vendredi 28 janvier 2005

House



HOUSE
(1986)

La franchise des House est assez chaotique, possédant deux premiers films à la fois très semblables dans leurs constructions mais pourtant très différents, ainsi qu’un faux numéro trois, en fait un film retitré afin d’assurer une meilleure vente, et un quatrième opus plutôt mauvais et à l’histoire presque incompréhensible. Ce premier House, qui vit le jour par un grand hasard, est de loin le meilleur de la série et bénéficie d’ailleurs d’une excellente réputation.


House remonte à l’époque où Steve Miner avait pour projet de faire un remake de Godzilla. Malgré un accord avec la Toho, le réalisateur ne trouva jamais de financement et le projet ne vit pas le jour (jusqu’à l’arrivée de Roland Emmerich des années plus tard, mais ceci est une autre histoire). Fred Dekker, qui avait déjà commencé le scénario (Steve Miner s’occupant lui du design général), apporta alors l’idée de House que le producteur Sean S. Cunningham (créateur de la série Vendredi 13 et réalisateur du premier film) qui le propose à Steve Miner, les deux hommes se connaissant depuis longtemps, Miner ayant œuvré sur La Dernière Maison sur la Gauche, produit par Cunningham, et réalisé les deux premières suites de Vendredi 13. D’ailleurs pour rester dans l’esprit de famille on peut aussi noter la présence de Harry Manfredini, compositeur attitré de la franchise qui offre ici une musique conférant une identité propre au film (bien qu’usant toujours un peu trop des cordes aux sons grinçants), ainsi que Kane Hodder, interprète régulier de Jason pendant quelques films, bien évidemment au poste de cascadeur.


Tout comme Miner et Dekker, la plupart des personnes travaillant sur le projet Godzilla se retrouvent sur le tournage de House. Est-ce pour cela que les créatures du film possèdent un look aussi volontairement grotesque, et pourtant très novateur pour l’époque ? En tout cas, on peut s’estimer heureux que l’équipe du film n’ait pas prit House comme un mauvais lot de consolation et ait décidée de livrer un bon film.


House présente la situation désespérée de Roger Cobb (William Katt, les cheveux bien moins frisés que dans Carrie), écrivain renommé dont le fils à mystérieusement disparu. Après son divorce et ses problèmes dus à la préparation de son nouveau livre qu’il voudrait baser sur ses souvenirs du Vietnam, au grand dam de son éditeur, voilà que sa tante se suicide dans son ancienne maison. Son fils s'étant justement volatilisé au même endroit, Cobb décide de s’y installer le temps de finir son livre et d’affronter ses cauchemars. Mais il va vite s’apercevoir que sa tante n’avait pas tort lorsqu’elle prétendait que la maison était hantée…



Soucieux d'injecter un peu d’originalité à cette histoire classique, les responsables du film décident de donner dans la comédie sans pour autant trop abuser, et confectionnent une série de créatures loin des basiques apparitions spectrales. House devient une foire aux monstres complètement délirante où l’on se demande sans arrêt sur quoi on va tomber. Leur look, grossier sans pour autant être ridicule, donne l’impression que le film est tiré d’une histoire des EC Comics (les célèbres Tales From the Crypt) tant l’aspect général du film devient improbable. C’est ainsi qu’un espadon, trophée de pêche, se met à se décoller de son mur alors que chaque nuit, à minuit précise, s’échappe du placard un gigantesque monstre très lovecraftien. Une femme se transforme soudainement en une vilaine créature tout en gardant sa robe et les outils de la cabane se mettent à léviter pour poursuivre notre écrivain. Et on ne parle pas de ce brave zombie soldat se plaignant de tomber en panne de munitions alors qu’il revient d’entre les morts.



Le côté comédie colle bien à cette ambiance et reste raisonnable, n’allant pas faire du film une vulgaire parodie irrespectueuse. Cependant il faut noter des passages véritablement hilarant comme la séance de dédicaces au début du film, où Cobb voit ses plus grands admirateurs n’être qu’une bande de freaks. Celui où il planifie la prise en photo du monstre du placard, s’en allant sortir de sa maison sur les genoux et en levant les bras en poussant un cri victorieux alors que son voisin vient promener son chien ; ce même voisin (George Wendt, comédien sympathique qui n’est pas sans renvoyer à John Goodman) racontant à Cobb a quel point il trouvait la précédente propriétaire cinglée avant qu’on ne lui rétorque qu’il s’agissait de sa tante, ou encore l’enterrement d’un monstre dans le jardin sous fond d’une superbe musique rétro et décalée (You’re no Good de Clint Ballard Jr.) tandis que la voisine se baigne dans la piscine d’à côté. Et comment oublier ce passage où un chien vient justement déterrer une main encore animée, laquelle Cobb retrouve dans le dos d’un petit garçon que sa voisine lui confie pour la nuit ? De grands moments de délire comme le script en contient beaucoup, à l’instar de ces fenêtres dimensionnelles cachées dans la maison: une porte donne sur une falaise vertigineuse, un placard cache la jungle du Vietnam et un miroir s’ouvre sur un monde ténébreux remplis de créatures indicibles (là encore inspiration lovecraftienne). House cumule les séquences les plus invraisemblables mais n’oublie pas de garder un minimum de sérieux. Ainsi le suspense reste efficace et les monstres sont quand même synonyme de danger.



A parler du Vietnam, House en propose bien entendu quelques flash-back par ailleurs plutôt bien réalisés malgré le budget réduit du film et les décors en studio bien visibles, qui présentent le charismatique personnage de Big Ben, soldat dingo qui revient sous forme de zombie revanchard à la fin du film: fantôme de la guerre à la fois psychologique et physique qui hante Cobb depuis son retour aux États-Unis et qu’il doit affronter pour en finir une bonne fois avec ses démons intérieurs.


Pur film des années 80, House possède un certain charme dû à ses techniques dépassées en matière d’effets spéciaux (marionnettes, costume en latex, stop-motion). De quoi offrir un spectacle visuel réjouissant et totalement dans l'esprit carnaval du film.


Présenté au Festival d’Avoriaz de 1986, House est une sympathique série B très divertissante et plaisante à regarder. Du bon Fantastique assurément fun.


mercredi 26 janvier 2005

Spider-Man


SPIDER-MAN
(2002)


Personnage phare de la Marvel, Spider-Man n'avait jusqu'ici jamais vraiment connu d'adaptation si ce n'est une vieille série américaine et une autre japonaise (très peu fidèle, il va sans dire), une ou deux séries animées et même des apparitions non officielles dans des nanars de part le monde. Ici, c'est le grand Sam Raimi qui s'attelle à la dure tâche de mettre sur pellicule les exploits de ce héros mythique.


Spider-Man est un personnage possédant des années et des années d'existence et d'évolution. Célèbre pour plusieurs générations, le plus difficile est de respecter le personnage et de faire une synthèse des plus grands évènements l'ayant marqué. Raimi élude donc de nombreux éléments pour en venir au principal. On retrouve le jeune Peter Parker, brimé par presque tout le monde, qui se fait mordre par une araignée particulière lui transmettant alors des supers pouvoirs.




