de Placo‑Dem se fait à chaque fois un peu plus oppressante et la sensation qu'une menace se cache en leur sein n'a de cesse d'augmenter. Après le directeur de l'usine, petit pervers fumant une herbe étrange dont les papiers à cigarettes sont couvert de dessins pornographiques et démoniaques, on découvre Billot, colosse attardé mental et bête humaine couverte de cicatrices, dont la principal activité est de chasser tout intrus
– généralement les membres de la Bande du Fleuve – s'introduisant dans le parking, leur arrachant une oreille en cas de récidive et allant jusqu'à tuer si l'envie lui prend. Puis les vigiles dit “normaux” , qui se mettent en tête de profiter de la situation pour violer les étrangères et enfin les “employés” de l'usine, même si certains se montrent sympathiques, pour la plupart très étranges, agissant de façon agressive avec les deux jeunes femmes, allant eux aussi jusqu'à vouloir les violer.

En face, la Bande du Fleuve n'est pas en reste. Voyous se livrant à des orgies incessantes et à des actes de pillages chez Placo­‑Dem, ils ont des idées de revanches envers Billot. Souhaitant exterminer ce dernier et s'acharner un peu plus sur l'entreprise, ils ouvrent les hostilités en tuant de façon sadique le chef de police local et sombrent progressivement dans la folie. Ayant pris goût au meurtre, certains s'introduisent en cachette dans l'usine pour massacrer des employés tandis que d'autres, surveillant Billot, finiront par tomber sur l'une des deux jeunes femmes s'étant enfuie, la violant et la gardant prisonnière.

Deux camps opposés où sont chacune retenue en otage les deux femmes. Le livre atteint la moitié de son volume et l'histoire explose soudainement, sans que l'on s'y attende. S'il est clairement fait état de la brutalité de la Bande du Fleuve, Placo‑Dem restait encore assez limité dans sa folie et son agressivité jusque là (Billot excepté). Puis soudainement, après un accident provoquant la mort d'un employé et la découverte d'une ancienne relique, tout s'accélère. Il se trouve que le directeur de l'usine et la plupart des travailleurs sont les membres d'une secte vénérant Wanga, l'esprit du bois selon certaines croyances vaudous, et  pensent que le réveil de ce dernier est imminent. Nous découvrons alors que les employés sont des cannibales possédant tout un stock de plats particuliers et nauséeux dans le self-service (tendance pénis en sauce). Les humiliations de la jeune prisonnière deviennent bien plus odieuses, subissant des sévices sexuels et découvrant avec stupeur que ses tortionnaires s'entretuent selon une sorte de rituel assez proche du jeu, où le corps humain subit le même traitement que le bois.

Alors que la Bande du Fleuve tuent brutalement quelques employés tout en se pavanant dans des orgies sauvages, et que les membres de Placo‑Dem se mutilent et se massacrent dans d'inventifs dépeçages, l'horreur fait pleinement son apparition. Car il s'avère que Wanga existe bel et bien, et que cette nuit même est celle de son réveil comme l'a prédit la secte Nous avons
alors droit à une entité végétale, mélange de terre et de diverses espèces de plantes des marais, se mouvant un peu partout autour des deux camps, assimilant le corps humains pour mieux les intégrer à son existence collective. Wanga sait que son réveil n'est que de courte durée et désire se reproduire et se répandre un maximum avant de disparaître.

Le récit nous montre ensuite une série d'évènements complètement fous où les corps des morts reviennent à la vie en se mélangeant avec les plantes, créant des êtres monstrueux et sans formes précises, violant tout ceux qui passent à leur portée, fusionnant avec leur chair et se multipliant sans cesse. Et tandis que le chef de la Bande du Fleuve décide de s'allier avec la jeune femme qu'il avait capturé afin de rester en vie, Placo‑Dem poursuit ses jeux déments, dont une partie de ballon avec des tronçonneuses…

Inutile d'aller plus loin, Coupes Sombres ne se raconte pas vraiment. L'histoire accumule les passages sanglants via des meurtres sauvages, mais c'est plus l'horreur de la situation en elle-même qui transparait du livre, que ce soit à cause de la folie totale des protagonistes et de l'improbable divinité dont les descriptions sont parfois vraiment impressionnante. De même pour le côté répulsif du livre, avec ces nombreux sévices sexuels qui finalement dominent les séquences gores et fait se partouzer humains et végétaux, mélangeant semence et sève puante dans des actes extrêmement brutaux et dégoûtant. On pourrait d'ailleurs penser à certains mangas et animes Hentai dans l'idée, bien qu'ici cela soit finalement différent puisqu'il n'y a pas uniquement le concept de viol, mais aussi de terreur pure avec l'amalgame des corps. Un Society végétal hardcore en somme.

