vendredi 31 janvier 2003

Insomnies (2002)


INSOMNIES
Chasing Sleep (France / USA / Canada, 2002)

Réalisation: Michael Walker
Scénario: Michael Walker
Musique
Avec: Jeff Daniels, Emily Bergl, Gil Bellows, Zach Grenier

Ed Saxon se réveille: sa femme n'est pas là. Inquiet, il fini par appeler la police et on soupçonne bien vite l'amant de la disparue. Pendant ce temps, Ed est victime d'insomnies et de visions. Mais s'agit-il vraiment d'hallucination ?

Un huis-clos très sérieux. Le film se passe uniquement dans la maison du personnage principal, et les autres protagonistes n'ont que des apparitions très limitées, arrivant chez Ed pour repartir aussitôt ou intervenant par téléphone. Le réalisateur adapte en fait un mélange de fiction et de vécu personnel, ce qui confère une atmosphère étrange à l’œuvre, entre illusion et réalisme (renforcé par l'absence de toute musique). Ed est-il toujours éveillé ou rêve t-il ? Sans parler des faits plus qu'étranges se déroulant chez lui... Surnaturel ou hallucinations ? Le spectateur perd rapidement ses repères, au même titre que le héros. On commence à douter de tout, à devenir presque paranoïaque. Comment ne pas avoir des soupçons sur les personnes gravitant autour de Ed ? Et même sur Ed lui-même ?
Le film hésite entre Thriller et Fantastique, notamment lors des visions de celui-ci, qui surgissent souvent à des moments inattendus comme ce doigt rampant hors de la cuvette des toilettes...
Ed perd progressivement les pédales et sa folie se reflète dans sa maison. Elle devient sale, les murs s'effritent pour laisser place aux canalisations, des bruits inquiétants surviennent... La maison serait-elle hantée ?
Toujours avec ce rapport à la folie, on constate que la demeure, lieu de déroulement du film, diminue de plus en plus. Si toute la bâtisse est totalement dévoilée au début, seules quelques pièces resteront présentes à la fin (la cave, les toilettes).
Ces zones qui disparaissent progressivement sont le témoignage de la folie sans cesse grandissante de Ed. C'est une descente aux enfers qui est orchestrés ici et le final n'apporte aucun soulagement, bien au contraire. A ce titre on peut d'ailleurs féliciter le réalisateur de s'être fait produire par un français, afin d'éviter toutes pressions avec des américains qui auraient sûrement souhaités qu'une explication concrète soit donnée au film. Michael Walker se débrouille pour que chaque spectateur puisse apporter sa propre version de l'histoire.
Un film intéressant servi par de bons acteurs. Si le métrage n'est pas sans défauts (manque de crédibilité sur la totalité de l'histoire, baisse de rythme et de tension malgré l'ambiance inquiétante...), il s'agit cependant d'une réussite pour ce qui est le premier film du metteur en scène. D'ailleurs, il a reçu le Prix du Jury lors de son passage au Festival Fantastic'Arts de Gerardmer 2001.

LA SCÈNE: L'apparition cauchemardesque du bébé géant dans la baignoire de Ed, après que ce dernier ait appris que sa femme était enceinte...


jeudi 30 janvier 2003

La Chambre des Officiers (2001)


LA CHAMBRE DES OFFICIERS
(France, 2001)

Réalisation: François Dupeyron
Scénario: François Dupeyron, d'après le roman de Marc Dugain
Musique Arvo Pärt
Avec: Erica Caravaca, Denis Podalydes, Gregori Derangere, Sabine Azéma, André Dussolier, Isabelle Renauld, Géraldine Paihas

Adrien, jeune homme, part à la guerre. Dès ses premiers jours il doit s'arrêter suite à l'explosion d'un obus près de lui, et il est expédié à l'hôpital sans comprendre la réaction des gens autour de lui. Là, il apprend qu'il est devenu ce qu'on appel une "gueule cassée". Désespéré, il ne doit sa survie que grâce à une infirmière compatissante...

