jeudi 28 octobre 2004

Van Helsing


VAN HELSING
(2004)

En Transylvanie, Victor Frankenstein réussit à donner vie à une créature composée de cadavres. Malheureusement pour lui, il est tué par le Comte Dracula qui veut utiliser sa création pour donner vie à ses enfants, fruits d’accouplements entre vampires qui ne survivent pas naturellement. Le monstre s’échappe mais les villageois semblent le détruire en brûlant un moulin dans lequel il s’était réfugié. Un an plus tard l'agent du Vatican Van Helsing est envoyé en mission dans le pays, afin d’aider la dernière survivante d’une antique famille à détruire Dracula…


Après un très bon départ avec Un Cri dans l’Océan, la carrière prometteuse de Stephen Sommers allait chuter de plus en plus. Suite à une Momie sympathique quoique sans âme, renouant avec le film d’aventure, nous avons eu droit à un grotesque Retour de la Momie au scénario catastrophique, reprenant souvent les meilleurs scènes de l’opus précédant et à la réalisation perdue dans un excès d’effets digitaux ridicules. Nous ne parlerons pas du Roi Scorpion, spin-off de la série dédié à un personnage très secondaire, que Sommers n’aura de toute façon pas réalisé. Van Helsing, malheureusement, poursuit dans cette lancée.


Autant être direct, il n’y a pas grand-chose à sauver de ce film dont l’idée de base était intéressante (bien qu’en ce qui concerne la rencontre de plusieurs personnages hors du commun, l’adaptation de La Ligue des Gentlemen Extraordinaire est sortie quelques temps auparavant sur les écrans). La faute à un script bourré de clichés, à une surenchère d’effets spéciaux (made in ILM) et pas des plus réussis, à un trop grande nombre de mouvements de caméras inutiles ainsi qu’à un montage trop serré et à un problème de rythme plus qu’évident. Rien que ça.


Van Helsing se veut spectaculaire. Hélas à trop vouloir l’être il en devient indigeste, enchaînant les scènes d’actions à une vitesse folle au point de ne laisser aux spectateurs que très peu de répit. Et malheureusement les rares moments où la caméra se pose et prend le temps de suivre l’histoire, afin de donner quelques explications quant à la trame ou bien de développer un peu plus les personnages, tout devient insipide car banal, déjà-vu… Il est évident que Van Helsing et la Princesse Anna vont tomber amoureux dès leur première rencontre. Il est évident que Van Helsing et le Comte Dracula ont un lien commun… De ce  fait le spectateur semble avoir constamment une longueur d’avance sur les évènements, ce qui se révèle particulièrement agaçant.


Autre défaut, l'excès de CGI pour les effets spéciaux, que ce soit pour les monstres ou les doublures digitales de certains acteurs (exception faites de la créature de Frankenstein, entièrement en latex et maquillage, et gardant très légèrement le look de Karloff dans les films de James Whale, bien qu'il ressemble plus au Frankenstein Junior de Mel Brooks). Il y en a tellement que tout semble faux. Autant les loups garous sont convenables (passons sur le fait qu'ils gardent un pagne, vestige de leur pantalon, afin de ne pas montrer les acteurs nus une fois redevenu humain, ce qui est complètement ridicule) malgré le fait que leur transformation particulière (l'humain gonfle s'arrache la peau, sous laquelle se trouve la forme du loup) soit trop rapide pour être appréciée pleinement, autant le reste fini par devenir lourd et agaçant car coupant toute possibilité de s'immerger dans le film. Les trois Fiancées de Dracula, sous forme monstrueuses, ne sont pas impressionnante du tout et font peine à voir, sans parler de celle de Dracula lui-même, évoquant tout juste une créature de jeu vidéo au design peu inspiré. De jeu vidéo, la ressemblance demeure tout au long du film alors que Van Helsing saute de chevaux en chevaux pour regagner une calèche (jeu de plateformes) ou lorsque Anna affronte l'une des vampires dans le château de Dracula (boss de fin de niveau).