Le final laisse le lecteur dans le même état second que les héroïnes. Le récit s'est tellement vite emporté pour se terminer aussi soudainement qu'on ne peut qu'être qu'abasourdis devant un tel déploiement d'immondices. S'il est très rapide à lire, Coupes Sombres se pose là comme œuvre trash et gore, mêlant horreur et sexe avec autant de simplicité que d'efficacité.

Coupes Sombres (France, 1987)
Écrit par: Jean Viluber (alias Jean-Pierre Hubert)

dimanche 20 février 2005

Transmutations (Underworld)


TRANSMUTATIONS
UNDERWORLD
(1985)

Première adaptation d’un écrit de Clive Barker (qui avait cependant déjà réalisé lui-même deux courts-métrages dans les années 70, Salome et The Forbidden), et également premier long-métrage de George Pavlou, Underworld n’entretient que très peu rapport avec l’œuvre de l’écrivain britannique et se révèle même être une sacrée purge.


Dans les années 80 le Fantastique n’est plus très répandu en Grande-Bretagne et George Pavlou décide de se lancer à la reconquête de ce genre, qui connu des heures meilleures dans le passé (on se rappel tous de la glorieuse Hammer). Noble projet mais hélas Pavlou est loin d’être l’homme de talent qu’il fallait. Sa seule bonne idée fut de contacter un artiste alors peu connu mais déjà remarqué, Clive Barker, et de lui demander un scénario tiré de ses écrits.


Le problème vient du futur réalisateur qui souhaite rester maître du projet et adapter l’œuvre si particulière de l’auteur des Livres de Sang à sa sauce. Le script de Underworld est réécrit par un certain James Caplin, rendant alors le récit d’une confusion extrême. En fait c’est bien simple, en-dehors du concept de la confrérie de « monstres » humains vivants dans les sous-sols, tout le reste de l’histoire est obscure, incohérente, et le scénario devient un patchwork grotesque limite incompréhensible…


Il est question d’une jeune femme, Nicole, qui se fait enlever par deux hommes dont l’un se révèle être une sorte de mutant. Bain, qui a eu une relation avec elle part le passé, est  contacté par son ancien employeur (un mafieux) qui lui demande d’enquêter sur sa disparition. D’abord retissant car soupçonneux, Bain accepte et fini par découvrir que Nicole suivait régulièrement le traitement d’un Dr. Savary, prenant une drogue expérimentale, qui provoque des mutations déformantes à tout ceux qui la prennent. Le kidnapping de la jeune fille aurait été effectué par les mutants car, étrangement, Nicole serait immunisée contre les effets du produit…


Dit comme ça, l’histoire semble mélanger la science-fiction et le film de gangster, mais il n’en est rien. Plutôt que de profiter des éléments connectés dans l’histoire (la mafia, les monstres et les personnages gravitant entre ces deux groupes) pour construire son intrigue, Underworld se perd complètement par une absence de détails et d’explications. Ainsi l’établissement où se trouve Nicole au début du film, et où enquête Bain par la suite, n’est pas clairement défini. Par la présence de riches clients et d’une jeune femme vêtue de tenues affriolantes, on serait tenté de croire à un bordel, mais rien ne vient le confirmer, pas plus qu’on ne comprend réellement le rapport entre cet endroit et l’Organisation présumé mafieuse. Organisation dont les motivations et l’origine resteront très floues également.


