samedi 29 novembre 2008

Blob, Terreur Sans Nom / Danger Planétaire (The Blob)


Dans les années 50, le cinéma Drive-In cartonne, notamment chez les jeunes adultes et les adolescents, ces teenagers qui forment une grande partie du public et qui deviennent très vite la cible prioritaire d’un cinéma d’exploitation, en pleine expansion. C’est l’époque de La Fureur de Vivre, avec James Dean, qui remporte un très gros succès et devient rapidement un film culte. Un marché juteux en devenir dans lequel certains producteurs injectent de la science-fiction, ce qui donne par exemple des œuvres comme I Was a Teenage Werewolf, parfait spectacle de distraction pour un public de jeunes spectateurs se déplaçant en groupe au cinéma. Une petite production indépendante décide alors de suivre le mouvement en lançant The Blob (traduit par Blob, Terreur Sans Nom lors de sa sortie en Belgique, la France, elle, faisant l’impasse), mais c’est la Paramount qui va alors récupérer le film dans l’optique de faire des bénéfices au box-office. Ça sera également le moyen pour le jeune et encore peu connu Steve McQueen (alors encore crédité Steven McQueen) de se faire repérer et de devenir la star que l’on connaît…


D’abord nommé The Glob (puis The Glob That Girdled the Globe), le film va changer de nom en raison de l’animateur Walt Kelly (Fantasia, Dumbo) qui a déjà utilisé ce titre. Successivement appelé The Meteorite Monster, The Molten Meteorite et The Night of the Creeping Dead, il prendra définitivement pour titre The Blob (bien que cette dénomination ne soit jamais employée dans le film), nom qui va devenir un qualificatif pour désigner une créature gélatineuse. La Paramount prévoit d’abord de faire du film un programme de deuxième partie pour une double-séance (ce système était un mode commun du cinéma alors, notamment dans les salles spécialisées dans les films d’exploitations, appelées les Grindhouse, ainsi que dans les Drive-In) avec une de leur production, I Married a Monster from Outer Space, mais les spectateurs sont plus attirés par la petite production et il est alors décidé d’en faire programme à part entière, avec campagne promotionnelle à la clé.



L’histoire nous montre deux adolescents se conter fleurette sous les étoiles, lorsqu’ils sont témoins de la chute d’un météore dans les environs. Alors qu’ils partent à sa recherche, un vieil ermite découvre dans la roche une étrange matière visqueuse qui se met alors à bouger et à se plaquer sur sa main. Lorsque le couple le découvre, terrifié et visiblement à l’agonie, il l’emmène chez le docteur de la ville. Celui-ci comprend alors que l’étrange chose qui le parasite est un organisme vivant, le rongeant progressivement pour augmenter sa propre masse. Devenue énorme, la chose s’échappe alors en pleine ville…



The Blob, comme beaucoup de films de SF des années 50, narre une histoire d’invasion d’une petite ville américaine paisible par une menace étrangère. Durant cette période de Guerre Froide, le thème n’est pas anodin et reflète le climat paranoïaque et anti-communiste d’une Amérique terrifiée par le modèle socio-politique Russe. La SF permet la métaphore et ce n’est donc pas un hasard si la plupart des envahisseurs sont représentés par des Martiens provenant de la planète rouge. Une couleur hautement symbolique qui est également utilisé dans The Blob, et même si l’origine du monstre n’est jamais dévoilée (il provient juste de l’espace), elle reste une parfaite représentation du communisme soviétique venant dévorer l’ordre social américain.



Un ordre social ici représenté dans toute sa naïveté, dans l’idée de respecter l’idéologie qu’est l’American Way of Life, où tout le monde est beau et gentil. Un idéal très en vogue à l’époque, le peuple se devant de se montrer sous un jour parfait quoiqu’il arrive. Là encore, malgré l’aspect amusant et très rétro de la chose, nous sommes dans une pratique hautement manipulatrice entretenant l’état d’esprit d’alors. Bien plus tard, nombre d’artistes souligneront l’absurdité de ces procédés en montrant que la superficialité pouvait cacher bon nombre de secrets inavouables (Edward aux Mains d’Argent, Parents)…