Non content d'être peu réussis, les effets font carrément mal à la tête tant leur utilisation tiens de l'exagération. Tous les trucages tenant de la machine de Frankenstein vont vous faire cligner des yeux, tant l'accumulation d'éclairs, de flashes lumineux et autres artifices éclatant finissent par saturer. Le pire étant que ces séquences ne sont pas limité à une ou deux scènes mais reviennent très fréquemment. Heureusement cela passe mieux sur un petit écran…


Les CGI et la mise en scène trop dynamique ne sont pas les seuls responsables du gâchis du film. D'une part l'interprétation laisse vraiment à désirer. Si Kate Beckinsale (Underworld) et David Wenham (Lord of the Rings) en inévitable sidekick pas trop énervant s'en tirent bien, Hugh Jackman n'est crédible qu'une fois sur deux, n'influant quasiment aucune once de charisme à son personnage  (là où il y arrivait très bien dans les X-Men) et ce malgré un look assez typé renvoyant beaucoup à Vampire Hunter D (bien que le réalisateur s'en défende en prétextant avoir simplement demandé un accessoire visuel, le chapeau, à la costumière). Et surtout Richard Roxburgh (La Ligue des Gentlemen Extraordinaire) campe un Dracula ridicule, entrant en direct concurrence de la plus mauvaise interprétation avec Gerard Butler dans Dracula 2000. Aucun charisme, un faux accent ridicule et des mimiques horripilantes, Dracula n'est qu'un cabotin qui fait peine à voir. N'insistons pas sur cette misérable interprétation d'un personnage censé être vide de tout sentiment alors que ce n'est ici clairement pas le cas,  qui est l'une des plus belles erreurs du film. De même, ne parlons pas du ridicule Mr. Hyde que va affronter Van Helsing au tout début du film, entièrement constitué en images de synthèse et tout bonnement hideux.


Les autres personnages sont malheureusement sous-exploités. Nous retrouvons l'acteur fétiche de Sommers, Kevin J. O'Connor, dans le rôle d'un Igor très sympathique bien que fort éloigné de l'original, qui est honteusement utilisé ici comme simple faire valoir. Apparaissant
seulement pour une poignée de scènes, il est regrettable de ne pas lui avoir donner un rôle plus consistant. Dans le même ordre d'idée la créature de Frankenstein, personnage très attachant car le plus humain du film, n'apparaît finalement que très peu et aurait mérité d'être un peu plus présent. Enfin les fiancées, aussi magnifique qu'elles soient sous formes humaines, semblent surjouer en arrière plan lorsque quelque chose ne se déroule pas comme prévu selon leurs plans (mort présumée du monstre, destruction de leurs enfants) et l'instinct maternelle qui se dégageait d'elles lors de la naissance de leurs progénitures aurait pu être plus développer… 



Maintenant l'histoire. Qu'elle soit prétexte, ne servant qu'à se faire rencontrer et affronter les différents personnages du film, soit, mais on ne peut que s'énerver devant tant de clichés, de dialogues aberrants de banalité et de romantisme convenu (Van Helsing priant Anna de se dépêcher tout en la retenant pour lui parler et finalement l'embrasser). Viens s'ajouter à cela des idées étranges, comme de faire se regrouper dans les sous-sols du Vatican toutes sortes de religions travaillant ensemble pour la destruction du Mal, en une insipide référence à James Bond. Le fait que Dracula ne puisse être tué que par un loup garou ou encore que la créature de Frankenstein se trouve être aussi intelligente que n'importe quel être humain alors qu'elle n'a eu pour toute lecture que la Bible depuis son existence. Évidemment on peut aussi s'agacer du fait que tout le monde parle parfaitement l'anglais, que ce soit en Transylvanie, en France ou à Rome, ou encore que Van Helsing se nomme Gabriel (au lieu d'Abraham) et qu'il serait la "Main Gauche de Dieu" (un archange amnésique travaillant comme agent secret pour le Vatican !) ou encore que le monstre soit souvent nommé "Frankenstein" comme son créateur et que le vrai nom de Dracula ne soit pas Vlad Tepes, mais Vladislaus Dragulia (?). Mais bon puisqu'il s'agit d'un blockbuster pour le grand public, autant fermer les yeux.