Question fidélité on peut dire que Raimi a entièrement compris l'univers et, en bon fan, retranscrit avec brio la plupart des grands évènements. On retrouve au début du film un jeune Parker à lunette, doué pour les sciences mais rejeté par ses camarades. Découvrant ses supers pouvoirs, il va d'abord tenter de les utiliser pour gagner un peu d'argent en participant à un concours de catch. Là viendra le fameux accident qui va marquer le jeune homme à vie et créer véritablement Spider-Man: la mort de son oncle Ben, tué par un voleur qu'il avait sciemment laissé s'échapper. Décidant de devenir un super héros, il commence sa lutte contre le crime tout en devenant pigiste pour le Daily Bugle, prenant ses propres exploits en photo…



L'histoire du personnage est ainsi parfaitement respectée. On retrouve la fameuse phrase-clé qui a défini le héros ("De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités"), Parker voit son meilleur ami Harry Osborn devenir son futur adversaire, après la mort de son père Norman, mais aussi le dédoublement de personnalité de ce dernier qui deviendra l'un des supers-vilains les plus emblématiques de la série, le Bouffon Vert (Green Goblin). J. Jonah Jameson, le fameux éditeur du Daily Bugle, se met en croisade contre Spider-Man qu'il apparente à un dangereux criminel, on entends parler du docteur Connors, M.J. veut être actrice et surnomme bien notre tisseur préféré "Tiger", et Parker lance sa toile avec le même mouvement de poignet que dans les comics, possédant également son sens d'araignée (d'ailleurs maladroitement introduit avec un surplus d'effets spéciaux numériques post Matrix inutiles).



Pour un premier film, Spider-Man réussi à imposer un maximum de base en un minimum de temps. Une réussite. Par contre les connaisseurs viendront inévitablement à regretter la disparition ou modification de certains éléments, comme le fait que la toile ne soit plus lancée par des appareils fixés aux poignets du héros mais directement secrétées par son organisme, de la même manière que le personnage de Venom, et l'absence de la pourtant importante Gwen Stacy, premier amour de Parker qui finit par mourir des mains du Bouffon Vert. Ici remplacée par M.J., on retrouve tout de même la célèbre scène où elle est lâchée par le Bouffon depuis un pont, le changement étant qu'ici M.J. est bien sauvée par Spidey. Rien de vraiment grave puisque de toute façon il était impossible d'adapter pleinement la vie du lanceur de toile en un seul film.



En revanche, Spider-Man possède plusieurs petits défauts qui viennent gâcher la grande réussite du film. On peut voir que le personnage de Flash Thompson est ici complètement inutile et n'apparaît finalement que peu de temps, relégué au rang de teenager brutal se faisant rapidement mettre à terre par un Parker en nouvelle forme. Willem Dafoe, lui, livre une piètre performance de son personnage. En effet s'il s'en tire plutôt bien en jouant Norman, il cabotine à fond en prenant la personnalité qui donne naissance au Bouffon Vert, faisant la grimace sans arrêt et se donnant une voix grinçante à la limite de la caricature.



Plus dérangeant encore est le costume même du personnage. D'une simple tenue en tissu dans les comics, il devient ici un exosquelette prévu pour piloter le fameux planeur. Le problème est que son apparence est risible. Tout en plastique, il semble issu d'une série Sentai type Bioman, que la contre-performance de Dafoe n'aide pas à rehausser. Du coup ce qui devait être l'un des plus grands ennemis de Spidey n'est rien qu'un personnage ridicule, lançant de petites bombinettes high-tech en lieu et place des fameuses citrouilles du comic-book. Navrant. De plus, la fin tragique donne lieu à un joli faux raccord au montage, Osborn levant les mains pour se protéger dérisoirement lors d'un plan large, au milieu duquel s'insert un ridicule gros plan de son visage lâchant un "Oh" blasé. Un foirage technique mal venu qui achève le personnage dans tous les sens du terme.



A ce titre, on peut aussi parler de cette scène lors du repas de Thanksgiving où Tante May se met à disputer Norman Osborn comme un enfant, avant de lui tapoter la main afin qu'il ne se serve pas de la dinde avant tout le monde. Celui-ci lui lance un regard d'un air qui se voudrait plein de tension, censé montrer sa fragilité mental, sa personnalité mauvaise pouvant rejaillir à tout moment… Mais tombe totalement à plat car nullement utilisé et s'achevant immédiatement sans conséquence.



Pire encore, malgré les dires du Bouffon et de Jameson, à aucun moment on ne ressent Spidey être mal aimé des New Yorkais. Là où le personnage était assimilé à un grand criminel et rejeté de tous, Spidey vient carrément se faire défendre par la population lors de son affrontement avec le Bouffon sur le pont. Pour le coup, le film n'est absolument pas dans le ton et on a la mauvaise impression que Raimi n'a pas voulu prendre de véritable risque, préférant montrer aux yeux de son public ce que Spidey est vraiment, un héros, plutôt que de jouer sur l'incompréhension,qui est pourtant un des thèmes majeurs des héros de la Marvel (voir l'assimilation au racisme de la haine des Mutants), et de Spider Man en particulier.



Dans le même genre, les fans de Sam Raimi peuvent aussi regretter l'absence de toute folie visuelle qui a donnée au réalisateur sa fameuse renommée. Spider-Man est filmé platement, sans aucun effet de style propre au réalisateur. On est bien loin des prouesses visuelles des Evil Dead ou de Darkman. Tout au plus quelques CGI bien réalisés (mais encore très visibles) qui permettent à Spider-Man de foncer à toute allure entre les buildings, et quelques plans semblant sortirent des cases des comics. 



Cependant on retrouve le grand Danny Elfman à la composition, la voiture de Sam Raimi s'en prend encore plein la carrosserie (ici le véhicule de l'oncle Ben, qui se retrouve au cœur d'une course poursuite), et Bruce Campbell et Ted Raimi viennent faire une petite apparition, le premier en annonceur au match de catch (personnage qui trouve nomme officiellement Spider-Man) et le second en employé du Daily Bugle.



Le reste du casting est en dents de scie. Car si Tobey Maguire s'en tire plutôt bien en Peter Parker (moins Spidey, loin d'être aussi vanneur que dans les comics), que Kirsten Dunst incarne une bien belle M.J. (mais une personnalité moins forte que le personnage original) et que les personnages de Jameson et tante May sont très bien respectés, Harry Osborn n'a absolument aucun rapport avec le personnage de papier, Flash Thompson est inutile et le Bouffon ne ressemble à rien, Willem Dafoe semblant parfois s'être échappé du tournage de Speed 2.



Spider-Man est donc une adaptation globalement réussie mais de facture classique, faisant un bon blockbuster divertissant sans pour autant posséder l'âme d'un film de Sam Raimi. Celui-ci a de toute façon déjà réalisé son hommage ultime aux comics et il s'appelle Darkman.


 

mardi 25 janvier 2005

Sous la Pluie – Natasha et Cynthia


Voici un incroyable dessin de Natasha et de sa fille Cynthia, par Renan. Une superbe illustration qui surpasse amplement la commande de base, un peu hésitante quant au sujet. Ici la jeune femme protège de la pluie son enfant endormi, prête à se battre pour la défendre.

