dimanche 20 février 2005

Transmutations (Underworld)


TRANSMUTATIONS
UNDERWORLD
(1985)

Première adaptation d’un écrit de Clive Barker (qui avait cependant déjà réalisé lui-même deux courts-métrages dans les années 70, Salome et The Forbidden), et également premier long-métrage de George Pavlou, Underworld n’entretient que très peu rapport avec l’œuvre de l’écrivain britannique et se révèle même être une sacrée purge.


Dans les années 80 le Fantastique n’est plus très répandu en Grande-Bretagne et George Pavlou décide de se lancer à la reconquête de ce genre, qui connu des heures meilleures dans le passé (on se rappel tous de la glorieuse Hammer). Noble projet mais hélas Pavlou est loin d’être l’homme de talent qu’il fallait. Sa seule bonne idée fut de contacter un artiste alors peu connu mais déjà remarqué, Clive Barker, et de lui demander un scénario tiré de ses écrits.


Le problème vient du futur réalisateur qui souhaite rester maître du projet et adapter l’œuvre si particulière de l’auteur des Livres de Sang à sa sauce. Le script de Underworld est réécrit par un certain James Caplin, rendant alors le récit d’une confusion extrême. En fait c’est bien simple, en-dehors du concept de la confrérie de « monstres » humains vivants dans les sous-sols, tout le reste de l’histoire est obscure, incohérente, et le scénario devient un patchwork grotesque limite incompréhensible…


Il est question d’une jeune femme, Nicole, qui se fait enlever par deux hommes dont l’un se révèle être une sorte de mutant. Bain, qui a eu une relation avec elle part le passé, est  contacté par son ancien employeur (un mafieux) qui lui demande d’enquêter sur sa disparition. D’abord retissant car soupçonneux, Bain accepte et fini par découvrir que Nicole suivait régulièrement le traitement d’un Dr. Savary, prenant une drogue expérimentale, qui provoque des mutations déformantes à tout ceux qui la prennent. Le kidnapping de la jeune fille aurait été effectué par les mutants car, étrangement, Nicole serait immunisée contre les effets du produit…


Dit comme ça, l’histoire semble mélanger la science-fiction et le film de gangster, mais il n’en est rien. Plutôt que de profiter des éléments connectés dans l’histoire (la mafia, les monstres et les personnages gravitant entre ces deux groupes) pour construire son intrigue, Underworld se perd complètement par une absence de détails et d’explications. Ainsi l’établissement où se trouve Nicole au début du film, et où enquête Bain par la suite, n’est pas clairement défini. Par la présence de riches clients et d’une jeune femme vêtue de tenues affriolantes, on serait tenté de croire à un bordel, mais rien ne vient le confirmer, pas plus qu’on ne comprend réellement le rapport entre cet endroit et l’Organisation présumé mafieuse. Organisation dont les motivations et l’origine resteront très floues également.


Dans le même ordre d’idée la relation et le devenir des personnages sont très peu développés. On ne sait pas clairement qui est Bain, si ce n’est qu’il est un bien piètre peintre et qu’il aurait autrefois travaillé pour cet espèce syndicat du crime. De Nicole on ne découvre finalement pas grand-chose en-dehors du fait qu'elle est « spéciale » car elle ne subit pas les effets de la drogue (le pourquoi de la chose ne sera pas révélé) et qu’elle « vend des rêves ». Ce que cela signifie, on ne le saura jamais non plus mais on pourrait peut-être l’apparenter à quelques pouvoirs psychiques qu’elle utilise à la fin du film lors d’une scène réminiscente de Scanners.