Alors en ce qui concerne les scènes de grand spectacle, on en a plein la vue et ça dès l'intro en noir et blanc, renvoyant aux vieux films de la Universal (l'une des meilleurs passages du film, qui n'a pas était réalisée par Sommers mais par Greg Michel, le réalisateur de seconde équipe), mais il faut dire que la plupart du temps, ça ne prend pas la sauce. Comment ne pas rire lorsqu'une calèche attelée à plusieurs chevaux saute dans le vide, tel le traîneau du Père Noël, les animaux parvenant à tous se retrouver de l'autre côté du ravin ? Sans parler de ce plan visant à détruire les Fiancées avec une fausse calèche piégée. Comment croire un seul instant que les vampires n'ont pas remarquées qu'il y en avait une seconde a proximité ? Comment ce fait-il que le loup-garou apparaisse subitement à l'arrière du véhicule alors qu'au plan d'ensemble juste avant il n'y avait rien ? Quant à l'affrontement entre Dracula, sous forme démoniaque, et le loup garou, il renvoi surtout à une partie de catch qu'à un combat à mort entres créatures des Ténèbres. Au moins la scène est un minimum lisible contrairement à ce dont on a l'habitude de voir en cette période (X-Men 2, Hulk). On ne sait pas trop quoi penser des "enfants" de Dracula, simples Gremlins volants (avec cocons à l'appuie) finalement peu redoutables (tu parles d'un "plan ultime") ou bien des différents passages "acrobatiques" qui consistent à balancer les personnages dans les airs comme dans un Spider-Man. Reste le final, sacrifiant l'un des personnages clés au grand étonnement du public, l'image du loup garou hurlant alors qu'il redevient humain progressivement demeurant l'un des plus beau moment du film, hélas gâché par l'apparition dans les nuages de l'âme du-dit personnage, allant retrouver les siens au Paradis, concluant alors le film sur une note de ringardise des plus hautes.


Reste quelques éléments à sauver, comme l'arrivée au Bal des Vampires (référence au film de Roman Polanski, tout comme la poursuite en calèche un peu plus tôt) tout bonnement magnifique et d'une richesse impressionnante en matière de décors et de costumes,  hélas gâché par la destruction ultra rapide des créatures de la nuit (une bombe à UV et on en parle plus), ou la musique signée Alan Silvestri, qui bien que dans le même esprit du film (très dynamique et basique), se révèle être agréable à écouter.




Van Helsing est donc très décevant au regard de ce qu'on en espérait, et surtout par rapport à ce dont est capable Stephen Sommers. Certains le verront comme une série B agréable et divertissante malgré tout, mais il possède beaucoup trop de défauts et pas assez de passages appréciables pour contrebalancer. Bref, Van Helsing est un échec artistique, technique et commercial, ce qui fait beaucoup.


Pur blockbuster comptant sur ces recettes pour s'assurer un avenir, le film n'aura pas eût le succès escompté et l'idée d'une série faisant suite aux aventures du chasseur de monstres semble être officiellement abandonnée. Bien sûr, cela n'aura pas empêché la création d'un jeu vidéo, ainsi que la réalisation d'un film d'animation, Van Helsing: The London Assignement, préquelle du film relatant l'affrontement entre Hyde et Van Helsing dans l'esprit de Dark Fury (qui faisait le pont entre Pitch Black et Les Chroniques de Riddick) et bien entendu d'Animatrix, toujours avec Hugh Jackman pour doubler le personnage.



vendredi 22 octobre 2004

Princess Blade (Shura Yukihime)



PRINCESS BLADE
SHURA YUKIHIME
(2001)

Scénariste de Himawari (de Isao Yukisada) et Tokyo Lullaby (de Jun Ichikawa), mais aussi du jeu vidéo Tekken 4, Shinsuke Sato se retrouve réalisateur pour la première fois avec ce Shura Yukihime.


Shura Yukihime est en fait une réadaptation du manga Lady Snowblood (Shurayuki Hime), œuvre des années 70 du grand Kazuo Koike (auteur de Crying Freeman et Baby Cart), et qui avait déjà été transposé par deux fois au grand écran avec les deux films de Toshiya Fujita (Blizzard from the Netherworld et Love Song of Vengeance), le rôle de Yuki étant interprété par la magnifique Meiko Kaji (héroïne de Elle s'Appelait Scorpion). Cependant, la transposition s'effectue dans un Japon futuriste, environ 500 ans après notre ère et en proie à la désolation. Au passage, le titre original de l'œuvre, Shurayuki Hime (Princesse "Neige de l'Enfer") devient ici Shura Yukihime ("Princesse Neige" Infernale)…



Il y est question du clan Takemi Kazuchi,  autrefois au service des souverains, et désormais tueurs à gages travaillant pour les plus offrant suite à la modernisation du pays. Parmi eux la jeune Yuki, qui vient d'avoir 20 ans et a qui l'on révèle que sa mère, la princesse Azora, autrefois dirigeante du clan, s'est faite assassinée par l'actuel meneur des Takemi Kazuchi. Souhaitant se venger, elle se retrouve avec le clan à ses trousses et trouve par hasard refuge chez un mystérieux jeune homme, Takashi, un idéaliste faisant partie d'un groupe terroriste.