Sans conteste l'un des plus beaux cadeaux qu'on ai pu me faire !

mercredi 19 janvier 2005

Le Survivant d'un Monde Parallèle (The Survivor)


LE SURVIVANT D'UN MONDE PARALLÈLE
THE SURVIVOR
(1980)

Écrivain d'épouvante britannique, James Herbert aura vu quelques unes de ses œuvres être adaptées au cinéma. Et comme beaucoup pour beaucoup d'écrivain, les adaptations n'ont pas été très glorieuses, que ce soit Fluke ou encore le très nanar The Rats. Avec The Survivor, l'adaptation, encore une fois, ne respecte pas vraiment l'œuvre d'origine mais se trouve être au final un très bon film fantastique.
Herbert est connu pour son écriture très graphique (violence et sexe) même s'il est loin des excès trash d'un Shaun Hutson. Son livre duquel est tiré le film n'est donc pas avare en scènes d'épouvante et en descriptions gores, que le scénario originalement écrit par David Ambrose reprend tel quel. Mais le réalisateur David Hemmings préfère se focaliser sur l'intrigue en elle-même, le mystère, et a réécrit le scénario en supprimant du coup toutes séquences visuellement grand-guignolesques.
Ainsi, The Survivor devient un film fantastique jouant avant tout sur l'ambiance et l'enquête de son personnage principal, un pilote d'avion de ligne, seul rescapé du crash de son appareil. Des centaines de personnes ont trouvé la mort mais lui s’en tire sans une égratignure. Incapable de se rappeler du drame, il tente de se tenir au courant de l'enquête, jusqu'à ce qu'une jeune femme le prévienne que toute cette affaire va bien plus loin qu'il ne le pense et qu'il doit découvrir la nature du drame pour libérer les esprits des victimes…
Passé la scène du crash, tout bonnement spectaculaire et donnant une véritable impression d'Enfer sur Terre, The Survivor entame une progression narrative assez lente avec la longue recherche sur l'origine de l'accident. Si la monotonie de l'histoire se ressent (il ne se passe finalement pas grand chose), force est de constater que c'est l'ambiance qui donne la force du film.
En effet, Hemmings n'use pas de l'argument fantastique à outrance et s'en sert plutôt pour donner une atmosphère particulièrement lourde. La carcasse de l'avion est filmée comme un personnage, lui conférant une identité propre qui semble dégager une aura surnaturelle et tout bonnement effrayante. A cela s'ajoute cette idée que les victimes ne reposent pas en paix et que les fantômes de centaines de victimes hantent le lieu de l'accident. Quelques plan sur l'épave suffisent pour instaurer le climat, et le surnaturel pourtant invisible semble omniprésent.
L'effet est dupliquée par le hurlement des esprits, se faisant entendre lors de chaque phénomènes paranormaux et à chaque vision de l'épave. Des cris à glacer le sang qui mettent mal à l'aise et qui renforcent l'impression de chaos que l'on éprouve dès lors que l'on aperçoit la zone de crash de l'avion. Les revenants sont simplement là, attendant que quelqu'un vienne les libérer de leur tourment, manifestant leur présence à leur façon.
On peut d'ailleurs regretter l'apparition manifeste des spectres, qui tranche avec l'ambiance du film. Le meurtre des photographes, qui ont profité de l'accident pour multiplier les photos à vendre, semble comme rajouté au film. Si l'on peut supposer une quelconque vengeance des fantômes envers ceux qui tirent profit de leur mort, on ne peut que constater un changement de ton un peu bancal. Cependant, les scènes en question sont de très bonne facture et visuellement bien travaillées, que ce soit cette petite fille apparaissant subitement dans le cimetière ou ces visages brûlés sur les photos, fixant rageusement la photographe.
En plus d'un très bon travail sur l'image et d'une bande-son cauchemardesque, Hemmings donne le premier rôle à l'excellent Robert Powell (Blow Up et Les Frissons de l'Angoisse), qu'il a déjà rencontré au cours de sa carrière d'acteur dans le sublime Harlequin. On retrouve à leurs côtés Jenny Agutter (vue dans L'Âge de Cristal et Le Loup-Garou de Londres) et, dans un petit rôle, Joseph Cotten, grand ami d'Orson Welles pour qui il a joué plusieurs fois.
Avec ces atouts en main, Hemmings livre une adaptation certes peu fidèle du livre de James Herbert, à la progression parfois lente voir même pas toujours cohérente (le personnage principal refuse de croire aux esprits pour finalement s'associer avec une médium l'instant d'après… Ce qui pourrait s'expliquer par la disparition de plusieurs minutes du film, apparemment jamais retrouvées), mais très agréable à suivre de part son atmosphère inquiétante. Rajoutons à cela un twist final très sympathique, donnant l'impression que le film cumule les grandes lignes du 6ème Sens et de Incassable de M. Night Shyamalan, et vous obtenez un bon film fantastique servi par des acteurs solides et une ambiance sonore des plus angoissante.

lundi 17 janvier 2005

Ambre – Flagellation Mentale - 11ème Partie

Enfin le soir arrive. Je n'ai pas faim et termine cette journée de façon basique. Je tue le temps jusqu'à la nuit tombée. Dehors j'entends la pluie tandis que je fixe vos photos, assise sur le matelas pourri qui me sert de lit. Un long manteau en guise de couverture. Un pistolet sur la table, pour demain.

“Je vous aime.”

... Natasha ?

...

... Tu étais occupée Natasha. La nuit tombe, nous en resterons là pour aujourd'hui. Tes cauchemars me remplaceront et nous nous retrouverons demain. Je ne sais pas encore pour quoi, mais nous nous retrouverons. Je suis las de ces journées et je sais que cela changera. J'y veillerai. Un dernier détail et nous nous rejoindrons. Et puis...

Je regarde toujours les photos de Vincent et Cynthia.

... Je te rappelle que tout a un prix.

C'est la fin d'une journée ordinaire et mes yeux se ferment. La fatigue se fait sentir, les ténèbres m'envahissent. Mais les ténèbres ne sont pas vides...


FIN

Ambre – Flagellation Mentale - 10ème Partie

Alors que je quitte ce cimetière, je vois une imposante statue. Une forme qui courbe l'échine sur une tombe. Un homme encapuchonné. Je le regarde. Je TE parle, avant de t'oublier.

“Oui, toi et moi sommes les mêmes... Mais j'ai suffisamment payé le prix. Alors je me retire du jeu. Natasha d'Ambre te salue, et s'en va prendre son propre chemin.”

Alors que je détourne les yeux, ta voix caverneuse, si différente de celle qui résonne en moi habituellement, me parvint.


Où ça ?

Je me fige et regarde la statue au visage dissimulé sous une capuche de pierre, fixant le sol. Un frisson me parcours et je me parle à moi‑même, afin de me persuader de rester dans la réalité, de ne pas me perdre dans une folie naissante.

“... Je ferais mieux de partir... J'entends même les statues parler...”

Je te tourne le dos et continue de marcher, me sentant sur le point d'utiliser la Marelle. Encore une fois j'entends ta voix.


Où penses‑tu aller si tu n'es pas capable de faire la différence entre la Vie... Et Moi ?

Me retournant, je te vois. Tu es toujours de pierre mais ta tête est relevée, et je perçois les ténèbres sous la capuche. Loin du cliché du crâne humain et des yeux rouges, hein ? La pluie nous couvre à présent, et dès l'instant où je suis touchée par les gouttes d'eau, j'oublie tout. Comme chaque soir... Celui-ci sera peut-être le dernier...


Ambre – Flagellation Mentale - 9ème Partie

Je m'améliore... Ça va faire des heures que je n'ai pas pensée à son sourire. A sa chaleur. A la douceur de sa peau...

...

Et tout est gâché à cause de toi , réminiscence d'une Moi disparue. Me voilà sur la tombe à nouveau, à les regarder tous deux. Et les souvenirs reviennent.

...

Bien. La journée se termine, il est tant de se parler.

...

Tu sais que je suis en toi depuis tout ce temps. Que depuis tout ce temps tu m'entends sans m'entendre. Que tu te retiens. Et pourtant tu veux savoir pourquoi tu es comme ça, non ? Toi qui rêvais de sauver des vies, et qui finalement tue pour un oui ou pour un non.

...

As-tu passée beaucoup de journées comme celle-là, Natasha ? Une journée où tu te pose sans cesse LA question, c'est‑à‑dire “Pourquoi ?”...