De nombreux détails de ce genre n’auront de cesse de rendre l’intrigue confuse. Le concept des « rêves » de Nicole est aussi utilisé pour les mutants car il est dit qu’ils peuvent être « emportés par les rêves » sans que l’on ne comprenne ce qu’il en est (de ce qu’on en voit, le mutant en question est simplement entrain de piquer une grosse colère, hurlant et frappant ceux qui s’approche trop près). Lorsque Bain se fait injecter la fameuse drogue, il ne lui arrive strictement rien (ni dépendance, ni transformation), comme ci tout une partie de l’histoire avait finalement été éludée, et le personnage d’une jeune femme, connaissance de Bain et de Nicole, qui apparaît captive des mafieux lors d’une scène vers la fin du film disparaît ensuite mystérieusement du scénario et on ne la revoit plus par la suite…


Il est clair que la réécriture du scénario de Barker y est pour quelque chose, et Underworld devient narrativement impossible à suivre tant les scènes s’enchaînent sans laisser le temps pour bien comprendre la situation. Dans ce bazar on peut toutefois relever ce qui posera les bases du futur Cabal, film narrant l’histoire de monstres plus humains que les humains, vivant dans les profondeurs de la terre et où le personnage principal perd son « humanité », revenant sous les traits d’un « monstre » en ayant alors trouvé son camp. On peut en déduire qu’à l’origine, Bain devait lui aussi devenir un mutant suite à l’injection de la drogue et finalement se rebeller une bonne fois pour toute contre son ancien employeur pour rejoindre la confrérie des monstres. De cela il ne reste rien tant le script a été remanié, bien que la fin nous montre Nicole repartir avec un mutant (un dénommé « Shit Face ») plutôt que de rejoindre les humain (en l’occurrence Bain), gardant cette thématique propre à Clive Barker…


A ce sentiment d’irréalisme lié au scénario sans queue ni tête se mêle une atmosphère des plus étranges en raison d’un parti-pris esthétique assez discutable. Le film gagne un cadre visuelle certes travaillé mais ne collant pas du tout au sujet: constamment baigné dans un éclairage bleuté et rehaussé d’un rose violacé, Underworld prend des allures de vieux clip musical des années 80, le tout complété par un design retro, hors propos et très kitsch (les néons présents partout, les tenues des danseurs dans la boite du chef de l’Organisation, le mobilier bourgeois-chic du bordel, les mèches rouges dans les cheveux de Bain, etc) et par une musique synthé très planante.


Déjà étrange, Underworld devient de plus en plus bizarre et donne l’impression d’assister à une sorte d’hallucination sans aucun sens ni logique, comme un rêve ou un trip sous LCD. Bien tordu, le film en rajoute encore plus de part son manque de budget (les maquillages de certains monstres sont très limités et le repaire de ces derniers se trouve très rapidement puisque les égout se limitent à trois décors) et par l’ennuie qu’il distille au spectateur par son rythme lent et son histoire qui ne progresse pas.


S’il n’était pas aussi mauvais, Underworld, de part ce côté étrange, aurait pu être un véritable OVNI filmique intéressant, une série B aux allures de film expérimental. Il en résulte à la place un film mou, un foutoir pas permis qui paume son script et les spectateur sous un déluge d’incohérences et de design psychédélique. En fait les seules choses à tirer du film sont la confrérie des monstres, renvoyant à celles des futurs Hellraiser et Cabal, et la présence de quelques acteurs sympathique comme Steven Berkhoff (le méchant russe dans Rambo II, également présent dans Barry Lyndon) en chef mafieux, Denholm Elliott (l’ami universitaire de Indiana Jones!) en savant fou et Ingrid Pitt (la Countess Dracula de la Hammer) en gérante de bordel.

Scène coupée qui influencera Barker pour le design de Pinhead dans Hellraiser

Devant un tel spectacle, même Clive Barker ne reconnaîtra pas son œuvre et en rejettera la faute sur le second scénariste et l’équipe du film qui, selon lui, n’auront pas respectés son travail. Malgré tout Pavlou poursuivra son association avec l’écrivain en déclarant (prétextant ?) qu’il aurait préféré adapté un autre texte de Barker, celui de Rawhead Rex, qu’il réalisa justement l’année suivante. Ce qui sera l’occasion d’un nouveau ratage…



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