Cette vengeance, qu'elle se solde par la mort de Yuki ou par sa vengeance , ne peut toutefois qu'aboutir à la disparition totale du clan, celui-ci ne signifiant plus rien dans cette ère technologique. Ainsi cette réadaptation garde l'idée de l'œuvre originale, qui montrait le changement de l’Ère Meiji et la disparition progressive des samouraïs, alors inutiles. En cela Shura Yukihime n'est pas un film de sabre basé sur l'action, contrairement à ce que sa bande-annonce laisse présager, mais une œuvre plus posée. Et ceux qui espéraient une succession de combats seront déçus.


Shura Yukihime, malgré quelques belles scènes de combats, reste un film lent qui tend a la réflexion quant à l'avenir possible d'un Japon de plus en plus mondialisé et à la disparition progressive des valeurs ancestrales désormais dépassée. Et c'est ainsi que le film laisse beaucoup plus la place aux dialogues, montrant la remise en question des divers personnages (Yuki et sa nature de tueuse, Takashi en tant que terroriste, Byakurai sur l'utilité du clan). Ce parti pris en rebutera forcément plus d'un et il faut aussi dire que parmi les défauts du film, l'intrigue traîne en longueur à cause de cela.



Alors certes tout cela semble classique, déjà vu (l'œuvre originale ne date pas d'hier non plus), le manque de budget se fait ressentir, les effets spéciaux numériques de Shinji Higuchi (ayant œuvré sur la nouvelle série des Gamera, la tortue géante concurrente de Godzilla) se limitent finalement à peu de choses lorsqu'on aperçoit quelques plans du Japon futuriste, les combats manquent de férocité (aucune giclée de sang malgré des combats aux sabres) et la musique du grand Kenji Kawai, le compositeur fétiche de Mamoru Oshii, est finalement des plus basique, mais il serait trop facile et injuste de considérer Shura Yukihime comme un mauvais film.


La photographie est élégante, Sato se retrouve être un metteur en scène inspirant (certains de ses plans sont vraiment sublimes), les scènes d'action chorégraphiées par Donnie Yen (Blade II, Hero) sont incroyables (quoiqu'un peu poussée surréaliste, mais bon, on a l'habitude) et les acteurs sont excellent dans leurs rôles, que ce soit Hideaki Ito en jeune homme triste et touchant, Shirô Sano (Violent Cop de Takeshi Kitano) en ordure de première ou encore la magnifique Yoko Mari, jouant la sœur autiste de Takeshi, dont un seul regard suffira à vous faire fondre. Quant à Yumiko Shaku ("Idol" japonaise et mannequin ayant posée pour de nombreux album photo, donc le très particulier et fétichiste CHAOS, où l'on peut la voir sur un lit, attachée ou faisant l'amour à un mannequin en plastique !), elle s'en tire plutôt pas mal pour ce qui est son premier rôle à l'écran. De plus Shura Yukihime se termine sur une note tragique qui n'est pas sans dégager une certaine émotion… 


Malgré ses nombreux défauts qui l'empêchent d'être un grand film, Shura Yukihime est divertissant et agréable à regarder.




lundi 18 octobre 2004

Zombies: un Horizon de Cendres

ZOMBIES: UN HORIZON DE CENDRES


Jean-Pierre Andrevon surf sur la vague du revival du film de zombies (générée par L’Armée des Morts, sorti cette année là) et livre ce Zombies: Un Horizon de Cendres qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord (et notamment avec l’illustration de couverture de Eric Scala, représentant une morte-vivante en décomposition qui pose avec un fusil de chasse et aborde un court débardeur sur lequel on peut lire « Fuck the Dead ») n’a absolument rien de bourrin ni de gore. L’histoire débute par une classique résurrection des morts, mais cette fois le phénomène prend une ampleur encore jamais vue: chaque cadavre humain présent sur la surface de la planète se réanime, même les plus anciens.