...

Qu'est‑ce qu'il y a ? C'est cette colère, cette rage qui t'inquiètes ? C'est envie de traiter tous les salauds comme ils le méritent, cette envie de vengeance que tu sens au fond de toi ? Franchement... Qu'est-ce que tu cherches si ce n'est “ça” ?

...

Si c'est ce que tu veux, je peux te le donner. Tu peux oublier tous ces conflits et faire la paix avec toi‑même. Tu sais que tu peux me faire confiance, non ? J'ai toujours été là, à tes côtés. A te protéger. Lorsque tu étais enfant, lorsque tu étais avec Vincent, lorsque tu as fait la guerre, lorsque tu as massacrés toutes ces vies.

...

Qu'est‑ce qui t'as fait tenir ? Qu'est-ce qui te procures cette joie lors des massacres, des oublies. Renie-moi et tu finiras par disparaître anonymement. Accepte-moi et je pourrai te donner ce que tu veux vraiment. Évidemment il y a un prix.

... J'ai déjà payé le prix.

Pas tout a fait. La mort de Vincent et de Cynthia et tout ton passé ont largement contribués oui, mais il reste le déclencheur. La petite chose qui te permettra de t'accepter vraiment telle que tu es au fond. Toi et moi. Nous ne nous détestons pas Natasha. Nous pouvons être toujours unis.

...

Chaque soir nous en arrivons là. Chaque soir tu peux enfin m'écouter, là devant ces tombes, avant de m'oublier et de ne croire que je ne suis qu'une mauvaise part de toi. Que je ne suis que ta colère.

Pourquoi moi ?

Disons que tu as un potentiel, et que nous faisons le même genre de choses. Vengeances, combats, meurtres... Mais j'ai bien plus d'anciennetée que moi. Tu aimes cela autant que moi, notre marché est donc parfait. Tu obtiens ce que tu désirs, et moi j'exerce mon activité préférée.

...

Tu te poses des questions, hein ? Tu veux savoir qui je suis ? Et bien, à ton avis, Natasha ?

...

D'ici quelques minutes, tu auras oubliée notre petite discussion. Il est temps de te décider Natasha. Dis le mot. Dis moi “Oui”.

...

... Bien... Comme chaque soir, je vois. Et bien si tu ne m'acceptes pas... Nous verrons bien comment tout cela se terminera. Auras‑tu la force d'affronter une nouvelle journée d'éternelles souffrances ? Ou bien vas‑tu disparaître sans que personne ne s'en préoccupe, ni ne le sache ?

...

Sans moi tu n'auras pas la force. Je suis a bout de patience et je ne resterai pas auprès de toi éternellement. Tu rejoindras l'autre coté... On se reverra en Enfer, Natasha d'Ambre.

... L'Enfer ressemblera à une réunion de famille, j'en ai bien peur.


...


Ambre – Flagellation Mentale - 8ème Partie

Je fini par me réveiller encore une fois. Et je le regrette immédiatement.

Je... Rêvais... ?

Pour une fois que ce n'était pas un cauchemar...

... J'étais dans ses bras et il me berçait...

Ma tête semble sur le point d'éclater et mon ventre veut faire un remake d'Alien. Le sang a séché partout autour de moi, j'ai encore dû perdre un bon litre. Je me sens un peu moins faible, mais j'ai la bouche pâteuse. La fièvre n'est pas encore tombée.

C'était comme avant...

Je vais dans la salle de bain. Les carreaux cassés du carrelage m'abîment les pieds. Devant un grand miroir que je fais apparaître, je regarde mon ventre.

...

Je suis une cicatrice vivante.

... Les sutures sont plutôt bien faite. Je pense que je vais éviter l'infection.

En parlant d'infection... Ça sens bizarre. Le scotch sur mon bras paralysé me démange atrocement. Je renifle. Ça pue.

Les plaies doivent être purulentes. Ça risque de s'aggraver si je ne fais rien...

... Mais au fond, quelle importance ? Quoique... Je pensais bien avoir besoin d'aide pour mon ventre et finalement j'y suis arrivée toute seule...

Je trempe mon bras sous l'eau et défait délicatement le scotch... Quand je pense à ce rêve... C'était agréable... Que dirait Vincent s'il me voyait comme ça ?

Lorsque le ruban adhésif s'enlève, il y a une membrane composée de colle,de chair, de sang et de pus qui relie ma peau au scotch. Je hurle. L'eau ne me fait aucun bien. La blessure est très moche.

Lui qui s'affolait dès que je me coupais le bout du doigt. Dès que je me cognais.

Surmontant la douleur, réprimant les hauts le cœur, je m'emploie avec ma main libre à déchirer cette membrane translucide de couleur pourpre. Ce n'est pas que de la colle, et la douleur que je ressens me fait comprendre qu'une partie des chairs à vifs a fini par prendre cette forme. C'est ma propre peau que je déchire.

... Depuis cette époque, combien de temps c'est écoulé ?


Je n'arrête pas de hurler. Enlever tout ce scotch me paraît durer une éternité et chaque millimètres de déchirés me provoque une douleur intense. Des bords des plaies, finalement dégagées, commencent à s'écouler du sang...

Et depuis tout ce temps, jusqu'à quel point ai‑je changée ?

Et du pus... Ça coule, ça ne s'arrête pas. J'ai l'impression d'avoir de l'acide dans les veines. Et lorsqu'enfin le ruban adhésif est complètement retiré, qu'il n'y a plus de membrane le reliant à mes blessures... Je suis paralysée. Terrassée par la douleur.

... Vincent...


Je reprends difficilement mon souffle. Je suis encore trop faible et des points noirs dansent autour de mes yeux. Je frôle encore l'inconscience, mais la douleur m'empêche de sombrer. Et l'air de rien... Je me sens encore vivante malgré ce corps en putréfaction et ce cœur vide.

... Aide moi... S'il te plaît...


Je n'accepterais pas d'être mise à terre comme ça. Cette douleur n'est RIEN ! Je suis plus forte ! Je suis au‑dessus de ça !

Par pitié... Quelqu'un...

“Je suis forte !”

Je bande les muscles de ce bras meurtris et le lance en avant après l'avoir sorti de sous le robinet. Il vient frapper un coin du miroir, ce qui me vaut de me ré‑entailler la main, comme ce matin.

... Au secours.

J'halète, je suis en nage. Le poing toujours contre le mur, les muscles serrés, je contracte. Le sang jaillit par petites gerbes. Le pus également. Je le chasse brutalement de mon corps.

... Je suis perdue... Je sais plus quoi faire...


La douleur semble disparaître maintenant que je suis réveillée. Je lave mon bras et le désinfecte avant de le panser correctement. Puis je m'occupe de mon ventre. Et des autres blessures.

...

Devant le miroir, j'ai l'impression d'être à moitié devenue une momie. J'éclate de rire.

...

J'ai conscience que je déraille. Mais je ne peux pas tomber plus bas dans la folie.


...

Je SUIS la folie...

...

Je suis forte car je suis une Sang Réel qui ne craint pas la mort. Qui EST la Mort. Qui peut tout détruire. Je suis puissante.

...

Je n'ai peur de rien. Rien ne peut m'atteindre.


...

Je n'ai plus besoin du passé. Je suis autre chose maintenant.


...

Cette humanité je ne la rejette pas. Car elle est partie d'elle-même. Mais ça ne me manque pas. Je n'ai pas besoin de ça. Je n'ai pas besoin des souvenirs de Vincent et de Cynthia...

...

... Je n'ai pas besoin d'être aimée, je n'ai pas besoin d'amis. Je suis mieux sans !

