samedi 7 mai 2005

Le Guerrier d'Acier (Solo)


LE GUERRIER D'ACIER
SOLO
(1996)

La carrière de Mario Van Peebles est résolument tournée vers le gros nanar malgré quelques détours plutôt sympathiques (New Jack City). Et après Exterminator 2, Les Dents de la Mer 4, Deux Doigts sur la Gâchette, Full Eclipse et Highlander III, ce n’est pas ce Guerrier d’Acier qui va faire une différence. Adaptation du roman Weapon de Robert Mason dont seul le concept général a été retenu, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une simple série B d’action bête et bourrine.


L’histoire nous présente Solo, guerrier androïde conçu par l’armée américaine. Solo est une bête de guerre, une arme destructrice qui peut amplement remplacer le soldat normal sur un champ de bataille: il est 15 fois plus fort et 10 fois plus rapide que n’importe quel homme, il possède une structure polymère qui l’immunise contre les petites armes à feu, des senseurs infrarouges, une vision nocturne, peut reproduire des voix, et s’il est détruit, un autre sera construit à sa place. Il n’y a qu’un problème: son concepteur l’a doté d’une conscience humaine, ce qui perturbe grandement sa première mission. Car après avoir fait des papouilles à une araignée en pleine jungle, il refuse de faire sauter les charges explosives misent en place pour détruire une construction des rebelles latino-américains: d’innocents villageois sont exploités par ces derniers et Solo ne peut les laisser périr. Le colonel Madden fait quand même sauter l’objectif, endommageant alors l’androïde. Le général responsable du projet décide d’envoyer Solo en révision et de lui effacer la mémoire, mais ce dernier capte la conversation et, suivant sa directive prioritaire (à savoir préserver son existence) il s’enfuit. Pour Madden, chargé de le récupérer, voilà une bonne occasion pour détruire le cyborg déjà affaibli. Solo, de son côté, est recueilli par les villageois et va les aider à lutter contre les rebelles…




Classique ? Déjà-vu ? Ce résumé n’est rien en comparaison de ce que l’on voit tout le long du film. A la manière d’Universal Soldier, Solo s’humanise et doit faire face à sa Némésis qui elle pète de plus en plus les plombs, avant de se battre contre un autre super-soldat androïde. Mais cela renvoie bien entendu à de plus célèbres films sur le sujet. Le principe même du film est évidemment reprit à Terminator et RoboCop et de nombreux détails renvoient à ces deux films: quand Solo affronte un autre modèle d’androïde, impossible de ne pas se souvenir du combat entre RoboCop et son modèle supérieur dans RoboCop 2 de même que les empoignades entre le T-800 et le T-1000 de Terminator 2. L’humanisation de Solo et sa découverte progressive de la nature humaine rappellent autant à celle de Terminator 2 qu’à la recherche d’identité d’Alex Murphy dans RoboCop… Et pour continuer dans la lancée, on voit carrément Solo effacer de ses programmes sa directive prioritaire (sauver sa peau plutôt que d’aider les autres) pour devenir plus proches d’un être humain, exactement de la même manière que le héros de RoboCop !




Les films de cyborgs ne sont  cependant pas les seuls emprunts. Le Guerrier d’Acier parle de jungle, de traque et de combats brutaux, alors pourquoi ne pas lorgner du côté de chez Predator ? Quelques visions thermiques, un camp de rebelles en pleine jungle et un groupe de bidasses choisis spécialement par Madden pour traquer Solo qui arrive au QG militaire habillés en civiles. Une vieille mexicaine va même assimiler l’androïde au Yacayo, l’esprit de la forêt, tout comme la créature de Predator était perçue par les villageois comme un démon… Mais le thème de la bête de guerre dans la jungle ne fait-elle pas non plus penser au personnage de John Rambo, qui après un premier film réussi est devenu le cliché par excellence de ce type d’histoire ? Qu’à cela ne tienne, Solo déambule avec sa musculature massive dans la jungle tel Sylvester Stallone dans Rambo II, avec un couteau high-tech et même un foulard rouge sur la tête en guise de bandeau pour marquer le coup. Enfin il aurait été trop simple d’éviter les clichés et d’offrir un brin d’originalité à l’histoire et on reprend donc la vieille recette des gentils paysans persécutés qui trouvent en Solo un sauveur, avant de le rejeter dès qu’un pépin leur tombe sur la tronche. Bien évidemment notre robot américain va quand même réussir à gagner la sympathie du pasteur, l’admiration d’un petit garçon et l’amour d’une jeune femme. En clair, Mario Van Peebles nous refait presque Les Sept Samouraïs à lui tout seul.