Des morts-vivants (et donc pas vraiment des zombies) qui, au départ, ne sont pas hostiles puisque n’attaquant personne et se contentant d’errer. D’abord de vagues silhouettes aperçues furtivement dans les cimetières, leur nombre s’accroît de plus en plus et l’événement va bientôt faire la Une de tous les médias. Le phénomène est observé par les scientifiques tandis que la population continue de vivre sans vraiment s’inquiéter, repoussant les zombies avec les moyens du bord. Mais si personne ne s’alarme en premier lieu, la situation a vite fait de dégénérer lorsque la télé montre les morts s’en prendre à un chat pour lui dévorer la cervelle. La panique se fait de plus en plus grande et on décide de passer à l’offensive contre cet « ennemi » de plus en plus envahissant. Et la civilisation telle qu’on la connaît touche alors à sa fin…

Zombies fut vendu comme un hommage au Zombie de Romero (un personnage lance un « Il y a une théorie (…) c’est que l’enfer serait plein » qui évoque bien entendu la célèbre: « Quand il n’y a plus de place en Enfer, les morts reviennent sur Terre ») et au Je Suis une Légende de Richard Mathson. Cependant force est de constater que Zombies ne ressemble ni à l’un ni à l’autre. Partant d’une idée originale, le récit nous présente une variation sur le mort-vivant qui est ici en perpétuel état d’évolution. Indestructible car se régénérant, les morts ne peuvent plus se dégrader: en cas de dommages, ils regroupent leur membres, reforment leur chair et se reconstituent sans cesse pour revenir vers l’état d’être humain ! D’abord cadavres putréfiés, ils deviennent alors semblables à des cadavres récents, continuant d’évoluer jusqu’à commencer à s’habiller ou à ramasser des accessoires. Nous sommes bien loin des zombies avides de chair humaine, bien que cette évolution lente de l’espèce n’est pas sans renvoyer à George Romero et son Jour des Morts-Vivants où les créatures s’humanisent, un principe effectivement déjà vaguement présent dans Zombie (un mort-vivant s’empare d’un fusil pour ne plus le lâcher).


Les références à Je Suis une Légende, quant à elles, sont pratiquement inexistantes si ce n’est qu’une petite partie du roman reprend effectivement l’idée du personnage principal vivant caché dans sa maison barricadée, coupée de tout contact avec l’extérieur et donc ignorant du sort de ses semblables. Mais contrairement à Robert Neville, le protagoniste de cette histoire est loin d’être le dernier de son espèce et ne prévoit pas d’exterminer les cadavres ambulants. Visiblement plus intéressé par la description de la lente dégradation de la civilisation, Andrevon nous met à la place de son héros, un spectateur qui assiste bien souvent passivement aux évènements, via une narration à la première personne.

Nous avons ainsi droit à une critique nous dissimulée des médias (qui s’emparent du sujet et bombardent l’audimat), de la politique (la langue de bois des politiciens qui préfèrent intégrer les morts à la société), des scientifiques (qui s’autoproclament experts sur le sujet sans vraiment y connaître quoique ce soit), des religions (les sectes et autres illuminés qui voient en la situation un acte de Dieu, le Christianisme qui évoque l’Apocalypse et la perplexité de certains parce que le Coran ne parle pas d’une éventuelle résurrection des morts) ainsi que des forces armées (la gendarmerie et les militaires mais aussi les groupuscules de « chasseurs » qui traquent les zombies). La haine des vivants envers les morts est également assimilée à la xénophobie par le biais de quelques réflexions du héros (réactions comparables à celle du monde « d’hier » envers les jeunes des banlieues défavorisées, comparaison entre les crématoriums et les camps de la mort…).

L’observation du comportement humain, là encore, n’est pas sans renvoyer à Romero. Que cela soit par le biais d’illuminés qui estiment que le mort à sa place parmi nous (la femme du héros héberge sa morte-vivante de mère, les membres de sectes se laisse dévorer sans broncher) et les forces armée qui usent de la force (les militaires et la police tentant quelques manœuvres avant la disparition totale de la société humaine, les vigilantes qui tirent sur tout ce qui bouge). L’être humain réagit différemment face à la situation et Andrevon fait de son protagoniste une personne totalement blasé, pour mieux mesurer les réactions de son entourage. Habitué à la mort, il apporte un regard extérieur et observe la folie de sa race, témoignant de la bêtise humaine avec un brin de cynisme.