Le script s’évertue alors à réunir toute la communauté d’une petite ville contre un adversaire commun, tout en se réappropriant l’imagerie véhiculée par La Fureur de Vivre. On retrouve le couple de héros complètement innocent, la figure paternelle incarnée par le chef de la police et la bande de jeunes en mal de sensations fortes. Bourré de clichés, le film ne nous épargne pas les histoires d’amourette de jeunesse, les disputes parentales ni les inquiétudes policières quant aux activités des adolescents, pourtant très sages (pas de joins ni de bière à l’époque, tout au plus quelques excès de vitesse !). Très bavard, le film pêche par son manque total de rythme, alternant une ou deux attaques isolées pour de très longues séquences de vie quotidienne et où la police, léthargique, ne s’inquiète pas plus que cela de la disparition progressive des citoyens. Un certain humour vient quand même égayer le métrage, que ce soit lorsqu’un petit garçon tente de s’attaquer au Blob avec son pistolet à amorces, ou quand un pauvre vieux à moitié endormi ne sait plus s’il doit prendre son casque de protection civile ou de pompier lorsque résonne toutes les sirènes de la ville pour prévenir du danger.



Malgré son sujet bateau, The Blob possède quand même l’originalité de proposer une créature peu commune, une masse informe qui a l’avantage d’avoir design intemporel. Très pratique pour les effets spéciaux qui n’ont pas à s’encombrer de détails, la chose ayant été créée avec un ballon météorologique modifié en premier lieu, avant d’être encore plus simplement représentée par du gel siliconé coloré ! En tant que petite production, le film ne dispose pas d’un budget important et le Blob demeure ainsi invisible les  trois quarts du temps. Le reste des effets spéciaux est des plus rudimentaire, à base de maquettes en papier et de dessins.




Ce qui n’est pas évité par contre, c’est l’humour involontaire qui parcoure le film. Reste célèbre notamment cette scène de panique où les figurants, tout bonnement morts de rire, doivent fuir en courant d'une salle de cinéma. Impossible de ne pas sourire aujourd’hui quand un directeur de lycée décide de fracasser la vitre de son propre établissement pour y entrer, la scène se voulant pleine de tension et soulignant bien l’héroïsme d’un acte que la morale de l’époque réprouve grandement, ou encore lors du final quand une vingtaine d’extincteurs suffisent pour congeler un Blob absolument gigantesque ! Mais c’est surtout de l’incroyable musique d’ouverture qu’il faut mentionner, une chanson Doo-wop attribuée à un groupe fantôme (The Five Blobs, en fait composé de quelques musiciens, du compositeurs Burt Bacharach et du chanteur Bernie Nee qui va dupliquer cinq fois sa voix pour donner un effet de groupe !) et qui se veut particulièrement joyeuse. Un choix plutôt étrange pour un film d’horreur qui va d’ailleurs être rectifiée en France puisque la chanson disparaît au profit d’une banale composition à la tonalité inquiétante. Enfin, la bourde la plus voyante reste sans doute Steve McQueen lui-même, à l’époque âgé de 27 ans et donc bien trop vieux pour son personnage censé en avoir 17 !



McQueen qui, justement, porte pour ainsi dire tout le film sur ses épaules tant sa présence en impose. Son charisme ne passe d’ailleurs pas inaperçu et, remarqué par un producteur, il va devenir une star mondiale en jouant dans la série Au Nom de la Loi. A ses côtés personne ne retient véritablement l’attention, à l’exception peut-être de sa partenaire Aneta Corsaut, que l’on va retrouver vingt ans bien plus tard dans le slasher The Toolbox Murders (chez nous La Foreuse Sanglante). A noter cependant dans le rôle de l’ermite, première victime du Blob, Olin Howland, un vétéran du cinéma muet qui signe ici son tout dernier film… Dans un rôle quasi muet !


Au terme de sa carrière, The Blob est un véritable succès qui va engendrer pas moins de 4 millions de dollars de recette. Un comble pour Steve McQueen qui a refusé un paiement sur 10% des bénéfices du film en pensant que celui-ci ne marcherait pas ! Le film se donc fait une grande réputation et demeure encore à ce jour considéré comme un film culte dans le domaine de la SF, même s’il est permis de douter de la légitimité de ce statut au vu de l’origine mercantile et du pauvre potentiel artistique de l’œuvre.



Avec un tel succès et l’épilogue en point d’interrogation (littéralement !), il apparaît plus qu’évident qu’une suite va être mise en chantier, ce qui va être fait en 1972 avec Attention au Blob ! (alias Beware ! The Blob, en référence à la chanson du film, aussi connu sous le titre de Son of the Blob), avant de connaître un brillant remake plus gore et plus nerveux trente ans plus tard, en 1988. Quant au film original, il va ressortir dans le milieu des années 70 suite au succès mondial de La Tour Infernale dans lequel joue Steve McQueen, faussement promotionné comme un tout nouveau film catastrophe ! Inédit en France jusqu’en 1976, il est alors diffusé sous le titre de Danger Planétaire.






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