mercredi 17 janvier 2018

Condorman – Toy Story: Small Fry (2011)

Lost (and found) in the 5th Dimension
Épisode 3

CONDORMAN
Toy Story Toons: Small Fry (2011)

"We're just here to sell chicken."


Condorman. En cette période d'orgies constantes de films de super-héros, thème à la mode pour les blockbusters à très gros budget, il est sans doute difficile de se rappeler que cela n'a pas toujours été comme ça. Le principe d'adaptation de figures héroïques et / ou issues de comics n'a rien de nouveau et cela dure en fait depuis les tous débuts du cinéma, avec les vieux serials. Et je dis bien "dure" et pas "remonte". En fait, il y a sans arrêt des tentatives (ratées ou réussie, c'est un peu autre chose) de créations de justiciers en costume à travers le cinéma ou la télévision, en film, téléfilm ou série.
Seulement jusqu'à récemment, personnes à Hollywood n'avait jamais vraiment prit le sujet au sérieux, sauf quelques rares exceptions – citons particulièrement le Superman de Richard Donner. Du coup beaucoup de ces personnages apparaissaient comme mal fichus, cheap, embarrassants ou tout simplement parodiques. Et peu importe si l'idée était originale (souvent pré-Batman de 1989) ou une tentative de copier son voisin pour avoir une part du gâteau au box office (toute la période post-Batman jusqu'à la révolution Blade / X-Men), le résultat était généralement le même.
Et ainsi, bien avant de s'associer avec Marvel pour créer l'univers cinématographique que l'on connait depuis Iron Man, Disney s'est également tenté au genre. Le résultat fut Condorman, réalisé en 1981 et avec quand même le talentueux Oliver Reed dans le rôle du vilain.


Non pas que Condorman a eu le moindre succès, en fait il était déjà oublié par beaucoup lorsque je l'ai vu étant enfant au tout début des années 90, mais il exerça malgré tout une légère fascination pour tout petit garçon exposé à ses images. Bon, disons les images de sa bande-annonce, parce que le film en lui-même c'est une autre histoire. Il fallait voir quand même le Condorman dans son costume orange pétant, déployer ses ailes mécaniques en étant perché en haut de la tour Eiffel ! Et puis il avait une Condormobile absolument géniale, armée de lasers et de lance-flammes, et dont le capot pouvait se transformer en tremplin afin d'éjecter tout véhicule avec qui elle tenterait une collision frontale !
Il y avait aussi le Condorboat, dont la tourelle a canon laser faisait presque plus de dégât qu'un TIE Fighter, sans parler d'un "super-vilain" tout droit sorti de James Bond, avec son faux œil chromé et sa tenue de pilote F1 en cuir noir.
Indépendamment du film, ces éléments explosaient littéralement à la gueule des bambins que nous étions, les extraits apparaissant assez régulièrement dans les génériques d'émissions style Disney Parade. Hélas Condorman, le long-métrage, était plutôt décevant car très mou, déjà trop vieux et surtout beaucoup trop humoristique pour être crédible. Le fait est qu'il s'agit moins d'une histoire de super-héros qu'une parodie de James Bond, où le héros ne serait pas un agent secret mais un auteur de comics cherchant désespérément à rendre réaliste les aventures de sa dernière création, Condorman.


Il fabrique le costume, les accessoires, fait des tests (généralement peu concluant) et surtout casse les couilles à son meilleur ami, gradé de la CIA, pour avoir des infos. Bref, notre héros est un idiot qui évoque un croisement entre Tom Baker et Pierre Richard dans Le Grand Blond avec une Chaussure Noire, se retrouvant catapulté malgré lui dans une affaire d'espionnage et s'en sortant par de sacrés coups de chance. Et son alter ego volant de n'apparaître que sur le tard, obligeant les enfants à se farcir plus d'une heure de film où il ne se passe rien d'intéressant pour eux, surtout à un âge où ils n'ont de toute façon pas vu un 007 !
L'humour forcé ne plait pas, le rythme est chaotique et l'histoire plutôt anecdotique. Seules ces quelques minutes de Condorman en action demeureront imprimées à jamais dans la tête des spectateurs qui n'avaient pas encore découvert Batman et ses innombrables copies. Sans surprise, cette nouvelle vague finira par achever le personnage qui n'émergera plus jamais... jusqu'en 2011, pour une apparition surprise dans un court-métrage d'animation de Pixar basé sur l'univers de Toy Story !
Toy Story Toons était ainsi un projet de petits animés conçus après le grandiose Toy Story 3, de manière à étendre l'univers et montrer ce qu'il advient un peu des personnages à une époque où l'on pensait la saga définitivement close (Toy Story 4 étant désormais en chantier). Small Fry est l'un des trois épisodes qui verra le jour, et le meilleur grâce à son point de départ franchement hilarant.