A défaut d’une histoire originale, le film contient t-il des éléments bien à lui ?  Et bien on peut parler de cette scène où, pour trouver un visage humain, notre robot craque sur celui de Michael Jordan qu’il a vu à la télé (pourtant Van Peebles et Jordan ne sont pas très ressemblant) ou encore lorsqu’il découvre le Rire, s’entraînant alors avec une maladresse qui en fait fuir les oiseaux. Apparemment content de son gag, le réalisateur ne va pas hésiter à nous le servir une nouvelle fois lorsque, en fin de film, Solo rassure ses amis qu’il est bien vivant en riant très fort dans la jungle (faisant donc à nouveau fuir les oiseaux)… On passe sur les incohérences absolues (des robots qui grognent sous l’effort ou crient de douleur durant leur combat !) pour signaler une amusante transition de langue lorsque Solo traduit l’espagnol en anglais pour comprendre les villageois: à partir de ce moment la langue espagnole, sous-titrée, disparaît du film et tout le monde parle anglais ! C’est quand même super pratique un androïde. Heureusement quelques bonnes idées subsistent, comme la brève rencontre entre Madden et son double androïde ou encore le fait que le général du projet Solo, la grosse enflure de l’histoire, s’en sort impuni à la surprise générale (dans l’espoir d’adapter Solo, la suite de Weapon ?).





Mais oublions ce fond, guère convaincant, et attardons-nous sur la forme. Là c’est tout de suite un peu mieux et on sent que Le Guerrier d’Acier possède quelques moyens, on le ressent notamment dans le décor et aussi les scènes d’actions, bien plus dynamiques que dans les petites séries B direct-to-video. C’est d’ailleurs sûrement pour cette raison que le film a eu droit à une petite exploitation cinéma, où il s’est d’ailleurs royalement planté. Évidemment on évite pas les effets spéciaux un peu raté, notamment lors de la « blessure » de Solo qui sent bon le maquillage fait à la va-vite et qui n’hésite pas à disparaître entre deux plans par instant ! A côté de ça, il faut surtout se raccrocher au casting qui, lui, possède un atout majeur.




Cet atout ce n’est pas Mario Van Peebles, qui fait l’effort de ne pas cabotiner comme un malade et incarne sobrement un personnage qui est évidemment tout en retenu et pas très bavard, mais bel et bien William Sadler. Acteur énergique et impressionnant, capable de jouer aussi bien un héros sombre (l’excellent Le Cavalier du Diable) qu’un taulard limité (le très beau Les Evadés) ou plus souvent les ordures brutales (58 Minutes pour Vivre) comme il le fait ici encore. Cette fois il s’en donne à cœur joie en incarnant un colonel timbré et revanchard qui fait craquer sa nuque dès qu’il commence à disjoncter. Possédant les plus belles répliques (« Il est pas mort tant que j’ai pas dis qu’il l’est. »), tuant sans sourciller et possédant ce regard glacial et ce visage sévère hautement charismatique, il se met le spectateur dans la poche en moins de deux malgré un rôle sur-caricatural de salaud. Et comble du comble, il revient par la suite sous la forme d'un second androïde de combat en dernière partie de film. A l’aide d’un canon dévastateur, il termine son travail pour ensuite mettre la pâtée à Solo. Pour faire simple, on avait pas vu aussi efficace depuis Robert Patrick dans Terminator 2. A côté de lui Van Peebles fait évidemment pâle figure et on regrette presque que Sadler n’aie pas incarné Solo à sa place. A noter également la présence d’Adrian Brody, alors en début de carrière, dans le rôle du concepteur de Solo. Un petit rôle où le comédien se révèle par ailleurs assez fade.



Le Guerrier d’Acier
n’est rien d’autre qu’une série B comme il en existe à la pelle, un ersatz de film de cyborg qui mange un peu à tous les râteliers, à la manière des Shadowchaser, Cyborg Cop, et autres Digital Man. Cependant celle-ci possède un peu plus de moyens qu’à l’accoutumé, ce qui permet de soigner un peu plus visuellement la chose, ainsi que la présence d’un William Sadler lors d’une mauvaise passade (on le retrouve l’année suivante dans le navrant RocketMan) qui sauve la mise à chaque apparition malgré son rôle excessif. Et puis il y a évidemment le potentiel nanar plutôt élevé tant les repompages sont fait avec finesses et discrétions, permettant de mieux faire passer la pilule. Parfait pour se divertir une soirée mais il ne faut vraiment pas chercher plus loin.





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