...

... Non ?

...

...Dis-moi, toi qui me regardes à travers ce miroir. Avec ces beaux yeux verts.

...

... Que suis-je devenu ?


Ambre – Flagellation Mentale - 7ème Partie

Dans les films ou les bouquins, quand le héros tombe dans les pommes, il se réveille généralement dans un lit, soigné de ses blessures et entourés de ceux qui l'aime...

... J'ouvre les yeux...

Depuis combien de temps je suis dans le noir ? J'ai un putain de mal de crâne, c'est comme si ça aller exploser. Je vois flou, j'ai froid. Bref, c'est pas la forme.

... Se relever...

C'est humide sous moi. Je peine à me redresser et fini à quatre pattes. Je remarque l'énorme flaque de sang dans laquelle je baigne. J'ai dû perdre un litre ou deux là...

...

Je me sens vaseuse. Je m'assois par terre et regarde devant moi. La grosse pierre est toujours là.

La stèle...

Je suis toujours face à la tombe de mes amours. Je saigne encore, on croirait une hémophile. Je me sens engourdie de partout, je crois que je vais encore m'évanouir.

...

Pour me tenir éveiller, j'arrache le scotch d'un de mes bras. J'hurle. Les plaies sont à vif, encore plus écartées. Ça fait mal, mais je peux rester consciente. Par contre, j'ose plus bouger le bras.

... Du sang partout...

J'ai souillée la stèle. J'ai...

“Je... M'excuse...”

Je tente de me relever. Je dois mettre une dizaine de minutes avant d'y arriver. Il faut que je nettoie ça, c'est irrespectueux de Vincent et Cynthia.

... Difficile de...

Je ne manœuvre plus mon corps correctement. Je trébuche sans cesse, manque de m'évanouir à chaque fois. Pourtant je m'applique à utiliser la Marelle pour tout nettoyer.

... Faut... Soigner...


Je m'écroule à genoux, face à la tombe. Je suis exténuée. Lentement je lève les yeux. Elle est propre maintenant. Et les fleurs sont là.

Je souris vaguement. Je...

Merde, je vais pas me mettre à chialer quand même ?!

... Il se met à pleuvoir... ?

Ça tombe bien. Si quelqu'un arrive, il pourras pas dire que je pleure. On peut pas faire la différence entre les larmes et la pluie.

Ça fait du bien. Ça rafraîchis. Je lève la tête et ferme les yeux. Je me sens mieux.


“Désolée... Je reviendrai quand... Ça ira mieux...”

...Et dire que c'est comme ça presque tous les jours...

... Se lever...

Je tente de me tenir debout. Mes jambes tremblent, elles supportent mal mon poids. Mon ventre... La douleur se réveille. Ça brûle toujours autant. Je plaque mes bras dessus. Faut stopper l'hémorragie...

... Partir...


Quelques pas. La Marelle. Ma chambre, au sec.

C'est infecte ici, je devrais aller ailleurs, je risquerai une infection en faisant l'opération.

... Oh et puis on s'en fout !

La Marelle me donne ce dont j'ai besoin.


C'est épuisant, je pourrai jamais faire ça toute seule... J'ai besoin d'aide...


J'ai le savoir‑faire. Confiance.

... Je mords mon flingue.

Je me mets à la tâche.

Toutes les deux minutes, je m'évanouis. Ça dur une éternité. J'ai des hauts‑le cœur. Ça tourne, j'opère au pifomètre. Et avec un bras en moins c'est vraiment pas facile...

C'est bon.

Tout est ok. Je peux...

Noir, encore.

...

Ambre – Flagellation Mentale - 6ème Partie

Le Chatterton ne me servira pas cette fois. Je m'assois dans un coin et utilise une pince pour retirer les chevrotines logées dans mon ventre. Mes entrailles me brûlent, ma blessure était plus grave que je ne le croyais. Je serre les dents pendant mon opération.

Pourquoi ne pas rester là à pisser le sang ? Ça serait vite fini.

L'extraction semble durer une éternité, des points noirs apparaissent devant mes yeux. Je sais pas ce qui me fait tenir, mais quand tout est terminé et que je m'attaque aux sutures, je pris pour qu'il m'en reste encore.

La douleur m'aide à me sentir vivante...

Plus que la compresse avec du sparadrap. Je m'occupe ensuite des éraflures subit pendant la "mission diplomatique" pour le Royaume... Aïe, c'est pas beau à voir non plus. Vive les talents de chirurgien. Après ça, je retire le Chatterton de ma main blessée et la soigne comme je peux.

Ça fait si mal...

Je m'arrête là. Retirer la bande adhésive de mes bras me semble une tâche impossible.


Je manque de tourner de l’œil.

Je me retape comme je peux. Quand c'est fini, je vais pas mieux, mais c'est toujours ça.

Mon corps est une ruine. Je suis un déchet à l'intérieur, mais l'extérieur n'est pas mieux. En plus je tremble énormément et j'ai comme des faiblesses... Des fourmis dans le corps, des nausées.

C'est la fièvre.

Bah. Elle finira bien par descendre. Et puis la douleur m'aide à surmonter cette fièvre et la sensation de mollesse qui m'emporte. Si je n'avais pas cette douleur, j'aurai l'impression d'être dans du coton.

Ça m'anesthésie. Faudrait peut-être que je m'allonge cinq minutes.


Je crois que je suis malade... Trop de fièvre...

Faut que je me soigne mieux que ça.

Ma tête tourne quand je me lève et que je marche. Mais je m'accroche. Le sang arrête de couler, les sutures tiennes. Je peux continuer à marcher. Tout va bien.

Je me rappelle avant... Lorsque j'allais mal et qu'il me portait, qu'il me réconfortait.

L'est plus là. Peux tenir le coup. J'avance alors qu'un tourbillon emporte mon champ de vision. J'ai du mal à tenir en équilibre. Je me sens si faible. C'est pas uniquement la fièvre... J'ai perdu trop de sang...

Il était si gentil quand j'allais pas bien...

Faut que je me reprenne. Que je me ressaisisse.

Tellement de bien... Quand j'étais contre lui...


Que j'arrête de me lamenter. Je suis forte.

... C'était si bon...

J'arrive à avancer. Tout devient flou. Autant se retrouver dans une Ombre où je pourrais m'asseoir sans risque de me faire repérer par quelqu'un. Un endroit où j'ai l'habitude d'aller... Voyons... C'est difficile, va falloir faire confiance à l'instinct.

Son odeur, sa présence... C'était si...

Peux plus tenir. Vais me trouver un coin pour me reposer. Juste cinq minutes. Je reconnais l'Ombre malgré les points noirs et les tournis.

Son souvenir m'aide à marcher.

Je peine, j'ai trop mal. Mon ventre me brûle, je plaque un bras dessus. Je boite lamentablement vers la forme sombre.

J'y arriverai.

Je peux presque l'atteindre. Mais je peux pas y aller comme ça. Je fais apparaître un bouquet de fleurs dans ma main libre. Des roses noirs.


J'y suis presque.

Ça tangue de trop. Je m'entends souffler. Je force pour y arriver... Mes sutures n'ont pas tenues. Le sang se remet à couler et goutte au sol. Mes forces me lâche. C'est à peine si je distingue l'imposante construction devant moi.

... Presque...

A peine à un mètre , je m'arrête. Peux plus bouger.


Je tombe.

“Aah...”

J'ai trébuché à mon dernier pas. Plus la force. Je tombe à la renverse et ne tente rien pour amortir la chute. J'essaye juste de lever mon bouquet de fleur, qu'il puisse être en place malgré tout.