Dans le même ordre d’idée la relation et le devenir des personnages sont très peu développés. On ne sait pas clairement qui est Bain, si ce n’est qu’il est un bien piètre peintre et qu’il aurait autrefois travaillé pour cet espèce syndicat du crime. De Nicole on ne découvre finalement pas grand-chose en-dehors du fait qu'elle est « spéciale » car elle ne subit pas les effets de la drogue (le pourquoi de la chose ne sera pas révélé) et qu’elle « vend des rêves ». Ce que cela signifie, on ne le saura jamais non plus mais on pourrait peut-être l’apparenter à quelques pouvoirs psychiques qu’elle utilise à la fin du film lors d’une scène réminiscente de Scanners.


De nombreux détails de ce genre n’auront de cesse de rendre l’intrigue confuse. Le concept des « rêves » de Nicole est aussi utilisé pour les mutants car il est dit qu’ils peuvent être « emportés par les rêves » sans que l’on ne comprenne ce qu’il en est (de ce qu’on en voit, le mutant en question est simplement entrain de piquer une grosse colère, hurlant et frappant ceux qui s’approche trop près). Lorsque Bain se fait injecter la fameuse drogue, il ne lui arrive strictement rien (ni dépendance, ni transformation), comme ci tout une partie de l’histoire avait finalement été éludée, et le personnage d’une jeune femme, connaissance de Bain et de Nicole, qui apparaît captive des mafieux lors d’une scène vers la fin du film disparaît ensuite mystérieusement du scénario et on ne la revoit plus par la suite…


Il est clair que la réécriture du scénario de Barker y est pour quelque chose, et Underworld devient narrativement impossible à suivre tant les scènes s’enchaînent sans laisser le temps pour bien comprendre la situation. Dans ce bazar on peut toutefois relever ce qui posera les bases du futur Cabal, film narrant l’histoire de monstres plus humains que les humains, vivant dans les profondeurs de la terre et où le personnage principal perd son « humanité », revenant sous les traits d’un « monstre » en ayant alors trouvé son camp. On peut en déduire qu’à l’origine, Bain devait lui aussi devenir un mutant suite à l’injection de la drogue et finalement se rebeller une bonne fois pour toute contre son ancien employeur pour rejoindre la confrérie des monstres. De cela il ne reste rien tant le script a été remanié, bien que la fin nous montre Nicole repartir avec un mutant (un dénommé « Shit Face ») plutôt que de rejoindre les humain (en l’occurrence Bain), gardant cette thématique propre à Clive Barker…


A ce sentiment d’irréalisme lié au scénario sans queue ni tête se mêle une atmosphère des plus étranges en raison d’un parti-pris esthétique assez discutable. Le film gagne un cadre visuelle certes travaillé mais ne collant pas du tout au sujet: constamment baigné dans un éclairage bleuté et rehaussé d’un rose violacé, Underworld prend des allures de vieux clip musical des années 80, le tout complété par un design retro, hors propos et très kitsch (les néons présents partout, les tenues des danseurs dans la boite du chef de l’Organisation, le mobilier bourgeois-chic du bordel, les mèches rouges dans les cheveux de Bain, etc) et par une musique synthé très planante.


Déjà étrange, Underworld devient de plus en plus bizarre et donne l’impression d’assister à une sorte d’hallucination sans aucun sens ni logique, comme un rêve ou un trip sous LCD. Bien tordu, le film en rajoute encore plus de part son manque de budget (les maquillages de certains monstres sont très limités et le repaire de ces derniers se trouve très rapidement puisque les égout se limitent à trois décors) et par l’ennuie qu’il distille au spectateur par son rythme lent et son histoire qui ne progresse pas.


S’il n’était pas aussi mauvais, Underworld, de part ce côté étrange, aurait pu être un véritable OVNI filmique intéressant, une série B aux allures de film expérimental. Il en résulte à la place un film mou, un foutoir pas permis qui paume son script et les spectateur sous un déluge d’incohérences et de design psychédélique. En fait les seules choses à tirer du film sont la confrérie des monstres, renvoyant à celles des futurs Hellraiser et Cabal, et la présence de quelques acteurs sympathique comme Steven Berkhoff (le méchant russe dans Rambo II, également présent dans Barry Lyndon) en chef mafieux, Denholm Elliott (l’ami universitaire de Indiana Jones!) en savant fou et Ingrid Pitt (la Countess Dracula de la Hammer) en gérante de bordel.