Il est facile de faire l'éloge d'un tel film, comme le voudrait la société bien pensante. Le problème c'est que La Chambre des Officiers est loin d'être le chef d’œuvre que l'on pense. L'équipe du film en elle-même n'est pas responsable. En fait le vrai soucis du film c'est son manque de crédibilité. A l'époque, en pleine guerre, comment penser que les gueules cassées étaient beaucoup mieux traités que les autres blessés ? Comment trouver plausible Sabine Azéma en infirmière plus que dévouée et André Dussolier en médecin qui ferait tout pour ses patients ? Il y avait beaucoup trop à faire pour les médecins à cette période et ils ne pouvaient être aussi proche de leurs patients. Pire: si les gueules cassées étaient nombreuses durant le conflit, ce qui est tout à fait normal puisqu'il est facile de s'y faire défigurer, pourquoi dans ce cas choisir pour héros un officier, qui forcément par son grande obtiendra un traitement de faveur par rapport au simple soldat ? A cause de cela, l'émotion n'est pas aussi touchante que l'on dit. Cette mise en avant de la bourgeoisie dans le cinéma français (autre exemple: Tanguy) prouve bien que le pays ne respect pas aussi bien le Septième Art qu'on voudrait le faire croire.
Il faut toutefois reconnaitre qu'un grand travail a été effectué: l'atmosphère de l'époque est très bien retranscrite à l'écran grâce au travail de photographie de Tetsuo Nagata (sans être filmé en sépia, on a l'impression que les couleurs sont jaunies comme les vieilles photos).
Les comédiens, merveilleux, arrivent à faire ressentir la souffrance et la détresse de ces hommes et femmes déchirés par la guerre. Ainsi la pire des douleurs est psychologique, où il faut savoir s'accepter et accepter le regard des autres. On comprend que ces victimes n'ont pas demandées de vivre ainsi et préfèrent mourir. Le suicide est d'ailleurs plusieurs fois au cœur du récit.
On peut regretter cependant le travail de maquillage. Si ce dernier est bien fait et réaliste, il est trop soft pour ce qu'il devrait être. Les personnages ne sont donc pas si défiguré que ça et peuvent continuer leur vie sans trop de difficulté, alors que les documents historiques nous ont déjà montrés de pires blessures, des hommes ne ressemblant plus à rien.
A saluer cependant la bonne idée du script, qui place d'égale à égale le personnage principal et le spectateur par le biais d'une vue subjective. On ne découvre le visage mutilé du héros que lorsque ce dernier à la possibilité de le voir.
On peut finir en disant que l'adaptation du roman ne fut pas sans difficulté. Le projet fut arrêté plusieurs fois et la fin a été changée pour éviter une ambiance pessimiste (pas forcément une bonne chose pour la crédibilité de l'histoire, mais logique dans la morale de la société bourgeois qui régit le film).
Bilan: un avis partagé sur un film plutôt bien mis en scène.


La Chambre des Officiers
fut nominé huit fois aux Césars 2002 et a reçu deux récompenses. Le premier est celui de Meilleur Photographie, qui est mérité même s'il n'y a toutefois pas de quoi s'extasier. De nombreux films possèdent une très belle image sans que cela ne soit publiquement reconnu. A croire qu'aux Césars, on a pas l'habitude de voir une œuvre avec un travail autre que d'interprétation, de réalisation et (surtout) de production. L'autre prix est celui de Meilleur Acteur en Second Rôle, attribué de manière incompréhensible à Dussolier. Non pas que l'acteur joue mal, non, seulement son rôle est beaucoup trop effacé pour qu'il soit ainsi récompensé. L'acteur apparaît au final très peu, et les autres, les vrais seconds rôles, auraient tout aussi bien mérité le prix. Ne serait-ce pas parce qu'il s'agit de Dussolier que le prix a été décerné ? Et si le rôle du médecin avait été attribué à une personne aussi douée mais moins connue ? On en revient donc à ce problème de la bourgeoisie...