Je suis par terre...

J’atterris lourdement. Face contre sol. Un bras le long du corps, l'autre tendu, la main ouverte.

Le bouquet... Il a roulé de quelques centimètres pour atteindre son but.

Maintenant je devrais me relever... C'est pas la mer à boire.

Il fait si sombre...

Et merde... Je vais...

Vincent, je t'...

NOIR...
 
NOIR...

Ambre – Flagellation Mentale - 5ème Partie

Midi... La matinée c'est achevé et je me sens encore un peu moi‑même... C'est une victoire. Je me rends compte que j'ai pas bouffée un repas correct depuis une éternité.

Et c'est pas près de changer.

Je pourrai faire tout apparaître par la Marelle, mais me voilà en pleine rue sur l'Ombre‑Terre, à entrer dans une supérette. Il y a de tout, alors je prends ce qui me fait envie. Ce petit moment, étrangement, est le meilleur de ma journée. Et c'est presque comme si un vague sourire se dessine sur mes traits, quand j'imagine le goût des aliments.

...

Un gros monsieur passe. Des gens. On est pas nombreux , mais ça respire l'insouciance et la vie. Un couple.

Vincent...

Une mère et sa fille...

Cynthia...

Et un type louche, tremblant , nerveux. Il porte un imper' beige et semble cacher quelque chose dessous. Personne ne l'a repéré. Personne sauf moi et l'unique caissier. Puis c'est l'apocalypse pour ces Ombriens. L'homme hurle et brandit un fusil à pompe. Les gens se couchent, la fillette pleure. Le caissier tremble tandis que l'homme s'adresse à lui.

Tires-toi...

Moi j'ai mon sac plein de provisions et j'avance vers lui et la caisse. Il me repère et me hurle de m'arrêter, de me coucher comme les autres. Il dit qu'il va me tirer dessus.

Parfait.

Un camé.

Un déchet.

Un pauvre type.

Un obstacle à exterminer.

Je le regard fixement. Il bafouille. Il est en manque. Il est perdu dans mes yeux verts.

Ça a toujours obsédé tout le monde ça...

Je suis plus petite que lui, mais sur le moment j'ai l'impression de faire trois têtes de plus. Je le domine.

Éradique celui qui t'a ôté ton seul moment de détente.

Son arme commence à pointer vers le bas et il prend peur tandis que j'avance un peu plus. Il tire une rafale, levant à peine son arme.

De la mitraille s'enfonce dans mon corps. Mon ventre est touché. La douleur me fait reculer un instant, mais je ne sens rien de vraiment grave. Ou peut‑être, je sais pas.

“Quel est ton nom, fils ?”

Surpris, il veut tirer encore, mais le fusil est long. Un coup de main l'envoie ailleurs. Maintenant je vais dégainer je pense... Ou alors...

Le laisser partir, il n'est pas responsable.

... Je m'amuse. Tandis qu'il bégaye quelque chose et sort un gros revolver pour le pointer sur moi, je souri. J'attrape l'arme par le barillet. Il appuie sur la détente mais ça ne marche pas. Visiblement il ne s'y connaît pas en arme à feu. Souriant encore plus, je colle le canon de l'arme sur mon front.

“Vas y ! Tire ton coup ! Éclate-moi la tête ! Repeints les murs !”

Il écarquille les yeux et plus personne ne prononce un mot. Même la fille ne pleure plus. Ils ont peur. Je le regarde intensément.

“Tu as peur ?”

Il tremble de plus en plus, ses mains ne tiennent presque pas la crosse du revolver. Il me répond par la négative.

“Tu devrais.”

Ma voix est sombre et mes yeux le transpercent. Il s'effondre au sol. Il se pisse dessus. Je le toise et pointe le revolver vers lui. Il est sur le point de crier.

... Non...

Je n'ai plus qu'à appuyer sur la détente et adieu.

NON !

... Je le regarde encore... Quelque chose me pousse à lui laisser la vie sauve.


JE VEUX PAS LE TUER !!!

Pourquoi ? Il n'est pas différent de ceux de tout à l'heure, avec les autres... Lui aussi il en veut à ma vie.

C'est pas pareil ! C'est pas pareil !.


... Je le regarde encore...

“Tu veux vivre ?”

Il réussi au bout d'un moment à me dire que oui. Je le fixe encore.

“Je suis le visage de la terreur que tu scrutes sans relâche. Je suis la peur personnifié.”

Il est pétrifié, il ne comprend pas.

“Va. Un mort t'as parlé.”

Je pose son revolver près de la caisse et me désintéresse de lui pour payer. Il se relève et fuit en hurlant. Cet homme ne survivra pas longtemps. Mais pourquoi ne l'ai‑je pas tué ?!

Je veux pas...

Je repars tandis que les autres sont encore trop abasourdis pour bouger. Puis sur le pas de la porte je m'arrête et me retourne.

Est‑ce que tout le monde va bien ?

Ils n'ont rien. Seule la petite fille est debout, me regardant étrangement.


Je lui souri.


“Au revoir ma toute belle !”

Je sors.

J'ai la dalle.

Ça aurait pu être pire.

Je mange. Ils n'existent déjà plus.

Je suis encore bonne à quelque chose l'air de rien.

C'est bon...

... Maintenant l'après‑midi... Je crois ?

Perdu dans le temps. Perdu dans la vie. C'est ridicule.

Que faire ?

Mourir ?

Ambre – Flagellation Mentale - 4ème Partie

Je marche sans but dans l'obscurité d'une ruelle insalubre. Un endroit crade.

Pas autant que toi.

Et là, contact par Atout. Un Ambrien. Le Royaume à besoin de mes services.

Envoie-les chier.

J'accepte sans poser de question et je retrouve tout autour de moi de vieilles connaissances.

Voilà une occasion.

Je reste silencieuse, comme beaucoup. Et lorsque l'affaire est exposée, je suis le groupe sans donner mon avis.

Ça ne devrait plus tarder.

En chemin, bien sûr, on croise d'autres Sangs Réels. Des personnes que je connais aussi. L'affaire avance péniblement. Ça serait mieux si personne ne s'emportait pour des absurdités. Ça s'agite tout autour. Que faire ?

Agis.

J'attends. J'attends qu'ils s'arrêtent et que nous poursuivions l'enquête. Par moment, il faut se battre.

Oh, ouais !

J'hésite toutefois un peu à les tuer mais... Les coups partent d'eux mêmes.


Je fais un massacre, au même titre que mes compagnons. Le sang coule à flot, je tape, déchire, griffe et mutile. Et si je peux je perfore. Ça défoule, ça fait du bien.

C'est horrible...

... Mais ça fait tellement du bien. Parfois, je prends des coups aussi. Pas grave, ça ne fera que quelques blessures de plus. Et puis ça finira par guérir. Et puis la douleur aide à oublier. A m'oublier. Autour de moi, les autres font ça sans sentiments particuliers. Quoique...

La petite voix en moi me pousse à y prendre du plaisir.

Je suis vivante ! Ça fait du bien de voir leur peur, leur sang , leur douleur. Si je peux pas en finir, alors autant y aller à fond avec ceux-là. Et avec un peu de chance, y en aura un qui finira par m'avoir ! Je fonce, je tape encore et toujours. Mes armes deviennent moi. C'est comme pendant le concert, mais en mieux. Car ce n'est plus juste des sentiments qui doivent s'extérioriser. Je suis la violence, je suis la frustration, et je jailli sur quiconque ose se dresser devant moi. Pas de chance les gars, c'est tombé sur vous !

Bientôt il n'y a plus personne à tuer.


Merde, je suis pas tellement blessée...