Scène coupée qui influencera Barker pour le design de Pinhead dans Hellraiser

Devant un tel spectacle, même Clive Barker ne reconnaîtra pas son œuvre et en rejettera la faute sur le second scénariste et l’équipe du film qui, selon lui, n’auront pas respectés son travail. Malgré tout Pavlou poursuivra son association avec l’écrivain en déclarant (prétextant ?) qu’il aurait préféré adapté un autre texte de Barker, celui de Rawhead Rex, qu’il réalisa justement l’année suivante. Ce qui sera l’occasion d’un nouveau ratage…



samedi 19 février 2005

BloodSpell – Premiers Designs

Visite au "Palais de la Fripe" de Onzin (juste une petite friperie, en fait) dans laquelle nous avons trouvés quelques éléments de costume pour le look de certains personnages du film, en l'occurrence deux des bad-guys, qui seront interprétés par Benjamin et Thibaut.


Pour ce qui est de Benjamin, tout le costume vient d'être adopté et il ne reste plus qu'à trouver une paire de chaussures collant avec son look. Le katana, cependant, sera sûrement remplacé par un sabre plus proche de ceux des Conquistadores.


A noter aussi (mais peu visible en raison d'une dread mal placée) d'un cure-dent, qui sera peut-être remplacé par une allumette, en fait un "hommage" à Chow-Yun Fat dans les A Better Tomorrow de John Woo et Tsui Hark.



Le personnage de Thibaut provient directement d'une caricature du fan de disco. Le look bariolé qu'il porte ici n'est pas sa véritable tenue mais une autre, qui le rapproche clairement du Joker de Batman, bien que cela fut plus conçu pour évoquer un des personnages déjantés du Versus de Ryuhei Kitamura, ainsi que celui de Ichi the Killer de Takeshi Miike.

Le costume n'est pas encore finalisé. Une chemise orange remplacera probablement la violette. Il manque là aussi une paire de chaussures (on verrait bien de la peau de serpent ou de crocodile mais ce n'est pas évident à trouver). De plus, on imagine plutôt une coiffure gominée sur le personnage, que nous avons lamentablement tentés de reproduire avec un peu d'eau sur une coiffure au gel (la honte).



L'effet cravate, par contre, a été entièrement approuvé et elle devrait rester.


Il est prévu d'autres costumes pour ces personnages, et les tenues des autres protagonistes devraient suivre aussi d'ici quelques temps.

En attendant les photos des prochains designs...

...faite péter les poses !




mardi 15 février 2005

Projets en Folie

BloodSpell, projet bien plus conséquent que les petits sketches auxquels nous sommes habitués, stagne légèrement pour l'instant pour cause de scénario non finalisé alors que ça fera bientôt un an que l'idée a été lancée... Toutefois, faisons confiance à notre scénariste pour terminer son œuvre, car si l'entreprise plaît aux personnes qui joueront dedans, il serait question d'une suite, dans laquelle réapparaîtra le personnage principal, avec cette fois une sorte de sous-Mariachi à ses côtés, référence directe à la trilogie (on me souffle qu'il n'y a que deux film et que la suite de Desperado n'existe pas) de Robert Rodriguez.

L'idée est amusante mais on espère au moins que le premier film se fasse...

Après avoir vu le court-métrage Night of the living Bread, parodie à base de tranches de pain de mie de Night of the Living Dead de George A. Romero, l'idée de reprendre la parodie vient d'être amenée. Aura t-on Dawn of the Bread et Day of the Bread, histoire de finir de parodier la trilogie (future tétralogie), ou est-ce que ça sera juste un Return of the Living Bread ?

Le mystère reste entier et ces projets obscures n'ont rien de concret, même si l'idée de voir des tranches de pain de mie prendre d'assaut un centre commercial et une base militaire souterraine est... Euh... Excitante... ?

Dans le même ordre d'idées stupides, et suite au tournage de Wrath of the Killer Tomatoes, certains pensent faire un "versus" qui opposerait nos braves tomates tueuses aux... Tranches de pain de mie vivantes des projets d'au-dessus ! L'esprit frappadingue qui a imaginé cela promet déjà un amalgame de nos deux espèces pendant le métrage, devenant ainsi une bande de hamburgers mutants cherchant à se caler un steak haché de viande humaine afin d'être complet !