L'histoire se déroule après les évènements du dernier opus, montrant une tranche de vie de la petite fille qui a hérité des jouets de Andy. Elle se rend un jour dans un fast food et commande un menu enfant, sans réussir à obtenir le petit jouet qu'elle désire avec: une version miniature de Buzz l’Éclair. Vous savez, ces jouets discount qui reproduisent une version plus coûteuse disponible dans les grands magasins – bon sang qu'ils ont totalement raison là-dessus !
Lui aussi déçu de ne pas être adopté, le Mini Buzz décide de tenter sa chance sur un malentendu et la rejoint secrètement tandis qu'elle s'amuse. Quand la maman range ses affaires avant de repartir, elle ne fait pas attention et récupère l'imposteur plutôt que le vrai. Celui-ci se retrouve alors abandonné dans un restaurant bientôt désert et, cherchant à quitter les lieux, rencontre un groupe de jouets vivant secrètement dans la réserve: les invendus, les rejetés, ceux qui n'ont pas eu la cote ! S'y trouvent entres autres un Transformer "steak", un clown ninja, un Super Pirate et une biche karatéka (voilà pourquoi je me sens forcé d'adorer Toy Story), mais surtout... Condorman !
Il est bien là, le temps d'un gag qui est en fait un easter egg plus qu'autre chose car il est impossible pour la génération actuelle de le reconnaitre. Il n'apparait que sur un plan et ne prononce qu'un seul mot ("Alright !"), mais il plus élégant que jamais. On reconnait même le "style" de jouet qu'il est censé être, qui est ce combo petite voiture / buste de figurine collés ensemble tel un improbable mutant bio-mécanique. Tout à fait le genre de truc que McDonald's produisait autrefois, et il me semble bien avoir déjà eu un tel machin entre les mains.


Ce brillant hommage, que seul les véritables geeks reconnaitront (ou les lecteurs de ce blog, du coup), on le doit au réalisateur lui-même, Angus MacLane. Dans une interview pour le site Collider, il explique l'avoir volontairement placé dans le court afin de faire plaisir à "une très petite niche de fans", avant de plaisanter sur l'éventualité improbable d'un reboot "gritty". Si seulement, Angus, si seulement...
Il précise aussi la même chose que je vous ai dis plus haut: que l'idée d'un artiste de bande-dessinées se déguisant en super-héros, avec sa super-voiture et son super-bateau, était très marquante pour les gamins de l'époque. Comme quoi certaines générations peuvent vraiment être liées culturellement, peu importe la différence géographique.
Pour conclure, j'aimerai citer le "doubleur" de ce Condorman, Bob Bergen. Non, il ne s'agit évidemment pas de l'acteur de l'époque, et sa carrière dans le domaine du doublage de films d'animation est pour le moins banale avec des allés-retours entre Pixar et DreamWorks. Toutefois il me paraissait important de souligner qu'il a également prêté sa voix à quelques films comme L'Armée des Ténèbres, Vampire, vous avez dit Vampire ? 2 et Total Recall. On le retrouve dans la version anglaise d'Akira et du délirant Lily C.A.T. (un remake d'Alien où le Xénomorphe serait remplacé par The Thing de Carpenter et le robot par... un chat !), et surtout il fut le doubleur du Ghoulie Rat dans Ghoulies III, un de mes films favoris. Ça méritait bien qu'on le mentionne.

2 commentaires:

  1. Comme toi, je garde un bon souvenir de "Condorman" et effectivement, plutôt des scènes d'action...

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    1. Ravi de l'apprendre :) C'est toujours bien de voir un peu d'amour pour Condorman.

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