L’auteur accumule les visions apocalyptiques souvent brillamment décrites, comme l’enfer des fours crématoires où l’on brûle les restes des morts-vivants pour les empêcher de proliférer, ces milliers de morts déambulant dans une ville en flammes alors que les survivants s’apparentent à une horde sauvage composés d’allumés de la gâchette, s’adonnant à des partouzes dans la caserne où ils se sont entassé. Cela permet a Zombies de se lire sans déplaisir et de partager les scènes d’actions inhérentes au genre avec une certaine étude de l’humanité et de la civilisation qui apporte une petite touche de réalisme très appréciable, d’autant plus que l'auteur fait de nombreuses références au contexte politique et sociale du pays à l’époque (l’ère Jacques Chirac).

Malheureusement le roman n’est pas exempt de défaut. D’une part ce livre n’est pas inoubliable et, sitôt lu, il y a de grande chance qu’on l’oublie puisqu’on ne peut pas vraiment relever de séquences mémorables à l’exception peut-être de son épilogue. L’écriture d’Andrevon, bien tenue, tombe malheureusement dans un vulgaire très cliché lorsqu’il s’agit de faire parler les personnages issus de milieu défavorisés ou de décrire l’anatomie féminine dans les (rares) scènes de sexe, le vocabulaire devenant soudainement cru et rébarbatif à lire. Mais surtout c’est le personnage principal lui-même qui s’avère être le plus gros point noir du roman. Antipathique au possible, son comportement empêche une parfaite immersion dans l’histoire: il se révèle être quelqu’un de faible (sa façon de parler de son couple en est une preuve flagrante), son désintérêt total pour tout et n'importe quoi fini par taper sur les nerfs et il est implicitement question de ses crises de violence envers sa famille, avec peut-être la brutalisation sa petite fille de sept ans…

Dommage car ces éléments, bien qu’ils permettent de nous éviter un beau héros sans peur et sans reproche, atténuent grandement par la suite certains sentiments naissant (la perte de son couple, les regrets qui en découle, la découverte d’un nouvel amour). N’ayant rien à perdre ni à défendre, une barrière se forme. Le personnage, froid, ne nous apparaît pas vraiment comme vulnérable et on se moque finalement bien de ce qu’il peut lui arriver. A trop vouloir donner un regard sur le reste du monde, Andrevon en oublie de faire vivre son héros qui devient alors vide de personnalité et pourrait tout aussi bien être remplacé par une narration à la troisième personne.

Un dernier reproche pourrait être fait sur le manque de développement du sujet de la résurrection générale des morts. Son origine laisse plutôt à désirer (il est question d’un effet appelé Nécrozootique, engendrée par l’explosion d'un trou noir qui a alors provoqué une distorsion du temps, permettant aux zombies de fonctionner sur le mode inverse de l’être humain, c’est-à-dire d’aller de la mort vers la vie en redevenant progressivement ce qu’ils étaient) et surtout devrait entraîner une surpopulation extrême (tous les cadavres porté par la planète se réaniment) qui n’est même pas évoqué ici ! Enfin, le bruitage vocal ridicule dont sont affublés les créatures (« Hâ-houuuuu ») casse parfois un peu l’ambiance…

S’il n’est pas le meilleur Andrevon, et s’il ne révolutionne pas particulièrement le genre du mort-vivant, Zombies demeure un agréable divertissement et surtout une œuvre d’un domaine bien trop rare en France ! Rien que pour ce point, ce livre vaut la peine d’être lu. 

[Edit 2008] Signalons au passage que lors de sa réédition au format de poche, quatre ans plus tard, le titre perd son « Zombies » au profit d’un beaucoup plus simple et moins évocateur Un Horizon de Cendres. Comme si, passé la zombiemania d’alors, le pays avait décidé de revenir à sa pruderie habituelle envers ce genre qu’elle a toujours décrié…

Zombies: un Horizon de Cendres (France, 2004)
Écrit par: Jean-Pierre Andrevon