Dernier projet, et probablement celui qui aura le plus de chance d'être réalisé (car plus simple à faire), La Tête dans le Cul narrera l'histoire d'un jeune homme s'éveillant difficilement, et étant encore tellement dans le cirage qu'il aura à subir des décalages de plus en plus étranges...

Remake d'un vieux sketches filmé par Premutos et un ami il y a des années, La Tête dans le Cul semble tout droit tiré d'un épisode de La 4ème Dimension, mais en plus... Euh... Stupide.

C'est tout pour l'instant, même s'il faut rajouter à cela l'idée d'un petit court façon Happy Three Friends peut-être en live avec des peluches, ou bien en dessin animés amateurs, rien n'est décidé...

Eh oh les gars ! C'est bien d'avoir des idées, mais on voudrait déjà voir BloodSpell et Wrath of the Killer Tomatoes nous !

lundi 14 février 2005

En tournage - Wrath of the Killer Tomatoes


C'est il y a quelques semaines, suite à la vision du premier Attack of the Killer Tomatoes, et à quelques souvenirs de sa série animés (sur M6 , il y a bien longtemps, sous le titre de La Guerre des Tomates) que l'idée d'un fanfilm sur la grande saga de John DeBello a... Germée...

Le court métrage, Wrath of the Killer Tomatoes, se déroule dans une minuscule chambre étudiante, dans laquelle un jeune homme regardant justement le premier film de la série se fait agresser par une tomate qu'il comptait manger. S'ensuit alors une lutte implacable entre l'Homme... Et le fruit (ouais , une tomate n'est pas un légume).

Quelques tomate, du fil de nylon et une planche en bois assureront les effets spéciaux, sans parler de belles explosions aux pétards. Du tout bon quoi... (oui enfin...)

Le site officiel des Killer Tomatoes pour patienter un peu, ce qui nous donnera l'occasion de reprendre en chœur le fabuleux "Killer" theme...

Projet BloodSpell

Des vidéos amateurs, y en a des milliers sur le net, okay, mais bon... Quand on a une caméra est qu'on aime la vidéo, on ne se prive jamais.

BloodSpell est donc un projet qui devrait concrètement voir le jour avant la fin de cette année. Évidemment, il s'agira d'un film amateur et possédera de nombreux défauts, mais c'est avant tout un film de potes fait pour déconner pendant le tournage et s'amuser à le revoir.

Nous espérons cependant que personne ne nous prendra pour des prétentieux se vantant d'avoir un quelconque savoir-faire en fait inexistant, et surtout que ceux qui pourront voir le film (sûrement sur le site lorsqu'il sera en ligne) apprécieront le "spectacle", qui n'est qu'un pur délire.

Avec ce projet, il est surtout question de rendre hommage aux séries B (nanars ou non), aux comics et aux manga, qui forment une part plus qu'importante dans notre culture. Pour l'instant le ton du film n'est pas clairement définie. Si faire une histoire sérieuse est tentant, le manque de moyens (en fait nous n'avons aucun budget, ahahaha !) et d'expérience nous handicape gravement sur ce point.

Le scénario, toujours en cours, devra alors probablement se concentrer sur des situations plutôt burlesques, qui seront sûrement accentuées par le côté amateur du film (un futur nanar en gros). Il faut encore travailler dessus...

Pour la petite histoire, BloodSpell est un film dont l'idée nous est venu progressivement. C'était tout d'abord un plan repris sur l'affiche du film Underworld de Len Wiseman, puis la vision d'un Versus de Kitamura à plusieurs qui nous a fortement influencé, d'où la présence d'une vampire et d'une forêt pleine de zombies.

Nous ne cherchons pas à faire quelque chose de vraiment original, juste du fun. Ce n'est qu'un film amateur mais on espère sincèrement qu'il plaira à ceux qui le verront (et à ceux qui joueront dedans !).

Nous vous tiendrons informé de l'évolution du projet.

Shadows Chronicles – Naissance et Construction

Bienvenu à tous sur mon premier Blog !

