samedi 13 octobre 2007

Gypsy Witch – La Nuit des Citrouilles, Chapitre 1

LA NUIT DES CITROUILLES


I
Troubles

    Si sa nuit avait été très agitée, ce n'était rien en comparaison du réveil. La jeune fille se sentit secouée dans son lit par les chaos de la route sur lesquels passaient les roulottes, et les moteurs des voitures rugissaient aux changements de vitesses. Inutile d'ouvrir les yeux pour savoir qu'ils étaient arrivés à destination, cherchant désormais un endroit où se garer. Se roulant en boule pour être plus confortable, la petite Alice espérait quand même gagner au moins quelques minutes de paix et de repos avant de se lever. Son temps de sommeil n'avait été qu'un mélange d'insomnies et de cauchemars, la réveillant sans cesse toutes les heures.
    Bientôt, les secousses disparurent et les grondements se turent. Les gens sortaient, parlaient, installaient leur petit chez-soi. Alice abandonna l'idée de pouvoir réussir à se détendre et commença à remuer. Ses muscles étaient endoloris et son esprit avait du mal à émerger totalement, elle sentit un étrange mal dans son cœur qui se serrait comme un étau dans sa poitrine. Essoufflée sans savoir pourquoi, elle resta un petit temps, assise, à tenter de réguler sa respiration et de se calmer. Cet étrange mal-être était physiquement très éprouvant et elle se sentit transpirer tandis que son pouls pulsait à un rythme infernal, lui vrillant le crâne.
    La porte de la chambre s'ouvrit doucement, mais Alice ne pu entendre la voix de sa mère l'appeler. Celle-ci s'approcha, inquiète, et vint s'asseoir au bord du lit. Ses mains douces vinrent caresser le visage de l'enfant, un geste apaisant.
– C'est encore ton cœur ?
Alice hésita un bref instant mais secoua la tête. Elle ne voulait pas affoler sa mère.
– J'ai juste fait un cauchemar…
Leurs yeux se croisèrent et chacune su de quoi il en retournait: du haut de ses quatorze ans, la jeune fille ne s'était jamais remise de la mort de sa sœur jumelle. Koudelka, sa mère, avait fait ce qu'elle avait pu pour la soutenir, mais il y avait des choses auxquelles elle était impuissante. Si surmonter le décès de son enfant avait été très difficile, et elle ne s'en était pas sortie indemne, elle s'en arrangeait désormais. Mais voir Alice dans cet état la rendait malade.
– Viens là…
Elle tendit les bras et attrapa sa fille pour l'attirer à elle et la bercer doucement. Alice ne résista pas et ferma les yeux, trouvant dans cette étreinte ce qui lui avait manqué toute la nuit. Elles restèrent un petit moment sans parler, puis Alice revint à elle en frissonnant. Sa mère lui sourit, l'invitant à prendre de quoi manger puis à se faire couler un bain.

    Quelques minutes plus tard, la jeune fille se relaxait dans l'eau chaude. Le repas avec sa mère lui avait chassé ses idées noirs quelque temps mais elle ne s'était pas sentie à l'aise pour autant. La vérité c'était que malgré tous les efforts de sa mère, son père lui manquait. Sa sœur lui manquait. D'une famille de quatre personnes, elles n'étaient désormais plus que deux, et parfois cela se ressentait fortement.
    Soupirant, Alice posa une main sur son cœur. De ce côté là aussi ça n'allait pas fort mais elle avait peur d'en parler. Il y avait déjà de quoi paniquer au naturel, mais depuis ce matin c'était de pire en pire. Elle avait l'impression d'être en effort physique constant et elle n'arrivait pas à se calmer, sentant son cœur battre à tout rompre. De temps en temps pointait une douleur aiguë désagréable et elle paniquait, mais jusqu'ici jamais rien de sérieux. Elle avait quand même prit soin de garder sa boite de pilules sous la main au cas où…
    Se laissant aller en arrière, fermant les yeux, la jeune adolescente se concentra sur sa respiration pour évacuer son stress. Un petit sourire illumina ses traits lorsqu'elle réussi à calmer le chaos dans sa poitrine, et une légère torpeur l'envahie. Elle perdit la notion du temps jusqu'à ce que l'eau se mette à refroidir légèrement et qu'une voix familière l'appela doucement.
– Alice, tu es toujours là ?
Ouvrant un œil, la jeune fille se redressa en agrippant les bords de la baignoire, un peu gênée à l'idée que quelqu'un puisse interférer avec son intimité maintenant que son corps grandissait.
– Grand-mère ?
– Je voudrais que tu viennes me voir quand tu auras fini. J'ai des choses à te dire, ça risque de beaucoup t'intéresser.
Alice se redressa immédiatement et quitta le bain à toute vitesse. Elle n'avait aucun doute sur le sujet dont voulait lui parler sa grand-mère, surtout pas après le ton qu'elle avait prit. Toutes deux savaient parfaitement ce qui l'intéressait le plus: la magie.
– D'accord, je… J'arrive tout de suite !
Elle ne pouvait pas mieux tomber. Tout ce qui pouvait l'empêcher de penser à son corps ou sa famille était le bienvenu.
    Alice s'empara d'une serviette qu'elle s'enroula autour du corps, sans même prendre la peine de se sécher, puis se jeta sur la porte en espérant y arriver avant que sa grand-mère ne s'en aille.

    Belinka entendit sa petite fille éclabousser la pièce et sauter au sol. Elle grimaça en pensant qu'elle risquait de glisser et de se cogner durement. Elle allait lui préciser de prendre quand même son temps lorsque la porte s'ouvrit subitement, dévoilant une Alice dégoulinante d'eau dont la peau frissonnait au contact de l'air ambiant. La pauvre petite était transit de froid.
    L'enfant eu un sourire embarrassée sous le regard désapprobateur de Belinka. Celle-ci se pencha vers elle puis attrapa le haut de la serviette pour la réajuster un peu mieux.
– Tu gèles sur place ma pauvre petite.
Attrapant un peignoir accroché près de la porte, elle emmitoufla la jeune fille avec et resserra la petite ceinture sur sa taille fine.
– Suis moi maintenant. Un bon chocolat chaud va te faire du bien.
L'enfant lui sourit. Belinka avait toujours été très tendre avec ses petites filles, Alice se sentait bien auprès d'elle. Et étrangement son cœur se calma lui aussi, battant à rythme lent. C'était apaisant, rassurant.
    Alice prit la main de sa grand-mère et la suivit dans sa roulotte.


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