Aurais‑je dû réagir comme ça ? Les tuer sans leur laisser une chance de s'en sortir ?


Y en a pas d'autres ? C'était trop court !!

Comment ai‑je pu me laisser emporter ? Ce n'était pas moi encore une fois. Je ne suis pas une tueuse.

C'est si facile.

Je me reprends et me replis sur moi. Je m'enferme. Ça ne doit pas recommencer.

Ça va venir.

Avec les autres, ont fini par régler l'affaire.

Et entre temps, j'ai pu me défouler. Me sentir vivre.

Et on fini par se séparer. Je revois Ranakel, fidèle à lui­‑même et toujours aussi glamour, hautain et grande gueule.

Faudra la lui fermer un jour.


Il devrait se trouver une copine, il serait plus sympa. Dans le même genre, Premutos est pas mal non plus. Toujours aussi obsédé et blagueur. Toujours à me chercher.

Vas‑y, laisse-le te trouver, histoire de rire.

Je m'emporte un peu.

Et le cogne.

Mais je l'ignore un maximum. J'agis comme Kiara et Under. Toujours ensemble, toujours embarqué dans des problèmes pas possibles.

Ouais, y en a qu'on de la chance.

Enfin, heureusement ils s'en sont sorti. Et dire que tout ce qu'ils demandent c'est d'être tranquille. Faudrait que je sois plus compréhensive avec eux, et les aider un peu plus. Les connaître un peu mieux...


Ignore-les autant qu'ils t'ignorent, pauvre conne.

C'est ma famille quand même...

Raison de plus pour de pas les voir. Besoin de personne.

Chronitio lui, semble toujours aussi peu heureux.

Ça me rappelle quelqu'un...

Heureusement, il y a Akeena maintenant. Dès qu'il rentrera, il aura la paix. Tant mieux pour lui, je préfère le savoir en bonne compagnie.

Jalouse ?

Parfois il y a d'autres personnes, mais je ne les connais pas assez. Alors je ne m'attarde pas à les observer et à regretter de ne pas vouloir les connaître.

C'est ça, tire toi.


Faut que je trouve du Chatterton, ça pisse le sang.


Heureusement ça fait mal.

Cette affaire m'a rendu bizarre.

Me suis bien défoulée.

J'ai pas aimée.

J'ai bien aimée.

Je reprends ma marche sans destination.


C'est une bonne journée finalement...

Ambre – Flagellation Mentale - 3ème Partie

Une fois sorti, je sais pas quoi faire. Je retourne m'asseoir sur ce qui me sert de matelas. Je repense un peu à avant. Lorsque la douche était un moment de détente et qu'il y avait quelqu'un pour vous prendre dans ses bras. Avant, après, voir pendant.

Je sais que ça te manque.

Je repense à lui. A nous. Ensemble.

Avoue que t'aimerai bien remettre ça !

Je repense à notre vie, à notre amour.

Que t'es en manque !

Les images tourbillonnent et me donnent le vertige. Et je me sens bizarre. Une envie de quelque chose... J'essaie de ne pas y penser mais...

Depuis combien de temps tu l'a pas fait ? Depuis combien de temps t'as pas baisée, hein salope ?

Les souvenirs se focalisent sans que je ne puisse y faire quoique ce soit. Sur cette envie, sur ces moments particuliers. Si intimes... C'était naturelle mais là je ne peux plus supporter ça.

La salope est en manque‑euh ! Elle est en manque‑euh !

Je prends ma tête dans mes mains et appuie très fort jusqu'à ce que ça s'arrête. Je ne veux plus me rappeler. Ça me fait mal. C'est malsain.

Mais tu es malsaine, peine‑à‑jouir !

Je me lève et part. Je ne peux pas rester là. Peu importe où je vais, je décampe.

La vérité c'est que t'as pas baisée depuis une éternité et que t'ose même pas sous des prétextes stupides !

Ce genre de pensées, c'est indigne de sa mémoire. J'ai connu ça, je devrais déjà m'en estimer heureuse. Et c'était juste de l'amour que je voulais, pas autre chose...

Y a plus d'amour. Et le corps demande autre chose.

Je sors et marche, passant dans des centaines d'endroits différents...

ARRÊTE DE M'IGNORER !!!

Quelque chose semble hurler dans ma tête... C'est comme avec le pistolet. Comme dans la salle de bain. Ça me pousse à devenir violente. Ça me fait peur... Il faut que je me défoule, que je fasse autre chose.

C'est ça, défoules-toi, ça me fera du bien.

Je tombe sur une Ombre que je connais depuis quelques temps déjà. Rock'n Roll Heaven. Il n'y a pas de concert encore, et je prends une guitare et commence à improviser un concert. La musique me défoule.



“(...)
Get up, come on get down with the sickness
Open up your hate, and let it flow into me
(...)”



Je hurle des paroles torturées au son d'une musique violente. Ça devient de plus en plus agressif tandis que je crache des paroles de plus en plus vulgaires...



"(...)
You fucker get up
Come on get down with the sickness
Madness is the gift, that has been given to me
(...)"


... Et que je me donne à fond. Mes vêtements doivent me faire ressembler à une pute au look gothique. J'aime ça. Je regarde le public entre deux paroles. Ils sont surexcités. Je suis la Reine du show, je domine tout. Cette puissance, dans la maîtrise du moment, dans la brutalité des paroles et dans la violence du son. Je danse entre deux refrains. Je n'existe plus. Je suis la musique. La violence de la musique. La force du son. Je me bats d'une certaine manière, avec moi‑même, pour ne pas penser à des choses futiles et stupides. Je ne pleurniche plus. Je suis forte. Le concert voit des dizaines de participants se succéder. Et moi je continue, inhumainement. Ma rage ressort dans cet esprit créatif. Mais je me fous de cette création, puisque seul m'intéresse de sortir cette colère. Et finalement, au bout d'un moment, ça s'épuise...



“(...)
Don't do it ! You're hurting me Oh-oohh !
Why did you have to be such a bitch ?
Why don't you,
Why don't you fuck off and die ?!
Why can't you just fuck off and die ?!!
Why can't you just leave here and die ?!!!
Never stick your hand in my face again bitch !
FUCK YOU !!!
I don't need this shit,
You stupid sadistic abusive fucking whore !!!
Would you like to see how it feels mommy ?
Here it comes, get ready to die!
(...)”



... Et j'arrête de chanter. On m'acclame. Je leur souri timidement. Je sais que je joue assez bien mais... En tout cas je suis épuisée. J'aurai donnée toutes mes tripes dans ce concert. Je me serai donnée à fond au point de ne plus exister en tant que personne. Comme au théâtre. Je me demande qui prends le relais dans ce cas là. Mais ça a l'air de leur plaire. Ils aiment la musique, et j'étais capable de le faire alors...

On s'en fout de ça.


Tout est fini et je part , marchant un peu pour me reposer.

Pas assez défoulé...

Ambre – Flagellation Mentale - 2ème Partie

L'eau chaude devrait faire du bien. Les douches sont faites pour se détendre normalement... Moi je vois surtout mon corps marqué par les hématomes et les plaies mal cicatrisées. Je n'avais pas remarquée que j'étais couverte de bleues comme ça. Je dois être repoussante.

Ça te va bien...

L'eau ne fait pas du bien. La chaleur qu'elle dégage me brûle comme de l'acide. Ça me démange, je m'écorche en me grattant.

Plus fort.

Je m'écorche de plus en plus, et je n'arrête que lorsque mes avant-bras ne sont plus que des plaies sanguinolentes. Je me sens si sale, si misérable. Une envie de violence monte au fond de moi, je le sens dans mon ventre.