Puisque le site n'a pas encore vu le jour (peu de chose à mettre, il faut le dire), j'ai créé ce Blog afin d'y poster quelques previews des projets à venir, vous tenir au courant des évolutions, et puis aussi présenter les membres bien sûr !

Pour l'instant pas grand chose, je viens juste de m'y mettre, mais ça va se remplir dans pas longtemps.

Je vous demande juste un peu de patience le temps que tout se mette en place !

En espérant que tout se passe bien...



Juste le message d'introduction de mon tout premier blog, Shadow Chronicles (les Chroniques d'Ombre, un "label" inspiré du Cycle des Princes d'Ambre de Roger Zelazny et où je regroupais les histoires que j'inventais à l'époque). Celui-ci devait servir à raconter les différents stades de création d'un petit film de potes, BloodSpell, des repérages au tournage, afin de souder un peu l'équipe ensemble...

J'ai décidé de le replacer ici en guise de souvenir.

dimanche 13 février 2005

Route 666 (Damnation Alley)

ROUTE 666 / LES CULBUTEURS DE L'ENFER
DAMNATION ALLEY
(1969)


A la base, Damnation Alley (chez nous d’abord nommé Les Culbuteurs de l’Enfer avant de s’être vu rebaptisé, plus sobrement, Route 666 pour une nouvelle édition) est une novella, ou novelette, c’est-à-dire une histoire trop longue pour être une nouvelle mais trop courte pour être qualifiée de roman. L’écrit a ensuite été allongé par l’auteur pour devenir son cinquième roman. Écrit en 1969, soit tout juste avant son fameux Cycle des Princes d’Ambre, le livre nous décrit l’état apocalyptique d’une Terre au lendemain d’un troisième conflit mondial…

Nous apprenons qu’il ne reste plus que deux grandes citées aux États-Unis: Boston et Los Angeles, le reste du pays se divisant en petit villages ici et là. Lorsque Boston se retrouve ravagée par une épidémie dévastatrice, elle réussie à prévenir Los Angeles en envoyant un homme traverser le pays dans un véhicule. Le pilote arrive à destination pour délivrer le message mais décède immédiatement. La ville décide d’employer un convoi pour apporter le vaccin mais doit malheureusement avoir recours à Hell Tanner, certes le meilleur conducteur du pays mais aussi le dernier des Hell’s Angels. Un enfoiré de première qui a violé et tué, et qui n’a absolument rien à faire du sort des habitants de Boston. Lorsqu’on lui met la main dessus, on lui propose la mission en échange d’une grâce contre tous ses crimes, la prison demeurant son option en cas de refus. Tanner ne souhaitant qu’une seule chose, la liberté, il accepte et se voit piloter un véhicule blindé et bardé d’armes et d’explosifs à travers la Route 666 (ou en VO « the Alley »)  qui traverse tout le pays…

Damnation Alley
est souvent vu comme un précurseur de Mad Max 2. Il est vrai que par l’aspect post-apocalyptique et road-movie de l’histoire, ainsi que par la présence d’une bande de motards hargneux en fin de récit, le livre renvoi par instants au chef d’œuvre de Miller et partage avec lui le même abolissement des Lois qui provoque un retour à la barbarie. Cependant ce roman est plus l’ancêtre du New York 1997 de John Carpenter. Hell Tanner ressemble énormément à Snake Plissken: un homme détaché de tout, qui ne vit que pour lui et dont le simple désire est d’être libre. Comme Plissken, le sort des autres ne l’intéresse pas, comme Plissken, la mission à accomplir est un travail forcé pour sa propre survie et comme Plissken, Tanner est cependant assez humain pour prendre certaines décisions quand il le faut, et être sensible à l’avenir de sa propre race. Le principe des deux histoires est exactement le même et seuls quelques détails diffèrent. Dans Damnation Alley, point de critique sociale ou politique, la race humaine – malgré un retour progressif et sûrement inévitable vers la barbarie – vaut encore la peine d’être sauvée, car composée de gens ordinaires et pas spécialement détestables. Si Plissken est un anti-héros dont le simple crime est de vouloir vivre comme il l’entend, Tanner se révèle être plus agressif et possède une sacrée volonté d’envoyer chier le monde. En clair, si Plissken est un survivant, Tanner est un loubard.