LA SCÈNE: Celle se situant juste après la découverte du visage du personnage principal. Complètement choqué par sa découverte, il se met à errer en titubant dans l'hôpital où il est interné, tel un mort-vivant. Il finira par échouer dans une grande salle remplie de soldats blessés et à l'agonie. On découvre qu'il n'est pas la seule victime et on sent que le réalisateur relativise la blessure du héros face à la boucherie de la guerre.
On peut aussi se rappeler de cette séquence où une autre gueule cassée va revoir sa famille. Mort de peur à l'idée de la réaction qu'elle pourrait avoir, il se fait accompagné par l'infirmière jouée par Azéma. Et là, le fils de ce soldat s'enfuit en criant qu'il n'est pas son père. Le défiguré, partagé entre la haine, la tristesse et la peur, ira se suicider quelques temps plus tard...

[Ciné] Sibérie, la Dernière Nuit


Sibérie, la Dernière Nuit
(2001)
Les Lobis, Blois (41)


jeudi 2 janvier 2003

Shrek (2001)


SHREK
(USA, 2001)

Réalisation: Andrew Adamson, Vicky Jenson
Scénario: Ted Elliott, Terry Rossio, Joel Stillman, Roger Schulman, d'après le livre de William Steig
Musique: Harry Gregson-Williams, John Powell
Voix (en V.O.): Mike Myers, Eddie Murphy, Cameron Diaz, John Lithgow, Vincent Cassel...

Shrek est un ogre solitaire vivant dans un marécage isolé. Un jour le tyran Farquaad donne l'ordre d'arrêter toutes les créatures féériques. Ces dernières se cachent et trouvent refuge chez Shrek. Ne supportant pas que l'on squatte sa propriété, l'ogre décide d'aller voir Farquaad pour remédier à la situation. Au même moment ce dernier découvre que pour être roi, il lui faut épouser une princesse. Mais celle qu'il choisit est retenue prisonnière dans un château par un dragon géant. Il propose alors un marché à Shrek: s'il va délivrer la princesse pour lui, il le débarrassera des créatures cachées dans son marécage...

Ce film d'animation en images de synthèse fut présenté au Festival de Cannes 2001. Il ne gagna aucune récompense cependant.
Avec Shrek, Dreamworks prend à contre-pied tous les mythes féériques, démolissant alors ce qu'avait bâtit pendant des années la firme concurrente, Disney. Un biscuit vivant est torturé, Blanche Neige et Cendrillon se battent pour recevoir le bouquet d'un mariage, Robin des Bois et sa clique sont battus par une princesse pratiquant les arts martiaux (clin d’œils successifs à Tigre et Dragon puis The Matrix), une fée se mange une porte, le loup du Petit Chaperon Rouge, habillé en Mère-Grand, squatte le lit de Shrek avant de se faire expulser sans ménagement (on le verra même draguer un chevalier à la fin du film !), le méchant dragon se révèle être en faite une femelle... Shrek possède même un sidekick façon buddy-movie: un âne qui n'arrête pas de parler (doublé comme il se doit par Eddie Murphy). Sans parler de la belle princesse qui se transforme en ogre la nuit...
L'humour est surtout compréhensible pour les adultes, qui chercheront alors les gags de références (genre l'âne qui ne veut pas risquer sa "peau d'âne"), alors que les enfants auront droit à des gags plus lourds (les pets et les rots de Shrek). Et c'est là le problème: plutôt que d'assumer sa parodie à 100%, Shrek se dégonfle dans sa fin, plutôt hâtive d'ailleurs, et garde une morale à la Disney du genre "la vraie beauté est à l'intérieur". Dommage car l'essentiel de la parodie aurait en fait dû jouer là-dessus. Mais il parait que c'est un film pour enfant, alors...

LA SCÈNE: Comme il s'agit d'un film d'animation pour enfant, on attend (avec peur) l'inévitable séquence musicale, pratiquement obligatoire chez Disney. Arrive alors la scène où la princesse, justement, commence à chanter avec un petit oiseau. Mais la noble dame, tenant la note un peu trop haute et trop longtemps, fait exploser l'animal, ne laissant de lui que ses pattes et quelques plumes. Quant à ses œufs, ils finiront en omelettes... Du mauvais goût façon Troma dans un film pour bambins !