Encore.

Je sens que mes gestes ne sont pas les miens, mais ceux de la petite voix. Celle qui me dit que je me déteste. Mon corps me démange comme jamais et j'arrête ma douche. Elle n'a fait que me brûler et me blesser. Je ne me sens pas mieux, je suis toujours vaseuse, ma peau me gêne comme jamais, et mes courbatures sont toujours là. Je m'étire et, arquant mon corps, entends des vertèbres craquer. J'ai les reins en miettes.

Ça te rappel des souvenirs, hein ? Ça te manque, hein ? Tu penses à l'époque où tu faisais...

Je prends du Chatterton, ce gros scotch noir pour les cartons, et m'enroule les bras avec. La flemme de panser correctement mes blessures. Et puis j'ai pris l'habitude de ce genre de bandage à la va­‑vite. Même si je sais que ce n'est pas bon pour mon corps.

Tu fuis tes propres pensées, c'est méprisable !

Je sens des élancements dans tout mon corps lorsque je m'habille. Et là, devant le miroir, j'ai du mal à me regarder en face. Ma tête est horrible, ça me rend folle de savoir que je ressemble à Ça.

Tu fuis même ton propre regard.

Je me lave les dents et découvre des coupures sur mes gencives. Je me coiffe et découvre des bosses sur ma tête. Je suis une abomination et je tente encore de me faire belle , comme si j'étais une fille.

Tu rejettes tout, si ce n'est pas pitoyable...

Je n'aime pas ce que je vois en face de moi. Ce n'est pas moi. Ça peut pas être moi, je suis si différente sur les photos...

Vas-y.

Je ne peux pas croire que cette chose qui me renvoi un regard vide puisse être moi. Je pense, j'ai des sentiments, je ne suis pas vide.

Allez !

JE NE SUIS PAS UN ZOMBIE !!!!  

ALLEZ !!

Mon poing vient violemment heurter le miroir. Un bruit se fait entendre et je vois les fissures se former, je sens la partie enfoncée.

OUI !!!

Je constate que je me suis frappée en plein milieu du visage. Mes yeux m'ont renvoyés, l'espace d'un instant, quelque chose. Un sentiment. Une émotion. Je ne suis pas vide.

Parfait !

Je retire mon poing. Il est tout écorché et du sang coule. Mon bras revient le long de mon corps, comme si je n'étais qu'un automate venant d'obéir à un ordre de quelqu'un d'autre.

Je peux bouger.

Est‑ce vraiment MOI qui ai frappé sur mon reflet ?

“Aïe...”

Ça me fait mal... Je me suis coupée. Je n'ai même pas réfléchis à mon geste, aux conséquences.

Aucune importance.

Le Chatterton va encore servir. Je ne comprends toujours pas ce qui m'a poussé à faire ça... Ce n'était pas vraiment moi, c'était... C'était comme une autre moi. Ça me fait... Peur ?

Faux. Ça t'as fait plaisir.

Je frissonne. Je réalise que ce genre de chose m'ait déjà arrivé depuis... Leur disparition... Comme si quelque chose grandissait en moi. Quelque chose que je ne veux pas mettre au monde.

Pourquoi pas ? T'as rien à perdre.

Cette petite voix en moi. Elle va grandir je le sens. Il ne faut pas que je l'écoute.

Trop tard.

Qu'est-ce qui m'arrive ? Il faut que je me reprenne...

Ambre – Flagellation Mentale - 1ère Partie

FLAGELLATION MENTALE



Debout...

Je me réveille...

Lève toi !

C'est difficile, j'ai mal dormi... Encore et toujours des cauchemars. Et je me réveille et je n'arrive plus à trouver le sommeil avant un moment... Ces visions me hantent depuis si longtemps...

Prends-le.

Je me redresse sur ce qui me sert de lit, et ma main vient prendre doucement l'objet métallique posé à côté de moi. Je remarque le médaillon. Il représente un jeune homme tout ce qu'il y a de plus séduisant et sympathique.

Ne perd pas de temps.

La dernière fois, j'avais essayée avec l'autre, celui qui à un médaillon représentant une petite fille. Ça ne m'avait pas vraiment porté chance...

Vas-y.

L'objet est déjà préparé depuis hier. Chargé, prêt à l'emploi, sans sécurité. Il est froid dans ma main et je me mets à frissonner... Ou peut‑être que ce n'est pas ça... J'ai toujours ce sentiment de peur, chaque matin. Pas seulement à cause des cauchemars...

Met‑le dans la bouche.

Vieux réflexe que j'ai depuis un long moment maintenant. Chaque matin après le réveille. Chaque fois j'espère ne pas flancher. J'espère que cette fois j'y arriverai. Alors j'ouvre la bouche et je pose le long objet froid contre ma langue, le faisant remonter contre mon palais. Il est bien calé.

Appuie.

Mon index est logé contre une petite partie incurvée. Je n'ai qu'à appuyer. J'ai envie d'appuyer. C'est tout simple à faire, mais... Des larmes commencent à me couler des yeux.

Appuie.

Le doigt se crispe et je sens cette petite partie en métal partir vers l'arrière. Très facilement. Ma main est faible et tremble. Je sens l'objet se décoller de mon palais. Il faut que je réaffirme ma prise. Mon doigt est comme bloqué au moment où le déclic se fait entendre.

Appuie !

C'était la marge. Maintenant il faut une pression plus franche pour rabattre le chien. Et PAN, ça sera fini. C'est comme ça chaque matin... Comme j'ai un moment de flottement, je baisse les yeux vers le petit carnet à photos près de moi. J'y vois l'homme du médaillon, m'enlaçant dans ses bras. Et celle que j'étais autrefois, souriante et insouciante.

APPUIE !

Ce n'est plus moi. Je ne suis plus cette fille. Et le garçon n'est plus là. Faut que j'appuie. J'en suis capable. Je peux le faire. Allez, courage, j'appuie.

...

Le chien tremble, manquant d'équilibre parce que partagé par son emplacement et le rabattement vers la culasse. Il tremble comme la gâchette. Comme mon doigt. Comme moi toute entière.

Allez !

Je peux le faire, je peux le faire... Je jette un nouveau regard sur la photo... Il me manque...

TIRE !

Je... Relâche mon doigt.

...

Je sors le canon tandis que je me laisse aller aux soubresauts, aux gémissements.

“Pardon...”

...

Ce matin encore, je n'ai pas réussie.

“Je suis désolée, je peux pas... Je peux pas...”

Je pause le flingue et m'essuie les yeux.

...Pauvre conne...

Je passe une main sur la photo comme pour la caresser, puis la serre contre mon cœur.

“Bientôt, je te promets... On se reverra... Laisse-moi juste encore un peu de temps...”

T'es vraiment qu'une pauvre conne...

“... J'y arriverai...”

Le matin vient de se lever , et je n'ai pas pu me mettre une balle dans ma tête. Une petite voix hurle en moi.

PAUVRE CONNE !!!

Je l'entends à peine, j'ai trop mal. Mais je sais qu'elle me déteste... Qu'elle déteste ce que je suis.

Incapable de crever ! Lâche devant la vie, lâche devant la mort !

Je reste un instant, la photo contre ma poitrine. C'est comme ça chaque matin. Chaque matin depuis une éternité il me semble. Je n'ai plus la notion du temps maintenant.

Pitoyable...

Je vais me lever... Une nouvelle journée commence, et la petite voix se réveille en même temps que moi. Il faut que je profite de ces instants où elle est encore trop faible.

Pathétique...

Une journée ordinaire s'annonce...