Mais si Hell Tanner est dangereux, la Terre futuriste de Zelazny l’est tout autant. Ici la pierre se mêle à la pluie, les cyclones sont plusieurs à dévaster le paysage et les animaux deviennent des créatures monstrueuses, tel ces chauves-souris aussi grosses que des avions ou ces serpents longs de plusieurs centaines de mètres. Les bombes atomiques ont détruit l’atmosphère, rendant le vent en haute altitude violent et sans cesse changeant, empêchant tout trafique aérien possible, et de nombreux cratères d’impact des bombes fument encore, dégageant une chaleur et une radioactivité des plus importantes. A cela s’ajoute le facteur humain qui se révèle au final être l’un des dangers les plus conséquents, avec ces gangs motorisés pillant tous les véhicules qu’ils croisent. Tanner, se disant être celui qui a voyagé plus que n’importe qui sur ces terres, parle même d’humains redevenus sauvages comme à la préhistoire, même si ces derniers ne nous apparaîtrons jamais…

Roger Zelazny place un décor de fin du monde, certes, mais pas de façon conventionnelle. Loin des routes désertiques habituelles, on trouve des villes fantômes, des petits bleds tentant de recréer un semblant de civilisation et où la technologie est toujours présente. Déréglée par les bombardements, la nature offre un paysage nouveau: le ciel, dont les nuages sont des lignes qui se décomposent tels les filaments d’une toile d’araignée, se retrouve posséder des couleurs singulières. Zelazny a une vision très précise du chaos, lui conférant un petit quelque chose de poétique et d’onirique, beau et terrifiant à la fois. C’est d’ailleurs exactement de la même manière qu’il décrira les Cours du Chaos dans sa saga des Princes d’Ambre.


Cette beauté on la retrouve aussi dans le côté humain de l’histoire, lors de discussions entre Tanner et son copilote, lorsque notre Hell’s Angel se remémore l’ancien temps avec passion, partage ses rêves avec un petit garçon ou bien lors d’une romance tragique avec une jeune femme qui lui est semblable. Zelazny n’a pas son pareil pour développer la psychologie de personnages, qui
pourtant auraient pu en être totalement dénués. Beauté enfin le temps d’un chapitre onirique, où Tanner rêve de la rencontre entre le précédent pilote ayant traversé la Route 666 et un étrange prêtre parcourant ce monde dévasté. Un passage où la poésie chaotique de Zelazny devient si forte qu’elle en est palpable, tout juste avant une conclusion où « l’Allée de la Damnation » apporte une sorte de rédemption à Tanner, qui n’en deviendra pas un Saint pour autant puisque gardant son côté « bad guy » jusqu’au bout, et où les actions même les plus héroïques ne permettent pas pour autant de remettre l’Ordre dans un monde perdu. Car un seul homme ne peut pas tout changer au final, si ce n’est lui-même…


Avec tout ça, on en oublierait presque que l’histoire de Damnation Alley se doit d’offrir surtout de l’action non-stop. Et l’auteur sait très bien rythmer et varier ses péripéties, les rendant prenantes et spectaculaires sans pour autant trancher avec le reste de l’histoire, le tout s’accordant parfaitement. Sans être épique, le livre reste très réussie à ce niveau.

Roman allongé mais pas très volumineux, vite lu, Damnation Alley n’est certes qu’une œuvre de petite envergure dans la bibliographie de l’écrivain et se voit bien évidemment être éclipsée par un grand nombre de ses autres écrits. Mais il n’en reste pas moins une réussite dans son domaine, faisant autant dans l’action décomplexée que dans la subtilité, tout en sachant garder son équilibre. Une œuvre mineur pour Zelazny certes, mais un sacré tour de force tout de même.

A noter qu’en 1977, Damnation Alley fut adapté au cinéma par Jack Smight (Les Survivants de la Fin du Monde pour le titre français). Le film n’entretient que très peu de rapport avec le livre de Zelazny, ne conservant que le concept de la traversée d’une Terre en désolation avec l’aide d’un gros véhicule pour apporter un vaccin…


Route 666 / Les Culbuteurs de l'Enfer
Damnation Alley (USA, 1969)
Écrit par : Roger Zelazny